Auteur
Image

Nicolas Bernard

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Qualité de l’eau en Alsace

Un partenariat ambitieux et une volonté commune

Pratique

Publié le 05/06/2019

Après les constats, place aux actions concrètes, collégiales et ambitieuses. C’est avec cet état d’esprit que sera signée le 17 juin à Luemschwiller une convention de partenariat pour la mise en place de contrats de solutions territoriaux en faveur de la qualité de l’eau en Alsace. Plus d’une dizaine d’acteurs ont accepté de collaborer afin d’inverser la tendance à la hausse des teneurs en phytosanitaires dans les eaux de la nappe d’Alsace et des aquifères du Sundgau.

19 captages dégradés

Tout est parti de la publication par l’Aprona et la Région Grand Est du rapport ERMES Alsace à la fin de l’année 2017. Si celui-ci soulignait les actions positives entreprises par le monde agricole pour stabiliser, voire diminuer dans certains secteurs, les taux de nitrates dans les eaux souterraines, il alertait aussi sur les teneurs « élevées » et « globalement en augmentation » en produits phytosanitaires, notamment dans le Haut-Rhin, sur le piémont au niveau de Molsheim et dans la nappe du pliocène de Haguenau.

 

>>> Visualisez la qualité globale de la nappe sur le site de l'Aprona

 

Si l’augmentation observée entre 2009 et 2016 est à relativiser dans la mesure où simplement plus de molécules étaient recherchées, le caractère rémanent des substances actives dans les eaux souterraines a alerté les autorités. Sur les 21 molécules dépassant la limite de potabilité de 0,1 μg/l en nappe d’Alsace, 8 faisaient partie des molécules autorisées à cet instant. Dans le Sundgau, le rapport était plus critique avec 4 molécules autorisées sur les 10 dépassant ce seuil de 0,1 μg/l. Au total, ce sont 19 captages qui sont dégradés par les phytosanitaires autorisés et leurs métabolites, dont majoritairement des herbicides.

 

De l’accompagnement, pas de contrainte

Pour répondre aux différents enjeux, la convention associe l’ensemble des « acteurs de l’eau » autour d’une même table. D’un côté, il y a les engagements pris par chacun, de l’autre, il y a un cadre global qui va se décliner en contrats de solutions territoriaux, impliquant les coopératives agricoles, les distributeurs de phytosanitaires, les gestionnaires d’eau potable, les services et organismes de l’État et les collectivités. Ces dernières auront la responsabilité d’initier les démarches autour de leurs captages d’eau. Elles auront donc un rôle central. « L’idée est de mettre en place une multitude de petites solutions, chacune adaptée à son territoire », explique le vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Denis Nass. En bout de chaîne, on retrouve les agriculteurs qui sont amenés à faire évoluer leurs pratiques. Non pas sous la « contrainte », comme ce qui a pu être vécu par le passé quand il s’agissait d’actions en faveur de l’environnement, mais bel et bien dans une logique d’accompagnement de la part des services de l’État et de la Région, et propre à chaque situation.

Retraites agricoles

Les « oubliés de la Nation » montent au créneau

Vie professionnelle

Publié le 31/05/2019

Irrespect, non-reconnaissance, colère, incompréhension… Les retraités agricoles sont à bout. Et ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas pourquoi le Gouvernement semble rester si sourd à leurs revendications - à savoir une revalorisation de leur pension à 85 % du Smic - alors qu’il s’est engagé fin avril, par la voix d’Emmanuel Macron, à assurer un minimum de 1 000 € par mois pour tous les retraités français, dont agricoles… en théorie. « C’est une mesure qui va dans le bon sens pour ceux qui partiront en retraite à partir de 2020, mais pas pour les indépendants manifestement. Et elle n’apporte aucune réponse aux plus faibles pensions perçues aujourd’hui par les anciens agriculteurs. Et nous, nous voulons une solution maintenant pour eux, pas en 2025 », explique Alain Lecler, président de la Section régionale des anciens exploitants (SRAE) du Grand Est. Ils sont actuellement 1,3 million à toucher une retraite moyenne de 760 € par mois, soit 100 € de moins que le minimum vieillesse établi à 868 €, et plus de 600 € de moins que la retraite moyenne de l’ensemble des Français, qui atteint actuellement 1 380 € par mois.

85 % du Smic, une promesse de… 2002

Lassés d’être en permanence les laissés-pour-compte du système de retraite français, les anciens exploitants ont décidé d’agir et de faire entendre leur désarroi au plus haut sommet de l’État. Dans chaque département, les sections des anciens des FDSEA, aux côtés des FDSEA, ont remis en mains propres à chaque préfet et à des parlementaires un courrier (lire encadré) destiné à Emmanuel Macron et son équipe afin de leur faire comprendre « l’état d’urgence » concernant les retraites agricoles. « On cherche une solution pour que les gens comprennent la situation dans laquelle on est. Là, on passe par les interlocuteurs directs du président de la République. On espère qu’on sera entendus cette fois », poursuit Alain Lecler. Le président du SRAE Grand Est fait bien de préciser « cette fois » tant ils ont déjà témoigné leur désespoir aux responsables politiques du pays. À chaque fois, ils ont eu droit à un retour compréhensif et compatissant. Mais derrière, les actes se font attendre. « Les 85 % du Smic, on aurait dû les avoir en 2007 suite à une loi votée à l’unanimité, tous partis confondus, en 2002. Dix-sept ans plus tard, on attend toujours. On n’est même plus aux 75 % du Smic étant donné qu’on n’a pas eu droit à l’inflation », se désole l’Ardennais Robert Henon, vice-président de la SRAE Grand Est et administrateur national dans la section des anciens de la FNSEA. Ce qui fait dire à l’Alsacien Paul Schiellein, également vice-président de la SRAE Grand Est, que les retraités agricoles d’aujourd’hui sont les « oubliés de la Nation ». « On a travaillé toute notre vie pour nourrir ce pays. Et aujourd’hui, les anciens sont très déçus par la non-reconnaissance dont ils sont victimes. »

« Où est la solidarité nationale ? »

Quand les anciens exploitants reviennent à la charge pour redemander les 85 % du Smic qu’on leur a promis au début des années 2000, la réponse est toujours sensiblement la même : cela va coûter « beaucoup d’argent » à l’État. « C’est là que je me dis qu’il y a un gros problème. On renfloue les caisses des mineurs ou des cheminots, mais dans notre cas, la solidarité nationale ne pourrait pas fonctionner. C’est une réponse qui est encore plus difficile à avaler quand on voit que le Gouvernement a réussi à débloquer dix milliards d’euros pour les Gilets Jaunes. Ce n’est qu’une question de volonté finalement », poursuit Robert Henon. Pourquoi, dans ce cas, ne pas avoir rejoint le mouvement contestataire né à l’automne dernier ? « C’est vrai, on aurait pu. Mais on ne voulait pas rajouter à la crise et éviter que cela empire. Pour autant, même si on est restés calmes, cela ne veut pas dire qu’on a le droit de nous oublier », complète le retraité agricole ardennais. Ou tout simplement vu au travers d’un prisme quelque peu déformant de la réalité agricole. « Dans la bouche de certains ministres, c’est normal qu’on ait des petites retraites étant donné qu’on a peu cotisé durant notre carrière. Sauf qu’ils oublient de préciser à chaque fois que c’était parce que l’alimentation était à bas prix », fait remarquer Paul Schiellein.

Un outil de travail, pas une richesse

Sans oublier les sempiternelles remarques sur le foncier et le matériel dont disposent les agriculteurs qui seraient des « nantis » de la société française. « Oui, on exploite des hectares et certains ont des gros tracteurs. Mais tout ça, c’est notre outil de travail ! On a dû s’endetter pour les avoir et ainsi pouvoir répondre aux volumes de production qui nous étaient demandés », clarifie Robert Henon. D’autant plus que tout ce foncier qui serait synonyme de « richesse » garantie pour les agriculteurs doit être cédé ou transmis en quasi-totalité pour pouvoir bénéficier de sa pension de retraite. Seule une parcelle de subsistance, dont la superficie varie d’un département à l’autre, peut être conservée par le néo-retraité agricole. L’inverse de l’Allemagne où le retraité agricole peut continuer à exploiter l’intégralité de sa sole en plus de sa pension, plus faible qu'en France. Grâce à leur système, les Allemands sont gagnants par rapport à nous. Au quotidien, c’est plus facile à vivre », indique Paul Schiellein.

Se battre pour les retraites de demain

À défaut d’une uniformisation des systèmes de retraite européens, on s’oriente aujourd’hui vers une uniformisation de tous les systèmes français. Un objectif de campagne du candidat Macron début 2017 mené tambour battant par Jean-Paul Delevoye, nommé pour l’occasion haut-commissaire à la réforme des retraites. « On a pu le rencontrer. Il nous a entendus et c’est très bien. Mais ça sera pour 2025. Et si le fait d’avoir un euro de retraite pour un euro cotisé est une bonne chose en soi, cela pose tout de même une question de fond pour le monde agricole. Quelle pension vont toucher les futurs retraités quand on voit les revenus actuels ? La moyenne est à 350 € et un agriculteur sur deux gagne un demi Smic. Il y a de quoi s’inquiéter », estime Robert Henon. C’est pour cela que la FNSEA a demandé qu’en cas d’année négative pour l’agriculteur, il ait quand même un minimum de cotisation retraite qui soit pris en charge. En en cas d’année confortable, il puisse faire des réserves non fiscalisées, contrairement à aujourd’hui.

Campagne électorale

Étape montagnarde pour la candidate Anne Sander

Vie professionnelle

Publié le 24/05/2019

Si les élections européennes qui ont lieu dimanche ne semblent pas motiver les foules pour l’instant, l’agriculture n’apparaît pas non plus comme la priorité des nombreux candidats. Enfin presque tous. Sur les 34 listes présentes, seule celle menée par Les Républicains a mené campagne en terre alsacienne auprès du monde agricole. Samedi 18 mai, l’eurodéputée sortante, Anne Sander, huitième sur la liste, a visité sa première exploitation de montagne chez le président des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin (JA 68), Ange Loing, à Hachimette, en présence de Cyril Desaga et Charles Baradel, responsables du canton Montagne de la FDSEA du Haut-Rhin, ainsi que du maire de la communauté de communes de la Vallée de Kaysersberg, Jean-Marie Muller. Elle a poursuivi sa visite lundi dans le Haut-Rhin à la ferme Haenni, à Raedersheim, et au Gaec de Wittelsheim.

Pas touche à l’ICHN

Pour cette escale dans le massif haut-rhinois, Ange Loing a souhaité aborder plusieurs thématiques : l’installation des jeunes, la Pac, les Mesures agro-environnementales (MAE), l’AOP Munster et la problématique récurrente des dégâts de gibier. Un dernier sujet sur lequel l’Europe n’a que peu d’influence, mais comme le souligne le président de JA 68 : « On demande de l’aide à tout le monde pour résoudre ce problème. » En revanche, l’Europe dispose d’une réelle influence sur les aides à l’installation des jeunes agriculteurs. En effet, depuis la dernière réforme de la Pac en 2014, chaque état membre de l’Union Européenne peut accompagner les jeunes installés grâce à une partie de l’enveloppe du premier pilier. C’est le dispositif « top-up jeunes ». Il s’agit d’une revalorisation des DPB (Droits à paiement de base) d’environ 90 euros par hectare, sur les 34 premiers hectares. Soit 3 000 euros par an durant les cinq premières années d’installation. Une aide qui est donc loin d’être négligeable et qu’Ange Loing souhaiterait voir perdurer dans la prochaine réforme de la Pac de manière « importante ». Tout comme l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), cette aide créée en 1976, réservée à l’élevage, est destinée à maintenir une agriculture « viable » dans les zones fragiles. Le souci, pour Ange Loing, c’est que cette dernière a subi quelques « toilettages » lors de la dernière révision de la Pac : finies la limite d’âge à 65 ans et l’obligation d’avoir le siège de son exploitation en montagne, tout comme 80 % de ses terres. « C’est vraiment dommage pour le dynamisme rural de la montagne », explique-t-il avant de se demander si cette aide existera toujours avec la prochaine réforme de la Pac. « Avec toutes les modifications qui ont été apportées, aura-t-on toujours quelque chose à y gagner nous, agriculteurs de montagne ? Et il ne faudra pas nous dire que l’ICHN va être conditionné à des pratiques environnementales supplémentaires. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une aide liée aux handicaps naturels. En montagne, il y a des pentes, il faut du matériel adapté, et des risques plus importants pour ceux qui y travaillent », tient-il à préciser.

Quel budget pour les MAE de demain ?

Anne Sander a présenté à ses interlocuteurs l’architecture de la future Pac votée par la commission Agriculture et Développement Rural du Parlement européen. « Cela va dans le bon sens. Il y a un tout un volet pour les JA avec un financement dans le premier pilier, et une aide à l’installation dans le deuxième pilier. Maintenant, cette architecture n’a pas encore été votée par l’ensemble du Parlement, et pourra donc être remise en cause. Mais mon objectif est de maintenir ce qui a été obtenu dans ce premier vote. » Elle rappelle aussi que cette commission a essayé de faire une Pac « équilibrée » avec des mesures « incitatives » et pas « punitives ». Elle assure au passage que Les Républicains sont les « seuls à avoir un discours agricole » qui veut assurer un revenu aux exploitants. « Les autres listes lavent plus vert que vert. Bien sûr, il faut de l’environnement. Mais on aimerait d’abord que vos efforts soient reconnus et que vous n’ayez pas de contraintes supplémentaires. »

Reste le cas des MAE qui interroge beaucoup la profession agricole. « Dans la future Pac, comment faire plus de gestion des risques et moins de paiement direct ? En montagne, nous avons la problématique de la prairie. Comment faire une gestion des risques assurantielle sur de la prairie ? En France, aucune assurance ne fonctionne pour ça car ce n’est pas rentable pour l’assureur. Il reste la logique de dire que l’Europe subventionne une partie de l’assurance en gardant un acteur privé à côté. Mais comment réussir à arbitrer ça ? », s’interroge le président de JA 68. Dans la future Pac, il espère que les MAE ne seront pas habillées de « nouvelles couches environnementales ». « Il faudra avoir un peu de souplesse pour qu’on puisse continuer à faire des choses sur le terrain. Sans compter les interrogations qu’on peut avoir sur le budget qui leur sera alloué. Le Feader sera-t-il versé à la région Grand Est ou restera-t-il calé sur les anciennes régions administratives ? » Pas mal d’inconnues qui s’ajoutent à une autre, malheureusement bien plus récurrente, qui concerne le retard paiement des MAE. Un mal manifestement « franco-français », affirme Anne Sander qui souligne que ce problème n’existe pas dans les autres pays européens.

Prévention en agriculture

Éviter le risque réel grâce au virtuel

Vie professionnelle

Publié le 11/05/2019

La CAAA du Haut-Rhin a beau multiplier les actions de prévention, de sensibilisation ou de formation, les accidents restent malheureusement encore trop présents dans le monde agricole. On peut utiliser toutes les vidéos du monde, les affiches, les notices, matériels ou conseils, parfois le message adhère plus difficilement chez certaines personnes. Il y a en effet des profils qui ont besoin de vivre d’abord quelque chose pour en saisir pleinement tous les aspects, toutes les subtilités, tous les dangers potentiels. Mais comment expérimenter la mauvaise chute sans tomber une première fois ? C’est là qu’intervient la réalité virtuelle, une technologie créée par l’armée américaine dans les années 1970 et qui connaît un réel essor auprès du public depuis quelques années maintenant dans les jeux vidéo ou dans l’immobilier. On peut ainsi visiter son prochain appartement ou sa future cuisine comme si on y était grâce à un casque immersif offrant une vision à 360°. On peut aussi, et c’est un peu plus récent, expérimenter les dangers que l’on peut rencontrer sur un chantier agricole sans prendre le risque de se faire mal.

Une expérience « bluffante »

L’agence digitale ViRtual Creation, basée à Schiltigheim, propose, entre autres, ce genre de services. Soucieuse de toujours rester « en veille » vis-à-vis des nouveautés permettant de renforcer la perception des risques en agriculture, la CAAA du Haut-Rhin l’a conviée à sa dernière assemblée générale pour une petite démonstration. Avant d’inviter les délégués de la Caisse à se plonger dans un monde entièrement créé par ordinateur, le dirigeant de l’agence, Stéphane Joanny, a détaillé tout ce qu’il était possible de faire avec une telle technologie, et quels étaient les intérêts pour l’utilisateur. « On y vit une expérience interactive où trois de nos sens - l’ouïe, la vue et le toucher - sont mis à contribution. On n’est plus juste spectateur d’une scène mais bel et bien acteur. Et ça, ça change tout. La capacité de mémorisation pour le cerveau s’en trouve multipliée. »

C’est ce qu’a pu constater, Coralie Hayer, conseillère nationale en prévention des risques à la MSA. Voilà deux ans que l’organisme de protection sociale des agriculteurs a adopté cette technologie pour sensibiliser son public à divers risques comme les chutes ou la contention en élevage. « On était au dernier Sima. Notre objectif est d’intervenir dans les salons professionnels, les AG et les formations des jeunes. C’est d’ailleurs un excellent moyen pour ouvrir la discussion sur les messages de prévention. » Le directeur de la CAAA du Haut-Rhin, Philippe Pétry, abonde dans le même sens. Pour lui, la modernité de cet outil a plus de chance d’intéresser les plus jeunes aux risques qu’ils seront amenés à rencontrer au cours de leur carrière professionnelle : « On peut réellement ressentir le risque d’accident ou l’accident lui-même, c’est assez bluffant. L’un des scénarios proposé par la MSA consiste à manipuler un sceau en haut d’une échelle, contre un silo à grains. Là, le seau échappe de la main de l’utilisateur qui perd alors l’équilibre. La personne sous le casque ressent alors cette chute comme si elle y était et comprend au final deux choses : une échelle n’est pas un point de travail et, par la force des choses, il faut qu’elle soit bien ancrée au sol. » Une expérience qu’ont pu vivre les administrateurs de la CAAA du Haut-Rhin à l’issue de l’assemblée générale. Le but : leur faire découvrir ce nouvel outil et décider, in fine, si la Caisse doit accompagner la MSA dans son déploiement qui reste déconseillé pour certains profils : les personnes présentant des problèmes cardiaques, les personnes épileptiques, les femmes enceintes et les enfants de moins de treize ans.

Lutte biologique en viticulture

300 ha de confusion sexuelle en plus

Vigne

Publié le 01/05/2019

Dans les parcelles de vigne qui bordent les communes de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim, la saison des amours s’annonce compliquée pour eudémis et cochylis. Les 24 et 26 avril, les syndicats viticoles de ces trois villages voisins ont concrétisé un projet démarré il y a un an aux côtés des établissements Armbruster : la mise en place de la confusion sexuelle pour lutter biologiquement contre ces insectes lépidoptères, responsables de la pourriture des raisins. Près de cent viticulteurs ont travaillé de concert pour poser les capsules de phéromone sur une surface de 300 ha, à raison de 500 diffuseurs à l’hectare. Chaque diffuseur a une durée de vie de 180 jours. Une première étape avant la couverture intégrale de l’ensemble de bans viticoles en 2020. « Dans un premier temps, on a souhaité faire le tour des villages et maîtriser la technique », justifie Aymé Dumas, responsable technique chez Armbruster Vignes.

L’atout com' du vignoble

La quasi-totalité des viticulteurs des trois communes a pris part au projet. Seuls quatre d’entre eux ont pour l’instant refusé la pose de capsules au sein de leurs parcelles. « Certains ne veulent aucune intervention dans leurs vignes, tandis que d’autres ne comprennent pas le surcoût demandé », indique Aymé Dumas. En effet, là ou un insecticide classique coûte 50 à 60 €/ha, la confusion sexuelle en demande cent de plus pour la même surface. C’est pour cette raison que les communes de Riquewihr, Zellenberg et Beblenheim ont accepté de verser une aide de dix euros par hectare pour chaque vigneron s’engageant dans cette démarche. Soit 174 exploitations à ce jour. « C’est essentiel qu’on soit à leurs côtés pour les encourager. On ne peut pas critiquer les pratiques des viticulteurs et se contenter de ne rien faire », explique Daniel Klack, maire de Riquewihr et viticulteur de métier. Une double casquette qui lui permet de mesurer pleinement l’intérêt de cette lutte biologique, tant pour le viticulteur que pour la commune. « À titre personnel, je préfère avoir le moins d’intrants possible quand je travaille dans les vignes. Je préfère perdre 10 % de ma récolte dans le pire des cas plutôt qu’utiliser un produit si je peux m’en passer. Je pense qu’il faut pratiquer une culture raisonnée pour l’avenir de notre profession, pour nos enfants, pour la nature, et pour l’image de notre viticulture. Actuellement, on se heurte à l’opinion publique qui a beaucoup d’a priori au sujet de l’agriculture dans son ensemble. Avec ce type d’actions, on montre qu’on a une viticulture propre qui se soucie de l’environnement et des personnes qui vivent à proximité », développe le maire de Riquewihr soucieux du « bien vivre ensemble ». Pour une commune qui accueille 1,7 million de touristes par an, l’enjeu en termes d’image n’est pas neutre. C’est pour cette raison que des panneaux explicatifs sur la lutte biologique seront installés afin d’expliquer aux visiteurs ce qui se fait aux abords de la ville, et dans toute l’intercommunalité.

« On recrée un équilibre »

Si le citoyen gagne en confiance vis-à-vis de la viticulture, le viticulteur gagne en confort de travail. Avec ces capsules de phéromones, plus besoin de se poser la question d’un traitement anti-insecticide en cas de besoin. « On privilégie le confort et la sécurité, avec la garantie d’une réelle efficacité contre ces ravageurs », souligne Aymé Dumas. Autre argument essentiel à ses yeux : le respect de la biodiversité environnante. Contrairement à un insecticide classique qui peut avoir des effets collatéraux, la confusion sexuelle n’a aucune incidence sur les autres insectes. « Du coup, on a un effet positif sur tous les auxiliaires de la vigne. On recrée un équilibre sur le long terme. »

Le technicien d’Armbruster Vignes rappelle cependant un détail essentiel : les lépidoptères continueront à voler dans les parcelles. « Mais étant donné qu’ils seront stériles, ils ne pourront plus se reproduire et leur population baissera avec le temps. » Reste à convertir l’ensemble du vignoble alsacien à cette lutte biologique qui rencontre un succès croissant. Avec ces 300 ha supplémentaires, ce sont désormais 1 200 ha qui sont couverts dans toute l’Alsace. Il y a encore un peu de chemin à parcourir avant d’atteindre les 15 000 ha de vignes qui parsèment l’Alsace. Mais Aymé Dumas est confiant. Il est convaincu que d’ici quelques années, « les deux tiers du vignoble alsacien seront confusés ». Une bien mauvaise nouvelle pour les amourettes d’eudémis et cochylis.

Fertigation des fraises sous serre

Garantir un minimum de récolte

Technique

Publié le 23/04/2019

Des gelées, de la grêle et zéro fraises récoltées à l’arrivée. C’était en 2017. Une année que Clarisse Sibler et sa fille Pauline Klément, agricultrices à Sigolsheim, préféreraient oublier. Le moral « dans les chaussettes », elles se demandaient quand est-ce qu’elles pourraient produire à nouveau des fraises, avec la garantie du résultat cette fois. Une seule possibilité à leurs yeux pour y parvenir : cultiver les fraises sous serre en utilisant la fertigation. Une pratique peu courante en Alsace où le plein champ est privilégié, mais utilisé depuis de nombreuses années par les producteurs du sud de la France.

 

 

À la différence près que le système choisi par Pauline et Clarisse n’est pas suspendu comme on le voit habituellement dans les serres. « On a choisi un système hors-sol proposé par une entreprise allemande. L’idée est de créer des buttes sous la serre dans lesquelles on y plante les fraises. Elles ne sont donc pas suspendues, mais ne sont pas non plus au contact direct du sol. Le gros avantage est qu’il n’y a pas désherbage à faire. Reste les ravageurs comme les pucerons ou les petits acariens contre lesquels j’envisage de faire de la lutte intégrée », explique Pauline.

Comme les fraises produites dans un système hors-sol classique, le bon développement de ces fraises est lié à ce que le producteur va leur apporter via le réseau d’irrigation. Dans le cas présent, un réseau goutte-à-goutte qui distille l’eau et les engrais (chaux, calcium, fer) à chaque pied de fraises. Le tout pilotable à distance via une application dédiée sur smartphone et ordinateur. Ce qui n’empêche pas Pauline de se rendre deux fois par jour dans sa serre pour contrôler l’arrosage et ajuster la fertigation si besoin.

« Pour une première, j'ai voulu faire au plus simple »

Elle ouvre également les portes latérales de la serre s’il fait trop chaud pour les fraises (à partir de 18-19 °C) comme cela a pu être le cas lors de certaines journées très douces et ensoleillées du mois de mars. Pour le moment, ce sont seulement 50 ares de fraises sur 4,5 ha qui sous cultivés sous cette serre. Elles ont été plantées pour la première fois en février dernier et pourront être récoltées, si tout va bien, dès la fin du mois d’avril.

Pour la variété, Pauline a opté pour la Clery, qui est précoce. « Pour une première, j’ai voulu faire au plus simple avec une seule variété. Mais c’est vrai que si on veut étaler sa production plus longtemps dans l’année, on peut semer des variétés avec des indices de précocité différents et plus tardifs. » Mais passé les risques de gel du mois d’avril, cela n’a plus vraiment d’intérêt d’un point de vue économique considère-t-elle, pour l’instant en tout cas. « Est-ce vraiment rentable au mois de juillet avec des fraises de plein champ à côté ? Je ne suis pas sûre. »

Et puis la tradition du plein champ - et de la libre cueillette - reste bien ancrée en Alsace, contrairement au sud de la France où cette pratique n’existe quasiment plus. De toute façon, l’idée est de voir dans un premier les résultats de cette culture de fraises sous serre en mode hors-sol sol. Entre dix et onze tonnes devraient être récoltées. Un bon début. Ou du moins l’assurance de ne pas terminer la saison avec un zéro pointé.

Gestion de l’eau

« Une solution, pas un problème »

Cultures

Publié le 23/04/2019

Si l’eau est un enjeu essentiel à l’échelle de la planète, elle est aussi liée à des problématiques bien locales. En agriculture, toutes les filières sont touchées et en particulier l’élevage qui doit faire face de plus en plus à des manques de fourrage ou de paille à cause de la sécheresse. Une fois ce constat dressé vient la question de la gestion à long terme de la ressource aquifère. Une thématique qui a été débattue lors d’une table ronde organisée dans le cadre de l’assemblée générale d’Irrigants de France qui se tenait au mois de novembre au Parc des expositions de Mulhouse. Et le stockage de l’eau revient régulièrement dans la bouche des professionnels agricoles. Comment faire des réserves de cette précieuse ressource dans les périodes de fortes précipitations pour pouvoir ensuite les utiliser au cours de périodes de sécheresse de plus en plus longues ? Car le potentiel est là, et pas qu’en Alsace avec sa grande nappe phréatique. « Nous avons le deuxième meilleur potentiel d’eau en Europe derrière la Norvège. Et pourtant, on en utilise que 15 %. Ce qui fait de nous les derniers d’Europe. Stocker de l’eau en hiver pour l’utiliser en été relève d’un bon sens indiscutable. Mais pour cela, il va falloir obligatoirement du financement », explique le président d’Irrigants de France, Eric Frétillère.

« Nous finançons les projets de substitution »

En ces temps de sécheresse budgétaire, la question des crédits disponibles pour de tels projets est assez épineuse. Il y a tout d’abord des fonds mobilisables auprès des Régions, de l’Union européenne via le Feader. Et il y a les Agences de l’eau. Sauf que celles-ci ne sont pas « légitimes » pour financer tous les types de projets, explique Laurent Roy, directeur général de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée. Sans compter que leurs budgets sont en baisse, avec cinquante millions d’euros de moins en six ans due à la volonté du Gouvernement de plafonner leurs recettes. « S’il s’agit de financer un projet qui vise à substituer un prélèvement dans une ressource problématique, en tension, ou déséquilibrée, ou un projet de transfert à partir d’une ressource qui n’est pas en tension comme le Rhône, nous sommes en mesure de contribuer au financement, souligne-t-il. Fondamentalement, nous ne sommes pas opposés au principe du stockage. Mais la légitimité du financement, c’est la substitution. »

Dans sa région, où 40 % des bassins de surface étaient déficitaires en eau fin 2015, de nombreuses démarches collectives ont été lancées. Des « projets de territoire » qui associent l’ensemble des usagers de l’eau sur un territoire donné. Une vingtaine a déjà été mise en œuvre, accompagnés chacun de plans d’action et de solutions « concrètes » : réutilisation des eaux usées pour l’arrosage d’espaces verts, de golfs ou pour la production agricole, désimperméablisation des sols, etc. Au total, soixante-dix projets de territoire ont été accompagnés et financés en partie par l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée depuis trois ans. Ces projets de territoire, Irrigants de France y est favorable à condition qu’ils prennent en compte les besoins « nouveaux » pour l’agriculture liés aux changements climatiques, en l’occurrence la création de stockages supplémentaires qui permettraient de maintenir l’irrigation dans les cultures. « Par contre, on nous demande de baisser l’irrigation de 10 %, ces qui n’est pas acceptable. On peut produire demain avec autant d’eau. Nous sommes résolument engagés dans la recherche de techniques et technologies permettant d’obtenir une utilisation optimale de l’eau pour une meilleure efficacité environnementale et agronomique. Alors désirriguer, ce n’est pas aller dans le sens du changement climatique quand on sait que le maïs est une plante qui contribue au stockage du carbone dans le sol. L’irrigation doit être vue comme une solution, pas un problème », rappelle Eric Frétillère.

Produits locaux en restauration

Un « gros potentiel » à développer

Vie professionnelle

Publié le 12/04/2019

Depuis quelques années, la mode alimentaire est à un retour vers le « local ». Dans les grandes surfaces, les produits dits « régionaux » ou « made in France » sont devenus pour beaucoup de consommateurs le critère d’achat numéro un, avant le prix. Dans la restauration, la situation est plus nuancée. Si beaucoup de chefs sont enclins à privilégier les produits de saison de leur région, nombre d’entre eux restent encore focalisés en premier lieu sur la rentabilité de leur entreprise. C’est ce qu’a pu constater Yannick Wir, animateur Sud Alsace à l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), lors des trois jours qu’il a passés au premier salon CHR Pro Expo Alsace, à Colmar, dédié aux professionnels de l’hôtellerie et de la restauration. « Ceux qui privilégient l’approvisionnement local pour élaborer leurs menus sont des gens qui souhaitent raconter une histoire à leurs clients, celle du producteur à côté de chez eux. De l’autre côté, il y a ceux qui veulent des fraises d’Alsace toute l’année avec un prix au niveau de l’Espagne car c’est ce que leurs clients attendent. »

Qu’il soit ou non locavore dans sa démarche, le restaurateur est avant tout un professionnel très exigeant. « Il veut des produits standardisés, livrés tous les jours et à un prix compétitif », témoigne Yannick Wir. Difficile pour un producteur seul dans son coin de satisfaire ces demandes, à moins d’être situé juste à côté du restaurant en question. « Du producteur au restaurateur en direct, cela reste très compliqué quand même. Il y a toute une logistique à prendre en compte. C’est pourquoi les grossistes, qui assurent efficacement cette transition, sont importants », explique Yannick Wir. Ils le sont d’autant plus qu’il y a, dans la restauration, un « énorme potentiel » pour la marque « Fruits et légumes d’Alsace ». Mais le chemin est encore long pour en faire un marché qui soit porteur et lucratif. « Autant on est bien présent dans la restauration collective, autant on a encore beaucoup à construire dans la restauration traditionnelle. » Yannick Wir évoque l’opération Folle choucroute d’Alsace, en partenariat avec des chefs. « Pourquoi ne pas reproduire des choses similaires ? On a des idées pour développer ce marché, mais ça reste un travail de fourmi. »

Des légumes bios et locaux prêts à l’emploi

Pour intégrer le monde de la restauration, l’association Terra Alter Est, créée en juillet 2018, a opté pour une autre approche : livrer des légumes bios et locaux découpés et prêts à l’emploi. Un concept qui a déjà séduit de nombreuses collectivités pour les cantines de leurs différentes structures (écoles, maisons de retraite, etc.), mais qui peine à gagner les chefs des restaurants. Plusieurs raisons à cela, souligne Marion Moreaux, responsable du développement chez Terra Alter Est : « Tout d’abord, les petits restaurants préfèrent travailler avec des produits bruts. Ensuite, beaucoup de restaurateurs commandent du jour au lendemain. Or, nous avons besoin d’un jour ou deux pour récupérer légumes frais, les découper dans nos ateliers et les mettre sous vide. »

Actuellement, Terra Alter Est s’alimente en légumes bios auprès de quatre maraîchers haut-rhinois et complète ce qui lui manque auprès de producteurs bas-rhinois. Elle emploie six personnes en situation de réinsertion professionnelle qui découpent chaque jour 600 kg de légumes. L’objectif serait de monter à 1 tonne quotidienne, voire plus, développer des partenariats avec d’autres maraîchers bios situés dans un rayon de 120 km autour de Wittenheim et, enfin, nouer des relations étroites avec des restaurateurs « locavores ».

3e Prix régional des solidarités rurales

« La ruralité, ce n’est pas le désert »

Pratique

Publié le 06/04/2019

Dans les campagnes aussi, il y a (beaucoup) de vie. C’est en tout cas ce que cherche à démontrer le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) Grand Est en organisant pour la troisième année consécutive le Prix régional des solidarités rurales. Cette initiative, unique en France, est née en Champagne-Ardenne en 1993.

Étendue à l’échelle du Grand Est en 2016, elle a conservé son ADN originel : mettre en lumière celles et ceux qui, dans la région, œuvrent pour soutenir l’initiative économique, sociale ou environnementale dans les territoires ruraux. À la clé, 71 000 € de dotation, dont 15 000 € pour le premier prix, 10 000 € pour le second, et 7 000 € pour les sept lauréats suivants.

Une « mise en lumière » des actions

Depuis le 1er avril, les associations, groupements, entreprises, collectivités et établissement agissant dans les 4 354 communes éligibles de la région peuvent concourir en remplissant le formulaire dématérialisé présent sur le site internet du Ceser Grand Est : www.ceser-grandest.fr. Seules les actions déjà mises en œuvre au plus tard au 31 décembre 2018 sont éligibles. Comme l’explique Véronique Klein, première vice-présidente du Ceser Grand Est et membre du jury, « ce prix est une récompense, pas une subvention ». Elle poursuit : « Ce qui compte surtout pour les lauréats, c’est l’éclairage qui est fait sur eux au niveau de la région. Aujourd’hui, la ruralité se sent délaissée. Avec cette opération, elle est mise en lumière aux yeux de tous. »

Pour être éligible à ce prix régional, l’action mise en œuvre doit répondre à l’un des critères suivants : avoir une dimension économique (emploi, autofinancement, diversification des ressources, pérennité de l’action) ; favoriser le développement local, territorial ou durable ; revêtir un intérêt manifeste pour la ruralité ou pour les liens sociaux ; ou encore s’appuyer sur un partenariat actif (public ou privé) favorisant la mise en commun de toutes les forces mobilisables pour le développement de la zone rurale. Ce prix régional est complété par huit autres prix décernés par les partenaires de l’opération : la Caisse d’Épargne Grand Est Europe, la Banque des Territoires-Groupe Caisse des Dépôts, EDF, le groupe La Poste, AG2R La Mondiale et la Foire de Châlons-en-Champagne. Chacun de ces prix partenaires dispose de ses propres critères (lire en encadré).

La ruralité alsacienne manque à l’appel

Lors des deux premières éditions, des profils très divers ont été récompensés : une association en Meurthe-et-Moselle qui propose des emplois en CDI à des personnes au chômage, des centres d’accueil pour migrants dans la Meuse, un magasin-bar en Meurthe-et-Moselle proposant aux habitants alentour un endroit convivial pour se retrouver, une association dans l’Aube qui réhabilite un potager historique de 1 ha, ou encore le chantier de réinsertion professionnelle aux Jardins du Giessen, à Muttersholtz, qui est, à ce jour, la seule action alsacienne à s’être illustrée.

« Malheureusement, nous avons reçu très peu de dossiers issus de nos territoires. Pourtant, la ruralité est très présente chez nous et il y a des choses qui se font que ce soit le long des collines sous-vosgiennes, dans le Sundgau ou en Alsace Bossue », souligne Véronique Klein. L’appel est donc lancé pour les potentiels candidats haut-rhinois et bas-rhinois qui souhaiteraient démontrer, à leur tour, que « la ruralité n’est pas une fatalité, qu’elle est moderne, connectée et surtout pleine de vie ». Les personnes intéressées ont jusqu’au 30 juin pour déposer leur dossier. Un jury de 22 personnes se réunira ensuite quatre reprises avant la remise des prix prévue au mois de novembre prochain.

Produits locaux en restauration

Un « gros potentiel » à développer

Pratique

Publié le 05/04/2019

La mode alimentaire est à un retour vers le « local ». Dans les grandes surfaces, les produits dits « régionaux » ou « made in France » sont devenus pour beaucoup de consommateurs le critère d’achat numéro un. Avant le prix. Dans la restauration, la situation est plus nuancée. Beaucoup de chefs se focalisent en premier lieu sur la rentabilité de leur entreprise. Même si nombre d’entre eux restent enclins à privilégier les produits de saison de leur région.

C’est ce qu’a pu constater Yannick Wir, animateur Sud Alsace à l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), lors des trois jours qu’il a passés au premier salon CHR Pro Expo Alsace, à Colmar. Un congrès dédié aux professionnels de l’hôtellerie et de la restauration. « Ceux qui privilégient l’approvisionnement local sont des gens qui souhaitent raconter une histoire à leurs clients, celle du producteur à côté de chez eux, croit savoir Yannick Wir. De l’autre, il y a ceux qui veulent des fraises d’Alsace toute l’année avec un prix au niveau de l’Espagne car c’est ce que leurs clients veulent. »

De l’importance des grossistes

Qu’il soit ou non locavore dans sa démarche, le restaurateur est avant tout un professionnel très exigeant. « Il veut des produits standardisés, livrés tous les jours et à un prix compétitif », témoigne le conseiller de l’Ifla. Difficile pour un producteur seul dans son coin de satisfaire ces demandes. À moins d’être situé juste à côté du restaurant en question. « Du producteur au restaurateur en direct, cela reste très compliqué quand même. Il y a toute une logistique à prendre en compte. C’est pour cela que les grossistes, qui assurent efficacement cette transition, sont importants », explique Yannick Wir. Ça l’est d’autant plus dans la mesure où il y a un « énorme potentiel » dans la restauration pour la marque « Fruits et légumes d’Alsace ».

Mais le chemin est encore long pour en faire un marché lucratif. « Autant on est bien présents dans la restauration collective, autant on a encore beaucoup à construire dans la restauration traditionnelle. On a déjà fait l’opération Folle choucroute d’Alsace avec des chefs. Pourquoi ne pas reproduire des choses similaires ? On a des idées pour développer ce marché, mais ça reste un travail de fourmi. »

Terra Alter livre des légumes prédécoupés

Pour intégrer le monde de la restauration, l’association Terra Alter Est, créée en juillet 2018, a opté pour une autre approche : livrer des légumes bios et locaux découpés et prêts à l’emploi. Un concept qui a déjà séduit de nombreuses collectivités pour les cantines de leurs différentes structures (écoles, maisons de retraite, etc.). Mais l’idée peine à convaincre les chefs des restaurants. Plusieurs raisons à cela souligne Marion Moreaux, responsable du développement Terra Alter Est : « Il y a tout d’abord des petits restaurants qui préfèrent encore travailler avec des produits bruts. Ensuite, beaucoup de restaurateurs commandent du jour au lendemain. Or, nous avons besoin d’un jour ou deux pour récupérer les légumes frais, les découper dans nos ateliers et ensuite les mettre sous vide. »

Actuellement, l’association s’alimente en légumes bios auprès de quatre maraîchers haut-rhinois et complète ce qui lui manque auprès de producteurs bas-rhinois. Elle emploie six personnes en situation de réinsertion professionnelle. Les salariés découpent chaque jour 600 kg de légumes. L’objectif serait de monter à une tonne quotidienne et développer des partenariats avec d’autres maraîchers bios situés dans un rayon de 120 km autour de Wittenheim. Mais le Graal reste de nouer des relations étroites avec des restaurateurs « locavores ».

Les vidéos