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Nicolas Bernard

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Employeurs de main-d’œuvre agricole

Le prélèvement à la source « démystifié »

Vie professionnelle

Publié le 25/02/2019

Source de problèmes ou source de facilité ? Le prélèvement de l’impôt sur le revenu à la source interroge les employeurs de main-d’œuvre agricole. Certains se voyant ainsi devenir « percepteurs à la place de l’État » avec toutes les contraintes qui vont avec. Afin de « démystifier » ce dossier, l’Association des viticulteurs d’Alsace, et les FDSEA du Haut-Rhin et du Bas-Rhin ont invité François Huppert, coordonnateur du prélèvement à la source aux finances publiques du Grand Est, lors de la réunion annuelle employeurs qui s’est déroulée le 6 février.

Avec cette réforme, l’entreprise a comme responsabilité de reverser à l’administration fiscale le montant de l’impôt déduit de la fiche de paie du salarié. S’il n’effectue pas le prélèvement, c’est perçu comme un non-versement des charges sociales et salariales. « C’est là la plus grosse responsabilité de l’employeur. S’il est honnête, il n’y a pas lieu d’arriver à ce genre de situation », explique François Huppert. En cas de « défaillance » de l’employeur, l’administration fiscale ne va pas réclamer à nouveau le paiement de l’impôt au salarié. « Si on peut justifier que la paie a bien été amputée par le prélèvement à la source, ça sera pris en compte lors du calcul du montant de l’impôt en fin d’année », précise François Huppert. Concernant le taux du prélèvement, l’employeur n’a rien à faire. C’est l’administration qui le calcule directement en fonction des informations fournies par le salarié. Même si ce prélèvement à la source « induit des changements » confie Joseph Lechner, président de la Commission paritaire régionale de l’emploi (CRPE) Agriculture Grand Est, il ne devrait pas bouleverser les habitudes des employeurs de main-d’œuvre agricole dans la mesure où il est totalement intégré à la DSN. « Certes, il y a un léger poids pour les entreprises car cela nécessite une mise à jour des logiciels. Mais objectivement, cela reste assez marginal », argumente François Huppert. Dans beaucoup de situations en effet, la gestion des fiches de paie est sous-traitée à une société d’expertise-comptable. Et pour celles et ceux qui utilisent le Tesa, c’est la MSA qui joue le rôle de collecteur. « Dans ce cas, le montant du prélèvement à la source est inclus dans les charges que vous payez à la MSA. Et nous nous occupons de reverser l’impôt aux services fiscaux », clarifie Marie-Eve Schnoebelen, conseillère à la MSA d’Alsace. Stéphane Chaise, responsable de la commission sociale à l’Ava reste néanmoins sceptique sur ce prélèvement à la source. « On était jusqu’à maintenant dans une logique de simplification administrative. Là, on ne la ressent pas, notamment pour les petites PME. » François Huppert le reconnaît : « C’est vrai, le prélèvement à la source n’a pas été conçu pour simplifier la vie des entreprises. Il l’a été avant tout pour faciliter le paiement de l’impôt sur le revenu. »

Première dégustation des Sigilles d’Alsace de 2019

 

Moins de maisons mais plus d’échantillons

Vigne

Publié le 24/02/2019

C’est ce qu’on appelle un pari gagnant. En donnant une dimension plus marquée au terroir dans la dégustation d’attribution des Sigilles d’Alsace il y a quatre ans, la confrérie Saint-Étienne a visé juste. La dernière session qui a eu lieu le 14 février dernier l’a une nouvelle fois démontré. Avec, cette fois-ci, l’obligation d’inscrire les grands crus exclusivement dans la catégorie « Terroir ». Si le nombre de maisons représentées a baissé par rapport à janvier 2018 (45 contre 54), le nombre d’échantillons a lui sensiblement augmenté passant de 224 vins à 260, dont 115 vins en catégorie « Terroir ». L’ensemble des vins présentés (grands crus, AOC, crémants) était issu du millésime 2017. Seules les vendanges tardives (9 échantillons) et les sélections de grains nobles (3 échantillons) étaient des millésimes 2017 et antérieurs. Malgré la baisse du nombre de domaines en compétition due à un millésime 2017 « très faible en quantité » souligne le grand maître de la confrérie, Jean-Louis Vézien, les jurés désireux de départager les candidats au très convoité Sigille étaient une nouvelle fois très nombreux. Quinze tables de trois à quatre professionnels de la vigne étaient établies, dont sept rien que pour les vins en catégorie « Terroir ». Il faut dire que cette dégustation revêt un certain prestige. Contrairement à d’autres concours, le Sigille départage uniquement des vins déjà embouteillés, donc « parfaitement finis » rappelle Jean-Louis Vézien. Ceux qui reçoivent la note minimum de sept dans les critères de qualité intrinsèque et de typicité dans l’appellation et le millésime iront garnir l’œnothèque de la confrérie Saint-Étienne, riche de 65 000 bouteilles. Un véritable « musée » du vignoble qui permet de prouver régulièrement un aspect de plus en plus reconnu des vins d’Alsace : leur capacité de garde. Comme l’explique le chancelier-receveur de la confrérie, Jean-Paul Goulby, les fréquents ateliers de dégustation de millésimes anciens organisés au château ou pendant la foire aux vins de Colmar font systématiquement salle comble. « Nos vins savent très bien vieillir, et il est très important de le prouver. » De ce fait, les jurés qui départagent les potentiels Sigilles d’Alsace doivent donner une estimation du potentiel de garde (en années) en plus de suggestions d’accords mets-vins. Un critère qui a son importance, notamment pour les plus grands vins qui « demandent du temps » selon plusieurs jurés présents à cette première dégustation des Sigilles de l’année.

Nouvelle tireuse à sarment de Provitis

Une innovation pleine de promesses

Technique

Publié le 21/02/2019

Un hectare, une semaine, un homme. Actuellement, le tirage des sarments dans les parcelles de vigne est surtout synonyme de travail long, répétitif, pénible et parfois dangereux. Avec la dernière innovation de la société Provitis, cette image appartiendra peut-être bientôt au passé. Mardi dernier, elle a présenté sa dernière tireuse à sarment capable d’extraire les bois par le bas, à l’image de ce qui est fait manuellement. Une innovation manifestement très attendue au vu de la multitude des viticulteurs venue assister à cette démonstration sur les hauteurs de Beblenheim mardi dernier. La machine est une évolution de la tireuse à sarment VSE 230 que Provitis a lancé sur le marché il y a cinq ans. Celle-ci s’appuyait sur un concept imaginé par Jean-Yves Dezé, vigneron du Val de Loire : l’extraction des sarments par le côté plutôt que par le haut. Une machine brevetée qui a séduit plus de 200 viticulteurs à travers le monde. Celle-ci présente néanmoins l’inconvénient de n’être utilisable que dans certaines conditions. « Quand l’implantation des fils est trop rapprochée, le bois n’a pas assez de place pour se plier et ne peut donc être extrait par le côté. C’est à partir de ce constat que nous avons réfléchi à un autre procédé permettant de mécaniser le tirage des sarments dans davantage de situations », explique le gérant de Provitis, Didier Andelfinger. Et quoi de mieux que d’essayer de reproduire la main humaine sans les contraintes qui vont avec ? Après deux ans d’essais, c’est ce que Provitis est capable de mettre en avant aujourd’hui avec sa nouvelle tireuse à sarment, chiffres à l’appui. « Avec cette machine, on peut couvrir sept hectares en une semaine à deux personnes. L’une conduit et l’autre enlève les quelques bois qui restent accrochés », indique Didier Andelfinger. Autre chiffre mis en avant : quarante heures. C’est le temps de travail économisé par des clients de Provitis sur la taille et l’arrachage du bois grâce à l’utilisation de cette tireuse à sarments. Des tâches qui leur prennent habituellement une centaine d’heures.

Adaptée pour la taille en arcure

Si le gain de temps de travail est notable, le gain de confort pour le viticulteur l’est tout autant. « Le tirage des sarments est un travail très fatigant, voire dangereux avec les baguettes qui peuvent heurter le visage. Sans compter les problèmes articulaires que cela peut engendrer sur le long terme. Avec cette nouvelle machine, on enlève une tâche très pénible au vigneron », souligne Didier Andelfinger. Finies en effet les contraintes des tireuses à sarment dont l’extraction se fait par le haut. Dans ce cas-là, la taille préparatoire est plus longue pour éviter les fourches que forme la liaison entre rameau et guyot. « Avec le tirage par le bas, les fourches n’existent plus. Le temps de préparation est fortement réduit. » Cette nouvelle tireuse à sarment Provitis est vraiment adaptée pour la taille en arcure. « Le liage se limite au fait de poser la baguette contre le fil d’arcure et le fil de tête », ajoute Didier Andelfinger. Déjà présentée « officieusement » à l’état de prototype l’an passé, la nouvelle tireuse à sarment de Provitis est désormais proche d’une version commercialisable. « En tout cas, nous sommes arrivés à un résultat que l’on peut vendre. Il reste juste des travaux d’optimisation à faire avant de pouvoir industrialiser la fabrication de la machine » Une première présérie est prévue pour 2020. La commercialisation à plus grande échelle est prévue par la suite. Elle sera visible à la prochaine Foire aux vins de Colmar et au Sitevi qui aura lieu du 26 au 28 novembre prochain à Montpellier.

Assemblée générale Planète Légumes

Une place qui se consolide dans le Grand Est

Vie professionnelle

Publié le 20/02/2019

Petit à petit, Planète Légumes trace sa route dans la région Grand Est et en France. Créée à l’origine en Alsace, la station d’expérimentation est de plus en plus sollicitée par des agriculteurs et des collectivités au niveau du Grand Est pour des projets de méthanisation, de créations de serre, de stockage des fruits et légumes, ou d’économies d’énergie. « Nous sommes reconnus en tant qu’experts sur ces points. Il nous manque encore la compétence pour les études économiques et les coûts de distribution dans les différents circuits de commercialisation », souligne le président de Planète Légumes, Pierre Lammert.

Si le développement en Grand Est a été favorisé par la relation étroite tissée avec la Chambre d'agriculture régionale, il y a encore un peu de travail de promotion à faire auprès des chambres départementales lorraine et champardennaise. « C’est une démarche essentielle pour nous faire connaître. Beaucoup de départements ne savent pas ce qu’on fait au niveau des légumes », poursuit Pierre Lammert. Dans le Grand Est, Planète Légumes est en effet la seule station légumière sur les trois stations expérimentales existantes.

Une station régionale dans un réseau national

Elle a la chance de pouvoir s’appuyer sur une filière « bien structurée » dans la grande région. Encore plus depuis la signature du contrat de filière en 2018 avec le Conseil régional. « Cela a été une avancée importante pour la collectivité mais aussi pour les professionnels », se félicite Pierre Lammert. Parmi les points qui composent ce contrat de filière, l’expérimentation occupe une place essentielle. « C’est avec elle que nous pouvons apporter des nouvelles solutions et des conseils pointus à nos producteurs. C’est une étape clé pour une meilleure compétitivité de l’exploitation, et cela offre des perspectives à pour les jeunes qui souhaitent s’installer », continue le président de Planète Légumes.

Des problématiques qui ne sont pas que régionales mais aussi nationales. À ce titre, la présence de Planète Légumes au sein de l’association nationale des stations d’expérimentation fruits et légumes, Irfel, est « plus qu’enrichissante » pour les techniciens. « Sur la trentaine de stations expérimentales qui existent en France, 25 stations font partie de cette association. Du coup, on peut avoir de nombreux échanges sur les différentes problématiques que nous rencontrons », indique Pierre Lammert. Dans cette quête continue d’amélioration et d’expertise, Planète Légumes peut compter sur le soutien financier de divers organismes : la Chambre régionale d’agriculture à hauteur de 100 000 euros, mais aussi le Conseil régional, les conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la Draaf, le Casdar les BSV d’Alsace et de Lorraine ou encore l’Agence de l’Eau. Un panel de partenaires qui légitime encore davantage les missions principales de Planète Légumes : répondre aux problématiques des producteurs, être force de proposition et anticiper les besoins des consommateurs. La station expérimentale donne d’ailleurs rendez-vous à ces derniers du 3 au 13 octobre prochain au Parc des expositions du Mulhouse à l’occasion de la nouvelle édition de Folie’Flore dédiée aux fruits et aux légumes.

 

Traitement des vignes par drone

« La solution » pour les parcelles en forte pente

Vigne

Publié le 20/02/2019

Sur les coteaux qui surplombent la commune de Guebwiller, c’est mission (presque) impossible. Depuis l’interdiction du traitement aérien des vignes en 2015, les équipes du domaine Schlumberger sont contraintes d’appliquer tous les produits phytosanitaires à la main, sur des pentes pouvant aller jusqu’à 45 % d’inclinaison. « À chaque fois, nos gars prennent un risque pour leur santé. Il y a 400 km de rangs à traiter, un par un. Ils sont équipés comme des cosmonautes pendant des heures et avancent dans un nuage de produits phytos. Sans compter les risques de retournement des machines. Mais ça, c’est légal », constate amèrement le directeur général du domaine, Stéphane Chaise. La maison Schlumberger n’est pas la seule concernée par ce problème. En Alsace, l’Ava a recensé 914 ha de vignes AOC situées sur des pentes d’au moins 30 %, principalement à Guebwiller, Thann et Niedermorschwihr. Une configuration que l’on retrouve ailleurs en France comme sur les côtes rôties, dans la vallée du Rhône. À chaque fois, l’intégrité physique de l’opérateur est menacée (voir encadré). Une situation « inacceptable » pour la profession qui va peut-être prendre fin définitivement grâce aux nouvelles technologies. Grâce à l’article 82 de la loi Egalim soutenu, entre autres, par le député Jacques Cattin, le traitement des vignes par drone a été autorisé pendant trois ans à titre expérimental. Une « demi-victoire » qu’a saluée le président de la Caisse d’Assurance Accidents Agricoles du Haut-Rhin (CAAA 68), Jean-Michel Habig, lors de la réunion des délégués spéciale « innovation » organisée le 5 février dernier à Sainte-Croix en Plaine. Une journée « spéciale » pour faire le point sur ce dossier qui agite la profession depuis quatre ans avec, en point d’orgue, la démonstration d’un drone de traitement sur une parcelle de vigne située à Herrlisheim-près-Colmar. « En tant qu’organisme chargé de la prévention des risques, c’est notre rôle de mettre en avant des innovations qui permettent d’améliorer la sécurité des agriculteurs et de leurs salariés. Et le drone est, j’en suis persuadé, la solution de demain pour répondre à ce défi tout en étant une solution pour l’environnement. » Le directeur de l’Ava, Frédéric Bach, le sait, les expérimentations qui vont démarrer cette année intéressent « beaucoup de monde ». « Il y a un intérêt général pour l’utilisation de drones en viticulture, et pas seulement pour les parcelles les plus compliquées. Avec cet outil, il y a moins de dérive, pas de tassement du sol, et le confort de travail est grandement amélioré. Bref, des avantages économiques, environnementaux, agronomiques et techniques qui sont vraiment très intéressants. »

Une réduction de dérive comprise entre 50 et 70 %

Le drone en question a été conçu par l’entreprise suisse Aero 41, anciennement Agrofly. Dans le canton de Vaud et du Valais, de nombreuses vignes sont également situées sur de très fortes pentes. « Du coup, je me suis demandé comment faire pour continuer à les protéger », se souvient Frédéric Hemmeler, dirigeant d’Aero 41 et concepteur du drone. Afin d’établir le cahier des charges de son outil, il est d’abord allé à la rencontre des viticulteurs pour mieux comprendre leurs problématiques et les résoudre. Il en retire une certitude : il faut concevoir un outil de haute précision supporté par un drone, et non pas un drone d’épandage. « La nuance est importante. Les professionnels que j’ai rencontrés voulaient quelque chose qui ne change pas trop de ce qui existait déjà, un outil agricole qui soit rudimentaire dans sa conception. J’ai donc imaginé quelque chose qui soit solide et facile à mettre en œuvre, et facilement réparable. » Le drone est construit en carbone et en aluminium. Il possède six bras, chacun doté d’une hélice. Il mesure deux mètres de diamètre pour un poids, réservoir plein, de 42 kg. Il peut voler entre 50 cm et 2 m 50 au-dessus de la vigne avec une qualité d’application qui est « sensiblement la même » assure Frédéric Hemmeler. « Au-delà, il commence à y avoir de la dérive. » Par rapport à un hélicoptère, la nuisance sonore est considérablement réduite avec 85 dB à cinq mètres de hauteur en vol stationnaire. Le drone a pu voir le jour grâce à un partenariat avec les offices fédéraux suisses de l’environnement, de l’agriculture, et l’entreprise Syngenta Global. Il dispose d’une autorisation officielle d’épandre des produits phytosanitaires en Suisse depuis le mois de février 2017. Une année pendant laquelle Aero 41 a multiplié les essais sur de nombreuses cultures (vignes, légumes, colza) avant de commercialiser une prestation de services d’épandage en 2018 en agriculture conventionnelle et biologique. À partir de cette année, ce drone est considéré en Suisse comme un pulvérisateur au sol. « Il est doté d’une précision extrême. On a une qualité d’épandage plus de trois fois supérieure à celle qu’on peut obtenir avec un hélicoptère. En Allemagne, il a même obtenu la classification JKI qui certifie une réduction de la dérive comprise entre 50 et 75 % », explique Frédéric Hemmeler.

Trois ans pour convaincre le législateur français

En termes d’autonomie, ce drone permet de réduire deux jours de travail en 2 h 30 pour peu que l’organisation soit bien pensée. « Avec un réservoir plein, on peut traiter 1 600 m² en six à huit minutes environ. Après, cela va aussi dépendre de la complexité de la parcelle et de la manière dont travaillent les opérateurs. L’organisation peut faire une différence monstrueuse. » Pour optimiser le travail, il recommande de placer la plateforme de « recharge » du produit avec son bac de rétention au bon endroit, et de changer les batteries lorsqu’elles arrivent entre 50 et 60 % de capacité. « De cette manière, il faut moins de temps pour les recharger d’une session de vol à l’autre. » Si le drone a en théorie la capacité de traiter de manière totalement automatisée, c’est une option qu’Aero 41 n’a pas trop cherché à développer pour le moment. « La législation impose aujourd’hui d’avoir un contact visuel direct en permanence avec son drone pour reprendre la main en permanence. Et puis, l’automatisation reste pour l’instant compliquée à mettre en œuvre sur des vignes en pente à cause de la hauteur constante qu’il faut gérer. Sur un terrain plat, c’est bien plus facile. » À l’heure actuelle, c’est surtout le vol en essaim, avec plusieurs drones cote à côté, qui intéresse la société Aéro 41. « C’est une technologie qui aura toute sa raison d’être en agriculture, j’en suis certain », annonce Frédéric Hemmeler. En termes de coût, la version entièrement équipée de ce drone pulvérisateur coûte aujourd’hui 50 000 francs suisses. Néanmoins, Aero 41 partirait davantage sur de la prestation de service que de sur de la vente C’est en tout cas ce qui est prévu pendant ces trois années d’expérimentation prévues en France. « Après, si un domaine souhaite l’acheter pour l’utiliser sur ses parcelles et faire de la prestation de service, cela pourrait être envisageable à terme. Tout dépendra bien sûr des lois qui seront adoptées ou non à l’issue de cette expérimentation », tient-il à préciser. Avant d’en arriver là, Aero 41, par l’intermédiaire de son partenaire français Delta Drone, doit déjà transposer tous les essais déjà effectués en Suisse dans notre pays. « On doit tout reprendre à zéro afin que tout soit conforme avec les normes françaises. Après, on y verra plus clair », ajoute-t-il. Une condition indispensable pour que la mission devienne enfin « possible ».

ACS Andelfinger - FMC

Une machine à pulvériser unique en son genre

Technique

Publié le 14/02/2019

Prenez une machine à vendanger et un pulvérisateur. Mélangez-les et vous obtenez une machine un peu particulière au gabarit imposant capable de traiter des cultures. Derrière ce mix improbable, il ne faut pas chercher la dernière innovation en vogue du prochain Sima, mais un outil créé sur mesure - et unique en France - par la concession ACS Andelfinger pour le Centre européen de recherche et de développement en protection des cultures, FMC, à Nambsheim. On y teste de nombreux produits insecticides, fongicides ou herbicides en phase expérimentale que ce soit pour les grandes cultures, les vignes ou les cultures arboricoles et maraîchères. Il y a 90 hectares de terres labourables, dont un tiers est réservé à l’expérimentation.

Pour mener à bien les essais, il faut un outil capable de travailler rapidement, proprement et efficacement. C’est avec cette idée sous-jacente que la concession ACS Andelfinger a adapté une machine à vendanger New Holland Braud 9040L en un pulvérisateur un peu particulier. La machine, qui ne sort jamais de l’enceinte du site, a tout d’abord été coupée en deux pour être élargie de 95 cm. Le mécanicien d’Andelfinger y a ensuite adapté le système de pulvérisation qui équipait l’ancienne machine similaire créée il y a une vingtaine d’années par la concession et l’entreprise DuPont. « On voulait apporter davantage de confort et de sécurité pour l’utilisateur avec cette nouvelle version », résume Hervé Groff, responsable de la ferme expérimentale chez FMC.

Cette machine à vendanger truffée de réservoirs, de buses, de câbles et de tuyaux est assez impressionnante au premier coup d’œil. Il faut dire que tout a été pensé pour faciliter au maximum le travail avec une sécurité optimale, notamment vis-à-vis de l’environnement. Ce centre de recherche est en effet certifié BPE (bonnes pratiques d’expérimentation). Il est soumis à une traçabilité rigoureuse et a pour objectif la récupération de tous les produits utilisés. À l’avant de la machine, seize rampes et seize réservoirs sont destinés aux cultures basses (céréales, pommes de terre, etc.). À l’arrière, on trouve un pulvérisateur avec assistance d’air tangentielle qui permet d’appliquer le produit directement sur la plante. Il dispose de dix rampes avec dix réservoirs. Juste à côté, deux panneaux parallèles permettent de récupérer la bouillie en excès. Chaque rampe de pulvérisation est équipée d’un débitmètre à induction. « On peut ainsi savoir quel volume on applique par parcelle au millilitre près », explique Sylvain Pierré, technicien d’expérimentation fongicide, et utilisateur de la machine. L’ensemble des données est ensuite exporté sur clé USB afin d’être traité sur ordinateur.

Avant chaque utilisation, le pulvérisateur est calibré par le chauffeur afin de s’assurer qu’il n’y a pas de buse bouchée. Ensuite, il peut utiliser le GPS pour réguler la vitesse d’avancement. Par rapport à des expérimentations faites avec un pulvérisateur à dos, le gain de temps, de confort et de sécurité est évidemment très important. Seulement 20 minutes sont nécessaires pour traiter une parcelle d’essai qui nécessiterait 2 heures si cela était fait avec un pulvérisateur à dos. Et grâce à la précision inhérente au système de pulvérisation, la quantité de produits appliquée est réduite à son maximum, ce qui est important lorsque les quantités de produits expérimentaux sont faibles. « On applique les préceptes de l’agriculture de précision, avec un mode opératoire qui soit reproductible par les agriculteurs », souligne Hervé Groff. L’autre gros atout cet hybride « machine à vendanger/pulvérisateur » est la souplesse d’utilisation offerte par rapport à la météo. « Dès qu’il y a une accalmie, on peut profiter d’une fenêtre favorable pour appliquer le traitement. En quelques minutes, c’est fait, et cela nous permet ainsi de respecter les cadences imposées par certains traitements », indique Sylvain Pierré. Et, cerise sur le gâteau, la machine est équipée d’un système automatique de rinçage des buses et des tuyaux grâce à une cuve d’eau claire montée sur le châssis. Une manipulation bien évidemment effectuée sur l’aire de rinçage comme n’importe quel pulvérisateur classique vendu dans le commerce.

Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin

L’engagement comme voie d’avenir

Vie professionnelle

Publié le 14/02/2019

« Engagez-vous, rengagez-vous qu’ils disaient… » Derrière cette phrase, le fidèle lecteur d’Astérix aura peut-être reconnu le légionnaire désabusé, un coquard à l’œil, s’interrogeant sur l’utilité de s’engager pendant vingt ans dans l’armée de César pour se prendre des baffes d’irréductibles Gaulois. Si la scène peut faire sourire, une question de fond demeure : l’engagement, quel qu’il soit, a-t-il un toujours du sens aujourd’hui ? Et puis qu’entend-on réellement par « s’engager » ? Lors de leur dernière assemblée générale, les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin (JA 68) ont souhaité mettre l’accent sur cette notion indissociable du syndicalisme agricole. « Notre métier doit faire face à de multiples enjeux qu’ils soient économiques, environnementaux, techniques ou sociétaux. Pour les surmonter, nous aurons besoin de toutes les motivations. C’est ensemble que nous pourrons relever tous les défis qui se présentent, c’est ensemble que nous pourrons innover. C’est pour cela que l’engagement de tous va nous être essentiel », introduit le président des JA 68, Ange Loing. Un appel du cœur qui fait aussi office d’un léger rappel à l’ordre suite aux résultats des élections Chambre. « Seulement 1 891 chefs d’exploitation sur 3 701 ont voté dans notre département, soit à peine plus que la moitié. Tous les autres n’ont pas trouvé cela utile. Dans cette période de contestation, je trouve cela aberrant… » Le constat est amer, mais le bilan de l’année écoulée l’est encore plus aux yeux des responsables du syndicat. Si des points positifs sont heureusement à relever - l’apport de l’irrigation en grandes cultures par exemple - de « nombreux nuages » ont malheureusement assombri le ciel de l’agriculture haut-rhinoise en 2018. « Je pense particulièrement aux attaques régulières, voire quotidiennes, que subit notre profession », souligne Ange Loing. Sur les produits phytosanitaires, il déplore la « perte de repères scientifiques non discutables ». Sur le bien-être animal, c’est « l’infime partie de la population » qui « tente par tous les moyens d’imposer son point de vue » qui a tendance à l’exaspérer. « La dignité de notre métier est mise à mal. C’est notre moral qui doit assumer ces attaques. Nous ne sommes pas responsables de tous les maux de la société. Alors agissons ! Nous sommes prêts et proactifs pour trouver des solutions. Nous devons continuer à communiquer, à montrer les réalités de notre métier, mais aussi et surtout à rendre de la dignité à nos agricultrices et nos agriculteurs. »

Le soutien « indispensable » des élus

Pour atteindre ses objectifs, la profession agricole compte aussi sur l’engagement du monde politique et des élus. Le secrétaire général des JA 68 a profité de cette assemblée générale pour leur adresser une petite piqûre de rappel. « Messieurs les élus, nous devons travailler ensemble ! Les taxes qui plombent notre profession et qui continuent de s’accumuler sont inacceptables. La colère monte dans nos exploitations, mais vous ne semblez pas l’entendre. Nous avons tout intérêt à trouver rapidement des solutions pour redonner du souffle et de la dignité aux agriculteurs. Il est temps de réagir ! » Nicolas Misslin, responsable du dossier Grandes Cultures chez les JA du Haut-Rhin, aimerait lui que les responsables politiques « ouvrent les yeux ». Pas simple en effet de s’engager dans une quelconque direction si l’on ne regarde pas devant soi… « Regardez ce qu’il se passe : la France autorise l’importation de grandes quantités de céréales du monde entier, cultivées avec des produits dont les substances actives sont interdites en France, et avec une main-d’œuvre moins chère. En parallèle, on nous impose un cahier des charges de plus en plus draconien. C’est de la concurrence déloyale ! » Si la profession peine à rivaliser avec ses concurrents internationaux, elle peut au moins compter sur l’intérêt grandissant des consommateurs pour le made in France. Des locavores qui « s’engagent » à soutenir une agriculture de proximité malgré les « attaques » du mouvement végan envers le monde de l’élevage. Un point qui ravit Tom Schott, responsable du dossier Montagne : « La demande de produits fermiers ne cesse de croître. Un grand merci à tous ces consommateurs qui, par leurs gestes, permettent la continuité de l’élevage à taille humaine sur nos massifs, dans le respect de l’environnement et des animaux. » La co-responsable du dossier Lait, Charlotte Feuerbach, lance de son côté un appel aux organismes professionnels qui gravitent autour des agriculteurs de mieux les accompagner face aux aléas climatiques. « Les répercussions de la sécheresse 2018 seront lourdes et nous les ressentirons jusqu’à la fin de l’année 2019. Le problème est que les assurances climatiques et aléas ne sont pas attractives. Sont-elles réellement pour le bénéfice des agriculteurs sur le long terme ? De ce fait, je demande qu’on soutienne les éleveurs durant les mois à venir afin que la structure de leurs exploitations ne soit pas mise en péril. » Là encore, c’est un engagement sincère et complet que demande les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin.

L’engagement, une « philosophie »

Les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin seront-ils entendus comme ils le souhaitent ? L’engagement demande une prise de responsabilité, parfois une prise de risque. Il demande aussi des sacrifices sur son temps libre ou sa vie de famille. Est-ce rédhibitoire pour autant ? Pas pour Joël Didierjean, sapeur-pompier volontaire. Invité par les JA 68 à venir témoigner de son engagement chez les soldats du feu, il voit d’abord cela comme quelque chose de « noble ». « Pour ma part, cet engagement est venu naturellement. L’ensemble de ma famille était déjà sapeur-pompier. Cela représente un ancrage territorial important. Et puis j’avais le désir de porter secours à la population en cas de besoin. » À ses côtés, Florian Dornier, agriculteur passé par la case JA pendant quinze années. Son engagement dans ce syndicat a été motivé par le besoin de sortir de son exploitation et celui de « garder du lien » avec l’extérieur. « De fil en aiguille, on crée un groupe, on prend du plaisir à se rencontrer. Et puis on mesure la chance d’avoir un syndicalisme chez les jeunes. » Claude Gebhard en sait quelque chose également. Lui est tombé dans la potion « engagement » quand il était petit. Dans sa commune tout d’abord (il est maire de la commune d’Artzenheim depuis 1996), puis chez les JA ensuite, avant d’entrer à la FDSEA et à la Chambre d'agriculture. Un engagement « multitâches » qu’il ne regrette en rien malgré les contraintes. « Des fois, on a des coups de blues, on se sent seul. Mais ce sentiment s’évapore très vite. On crée des liens, on rencontre des personnes intéressantes, on fait avancer les choses. Il y a bien plus de positif que de négatif. » Florian Dornier considère que l’engagement est d’abord une « philosophie » à avoir. « Si on se lève le matin, qu’on se dit qu’on n’a pas le temps et râle tout seul chez soi, ça n’ira pas. Le monde appartient aux optimistes. Les pessimistes sont les spectateurs. » Après, le fait d’avoir un service de remplacement qui « tienne la route » facilite l’engagement dans une structure syndicale. « On a la chance d’avoir ça dans le Doubs. On sait qu’on peut s’absenter de l’exploitation et que les choses seront bien gérées. Après, c’est un choix politique qui n’apporte rien financièrement. Mais cela fait partie des missions du Département et de la Région de trouver des financements pour ce genre de services. C’est aussi à ce prix-là qu’on peut s’impliquer. » S’engager à de telles fonctions nécessite un autre élément essentiel : un soutien familial solide « à tous points de vue ». « La construction d’une vie de famille est plus complexe quand on est sapeur-pompier. Entre les interventions, les astreintes et les formations récurrentes, c’est beaucoup de temps qui y est consacré. Si votre compagne comprend que c’est votre passion, ça va. Mais qu’un certain temps. C’est d’ailleurs pour ça que la durée d’engagement d’un sapeur-pompier volontaire n’excède pas dix ans. » Chez les JA, l’engagement s’arrête à 35 ans et laisse la place à d’autres responsabilités, très souvent au sein de la FDSEA. Mais que ce soit chez les jeunes ou leurs aînés, une chose est constante : le téléphone qui sonne très fréquemment. À cela, Florian Dornier conseille de s’accorder de temps à autre des semaines sans téléphone pour partir en vacances et profiter de ses proches. « Si on continue de répondre, on finit usé. C’est indispensable de consacrer du temps à ceux qui font des sacrifices au quotidien pour vous. » Aussi chronophage soit-il, l’engagement reste perçu par ces trois intervenants comme un moyen « exceptionnel » d’ouvrir son esprit, sans compter l’acquisition de compétences fort utiles pour la suite. « Avant, je ne pouvais pas prendre la parole en public. Grâce aux JA, j’ai dépassé cette appréhension. » Et puis il y a la satisfaction de faire avancer le Schmilblick comme disait Coluche. « Quand un projet aboutit dans une commune, ou quand on réussit à faire avancer les choses dans une intercommunalité où les intérêts sont souvent divergents, la satisfaction est immense », glisse Claude Gebhard. À bientôt 57 ans, il entend bien poursuivre sur cette voie de l’engagement encore quelques années. À la Chambre d'agriculture d’Alsace déjà, où il a été réélu dernièrement, et dans sa commune d’Artzenheim où les prochaines élections municipales auront lieu en 2020. Une échéance dans laquelle il appelle les plus jeunes à s’investir. « Dans mon village, je suis le seul agriculteur autour de la table. Notre profession a une notion de transversalité que les autres n’ont pas. Sachez que plus vous êtes jeunes, plus vous êtes efficaces. Et même si vous vous exprimez mal, on vous écoutera. Quand on est jeune, on vous pardonne plein de choses. Alors, engagez-vous ! »

Ace Compta

La taxation écologique décryptée

Vie professionnelle

Publié le 10/02/2019

Une « usine à gaz », encore une. Quelques semaines après l’entrée en vigueur du prélèvement de l’impôt à la source, le président du groupe Ace, Pascal Buecher, n’en démord pas. Cette énième réforme censée « faciliter la vie des Français », dixit le ministre des Comptes Publics, Gérald Darmanin, reste « incompréhensible ». « Pour le moment, nous n’avons toujours pas eu d’explication solide et claire sur le pourquoi de cette réforme, ni sur le chiffrage quant aux gains espérés par les pouvoirs publics. Réforme qui, faut-il le rappeler, a été adoptée sans vrai débat à l’Assemblée Nationale. Alors on nous répond qu’on faisait partie des derniers pays en Europe à ne pas prélever l’impôt à la source. C’est vrai. Mais y a-t-il un autre pays qui doit composer avec une législation aussi ubuesque que chez nous ? » Pascal Buecher s’inquiète particulièrement de la mise en œuvre de cette réforme pour les entreprises devenant, par la force des choses, « percepteurs légaux » de l’impôt sur le revenu. « Du coup, l’Administration n’aura plus à régler les difficultés financières. Ce sont les entreprises qui subiront des pénalités en cas de problèmes de reversement. Sans compter le renchérissement inévitable des coûts lié aux traitements de ces données. C’est quand même surprenant qu’une telle usine à gaz ait pu voir le jour sans opposition, notamment de la part du monde entrepreneurial. On est tout de même les premiers impactés étant donné qu’on nous impose un rôle de percepteur à titre bénévole. »

La vocation « incitative » de la fiscalité écologique

La mise en place du prélèvement à la source n’est que la partie émergée de « l’iceberg administratif » qui s’est dressé en face du groupe Ace au cours des mois écoulés. Entre la suppression du RSI, la baisse du CICE, l’installation de logiciels de caisse certifiés et l’entrée en vigueur de la RGPD « dont l’immense majorité des entreprises n’a pas eu connaissance », les salariés d’Ace Compta ont davantage navigué sur des eaux tumultueuses que sur un long fleuve tranquille. Et tout cela, sans compter sur l’augmentation « vertigineuse » des taxes écologiques censées financer la transition énergétique. « Au lieu de cela, on a surtout l’impression qu’elles alimentent un trou sans fond », déplore Pascal Buecher.

La réalité est un peu plus complexe comme l’explique Mireille Chiroleu-Assouline, professeure de sciences économiques à l’université Panthéon-Sorbonne et professeur associée à l’École d’Économie de Paris. À l’issue de l’assemblée générale d’Ace Compta, elle a apporté bon nombre d’éclairages sur le thème de la « fiscalité verte » et du changement climatique. Dans un premier temps, il convient déjà de ne pas confondre fiscalité « environnementale » et « écologique » qui n’ont pas tout à fait la même vocation. « La fiscalité environnementale, c’est l’ensemble des impôts, taxes et redevances qui portent sur quelque chose qui a un lien avec l’environnement, avec une finalité de rendement. On peut citer les taxes sur les carburants, l’électricité, la pollution, la consommation d’eau, l’éco-prêt à taux zéro, le crédit d’impôt en faveur des entreprises agricoles utilisant le mode de production biologique. La fiscalité écologique a de son côté une vocation incitative, et doit amener le pollueur à ne plus polluer, donc à améliorer ses pratiques. » Mireille Chiroleu-Assouline cite comme exemple un transporteur qui a une activité rentable avec, comme effet joint, une pollution. « Et quand il y a des pollutions, il peut y avoir des victimes en aval qui en souffrent économiquement. Cela a donc un coût. Et si le pollueur paie directement ce coût, il s’efforce de réduire et minimiser les pollutions qu’il génère. C’est ce principe qui est derrière la Taxe Carbone. » Le souci avec cette dernière est qu’elle a été amenée « trop vite », en « catimini » et sans réel travail pédagogique à destination les Français. « Et avec l’augmentation des cours du pétrole, les gens ont eu une l’impression que ça leur tombait subitement dessus. La suite, on la connaît », poursuit-elle. Conséquence, les objectifs fixés fin 2017 autour de cette Taxe Carbone ont été « gelés », du moins temporairement.

Redistribuer le rendement de la taxe

Pourtant, si l’on se réfère à ce qui a déjà été fait dans d’autres pays européens en matière de fiscalité écologique, des résultats tangibles sur les émissions de gaz à effet de serre sont possibles. En Allemagne, la réforme de la fiscalité écologique entre 1999 et 2003 a permis de réduire la consommation énergétique de 9 % dans les transports et de 3,5 % dans le secteur résidentiel. En Suède, pays leader sur la question, les émissions de CO2 ont été découplées de la croissance économique. Progressivement, le pays a réussi à diminuer l’assiette de sa fiscalité écologique. Chez eux, l’équivalent suédois de la Taxe générale sur les activités polluantes (TGAP) est bien plus « efficace » qu’en France. À quel prix ? C’est bien là le nœud du problème, d’ailleurs à l’origine de la grogne des Gilets Jaunes. « En effet, on ne peut pas nier qu’il y a des effets négatifs, comme toute fiscalité. Cela entraîne une baisse du pouvoir d’achat. Et ce sont les ménages les plus pauvres qui en pâtissent le plus », reconnaît Mireille Chiroleu-Assouline. Il existe pourtant un moyen de rendre cette fiscalité « verte » plus « acceptable » pour la population selon un groupe d’économistes français spécialisés dans l’environnement. « Ce que nous conseillons depuis le début, et c’est ce qui a été mis en place en Suède ou en Suisse, c’est de prévoir une redistribution du rendement de la taxe vers les plus pauvres, et non pas fonder des dépenses publiques dessus. En Suède, cela s’est par exemple traduit par une baisse des charges sociales sur les bas salaires. Du coût, cela a dopé l’emploi et la croissance. Aussi, les Suédois ont instauré un taux de taxe différent entre le Nord, plus rural, et le Sud, plus urbain. Rien de tout ça n’a été fait chez nous. C’est pourtant en appliquant ce type de mesures qu’une fiscalité écologique efficace et acceptée par la population pourra voir le jour dans notre pays », conclut Mireille Chiroleu-Assouline.

Coopérative agricole de céréales

Le kit « Modip compatible »

Technique

Publié le 07/02/2019

Lancée en grande pompe il y a un an par la Coopérative agricole de céréales (CAC), la modulation intraparcellaire de semis de maïs (Modip) se démocratise encore un peu plus. Il est désormais possible de transformer son semoir mécanique classique en un semoir électrique compatible avec cette technologie grâce à un kit d’adaptation monté par les techniciens de la CAC. Une manipulation qui prend quelques heures à deux et qui a le mérite d’être assez simple à exécuter. « C’est un peu comme une armoire Ikea. On reçoit le kit tout prêt et on suit les instructions. On n’a rien à créer sur place hormis percer un ou deux trous sur le châssis si besoin », explique Christian Jenn, responsable du service innovation, marketing et solutions adhérent de la CAC. Ces kits se décomposent en deux parties : le moteur électrique fourni par l’entreprise italienne ROJ, et les supports fabriqués par la société FAS, située en Haute-Garonne, et spécialisée depuis plusieurs années dans la modification de semoirs mécaniques en semoirs électriques. « À la base, l’objectif de cette entreprise était d’assurer une régularité parfaite en termes de densité de semis, de fertilisation, et pour l’utilisation des micros granulés grâce au moteur électrique. Maintenant, on peut y ajouter la modulation intraparcellaire de semis de maïs », poursuit Christian Jenn.

Un kit « à la carte »

Sur le semoir de démonstration présenté aux associés coopérateurs le 31 janvier, les techniciens de la CAC avaient installé quatre moteurs pour six rangs : deux moteurs pour les quatre rangs du milieu, et un moteur pour chaque rang situé à l’extrémité. « On utilise aussi un moteur pour le fertilisateur et un autre pour le microgranulateur. Ainsi, on peut gérer chaque élément indépendamment », précise-t-il. Il est également possible de mettre un moteur électrique par rang, tout dépend du besoin d’utilisateur. « En fait, c’est vraiment un système à la carte qu’on adapte en fonction des demandes, à l’image de ce qu’on propose déjà avec Modip. » Mais peu importe le nombre de moteurs électriques à monter, l’objectif reste le même : permettre aux agriculteurs et entrepreneurs d’accéder à la modulation intraparcellaire de semis de maïs moyennant un coût « raisonnable ». « Entre un le prix d’un semoir mécanique et celui d’un semoir électrique, il y a une grande différence de prix à l’achat. Nous, on propose une solution intermédiaire d’un point de vue financier », précise Christian Jenn. Pour le coût justement, il faut compter une « fourchette » comprise entre 3 000 et 12 000 euros pour équiper son semoir mécanique avec ce kit, tout dépend du nombre de moteurs souhaité, mais aussi de la nécessité d’installer une console intermédiaire entre le semoir et le tracteur, etc. Et l’opération est réversible. L’utilisateur peut ainsi revenir à une configuration « tout mécanique » s’il le souhaite. Pour la CAC, le but recherché n’est évidemment pas celui-là. « Nous, on souhaite surtout que le plus grand nombre possible d’agriculteurs puisse accéder à la modulation intraparcellaire de semis de maïs », résume Christian Jenn. Un vœu qui semble prendre forme au vu des premières estimations de surface engagées en 2019. « L’an passé, on avait une trentaine d’utilisateurs pour 1 500 ha engagés. Cette année, on a déjà 1 000 ha de prévu. On sait qu’il y aura des parcelles en moins à cause des rotations, mais aussi des nouvelles parcelles. Pour l’instant, 200 ha en plus ont déjà été signés. C’est plutôt positif. »

Kaysersberg Vignoble

Le syndicat nouveau est arrivé

Vigne

Publié le 06/02/2019

Après la commune nouvelle, le syndicat nouveau. Depuis le 31 janvier, les syndicats viticoles de Kientzheim-Kaysersberg et de Sigolsheim sont unis sous la même bannière, celle de Kaysersberg Vignoble, commune nouvelle créée en 2016. Une évolution « logique » pour son président Patrick Schiffmann, et l’un de ses trois vice-présidents, Philippe Tempé. « Entre nos trois communes, les dossiers étaient les mêmes : entretien des chemins, dégustations et suivi du Plan local d’urbanisme intercommunal. Cela devenait redondant de faire plusieurs fois la même chose. » Par ailleurs, cela faisait vingt ans que Philippe Tempé était président du syndicat de Sigolsheim. Il souhaitait passer la main, mais personne ne voulait reprendre le flambeau. « Du coup, la création de ce nouveau syndicat était l’opportunité de faire évoluer les choses », explique-t-il.

La naissance de ce nouveau syndicat a été précédée de plusieurs réunions préparatoires afin d’établir les contours de la nouvelle entité. C’est la première association à fusionner à l’échelle de la commune nouvelle. Avec ce regroupement opportun, le nouveau syndicat viticole permet à Kaysersberg Vignoble de devenir la plus grande commune viticole d’Alsace en termes de surface avec 670 hectares sur une longueur d’un peu plus de 7 km, de l’entreprise DS Smith à la Fecht. Il regroupe une centaine de viticulteurs issus de toutes les familles professionnelles et dispose de quatre grands crus : le Schlossberg, le Mambourg, le Furstentum et une partie du Marckrain. Avec une telle surface, le nouveau syndicat viticole doit composer avec une grande diversité de reliefs, de topographie, de sols et des microclimats. « Clairement, il y a de quoi faire ! », souligne Patrick Schiffmann.

Se « rapprocher » de la population

Le premier chantier qui va être concrétisé dans les prochains mois est celui de la mise en place de la confusion sexuelle comme moyen de lutte contre le ver de la grappe. Une démarche qu’avait déjà entreprise le syndicat viticole de Sigolsheim en 2018 sur 80 ha du Mambourg jusqu’à la route départementale. Dans les mois à venir, ce moyen de lutte intégrée va être étendu jusqu’à la rue du Stade, au plus près des habitations, avec 20 ha supplémentaires. Les enjeux d’une telle démarche sont multiples, rappelle Philippe Tempé. « À Sigolsheim, il y a eu des plaintes de plusieurs nouveaux habitants par rapport aux traitements phytosanitaires des vignes. Avec la confusion sexuelle, on évite ce genre de problèmes. » Rapprocher la profession viticole des habitants fait partie des souhaits du nouveau syndicat de Kaysersberg Vignoble. Dans un contexte où le foncier se fait rare, avec des parcelles de vigne attenantes aux pavillons, la mise en place d’un « dialogue » entre les différentes parties a du sens. « On souhaite mettre en place une charte entre les vignerons, les élus et les habitants dans laquelle on expliquerait notre travail, la nécessité de respecter des horaires de traitement, mais aussi de ne pas se perturber les uns et les autres. C’est une démarche citoyenne et responsable, un appel au bon sens de la part de tout le monde », indique Patrick Schiffmann.

Toujours dans cette idée de « rapprochement » avec la population environnante, le syndicat entend créer un grand sentier viticole de Kaysersberg à Sigolsheim. Ce dernier a déjà été refait en 2012, mais celui de Kientzheim doit être refait et il manque la liaison jusque Kaysersberg. « C’est une réflexion à moyen terme que nous menons sur le développement œnotouristique dans le secteur », précise Patrick Schiffmann. Dans cette optique, le syndicat entend également être plus présent dans les différentes manifestations populaires et touristiques de la commune nouvelle afin de mettre davantage le vin en avant. « C’est important de montrer qu’on est là et qu’on est des partenaires des autres acteurs locaux. » Le Tour de France, qui passera sur la commune le 10 juillet prochain, est ainsi dans le viseur. À cette occasion, le syndicat aimerait faire « quelque chose » pour « marquer le coup ».

Des actions collectives « facilitées »

Sur les dossiers plus techniques, le syndicat viticole de Kaysersberg Vignoble entend mener à bien ses projets établis dans le cadre de la hiérarchisation du vignoble : la création des premiers crus Patergarten et Altenbourg à Kientzheim et Vogelgarten à Sigolsheim. Ensuite, l’inscription du pinot noir dans le cahier des charges du grand cru Mambourg est également souhaitée. « Agronomiquement, on s’est rendu compte que les terroirs calcaires réussissaient bien avec les rouges. Sur le Mambourg, on a toujours remarqué une dimension tannique grâce à la forte proportion de calcaire présente dans le sol. Du coup, une telle évolution du cahier des charges aurait du sens », estime Patrick Schiffmann.

Enfin, sur le PLUi, qui est toujours en discussion en sein de l’intercommunalité, le syndicat entend proposer une solution « équilibrée » dans les trois communes, avec le minimum d’impact pour les viticulteurs, notamment dans le dossier du nouvel Ehpad qui pourrait voir le jour en remplacement des deux Ehpad d’Ammerschwihr et de Kaysersberg. Si la concrétisation de ces dossiers va prendre plus ou moins de temps en fonction de leur complexité, elle sera en tout cas facilitée par ce nouveau « super » syndicat viticole. « Avec l’évolution structurelle du vignoble, le parcellaire devient de plus en plus dense. Pour faire certaines actions collectives, cela complique les choses. En étant regroupé, la mise en place de projets comme l’irrigation ou la mécanisation sera bien plus aisée le cas échéant », conclut Patrick Schiffmann.

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