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Nicolas Bernard

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FDSEA - Cantons de la Hardt et de la Plaine de l’Ill

Se « réconcilier » avec la société

Vie professionnelle

Publié le 01/02/2019

Comment recréer du lien avec la société ? Cette question a animé les discussions lors de l’assemblée générale des cantons de la Hardt et de la Plaine de l’Ill de la FDSEA du Haut-Rhin. D’un côté, il y a le monde agricole avec ses codes, son vocabulaire, ses connaissances, ses certitudes aussi. De l’autre, il y a une société « qui part dans tous les sens » résume Thierry Engasser, agriculteur à Hombourg. Dans ce monde qui défile à cent à l’heure, l’agriculture peine à s’accrocher au wagon, peine à se faire comprendre d’une société de plus en plus urbanisée, en déconnexion progressive avec ses origines rurales. Pourtant, il ne peut y avoir de société sans agriculture, comme il ne peut y avoir d’agriculture sans quelqu’un pour acheter et consommer les produits au bout de le chaîne. Alors que faire pour recréer un « pont » entre l’un et l’autre ? Pour le président du canton de la Hardt, Jean Goetz, il va falloir mettre en place une « communication positive » du métier dans laquelle on doit aussi parler du « bien-être de l’agriculteur ». « C’est vrai qu’il y a une pression sociale sur le glyphosate. Il y a pourtant pour le moment peu de solutions alternatives qui ont fait leurs preuves. Néanmoins, malgré les exigences qu’on peut avoir à notre égard, et le fait qu’on ne tienne pas compte des efforts qu’on fournit, il faut rester positif. »

Thomas Thuet, agriculteur à Rumersheim-le-Haut, et ex-président de la Coopérative Agricole de Céréales, est lui plus circonspect. « Tout ce que je constate, c’est qu’on assiste à une perte de rentabilité de nos exploitations depuis dix ans. Et clairement, je ne vois pas d’issue. » Il se demande au passage si la profession agricole n’aurait pas dû s’associer au mouvement des Gilets Gaunes pour faire entendre sa cause. « Ils nous ont piqué la ruralité. Qu’est-ce qui nous reste maintenant ? Nous, on récupère des clopinettes quand on manifeste. Eux ont réussi à débloquer des milliards. » Tête de liste aux élections Chambre sous la bannière FDSEA/JA/AVA, Denis Nass se veut, lui, plus confiant sur l’avenir de la profession. « Plus de 75 % des gens soutiennent les paysans. Alors, arrêtons d’être complexés et tâchons de croire en nous-mêmes ! Oui, nous devons changer. Oui, nous devons innover. Et c’est à chaque agriculteur sur son territoire d’être un acteur de cette innovation. Nous avons des belles choses sur nos territoires, il faut en avoir conscience. Nous, on peut irriguer par exemple, c’est une chance que tout le monde n’a pas. »

Trouver des « alliés » sur les territoires

Être « bon », produire mieux, créer de la valeur ajoutée sont autant de solutions que prône Thierry Engasser. « On ne peut pas lutter contre les changements qui ont lieu autour de nous. On ne peut pas être nostalgique et répéter que c’était mieux avant. Non, maintenant nous devons déjà réussir à anticiper l’année prochaine. Et pour y arriver, nous devons, entre autres, nous réconcilier avec les gens. Si nous n’y arrivons pas, nous allons être marginalisés. » C’est dans cet esprit de dialogue et d’ouverture que Denis Nass souhaite créer un débat avec la société civile « tous les deux mois » à la Chambre d'agriculture en cas de victoire aux élections. « On pourrait ainsi échanger et répondre aux questions qui peuvent se poser quant à nos métiers. »

Dans sa commune de Roggenhouse, Danielle Bras a pris les devants. Mais plutôt que d’organiser des tables rondes où l’on discute, elle s’est rapprochée de la directrice de l’école communale pour faire découvrir la filière céréalière aux quinze élèves de primaire. Une bonne manière selon elle d’insuffler des connaissances à des jeunes déconnectés de l’agriculture, aussi ruraux soient-ils. « Combien d’enfants d’aujourd’hui ont encore quelqu’un de leur famille dans le monde agricole ? Avant, on avait tous un grand-père, un oncle ou son père qui était dans le métier. Ce n’est plus le cas maintenant. Du coup, les savoirs se perdent. La connaissance est pourtant la base de tout. » L’agricultrice et vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace est persuadée qu’un partenariat avec l’Éducation Nationale serait une idée à creuser. Dans son cas, la maîtresse de l’école de Roggenhouse a décliné l’agriculture dans différentes matières comme les SVT, la géographie ou l’histoire. « Plus les enfants en savent, plus ils sont demandeurs de plein de choses », précise-t-elle. Si une telle initiative mérite d’être creusée, il va néanmoins falloir du temps avant que ces enfants deviennent des adultes décisionnaires et influenceurs auprès de leurs pairs. C’est pourquoi le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Pascal Wittmann, propose de trouver des « alliés » sur le territoire. « Avec les associations de consommateurs, il faut savoir si on peut trouver des points de convergence. Idem avec Alsace Nature avec qui il ne faut pas avoir de tabous. Il faut les écouter tout en essayant de les convaincre. Ça ne sera pas facile de mettre tout le monde de notre côté, mais il faut le faire. »

Maïsiculture

Recommandations et préconisations pour 2019

Cultures

Publié le 01/02/2019

Variétés de maïs grain

Comme chaque année, Arvalis conseille les agriculteurs en matière de choix variétal en privilégiant le compromis productivité-précocité, en regardant les résultats entre lieux pour les variétés nouvelles mais aussi entre années pour les variétés plus anciennes.

Parmi les facteurs à analyser on ajoute la tenue de tige, la tolérance aux maladies comme la fusariose sur épi ou l’helminthosporiose, voire la vigueur de départ pour les zones difficiles. Pour l’Alsace, les choix de variétés sont résumés dans le tableau ci-dessous.

Lutte contre les ravageurs

Les solutions pour maîtriser les taupins, ravageurs du sol, qui attaquent les jeunes plantes de maïs s’amenuisent d’année en année. Avec la disparition des insecticides de la famille des néonicotinoïdes (Sonido), les restrictions d’usage du Force 1,5 G en microgranulés (possibilité un an sur trois, plus de diffuseur pour application à 3 cm de profondeur) et la faible efficacité du Force 20 CS (traitement de semences), l’agriculteur aura le choix entre Belem/Daxol, Furi Geo, Karate GR et Trika Expert pour lutter contre les taupins. À noter qu’avec la disparition des produits systémiques, il n’y a plus de solutions pour combattre les mouches dont l’oscinie.

La pyrale a été plus virulente en 2018 avec un vol précoce mais qui s’est prolongé au cours de l’été. Outre les solutions classiques et bien connues que sont les trichogrammes, les insecticides Coragen ou pyréthrinoïdes, il existe maintenant sur le marché des produits à base de Bacillus thuringiensis, bactérie pathogène de la pyrale. Sans être vraiment nouvelle, cette solution « plus écologique » a montré une efficacité satisfaisante en situation peu attaquée mais s’avère largement insuffisante si la pression est forte. Elle doit aussi être appliquée au pic de vol, c’est-à-dire le plus souvent à l’enjambeur.

Fertilisation azotée de la culture

Une multitude de nouveaux fertilisants et autres biostimulants sont proposés sur le marché chaque année. Le gain obtenu avec ces produits est le plus souvent assez faible, car il n’est pas facile de déplafonner des rendements très élevés comme c’est le cas en Alsace. Néanmoins, certains permettent d’améliorer la vigueur au démarrage, de précocifier un peu le cycle, ce qui se traduit par une humidité plus faible à la récolte ou encore de grappiller quelques quintaux. Parmi les nouveautés, citons le Maïster qui, sur 17 comparaisons pluriannuelles Arvalis, permet un gain de rendement de 2,25 % pour une humidité légèrement diminuée de 0,23 point. Ce produit appliqué en foliaire entre 4 et 8 feuilles contient de l’azote, du phosphore, des oligoéléments et un filtrat d’algues.

Du côté de l’injection d’azote, sujet largement étudié ces dernières années par Arvalis et ses partenaires techniques français et allemands, la méthode est maintenant « mûre ». Suite aux études mises en œuvre dans le cadre du projet Interreg Innov.AR soutenu par l’Union européenne, le constructeur Rauch va proposer à la commercialisation un outil d’injection d’engrais solide. La méthode a été testée sur plus de 500 hectares en 2018. Elle donne globalement de bons résultats des points de vue agronomique et de la qualité de l’air en évitant la volatilisation de l’engrais. Thomas Munsch, d’Arvalis, a présenté les résultats 2018 du site de Rumersheim-le-Haut. Dans cet essai, si 12 % de l’azote apporté en surface sous forme d’urée a été volatilisé, il n’en a rien été de l’azote enfoui par injection un interrang sur deux, alors que le binage n’a permis de réduire les pertes que de 4 %. On a toutefois remarqué dans le Bas-Rhin une sensibilité à l’érosion en cas de fortes pluies juste après l’apport, car le sol est légèrement travaillé sur le sillon et peut être entraîné dans la pente.

Maîtrise des mauvaises herbes

Didier Lasserre a ensuite fait le point sur les « nouveautés » herbicides et leur intégration dans les programmes de désherbage du maïs. S’il n’y a pas, à proprement parler, de nouveaux herbicides, les firmes proposent de nouveaux mélanges et de nouvelles formulations qui permettent d’affiner encore la maîtrise des adventices. Citons Callisto Plus et Predomin, spécialités qui visent à combattre à la fois les dicotylédones difficiles et le liseron. L’emploi du S-métolachlore, herbicide décrié parce qu’on le retrouve quelquefois dans les eaux souterraines, est ajusté pour la prochaine campagne. On conseille de ne pas l’utiliser à plus de 1 000 g/ha dans la plupart des situations en l’associant à d’autres herbicides. Le métolachlore est particulièrement utile pour gérer le désherbage et d’éventuelles situations de résistance. Comme il vaut mieux prévenir que guérir, on cherchera à mieux l’utiliser. En commençant par exemple à le substituer par d’autres mélanges dans les zones de captage. Enfin, les appréciations sur les herbicides récents que sont le Calaris, le Capreno et le Souverain s’affinent pour une bonne utilisation.

Pour finir, Lucile Pligot a fait un zoom sur les nouvelles méthodes de désherbage non chimiques. Testés sur la Digiferme de Sainte-Hilaire-en-Woëvre, le robot Dino et le désherbeur électrique de Zasso ont donné satisfaction. Les vidéos présentées illustrent bien le caractère innovant de ces techniques. Le désherbage électrique provoque la destruction totale des plantes touchées (parties aériennes et racines). Pour l’instant adapté à un désherbage total en remplacement du glyphosate, l’appareil sera testé en 2019 sur divers couverts et diverses utilisations.

FDSEA du Haut-Rhin, canton du Ried

« Allez voter ! »

Vie professionnelle

Publié le 24/01/2019

« Allez voter ! » S’il n’y avait qu’un seul message à retenir des assemblées cantonales de la FDSEA du Haut-Rhin, c’est bien celui-là. Lors de l’AG du canton du Ried, son président, Claude Gebhard, a particulièrement insisté sur l’importance des élections Chambre qui se termineront le 31 janvier. « C’est la crédibilité du monde agricole qui est en jeu. Ayez bien à l’esprit qu’il existe une volonté de rapprocher les chambres consulaires entre elles. Dans ce cas de figure, l’agriculture ne serait plus qu’une sous-division. Ça deviendrait alors bien plus compliqué pour nous de nous faire entendre. Alors, allez voter. D’autant plus que c’est encore plus facile grâce à Internet. » Le président de la FDSEA 68, Pascal Wittmann, appuie les propos de son collègue estimant qu'un taux de participation élevé est plus important qu'une large victoire pour la FDSEA. «C’est la crédibilité de l’ensemble du monde agricole qui est en jeu, pas uniquement celle de la FDSEA. »

Remplaçant Denis Nass, tête de liste aux élections Chambre, le nouveau président du syndicat majoritaire a tenu à expliquer pourquoi il avait accepté cette nouvelle responsabilité. « Déjà, il y avait peu de candidats. Ensuite, quand je vois comment cela se passe pour les agriculteurs dans les pays où il n’y a personne pour les défendre, je me dis qu’on a beaucoup de chance. » Pour l’année à venir, Pascal Wittmann a deux priorités. La première, faire revivre les cantons afin que les problèmes soient identifiés et remontés directement par les agriculteurs. La deuxième, c’est préparer le terrain pour les « jeunes » qui reprendront la FDSEA dans quatre ans. « Tout d’abord, je finis le mandat de Denis Nass, ensuite je briguerai la présidence pour trois ans supplémentaires en 2020 », tient-il à préciser.

Arrêter « l’électoralisme primaire »

La « jeunesse » et le renouvellement sont aussi deux caractéristiques de la liste FDSEA/JA/AVA menée par Denis Nass. « Nous avons renouvelé 50 % de l’équipe par rapport à la précédente mandature, ce n’est pas rien. » Le canton du Ried y est bien représenté avec quatre élus potentiels sur les 33 candidats de cette liste. Claude Gebhard en fait partie. Cette assemblée cantonale est pour lui l’occasion de donner son point de vue sur les propos tenus par le représentant de la Coordination Rurale dans les colonnes du PHR. « À la fin de l’article, il explique qu’à chaque fois qu’ils ont participé à une réunion, ils ont apporté quelque chose. Je veux bien. Mais si je prends l’exemple de la Safer, où la Coordination Rurale siège au comité technique depuis le 14 novembre 2016, dix réunions ont eu lieu, ils n’ont été que trois fois présents. À la CDOA, c’est exactement la même chose. Donc, je veux bien qu’on fasse de la propagande, mais derrière il faut assumer. Il ne faut pas juste être là pour faire de l’électoralisme primaire. » Ceci étant dit, Denis Nass tempère, estimant qu’il vaut mieux avoir des « cousins » à ses côtés face à une tablée de fonctionnaires plutôt que d’être seuls : « C’est aussi une réalité, on ne peut pas le nier. Mais voilà, une fois qu’on est élu, il ne faut pas oublier de travailler pendant six ans, et pas juste se réveiller quelques semaines avant la fin. Si notre département a réussi à obtenir tant de résultats au cours des dernières années, c’est parce qu’un gros travail a été fourni. Et ces résultats, on les doit à un taux de syndicalisme important. Vos représentants sont là pour vous défendre et défendre vos intérêts. Mais n’oubliez pas que la première marche, c’est vous qui nous la donnez », conclut Denis Nass.

Interview de Pascal Wittmann, président de la FDSEA 68

« Il faut que chacun se responsabilise »

Vie professionnelle

Publié le 23/01/2019

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Vous êtes président de la FDSEA du Haut-Rhin depuis peu. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à présenter votre candidature à ce poste ?

Pascal Wittmann (PW) : « Il y a un an, avec Denis Nass, nous avons discuté de la suite de la FDSEA 68 s’il décidait de se porter candidat pour les élections Chambre. Une partie du conseil d’administration m’a demandé si je pouvais reprendre la présidence dans ce cas. J’ai beaucoup réfléchi car ce n’est pas une mince affaire. C’est le syndicat majoritaire, et il a besoin d’être bien représenté. Alors, j’en ai d’abord parlé à ma nièce, mon fils et mon épouse qui sont à mes côtés tous les jours dans l’entreprise familiale. Une telle responsabilité impose d’être souvent absent. Ils n’y ont vu aucun inconvénient. J’ai donc décidé de briguer la présidence. Ensuite, étant souvent allé en déplacement dans les pays de l’Est, je mesure pleinement ce qui se passe quand il n’y a personne pour défendre les agriculteurs. C’est un aspect qui m’a fortement motivé. Je suis convaincu qu’il nous faut un syndicat fort chez nous pour défendre les intérêts de nos paysans et proposer des solutions sur certains problèmes. »

 

PHR : Certaines personnes parlent de vous comme d’un président « transitoire ». Que leur répondez-vous ?

PW : « Lorsque j’ai été élu à l’unanimité par le conseil d’administration au mois de décembre, j’ai bien précisé que si je prenais la présidence du syndicat, ça serait tout d’abord pour finir le mandat de Denis Nass, et pour briguer ensuite un mandat de trois ans lors des élections en 2020. Je suis pour construire une FDSEA dans laquelle les agriculteurs de la base sont entendus et proactifs quant aux problèmes qu’ils rencontrent. C’est dans cet esprit que j’ai souhaité relancer certains cantons comme celui de la montagne. Les problèmes locaux ne pourront qu’être réglés par les gens du terrain, non par les voisins. »

 

PHR : Quels sont les dossiers « locaux » sur lesquels la FDSEA du Haut-Rhin souhaite ou compte agir dans le courant de l’année à venir ?

PW : « Il y a tout d’abord le dossier des Zones de non traitement, ou ZNT, sur lequel Denis Nass avait pris le leadership. Sous l’impulsion du syndicat, une cartographie précise des cours d’eau est en train d’être élaborée. Il y a encore certains fossés à répertorier afin que l’on sache où se trouvent les contraintes éventuelles pour nos activités. Il y a ensuite tout ce qui touche l’après Fessenheim. Un dossier dans lequel l’agriculture n’avait pas voix au chapitre au départ. Désormais, nous faisons partie intégrante des discussions et nous essayons de voir comment nos exploitants pourraient tirer profit de la fermeture de la centrale. Je pense notamment à des projets d’installations photovoltaïques, de méthaniseurs, mais aussi la création d’une filière de déshydratation de la luzerne. Sur ce point, nous allons mener une étude approfondie. Et nous négocions avec l’Agence de bassin afin qu’une personne qualifiée soit dédiée à ces dossiers. Il y a aussi la création du nouveau schéma départemental cynégétique. J’ai ainsi demandé aux différents cantons de faire un état des lieux des dégâts de gibiers. Il n’y a pas que les sangliers qui posent problème, mais aussi les populations de cerfs, daims ou chevreuils. C’est un gros problème pour notre métier. Ensuite, il y a aussi la question des aménagements routiers dans les communes qu’il va falloir aborder. On a l’impression qu’on ne prend pas en compte les besoins du monde agricole. Dans certains cas, on ne peut plus traverser les villages. Et si on veut quand même passer, cela pose des problèmes de sécurité. Du coup, nous avons l’intention de demander une rencontre avec les représentants du Département et l’association des maires pour en discuter et être associés en amont afin de trouver des solutions qui arrangent tout le monde. Enfin, il y a le dossier de la constructibilité des zones agricoles. Dans les PLU et PLUI actuellement en révision, on nous réserve des emplacements pour le développement de notre activité. Mais l’agriculture évolue vite, de nouveaux projets comme la méthanisation peuvent surgir. Et si l’espace restant n’est pas ouvert, cela peut devenir compliqué à mettre en œuvre. »

 

PHR : Et sur les dossiers plus « régionaux » ?

PW : « Il y a un dossier qui nous tient à cœur, c’est la directive Nitrates. Il faut qu’on aboutisse à un accord. Ensuite, il y a la Pac et les problèmes inhérents au second pilier. Nous sommes l’un des départements français où l’on nous incite à prendre des mesures agro environnementales et à se convertir au bio. Mais aujourd’hui, il est juste scandaleux que ceux qui ont accepté de jouer le jeu n’aient toujours pas touchés leurs aides. Les dossiers sont en instance de paiement depuis 2016, c’est inadmissible. Nous entendons bien rester mobilisés dans ce dossier afin que les choses bougent rapidement. »

 

PHR : Vous prenez la présidence de la FDSEA du Haut-Rhin dans un contexte social tendu et mouvementé par les actions des Gilets Jaunes et le Grand Débat national lancé par le Gouvernement. Votre syndicat, et le monde agricole de manière générale, souhaite-t-il s’inscrire dans ce débat pour se faire davantage entendre par les pouvoirs publics ?

PW : « Concernant le débat national, il est vrai qu’on a des sujets à mettre en avant. Un exemple très simple : quand il y a une construction, il faut régulièrement que l’agriculture compense en partie le foncier, de un à cinq. C’est inacceptable. Nous vivons de la terre, nous ne sommes pas des vaches à lait. Au sujet des Gilets Jaunes, je comprends que certains paysans, principalement des éleveurs qui travaillent sept jours sur sept sans en tirer un revenu décent, se seraient bien retrouvés dans ce mouvement. On peut comprendre les revendications qui l’ont lancé. Notre tort est peut-être de ne pas avoir réfléchi au début du mouvement. Mais après, c’est devenu n’importe quoi. On ne pouvait pas s’associer à quelque chose qui partait dans tous les sens, avec des revendications pêle-mêle. »

 

PHR : Pourtant, les défenseurs de ce mouvement considèrent que sans ces actions coups de poing, le Gouvernement n’aurait rien concédé…

PW : « C’est quelque chose qu’on entend, en effet. Mais à la FDSEA 68, nous considérons que les manifestations d’hier sont plus ou moins révolues. Cela ne veut pas dire qu’on ne fera plus d’actions coups de poing si cela s’avère nécessaire. Mais nous pensons en premier lieu qu’il faut mener une grande réflexion sur les nouveaux modes de manifestation. Il faut voir comment être efficace sur les réseaux sociaux, être capables de répondre de manière posée et pragmatique aux fausses nouvelles. Nous devons mieux communiquer avec tout le monde, faire de la pédagogie. »

 

PHR : « Tout le monde » ? C’est-à-dire ?

PW : « Il y a tout d’abord les associations de consommateurs à qui on doit expliquer ce qu’on fait, comment on le fait, et que tout ceci a un coût. Il faut leur expliquer que même si les OGM sont interdits en France, ils en mangent dans leurs assiettes à cause des produits importés qui en contiennent. Ensuite, je pense qu’il faut qu’on soit capable de travailler en symbiose avec les chasseurs pour régler ces problèmes liés au gibier. Bien sûr, il faut qu’on s’entende. Tout comme avec Alsace Nature que nous allons rencontrer pour discuter des points de convergence qu’on peut avoir comme la préservation du foncier agricole. Idem avec l’Opaba avec des discussions à mener autour de l’agriculture biologique. Et aussi pour faire comprendre qu’il y a de la place pour plusieurs sortes d’agriculture. Tout ce qu’on ne veut pas, c’est qu’on continue à fustiger un certain type d’agriculture. Après, s’il n’y a pas de point de convergence, on prend acte. Mais d’abord, il faut discuter. »

 

PHR : Des discussions sont-elles également possibles avec les autres syndicats agricoles ?

PW : « S’il y a un changement de discours de leur part nous concernant, je suis prêt à dialoguer. Par rapport à certaines problématiques, on peut peut-être trouver certains points de convergence. Après, on n’a pas la même vision de l’agriculture. C’est donc normal qu’il y ait plusieurs syndicats. Mais ce que je leur demande, c’est d’être présent pendant six ans. Nous, on est investi dans les différentes commissions. Eux, c’est un peu la politique de la chaise vide. Notre grande différence, c’est qu’on a un réseau territorial qui existe. »

 

PHR : Ceci nous amène aux élections à la Chambre d'agriculture qui se clôturent le 31 janvier. En tant que président du syndicat majoritaire, qu’en attendez-vous ? Et comment envisagez-vous le travail de la FDSEA 68 avec les futurs élus de la Chambre ?

PW : « Déjà, je veux réitérer mon appel : que les agriculteurs aillent voter. C’est indispensable. On ne représente peut-être plus qu’un très faible pourcentage de la population, mais nous réussissons tout de même à être encore entendus. Pourquoi ? Parce que les agriculteurs sont ceux qui sont le plus fortement syndiqués. Alors, si le taux d’abstention est fort, nous n’aurons plus la même légitimité auprès des pouvoirs publics. Notre force jusqu’à maintenant, cela a toujours été de bénéficier d’un taux de participation important.

Concernant nos rapports avec la Chambre d'agriculture, notre souhait, à Denis Nass et moi-même, c’est d’avoir un travail plus transversal entre nos structures. Bien sûr, c’est dans le cas où la liste commune FDSEA/JA/AVA remporte le collège numéro un. Je pense que le syndicat et la Chambre peuvent se retrouver sur plein de dossiers techniques. Nous avons face à nous des problématiques de plus en plus compliquées. Alors oui, la Chambre ne sera jamais la FDSEA et réciproquement. Mais je pense qu’il faut se partager les tâches quand cela est possible. C’est d’ailleurs la logique de la liste commune. Demain, le responsable emploi sera quelqu’un de l’Ava. Les viticulteurs ont en effet plus de saisonniers que les agriculteurs, et sont donc plus à même d’être des référents en matière d’emploi. »

 

PHR : Cette transversalité des rapports vous tient également à cœur pour le fonctionnement interne de la FDSEA du Haut-Rhin…

PW : « En effet. J’ai souhaité que les dossiers spécifiques soient sous la responsabilité d’un membre du conseil d’administration. Un référent qui fera office d’interlocuteur et de spécialiste au sein de la FDSEA du Haut-Rhin. Je pense qu’avec davantage de collégialité, les gens seront plus investis dans leur syndicat. Quand on a des responsabilités, on a envie de s’engager. C’est en tout cas ma conviction. Après, il est essentiel à mes yeux que les responsables syndicaux qui prennent sur leur temps pour s’occuper des dossiers reçoivent une indemnité équivalente à celle des élus Chambre. Jusqu’à maintenant, tout était bénévole. Bien sûr, cela demande un peu de moyens financiers. C’est pour cela que le soutien de la profession est indispensable. Avec nos actions, nous défendons les intérêts de l’ensemble du monde agricole. Ensemble, nous sommes toujours plus forts. »

FDSEA du Haut-Rhin, canton Montagne

Un « nouvel élan » pour défendre les agriculteurs du massif

Vie professionnelle

Publié le 23/01/2019

En sommeil depuis quelques années, le canton Montagne de la FDSEA du Haut-Rhin a été relancé le 14 janvier lors de l’assemblée générale qui s’est déroulée à Sainte-Croix en Plaine. Une nécessité pour le nouveau président du syndicat majoritaire dans le département, Pascal Wittmann : « Si on n’a pas une FDSEA forte dans ce secteur, personne ne défendra les agriculteurs de la montagne. Car c’est aux gens du terroir de défendre leurs intérêts, pas aux voisins. » L’idée, dans un premier temps, est de disposer à nouveau d’un Bureau et d’un président jusqu’à la prochaine échéance électorale de la FDSEA du Haut-Rhin prévue en 2020. D’ici là, les nouveaux élus du canton présidés par Christophe Rué (voir encadré) ne vont pas avoir le temps de chômer au vu des nombreux dossiers qui impactent à plus ou moins grande échelle les exploitations du massif.

Outre la communication envers le grand public sur laquelle il faudra être « plus offensif », c’est surtout les problématiques liées aux manques d’eau, de fourrage, et aux dégâts de gibier qui concentrent la majorité des préoccupations. Le désormais ex-président de la FDSEA 68, Denis Nass, peut en témoigner. « Dès le mois de juillet, nous étions sur le terrain pour alerter l’Administration sur les difficultés rencontrées par nos éleveurs de montagne touchés par le manque de fourrage. Nous avons rapidement été force de proposition. Nous avons dit que la zone montagne doit être une priorité. Nous avons été entendus. Mais de l’autre côté, cela n’a pas été suffisamment réactif. Une cinquantaine de dossiers d’aide ont été montés dans le département alors que nous pensions en avoir plus. » Et le temps presse puisque la clôture des dépôts de dossiers est fixée au 31 janvier. « Parlez-en autour de vous. Il faut qu’on rentre plus de dossiers, c’est important en termes de crédibilité. Quand une aide est disponible, il vaut mieux la prendre que la laisser. Si personne ne la prend, nous risquons de nous voir opposer des refus quand on fera des demandes pour autre chose », explique Denis Nass. Il poursuit en évoquant les autres actions qui ont été menées ces dernières années en faveur de l’agriculture de montagne : l’abattoir qui a permis à la filière viande locale de se développer, les financements des MAE qui tardent toujours à arriver, et l’épineuse problématique des dégâts de sangliers. « Et quoi qu’en disent certains, nous n’avons pas découvert ce dossier au mois de septembre. Nous avons beaucoup travaillé dessus, mais il reste encore beaucoup à faire », prévient-il.

Créer des « ponts » avec les chasseurs

Au fil des années, ce dossier « chasse » prend des proportions de plus en plus inquiétantes pour les professionnels agricoles. Outre les dégâts de prairies (1 000 ha saccagés en 2018 dans le département), l’aspect sanitaire entre également en ligne de compte avec les populations de cerfs. « Le souci est qu’un problème sanitaire n’est pas un critère pour considérer une espèce comme nuisible. Là, nous avons un gros travail à faire auprès de nos parlementaires. Quand je discute avec eux, ils ne sont au courant de rien », déplore le responsable « chasse » à la FDSEA du Haut-Rhin, René Zimpfer. Sur ce point précis, la profession agricole dispose de partenaires de poids avec l’ONF et les gestionnaires de forêts privés.

« Avec le cerf, il y a des enjeux financiers différents », résume simplement Ange Loing, président des JA du Haut-Rhin, qui suit de très près la rédaction du nouveau schéma cynégétique du département du Haut-Rhin. Celui-ci devrait être validé dans le courant de l’année 2019. Mais les interlocuteurs en face sont nombreux. « Déjà, nous avons obtenu la création d’une zone de montagne au sein de la grande région, c’est une belle avancée. Après, il y a certains points qui ne conviennent pas. Nous avions demandé zéro agrainage, nous ne l’avons pas obtenu. Idem sur le cerf où l’on estime que c’est un peu léger. »

Pour avancer ce problème récurrent de dégâts de gibiers, Denis Nass considère qu’il faut créer des « ponts » avec les chasseurs plutôt que de tout le temps s’opposer à eux. Sur le terrain, ce n’est en effet pas toujours facile de remplir leur mission de régulation du gibier. « Lors de réunions très instructives que nous avons eues avec eux, le problème du dérangement est évoqué à chaque fois », témoigne Roger Trommenschlager, agriculteur à Dolleren. Entre les touristes, les VTT électriques, ou les simples marcheurs, une pléthore de gens parcourt les sentiers forestiers et ce, malgré les panneaux indiquant une battue en cours. « Plus personne ne respecte plus rien, c’est une réalité. Pire, il y en a qui provoquent. Il faut juste accepter qu’il y ait des périodes où la chasse et les autres activités ne sont pas compatibles », souligne Denis Nass.

Murs en pierres sèches en viticulture

Préserver le sol et la biodiversité

Technique

Publié le 21/01/2019

Sur le coteau qui longe la départementale 415 entre Ammerschwihr et Kaysersberg, des ouvriers trient minutieusement des blocs de grès de différentes tailles. Cette litothèque, qui organise les pierres par taille et par catégorie, doit servir à bâtir le muret en pierres sèches dans l’une des parcelles de Christian Binner, vigneron en biodynamie dans la Cité des Trois Merles. Ce dernier a répondu favorablement à l’appel à Manifestation d’intérêt Trame verte et bleue « Préservons la pierre sèche et la biodiversité du vignoble » lancé en 2018 par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV).

Pour l’instant, ce muret est le premier à voir le jour sur les cinq projets qui ont été retenus : trois autres domaines viticoles (Schnebelen, Léon Boesch et Zind-Humbrecht) et la ville de Ribeauvillé. Outre la réhabilitation des murets, chaque porteur de projet s’engage à mettre en œuvre des actions en faveur de la biodiversité : plantation d’arbres fruitiers ou de bosquets, création de mares, etc.

Un allié agronomique et écologique

Autrefois très répandus dans le vignoble alsacien, les murets en pierres sèches ont peu à peu disparu du paysage. La faute principalement à un savoir-faire qui s’est perdu au fil du XXe siècle. « En France, des millions d’hommes sont morts au cours des deux guerres mondiales. Les paysans qui sont partis se battre n’ont pas pu transmettre ce qu’ils savaient », commente Bruno Schneider, murailler en Bourgogne qui encadre le chantier de Christian Binner. D’où la volonté d’une poignée de passionnés de vouloir remettre au goût du jour cette pratique qui demande une certaine expertise. À la différence près que la technique a pu se parfaire grâce à des études réalisées au cours des années 1990-2000 par des ingénieurs sur des murs tests. « Cela nous a permis de dimensionner les ouvrages de manière bien plus sérieuse, avec des règles strictes », explique Bruno Schneider. Chaque pierre est calée avec sa voisine, avec un joint entre elles à chaque fois. Contrairement à d’anciens murets qui s’appuyaient sur la couche de terre voisine, ceux qui sont bâtis aujourd’hui tiennent grâce à leur propre structure. Comme un mur béton en somme, à la différence près que ces ouvrages en pierres sèches sont souples et filtrants. Des propriétés qui les rendent très intéressants pour les viticulteurs pour plusieurs raisons. « L’eau peut circuler tout en évitant le lessivage de la matière organique. Du coup, on conserve la fertilité du sol. Si on la perd, c’est foutu. Si on ne fait rien, dans vingt ans, on n’aura plus qu’un sol support sans vie et sans terroir. Mon riesling planté ici n’aura pas plus de goût que celui planté plus bas », souligne Christian Binner.

Ce type d’ouvrage est également un précieux allié face aux différentes situations de stress hydriques qui peuvent survenir. D’un côté, il évite les problèmes de ravinement en contrebas en filtrant de l’eau, de l’autre côté, il permet au sol de mieux résister lors des périodes - très longues comme en 2018 - de manque d’eau. « Ici, la structure du sol est constituée de 20 cm d’humus posés sur de la roche pourrie. La vigne peut pénétrer profondément. Jusqu’à maintenant, je n’ai jamais eu aucun problème de sécheresse. Et je sais qu’en maintenant en l’état ce sol, je ferai toujours des grands vins. Pour moi, ce sont les sols de demain », poursuit le vigneron d’Ammerschwihr. En réhabilitant ces murets, les viticulteurs contribuent également à la préservation de la biodiversité locale. Avec leurs espaces et interstices, ces ouvrages constituent des refuges stables, dans l’espace et dans le temps, pour des espèces thermophiles (qui aiment la chaleur) rares et originales en Alsace, comme le lézard vert ou encore la huppe fasciée. « En étant répartis sur l’ensemble du territoire, ces murets sont des véritables corridors écologiques et des trames vertes », explique Sophie Picou, chargée de mission au PNRBV.

Un savoir-faire inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco

Motivé à l’idée de conserver ce précieux terroir, Christian Binner comprend néanmoins les viticulteurs qui, jusqu’à maintenant, ont fait le choix de détruire ces murets vieillissants qui avaient tendance à s’écrouler. « Sans le savoir-faire pour les réhabiliter et les entretenir, il était en effet plus simple de tout raser. Maintenant, je pense qu’il est intéressant de se réapproprier ce savoir-faire de nos anciens. Cela avait du sens et en a toujours. » D’un point de vue économique en revanche, c’est un « non-sens » selon lui. « Si je ramène le coût de la construction au coût de la bouteille, ce n’est pas une affaire rentable sur le court ou moyen terme. Je pense que c’est l’une des raisons qui refroidit beaucoup de viticulteurs, et je le comprends. » Outre la main-d’œuvre, il faut aussi être en mesure de s’approvisionner avec suffisamment de pierres. Pour son muret qui va atteindre 2 mètres de haut sur 40 m de long, Christian Binner a récupéré des blocs de plusieurs tailles issus des chantiers qu’il a menés sur son exploitation. Là encore, l’idée de donner une « seconde vie » à ces gros cailloux constitue un atout à ses yeux. « Plutôt que de broyer ces pierres ou de les utiliser pour des autoroutes à bitume, on leur donne une vocation écologique. Cela a du sens, je trouve. »

Heureusement pour lui et les autres projets retenus par le PNRBV, le montant de la réhabilitation de ces murets est subventionné à 50 % par la Région Grand Est sur un total s’élevant à 255 362 euros. « Une aide bienvenue à défaut d’un financement privé comme c’est le cas en Bourgogne. Grâce au mécénat, entre autres, les murets en pierres sèches voient le jour un peu partout depuis quelques années. En l’Alsace, l’initiative n’en est qu’à ses débuts. Avec ce programme articulé autour de la pierre sèche établi entre 2018 et 2020, le PNRBV espère essaimer ce type d’ouvrages dans l’ensemble du Piémont viticole. Afin de sensibiliser le public et les professionnels à leur intérêt, plusieurs actions vont être mises en œuvre : des plaquettes pédagogiques, des programmes pédagogiques avec des élèves des écoles, une étude sur l’approvisionnement des pierres sur le long terme, des animations organisées avec la Chambre d'agriculture, ainsi que des formations destinées en priorité aux salariés viticoles (lire en encadré). En ligne de mire, un objectif simple : redonner vie à un savoir-faire inscrit à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’Unesco en 2018.

Coopérative agricole de céréales

Un futur « d’ambitions collectives »

Cultures

Publié le 14/12/2018

Vers un management plus « transversal »

Joris Cuny est responsable Expérimentation depuis quatre ans au sein de la coopérative. Pour lui, le « fait marquant » de la campagne écoulée a été la transition que vit l’agriculture, celle qui incite les professionnels à utiliser de moins en moins d’intrants. « C’est un point charnière pour l’agriculture au niveau technique. On doit prendre ce tournant pour être en mesure d’apporter des solutions, pour produire mieux avec moins d’intrants, et permettre à nos adhérents d’être plus compétitifs. » Parmi les pistes actuellement à l’étude à la CAC : de nouveaux produits, des solutions de biocontrôle, une place de plus « prépondérante » de l’agronomie, sans oublier l’utilisation accrue des technologies numériques comme le guidage par GPS. C’est grâce à cette innovation que la CAC a pu lancer au printemps dernier la modulation intraparcellaire de semis de maïs, Modip. Une première en France qui représente le « fait marquant » de l’année pour Élodie Richard, responsable marketing de la coopérative. « Nos équipes commerciales, expérimentations et innovations ont travaillé en commune pour aboutir à ce résultat », se félicite-t-elle. C’est là une illustration concrète du « management par processus » que la CAC a mis en place cette année. Derrière ce terme un peu « barbare », c’est la promesse d’un management d’entreprise plus « transversal » et moins « vertical ». « Notre souhait est d’abattre les cloisons afin que les services échangent davantage. Cela doit nous permettre de mieux répondre aux exigences de nos clients avec plus d’efficience », indique Laura Gueniat, responsable Qualité, Sécurité et Environnement à la CAC. Ce processus, qui en est « au tout début » pour la coopérative, a été marqué cette année par l’obtention de la certification ISO 9001 : 2015 qui définit les critères pour un système de management de qualité.

Des incertitudes et des espoirs

Face à des contextes commerciaux, climatiques et politiques de plus en plus incertains, la « voie de qualité » semble être le meilleur atout sur laquelle la Coopérative Agricole de Céréales peut s’appuyer dans les années à venir. La responsable de la commercialisation des céréales, Michèle Waegele, pose les enjeux : « Quelle sera la météo demain ? Comment va évoluer la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis ? Et les tensions entre la Russie et l’Ukraine ? Quid du niveau de l’eau dans le Rhin dans les années à venir ? Beaucoup d’incertitudes demeurent, c’est vrai. Mais tout n’est pas noir. Notre coopérative a des points forts et doit continuer à s’appuyer dessus : l’excellence dans la qualité relationnelle, dans la qualité sanitaire, du service rendu et de nos produits. » Cette « excellence » passera-t-elle par l’avènement des technologies numériques ? C’est justement ce que la CAC essaie de savoir avec le réseau des fermes LEADER qu’elle a rejoint en 2017. Un réseau national qui, d'ici 2021, ambitionne de réunir pas moins de 1 000 « fermes numériques » sur le territoire français. À travers ces exploitations « ultra-connectées », les porteurs du projet entendent évaluer les intérêts économiques, environnementaux et sociétaux des solutions numériques, tout en élaborant des nouveaux services avec, et pour les agriculteurs. Actuellement, 18 adhérents de la CAC font partie de ce réseau qui en compte soixante pour l’instant dans toute la France.

Aussi connectées soient-elles, est-ce que ces « fermes du futur » pourront encore bénéficier de la même qualité de conseil qu’à l’heure actuelle ? Christian Dietrich, responsable du secteur commercial à la CAC, reconnaît que la séparation de la vente et du conseil liés aux produits phytosanitaires risque fort de compliquer la tâche des coopératives. « Cette décision a été prise par nos élus, tôt le matin, et sans grande discussion. Je ne suis pas sûr qu’ils soient conscients du fonctionnement de nos coopératives », déplore-t-il. « Cela nous tient à cœur de pouvoir maintenir ensemble la vente et le conseil de produits phytosanitaires. Lors des tours de plaine, on pouvait affiner la dose en fonction du stade de développement de la plante, ou des conditions pédoclimatiques. Maintenant, c’est le flou concernant notre avenir. On sait qu’on va devoir évoluer par rapport à la pression environnementale. On va devoir produire plus et mieux avec moins. Et c’est là qu’on continuera à avoir un rôle de conseil grâce aux modulations de dose intraparcellaires ou aux outils numériques. »

La proximité, un « atout » à entretenir

La Coopérative Agricole de Céréales, c’est aussi les cultures spéciales comme la vigne, le maraîchage et l’horticulture par le biais de ses deux structures dédiées : Ampelys et Hormalys. Lors de la campagne écoulée, elles n’ont pas ménagé leurs efforts pour proposer des solutions face aux problématiques liés aux changements climatiques et la propagation de certaines maladies. En vigne, Florent Motz, agent Relation Culture chez Ampelys, souligne ainsi le fort développement des pratiques « alternatives » comme le travail du sol, le remplacement des produits phytosanitaires par des biocontrôles et la taille Guyot Poussard. Plusieurs formations ont été proposées aux viticulteurs. « C’est la meilleure solution qu’on a trouvée face au dépérissement des pieds de vigne qui touche tous les vignobles du monde, et qui met à mal bon nombre d’entreprises. En Alsace, nous avons des cépages qui sont fortement touchés par cette maladie. On est particulièrement touchés et il faut qu’on se remette particulièrement en question. Nos adhérents l’ont bien compris et beaucoup veulent être formés », indique Florent Motz.

Du côté de l’horticulture, le marché est lui aussi en « pleine évolution » constate Stéphane Henry, conseiller technico-commercial chez Hormalys. En cause, les excès climatiques de plus en plus fréquents alternant entre excès d’eau, sécheresse prolongée et épisodes de grêle intenses. « Du coup, nous avons développé toute une gamme autour de ça avec des solutions pour l’arrosage ou encore la protection des cultures », précise-t-il. « L’excellence » si chère à la CAC est encore plus prégnante pour son pôle « Cultures Spéciales ». Pour son responsable, Jean-Michel North, les raisons sont très simples : « Toutes ces cultures ont une relation très différente avec le consommateur final, le lien est plus direct. Du coup, nous avons l’obligation d’être plus pointus au niveau des produits finaux et des solutions que proposons. » Pour Robert Grosshans, responsable Approvisionnement Grandes Cultures, cette « proximité » constitue une « chance » pour la CAC. « Par rapport à d’autres filières, on a la chance d’avoir des relations de commerce différentes avec nos clients. Il y a de la complicité dans bien des cas, l’histoire qui joue un rôle, et cette proximité qu’on a toujours cherché à développer. On va se battre pour maintenir ce lien relationnel car c’est déterminant dans la manière dont on voit et on sent les choses dans notre milieu. »

« Ensemble, nous irons plus loin »

Cultures

Publié le 12/12/2018

Pour les années à venir, le credo de la CAC est simple : « imaginer de nouvelles solutions pour amener plus de valeur aux adhérents ». Mais avant d’imaginer demain, il faut déjà porter un regard objectif sur le présent. Un exercice qui a été mené tout au long de l’année et qui a débouché sur plusieurs constats. Le président, Jean-Michel Habig, en a fait l’écho dans son allocution lors de l’assemblée générale de la CAC. « Tout d’abord, on constate une fracture grandissante entre une frange de la population sur représentée médiatiquement et le monde agricole et agroalimentaire. Il ne se passe pas une journée sans une manifestation médiatisée de désamour vis-à-vis de l’agriculture, de la viticulture ou de l’élevage. Cela nous interroge sur la place que nous devons occuper dans notre pays et dans nos territoires. » Ensuite, il met en exergue les modifications qui surviennent dans l’environnement, et notamment le problème des basses eaux du Rhin qui suscite de plus en plus d’inquiétudes dans la filière. « Avant ces basses eaux, cela nous coûtait neuf euros pour affréter de la marchandise d’Ottmarsheim à Rotterdam. Quand les eaux sont basses, cela revient à quarante euros. Le surcoût est énorme. Aussi, je ne peux que louer l’intelligence collective des acteurs concernés pour se réunir, et alerter les gouvernements des pays concernés pour qu’une solution soit trouvée et mise en place. Encore une fois, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons espérer aboutir. » Ensuite, c’est la réduction - ou la suppression - des produits de protection des plantes qui suscite beaucoup d’interrogations et d’inquiétudes dans la profession. « Évidemment, nous ne sommes pas là pour nous opposer au législateur. Mais les adaptations qu’on demande à notre profession demandent du temps et des moyens qui ne sont pas appréhendés, et dont les effets affecteront le compte d’exploitation de nos associés coopérateurs. » Enfin, il constate avec grande satisfaction que des jeunes agriculteurs continuent de s’installer « malgré l’absence de considération dont souffrent leurs activités ». « Je veux leur dire que la coopérative les accompagnera dans leur réalisation, leurs questionnements, et les accueillera pour se nourrir de leur énergie créatrice et de leurs idées. Notre outil est le leur. Notre présent est leur avenir. » Ces constats établis ont permis au conseil d’administration d’établir les grandes lignes des actions à mener dans les années à venir : peser sur les marchés et sécuriser les débouchés, repenser le modèle proposé par la coopérative afin d’impacter le revenu des exploitations, innover dans tous les domaines, accompagner l’avantage des centres de profit existants de la CAC, et analyser les diverses possibilités de développement dans une logique de filière. Pour atteindre ces objectifs, un seul mot d’ordre : le collectif ! « C’est l’ADN de notre coopérative. Il n’y a qu’ensemble que nous pourrons aller plus loin », estime Jean-Michel Habig.

Compostage en viticulture

Faciliter la mise en œuvre de l’épandage

Technique

Publié le 08/12/2018

Vouloir épandre du compost dans ses parcelles de vigne est une chose. Le mettre en œuvre concrètement en est une autre. C’est en partant de ce postulat que la société Agrivalor, spécialisée dans le compostage et la valorisation des déchets organiques, a créé une prestation « clé en main » à l’attention des viticulteurs. « Beaucoup de professionnels sont intéressés par l’apport de matière organique dans leurs parcelles. Mais étant donné qu’il faut charrier des volumes importants à l’hectare dans les vignes, cela peut vite devenir compliqué et lourd à gérer », explique Guy Meinrad, responsable de la gamme « viticulture » chez Agrivalor.

Dans le cas présent, pas besoin de se déplacer dans l’un des points de vente de l’entreprise (Bergheim, Sainte-Croix-en-Plaine, Wittenheim, Hirsingue) pour récupérer le compost, et pas de tas posé en vrac en bord de champ. « En fait, tout dépend si le viticulteur est équipé ou non pour l’épandage de compost, et tout dépend de la disposition de ses parcelles. Si elles sont éparpillées, ça peut devenir contraignant, poursuit Guy Meinrad. En proposant à la fois la vente du compost, le transport et l’épandage, on réalise des chantiers propres et on gagne en flexibilité, en pouvant déplacer l’ensemble du volume à épandre d’une parcelle à l’autre. » Financièrement, il faut compter entre 700 et 800 euros par hectare pour cette prestation « complète » d’épandage d’entretien.

Une prestation « polyvalente »

Le travail est réalisé assez rapidement. C’est ce qu’a pu constater la trentaine de viticulteurs présents lors d’une démonstration organisée le 30 novembre dans une parcelle située entre Sigolsheim et Bennwihr-Gare. Concrètement, la benne à fond poussant d’une capacité de 30 m3 est déposée en bordure de parcelle. Elle a été adaptée par Berger Machines Agricoles, à Saint-Hippolyte, afin de pouvoir remplir automatiquement le réservoir de l’épandeur grâce à un système de tremplin. Une optimisation qui n’existait pas au début et qui a permis de sécuriser le système, d’augmenter le débit de remplissage.

Deux tracteurs viticoles à pneumatiques basse pression et équipés d’épandeurs portés sont ensuite utilisés par l’entreprise Vitisol, d’Ostheim, pour réaliser l’épandage dans les vignes. En une journée, elle peut couvrir une surface d’environ 4 hectares, en plaine ou sur les coteaux. « Concrètement, partout où un tracteur passe, je passe aussi », résume Christophe Ketterer, gérant de l’entreprise Vitisol. De plus, l’utilisation d’épandeurs portés au lieu d’épandeurs traînés assure une « meilleure maîtrise » du process dans les coteaux.

Encore trois ans d’essais

Mais au fait, c’est quoi comme compost qui est épandu dans ces vignes ? Agrivalor propose trois types de « viticompost » : celui de base composé à 100 % de matières végétales compostées ; le « complémenté » constitué de 70 % de matières végétales et 30 % de fumier de cheval ; et le « premium » composé de 50 % de matières végétales, 30 % de fumier de cheval et 20 % de fumier de bovin. Les doses d’apport sont calculées en fonction de l’estimation des pertes humiques annuelles, et de l’humus issu des bois de taille et des bandes enherbées. « On apporte entre 40 et 50 m3 par hectare de viticompost avant la plantation, puis 20 m3 par hectare tous les un à deux ans en guise d’entretien, et des doubles apports tous les quatre ans », détaille Guy Meinrad.

Mais dans le sol, qu’est ce que cela apporte concrètement ? Après trois ans d’expérimentation dans les sols sablonneux de la Hardt de Colmar et les sols plus lourds du secteur de Bennwihr Mittelwihr, Agrivalor et les services de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) ont déjà pu constater le maintien de la vigueur de la vigne. Frédéric Schwaerzler, qui s’occupe de ce dossier à la CAA, remarque aussi que la fertilisation du sol induite par le compostage se fait sans à-coups, ce qui est « très positif ». Les essais doivent encore durer trois ans. À l’issue de cette période, les techniciens de la CAA disposeront de résultats précis sur l’utilisation de compost en viticulture et ses conséquences. « On fait des analyses assez régulières. On pèse le bois de taille pour évaluer la différence de vigueur en fonction des modalités, on fait un suivi du botrytis, du poids de récolte et des différentes maladies. Une année sur trois, on mesure l’activité biologique des sols. Et on mesure aussi les risques éventuels de pertes de nitrates. C’est pour cela qu’on utilise des parcelles jeunes qui réagissent rapidement », ajoute Frédéric Schwaerzler.

Horsch

Semis optimisé, rendement amélioré

Technique

Publié le 05/12/2018

Avant de penser au rendement, il faut (bien) penser au semis. Il y a la variété choisie bien sûr, la période à laquelle on le fait, mais il y a aussi la pression qu’exerce le semoir à prendre en compte. C’est en tout cas cette conviction qui a poussé le constructeur allemand Horsch à développer le système AutoForce pour ses semoirs. Grâce à un capteur au niveau des deux roues de jauge d’un élément, ce dispositif régule la pression sur l’élément semeur en fonction des conditions de sol. « Cette innovation est née suite à plusieurs essais que nous avons effectués sur différents types de sols », explique Étienne de Saint Laumer, responsable des essais maïs France au sein du service marketing de Horsch.

Concrètement, lorsque les disques de semis pénètrent facilement le sol, la pression sur les roues de jauge augmente. L’AutoForce réduit alors la pression sur l’élément. Et inversement, quand les disques ont plus de mal à pénétrer (sols durs ou caillouteux), la pression sur les roues de jauge diminue et le dispositif augmente la pression sur l’élément. L’ajustement de la pression s’effectue par un vérin monté sur le parallélogramme de chaque élément. Le réglage de l’automatisme s’effectue depuis le terminal en indiquant une valeur cible pour la pression sur les roues de jauge. Chaque mètre, la pression est ajustée automatiquement par le système.

Tous les grains à la même profondeur

Chiffres à l’appui, Étienne de Saint Laumer a détaillé les observations faites sur le terrain avec ce système AutoForce lors de l’assemblée générale de l’Apco. Dans le premier cas, en mettant 350 kg de pression sur un sol caillouteux, on obtient 10 % de pieds en plus et 1,5 tonne de rendement supplémentaire. Sur un sol argileux en revanche, c’est le contraire : la forte pression donne les moins bons résultats. « Avec 150 kg de pression, on constate que toutes les petites racines sont mieux développées qu’à 350 kg, indique Étienne de Saint Laumer. Le rendement est également meilleur, le sol est moins stressé et il y a plus de rangs. » Aussi, lorsque la pression est « optimale » et que le tassement est évité, les racines descendent-elles tout droit et vont-elles plus vite chercher les nutriments. « On le remarque encore davantage dans les années très sèches où le maïs est un peu limite. Ça permet d’être plus performant pour aller chercher les ressources du sol. »

Lors de ses essais, Horsch a aussi pu mesurer l’importance d’avoir tous les grains semés à la même profondeur. « On a constaté qu’on avait 1,5 t de rendement en plus, juste parce que tous les grains sont à la bonne profondeur. Donc, l’objectif numéro deux, après la régulation de pression, est de placer tous les grains à la même profondeur de manière à ce qu’il y ait une levée homogène. Si ce n’est pas le cas, un pied sera sous l’ombre de son voisin et recevra moins d’énergie du soleil. Il y aura donc un retard de développement. » À partir de cette observation, les techniciens de Horsch se sont demandé s’il fallait forcément que tous les pieds de maïs soient espacés de la même distance, ou s’il fallait plutôt qu’ils soient en priorité à la même profondeur. « Et clairement, même si la régularité de la distance des semis est importante, la profondeur régulière l’est encore plus », poursuit-il.

Casser la compaction du sol avec des roulettes « spéciales »

Étienne de Saint Laumer et ses collègues ont ensuite creusé le sillon sur environ 2 kilomètres pour voir comment les graines avaient été semées. Ils y ont découvert des tunnels sous le lit de semences, des sillons non refermés et des racines qui suivaient le sillon au lieu de pénétrer le sol. « On s’est demandé pourquoi ? Du coup, on a décidé de tester différentes roulettes de fermeture pour évaluer leur impact sur le semis. » Lors d’un essai effectué chez un maïsiculteur dans le secteur d’Angoulême, il est vite apparu que les rangs ayant tendance à jaunir avaient été semés avec des roulettes standards, tandis que les rangs les plus verts avaient systématiquement été semés avec au moins deux roulettes à pics ou à doigts. « En fait, l’explication est simple : les doigts de la roulette cassent la compaction du sol, la racine a plus de libertés pour sortir du sillon. »

Ces résultats visuels ont été confirmés par les chiffres au moment de la récolte : 13,5 t pour le rang semé uniquement avec des roulettes standards, environ 14 t avec deux roulettes à doigts, et plus de 15 t avec une roulette à doigts associée à une roulette standard. « Le problème avec deux roulettes à doigts à l’arrière est que vous n’avez aucun moyen de contrôler à quelle profondeur le semis est effectué. C’est pour ça qu’il faut toujours conserver une roulette en plastique à côté d’une roulette à doigts de manière à toujours bien déplacer le sol », note Étienne de Saint Laumer. Horsch a effectué le même type d’essais dans d’autres régions productrices de maïs comme la Beauce ou l’Ukraine. À chaque fois, les résultats observés en Charente se confirment dans les sols argileux, moins dans les sols limoneux. Au final, ces essais effectués sur plusieurs années ont permis à Horsch de développer deux types de roulettes « spéciales » : l’une à doigts incurvés, plus agressive, pour les sols argileux ; l’autre à piques, moins agressive, pour les sols limoneux. Le dernier facteur à prendre en compte au moment du semis, et capable d’influencer positivement le rendement final, c’est l’écartement entre les rangs.

Réduire l’écartement

Horsch s’est ainsi demandé pourquoi le maïs est la seule culture semée avec un écartement de 75 ou 80 cm. « Du coup, on a essayé avec des écartements plus réduits pour voir si cela avait un effet ou non. » Pour tester ce cas de figure, les ingénieurs de Horsch ont construit un semoir adapté. Là encore, des résultats tangibles n’ont pas tardé à apparaître. Sur trois essais effectués dans le sud-ouest de la France, avec des écartements allant de 80 à 45 cm, la moyenne des rendements obtenue était en hausse de 6 %. En revanche, plus ces essais étaient effectués dans le nord du pays avec des variétés à indices courts, et moins le gain de rendement se faisait sentir. Ce qui reste tout de même positif aux yeux d’Étienne de Saint Laumer, qui constate qu’aucune perte de rendement n’a été observée et ce, quelle que soit la situation. Alors, réduire l’écartement de ses rangs de maïs, c’est bien. Mais jusqu’où peut-on aller sans que cela devienne contraignant ? « Il faut rester pragmatique. Il faut encore pouvoir passer les roues et les équipements », souligne-t-il.

Mais réduire l’écartement de son semis a aussi des conséquences sur son parc matériel. Outre le semoir à changer, il y a les roues du tracteur, la bineuse pour celui qui bine, ainsi que le matériel de récolte. « C’est vrai, c’est un saut important. Mais il faut avoir à l’esprit qu’un tel semoir peut être utilisé aussi bien pour le maïs, que pour le colza, la betterave, le soja ou le sorgho. Du coup, on peut utiliser le semoir sur des périodes plus longues et ainsi mieux le rentabiliser. »

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