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Nicolas Bernard

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40 ans de l’Apco

Des évolutions d’hier aux défis de demain

Vie professionnelle

Publié le 29/11/2018

En quarante années, le visage de la céréaliculture haut-rhinoise a considérablement évolué. Quatre décennies durant lesquelles de petites exploitations de polyculture élevage ont progressivement laissé la place à des exploitations plus spécialisées, de taille moyenne, et moins nombreuses. Un chemin parfois parsemé d’embûches que l’ensemble des présidents de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco) ont accepté de retracer ensemble, en clôture de la dernière assemblée générale de cette structure transformée en section autonome vis-à-vis des collecteurs et des syndicats.

C’était en 1978. Le président d’alors, Henri Schwander, s’en souvient comme si c’était hier. « Nous voulions construire quelque chose qui réponde aux besoins techniques. Mais on ne voulait pas être piégés par qui que ce soit. On a finalement trouvé des accords avec l’AGPM et l’AGPB, tout cela dans le giron de la FDSEA. Mais cela n’a pas été simple, on s’est battus avec les moyens qu’on avait. Pour moi, la défense du prix des céréales et de la technicité a été un combat permanent. » Mais qui a fini par payer quand on regarde aujourd’hui le visage de la céréaliculture en Alsace, notamment celle de la filière maïs qui affiche régulièrement des rendements records.

« Nous sommes dépendants de l’irrigation »

Ce résultat n’aurait pas pu voir le jour sans les progrès techniques soutenus par l’Apco, estime Henri Schwander, l’irrigation en tête, qu’il a ardemment défendue. « Quand je pense comment on a trimé avec des enrouleurs qui marchaient quand ils voulaient et qu’il fallait déplacer tous les jours. Il y avait des périodes où j’étais toutes les nuits dehors pour surveiller. Et pendant plusieurs jours, pas une seule heure où je n’étais à l’extérieur. Rien que d’y penser, cela me donne la chair de poule. Alors aujourd’hui, c’est un vrai bonheur de voir que les agriculteurs bénéficient de tous ces progrès techniques. C’est vraiment une réussite énorme pour notre filière. » Si l’irrigation et la monoculture ont pu se développer en Alsace, c’est qu’à l’époque les « voisins ne se posaient pas de questions, considère l’actuel président de l’Apco, Thomas Obrecht. Maintenant, nous avons plus que jamais besoin de communiquer. Nous devons expliquer qu’aujourd’hui, nous sommes dépendants de l’irrigation, quelle que soit la culture. Et de rappeler que le maïs est la plante qui valorise le mieux l’irrigation, en plus d’être une culture qui permet d’utiliser les luttes alternatives, et qui peut être très économe en intrants. »

Parallèlement au défi technique, l’Apco a dû surmonter le défi administratif et la mise en œuvre des aides directes de la Pac en 1992. Un dossier que le successeur d’Henri Schwander, Michel Habig, a eu la responsabilité de gérer. « Il faut savoir que, comme aujourd’hui, on avait la particularité d’avoir des cultures irriguées et non irriguées. Il y avait des distorsions de revenus très importantes entre les deux, et avec les céréales à paille également. » Une situation qui, sur le long terme, pouvait fragiliser l’unité et la cohésion du monde agricole. « Du coup, nous avons travaillé avec la Chambre d'agriculture, en liaison avec le cabinet du ministère, à diminuer la référence maïs irrigué pour permettre aux non irrigués et aux céréales à paille d’avoir des primes Pac plus élevées. »

Le Rhin, un « atout » fragilisé

Sans l’accès à l’eau, le maïs n’aurait pas connu un tel développement en plaine d’Alsace. Et sans le Rhin à proximité non plus. C’est grâce à la présence de ce fleuve que la filière a pu se structurer autour d’industries situées en aval. Thomas Thuet, président de l’Apco de 1993 à 2008, constate avec amertume que cet « atout » pour la filière maïs est de plus en plus mis à mal par des épisodes de basses eaux de plus en plus longs. « Des péniches partent avec seulement un tiers des chargements, si elles partent encore. C’est un problème majeur car l’Alsace et le Haut-Rhin avaient la particularité de pouvoir transporter facilement le maïs avec ce fleuve. Il est donc urgent d’agir, car le camion ou le fret ne pourront pas absorber tout ce flux supplémentaire. Ou alors, cela représenterait des chantiers énormes qu’il faudrait réaliser. Et trois pays sont concernés. Cela doit nous alerter. »

En première ligne sur ce sujet aujourd’hui, Thomas Obrecht estime que la seule façon, pour l’instant, de pallier ce problème de logistique, est « collective ». « Nous avons en face de nous des producteurs mondiaux de maïs qui peuvent nous concurrencer à nos portes. Alors, il faut qu’on soit moteur avec d’autres secteurs d’activité, les Chambres de commerce et d’industrie, la Région et la FDSEA. Ce problème de basses eaux ne concerne pas que l’agriculture, mais toute notre économie régionale. » François Tischmacher, président de l’Apco de 2008 à 2016, se demande s’il ne faut pas réfléchir « à long terme » par rapport à cette problématique de transport fluvial. Pour lui, une relocalisation de la transformation de maïs pourrait être « une solution » à explorer. « Avec plus de 50 % de notre maïs exporté sur le Rhin, je pense que c’est une hypothèse à étudier par rapport au réchauffement climatique. C’est quand même bizarre d’envoyer notre maïs à Rotterdam pour qu’il revienne ici sous forme de corn-flakes. »

« Ayez confiance en l’avenir »

Alors, mangera-t-on des corn-flakes « 100 % Alsace » en 2058 ? Impossible à prédire, évidemment. La seule chose qui est certaine, c’est que l’Apco atteindra l’âge vénérable des 80 ans. Un futur dans lequel Thomas Thuet ne voit plus d’exploitations moyennes comme c’est le cas aujourd’hui. « Il y a des structures qui font de plus en plus le grand écart. » Jusqu’où et dans quel contexte ? Là encore, trop d’incertitudes planent pour établir avec précision le portrait-robot de la céréaliculture haut-rhinoise au milieu du XXIe siècle. « Je pense sincèrement que personne ne peut imaginer l’avenir. Jusqu’où le numérique va-t-il chambouler nos activités ? Quelle sera la prochaine Pac ? Quelles seront les obligations de rotation et d’assolement ? Aujourd’hui, on ne peut même pas voir quel sera le marché du maïs pour l’année à venir. Alors je pense qu’il faut d’abord cultiver la matière grise. Il faut développer les compétences pour pouvoir s’adapter au fur et à mesure. Dans tous les cas, je pense qu’il faudra beaucoup d’imagination, de courage et d’énergie pour imaginer et construire cet avenir. » Michel Habig le reconnaît aussi : la jeune génération va devoir faire preuve d’imagination au cours des 40 années à venir. « Ce que nous avons connu, nous, depuis 1978, on ne le connaîtra plus. Les exploitants agricoles sont passés de 8 000 à 4 000 en 20 ans. Y en aura-t-il plus que 2 000 dans le futur ? L’Alsace est très peuplée. Cela va forcément demander des adaptations. Mais j’ai confiance dans les jeunes qui nous ont succédé. »

François Tischmacher se montre, lui, plutôt pessimiste quant à l’avenir de l’agriculture dans le Haut-Rhin. « Dans mon canton, il y a de plus en plus de pluriactifs et de moins en moins de paysans. Les lotissements s’agrandissent inexorablement. On va vers une mégalopole qui regroupera Mulhouse et Bâle. Et l’agriculture là-dedans, ça sera peut-être sur des sacs, comme en Afrique. » Thomas Obrecht préfère rester confiant pour les décennies à venir. Pour lui, l’agriculture se dirige vers un métier « élitiste » avec une spécialisation accrue dans le domaine de l’informatique, de la robotique et de l’intelligence artificielle. « Cela va devenir incontournable. Après, quelles places auront nos envies et décisions dans ce modèle ? On nous cloître de plus en plus dans un cadre avec moins de latitude. Peut-être qu’on retrouvera un jour un peu plus de libertés. En tout cas, c’est notre devoir de rester positif et de voir des solutions. » Finalement, l’histoire ne serait-elle pas qu’une éternelle répétition ? Les problèmes de demain seront-ils si différents des problèmes d’hier ? Henri Schwander est convaincu que, d’une manière ou d’une autre, les responsables agricoles actuels et ceux à venir trouveront des solutions « comme on en a trouvé aux nôtres ». « J’ai vraiment l’espoir en notre jeunesse et en l’intelligence. Et comme me l’a un jour dit un ancien de la Chambre d'agriculture : ayez confiance en l’avenir. »

« Dînez avec les Grandes maisons d’Alsace »

Huit grands vins et une étoile au menu

Vigne

Publié le 22/11/2018

Et de dix pour la soirée « Dînez avec les Grandes maisons d’Alsace ». Lancée en 2017 par les Grandes maisons d’Alsace, cette manifestation vise à « déployer la notoriété des vins d’Alsace » en accordant les plats aux vins - et non l’inverse comme cela se fait habituellement - dans des dîners servis dans des restaurants alsaciens. Après être passé par La Taverne Alsacienne, à Ingersheim, La Gare à Guewenheim, L’Arbre Vert à Berrwiller, La Source des Sens à Morsbronn les Bains, le H à Barr, À la Ville de Lyon à Rouffach, et Le Cheval Blanc à Westhalten, ce dîner commenté par Pascal Léonetti, meilleur sommelier de France 2006, a fait escale chez Julien Binz à Ammerschwihr, le jeudi 8 novembre, pour un dîner « spécial étoilé », le restaurant faisant partie de très sélective famille des étoilés Michelin depuis 2015.

La cinquantaine de convives présents (sur inscription préalable uniquement) a pu déguster en mise en bouche un crémant d’Alsace brut Boisé des dés de la maison Ruhlmann-Schutz accompagné de perles de hareng fumé, avec un bulle liquide granny smith et yaourt. En entrée, Pascal Léonetti a fait déguster deux rieslings - un Grès 2015 de la maison Pierre Sparr Successeurs, et un Clos Sainte Hune 2012 de la maison Trimbach - accompagnés d’un homard avec palets de riz, pickles de betteraves au gel de litchi et jus de homard corsé. Pour le plat, c’est toujours le riesling qui a été mis à l’honneur avec un grand cru Kirchberg de Barr 2008 de la maison Klipfel, et la cuvée Frédéric Émile 375e anniversaire 2001 de la maison Trimbach, accompagnés par un bar en écailles soufflées, avec texture fenouil et sa sauce façon bouillabaisse. Pour le fromage, on retrouvait un gewurztraminer grand cru Mambourg 2013 de la maison Pierre Sparr Successeurs, et un muscat d’Alsace grand cru Kirchberg de Barr clos Zisser 2016 de la maison André Lorentz, accompagnés par un siphon de chèvre frais avec ciboulette, mouchoir de pain grillé et Blu di Capra. Enfin, c’est le muscat d’Alsace vendanges tardives 2015 de la maison Ruhlmann-Schutz qui a eu le privilège de clôturer ce dîner, accompagné comme il se doit par des poires pochées avec un crémeux poire, un gel à la rose et de la glace à la citronnelle.

Depuis le 6 septembre 2017, date de lancement de ce concept qui se veut « unique », 500 convives ont participé à ces dîners. À chaque fois, quatre membres des Grandes maisons d’Alsace ont mis à disposition deux de leurs vins présentés par eux-mêmes ou par Pascal Léonetti lors de la soirée. Pour les accompagner, les restaurateurs ont tous spécialement concocté des menus pour l’occasion, sur la base de suggestions d’ingrédients faites par le Meilleur sommelier de France 2006. Un dîner est encore au programme pour 2018. Ce sera la 6 décembre, à la Perle des Vosges à Mulhbach. Les maisons Sipp (Ribeauvillé), Boeckel (Mittelbergheim), Wunsch & Mann (Wettolsheim) et Hauller (Dambach-la-Ville) feront, à leur tour, découvrir leurs vins aux personnes inscrites. Forts du succès des dix premières éditions de cette manifestation, les organisateurs ont d’ores et déjà prévu de renouveler l’expérience en 2019 à raison d’un dîner accord vins-mets tous les premiers jeudis du mois (sauf en janvier et août), des dîners à la table de chefs étoilés (en mars et octobre), et un dîner qui s’exportera pour la première fois hors des terres alsaciennes, au mois de mai dans les Vosges. Une première étape avant d’aller exporter le concept dans des grandes villes comme Paris, Lyon ou Lille.

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Être innovant pour construire l’avenir

Cultures

Publié le 22/11/2018

On entend souvent dire que « 40 ans, c’est l’âge de raison ». Mais « être raisonnable » est-il compatible avec le fait de défendre et d’imaginer quotidiennement l’avenir de l’agriculture ? Une interrogation soulevée par Thomas Obrecht, président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco). Devant lui, un parterre de professionnels agricoles, de partenaires et de représentants de l’État venus assister au quarantième anniversaire de cette organisation autonome particulière dans le paysage agricole français. Quarante années de « complémentarité » avec la FDSEA du Haut-Rhin qui ont permis à la céréaliculture départementale d’évoluer et de s’adapter progressivement aux enjeux environnementaux, économiques et sociétaux qui sont venus bousculer - et bousculent encore - le quotidien de la profession.

L’eau, un « rêve pour certains »

L’année 2018 est, à ce titre, un très bon exemple. Une année qui a « bousculé » les agriculteurs de par ses agitations climatiques « d’une rare intensité », en témoigne une sécheresse qui n’en finit plus d’impacter de nombreux éleveurs. Dans ces circonstances, la problématique de l’accès à l’eau est devenue une « urgence qui doit être portée par tout le monde », estime Thomas Obrecht. État, collectivités territoriales et associations environnementales doivent selon lui adopter le « bon sens paysan » et laisser de côté le « serpent administratif ». Car l’urgence est là pour les exploitations qui n’ont pas un accès facilité à l’eau. Une forme de paradoxe pour le département du Haut-Rhin alors que gît dans son sol une nappe phréatique « conséquente » qui, pour certains agriculteurs, est une « évidence ». Pour d’autres, malheureusement, cela reste un « rêve ». « C’est pour cela que nous devons rapidement apporter une solution à ces entreprises dont l’équilibre est tellement fragile qu’elles ne supporteraient pas une année supplémentaire de sécheresse. L’assurance climatique n’est pour eux plus la solution au regard de la moyenne olympique. »

Le « défi » des basses eaux du Rhin

Moins d’eau dans le ciel, moins d’eau dans les sols et moins d’eau dans le Rhin. Beaucoup moins d’eau, et de plus en plus souvent. Derrière, c’est toute la filière maïsicole qui s’inquiète. Pêle-mêle, elle doit affronter des coûts logistiques supérieurs, a du mal à maintenir les contrats-cadres, et voit même certains contrats comme Costimex être annulés. « Il faut agir, et vite. Nous sommes sans arrêt en train d’alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de trouver une solution à ce problème. La compétitivité de notre département en dépend et cela touche l’intégralité des secteurs d’activité qui ont choisi le Rhin comme voie d’expédition. » Ce « défi » doit impérativement être « gagné » souligne le président de l’Apco car, en face, de nombreux pays producteurs de céréales accentuent leur concurrence avec des coûts de transport moins élevés que ceux appliqués au maïs alsacien. « Tout doit être mis en œuvre pour approvisionner durablement nos clients européens. D’autant plus que, dans ce cas précis, ce transport fluvial du maïs représente un cas « concret » de la volonté de l’État français de diminuer les empreintes carbone. À sa charge maintenant de montrer que l’engagement politique a encore un sens, et que l’axe franco-allemand est efficace. »

Communiquer, encore et toujours

Pour les années à venir, l’Apco, aux côtés de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), a comme ambition d’exposer, d’expliquer et de faire comprendre les atouts du maïs, son adaptation à certains contextes pédoclimatiques comme celui de l’Alsace par exemple, et sa capacité à être cultivé en monoculture. Pour Thomas Obrecht, cela serait un « non-sens » de ne pas cultiver un maximum de maïs. « C’est une plante qui valorise au mieux les atouts de notre territoire, et qui concourt à maintenir des exploitations de taille moyenne, ce qui s’inscrit complètement dans la définition du développement durable. » Si l’Apco défend l’ensemble des filières - blé, colza, soja, betterave sucrière - elle est persuadée que le maïs reste sa production phare. « C’est la seule qui permettra, comme hier, d’assurer la viabilité de notre agriculture. Elle seule est adaptée à nos sols, à notre climat, à nos élevages. Elle seule répond aujourd’hui clairement à un déficit commercial de l’Europe. » Reste à convaincre une opinion publique qui a plutôt tendance à décrier cette plante. Pour y arriver, la profession doit « redoubler d’énergies » et montrer ce qu’il est possible de faire avec le maïs. « Quand nous le faisons, l’œil étonné des citoyens en dit suffisamment. »

Redonner « confiance » dans la science

Pour produire du maïs « au maximum », les agriculteurs devront être en mesure de faire face « efficacement » aux ravageurs, pyrale et chrysomèle en tête. Pour gérer ces pressions, comme celles des maladies qui pourraient survenir, les professionnels haut-rhinois souhaitent avoir accès à des moyens techniques « efficaces » et à « prix raisonnable » comme cela est le cas pour leurs concurrents. « Malheureusement, le retrait successif de nombreuses matières actives, et la mise en place de règles très restrictives, conduisent à une raréfaction des moyens de lutte. Ceci entraîne une explosion de nos charges et un risque de déclassement sanitaire de nos productions. Rajoutons à cela l’augmentation du prix des carburants, celle de la redevance pour pollution diffuse des produits de protection des plantes, ainsi que l’effet sournois de la séparation de la vente et du conseil… Le grand écart pour équilibrer nos comptes risque d’être des plus sportifs », déplore Thomas Obrecht. Sans oublier la « chasse aux sorcières franco-française » qui est faite actuellement sur les produits de synthèse et leurs utilisateurs. « C’est d’autant plus insupportable quand on sait que ces personnes qui tapent sur notre agriculture ne réagissent jamais face aux étals de marchandises à base de produits interdits chez nous. » Il ne comprend d’ailleurs pas le raisonnement politique qui « pousse le politique à nous mettre en difficulté face au reste du monde. » « Toutes les études vont dans le même sens : nous sommes le pays qui a la meilleure traçabilité, le plus de contrôles sanitaires, et nous avons réalisé d’extraordinaires efforts en dix ans. » Des éléments que la profession souhaite encore et toujours faire savoir à travers une meilleure communication, et ainsi « redonner confiance » dans la science.

« La solidarité, notre meilleure arme »

Face à tous les défis qu’il vient d’évoquer, Thomas Obrecht considère que seule la solidarité entre les professionnels de la filière permettra d’accompagner la céréaliculture - et l’agriculture dans son ensemble - vers les nombreux défis qui l’attendent. Il en veut pour exemple ce qui a été réalisé au cours de l’année 2018 aux côtés de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs, que ce soit pour l’opération « paille de maïs » qui est venue soutenir les éleveurs du Doubs, et pour le contrat collectif qui a permis de réduire les coûts électriques de ceux qui y ont adhéré. « Je sais bien que certains se sont offusqués à l’idée de devoir adhérer à la FDSEA. Mais peut-on vraiment croire qu’on peut tout régler avec des comportements individuels ? Notre agriculture dépendra demain de vos adhésions à un réseau. Et quand je compare notre contrat électrique, je peux aisément affirmer que c’est l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur de l’Hexagone », se satisfait le président de l’Apco.

E-commerce des vins

Des bouteilles « twilées » vendues par internet

Vigne

Publié le 17/11/2018

« Dis donc, tu l’as twilée cette bouteille ? » « Ouais, elle est vraiment pas mal. J’en avais commandé trois pour essayer et j’ai adoré. Je lui ai mis cinq étoiles. » La scène se passe dans un futur proche, dans un rayon de supermarché. Deux jeunes amateurs de vin parcourent les références présentes en rayon pour dénicher « la perle ». Vivant au cœur de Paris, ils n’ont que peu de temps à consacrer à la visite de caves dans les vignobles de leur pays. Alors, ils « twilent » avec leur smartphone à défaut de causer en direct avec le vigneron. Quelques jours plus tard, les bouteilles « twilées » et commandées directement chez leur producteur leur sont livrées dans un emballage garanti « anti-casse ». La dégustation va pouvoir commencer. Les deux comparses vont enfin savoir si ce nouveau riesling cuvée 2023 de la maison Albert Hertz, à Eguisheim, est à la hauteur des commentaires élogieux qui lui ont été dressés. Désormais dirigé par Frédéric Hertz, ce domaine fait partie des premiers Alsaciens à s’être inscrits sur la plateforme TWIL. C’était en 2016. Année qu’a choisie une jeune start-up parisienne pour lancer cet outil ambitieux : permettre aux vignerons de vendre directement leurs vins aux consommateurs grâce à un site internet et l’application TWIL, acronyme de The Wine I Love*.

Comment ? Avec un concept simple, inspiré de Shazam, une application de reconnaissance musicale. « Quand le consommateur aime un vin, il prend l’étiquette de la bouteille en photo avec son smartphone. Si le vin est référencé sur notre plate-forme, il entre en contact direct avec le producteur pour commander une bouteille », explique Erwann de Barry, créateur et président de TWIL. Ce jeune entrepreneur fait partie de la onzième génération d’une famille viticole provençale. Dans son entourage, ses amis ou ses connaissances avaient souvent tendance à le considérer comme « l’expert » en vin. « Oui, j’ai de bonnes connaissances sur les vins de Provence, et je reconnaîtrais les vins de ma famille entre mille. Mais il en faut bien plus pour devenir un vrai expert en vins. Je trouve d’ailleurs que c’est un terme un peu trop galvaudé… »

Globalement, il est vrai que le monde du vin peut paraître quelque peu opaque au profane. Alors quand celui-ci se retrouve seul devant des centaines de bouteilles sans personne pour le conseiller, comment faire le bon choix ? Beaucoup s’appuient sur les médailles reçues lors des concours, notamment ceux de Mâcon ou de Paris. C’est un bon début. Mais comme les films à voir au cinéma sont à la fois critiqués et évalués par des professionnels et le grand public, le jugement des « bons vins » n’est pas uniquement l’apanage des sachants. « De là m’est venue l’idée de créer un outil ludique qui permette aux gens d’identifier le vin qu’ils aiment, de le noter, de le partager et de les orienter vers des vignerons qui partagent leurs valeurs. En résumé, je dirais que c’est un moyen pour l’utilisateur de se rapprocher de ses émotions viticoles », souligne Erwann de Barry.

Un « nouveau support » de présentation

Une fois son projet en tête, il a contacté les interprofessions des différentes régions viticoles françaises pour le présenter. Avec des fortunes diverses. « Certaines se sont montrées plus ouvertes que d’autres à mon application. Cela a été le cas de l’Alsace. » Il y constate une « forme de modernité » et un « temps d’avance » par rapport à d’autres régions viticoles. Deux ans après ces premières prises de contact, la plateforme compte 710 vins sur les 18 000 références (françaises et mondiales) disponibles à la vente. Des chiffres qui évoluent au gré des périodes de l’année, plus ou moins favorables à l’achat de bouteilles, comme les fêtes de fin d’année par exemple.

Actuellement, le domaine Albert Hertz y vend onze références, du sylvaner cultivé en biodynamie pour la bouteille la moins chère, au gewurztraminer grand cru Pfersigberg pour la bouteille la plus chère. Cette vitrine numérique est une manière de conquérir de nouveaux clients pour Frédéric Hertz. Ce jeune vigneron de 28 ans est salarié depuis cinq ans dans l’entreprise familiale qu’il est destiné à faire perdurer. Un avenir qui passera nécessairement par une visibilité accrue sur la Toile. « Près de 40 % des Français achètent régulièrement leurs vins sur internet. Il est donc essentiel d’y être. C’est un nouveau support pour présenter notre domaine, une gamme de vin choisie en fonction de la saison, en tout cas pour nous. »

La grande différence des plateformes e-commerce par rapport à un caviste ou un étal de supermarché, c’est la possibilité de laisser des commentaires sur le produit, visibles de tous, évidemment. Dans le cas de TWIL, cela confronte le vigneron à un haut degré de transparence. Si quelqu’un n’aime pas un vin, il a tout le loisir de le critiquer par exemple. « Ça va spontanément être quelque chose de dérangeant, c’est vrai. Mais on existe avec nos qualités et nos défauts. Il y aura d’autres clients pour qui le vin sera excellent. Et le fait de mettre des avis, de pouvoir y répondre, ça permet d’échanger, comme on le fait dans une cave. Et si l’avis est négatif, je réponds et j’essaie de savoir pourquoi », considère Frédéric Hertz. « Il ne faut pas oublier que le vin est un produit contextuel qui dépend des goûts et des couleurs de chacun, complète Erwann de Barry. C’est pour cela qu’on demande à l’internaute d’expliquer pourquoi il a mis une mauvaise note. Il n’a pas forcément le vocabulaire technique qu’utilisent les professionnels du vin. C’est donc important qu’il puisse s’exprimer avec ses propres mots afin de pouvoir générer un échange constructif avec le viticulteur. »

Une logistique mutualisée et bon marché

Outre une visibilité accrue avec une boutique ouverte 24 h sur 24, la plateforme TWIL apporte à ses adhérents un « vrai réseau de distribution ». « Grâce à un partenariat que nous avons établi avec une entreprise logistique, on peut mutualiser les coûts de transports. Cela génère des économies de temps et d’argent pour le viticulteur », souligne Erwann de Barry. Concrètement, un internaute peut sélectionner des vins de plusieurs régions ou producteurs sur une même commande, avec un minimum de trois bouteilles par commande. Le viticulteur enregistre la commande comme il le ferait sur son propre site e-commerce, prépare le ou les cartons de vins et n’a plus qu’à attendre que le transporteur vienne récupérer l’ensemble. Les cartons peuvent ensuite être livrés gratuitement (avec un minimum de 6 bouteilles) dans l’un des 6 000 points relais présents sur le sol français, ou livrés à domicile en 45 h moyennant un coût de 2,90 euros pour 6 bouteilles minimum. « À titre de comparaison, cela me coûte environ 12 € de frais de port pour envoyer un carton de six », témoigne Frédéric Hertz. Une fois les cartons récupérés chez les différents producteurs, tout est centralisé dans une plateforme logistique, afin d’assurer la livraison au même moment de toutes les bouteilles commandées. « Avec TWIL, nous avons voulu faire en sorte que la vente au particulier soit simple et fluide. C’est la condition indispensable pour que ça tourne », ajoute Erwann de Barry.

Pour se rémunérer, la plateforme prélève 18 % de commissions sur chaque vente. Il n’y a ainsi pas de forfait mensuel à payer par avance par le viticulteur. « Pas de vente, pas de charges », résume-t-il. L’objectif de TWIL est que le prix des vins affiché, livraison incluse, soit le même que le prix caveau. « Plus la politique tarifaire sera cohérente entre les différents canaux, plus cela sera facile à valoriser », justifie-t-il. Pour l’instant, ce n’est pas le cas de la Maison Albert Hertz qui vend ses vins 10 % plus chers sur TWIL que dans son caveau. « Nous avons une clientèle historique habituée à un certain prix, et nous en avons une nouvelle qui se profile, auprès de qui on souhaite valoriser un peu plus notre produit », indique Frédéric Hertz. Ce qui ne veut pas dire pour autant que cela ne pourrait pas évoluer dans un futur plus ou moins proche. « La vente au caveau prend pas mal de temps et mobilise quelqu’un. C’est presque plus rentable de faire de la vente par correspondance que de vendre au caveau », reconnaît le jeune vigneron d’Eguisheim.

Erwann de Barry est en tout cas persuadé d’une chose : la consommation de vins en France et dans le monde est en train d’opérer une mutation profonde avec la génération des Millenials, ces femmes et hommes nés entre 1980 et 2000. « Il faut savoir qu’à l’étranger, 42 % des consommateurs de vins font partie de cette tranche de la population qui a un mode de consommation bien différent de ses aînés. Auparavant, les consommateurs avaient quelques bonnes références et prenaient toujours les mêmes vins. Aujourd’hui, le Millenial veut vivre une expérience différente à chaque dégustation. Il n’a ainsi aucun problème à acheter un vin complètement inconnu. C’est l’une des forces de notre plateforme : on y trouve tous types de producteurs, de toutes les régions du monde. On peut les comparer facilement, comme chez le caviste. Sauf que là, on peut le faire avec un simple twil, en restant chez soi. »

Ets Schaechtelin

Une journée au champ réussie

Technique

Publié le 14/11/2018

« On n’était pas à la foire aux vins d’Alsace à Colmar cette année. On s’est dit que ce serait sympa de faire une manifestation conviviale, dans un endroit chouette, et de montrer les différentes choses que l’on sait faire », explique Marc Misbach, cogérant de la concession depuis 2014 au côté de son frère, Jean-Luc. Et les compétences ne manquent dans cette entreprise familiale créée en 1948 par Éric Schaechtelin, maréchal-ferrant de son état.

« Mon grand-père s’était focalisé sur deux activités : la métallerie et la vente et réparation de matériels. Les espaces verts sont venus par la suite. Aujourd’hui, ces trois branches distinctes constituent toujours le socle de l’entreprise et représentent même l’un de nos atouts », estime Marc Misbach. En effet, il n’est pas rare qu’un agriculteur, par exemple, en plus d’avoir besoin d’un tracteur, ait besoin d’une tronçonneuse ou d’autres outils d’entretien d’espaces verts. « Du coup, on est capable de répondre à des questions diverses et ce, dans un magasin commun à nos trois activités. »

Une notion d’unité que les habitués de la concession ont pu retrouver lors de cette journée au champ particulièrement radieuse du point de vue météo. D’un côté, les tracteurs Claas - fer de lance de l’entreprise - étaient tous présents, de l’Arion 500 à l’Axion 900 ; de l’autre, on pouvait découvrir ou redécouvrir les semoirs Monosem, la gamme Amazone de travail du sol, les charrues Grégoire Besson, le matériel d’irrigation, les marques « espaces verts » comme Stihl ou Viking, et de nombreux outils et équipements appartenant à cette catégorie de produits.

A l’issue de cette journée, Marc Misbach a tenu à remercier l’ensemble des partenaires et des personnes qui ont répondu présents. « On a eu beaucoup de monde que ce soit le matin ou l’après-midi. Merci à tous d’avoir contribué à la réussite de cette manifestation. »

Visite automnale de l’expérimentation SEFerSol

Des résultats encourageants qui restent à confirmer

Cultures

Publié le 14/11/2018

Élaboré en partenariat avec l’Atelier Paysan, Alsace Vitae, l’Association pour la relance agronomique en Alsace (Araa), la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA), l’EPLEFPA Les Sillons de Haute Alsace, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), Planète Légumes et Rittmo Agroenvironnement, le projet SEFerSol vise à tester des stratégies innovantes et rentables capables d’améliorer la fertilité des sols en maraîchage.

L’expérimentation est menée depuis 2015 aux Jardins du Pflixbourg, l’exploitation du lycée agricole et horticole de Wintzenheim. La dernière visite de bilan a eu lieu le 5 novembre, dans le cadre du Mois de la bio en Grand Est. Guillaume Delanay, chef de projet du pôle maraîchage au lycée, a expliqué les conditions de l’expérimentation pour celles et ceux qui ne la connaissaient pas encore ; le projet ayant déjà été présenté à plusieurs reprises au cours de ces dernières années.

Deux systèmes innovants, un système référent

Le dispositif expérimental comprend trois systèmes de culture. Le premier, qui fait office de référentiel, est fidèle à ce qui se fait couramment chez les maraîchers bios en Alsace, à savoir un travail du sol important, le recours à des engrais organiques et une gestion classique du désherbage. On trouve ensuite le premier système innovant « engrais verts max » dans lequel on cherche à exploiter au mieux tous les bénéfices des engrais verts. Dans ce système, il n’y a pas d’apport de fertilisants organiques. Les seuls apports viennent du compost et des résidus des cultures et des couverts qui sont plantés. Le travail du sol est toujours présent, mais est différent. « On a recours à la pratique des planches permanentes et on utilise des outils de travail du sol qui ne sont pas rotatifs. Du coup, il n’y a pas les effets négatifs de désagrégation et de perturbation trop forts de la structure que provoquent les outils animés », explique Guillaume Delaunay. Enfin, le deuxième système innovant s’appuie, lui, sur le principe de conservation du sol, à savoir une couverture la plus permanente possible, un travail limité, voire supprimé, et une diversité enrichie dans les successions de cultures grâce à l’apport de couverts.

Les trois systèmes de culture comparés s’appuient sur une succession de cultures qui doit durer cinq ans : des pommes de terre pendant la première année, des salades et des choux-fleurs la seconde, des courges la troisième, des poireaux la quatrième et des carottes pendant la cinquième année. « Aujourd’hui, on sait qu’on va pouvoir aller au moins jusqu’à neuf années de travail. Il est fort probable qu’on recommence la même rotation pour pouvoir comparer avec ce qui a déjà été étudié », annonce Guillaume Delaunay. Et surtout, cela permettrait de confirmer si, oui ou non, ces systèmes de culture innovants testés répondent aux objectifs fixés au départ : améliorer la fertilité du sol, faciliter la gestion de l’enherbement, assurer l’autonomie de ces systèmes - un principe fondamental de l’agriculture biologique - et s’assurer du faible impact de ces systèmes sur la qualité de l’eau. « C’est un sujet sur lequel on est particulièrement attentifs. On a tendance à dire que l’impact de l’agriculture biologique sur la qualité de l’eau est moindre que celui de l’agriculture conventionnelle. Sauf qu’on manque de références à ce sujet. C’est l’occasion d’en faire. Avec la nature du sol de ces parcelles [NDLR : sablo-limoneux], on peut facilement mesurer l’impact sur les nappes souterraines, et ainsi voir plus facilement si nos pratiques doivent encore être améliorées. »

Un bilan économique à calculer

Afin d’avoir des résultats plus précis, deux parcelles d’expérimentation ont été créées côte à côte : Sefersol 1 et Sefersol 2. La première a démarré sa rotation de cultures dès le début du projet en 2015, la deuxième en 2016. Un décalage qui permet d’effacer les effets potentiels d’une météo particulière une année. « On peut lisser les résultats avec deux années différentes », justifie Guillaume Delaunay. Sur Sefersol 1, les résultats obtenus cette année grâce aux systèmes de culture innovants sont plutôt encourageants. « Que ce soit « engrais vert max » ou « conservation du sol », on obtient des rendements de poireaux commercialisables plus importants que dans le système de référence. On s’était fixé 20 tonnes à l’hectare, on l’a dépassé sur les trois systèmes. On arrive même à 45 t/ha avec le système « conservation du sol », soit le meilleur rendement commercialisable. Après, il faut faire des calculs de marge pour voir s’il y a toujours une telle différenciation. Par exemple, on a eu 20 % de temps de travail en plus sur le système « engrais vert max » par rapport au système de référence à cause de la gestion des adventices. »

Sur la parcelle Sefersol 2, les résultats obtenus sont un peu différents. Tout d’abord, ce sont trois légumes qui ont été plantés à chaque fois : des courges sucrines du Berry, des potimarrons et des courges butternut. Dans ce cas, les mesures ont été effectuées sur la planche du milieu, celle où se situaient les potimarrons, et non sur les planches latérales soumises à des effets de bordure. « Et ce qu’on peut dire, c’est que la culture de potimarron a été la moins bonne avec une différence pas très marquée entre le système référent et les deux systèmes innovants. On note toutefois que le système « conservation du sol » a apporté un rendement un peu plus important. » Plus important, mais pas suffisant puisque l’objectif initial de 30 t/ha n’a été atteint avec aucun des trois systèmes. En revanche, sur les deux autres types de courges situées sur les planches latérales, le rendement a été atteint. Pour la courge butternut, le système « engrais vert max » a été le plus favorable, même si le système « conservation du sol » le talonne de peu. Enfin, sur la courge sucrine du Berry, on remarque une petite différence avec les deux systèmes innovants. « Mais globalement, les résultats pour ces deux courges sont relativement homogènes entre les trois systèmes », constate Guillaume Delaunay. Là encore, des calculs de marge devront être faits afin de mesurer plus précisément la pertinence économique de ces systèmes innovants. Là est tout l’enjeu en effet. Si la protection de l’environnement et des ressources aquifères est évidemment un enjeu essentiel, aucun système, aussi innovant soit-il, ne pourra être adopté à grande échelle s’il ne présente pas un résultat économique positif pour l’agriculteur.

Méthanisation dans le Haut-Rhin

Une « solution » pour les territoires et les agriculteurs

Technique

Publié le 08/11/2018

D’ici quatre ans, la centrale nucléaire de Fessenheim devrait cesser son activité pour de bon. Avec la disparition annoncée de cette grosse production d’électricité se pose la question de l’avenir énergétique du Haut-Rhin. Un sujet essentiel pour le Conseil départemental, conscient de tous les enjeux liés à cette fermeture. « Dans cet élan, nous devons questionner le rôle que nous tous, élus, entrepreneurs, associatifs, citoyens avons à jouer dans la reconversion énergétique au niveau local vers un monde décarboné », explique la présidente de la collectivité, Brigitte Klinkert. Pour apporter des éléments de réponse aux interrogations qui voient le jour, le Département a organisé, du 14 au 19 octobre dernier, la semaine « ça turbine dans le Haut-Rhin ». Cinq journées articulées autour de différents évènements, tous liés à la thématique de l’énergie et son ancrage local. Dans cette transition énergétique en devenir, le monde agricole a clairement une carte à jouer, que ce soit avec la production d’électricité solaire ou avec la méthanisation. Dans le premier cas, ce sont les toits des bâtiments agricoles qui offrent de réelles opportunités pour y poser des installations photovoltaïques performantes. Dans l’autre, c’est la disponibilité abondante de matière organique qui apporte un argument de poids en faveur de la production de biogaz. Un point qui a été souligné et défendu lors de la table ronde organisée sur le sujet le vendredi 19 octobre à l’hôtel Resort Barrière, à Ribeauvillé.

Parmi les différents projets de méthanisation en lien avec le monde agricole, celui du Florigaz, dans la communauté de communes de Guebwiller, est en réflexion depuis 2013. L’objectif serait de produire 10 gigawatts de biométhane avec une injection intégrale dans le réseau. Ce gaz alimenterait 400 foyers. Ce méthaniseur sera alimenté par 22 000 tonnes d’intrants, dont un tiers d’effluents agricoles, un tiers de bio déchets, et un tiers de déchets issus d’industries agroalimentaires. Un partenariat avec l’usine Sojinal a ainsi établi en ce sens. Pour obtenir la matière première agricole, les porteurs du projet se sont tournés vers les services de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) qui ont fait le lien avec les agriculteurs. Comme le souligne Jean-François Strehler, conseiller en énergie-drainage à la CAA, parmi les trois projets de méthaniseur évoqués en 2014 avec le Conseil, c’est celui de Guebwiller qui a suscité le plus d’intérêt auprès des agriculteurs. Depuis, une société a été créée par ces derniers afin de devenir l’interlocutrice commune dans le cadre de ce projet Florigaz. La particularité de ce projet est que le produit de la méthanisation est exclusivement dédié à la production de chaleur, tandis que dans le cas des deux centrales déjà opérationnelles dans le Haut-Rhin (Agrivalor à Ribeauvillé et Quentlou à Moernach), le biogaz sert à la fois à la production de chaleur et d’électricité.

« Bien s’entourer » pour monter son projet

Par rapport aux autres départements du Grand Est, le Haut-Rhin est celui qui est le moins bien pourvu en méthaniseurs agricoles. À titre de comparaison, on en trouve treize en Meurthe-et-Moselle, dix-neuf dans les Vosges, dix dans les Ardennes, ou encore sept dans le Bas-Rhin pour ne citer qu’eux. Le Haut-Rhin a donc de la marge pour ne serait-ce que se mettre au niveau de ses voisins. Sauf qu’on ne s’improvise pas producteur de biogaz du jour au lendemain, tout comme on ne peut se décréter agriculteur juste en plantant une rangée de choux dans son potager. « C’est un métier nouveau, il faut un savoir-faire », résume le directeur de la FDSEA du Haut-Rhin, Michel Busch. Philippe Meinrad, cogérant de la société Agrivalor, a pu s’en apercevoir lorsqu’il a créé sa centrale de méthanisation en 2011. « En plus des difficultés liées à la réglementation, il y avait la difficulté de maîtriser la technologie. Même s’il n’y a finalement rien de compliqué, cela demande des connaissances électriques. Il faut donc bien s’entourer. » D’autres éléments rentrent en ligne de compte pour un projet réussi de méthanisation sur un territoire donné. Pour Michel Busch, l’un des plus importants reste une « coordination efficace avec les uns et les autres ». « D’où la nécessité pour la profession agricole d’être présente le plus en amont possible dans les dossiers », estime-t-il.

Transparence « indispensable » avec la population

Il est également indispensable d’être transparent auprès de la population environnante. Ainsi, des portes ouvertes sont pour lui « juste essentielles ». « Il faut être très vigilant en périphérie de village pour que le regard des gens ne dérape pas. Il faut être très réactif afin de montrer que cela s’intègre bien dans le paysage, tant d’un point de vue visuel qu’olfactif. » Philippe Meinrad confirme : « Des fois, on se dit qu’on devrait faire plus de portes ouvertes. Les gens ne savent pas et ne se rendent pas compte de ce qu’on est capable de faire. Mais c’est vrai qu’on est tellement pris dans notre quotidien qu’on ne prend pas assez le temps de le dire. » Michel Busch invite aussi à être « vigilant » sur l’épandage de digestat issu de la méthanisation. « Il ne faut pas tomber dans une situation complexe par rapport à la qualité de l’eau. Ce digestat doit être épandu en toute transparence afin de ne pas avoir de souci par rapport à des zones d’eau potable. » Enfin, les représentants agricoles présents à cette table ronde insistent sur un point préalable à toute construction de méthaniseur agricole, ou en lien avec l’agriculture : la disponibilité des matières premières. « Tout projet doit être construit en fonction de ça. Si on ne peut pas alimenter le méthaniseur, en quelques mois, il est mort. Et un petit projet, c’est entre trois et quatre millions d’euros, ce n’est pas neutre. D’où l’intérêt de construire des partenariats avec lucidité », prévient le directeur de la FDSEA 68.

Des bénéfices environnementaux et économiques

Monter un projet qui tienne la route est d’autant plus pertinent quand on liste les avantages listés par Michel Busch procurés par les méthaniseurs agricoles : permettre au Haut-Rhin d’avoir son autonomie énergétique par rapport au gaz, maintenir une diversité de paysage en maintenant une agriculture sur tous les terroirs, permettre aux éleveurs de valoriser leurs fumiers et lisiers, apporter une nouvelle rémunération aux exploitants et être moins dépendant de la volatilité des marchés, valoriser des cultures bas intrants et ainsi apporter une solution supplémentaire aux problématiques liées à la qualité de l’eau… Une liste non exhaustive complétée par Philippe Meinrad, alimentée par sept années de production de biogaz. « Il y a un avantage environnemental certain étant donné qu’on valorise les déchets organiques. Il y a aussi un réel intérêt économique. Dans notre cas, la chaleur qu’on fournit au casino Barrière leur coûte trois fois moins cher que du gaz normal. Inévitablement, des économies vont se mettre en place étant donné que c’est une énergie qui a vocation à être utilisée localement. Enfin, je constate que ce méthaniseur a permis à mon exploitation d’être bien plus pérenne qu’avant. Nous avons déjà créé dix emplois sur le site, et nous sommes bien plus à l’aise avec les personnes de notre territoire étant donné qu’on leur apporte une solution. »

Ordre du Mérite agricole

Trois nouveaux chevaliers et un officier

Vie professionnelle

Publié le 08/11/2018

Quatre « poireaux » ont été remis lors d’une cérémonie organisée à la Maison de l’agriculture, à Sainte-Croix-en-Plaine. C’est tout d’abord Marie-Cécile Claudepierre qui a reçu sa médaille de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole des mains du président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Laurent Wendlinger. Élue à la CAA depuis 2013, Marie-Cécile Claudepierre est engagée depuis près de 40 ans dans l’agriculture. Après avoir travaillé sur l’exploitation familiale, elle reprend, en 1984, la ferme de ses beaux-parents au côté de Gérard, son époux. Une exploitation située à 900 mètres d’altitude, au lieu-dit Faurupt, près du Bonhomme. Partis avec 12 vaches, 8 génisses et 16 hectares, Marie-Cécile et Gérard Claudepierre agrandissent progressivement leur ferme et se spécialisent exclusivement dans la vente directe en 1998. Aujourd’hui, leur cheptel compte 28 vaches laitières et 25 génisses pour une surface exploitée de 74 ha et une production laitière de 170 000 litres, transformée intégralement à la ferme. Leurs produits (tommes et munsters au lait cru) sont vendus en France et à l’étranger, principalement chez des fromagers affineurs (fromagerie Saint-Nicolas à Colmar, fromagerie Tourrette à Strasbourg, ainsi qu’une vingtaine de références à Paris), mais aussi au marché Saint-Joseph de Colmar. Marie-Cécile et Gérard Claudepierre sont parents de trois enfants et grands-parents d’une petite fille née en 2017.

« Un des piliers »

Laurent Wendlinger a ensuite décoré Danielle Bras, agricultrice à Roggenhouse et vice-présidente de la CAA depuis les dernières élections, en 2013, et élue à la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est (Crage), de la médaille de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole. « Lorsque je t’ai sollicitée pour faire partie de mon équipe, tu t’es interrogée. Tu étais inquiète de ne pas être à la hauteur face aux enjeux, face aux responsabilités agricoles que tu découvrais. Aujourd’hui, je peux dire que tu nous l’as bien rendu. Tu es l’un des piliers de notre Chambre d'agriculture d’Alsace. Ton engagement sur les différents dossiers est salué par l’ensemble des acteurs et partenaires avec qui tu œuvres au quotidien », témoigne le président de la CAA. Cela fait dix ans que Danielle Bras pérennise l’exploitation familiale au côté de son époux, Reinhardt, lui-même fils d’agriculteurs basés en Basse-Saxe, à la frontière hollandaise. Ce parcours agricole, « qui ne fait que commencer », fait suite à une première expérience professionnelle en tant qu’aromaticienne dans un laboratoire de recherche et développement dans l’industrie alimentaire. Danielle Bras a par la suite été responsable du laboratoire de contrôle qualité dans le domaine des molécules aromatiques et de la parfumerie au sein de l’entreprise BASF. À la Chambre d'agriculture, Danielle Bras assure la présidence des filières végétales. Elle représente également la profession agricole à l’Institut transfrontalier d’application et de développement agronomique (Itada). Avant elle, son père, Antoine, et son oncle, Pierre, « reconnus en leur temps pour leur implication dans l’agriculture et la viticulture », avaient déjà été décorés du fameux « poireau ».

Créateur de logiciels

L’ancien directeur de la Chambre d'agriculture du Haut-Rhin, Aimé Lichtenberger, a pris le relais de son ancien président pour remettre l’insigne de chevalier dans l’ordre du Mérite agricole à Joël Janoty, actuel responsable du système d’information à la Crage et directeur des fonctions supports. Originaire de Gap, rien ne prédestinait Joël Janoty à servir le monde agricole. Diplômé en informatique, il démarre sa carrière professionnelle en tant que technico-commercial dans ce domaine de 1990 à 1996 dans sa région natale. Cette même année, il rejoint la Chambre d'agriculture du Haut-Rhin pour occuper le poste de responsable du système d’information. Au fil des années, il se révèle être un « pédagogue exceptionnel, captivant parce que toujours enthousiaste ». Il n’a de cesse de créer de nouveaux logiciels, dont celui dédié à la gestion commerciale des viticulteurs Winviti. À partir de 2011, il œuvre au profit du réseau national des Chambres d’agriculture en tant que chef de projet technique SIRH. Il encadre, pour le compte de la CAA, une équipe pluridisciplinaire de 14 collaborateurs dans le cadre de l’agrégation des systèmes d’information des Chambres d’agriculture. Il intègre la Crage en 2016 et s’apprête à poursuivre son évolution professionnelle. Le 1er janvier 2019, il rejoindra l’APCA au sein de la Direction nationale des systèmes d’information. Outre sa passion pour l’informatique, Joël Janoty est également un sportif hors pair, excellent nageur, marcheur et cycliste mais aussi « brillant » volleyeur, et adepte des manifestations sportives à vocation caritative. Une activité qu’il partage avec son épouse, Soizick. Il est également père de deux garçons.

« Une marque de reconnaissance, voire d’appartenance »

Décoré chevalier en 2000, Jean Deffinis a été promu au grade d’officier dans l’ordre du Mérite agricole par le secrétaire général de la préfecture du Haut-Rhin, Christophe Marx. Bien connu dans le monde agricole, Jean Deffinis, est actuellement adjoint au chef du bureau Nature, Chasse et Forêt, à la direction départementale des Territoires (DDT) du Haut-Rhin. Il assure la mise en œuvre des mesures de protection et de développement de la forêt, en particulier l’analyse des conditions de retour à l’équilibre agro-sylvo-cynégétique, tout en assurant l’intérim des fonctions d’adjoint au chef du service agriculture et développement rural. Avant d’intégrer la DDT en 2010, Jean Deffinis a eu un riche parcours professionnel. Il démarre en 1979 au sein de l’antenne départementale de la protection des végétaux d’Annemasse, en Haute-Savoie. En 1983, il revient sur sa terre natale alsacienne en tant que chargé de diagnostics et détection phytopathologique à l’antenne départementale de la protection des végétaux à Colmar. En 1989, il intègre le service agricole de la direction départementale de l’Agriculture et de la Forêt du Haut-Rhin où il est chargé de la mise en œuvre de la politique des aides aux agriculteurs. En 1992, il est promu technicien supérieur de l’agriculture et prend en charge le déploiement dans le Haut-Rhin de la mise en place de l’importante réforme de la Pac. Il poursuit son évolution de carrière jusqu’en 2010 où il intègre la DDT du Haut-Rhin lors de sa création. En tant que chef du bureau des aides directes et des filières végétales, Jean Deffinis « fait preuve d’un sens marqué de l’analyse de situations complexes ». Il devient l’interlocuteur privilégié de la Draaf, des services de l’État et de la profession agricole. « Vous êtes clairement identifié par le préfet et le DDT comme un référent solide du domaine agricole », souligne Christophe Marx. En 2014, Jean Deffinis ajoute la fonction d’adjoint au chef du service agriculture et développement rural. Un poste « exigeant » avec de nombreux défis à relever, comme la mise en œuvre de TelePac et la gestion du traitement des 57 000 anomalies liées au Registre parcellaire graphique. Et c’est en juillet 2017 qu’il intègre la fonction qu’il occupe actuellement. Au côté de son épouse, Jean Deffinis a tenu à remercier la profession agricole pour avoir proposé d’associer sa remise de médaille à celle de ses homologues du monde agricole. « Pour moi, c’est une marque de reconnaissance, voire d’appartenance à la grande communauté des agriculteurs. »

Samuel Germain, éleveur vosgien de Salers

La « première fois » dans le Sundgau

Élevage

Publié le 26/10/2018

À 36 ans, ça sera sa « première fois » dans le Sundgau. Dimanche prochain, Samuel Germain, éleveur de vaches salers à Hadol, dans le département des Vosges, va découvrir la saveur du concours de Habsheim. « Si on veut rencontrer des gens, cela reste la meilleure solution. Dans mon département, il n’y a pas vraiment d’événement équivalent », explique-t-il. La décision de venir dans le Haut-Rhin pour confronter ses trois génisses - Nuance, Nicotine, Nouba - à celles de ses homologues alsaciens est très récente. « J’ai rejoint le herd-book Salers cette année. Le technicien nous a alors demandés si un concours pouvait nous intéresser. » Sa compagne Amélie, amoureuse des animaux, est partante. Lui voit dans ce concours l’opportunité de se créer des contacts pour développer la génétique de son troupeau de 22 Salers. « Je mise un peu sur le sans cornes pour me développer. À Habsheim, je pourrai me faire connaître et comparer mes bêtes avec celles des autres », souligne-t-il.

Des premières friches à la vente directe

Cet attrait pour les vaches Salers est assez récent dans la vie de Samuel Germain. Cela fait seulement quatre ans qu’il a créé son activité agricole en parallèle de son emploi de maçon. Mais maçon principalement dans le domaine agricole. Du coup, il a toujours plus ou moins gardé un pied dans un univers qu’il côtoyait déjà enfant aux côtés de son grand-père. « J’aimais beaucoup l’époque de la fenaison », se souvient-il avec un brin de nostalgie. Lorsqu’il reprend les douze hectares de terrain qui appartenaient à son grand-père, il a du tout reprendre de zéro. Si le foncier était resté dans la famille, il n’était plus exploité depuis un certain temps déjà. Il défriche alors les parcelles qui en ont le plus besoin et investit dans quatre vaches Salers. « Pour des raisons de facilité, j’ai préféré partir sur une race allaitante. Il y a bien moins de contraintes qu’en élevage laitier. Et puis la Salers est une race rustique qui a une bonne tête je trouve. » Petit à petit, son cheptel augmente pour atteindre son niveau actuel. Il valorise ses bêtes par la vente directe en caissettes uniquement. « J’aime cette relation sans intermédiaire avec le consommateur. On voit qu’il est content. Du coup, c’est très encourageant. » Cette façon de faire lui assure aussi un excellent bouche-à-oreille. Il reçoit d’ailleurs tellement de demandes qu’il peine à satisfaire tout le monde. À l’avenir, il souhaite se diversifier encore plus dans la vente directe tout en diminuant son activité de maçonnerie. En attendant, il compte bien faire « du mieux qu’il peut » pour figurer dignement sur le ring de Habsheim. Pour y arriver, il a sa recette. « Les animaux, c’est comme les gens. Si on s’en occupe bien, ça va. » Et puis le ring, il connaît déjà un peu pour avoir participé à un concours de Vosgiennes lors de son stage. Place maintenant à l’euphorie de l’emblématique concours bovin sundgauvien.

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