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Nicolas Bernard

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Chambre d'agriculture d’Alsace

Donner un « nouvel élan »

Vie professionnelle

Publié le 16/03/2018

Laurent Wendlinger en est persuadé : « Il y a dans nos territoires un potentiel de développement de la filière ovine, notamment dans le Haut-Rhin. Dans le Bas-Rhin, des choses ont été faites, notamment avec l’association Agneau Terroir d’Alsace. Dans le Haut-Rhin, je suis convaincu qu’il y a des choses à faire. » Créée en 2012, la marque Agneau Terroir d’Alsace regroupe 18 producteurs, dont un seul Haut-Rhinois, basé à Masevaux. D’où l’éventualité, dans l’esprit de Laurent Wendlinger, de capitaliser sur la dynamique des jeunes producteurs alsaciens d’ovins qui se sont récemment démarqués au Salon international de l’agriculture de Paris. « Une jeune génération est en train de prendre le relais. Ne faudrait-il pas miser sur elle pour donner un nouvel élan à la filière ovine alsacienne ? », s’interroge-t-il. D’autant plus que l’Alsace dispose aujourd’hui d’un potentiel bien réel à ses yeux. « Nous sommes confrontés à une situation atypique en Alsace puisqu’il y a beaucoup de très petits producteurs de viande ovine qu’ils valorisent dans un cercle restreint. Seuls quelques éleveurs sont organisés. » S’il reconnaît que les choses « se passent plutôt bien » pour ceux qui sont déjà installés, il se demande s’il ne faudrait pas créer un « effet de groupe » pour celles et ceux qui souhaiteraient se lancer dans l’aventure. À ses yeux, plusieurs arguments plaident en faveur d’une structuration d’une filière ovine dans le Haut-Rhin : une demande locale forte liée, entre autres, à la consommation de la population maghrébine, la présence de l’abattoir de Cernay et, surtout, cela pourrait constituer une « solution territoriale », à la fois économique et environnementale, dans les secteurs où la valorisation de l’herbe va devenir de plus en plus importante, comme les zones où la qualité de l’eau « pose problème ». À l’image des yaourts A Guëter, l’idée serait de développer une « production locale avec une image locale ». Contrairement à d’autres départements du Grand Est où la filière ovine est un peu plus développée (comme les Ardennes par exemple), cette production haut-rhinoise « structurée » et « qualitative » ne serait pas intégrée aux marchés classiques, et pourrait bénéficier d’une valorisation économique bien plus intéressante pour l’éleveur. « De toute manière, on ne va pas faire demain des dizaines de milliers d’ovins en Alsace. Mais je pense qu’on peut développer quelque chose dans le Haut-Rhin, en trouvant dix ou vingt bouchers prêts à valoriser deux ou trois agneaux par semaine, à l’image de ce qui a été développé dans le Bas-Rhin », souligne Laurent Wendlinger. D’autant plus que les éleveurs qui souhaiteraient se lancer dans cette filière bénéficieraient d’une aide non négligeable de la Région Grand Est. Le 6 mars, la collectivité présidée par Jean Rottner a signé un contrat pour accompagner les éleveurs dans l’achat de génétique. « On a transposé en Alsace ce qui se faisait dans le département des Ardennes. Désormais, un éleveur ovin qui souhaiterait améliorer la qualité de sa viande aura plus de facilités à le faire. » Sans compter que le savoir-faire des autres départements du Grand Est en matière d’élevage d’ovin est aussi accessible aux éleveurs alsaciens. « À la Chambre d'agriculture d’Alsace, nous avons maintenant un technicien qui est en réseau permanent avec les techniciens des autres Chambres d’agriculture de notre région. C’est une dynamique supplémentaire sur laquelle on peut aussi s’appuyer. »

Confrérie Saint-Étienne

Un millésime 2018 empreint de féminité

Vigne

Publié le 14/03/2018

En 2018, la féminité reprend le pouvoir à la confrérie Saint-Étienne. Neuf ans après Cécile Bernhard-Reibel, première femme Grand Maître de l’institution recréée en 1947, Martine Becker, viticultrice à Zellenberg s’apprête à prendre le relais de Pascal Schultz, Grand Maître de la confrérie en 2017. Si l’intronisation a lieu le 23 mars, la confrérie Saint-Étienne a souhaité profiter de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars, pour officialiser ce passage de témoin avec la presse.

Continuer l’ouverture à l’international

L’occasion aussi pour Pascal Schultz de faire un bilan de son mandat marqué par le 70e anniversaire de la confrérie Saint-Étienne et l’ouverture à l’international qui sera plus que jamais à l’ordre du jour en 2018-2019. Des chapitres exceptionnels sont d’ores et déjà prévus à Amsterdam, Dublin (où une section a été créée l’an passé), Bruxelles, Cologne, Varberg (Suède) et peut-être aux États-Unis (Texas et/ou Californie), Berlin et Londres. Pour accompagner ce développement vers les pays étrangers, David Ling, membre du conseil restreint et Grand Maître 2016, a été nommé « conseiller en charge de relations internationales ». Né au pays de Shakespeare, il dispose d’un tissu relationnel « considérable » de l’autre côté de la Manche, ce qui constitue « un plus » aux yeux de Pascal Schultz pour le développement de la confrérie et de l’image des vins d’Alsace à l’étranger.

« En 2017, on est monté d’un cran vers l’aréopage international. Lors de notre vente aux enchères, des Singapouriens et des Anglais ont acheté des vins alsaciens à des prix inconnus dans notre vignoble », se félicite Pascal Schultz. En réussissant ce type d’opérations, la confrérie Saint-Étienne concrétise sa mission première : « la communication prestigieuse des vins d’Alsace », rappelle le Chancelier-Receveur, Jean-Paul Goulby.

Une confrérie qui se féminise

Pour autant, il reste des « progrès à faire » que ce soit pour la partie internationale ou pour la partie communication, sur les réseaux sociaux notamment. « Notre château a besoin de visibilité et doit continuer à s’ouvrir à un public plus large », complète Christian Beyer, Major 2017 de la confrérie Saint-Étienne. Lui aussi passe le flambeau puisque c’est Ignace Kuehn, viticulteur à Kientzheim, qui assurera la fonction de major jusqu’à laisser la place à son tour à Céline Stentz, de Wettolsheim, en 2019. La féminisation de la confrérie Saint-Étienne va se poursuivre, pour le plus grand plaisir de Pascal Schultz. « Il a fallu attendre neuf ans pour qu’une femme soit à nouveau à la tête de la confrérie Saint-Étienne. J’espère qu’il ne faudra pas attendre aussi longtemps la prochaine fois. Les femmes sont de plus en plus présentes et investies dans notre vignoble, c’est une excellente chose pour notre confrérie. »

Qu’elles soient ambassadrices, comme la reine des vins d’Alsace et ses dauphines, ou davantage productrices, comme de nombreuses DiVINes, ces Alsaciennes qui s’investissent chaque jour pour le vignoble alsacien sont un reflet d’une évolution sociétale pas seulement française, mais bien internationale. C’est ce qu’a pu constater le délégué général de la confrérie Saint-Étienne, Éric Fargeas. « Lors du dernier chapitre que nous avons organisé en Suède, la moitié des personnes présentes était des femmes. Lors du dernier chapitre organisé à Kientzheim, trois femmes sont rentrées dans le Conseil des jeunes, et une femme a intégré le Grand Conseil. » À l’heure actuelle, une dizaine de femmes font partie de ce Grand Conseil qui compte une centaine de personnes. En 1978, année où Martine Becker a fait ses premiers pas au sein de la confrérie, une telle perspective semblait bien lointaine. « À cette époque, ce sont les hommes qui passaient d’abord leurs grades. Leurs épouses suivaient éventuellement après si elles en avaient envie. Aujourd’hui, les couples sont plus fusionnels. Les époux passent leurs grades ensemble que ce soit ici à Kientzheim ou lors des chapitres que nous organisons dans d’autres pays. »

L’intérêt des femmes pour le vin a évolué dans la société depuis plusieurs années. Si, globalement, la consommation baisse en France, celle des femmes augmente. Qu’il semble loin le temps où l’on pouvait entendre « ah non, ce n’est pas pour les femmes ». « Quand je disais que je voulais passer mon diplôme de dégustateur professionnel, ma mère me disait ça. Cela m’a motivé pour y aller et m’investir dans la viticulture », témoigne Martine Becker. Alors quand l’occasion s’est présentée d’intégrer la confrérie Saint-Étienne, elle n’a pas hésité. Quarante années plus tard, la voilà Grand Maître pour un mandat pendant lequel elle entend mettre, à sa manière, la gent féminine en avant. Le 22 septembre, le chapitre solennel « La Confrérie se met au vert » mettra en lumière les talents de Martine Holveck, cheffe et traiteur bio, et le 20 octobre, le chapitre solennel « Femme, femme, femmes » sera animé par la cheffe Michaela Peters et les DiVINes d’Alsace.

Le vignoble alsacien face aux changements climatiques

« On fera toujours du vin en 2100 »

Vigne

Publié le 14/03/2018

Parlera-t-on, un jour, du cabernet sauvignon d’Alsace ? Star - entre autres - du vignoble bordelais, ce cépage mondialement connu viendra-t-il prendre la place d’un riesling contraint de déménager sous les effets de la chaleur ? Pour une grande majorité de prescripteurs du vignoble alsacien, une telle perspective est, à n’en pas douter, une option qu’ils préféreraient ne pas envisager. L’Alsace perdrait là sa typicité qui fait d’elle une région mondialement connue pour la qualité de ses vins blancs.

Aujourd’hui, 10 % des rieslings produits dans le monde proviennent des coteaux bas-rhinois et haut-rhinois. Pour un aussi petit vignoble d’un point de vue géographique, la performance est assez remarquable. Mais pourra-t-elle être durable face à des changements climatiques qui génèrent plus d’incertitudes que de certitudes ? Est-ce qu’avec l’augmentation annoncée des températures, le vin d’Alsace existera toujours dans 50, 100 ou 200 ans ? Des questions qu’a voulu soulever la confrérie Saint-Étienne le 23 février dernier en invitant des spécialistes à venir s’exprimer sur le sujet. C’était la quatrième et dernière conférence organisée dans le cadre des 70 ans de la confrérie célébrés en 2017.

Vers un phénomène de « double peine »

Chiffres et courbes à l’appui, Frédérique Pelsy, présidente du centre Inra de Colmar, a mis évidence ce que le président de la première puissance mondiale ne veut (ou ne peut ?) pas reconnaître : le changement progressif du climat, année après année. Et si les augmentations de température sont aujourd’hui vues avec méfiance en Alsace, cela n’a pas toujours été le cas, comme elle a tenu à le souligner. « Dans les années 1970, les conditions climatiques ont évolué favorablement pour le vignoble alsacien : les conditions de maturation sont devenues bien meilleures, la qualité sanitaire lors de la vendange a été améliorée et, de manière générale, on a de meilleurs millésimes depuis cette époque. A contrario, on a constaté une augmentation de la teneur en alcool et du pH, et donc une diminution de l’acidité, de la fraîcheur et de la typicité. » Sous les effets du changement climatique, les vignerons alsaciens ont progressivement vu leurs dates de vendanges avancer. Depuis 1983, elles reculent de manière régulière. En 35 ans, la date moyenne de vendange a été avancée de 27 jours. Deuxième constatation : au 16 septembre de chaque année, on note une augmentation constante de la quantité d’alcool. Ainsi, la production alsacienne a gagné 5° alcooliques depuis 1965.

Les agriculteurs et les viticulteurs peuvent constater que la satisfaction en eau de leurs plantes est en constante diminution. Ce qui incite d’ailleurs de nombreux syndicats viticoles alsaciens à envisager - ou à espérer - l’usage de l’irrigation dans leurs vignes dans un futur plus ou moins proche. En attendant ce futur pour le moment hypothétique, le raisin subit de plein fouet ces changements climatiques dont l’un est particulièrement problématique : la précocité toujours plus grande de la véraison. Une « étape cruciale », comme le rappelle Frédérique Pelsy. « Du coup, on se retrouve avec une dégradation des acides et un démarrage de la production de sucre plus précoces. » Si la température estivale continue d’augmenter, la période de maturation du raisin va se décaler vers la période la plus chaude. Une tendance qui pourrait s’accroître à l’horizon 2100 au vu des estimations actuelles. « On se dirige vers un phénomène de double peine où deux mécanismes s’associent pour que la maturation du raisin soit de plus en plus contrainte par la température. »

De la stratégie « conservatrice » à la stratégie « libérale »

La question est maintenant de savoir comment la viticulture va pouvoir s’adapter à ces évolutions. C’est dans ce cadre qu’a été lancée la prospective Laccave, un projet piloté par l’Inra qui a pour but d’étudier les stratégies d’adaptation au changement climatique de la viticulture et de l’industrie du vin sur le long terme en France. Cette prospective a été déterminée par deux possibilités : celle de l’évolution/innovation, et celle de faire appel au déplacement. En combinant ces deux facteurs à plus ou moins grande échelle, les chercheurs qui ont travaillé à l’élaboration de cette prospective Laccave ont abouti à quatre stratégies de développement « possible » pour le vignoble alsacien. Elles ont été présentées le 6 décembre en Alsace en présence de nombreux professionnels de la filière.

La première stratégie dite « conservatrice » consiste à développer une viticulture « innovante » tout en restant dans un cadre conservateur. « Il peut y avoir une évolution du choix des porte-greffe tout en restant toujours dans un cépage connu et apprécié, il y a éventuellement la possibilité de modifier la densité de plantation, ou encore de développer des pratiques correctrices pour maintenir le profil gustatif et aromatique des vins », détaille Frédérique Pelsy. Dans la stratégie plus innovante, on trouve l’utilisation de nouveaux cépages, comme la syrah, ou des variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium, et l’installation de panneaux solaires directement au-dessus des vignes. « Cela permettrait de rafraîchir les plantes au-dessous et de diminuer la demande en eau en plus de produire de l’électricité », explique la présidente du centre Inra de Colmar. Il y a ensuite la stratégie dite « nomade » qui consiste à cultiver des vignes dans des zones géographiques jusqu’alors inadaptées. Pour illustrer son propos, Frédérique Pelsy prend l’exemple du vignoble anglais qui se développe, en particulier grâce à des maisons de Champagne qui achètent des terrains là-bas. « Et avec un succès qui n’est pas démenti jusqu’à maintenant puisque des vins effervescents ont récemment battu des champagnes lors d’une dégustation à l’aveugle organisée à Paris. » Enfin vient la stratégie dite « libérale » où concrètement tout devient possible. « Cela ouvre un champ de possibilités dans lequel vous pouvez faire le vin dont vous avez toujours rêvé, à l’endroit où vous le souhaitez. »

Sans surprise, cette dernière option n’a reçu aucun suffrage des professionnels alsaciens lorsqu’ils ont été invités à donner leur avis sur ces quatre stratégies. « En majorité, ils se sont exprimés en faveur de la stratégie « conservatrice » devant la stratégie « innovante » qui a tout de même recueilli plus de la moitié des votes. En revanche, la stratégie « nomade » qui consisterait à mettre des vignes dans les Vosges n’a pas reçu un écho très favorable. Et je ne parle pas de la stratégie « libérale » qui clairement fait peur en Alsace », commente Frédérique Pelsy.

Comme l’Espagne et le Portugal en 2100

Guillaume Arnold, responsable technique du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) en charge des collections et conservatoire, de la sélection clonale, de la multiplication clonale et des parcelles de comportement, a apporté un regard un peu plus technique sur les incidences du changement climatique pour le vignoble alsacien. Il a tout d’abord corroboré le constat dressé par Frédérique Pelsy quant à l’évolution des températures depuis 40 ans. Parmi les méthodes existantes pour quantifier le réchauffement climatique, il a retenu l’indice héliothermique d’Huglin qui sert de référence dans tous les vignobles français pour pouvoir mettre en relation l’utilisation de certains cépages par rapport aux conditions climatiques d’un vignoble. « Entre 1970 et aujourd’hui, la valeur de cet indice est passé de 1 300 à 2 000. Si l’évolution se poursuit au même rythme, l’indice d’Huglin atteindrait les 2 135 en 2025 et les 3 092 en 2100. »

Parallèlement, il faut l’associer à l’indice de sécheresse, qui sert à évaluer la quantité d’eau disponible utilisable par la plante, et l’indice de fraîcheur des nuits, qui indique la température de l’air du mois de septembre, période pendant laquelle la vigne mûrit. « En combinant ces trois indices, on peut voir où on peut planter la vigne et avec quelles références », souligne Guillaume Arnold. Entre 1975 et 2015, l’indice de sécheresse est passé de 200 à 100 et pourrait descendre à - 91 en 2100. L’évolution de la fraîcheur des nuits est, elle, plus faible. De 9 °C en 1975, on passerait à 11,8 °C en 2100.

Une fois décryptés et analysés, ces chiffres révèlent une chose essentielle : la culture de la vigne ne sera pas compromise en Alsace à l’horizon 2100. « Si l’évolution actuelle se poursuit, on aurait des conditions proches de celles qu’on rencontre aujourd’hui au Portugal et en Espagne. Donc on continuera à faire du vin chez nous, même si des adaptations seront inévitablement nécessaires. » En effet, on ne peut pas dire que le riesling - pour ne citer que lui - est un cépage adapté à ces contrées très ensoleillées. « C’est un cépage qui a du mal à mûrir quand il a soif. Quand il fait trop chaud ou trop sec, ses teneurs en alcool sont trop faibles et obligent à chaptaliser. »

L’avenir du riesling « compromis » sur les sols superficiels

Avec des étés qui sont progressivement toujours un peu plus chauds et un peu plus secs, le riesling aura-t-il toujours sa place en Alsace ? Selon les prospectives présentées par Guillaume Arnold et mettant en avant différents scénarios de stress hydriques jusqu’en 2100, cela dépendra avant toute chose de la nature du sol. « Par rapport aux modèles qu’on a établis et aux essais qu’on a réalisés, notamment sur le Bollenberg où les sols sont peu profonds, l’impact de la contrainte hydrique aura un effet sur le rendement et la qualité en fonction du moment où elle interviendra dans le cycle végétatif de la plante, et du lieu. Clairement, l’avenir de la culture de riesling sur les sols superficiels semble compromis à moyen/long terme. C’est quelque chose qu’il faut avoir à l’esprit dans les choix actuels de plantation. »

En revanche, les risques de contrainte hydrique pré-véraison sur des sols très profonds à grosse réserve utile ne devraient pas être trop impactants, même en 2010. Dans les sols intermédiaires (environ 85 mm de réserve utile), là encore, les risques sont minimes. Par contre, sur les sols les plus superficiels, la contrainte hydrique serait trop marquée au moins une année sur deux et exposerait le riesling à des situations critiques. Le même type de prospective a été fait pour une contrainte hydrique qui arriverait après le stade de la véraison. Dans ce cas de figure, il n’y aurait toujours pas de problèmes pour les sols pourvus d’une grosse réserve utile. La situation deviendrait en revanche un peu plus délicate sur les sols intermédiaires, et extrêmement compliquées dans les sols très superficiels. « En 2100, on n’aurait que sept années sur trente où la vigne ne subirait pas de contrainte hydrique sur ces sols », prévient Guillaume Arnold.

Dans les essais réalisés au Bollenberg, le technicien du Civa s’est rendu compte de l’importante variabilité des rendements obtenus en fonction du porte-greffe et du clone utilisé. « En situation de stress hydrique, on aurait plutôt tendance à privilégier les clones les plus sucrés pour le riesling et des porte-greffe plus adaptés comme le 41B ou le 110R. » Bien sûr, rien n’est figé pour le moment. Ces prospectives sont faites avec les éléments de connaissance actuels. Des évolutions vont encore arriver. « Mais, il est essentiel de prendre en compte ces évolutions climatiques et d’étudier les systèmes qui nous permettront de tamponner au maximum ces changements. Ce qui est certain en revanche, c’est que la viticulture alsacienne n’est pas en voie d’extinction. »

Syndicat viticole de Colmar-Houssen

« Il est temps d’organiser la relève »

Vigne

Publié le 07/03/2018

Après quatorze années passées à la tête du syndicat viticole de Colmar-Houssen, André Ducros se prépare à passer la main « en douceur » au futur vice-président amené à lui succéder. Celui-ci sera nommé dans l’année à venir et secondera André Ducros avant de le remplacer au poste de président. Charge à lui de « pérenniser le dynamisme et l’évolution de notre assemblée ». Âgé de 62 ans depuis quelques semaines, André Ducros vient de faire valoir ses droits à la retraite. La dernière assemblée générale du syndicat qui s’est déroulée le 23 février à la Maison des vins d’Alsace, à Colmar, a été pour lui l’occasion de faire un bilan de sa présidence. « C’était une expérience enrichissante. Et pourtant, je n’étais pas destiné au départ à devenir président d’un syndicat viticole », se souvient-il. À la sortie de ses études en 1975, il envisageait plutôt une carrière dans l’agriculture dans le sud-ouest de la France. « Mais la réalité, très souvent, vous mène à l’opposé des rêves. Et aujourd’hui, je suis un vigneron heureux. J’ai beau regarder derrière moi, il n’y a rien que je regrette. Ma plus grande satisfaction, aujourd’hui, est de voir la relève arriver et s’investir dans la bonne marche de notre syndicat. Les défis à relever sont immenses et nécessiteront un engagement de chacun d’entre vous. »

L’irrigation : un enjeu pour les prochaines décennies

Parmi ces fameux « défis », celui de l’accès à l’eau va clairement être incontournable à ses yeux. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une commission « irrigation » a été créée au sein du syndicat viticole de Colmar-Houssen afin de réfléchir à cette question qui va devenir de plus en plus « problématique » aux yeux d’André Ducros. « On sait bien que l’irrigation finira par être incontournable pour nos vignes. Pas demain c’est sûr. Mais d’ici dix, vingt, ou trente ans, cela me semble inévitable. Nous allons devoir faire rentrer dans les esprits que l’irrigation n’est pas là pour gonfler nos rendements, mais bien pour sécuriser nos vignes et ne pas les laisser mourir. » André Ducros en est d’autant plus persuadé que c’est une pratique qui se « fait énormément » dans le sud de la France. « Le réchauffement climatique, qu’on le veuille ou non, on voit bien qu’il existe. Cela fait plusieurs années que nos vignes souffrent. Si on continue comme cela, on ne pourra plus tenir. Encore plus sur la Harth de Colmar où les sols sont plus légers que sur les coteaux. Alors, c’est un dossier qui va prendre un certain temps pour évoluer. Il faut faire évoluer les cahiers de charges et que l’INAO donne son accord. La réflexion est en cours dans plusieurs syndicats viticoles alsaciens, dont le nôtre. »

« Finies les années fastes »

Les bouleversements climatiques représentent à n’en pas douter un enjeu primordial pour la pérennité du vignoble alsacien. Et si les épisodes de sécheresse pourraient être compensées par l’irrigation quand les conditions le permettent, la problématique n’est pas la même face aux épisodes de gel dévastateurs. Comme on a pu le voir lors des gels d’avril 2017, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Si le secteur de Bennwihr et Sigolsheim a été particulièrement meurtri, celui de la Harth de Colmar situé juste à côté a été « relativement épargné » aux yeux d’André Ducros. « On a eu en moyenne 40 % de dégâts, on s’en tire pas mal. On a 60 ha touchés à moins 10 %, un peu plus de 200 ha touchés entre 30 et 50 % et une toute petite partie a été touchée à plus de 50 %. Ce qui est étonnant, c’est que le secteur proche des bâtiments Liebherr, connu pour sa sensibilité récurrente aux gelées, a été plutôt épargné. » Pour le président du syndicat viticole de Colmar-Houssen, cet épisode prouve que la nature « n’est pas domptable » et que rien n’est jamais « acquis » ou « intangible ». « Cela nous rappelle que nous sortons de trente années fastes au cours desquelles nous n’avions pas ou peu de problèmes de rendement et très peu d’aléas climatiques. C’est terminé aujourd’hui. » Finies aussi les vendanges qui démarrent trop tard pour le secteur de la Harth colmarienne. « Depuis la dernière récolte, on se cale sur les régions précoces et non plus sur les régions tardives. Ça faisait longtemps qu’on se battait là-dessus et l’Ava a fini par évoluer favorablement en ce sens. Du coup, on n’a plus de problème et on s’est rendu compte que les vendanges se sont bien passées pour tout le monde. Il n’y a pas eu d’abus de quelque sorte. C’est un dossier qui est aujourd’hui réglé et bien réglé », se félicite André Ducros.

Journée installation JA

« S’installer, c’est un projet de vie »

Vie professionnelle

Publié le 07/03/2018

Entre les bancs de l’école et la concrétisation d’un projet professionnel, l’écart peut souvent être gigantesque. En agriculture et en viticulture peut-être encore plus qu’ailleurs. Certes, la passion du métier, du terroir, de la nature et des animaux aide énormément. Mais pour l’assouvir pleinement, il vaut mieux être vraiment prêt, et avoir pris le temps de s’installer de la meilleure manière possible. C’est pour cette raison que les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin et la Chambre d'agriculture d’Alsace organisent chaque une journée consacrée à l’installation afin d’expliquer à ceux qui sont encore sur les bancs de l’école, ou ceux qui rêvent d’une reconversion professionnelle, les étapes à suivre et les écueils à éviter. Et quoi de mieux finalement que d’écouter attentivement les témoignages de jeunes fraîchement installés, histoire d’avoir un recul un peu moins théorique sur la question.

La passion comme moteur

Ce vendredi 23 février, ils sont quatre à avoir répondu au jeu des questions-réponses dans l’amphithéâtre du lycée agricole de Rouffach : Pierre Meyer, installé depuis 2013 à Dessenheim hors cadre familial en tant que céréalier ; Patrick Meyer, installé depuis 2012 à Rixheim sur l’exploitation familiale en céréales et maraîchage ; Pierre-Luc Tischmacher, installé depuis 2017 à Lautenbach hors cadre familial en élevage bovin bio ; et Gilles Lichtle, installé depuis 2013 à Rouffach et coopérateur à la Cave des vignerons de Pfaffenheim. Quatre profils différents, mais quatre raisons communes de se lancer dans le métier, enfin presque. Pour Pierre Meyer, Patrick Meyer et Pierre-Luc Tischmacher, la passion est venue en côtoyant depuis tout petit cet univers au contact des parents ou des grands-parents. Gilles Lichtle est le seul à ne pas avoir grandi dans une exploitation. Il y avait bien du foncier disponible dans sa famille, mais son père n’a pas repris. Il a d’abord démarré sa vie professionnelle en tant que salarié de diverses entreprises agricoles. « Et au bout d’un moment, si je voulais progresser, je n’avais plus qu’une solution : me mettre à mon compte. » Gilles Lichtle se lance alors dans l’aventure en reprenant le foncier toujours en possession de ses grands-parents. La passion est ensuite venue progressivement. Aussi essentiel soit-il, ce paramètre n’a pas été la seule source de motivation pour Pierre Meyer ou pour Pierre-Luc Tischmacher. Tous deux ont été motivés par la perspective d’être « relativement indépendant » et d’apprendre à se débrouiller en cas de problème. « C’est très épanouissant d’avoir une entreprise agricole », estime le jeune céréalier de Dessenheim.

« Ouvrez-vous l’esprit »

Comme évoqué en préambule, les compétences de l’agriculteur d’aujourd’hui sont devenues très vastes et pointues. Et elles ne s’arrêtent aux bancs de l’école, bien au contraire. Après avoir déroché son BTS Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole (ACSE) à Obernai, Pierre Meyer est parti d’Alsace pour « découvrir ce qui se faisait ailleurs ». « ON voit d’autres agriculteurs, d’autres manières de faire. Chez nous, on pense souvent que l’herbe est plus verte ailleurs. Et puis quand on change de pays, on se rend compte que les agriculteurs se disent la même chose. Ils ont aussi leurs problèmes. Du coup, on entrevoit nos problèmes avec une autre perspective. » C’est ce qui est arrivé également à Pierre-Luc Tischmacher. Après un BTS ACSE et une licence en conduite d’élevage laitier à Besançon, il met le cap vers le Canada. Il y découvre un « autre univers » et un autre style de vie. Une expérience parfois harassante au vu de la charge de travail qui lui était demandée mais qu’il ne regrette pour rien au monde. « Si j’ai un conseil à donner aux plus jeunes : partez, ayez de la curiosité et essayez de découvrir plein de choses. » Gilles Lichtle s’est lui arrêté après son Bac Pro Conduite et Gestion de l’Exploitation Agricole, option Vigne et Vin. Un choix qu’il a fini par regretter quelques années plus tard en mesurant ses lacunes. « Si j’avais fait un BTS en plus, cela m’aurait servi à quelque chose », souligne-t-il aujourd’hui. « Mais bon, des formations, on peut en faire en permanence. J’ai la chance de faire partie d’une coop où il y a un suivi et des formations régulières. Même si je ne produis que le raisin, je connais aujourd’hui les différentes étapes de production, jusqu’à la mise en bouteille. » Lui aussi conseille d’aller s’ouvrir l’esprit avant de se mettre à son compte, et pas chez un seul vigneron, qui plus est dans le village d’à côté. « Pour se construire son propre point de vue, je pense qu’il faut tout voir, du vigneron en biodynamie au domaine plus conventionnel. Il ne faut pas hésiter à aller faire un tour dans d’autres vignobles. » Patrick Meyer est le seul qu’il n’ait pas fait de grands stages. Il ne s’est installé qu’une année après l’obtention de son BTS ACSE. Il avait déjà de solides compétences en gestion et commerce grâce au BTS Technico-Commercial qu’il avait décroché en amont à Rouffach. « Du coup, j’ai appris la technique sur le terrain avec de l’aide de techniciens et de collègues. »

Si Patrick Meyer s’est finalement installé rapidement après la fin de ses études, ses homologues restent persuadés qu’il vaut mieux attendre un peu avant de se lancer dans le grand bain. Pierre-Luc Tischmacher est d’ailleurs assez catégorique sur la question : « Je pense que cela devrait être interdit de s’installer dans les cinq années qui suivent la sortie de l’école. On n’a rien vu, on n’a pas bourlingué. À vingt ans, on découvre et on prend un peu les choses à la légère. C’est tellement bien de pouvoir partir, de couper le cordon avec sa famille. Il faut affronter des difficultés je pense. C’est trop simple de rester à la maison. » Gilles Lichtle abonde dans le même sens : « Mettez-vous en difficulté, comme ça, vous pouvez voir les extrêmes du métier. Je pense qu’il faut se faire mal pour ensuite vivre plus sereinement certaines difficultés. » Pierre Meyer serait bien parti tenter une expérience aux États-Unis après son BTS s’il n’avait pas été dans l’urgence. « La personne dont je reprenais l’exploitation voulait partir en retraite. Je ne pouvais pas la faire attendre encore un an. C’est pour cela que j’ai fait le maximum de stages après. Mais c’est clair, c’est avant de s’installer qu’on peut faire le maximum de choses, pas après. »

Premier objectif : dégager un salaire

Avant de se lancer, un futur exploitant agricole doit réfléchir aux objectifs qu’il veut atteindre. Sont-ils réalisables économiquement ? Quels investissements - humains et financiers - vont-ils demander ? Pour Pierre Meyer, le but premier était de pérenniser l’exploitation qu’il reprenait. « Je suis arrivé dans un contexte un peu compliqué, à un moment où la réglementation avait changé la donne concernant la monoculture de maïs. J’ai donc intégré de nouvelles cultures comme le soja et le tournesol semences afin de développer l’exploitation. » Patrick Meyer a lui aussi souhaité pérenniser l’exploitation qu’il reprenait avec l’idée de se diversifier pour rentrer un salaire. « Cela doit être l’objectif numéro un de toute exploitation, il ne faut jamais l’oublier », rappelle-t-il. À la base, il était parti pour écouler toute sa production maraîchère en vente directe via des ventes à la ferme et de paniers Amap. Deux ans plus tard, son frère a souhaité le rejoindre. Ils se sont développés et ont dû revoir les objectifs initiaux. « Le problème de la vente directe, c’est qu’il faut une gamme complète pour en vivre correctement. » Ils décident alors de se spécialiser dans la pomme de terre et la carotte afin d’avoir de plus gros volumes à écouler auprès de la grande distribution. Un choix que Patrick Meyer ne regrette pas et qu’il lui a permis d’embaucher un ouvrier. « Ça nous allège un peu la charge de travail et ça nous permet aussi de souffler. Il ne faut pas oublier de vivre à côté. » Pierre-Luc Tischmacher définit son exploitation comme « atypique ». Il pratique l’élevage extensif sur 190 ha de prairies uniquement. Pour lui, ce système d’élevage est une garantie supplémentaire de la qualité du produit fini. « C’était mon souhait principal », explique-t-il. Le tout vendu en filière courte exclusivement, histoire de conserver un lien permanent avec les consommateurs. Il a d’autres projets en réserve, comme se diversifier avec des élevages de porcs et de volaille bio. « La demande est là », poursuit-il. Pour atteindre ce nouvel objectif, il a comme projet de construire un nouveau bâtiment. Enfin, l’objectif de Gilles Lichtle était tout simplement de créer une entreprise. « J’avais la chance de pouvoir louer le foncier à mes grands-parents. Du coup, il fallait que je réfléchisse à la manière de créer un fonds de roulement pour lancer mon entreprise. » Conscient que produire lui-même des bouteilles en « partant de rien » pouvait lui coûter des millions d’euros, il décide de se concentrer sur la production de raisin en devenant coopérateur de la Cave des vignerons de Pfaffenheim, une « petite structure réputée » qui l’a pleinement intégré.

L’intérêt d’être « accompagné »

« Nous ne sommes pas des super héros. » En une phrase, Pierre-Luc Tischmacher résume une donnée indispensable à avoir à l’esprit pour celui ou celle qui rêverait de devenir agriculteur ou viticulteur : être entouré pendant toutes les étapes de son installation. JA, Chambre d’agriculture, Ciceva, banques, assurances, centres de gestion et comptabilité, chaque organisme a un rôle à jouer dans la vie d’un jeune agriculteur. « Quand on commence à travailler dans le monde agricole, on se rend compte que tout ça, c’est extrêmement important. On vous apporte des méthodes qui nous aident au quotidien. Il faut se sortir de la tête qu’être agriculteur c’est juste être avec son tracteur. Nous sommes entourés pour que tout se passe bien », souligne l’éleveur bovin de Lautenbach. Gilles Lichtle se souvient de l’accompagnement de la Chambre d’agriculture qui a été essentielle pour lui. « Je me suis lancé dans une galère sans nom au départ. Je ne maîtrisais pas du tout la paperasse. Et puis la banque est un allié vraiment important. Sans elle, vous n’allez nulle part. Et je pense que c’est essentiel d’avoir un comptable réactif, et pas quelqu’un qui vous réponde trois jours plus tard. » En étant entouré de conseillers aguerris, le futur installé peut mesurer l’ambition qu’il place dans son projet professionnel. « C’est important d’être ambitieux et d’avoir envie de concrétiser des choses qui nous correspondent. Par contre, il ne faut pas être trop ambitieux dans les chiffres. Il vaut mieux être optimiste dans ses projets et pessimistes dans son chiffre d’affaires. Si on est prudent sur point, on a plus de chance de réussir. Et il faut que cela soit bien ficelé et étudié en amont. Cela ne s’improvise pas », reconnaît Pierre Meyer. Et puis il faut voir loin, établir un vrai plan d’entreprise. Où serais-je dans cinq ou dix ans ? « Quand on s’installe, c’est un projet de vie. C’est un engagement qu’on prend. D’où l’importance de bien mûrir son projet », ajoute Pierre-Luc Tischmacher. En étant accompagné et entouré, le jeune agriculteur est aussi plus à même d’affronter les difficultés qui se présentent à lui. Et ce ne sont pas forcément les mêmes en fonction du projet. Pour Pierre Meyer, le principal défi était de sécuriser le foncier. « Quand on est hors cadre familial, les propriétaires ne sont pas obligées de faire un bail au repreneur de l’activité. J’ai dû faire appel à un avocat pour faire valoir mes droits. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas hésiter à aller jusqu’au bout quand des difficultés se dressent devant nous. » Pierre-Luc Tischmacher estime qu’avec une gestion « rigoureuse » des papiers, « ce n’est pas très compliqué ». Pour lui, les difficultés se situent plutôt sur des choses qu’il ne maîtrise pas. « J’ai la volonté et la motivation pour construire un nouveau bâtiment, mais je retrouve face à des blocages réglementaires et politiques. Mais il faut aller au bout des choses. Il faut être pugnace, sinon on n’avance pas. »

À part Pierre-Luc Tischmacher qui s’est installé en 2017, ces jeunes agriculteurs sont aujourd’hui au bout de leur parcours à l’installation qui a duré cinq ans. Les objectifs initiaux ont-ils été atteints ? « Les grands axes ont été réalisés », témoigne Pierre Meyer. « Parmi les projets que j’avais mis en place, un ne s’est pas réalisé, et d’autres, non prévus au départ, se sont rajoutés. » Pour Patrick Meyer, « tout est quasiment en place ». Son projet initial a pas mal évolué depuis installation, le dernier avenant remonte ainsi à 2017. « Mon frère est en cours d’installation et on a encore des projets. » Enfin, le projet imaginé par Gilles Lichtle a « allègrement dépassé » tout ce qui était prévu au départ, à savoir reprendre le foncier et réussir à en vivre. « L’an passé, je l’ai fait évoluer en ajoutant des surfaces. Le seul couac a été la récolte de l’an passé, avec 40 % de raisins en moins. Mais bon, les premières années ont été meilleures que prévu. Et vu que j’ai vu large dès le début, j’ai au final eu de bonnes surprises. »

Marché mondial de maïs

L’importation progresse dans l’UE

Vie professionnelle

Publié le 01/03/2018

En 2017, 1,42 milliard de tonnes de maïs ont été collectées dans le monde pour une consommation s’élevant à 1,68 milliard. « On est dans une situation déficitaire en maïs dans le monde. Pour la première fois depuis trois ans, on voit le stock de report baisser, puisqu’on attend un stock de report de 208 millions de tonnes pour fin juin 2018 », explique Michèle Waegele, responsable de la commercialisation à la Coopérative agricole de céréales (CAC). 40 % des maïs de stock de report sont en Chine, et ne sont donc pas accessibles. Chez les quatre principaux exportateurs de maïs en revanche, il y a encore du stock : 59 millions de tonnes aux États-Unis, 49 millions de tonnes cumulées pour le Brésil et l’Argentine, et deux millions de tonnes en Ukraine. Les États-Unis restent les leaders de l’exportation de maïs (48 % des parts de marché), mais accusent cependant une légère baisse au profit de l’Argentine et du Brésil (plus de 64 % du potentiel de maïs exportable à eux deux). Ce n’est pas dit que cette dynamique restera la même en 2018. Au Brésil, des prévisions font état d’une baisse des surfaces de maïs de 6 % liée à une problématique de retard de collecte du soja et au manque d’attractivité du prix du maïs. Les opérateurs du marché s’inquiètent de ce qui se passe en Argentine en ce moment avec des conditions hydriques et de culture particulièrement mauvaises. De ce fait, les prix du maïs argentin ont bondi ces dernières semaines : + 19 dollars. pour les marchés rapprochés et + 15 dollars pour les marchés éloignés. « Ce qui veut dire que ce n’est plus le maïs le moins cher du monde alors que c’était le cas pendant longtemps. Maintenant, c’est le maïs américain », précise Michèle Waegele.

16 millions de tonnes à l’import, un « record »

En Union européenne, pas d’export de maïs en vue, bien au contraire. Cette année, ce sont 16 millions de tonnes qui sont prévues à l’importation, soit un « record ». Une situation qui bénéficie en premier lieu au maïs brésilien puis au maïs ukrainien. Concernant les prix, le maïs alsacien reste tout simplement le plus cher au monde à 159 euros la tonne. En queue de peloton, il y a le maïs américain à 135 euros la tonne. Puis entre les deux, on trouve le maïs argentin à 144 euros la tonne, le maïs ukrainien à 147 euros et le maïs FOP Bordeaux à 155 euros la tonne. À ces différents prix, il faut ajouter le prix du transport pour arriver à destination : plus 9 euros la tonne pour le maïs transporté sur le Rhin jusqu’à Rotterdam, et plus 13 euros « seulement » en plus pour le maïs ukrainien transporté par bateaux. « Le prix du fret est extrêmement compétitif étant donné qu’il se fait en dollars. Ainsi, un maïs ukrainien vaut au total 157 euros la tonne quand notre maïs coûte au total 168 euros la tonne », souligne Michèle Waegele. Pour le maïs américain, il faut compter 18 euros la tonne pour venir jusqu’en Europe, et 16 euros pour le maïs brésilien, et 19 euros pour le maïs argentin. Pour les prix Fob Rhin de la campagne actuelle, on est dans un marché très linéaire avec très peu d’activité. « Ces dernières semaines, on a tout de même commencé à ressentir une reprise d’activité sur le Rhin avec une appréciation du prix de 2-3 euros. »

Globalement, les perspectives au niveau mondial indiquent une hausse de la production de maïs, notamment au Brésil, en Argentine, en Ukraine, en Russie, au Kazakhstan et en Chine. « On prévoit à peu près 15 millions de tonnes en plus qui devraient être contrebalancées par une hausse de la consommation de 9 millions de tonnes. » En Europe, la situation est différente puisqu’on attend baisse de surface de l’ordre de 6 %, notamment en Espagne, en France, en Autriche, l’Italie et la Roumanie. « C’est dû à un manque d’attractivité du maïs mais aussi à des difficultés d’irrigation. » À moyen terme, plusieurs tendances haussières des prix sont à suivre sur le marché mondial du maïs : conséquences de la météo actuelle en Argentine, quid des semis de maïs au Brésil après soja, dynamisme de la filière éthanol aux États-Unis. Parmi les tendances baissières, on peut citer la parité euro/dollar avec un euro plus fort que l’an passé par rapport à la devise américaine. « Forcément, cela a un impact sur les importations massives étant donné que les contrats se font en dollars. » Autres éléments à surveiller : la reconstitution des stocks américains ainsi que les exportations venues d’Amérique du Sud.

Interview de Gil Rivière-Weckstein

« Les agriculteurs doivent reprendre en main leur communication »

Vie professionnelle

Publié le 28/02/2018

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : C'est quoi « Agriculture et Environnement » ?

 

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Vous dénoncez le marketing fait autour de l’agriculture biologique. C’est à dire ?

 

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Que pensez-vous des critiques émises à l’encontre de l’agriculture conventionnelle quant à l’utilisation de produits phytosanitaires ?

 

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : N’y a-t-il cependant pas eu des excès à moment donné ?

 

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Le monde politique est-il sensible aux informations et arguments que vous mettez en avant dans votre lettre « Agriculture et Environnement » ?

 

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Les perspectives que vous annoncez pour le monde agricole sont plutôt sombres. Y’a-t-il tout de même des raisons d’y croire ?

Compétitivité du maïs français dans un marché mondialisé

« Nous avons des arguments à mettre en avant »

Vie professionnelle

Publié le 28/02/2018

C’est un fait : les surfaces en maïs reculent en France. Le verdissement issu de la Pac, entre autres, est passé par là. Un paradoxe quand on sait que les besoins dans l’Union européenne sont eux en progression. Depuis 2013, ce sont 350 000 ha de maïs grain qui ont disparu dans plusieurs régions françaises. Les perspectives pour 2018 ne sont guère plus réjouissantes pour la filière : une nouvelle baisse de 2 % est annoncée, ce qui ferait baisser la surface totale française sous la barre du 1,3 million d’hectares. Une première. Cette baisse de la production nationale profite aux importations des pays tiers, en premier lieu l’Ukraine qui bénéficie de faibles coûts de transports. Aux Pays-Bas, on peut ajouter le maïs brésilien qui prend de plus en plus de parts de marché. C’est dans ce contexte que se pose la question de la compétitivité du maïs français. Peut-il survivre au sein de cette concurrence féroce ? Et si oui, par quels moyens ? Qu’en est-il réellement des coûts de production dans les autres pays ? Le 22 février, le directeur adjoint de l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), Mathieu Caldumbide, a apporté des éléments de réponse lors de la rencontre « Marchés » organisée par la Coopérative Agricole de Céréales (CAC). Il est tout d’abord revenu sur les études menées par l’AGPM et Arvalis Institut du Végétal pendant trois ans dans une dizaine de fermes françaises. « Nous souhaitions mesurer les coûts de production dans des fermes ayant différents profils, situées dans des zones différentes. Entre la ferme la plus performante et la moins performante, nous obtenons une moyenne de 173 euros de coûts de production », explique Mathieu Caldumbide. Un tiers de ces coûts de production est relatif aux charges d’intrants. On retrouve ensuite la mécanisation, la main-d’œuvre, le séchage et les charges diverses. « Cela nous donne des indications sur les leviers à activer ou non. On se rend compte que les coûts de production sont très variables selon les fermes étudiées. Ils sont notamment très impactés par le rendement. De l’autre côté, les prix de vente ne permettent pas systématiquement de dégager une marge. Forcément, on peut s’interroger sur la pérennité d’un tel système. »

Les autres pays producteurs de maïs ont aussi leurs contraintes

Reste à comparer ces chiffres avec les fermes d’autres pays. Comment font-elles pour produire du maïs avec des prix de marché aussi bas ? Là encore, Arvalis Institut du Végétal a effectué un travail avec des partenaires européens afin d’avoir un regard un peu plus précis sur la situation. À chaque fois, ce sont des fermes performantes qui ont été étudiées. « Ce ne sont pas des cas représentatifs des pays », précise Mathieu Caldumbide. Pour la France, ce sont des exploitations d’Alsace et de la vallée de la Garonne par exemple. Sans surprise, cette étude montre que les coûts de production sont inférieurs que ceux constatés en France : 85 euros au Brésil, 129 euros aux États-Unis ou 86 euros en Ukraine. Comparé aux coûts français, un tel écart semble effectivement ultra-compétitif. Sauf que les prix de vente sont aussi plus faibles. « Du coup, ils n’ont pas forcément de meilleures marges que nous », rassure le directeur adjoint de l’APGM. Ce qui « plombe » les coûts de production français, c’est principalement les charges de mécanisation, de main-d’œuvre, ainsi que les frais de séchage qui sont une particularité qu’on ne retrouve pas dans les autres pays. « En France, on récolte à 27 ou 29 % d’humidité. En Ukraine, c’est à 19 %, et ça baisse jusqu’à 15 % en Roumanie. Au total, cet écart de charge peut représenter une quinzaine d’euros en moyenne à la tonne. » Aux États-Unis, les producteurs de maïs sont pénalisés par le coût important du foncier agricole ; le fermage est actuellement à 450 euros à l’hectare. « On arrive là-bas à des limites de rentabilité, avec des marges proches de zéro, voire carrément négative. Contrairement à chez nous, ils n’ont pas d’aides découplées. En revanche, il y a une politique qui intervient quand les prix descendent en dessous d’un certain seuil. Mais dans l’ensemble, on sent que la situation se tend dans de nombreuses fermes américaines. Ils avaient fortement capitalisé dans les années 2011, 2012 et 2013 lorsque les prix étaient au plus haut. Aujourd’hui, la question de la rentabilité se pose aussi chez eux, quelle que soit la taille de l’exploitation. » Et même si les producteurs américains restent compétitifs sous certains aspects (accès aux biotechnologies ou à des moyens de lutte contre la chrysomèle interdits en Europe), ils restent confrontés à un gros défi : le renouvellement des générations dans le Corn Belt, la « ceinture de maïs » du Midwest américain. « C’est une population rurale et vieillissante. De moins en de moins de jeunes reprennent le flambeau », témoigne Mathieu Caldumbide. En Argentine, la production de maïs bénéficie de pas mal de facteurs positifs pour son développement : faibles coûts de production, plus de taxes à l’exportation comme c’était le cas il y a quelques années encore, volonté politique de développer les infrastructures de transports… « En revanche, l’instabilité politique reste présente dans ce pays, ce qui peut générer des perturbations. » Au Brésil, l’instabilité est plutôt monétaire. Et la culture de maïs, même si elle progresse, affiche à l’heure actuelle des rendements assez faibles (5 tonnes à l’hectare ces dernières années), et ne devrait pas dépasser la culture de soja en termes de surface, qui devrait rester LA culture phare encore plusieurs années en Amérique du Sud. Reste l’Ukraine qui dispose de marchés captifs à proximité, de coûts de production faible, et a de moins en moins de soucis logistiques. « Par contre, le maïs y est aussi la culture qui demande le plus d’investissement, environ 729 dollars à l’hectare. En parallèle, la concurrence avec les oléoprotéagineux va être importante dans les prochaines années », détaille Mathieu Caldumbide.

Du maïs « durable » au « maïs » citoyen

Si l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, il ne faudrait pas non plus qu’elle jaunisse dans notre pays. Au vu des éléments présentés par le directeur adjoint de l’AGPM, les producteurs français ont plusieurs pistes de réflexion à explorer. Sur la mécanisation tout d’abord, il y a des travaux d’optimisation à mener. « Il faut une fiscalité adaptée et non pas qu’une fiscalité incitative à investir dans le matériel. » Sur les intrants, le travail sur le positionnement et la modulation permettraient de devenir plus efficient. Concernant le séchage, la question se pose entre précocification et rendement. « On travaille avec les semenciers pour avoir des variétés plus performantes et plus précoces. Des réflexions sont en cours pour mettre en place des plus des maïs plus adaptés à la parcelle. L’idée serait d’avoir un maïs sur mesure. » Mathieu Caldumbide suggère que les producteurs français « capitalisant » sur leurs forces tout en gardant à l’esprit la nécessité de sécuriser les accès à l’eau. « Il faut qu’on continue à innover, à libérer le potentiel génétique de nos cultures et ce, malgré les distorsions de concurrence que nous subissons. On va jouer avec nos armes, mais on doit améliorer notre productivité. Si on fait sauter cinq euros de droit de douane, c’est un plus. Sur la logistique, il y a encore quelques euros à gagner. Enfin, nous avons tout intérêt à nous positionner sur des marchés premium, là où il y a plus de valeur ajoutée - sans OGM, sans phytos - et sortir des marchés qui ne rémunèrent pas. En amidonnerie ou éthanolerie par exemple, il y a des choses à faire. Il va falloir conserver un contexte européen favorable aux biocarburants, et ne pas offrir notre marché aux États-Unis et au Brésil. Nous devons avoir une politique nationale cohérente, et tout cela dans une société qui change qui attend des choses des agriculteurs. Et même si on pense bien faire les choses, on est dans une société qui nous en demande toujours plus. Il va falloir qu’on engage ce débat, expliquer ce qu’est le maïs, pourquoi on le fait, tout en étant à l’écoute des attentes sociétales. Nous devons passer d’un maïs durable à un maïs citoyen. »

Employeurs de main-d’œuvre agricole

De nouvelles subtilités à connaître

Vie professionnelle

Publié le 22/02/2018

Fini le Tesa, place au nouveau Tesa ! Si l’acronyme reste le même, le contenu évolue. Depuis le 1er janvier 2018, le Titre emploi simplifié agricole est devenu le Titre emploi service agricole. Ce nouveau Tesa reprend à 90 % les dispositions de l’ancien. « Il doit permettre aux petites entreprises agricoles non équipées d’un logiciel de paie ou qui n’ont pas recours à un tiers déclarant, de remplir leurs obligations vis-à-vis de la DSN, Déclaration sociale nominative, effective depuis le 1er janvier 2017 », explique Marie-Ève Schnoebelen, chargée de mission à la Mutualité sociale agricole d’Alsace. Ce nouveau Tesa ne démarrera qu’avec les paies du mois d’avril 2018. Ainsi, les employeurs qui envisagent d’embaucher des salariés à ce moment-là ont jusqu’au 31 mars pour effectuer leur demande d’adhésion. Pendant ce premier trimestre, les employeurs ayant opté pour le nouveau Tesa doivent continuer à utiliser les modalités déclaratives utilisées jusqu’à présent : le Tesa actuel dont l’utilisation est étendue à tous les CDD, quelle que soit la durée, et la déclaration trimestrielle des salaires.

À partir du 1er avril, les entreprises agricoles qui n’ont pas recours à un tiers déclarant auront le choix entre plusieurs possibilités en fonction du nombre de salariés en CDI qu’elles emploient. En dessous de vingt, elles pourront utiliser : la DSN exclusivement pour gérer l’ensemble des salariés ; la solution mixte DSN + nouveau Tesa qui permet d’utiliser le nouveau Tesa pour les salariés en CDD de moins de 119 jours (consécutifs ou non) et la DSN pour les autres salariés (CDI et CDD de plus de 119 jours) ; ou le nouveau Tesa exclusivement pour l’ensemble des salariés CDI et CDD (quelle que soit la durée du contrat). Si l’entreprise a plus de vingt salariés en CDI, l’employeur a deux possibilités seulement : soit la DSN seule, soit la solution mixte DSN + nouveau Tesa. Concernant la DSN, les modalités de paiement des cotisations sociales ont aussi évolué depuis le 1er janvier 2018. « Elles sont désormais mensualisées mais peuvent rester trimestrielles pour les entreprises de moins de onze salariés. C’est une option qui doit être précisée au comptable. En revanche, le dépôt de la DSN reste mensuel », note Marie-Ève Schnoebelen.

Complémentaire santé : affiliation dès l’embauche

En 2018, fini le délai de carence avant de pouvoir être affilié à la mutuelle d’entreprise. Pour tout salarié d’une entreprise au régime agricole embauché depuis le 1er janvier, l’affiliation à Mutualia est automatique dès l’embauche pour les contrats en CDI, et semi-automatique pour les CDD de plus de trois mois. Les CDD de moins de trois mois sont exclus du système mais peuvent néanmoins être affiliés s’ils le souhaitent. « Ils doivent pour cela remplir un bulletin d’adhésion. Et s’ils ne le souhaitent pas, l’employeur doit leur faire signer une attestation expliquant qu’ils ont déjà une complémentaire santé et qu’ils ne souhaitent pas la complémentaire d’entreprise. De cette manière, vous êtes juridiquement couverts », indique Béatrice Selig, de la MSA d’Alsace.

En revanche, l’adhésion à Mutualia comme complémentaire d’entreprise n’est plus automatique comme avant pour les entreprises. « Le choix de la complémentaire étant désormais libre, c’est à chaque entreprise de décider si elle souhaite adhérer à Mutualia ou non. Néanmoins, il semble essentiel que nous puissions tenir tous ensemble l’unité et la masse en étant tous chez le même assureur. Nous disposons en effet d’un rapport cotisations sur prestations très avantageux. Et nous bénéficions d’un guichet unique à travers la MSA », justifie Joseph Lechner, président de la commission emploi à la FRSEA Alsace.

L’agriculture « peu concernée » par le nouveau compte pénibilité

Jean-Michel Baumann, délégué régional emploi-formation Grand Est à la FNSEA, a fait le point sur le dossier « pénibilité » qui a connu plusieurs évolutions suite aux ordonnances publiées en septembre 2017 par le gouvernement d’Emmanuel Macron. Si la définition des risques professionnels reste inchangée, le nombre de facteurs de pénibilité a été réduit. Depuis le 1er janvier 2018, l’employeur n’en a plus que six à prendre en compte : les activités exercées en milieu hyperbare, les températures extrêmes, le bruit, le travail de nuit, le travail en équipes successives alternantes, et le travail répétitif. Quatre facteurs de pénibilités ont été supprimés : la manutention des charges lourdes, les postures pénibles, les vibrations, et les risques chimiques. « Tout cela n’était pas acquis au départ. On a réussi à peser sur ces dossiers au niveau syndical », tient à rappeler Joseph Lechner.

Globalement, l’agriculture n’est pas - ou très peu - concernée par les facteurs de risque restants. Jean-Michel Baumann explique pourquoi : « Est considérée comme travail de nuit une heure travaillée entre minuit et 5 heures du matin. En agriculture, c’est vraiment exceptionnel. Pour le travail répétitif, il faut que la tâche implique des mouvements répétés, sollicitant tout ou partie des membres supérieurs, à fréquence élevée et sous une cadence contrainte. Et la durée minimale pour que cela soit pris en compte est de 900 heures par an. A priori, la viticulture et l’agriculture ne sont pas concernées. Idem pour les températures extrêmes. Il faut être exposé à des températures de plus de 30 °C ou de moins de 5 °C pendant 900 heures par an. Enfin, pour le bruit, il faut être exposé à au moins 81 décibels, soit le bruit d’un tracteur, pendant au moins 600 heures par an. Mais l’analyse du niveau sonore se mesure après le port d’équipements antibruit. » À noter également que les deux cotisations versées au titre de la pénibilité (0,01 % de la rémunération des salariés, et une cotisation additionnelle fixée à 0,20 % si un salarié était exposé à un ou plusieurs facteurs de pénibilité) ont été supprimées le 1er janvier 2018. Désormais, les dépenses engendrées par le nouveau « compte professionnel de prévention et sa gestion » seront couvertes par la branche accidents du travail et maladies professionnelles.

3 000 euros net pour l’aide à la formation

Joseph Lechner a présenté le dispositif AEF (accompagnement à l’effort de formation) proposé par le Fafsea (Fonds national assurance formation des salariés des exploitations et entreprises agricoles). « Contrairement à d’autres régions françaises, ce dispositif ne fonctionne pas beaucoup chez nous. Pourtant, nous avons des entreprises qui souffrent. Cela peut aider à garder un emploi dans une entreprise ou à en créer un. De plus, le formalisme est vraiment léger », explique-t-il. Concrètement, il s’agit d’une aide à la formation en interne des salariés. Il couvre deux types de situations : pour accompagner une embauche en CDI ou un CDD de plus de six mois, ou en cas de difficultés économiques dans l’entreprise. La formation doit durer au moins 200 heures et doit être délivrée par un prestataire agréé. En Alsace, il s’agit du CFPPA d’Obernai.

Toute entreprise qui s’engage dans ce dispositif bénéficie d’une aide totale de 6 700 € de la part du Fafsea, dont plus de 2 000 € en guise d’avance au moment de l’embauche. En contrepartie, l’entreprise s’engage à participer au PIF (Protocole individuel de formation) par le biais d’une contribution de 3 800 €. « Ce qui veut dire que l’entreprise bénéficie au final d’une subvention de 3 000 € net. Les entreprises qui sont intéressées par ce dispositif AEF peuvent prendre contact avec les organisations professionnelles, ou directement avec le Fafsea en contactant Florian Laforêt », précise Joseph Lechner.

Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin

« On veut des fermes, non des firmes ! »

Vie professionnelle

Publié le 14/02/2018

Des images valent bien souvent mieux qu’un long discours, surtout quand il s’agit d’illustrer le rôle et l’utilité du syndicat Jeunes Agriculteurs pour la défense du métier et des producteurs. C’est dans cet esprit que les JA du Haut-Rhin ont souhaité démarrer leur dernière assemblée générale organisée le 8 février au lycée agricole de Rouffach. Après les salutations d’usage, ils ont diffusé une vidéo « 100 % fait maison » intitulée « JA 68 : si tu n’existais pas ». Plus de vingt minutes découpées en plusieurs saynètes, chacune abordant un thème particulier : communication, Pac, préservation du foncier agricole, rôle et intérêt des signes de qualité, nécessité d’avoir un parcours à l’installation qui soit attractif. Avec des dialogues parfois ponctués d’un zeste d’humour, les Jeunes Agriculteurs - et acteurs pour le coup - ont une nouvelle fois innové pour faire passer leur message. Comme le fait remarquer Jérémy Pflieger, vice-président des JA 68, cela fait cinq ans que la communication est devenue un axe majeur de la stratégie du syndicat. « Avec un succès jamais démenti, nous avons organisé de nombreuses opérations d’affichage au bord des routes, créé des événements tels que la JA’s Day et l’Afterwork paysan, le tout en conservant nos traditionnelles fermes ouvertes, opérations Sourire et Tellus, et bien sûr notre finale de labour. »

Continuer à être « moteur » sur l’environnement

Et ce n’est pas fini. Pendant les deux prochaines années, le nouveau conseil d’administration des JA 68 et son nouveau président, Ange Loing, entendent bien poursuivre cette dynamique de l’innovation. La création d’un label permettant à tous les producteurs de s’identifier et de valoriser leurs produits est ainsi à l’étude. « Nous voulons pouvoir vendre nos produits sous un sigle qui appartiendra entièrement à la profession. Notre image est à nous, et son bénéfice doit nous revenir », estime Jérémy Pflieger. Cette volonté d’innovation restera au cœur de la ligne directrice des JA du Haut-Rhin et de son nouveau président (voir encadré) lors des deux prochaines années. La nouvelle équipe entend bien évidemment rester mobilisée sur le dossier de l’installation et la transmission des exploitations. « Si nous voulons permettre un renouvellement des générations en agriculture fluide, sur des exploitations viables et vivables pour les jeunes, il est primordial que le prix du foncier et des structures agricoles restent raisonnables et encadrés. C’est vital si nous ne voulons pas laisser échapper notre agriculture vers des investisseurs, notamment étrangers. Nous voulons des fermes, pas des firmes ! », prévient Jérémy Pflieger. Autre chantier que les JA du Haut-Rhin comptent bien investir au cours des deux prochaines années, celui de l’environnement. Une thématique également mise en avant lors de l’assemblée générale de la FDSEA 68. « Nous pourrons travailler ensemble sur ce sujet, et ça, c’est fantastique ! Les paysages français sont parmi les plus beaux du monde, ce n’est pas le fruit du hasard. Depuis toujours, les agriculteurs protègent leurs terres et donc la nature. Nous continuerons à être moteurs en matière environnementale. »

« Monter en gamme ? Pour qui ? »

Reste à savoir avec quels prix ? Dans le lait, les céréales ou la viande, la question du prix payé au producteur reste une donnée problématique. Les États Généraux de l’Alimentation (EGA) qui se sont déroulés en 2017 devaient enfin faire évoluer la donne. Bilan de plusieurs mois de consultations, de discussions et rencontres : la nécessité d’avoir des prix rémunérateurs pour les producteurs. « Chouette, on avance ! » taquine le président sortant des JA du Haut-Rhin, Christophe Bitsch. « Des prix rémunérateurs sur le marché intérieur, c’est déjà ça ! Mais cela ne suffit pas. » Qu’en est-il en effet de la partie exportée ? La France ayant toujours eu une tradition exportatrice en matière de produits agricoles, la question soulevée par Christophe Bitsch se veut pertinente. « En résumé, les EGA, c’est bien, mais peut mieux faire. Il nous faut surtout des actes derrière les mots. Vite, des prix pour nos produits ! » Mais quels produits ? Là encore, Christophe Bitsch s’interroge. « Il paraît que l’on doit monter en gamme. Sûrement une idée de bobos franciliens, car tous les produits agricoles français sont haut de gamme. Ils n’arrivent pas à être d’accord sur ce que doit être une agriculture haut de gamme. Tantôt bio, tantôt raisonnée, tantôt conventionnelle… Notre agriculture française n’est rien de tout cela. Elle est juste belle, car multiple et complémentaire ! » Et puis à qui s’adresserait cette fameuse « montée en gamme » ? « Pour ceux qui se battent pour du Nutella à 1,40 € le pot ? On devrait monter en gamme alors qu’une partie de notre population se paupérise et n’a que le Nutella à 1,40 € à offrir à ses enfants comme petit plaisir ? À moins que l’on doive monter en gamme pour les bobos peut-être ? Ceux-là même qui sont en grande partie contaminés par les sectes abolitionnistes de type L214 ou 269 Life. Ces PME anti-élevage sont à vomir. Elles mentent, utilisent des méthodes sectaires, et coupent ceux qui les rejoignent de toute réalité. » Christophe Bitsch poursuit sa diatribe en pointant du doigt les « fakes news » utilisées par la Mairie de Paris pour expliquer les récentes inondations qui ont touché la capitale. « D’après elle, ce serait dû à l’agriculture ! C’est la meilleure blague de ce début d’année ! Mais si on nous laissait entretenir fossés, cours d’eau, drainages comme nous savons si bien le faire, nous pourrions au moins limiter l’impact des crues. C’est du bon sens paysan, tout simplement ! » Dans ce « chaos ambiant », l’installation d’un jeune agriculteur est devenue « un vrai défi » aujourd’hui. Heureusement pour les JA du Haut-Rhin, l’Administration départementale et la Région Grand Est restent « d’excellents partenaires ». « Heureusement ! Car il va falloir énormément de souplesse dans l’application des textes de loi, notamment en termes de suivi des installations. »

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