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Nicolas Bernard

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Syndicat des maraîchers de Colmar et environs

Des « bons produits » et moins d’acheteurs

Cultures

Publié le 09/02/2018

Rester solidaire et ne pas « s’individualiser ». Pour le syndicat des maraîchers de Colmar et environs et son président, Serge Hanauer, seule cette attitude pourra maintenir le maraîchage dans la ville. Inscrite dans l’ADN de la Cité de Bartholdi depuis plusieurs siècles, l’activité maraîchère locale a progressivement périclité au cours des dernières décennies. Départs en retraite, urbanisation galopante ou concurrence de la grande distribution, les raisons de cet effritement sont nombreuses. Heureusement, entre l’aménagement du marché couvert il y a quelques années, l’instauration d’un nouveau PLU en 2017 qui accorde une « vraie place » au maraîchage, ainsi qu’un intérêt nouveau - ou retrouvé - des consommateurs pour des produits frais et de proximité, les maraîchers colmariens réussissent malgré tout à tenir le cap. Un regret cependant pour Serge Hanauer : l’absence des producteurs bios du secteur à l’assemblée générale du syndicat. Comme il le rappelle pourtant, « l’ensemble de la profession agricole rencontre les mêmes problèmes administratifs. Encore faut-il prendre le temps de défendre nos métiers. » Le bio, notamment dans le maraîchage, prend en effet de plus en plus d’importance dans la production alsacienne, avec 14 % des surfaces.

« Non, ça ira, mon voisin m’en a donné »

Mais quelle soit biologique ou raisonnée, l’activité maraîchère colmarienne a connu une année 2017 « riche en besogne ». « Après un début d’année relativement froid, nous avons pu commencer nos premiers semis dans de bonnes conditions. Le printemps nous a laissés entrevoir une bonne saison », explique Serge Hanauer. C’était avant les fortes gelées des 20 et 21 avril qui ont fait tant de dégâts dans de nombreuses filières alsaciennes. Si la viticulture et l’arboriculture ont subi les plus gros dégâts, le maraîchage a lui aussi souffert du froid. À Colmar, les températures enregistrées étaient de l’ordre de - 2,9 ° à - 5,1°. Au-delà de leur relative intensité, c’est surtout la durée de ces périodes de froid qui a fini par être préjudiciable. « Cela a perturbé les rotations de nos cultures et freiné considérablement l’ensemble de nos productions. Malgré le calendrier de rotations des cultures, certaines séries de salades sont arrivées à maturité en même temps. Quant aux petits radis, ils ont subi le même sort et ont obligé le producteur à vendre des grosses quantités en quelques jours, entraînant une rupture de production », détaille le président du syndicat. Par la suite, le printemps a « chahuté » certaines cultures comme la tomate ou la courgette qui ont eu des pics de productions importants. Résultat : une baisse des prix à le vente. Un phénomène qui a finalement été un leitmotiv durant toute cette année 2017 pour les maraîchers colmariens. « Lors de notre période estivale, qui d’entre nous n’a pas entendu, en proposant des salades, tomates ou concombres, les réflexions : « non, ça ira, mon voisin m’en a donné ». La production ayant également été abondante chez les jardiniers amateurs. » Autre facteur de baisse des ventes selon Serge Hanauer : la multiplicité des offres à destination des consommateurs. « Vente à la ferme, panier, magasin, mais également les offres de ventes par paniers proposés par des revendeurs non producteurs et non équipés pour le stockage des fruits et légumes… »

« La qualité paiera toujours »

Serge Hanauer s’agace aussi des contrôles parfois un peu trop zélés effectués par la Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles (Fredon) en Alsace. « Celle-ci se déplace régulièrement dans nos entreprises pour vérifier si nos cultures ne sont pas atteintes de virus. Le contrôle est une chose, mais est-il nécessaire que le technicien se couvre de la tête aux pieds avec une combinaison voyante pour se déplacer sur nos parcelles ? Qu’en pense le voisinage ? Nous ne sommes pas contre les contrôles, mais il faudrait garder un peu de considération pour le producteur. » Heureusement pour les maraîchers colmariens, les responsables politiques locaux témoignent une forte considération pour l’activité agricole si l’on se fie aux propos d’Yves Hemedinger, premier adjoint du maire de Colmar, Gilbert Meyer. « Lorsque nous avons bâti notre nouveau PLU, nous avons souhaité conserver l’équilibre entre ville et campagne qui fait partie des fondamentaux de notre ville. Nous avons veillé à ce que les activités maraîchères soient préservées. Concernant le manger local, il faut continuer à éduquer la population à cela. Consommer des produits de saison, cela passe par la pédagogie. Et à ce titre, les maraîchers ont un rôle essentiel à jouer, tout comme ils ont un rôle important dans notre économie. » Le député de la première circonscription du Haut-Rhin et conseiller départemental, Eric Straumann, est lui convaincu que le consommateur français est prêt à dépenser quelques centimes de plus pour acheter des produits locaux, garants pour la plupart d’une meilleure qualité. « C’est ce qui a été fait avec le fromage Comté, et ça marche. Je suis persuadé, qu’à terme, la qualité paiera toujours. » Une lueur d’espoir qu’a aussi entraperçu Robert Burgazentlen, maraîcher colmarien et gros producteur de champignons. « Autour de moi, je vois des jeunes qui se lancent dans la profession avec la volonté de faire des produits plus sains », témoigne-t-il. Pour un avenir en vert pour le maraîchage colmarien ?

Domaine Joseph Cattin à Vœgtlinshoffen

Un lieu de « vie » et « d’échanges »

Vigne

Publié le 06/02/2018

C’est un « condensé d’Alsace » suspendu à flanc de colline. À Vœgtlinshoffen, Anaïs et Jacques Cattin fils ont fait sortir de terre un bâtiment viticole un peu atypique de 2 500 m2 mêlant stockage, plateforme logistique, cave de vieillissement de crémants, espace de dégustation au rez-de-chaussée, et un bar à vins panoramique à l’étage. Un « lieu de vie et d’échanges » qui a ouvert le 1er novembre dernier après 18 mois de travaux et un investissement de 5 millions d’euros. Il offre aujourd’hui aux salariés de la maison Cattin des conditions de travail bien plus confortables. « On commençait à être un peu à l’étroit avec nos autres bâtiments. Ces dernières années, on s’est rendu compte qu’on avait besoin d’un espace ici, à Vœgtlinshoffen, pour vieillir nos crémants. Ces derniers étant jusqu’alors vieillis dans notre cave de Steinbach. Aujourd’hui, on a bien plus de place, non pas pour produire plus mais pour mieux travailler », continue Anaïs Cattin, qui s’occupe de la communication et de l’export dans l’entreprise. L’espace de stockage bénéficie quant à lui d’un quai de chargement qui a l’avantage de ne pas gêner la circulation. Le dégorgement du crémant est également au programme, ainsi que certaines fermentations qui seront faites dans des tonneaux en bois - vides pour l’instant - installés dans un petit chai situé derrière une baie vitrée, à côté de l’espace dégustation.

Un bâtiment « encastré » dans son environnement

L’idée de ce bâtiment trottait dans l’esprit de ces deux jeunes entrepreneurs de 33 ans après de multiples expériences professionnelles à l’étranger. Diplômée d’une école de commerce, Anaïs a passé plusieurs années aux États-Unis dans un grand groupe. Là-bas, elle y a entre autres découvert un concept d’œnotourisme assez poussé. « On peut passer la journée dans une cave à faire des activités différentes tout en découvrant des vins. C’est une expérience très complète, même s’il est vrai qu’on perd un peu en authenticité. » Son mari - qui représente la septième génération de vignerons de la famille - fit lui aussi le même constat en voyageant dans divers pays où de nombreux vignerons organisaient des « wine dinner ». « On s’est alors demandé : pourquoi ne ferions-nous pas la même chose chez nous ? D’autant plus qu’ici, nous avons toute cette authenticité. On a des paysages somptueux, de vrais produits du terroir et une histoire viticole très riche », témoigne-t-elle. Si le concept était assez clair dans l’esprit de Jacques et Anaïs, il manquait un élément essentiel : le terrain, une denrée qui ne court pas les rues dans le vignoble alsacien. Une occasion a fini par se présenter en 2015 lorsque les propriétaires de la maison Théo Cattin - une autre branche de la famille Cattin présente dans la commune - décidèrent de partir en retraite. Sans successeurs directs, ils ont accepté de leur revendre leur activité et le foncier qui allait avec. Seul souci, le terrain situé au milieu du village présentait un dénivelé de plus de six mètres. Plutôt que de voir cet aspect comme un inconvénient, le jeune couple a décidé d’en tirer parti pour « encastrer » leur cave dans cet environnement. « Nous souhaitions que ce nouveau bâtiment s’inscrive au maximum dans son cadre naturel. Cela nous permet ainsi d’avoir une meilleure isolation, et donc une température constante pour nos espaces de vieillissement des crémants et de notre espace de stockage », développe Anaïs Cattin.

Un hommage aux matériaux « nobles »

Ce nouveau bâtiment de la Maison Joseph Cattin (le troisième dans la commune de Vœgtlinshoffen) est riche en symboles, du choix des matériaux à son architecture. Le belvédère situé au premier étage est une ode à la transparence. « Chez nous, les visiteurs peuvent visiter nos caves et voir comment on travaille. Et en entrant dans notre belvédère, ils peuvent comprendre en un coup d’œil pourquoi le vignoble alsacien est si spécifique. Quand ils sont dans l’intimité d’une cave, ils peuvent goûter les typicités des vins, mais c’est difficile pour eux de visualiser réellement d’où ils proviennent. Ici, quand on leur explique qu’il y a un microclimat à Colmar parce que la ville est protégée par les Vosges, ils peuvent le voir directement. Ils peuvent aussi constater l’espace qu’occupe réellement notre vignoble, et à quel point il peut être petit, resserré et pentu. » Ce nouveau bâtiment est aussi un vibrant hommage aux matériaux « nobles » qui rappellent le métier de vigneron et le terroir sur lequel il travaille. Le sol et les meubles sont en chêne et rappellent le bois du tonneau, le métal a la couleur du Grand Cru Hatschbourg, le bar central est en inox poli miroir et fait évidemment référence aux cuveries inox. Ce bar évoque aussi le haut du verre Alsace ou la bulle de crémant de par sa forme arrondie. Enfin, les pierres présentes à l’avant du bâtiment sont du grès jaune de Rouffach, une pierre qui n’est plus extraite aujourd’hui mais que l’entreprise Scherberich, à Colmar, avait encore en stock.

Des bornes de recharge pour les voitures électriques

Si l’enveloppe est belle et soignée, ce qu’on trouve à l’intérieur de ce belvédère se veut convivial et authentique. Au quotidien, cet espace est un bar à vins ouvert du matin au soir. Au détour d’une promenade ou à l’occasion d’une pause dans sa journée de travail, on peut venir y découvrir des vins accompagnés de planchettes de produits locaux comprenant charcuteries, fromages, foie gras, produits laitiers ou chocolats. Cet espace peut, le cas échéant, se moduler à souhait pour accueillir des séminaires d’entreprises, des mariages ou des événements particuliers autour des accords mets-vins. En novembre dernier, quelques jours après l’ouverture, il était possible de déguster des plateaux de fruits de mer préparés par un écailler spécialement venu de Vendée. Pour la soirée du Nouvel An, c’est le chef du restaurant L’Altévic, à Hattstatt, qui a fait découvrir quelques accords mets-vins savoureux. « Nous tenions à ce que cet espace soit équipé d’une cuisine afin qu’on puisse organiser des dîners centrés autour du vin et, par la même occasion, mettre en avant le savoir-faire local. En Alsace, on a cette chance incroyable d’avoir de beaux produits dans nos terroirs et de nombreux savoir-faire. Ainsi, on peut faire découvrir nos vins dans la culture qui les entoure », explique Anaïs Cattin. À Vœgtlinshoffen, cela peut se traduire par des balades à pied ou à vélo au départ du Belvédère. Dans cet esprit, Anaïs et Jacques Cattin fils ont établi un partenariat avec un prestataire du village qui organise des balades à vélo. « Les cyclistes partent d’ici, vont faire leur promenade, et reviennent ensuite pour déguster nos vins », précise Anaïs Cattin. L’idée étant que tout type de public puisse à un moment ou à un autre se retrouver ou s’arrêter à cet endroit. Une philosophie que l’on retrouve jusqu’aux bornes de recharge électriques installées sur le parking. Un choix « d’avenir » qui pourrait autant attirer le « Suisse avec son 4x4 Tesla » que la famille désireuse de faire le plein de sa voiture « plus commune ».

Élevage de volailles bios à Spechbach-le-Bas

Du confort en plus pour les animaux et les hommes

Élevage

Publié le 04/02/2018

Avec leurs nouveaux bâtiments, Jérémy Pflieger et son père José ont pu améliorer leurs conditions de travail et le confort de leur élevage de volailles bios situé à Spechbach-le-Bas. Tout a commencé en 1989 quand José a repris l’exploitation familiale historiquement tournée vers les grandes cultures et l’élevage de bovins. Il a d’abord pris la décision de développer la culture de pommes de terre. En 2000, il a fait une sortie d’exploitation pour lancer un élevage plein air de poulets de chair dans six bâtiments mobiles de 60 m2 chacun. « C’était pour répondre à la demande des consommateurs pour ce type de produits », se souvient Jérémy.

L’exploitation se convertit à l’agriculture biologique en 2011 et, en 2012, une chambre froide à pommes de terre et une chaîne d’abattage de volailles sont mises en place dans l’un des bâtiments historiques de la ferme, au cœur du village. Jérémy s’installe à son tour en 2013 avec le double projet de faire de la pomme de terre transformée et des poules pondeuses. Pour ce faire, il réalise une nouvelle sortie d’exploitation sur un autre site isolé du village et fait construire un bâtiment comprenant trois espaces distincts : deux - totalement indépendants l’un de l’autre - abritant chacun 1 200 poules, et le troisième, situé au milieu, servant de chaîne de conditionnement pour les œufs.

L’année 2016 constitue un tournant pour la ferme Pflieger. « On a tout d’abord été contacté pour s’inscrire dans le Plan Bâtiment et ainsi remplacer nos bâtiments mobiles qui étaient vieillissants et plus fonctionnels », explique Jérémy Pflieger. Le projet est donc lancé de créer un autre bâtiment plus spacieux et plus confortable à côté du bâtiment de poules pondeuses. Le deuxième fait marquant de cette année 2016 est l’incendie, au mois de mai, du hangar abritant la chaîne d’abattage et la chambre froide des pommes de terre. « Du coup, on a entrepris la construction d’un nouveau bâtiment à côté des deux autres pour y mettre ces activités, mais aussi pour stocker le matériel et, prochainement, un atelier de transformation des pommes de terre », poursuit Jérémy Pflieger.

Une meilleure croissance pour les poulets

Ces deux ouvrages ont été mis en service à l’automne dernier. Celui destiné aux poulets de chair fait 850 m2 et se divise en six espaces distincts (avec des lots de poulets d’âge différents à chaque fois) et isolés les uns des autres. « Cela nous permet d’avoir des poulets en permanence tout en gardant un espace pour le vide sanitaire qui dure trois semaines. Si on avait fait une bande unique, on aurait eu une période de plusieurs semaines pendant laquelle nous n’aurions plus eu de poulet. Avec cette disposition, nous pouvons assurer une production continue », indique Jérémy Pflieger. L’exploitation reçoit 1 400 poussins toutes les trois semaines et en abat 420 par semaine. Avec les bâtiments mobiles de l’époque, elle ne pouvait abattre « que » 310 à 320 poulets par semaine.

Si les performances économiques ont été améliorées, le confort des animaux a lui aussi été bonifié. Comme le stipule la réglementation pour ce type d’élevage, il n’y a pas plus de dix poulets au mà l’intérieur du bâtiment, et le parc extérieur - obligatoire en élevage biologique - fournit au moins 4 m2 par poulet. « Du coup, on obtient de meilleures performances au niveau de la croissance des animaux, étant donné qu’ils ont plus de place pour se développer », précise le jeune agriculteur. Un tel confort a un prix. Ce bâtiment a coûté 350 000 €, dont une partie subventionnée par le Plan Bâtiment de la Région. « Et vu qu’on a six espaces indépendants à l’intérieur, tout est multiplié six fois : les ordinateurs, les distributeurs d’alimentation, etc. » La régulation de la température (avec des lanterneaux) ainsi que la gestion de l’alimentation ont été automatisés. Et dans quelques semaines, le confort sera encore amélioré puisque l’alimentation sera directement versée dans un silo via un quai de chargement. « Ça va clairement nous changer la vie », s’enthousiasme Jérémy Pflieger. « Un chargement assurera deux jours d’autonomie alimentaire. On gagnera encore en confort de travail. »

FDSEA du Haut-Rhin - Canton du Ried

L’eau, une responsabilité commune

Vie professionnelle

Publié le 01/02/2018

Voilà environ deux mois que l’Observatoire de la nappe d’Alsace (Aprona) a publié son rapport sur la qualité des eaux souterraines en Alsace (voir PHR du 1er décembre 2017). Un document décortiqué, commenté et analysé qui a fait naître des commentaires parfois virulents à l’encontre du monde agricole, et de l’impact de ses activités sur la nappe phréatique rhénane. Au premier coup d’œil en effet, le graphique publié par l’Aprona montre plus d’histogrammes - et donc plus de molécules - qu’il y a six ans, date du dernier rapport et des derniers prélèvements effectués sur l’eau souterraine alsacienne. L’agriculture aurait-elle utilisé plus de produits qu’avant ? Non, évidemment, quand on sait les efforts entrepris par la profession depuis plus de 25 ans pour améliorer ses pratiques et diminuer son impact sur les eaux souterraines. Mais des efforts et des pratiques qui restent relativement méconnues du grand public, au grand dam de la FDSEA du Haut-Rhin et de son directeur, Michel Busch. Lors de l’assemblée générale du canton du Ried qui s’est déroulée le 22 janvier à Jebsheim, il a tenu à faire un point un peu plus détaillé sur les conclusions diffusées par l’Aprona. « Oui, on a trouvé plus de molécules qu’il y a six ans. Mais la raison est très simple, le nombre de produits recherché a triplé. Donc, forcément, on trouve plus de choses. » Et parmi toutes ces « choses », l’atrazine et ses métabolites - ou résidus issus de la transformation biochimique de la molécule - restent les plus présentes. Sauf que le produit est interdit dans l’Union Européenne depuis 2004. « Et malheureusement, le temps de traçage de l’atrazine est relativement long dans le sol », précise Michel Busch. Le produit n’étant plus utilisé par les agriculteurs depuis cette date, il convient maintenant de se pencher sur les autres molécules détectées comme le S-métolachlore. « Dans ce cas-là, si on fait les choses bien, les traces sont résorbées ensuite. Le problème est que dans certaines zones, des agriculteurs ont déconné comme à Guémar ou Fortschwihr. » Michel Busch n’élude pas les responsabilités des agriculteurs, bien au contraire. « Quand des choses sont approximatives, il faut le dire, mais quand des choses ne vont pas, il faut le dire aussi. Oui, l’agriculture a sa part de responsabilité dans ce dossier. Mais nos pratiques ont évolué et ont permis à la qualité de l’eau de s’améliorer. Il y a encore du travail et des efforts à faire, et nous continuerons. Mais il faut bien avoir à l’esprit que c’est de la responsabilité de chacun. » « Ce n’est pas à la FDSEA de dire ce qu’il faut faire », poursuit le président du canton du Ried, Claude Gebhard. « La qualité de l’eau, c’est l’affaire de tous. Au niveau de la profession, je pense - et j’espère - qu’on a tous des réflexions au niveau de nos exploitations. Chez moi par exemple, je travaille avec des doses réduites. C’est sur ce genre de choses qu’on doit travailler au quotidien pour, demain, pouvoir vulgariser ces travaux au plus grand nombre. Que ce soit chez les OS, à la Chambre ou à l’Apco, tout le monde y travaille. On voit ainsi de plus en plus de gens qui utilisent le binage pour se passer des produits. » Pour Michel Busch, le « job » de la FDSEA du Haut-Rhin dans ce dossier est avant tout de « mettre tout le monde autour de la table ». « Dans le Sundgau par exemple, on avait un village qui présentait des problèmes sur les phytos. Le préfet est venu sur place et une discussion a eu lieu pour comprendre ce qui se passait et changer la situation. Mais c’est clair que dans un dossier comme celui-là, tout le monde doit aller dans le même sens. Sinon, les contraintes se renforceront et tout le monde en pâtira. Au final, on aura l’interdiction de produire d’une certaine manière. » Cette responsabilité vis-à-vis de la qualité de l’eau va bien au-delà du monde agricole tient à souligner Bernard Gerber, conseiller régional Grand Est et membre du conseil d’administration de l’Aprona. « Personne ne doit être montré du doigt en particulier. Les industriels, les collectivités et le citoyen lambda ont aussi leur responsabilité. Alors oui, c’est sûr, on n’est pas en avance sur l’objectif qui est d’avoir une eau potable en 2027 sans traitement. Mais il n’y a pas péril en la demeure. Il y a une envie bien réelle de travailler ensemble. Et la Région continuera à vous accompagner dans ce sens. » La qualité de l’eau, c’est aussi les nitrates. Et sur ce point, le département du Haut-Rhin fait figure de très bon élève par rapport aux autres départements français. « On n’a vraiment pas à rougir. On a quand même réussi à sortir 43 communes des zones vulnérables. Maintenant, il nous reste un point noir qui est Rouffach. Et pour le moment, on ne comprend pas trop d’où vient le souci. Les analyses faites en sortie de plusieurs exploitations sont bonnes. Il faut continuer les recherches pour trouver le problème », prévient Michel Busch.

Coopérative Agricole de Céréales

La CAC lance son service de modulation intraparcellaire de semis de maïs

Cultures

Publié le 31/01/2018

Présentée comme une « première nationale » en 2017 par la Coopérative Agricole de Céréales (CAC), la modulation intraparcellaire des semis de maïs a été lancée officiellement lundi dernier, lors d’une réunion organisée au restaurant Chez Pierre, à Blodelsheim. Adhérents et non adhérents de la coopérative étaient invités à découvrir un peu plus en détail ce nouveau service baptisé Mod-IP destiné à améliorer la compétitivité des exploitations agricoles. Les résultats obtenus après deux années d’essais ont ainsi fait apparaître un revenu l’hectare de 140 euros en moyenne, net de semences et de surcoût de séchage. « C’est l’aboutissement de plus de trois ans de travaux pour notre coopérative », explique le directeur général de la CAC, Jean-Marc Schacherer, en préambule de cette réunion. Au vu de l’intérêt croissant d’autres opérateurs pour ce sujet, la CAC a estimé que c’était le moment de montrer qu’elle avait déjà « quelque chose » de tangible et d’éprouvé à montrer sur cette innovation. Florence Brayé et Christian Jenn, en charge de ce dossier au sein de la CAC, l'ont présenté comme un « tournant pour la maïsiculture haut-rhinoise ». « Nos métiers doivent s’adapter s’ils veulent perdurer. Et pour y arriver, il faut être capable d’innover. On ne peut pas influencer les facteurs externes comme le prix de la tonne de maïs. On ne peut pas influencer la législation, on ne peut que s’adapter. Il faut donc réfléchir aux paramètres sur lesquels on peut agir concrètement », développe Jean-Marc Schacherer. Avec Mod-IP, la Coopérative Agricole de Céréales souhaite également montrer que les opérateurs peuvent apporter des solutions « porteuses » dans le monde agricole. « C’est notre vraie mission. Nous devons être capables d’amener rapidement l’innovation aux agriculteurs », estime-t-il.

De 10 à 13 q de plus grâce à la modulation

Pour aboutir à ce nouveau service, Florence Brayé et Christian Jenn ont commencé par étudier les sols, en analysant finement le comportement entre la plante et le sol. « On a essayé de voir ce qui se passait quand on modifiait la densité de semis en fonction du sol et de la variété. On s’est ainsi rendu compte que le comportement n’était pas le même en fonction du type de sol. À partir de là, nous avons étudié la possibilité d’aboutir à une préconisation plus fine en termes de densité et de variétés », souligne Christian Jenn. Les essais menés par la CAC ont eu lieu dans cinq exploitations situées dans la Hardt et la Plaine de l’Ill. Vingt-trois variétés dans douze types de sols différents, soit 240 modalités testées en parcelles entières, et non en micros parcelles. Après une première année encourageante en termes de résultats, il fallait voir si cela allait « tenir » lors de la campagne suivante. « Et comme l’année précédente, on a constaté que dans les trois grands types de sols que l’on avait identifiés, la modulation avait permis d’enregistrer de meilleurs rendements (de dix à treize quintaux en plus), ou au moins aussi bons, que les parcelles sans modulation et ce, même si le niveau de rendement moyen était moins bon à cause de la météo. Mais ça, on ne peut pas y faire grand-chose », poursuit Christian Jenn. Par contre, il existe certainement encore des marges de progression puisque seuls la variation de la densité de semis a été explorée. « Que ce soit la partie fertilisation, irrigation ou désherbage, on était sur une conduite classique. Mais cela fait partie des choses sur lesquelles nous travaillons aussi », annonce-t-il.

Une carte de préconisation géoréférencée

Concrètement, comment fonctionne cette modulation de la densité de semis de maïs pour l’agriculteur ? Tout d’abord, ce service ne peut que fonctionner sur des parcelles irriguées. Ensuite, un gros travail amont est effectué par les techniciens de la CAC pour l’étude et le zonage du sol, ainsi que sur les variétés les plus appropriées. Une carte de préconisation géoréférencée est ensuite générée et remise à l’agriculteur. « Il faut donc être équipé en GPS, mais pas spécifiquement en RTK. Tous les signaux sont compatibles », précise Alfred Biller, agent relations culture à la CAC. L’agriculteur doit aussi avoir une console de commande en lien avec le semoir qui doit, de préférence, disposer d’un entraînement électrique ou hydraulique pour « jouer sur la densité de semis » pendant que le tracteur roule. « Avec tout ça, on est équipé. Néanmoins, pour ceux qui ne le sont pas, il existe des solutions. On peut ajouter des kits d’entraînements hydrauliques aux semoirs. Et pour ceux qui n’ont pas de GPS, la CAC va voir avec des constructeurs pour mettre à disposition des machines afin que ceux qui ne sont pas équipés puissent faire des essais », ajoute Alfred Biller. Un point sur lequel Jean-Marc Schacherer tient à apporter une précision importante : « Que l’on soit bien clair, nous ne sommes pas une entreprise de travaux agricoles, et nous n’avons pas vocation à l’être. Notre travail porte sur l’expertise et continuera à l’être. Quand on a imaginé la solution, c’était un peu compliqué pour nous de savoir quel était l’état d’équipement de chaque exploitation. Si l’agriculteur est déjà équipé, il lui suffit d’adapter la solution. S’il ne l’est pas, il nous a semblé bon d’explorer quelques pistes pour qu’il puisse effectuer des essais, et s’équiper par la suite s’il le souhaite. » Pour ce qui est du coût de ce service, il va de 42 euros/ha à 72 euros/ha en fonction du « niveau d’engagement » de l’agriculteur avec la Coopérative Agricole de Céréales.

Dégustation du Guide Hachette 2019

Une « référence » dans l’air du temps

Vigne

Publié le 27/01/2018

Trente-trois ans après sa création, le Guide Hachette des vins a toujours autant la cote auprès du public. En 2018, ce sont 90 000 exemplaires qui ont été imprimés, et entre 300 000 et 400 000 internautes ont visité chaque mois son site. « Notre guide est une référence pour beaucoup de monde », commente Stéphane Rosa, directeur du Guide Hachette. Avant de pouvoir y figurer, chaque vin doit être dégusté, noté et commenté par un panel de professionnels propre à chaque région viticole. « Cette approche collégiale par des professionnels du cru nous différencie d’autres guides réputés comme celui de Bettane & Desseauve ou de la Revue du Vin de France », poursuit Stéphane Rosa.

Depuis quelques semaines, ce dernier arpente les vignobles français pour les différentes sessions de dégustation qui ont lieu chaque début d’année. L’étape alsacienne s’est déroulée la semaine passée, à la Maison des vins de Colmar, pendant trois jours. Au total, 900 échantillons ont été dégustés à l’aveugle et décrits de la manière la plus précise et la plus complète possible. « Cela permet aux auteurs de notre guide de faire des synthèses de qualité pour chaque vin », précise le directeur du guide. Un travail titanesque quand on sait que ce sont au total 45 000 vins qui sont dégustés dans l’ensemble du pays. Les 900 échantillons dégustés à Colmar étaient issus des millésimes 2016 et 2015 avec, pour ce dernier millésime, une plus grande proportion de Vendanges tardives (80 contre 31) et de Sélections de grains nobles (27 contre 10) que l’année précédente.

Si le Guide Hachette des vins reste classique dans sa forme, il sait aussi évoluer pour s’adapter aux nouveaux modes de consommation, et aux nouveaux profils des acheteurs. Ainsi paraîtront cette année les deuxièmes éditions du Guide Hachette des vins rosés, du Guide Hachette des vins bios ou du Guide Hachette des vins de moins de 15 euros. Des guides plus ciblés et moins chers qui reprennent le fonctionnement d’un site internet : la possibilité de filtrer sa recherche. « Ainsi, on touche plus spécifiquement certains publics. Des femmes, des citadins ou des personnes qui recherchent d’excellents vins avec un petit budget. Globalement, on se rend compte qu’on a de moins en moins de vins boisés et davantage de vins plus digestes, plus légers. On tâche de s’adapter à cette évolution. » À noter que le contenu de tous ces mini-guides reste bien présent dans le « gros » guide qui paraîtra au mois de septembre dans sa 35e édition.

Toujours dans cette logique de modernisation, le Guide Hachette propose depuis le mois de décembre d’acheter sur son site des vins référencés dans ses pages depuis 2001. « C’est une vitrine qu’on propose aux viticulteurs qui le souhaitent, internet étant un canal de vente qui se développe fortement aujourd’hui », explique Stéphane Rosa. La partie logistique (stockage/expédition) est assurée par une entreprise spécialisée dans la vente en ligne de vins. Actuellement, ce nouveau point de vente de vins Hachette compte un millier de références.

Dégustation d’attribution des Sigilles d’Alsace

Plus de terroir, plus d’engouement

Vigne

Publié le 26/01/2018

Année après année, la dégustation des Sigilles d’Alsace organisée par la confrérie Saint-Étienne confirme son regain d’intérêt auprès des viticulteurs. Le 18 janvier, ce sont pas moins de 224 vins qui ont été présentés par 54 maisons différentes. C’est cinq vins et quatre maisons de plus qu’en 2017. « C’est la première fois depuis 2013 qu’on enregistre une telle participation deux années de suite », se félicite le délégué général de la confrérie Saint-Étienne, Éric Fargeas. Une progression que ce dernier attribue à deux facteurs : le premier, c’est la volonté de la confrérie d’intégrer une dimension « terroir » plus marquée dans l’attribution des Sigilles en 2015 ; le second, l’image plus « moderne » que réussit à se créer la confrérie depuis plusieurs années. « On essaie d’attirer de jeunes viticulteurs en organisant des ateliers et des soirées à thème. On montre que la confrérie n’est pas qu’un musée du vignoble alsacien, mais aussi un lieu d’échanges et de réflexion », poursuit Éric Fargeas. Et un lieu qui sait évoluer tout comme la dégustation du Sigille organisée deux fois par an.

Pour cette première édition de 2018, les organisateurs ont un peu changé les règles puisque, pour la première fois, tous les grands crus inscrits devaient être dégustés dans la catégorie « terroir ». « Lorsqu’on avait introduit cette notion il y a trois ans, c’était sur la base du volontariat. Mais très vite, on s’est rendu compte que cela déséquilibrait la donne pour les grands crus. Du coup, on a rendu cet aspect obligatoire pour ces vins. C’est plus juste et plus logique », précise le délégué général de la confrérie. En parcourant les tables de dégustations, plusieurs viticulteurs ont salué cette petite évolution. « C’est dans les grands crus que le sol doit parler. C’est une excellente chose d’aller dans ce sens », estime Grégory Zancristoforo, œnologue à la Maison Charles Wantz, à Barr. Michel Blanck, de la Maison André Blanck à Kientzheim, présent à la même table de dégustation, abonde dans le même sens. Et pour lui, ce n’est que le début. « Les Bourguignons mettent leurs terroirs en avant depuis longtemps. Nous, on démarre à peine. C’est un long travail qui demande beaucoup d’éducation des consommateurs et aussi des producteurs. Ce sont certainement nos successeurs qui récolteront les fruits de l’évolution que nous vivons actuellement. »

Alors, encore plus de vins de terroir lors des prochaines dégustations du Sigille d’Alsace ? C’est évidemment le souhait d’Éric Fargeas qui rappelle au passage que ce concours est ouvert à tous les viticulteurs du vignoble, qu’ils soient membres ou non de la confrérie Saint-Étienne. « Ce n’était le cas il y a plusieurs années en arrière. Mais depuis pas mal de temps maintenant, tout le monde peut prétendre décrocher le Sigille qui, il faut le souligner, reste une distinction hautement qualitative puisque seuls des vins déjà mis en bouteille peuvent être présentés, et seuls un tiers d’entre eux sont au final retenus par les jurés. »

Visite d’exploitations sundgauviennes de Jean Rottner

« Il y a une vraie nécessité d’innovation »

Vie professionnelle

Publié le 17/01/2018

Elle a beau être très grande, la région Grand Est conserve plus que jamais la volonté de rester proche de ses territoires et de ses agricultures. Une ambition que son président, Jean Rottner, n’a pas manqué de rappeler samedi dernier lors d’une visite d’exploitations sundgauviennes en présence d’élus locaux et des OPA. « Nous sortons d’une situation compliquée dans l’agriculture. Il était donc important de rappeler qu’il y a une volonté politique de maintenir toutes les agricultures sur nos territoires, que cela soit des filières longues ou courtes, qu’elles soient conventionnelles ou biologiques. C’est d’autant plus important quand on connaît l’importance de l’agriculture pour un territoire comme le Sundgau, mais également pour toute notre région », explique le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Laurent Wendlinger. En effet, la région Grand Est génère directement plus de 8 milliards d’euros de chiffres d’affaires de production agricole, soit près de 15 % de l’agriculture nationale, le tout sur une surface de 3 millions d’hectares (soit 11 % des surfaces nationales).

Dans le Sundgau, ce sont principalement les exploitations de type polyculture élevage qui constituent l’agriculture du territoire, à l’image du Gaec Saint-Jacques, à Feldbach, cogéré par Christian Mona et Sébastien Stoessel. Ensemble, ils élèvent 140 vaches laitières qui produisent chaque année 1,25 million de litres de lait vendu à Sodiaal. À côté de cette activité historique, ils ont lancé en 2014 une activité de poules pondeuses en plein air pour répondre à la demande de la ferme Prim’Vert de Michelbach-le-Haut qui les conditionne et les commercialise à des enseignes de grande distribution. Cette activité de poules pondeuses représente aujourd’hui 60 % du chiffre d’affaires du Gaec Saint-Jacques. « On s’est lancé là-dedans parce qu’il y avait une demande et des besoins. Avant ça, on produisait des veaux de boucherie », précise Sébastien Stoessel. Grâce à cette activité de poules pondeuses qui fonctionne bien aujourd’hui, le Gaec est arrivé à atteindre un « rythme de croisière ». Pour autant, ses dirigeants se gardent bien de tout sentiment d’euphorie. « Avec la crise laitière, on est passé pas loin du burn-out. On a dû réduire notre personnel et vendre du matériel pour garder la tête hors de l’eau. Aujourd’hui, cela va mieux mais on sait que rien n’est jamais gagné. En cinq ans, on a perdu 40 000 euros d’aides Pac. Dans ce contexte, on tâche de maintenir le cap et de payer nos dettes », témoigne Sébastien Stoessel.

Les codes des circuits courts dans les circuits longs

Alors que l’affaire Lactalis secoue la filière laitière en ce début d’année 2018, le cogérant du Gaec - et accessoirement président de la commission élevage de la CAA - a tenu à rappeler « l’exemplarité » de son exploitation, que ce soit en termes de traçabilité, d’impact environnemental ou de bien-être animal. « L’alimentation de nos vaches laitières est sans OGM, nous récupérons l’eau chaude sur le tank à lait et nous avons un variateur pour économiser de l’électricité. Cet été, nous avons aussi installé une cuve de 12 000 litres pour récupérer l’eau de pluie destinée, entre autres, à nettoyer la salle de traite. Et la traçabilité de notre lait est irréprochable. » Une liste à la Prévert pour rappeler aux politiques le « sérieux » du monde agricole quand il s’agit de se remettre en question et d’évoluer. Dans cette optique, le Gaec Saint-Jacques envisage la possibilité de se convertir en agriculture biologique. « On a demandé une étude pour voir si c’était viable ou pas. Ce qui est compliqué quand on se lance là-dedans, ce sont les années de conversion. Donc on verra bien. Ce qu’on sait déjà en revanche, c’est qu’il faudrait garder une vingtaine d’hectares de maïs en cas de conversion. Quoi qu’on puisse dire sur cette culture, elle reste une sécurité pour de nombreuses exploitations alsaciennes », précise Sébastien Stoessel.

Sur l’écoulement de leur production en circuits courts, les deux cogérants du Gaec Saint-Jacques sont en revanche un peu plus catégoriques. « Chez nous, vendre notre production laitière uniquement par ce biais est impossible, tout comme notre production d’œufs. On en produit 30 000 par jour. Sur ce nombre, seuls 600 sont vendus chaque jour grâce à notre distributeur automatique accessible aux consommateurs. Les filières courtes sont une solution, mais ne peuvent pas être la solution pour tous », considère Sébastien Stoessel. Il est vrai qu’avec les différents scandales liés aux marges des grandes surfaces, ou les problèmes de traçabilité (lasagnes à la viande de cheval ou dernièrement Lactalis), les GMS et par extension les filières longues ont perdu un peu de crédit aux yeux du grand public. Un contexte qui favorise le « boom » de la vente directe. Pourtant, la grande distribution est plus que jamais « indispensable » à l’agriculture, note André Bastady, gérant de la ferme Prim’Vert. « Nous produisons des œufs alsaciens, plein air, pour le marché alsacien. Sans les grandes surfaces, nous ne pourrions pas les vendre à une telle échelle. » Un produit identifié, ultra local et de qualité mais vendu dans le « grand magasin », ou comment appliquer les codes des filières courtes dans des filières plus longues.

Une recette qui semble porter ses fruits à en juger par le succès des yaourts A Güeter, cette marque lancée par des éleveurs laitiers du Sundgau et de Lorraine. En un peu plus de deux mois, 150 000 pots ont été vendus dans 200 enseignes de grande distribution. Et d’ici quelques semaines, ce sont 1 000 enseignes qui les proposeront à leurs clients. Une réussite qu’a tenue à mettre en avant Michel Rohrbach, responsable de la section lait de la FDSEA du Haut-Rhin, et l’un des instigateurs de cette marque de yaourts pour le coup 100 % régionale. « C’est un vrai yaourt Grand Est, avec du lait d’ici et de Lorraine, transformé à Nancy et avec des saveurs de nos territoires comme la pomme cannelle ou la mirabelle. C’est un produit de qualité, qui a une bonne image et qui permet de rémunérer le producteur à 50 centimes le litre de lait. Avec lui, nos éleveurs sont de nouveau motivés, et surtout fiers de voir leurs produits si appréciés par le public. »

Associer le rural et l’urbain

Cette dynamique positive, les élus invités samedi matin ont également pu la constater au sein du Gaec de la Verdure, à Ranspach-le-Haut, dont ils ont visité la nouvelle nurserie. Un bâtiment moderne et confortable qui a bénéficié de l’aide aux investissements pour la modernisation des bâtiments d’élevage, dont 35 938 euros financés par les Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural). Un soutien loin d’être anodin car, comme tient à le rappeler Sébastien Stoessel, « l’aide de la Région détermine parfois si la banque nous suit ou pas dans un projet ». Il se félicite aussi que les démarches liées au Plan bâtiment sont plus simples pour les exploitants depuis qu’il est géré par la Région Grand Est. « En tant que responsables professionnels, on est moins sollicités par les agriculteurs. C’est là qu’on voit si cela fonctionne ou pas. Il faut que ça continue dans ce sens. Aujourd’hui encore plus qu’hier, on a besoin de ce Plan bâtiment. » De nouveaux projets vont en bénéficier prochainement assure Patrick Bastian, président de la commission agriculture à la Région. « Un centre de conditionnement d’œufs regroupant 21 éleveurs de volailles va bientôt ouvrir à Brumath. Cela démontre une nouvelle fois le dynamisme de cette filière en Alsace. » Tous ces projets qui voient le jour dans les élevages alsaciens sont autant d’initiatives à soutenir politiquement pour préparer l’avenir insiste le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. « Dans les dix prochaines années, un éleveur sur deux va partir en retraite. C’est avec ce type d’initiatives qu’on peut redonner de la confiance aux jeunes qui souhaiteraient s’installer. »

La présence des élevages dans des territoires comme le Sundgau est un enjeu « vital » pour Jean Rottner. Mais pour maintenir cette activité agricole dans le temps, les exploitants devront innover d’une façon ou d’une autre. « C’est ce que montrent les différentes initiatives que vous nous avez présentées aujourd’hui. Il faut être agile pour créer de nouveaux produits et de nouveaux modes de commercialisation. Il y a une vraie nécessité d’innovation désormais, pas seulement technologique, mais bien plus vaste. Cette innovation, c’est aussi l’association du monde urbain avec le monde rural. On a tous besoin des uns et des autres. Et la Région Grand Est, plus que jamais, se doit de rester dans la proximité avec ses territoires pour les accompagner dans leur développement. »

Association des producteurs de céréales et oléagineux

Entre agacements et espoirs

Cultures

Publié le 21/12/2017

Pour le président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco), Thomas Obrecht, l’agriculture haut-rhinoise est aujourd’hui « à l’aube d’une nouvelle révolution ». Il va falloir lutter contre les ravageurs avec toujours moins de molécules, s’adapter à la Pac - ou pas -, et créer les systèmes de culture de demain. C’est l’ambition du projet Syppre mené par Arvalis Institut du Végétal (voir encadré). En attendant les résultats de cette démarche qui doit aboutir d'ici 2025, les céréaliers haut-rhinois doivent composer avec un contexte économique, environnemental et réglementaire qui ne leur facilite pas la donne au quotidien. Dans son rapport moral prononcé lors de la dernière assemblée générale de l’Apco, Thomas Obrecht ironise ainsi sur les « simplifications » qui mettent à mal la compétitivité de la ferme France. En premier lieu, les traités de libre-échange Ceta (avec le Canada) et Mercosur (avec les pays d’Amérique du Sud) qui font courir les agriculteurs du pays vers une « catastrophe », que ce soit d’un point de vue économique ou sanitaire. « Comment justifier l’importation de produits alimentaires traités avec 42 substances interdites chez nous ? D’un côté, on bride nos agriculteurs pour garder une image de la France façon carte postale, et de l’autre, on introduit discrètement des produits ne correspondant pas aux cahiers des charges européens. À croire que l’épisode du Fipronil n’a pas servi de leçon. En outre, les fermes de ces pays n’ont pas à subir un empilement de contraintes réglementaires comme nous en avons chez nous. C’est de la distorsion de concurrence. On ne joue pas dans la même cour », se désole Thomas Obrecht.

L’accès à l’eau pour tous

Pour conserver une filière céréalière performante dans le Haut-Rhin, Thomas Obrecht compte plus que la jamais sur le maïs (voir encadré), la seule culture « capable de tirer vers le haut les résultats des uns et des autres ». « C’est une plante merveilleuse qui, dans les plus brefs délais, devra être génétiquement capable de nous apporter une réponse quant à son potentiel de dessiccation. Cela devient certainement l’enjeu majeur de notre filière, et pour nous les paysans. Nous ne pourrons pas durablement, face aux pays de l’Est, face aux États-Unis, et autres pays d’Amérique Latine, souffrir d’un différentiel économique de plus de vingt euros à la tonne. Rappelez-vous 2016 et les décomptes finaux, regardez 2017 et l’impact du séchage, plus de quinze euros de différentiel pour certains exploitants », rappelle le président de l’Apco. Mais sans eau, point de salut pour les maïsiculteurs du département. Et ils sont encore nombreux à ne pas avoir accès à cette ressource si précieuse. « Nous devons apporter de l’eau là où c’est nécessaire. Pour y arriver, nous devons nous organiser collectivement pour rendre plus acceptables les coûts inhérents à l’irrigation. C’est à ce prix que notre agriculture pourra être plus performante Je tiens d’ailleurs à saluer l’engagement politique de la région Grand Est qui a débloqué des crédits pour développer l’irrigation là où le milieu l’exige. » Autre motif de satisfaction, la signature d’un arrêté ZNT (zone de non-traitement) le 8 septembre dans le département. « Grâce à un travail collaboratif avec la DDT et d’autres acteurs du territoire, nous avons su convaincre et faire reconnaître le travail engagé depuis deux ans. Ce qui prouve que notre réflexion va dans le bon sens. D’autant plus que de nombreux départements ont vu leur arrêté se faire attaquer par diverses associations environnementales. On peut donc féliciter ce travail mutualisé, et remercier l’ensemble des agriculteurs qui, par leurs analyses, ont permis de faire reconnaître le travail de la profession. »

Le soja et le colza gardent la cote

Si l’Apco compte beaucoup sur le maïs pour assurer le dynamisme des exploitations du département, elle peut aussi compter sur le colza et le soja, deux cultures qui réussissent à conserver une « certaine rentabilité » dans les assolements relève le représentant haut-rhinois au sein de la Fop (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux), Benjamin Lammert. « Ce n’est pas un hasard étant donné qu’il y a eu une volonté de structuration de ces filières », explique-t-il. Ainsi, 80 % du colza produit en France sert à la conception de bio diesel écoulé sur le marché européen. « Il y a une directive européenne sur les énergies renouvelables qui oblige les pétroliers à incorporer un pourcentage de bio diesel local dans les carburants conventionnels, ce qui fait que le prix du colza se maintient à un niveau important. » Il y a néanmoins de gros enjeux à l’heure actuelle dans cette filière puisque des discussions sont en cours à Bruxelles pour baisser le taux d’incorporation de ces bio diesels. « On fait tout pour empêcher cela. Mais si cela devait arriver, cela voudrait dire plus de biodiesel en Europe d'ici 2030 et la fin de la culture de colza. » Autre nuage qui menace la filière de colza française et européenne, l’autorisation d’importation de biodiesel venu d’Argentine. « Cela représenterait l’équivalent de la production française. Si cela devait arriver, cela voudrait dire la mise en sommeil des usines françaises sur la moitié de l’année prochaine. »

Concernant le soja, les cours mondiaux se maintiennent, la demande en tourteau de soja reste très forte, ce qui fait que les prix ont réussi à se maintenir. À ce titre, Benjamin Lammert rappelle l’existence d’autres débouchés pour la filière soja, en plus de la filière soja alsacienne qui est « intéressante » et « bien valorisée ». « Il ne faut pas s’interdire non plus de voir ce qui se fait dans les régions voisines, notamment à Chalons sur Saône où a été montée une usine pour produire du tourteau de soja non OGM. Le marché de l’alimentation animale non OGM est en train de se développer fortement. Et vu la demande qu’il y a, on n’est pas sûr de pouvoir répondre à la demande tourteau de soja non OGM d’origine française. » À noter également que la Fop travaille sur une charte « soja de France » qui doit permettre de tracer du producteur jusqu’au consommateur les sojas utilisés en alimentation humaine et animale. Ceci devrait être lancé à titre expérimental en 2018 et intensifié en 2019.

Nouvelle ligne de conditionnement à la cave d’Ingersheim

Un gain de performances, de réactivité et de place

Vigne

Publié le 20/12/2017

Avec sa nouvelle ligne de conditionnement vendue par Stevial, la cave Jean Geiler à Ingersheim a fait le choix de la « souplesse et de la réactivité ». Cette Isola 3 - Axipack fabriquée par la société italienne APE est le nouvel outil à tout faire de la cave coopérative, capable de mettre en carton 5 000 bouteilles par heure, de la petite 37,5 cl à la bouteille de crémant. Tous les effervescents de la cave sont d’ailleurs mis en caisse avec cette nouvelle ligne depuis sa mise en production il y a deux mois. Elle sert également pour toutes les cuvées spéciales, les vendanges tardives et les petits lots particuliers. Les grandes séries de production, comme les vins tranquilles destinés aux grandes surfaces, continuent à être mises en carton sur la grosse ligne de conditionnement située juste à côté.

Cette « encaisseuse, formeuse et fermeuse de carton » peut fonctionner de manière entièrement automatique ou semi-automatique en fonction des bouteilles et des lots à gérer. « C’est par exemple le cas pour les commandes où les bouteilles sont couchées dans le carton. Cela reste une opération à faire manuellement », explique Olivier Zink, technico-commercial chez Stevial. Pour les « encaissages » plus classiques, l’opérateur a juste besoin d’indiquer le gabarit des bouteilles dans la console de réglage, la machine fait le reste : le système de têtes avec préhenseurs prélève les bouteilles par les cols, la fermeuse plie les rabats et dépose un filet de colle qui scelle le carton. Le principal atout de cette ligne de conditionnement - outre sa grande polyvalence - est son « gabarit compact, idéal pour les espaces confinés », estime Olivier Zink qui ajoute que la cave Jean Geiler a non seulement gagné en encombrement, mais aussi en « finition, cadence et performance » avec ce modèle de la société italienne APE.

Une référence qui semble plaire dans le vignoble alsacien puisque la Maison Cattin et la cave de Wuenheim, pour ne citer qu’elles, ont aussi fait le choix de cette « ligne à tout faire ». Pour Stevial, c’est la prolongation d’un partenariat de plus de vingt ans avec la cave Jean Geiler qui avait déjà fait appel à la société de Bennwihr en juillet dernier pour l’achat de sa nouvelle étiqueteuse rotative de la marque - italienne une nouvelle fois - Cavagnino & Gatti. Une autre référence prestigieuse à mettre en avant pour Olivier Zink et son jeune collègue Yohann, nouveau technico-commercial venu renforcer l’équipe de Stevial.

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