Syndicat des maraîchers de Colmar et environs
Des « bons produits » et moins d’acheteurs
Syndicat des maraîchers de Colmar et environs
Cultures
Publié le 09/02/2018
Rester solidaire et ne pas « s’individualiser ». Pour le syndicat des maraîchers de Colmar et environs et son président, Serge Hanauer, seule cette attitude pourra maintenir le maraîchage dans la ville. Inscrite dans l’ADN de la Cité de Bartholdi depuis plusieurs siècles, l’activité maraîchère locale a progressivement périclité au cours des dernières décennies. Départs en retraite, urbanisation galopante ou concurrence de la grande distribution, les raisons de cet effritement sont nombreuses. Heureusement, entre l’aménagement du marché couvert il y a quelques années, l’instauration d’un nouveau PLU en 2017 qui accorde une « vraie place » au maraîchage, ainsi qu’un intérêt nouveau - ou retrouvé - des consommateurs pour des produits frais et de proximité, les maraîchers colmariens réussissent malgré tout à tenir le cap. Un regret cependant pour Serge Hanauer : l’absence des producteurs bios du secteur à l’assemblée générale du syndicat. Comme il le rappelle pourtant, « l’ensemble de la profession agricole rencontre les mêmes problèmes administratifs. Encore faut-il prendre le temps de défendre nos métiers. » Le bio, notamment dans le maraîchage, prend en effet de plus en plus d’importance dans la production alsacienne, avec 14 % des surfaces.
« Non, ça ira, mon voisin m’en a donné »
Mais quelle soit biologique ou raisonnée, l’activité maraîchère colmarienne a connu une année 2017 « riche en besogne ». « Après un début d’année relativement froid, nous avons pu commencer nos premiers semis dans de bonnes conditions. Le printemps nous a laissés entrevoir une bonne saison », explique Serge Hanauer. C’était avant les fortes gelées des 20 et 21 avril qui ont fait tant de dégâts dans de nombreuses filières alsaciennes. Si la viticulture et l’arboriculture ont subi les plus gros dégâts, le maraîchage a lui aussi souffert du froid. À Colmar, les températures enregistrées étaient de l’ordre de - 2,9 ° à - 5,1°. Au-delà de leur relative intensité, c’est surtout la durée de ces périodes de froid qui a fini par être préjudiciable. « Cela a perturbé les rotations de nos cultures et freiné considérablement l’ensemble de nos productions. Malgré le calendrier de rotations des cultures, certaines séries de salades sont arrivées à maturité en même temps. Quant aux petits radis, ils ont subi le même sort et ont obligé le producteur à vendre des grosses quantités en quelques jours, entraînant une rupture de production », détaille le président du syndicat. Par la suite, le printemps a « chahuté » certaines cultures comme la tomate ou la courgette qui ont eu des pics de productions importants. Résultat : une baisse des prix à le vente. Un phénomène qui a finalement été un leitmotiv durant toute cette année 2017 pour les maraîchers colmariens. « Lors de notre période estivale, qui d’entre nous n’a pas entendu, en proposant des salades, tomates ou concombres, les réflexions : « non, ça ira, mon voisin m’en a donné ». La production ayant également été abondante chez les jardiniers amateurs. » Autre facteur de baisse des ventes selon Serge Hanauer : la multiplicité des offres à destination des consommateurs. « Vente à la ferme, panier, magasin, mais également les offres de ventes par paniers proposés par des revendeurs non producteurs et non équipés pour le stockage des fruits et légumes… »
« La qualité paiera toujours »
Serge Hanauer s’agace aussi des contrôles parfois un peu trop zélés effectués par la Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles (Fredon) en Alsace. « Celle-ci se déplace régulièrement dans nos entreprises pour vérifier si nos cultures ne sont pas atteintes de virus. Le contrôle est une chose, mais est-il nécessaire que le technicien se couvre de la tête aux pieds avec une combinaison voyante pour se déplacer sur nos parcelles ? Qu’en pense le voisinage ? Nous ne sommes pas contre les contrôles, mais il faudrait garder un peu de considération pour le producteur. » Heureusement pour les maraîchers colmariens, les responsables politiques locaux témoignent une forte considération pour l’activité agricole si l’on se fie aux propos d’Yves Hemedinger, premier adjoint du maire de Colmar, Gilbert Meyer. « Lorsque nous avons bâti notre nouveau PLU, nous avons souhaité conserver l’équilibre entre ville et campagne qui fait partie des fondamentaux de notre ville. Nous avons veillé à ce que les activités maraîchères soient préservées. Concernant le manger local, il faut continuer à éduquer la population à cela. Consommer des produits de saison, cela passe par la pédagogie. Et à ce titre, les maraîchers ont un rôle essentiel à jouer, tout comme ils ont un rôle important dans notre économie. » Le député de la première circonscription du Haut-Rhin et conseiller départemental, Eric Straumann, est lui convaincu que le consommateur français est prêt à dépenser quelques centimes de plus pour acheter des produits locaux, garants pour la plupart d’une meilleure qualité. « C’est ce qui a été fait avec le fromage Comté, et ça marche. Je suis persuadé, qu’à terme, la qualité paiera toujours. » Une lueur d’espoir qu’a aussi entraperçu Robert Burgazentlen, maraîcher colmarien et gros producteur de champignons. « Autour de moi, je vois des jeunes qui se lancent dans la profession avec la volonté de faire des produits plus sains », témoigne-t-il. Pour un avenir en vert pour le maraîchage colmarien ?












