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Nicolas Bernard

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Apprentissage agricole dans le Haut-Rhin

Plus de 91 % de taux de réussite

Vie professionnelle

Publié le 20/12/2017

Plus les années passent, et plus l’apprentissage agricole confirme sa vitalité dans le Haut-Rhin. Le vendredi 15 décembre, 221 apprenants (sur 240) ont reçu leur diplôme lors de la traditionnelle cérémonie de remise organisée dans les locaux de la Maison de l’Agriculture, à Sainte-Croix en Plaine, soit un taux de réussite de 91,3 %. Un résultat qualifié « d’exceptionnel » par le directeur du CFA de Rouffach, Jean-François Maréchal, qui souligne que les résultats obtenus dans les quatre diplômes d’apprentissage (CAPA, Bac Pro, BTS, BPA) sont tous supérieurs aux moyennes nationales. Pour rappel, le taux de réussite n’était « que » de 76,3 % en 2013, soit quinze points de moins qu’aujourd’hui. Tous ces élèves sont issus des filières Vigne et Vin, Production Horticole, Production Végétale, Travaux Paysagers, Vente en Produits de Jardins, et Vente en Animalerie des établissements de Rouffach et Wintzenheim. Au total, ce sont 460 élèves qui se forment chaque année par le biais de l’apprentissage. Une « voie royale » estime le président du CFA de Rouffach, Xavier Schaeffer. « Le besoin en main-d’œuvre compétente sera de plus en plus en crucial. L’avenir est à vous », adresse-t-il au parterre d’étudiants venus recevoir leur précieux sésame. Le président de l’EPLEFPA (Établissement public local d’enseignement et de formation professionnelle agricole) Les Sillons de Haute Alsace, Marc Schneider, se félicite pour sa part de l’attractivité croissante de l’apprentissage. « C’est une voie très particulière où l’on se transmet des compétences, des connaissances et un état d’esprit, à l’image de ce qui s’est toujours fait dans le compagnonnage. » Enfin, le conseiller régional et président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Laurent Wendlinger, rappelle le fort besoin en apprentis au niveau de la région Grand Est. « Ces métiers ont de nombreux atouts et représentent un socle pour notre société. »

Coopérative Agricole de Céréales - Interview de Jean-Michel Habig

« Je veux des sourires sur les visages »

Cultures

Publié le 19/12/2017

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Jean-Michel Habig (JMH) : « J’ai quarante ans, je suis marié et père de trois enfants. Je suis exploitant à Ensisheim sur 130 ha. Je cultive du maïs grain, du blé tendre, du tournesol semences et un peu de prairies en bordure de l’Ill. Je suis président de la Caisse Accidents Agricoles du Haut-Rhin et membre du Bureau de la Chambre d'agriculture d’Alsace. »

PHR : Quand avez-vous intégré la Coopérative Agricole de Céréales et pourquoi avez-vous rejoint cette structure ?

JMH : « Je suis arrivé à la coopérative en 2006 en tant qu’administrateur stagiaire Jeunes Agriculteurs. J’ai ensuite poursuivi en tant qu’administrateur, avant d’être invité à rejoindre le Bureau et devenir vice-président. »

PHR : Pourquoi avez-vous accepté de prendre la présidence de la CAC ?

JMH : « J’aime que les gens se rassemblent autour d’un projet. J’ai accepté ce poste car je sais que je suis entouré de gens compétents et motivés, que ce soit parmi les salariés, les administrateurs et l’équipe de direction. »

PHR : Comment se prépare-t-on à occuper une telle responsabilité ?

JMH : « Il n’y a pas de préparation à proprement parler. Dans le cas présent, on est venu me chercher. J’ai toujours été franc et à l’écoute. Je pense que cela permet de gagner la confiance d’autrui. Après, je dirais que mon passage chez les JA a été très formateur. La présidence notamment, ça a été quelque chose. J’y ai approfondi une méthode de management. Puis j’ai eu la chance de rencontrer des gens très intéressants et d’une autre pointure lors de mon passage chez les jeunes agriculteurs coopérateurs. Et je n’ai pas fini puisque je pars me former pendant un an sur la gouvernance et le management. Je ne veux pas décevoir. »

PHR : C’est quoi pour vous l’esprit coopératif ?

JMH : « C’est comme une famille. On rassemble plusieurs personnes qui mettent des moyens en commun. Dans les moments difficiles, la coopérative est là pour aider. Ce que j’apprécie aussi, c’est que tout le monde y a sa place. Chaque voix compte. Celui qui est motivé et qui a la volonté de faire peut progresser et apporter sa pierre à l’édifice. »

PHR : La CAC s’est construite sur la monoculture de maïs. Un modèle mis à mal depuis plusieurs années avec, notamment, les obligations de rotation. Quelle place pour cette culture dans la filière céréalière haut-rhinoise de demain ?

JMH : « Je pense que la culture de maïs est loin d’être une chose finie, bien au contraire. Il y a des débouchés, des innovations et des nouveautés auxquelles la CAC croit beaucoup. Et chaque année, on gagne un quintal grâce aux progrès génétiques. Ce qui nous bloque en revanche, ce sont les contraintes - environnementales, économiques - que l’on nous met derrière. Dans ces conditions, nos semences n’ont pas la faculté d’exprimer leur plein potentiel. De l’autre côté, la demande sociétale n’est plus la même. On se doit d’apporter ce que le consommateur veut. Ce qui est paradoxal, c’est que l’Europe est importatrice nette de maïs, alors que cela devrait être l’inverse, surtout si l’on tient compte des besoins en eau et produits phytosanitaires bien moins importants qu’avec d’autres céréales comme le blé. »

PHR : Mais face à des prix bas comme ceux qu’on observe depuis bientôt cinq ans, comment les céréaliers haut-rhinois, et plus globalement français, peuvent-ils tirer leur épingle du jeu dans ce marché libéral et mondialisé ?

JMH : « Déjà, on peut très bien avoir à nouveau un maïs à plus de 200 euros la tonne, ce n’est pas impossible. La population mondiale continue d’augmenter, et il faudra bien la nourrir. Ensuite, je pense qu’il faut qu’on se démarque en apportant de la valeur ajoutée. C’est ce que nous faisons déjà à la CAC avec notre filière soja, et avec notre filière tournesol semences à laquelle nous consacrons 400 ha. Grâce à elle, nous sommes parvenus à créer un partenariat avec des apiculteurs, et du coup ouvrir un dialogue entre nos deux professions. »

PHR : La clé, c’est l’ouverture ?

JMH : « Plus que jamais ! Que ce soit avec d’autres professions, d’autres agriculteurs, ou à d’autres idées. Par défaut, un agriculteur est tout seul dans sa ferme, isolé des autres exploitants. En sortant de chez soi, en allant à la rencontre des autres, ça permet déjà de prendre du recul sur ses difficultés, surtout dans le contexte morose que vit la profession actuellement. L’ouverture, c’est aussi la possibilité d’évoluer, et d’accéder à de nouveaux challenges. Et c’est là que notre coopérative a un rôle important à jouer. Nous devons être capables d’emmener nos adhérents vers une évolution. Ils ont besoin de nouveaux défis pour s’émanciper. Mais pour y arriver, il faut sortir de chez soi, échanger avec les autres, être avec les copains. Pour aller plus vite, plus loin, il faut être à plusieurs. »

PHR : Avec d’autres organismes professionnels agricoles ?

JMH : « Je ne m’interdis rien. Beaucoup de gens font la même chose sans se concerter. Pour moi, c’est détruire la valeur. Si des synergies sont possibles dans certains domaines, je pense qu’il pourrait être intéressant de les étudier. Ce qui est certain, c’est que l’ouverture est l’une de mes plus grosses volontés en tant que président de la CAC. »

PHR : Vous parliez de l’évolution de la demande sociétale qui tend - entre autres - vers les produits issus de l’agriculture biologique. Une autre voie à explorer pour la CAC ?

JMH : « Une coopérative comme la nôtre se doit d’être en veille permanente pour être capable d’anticiper ce qui peut arriver demain. À un moment, on part dans une direction. Mais il faut toujours avoir à l’esprit que ça puisse aller dans une autre direction. Pour le bio, il n’y a pas, pour l’instant, assez de rentabilité pour construire un silo qui serait dédié. En revanche, grâce à notre partenariat avec Probiolor, nous apportons une réponse à nos adhérents qui voudraient se lancer dans cette filière. Et en interne, nous avons un nouvel administrateur stagiaire qui est personnellement engagé dans le bio. Il est force de proposition sur le sujet. »

PHR : Comment voyez-vous la céréaliculture d’ici cinq à dix ans ?

JMH : « Je pense que la robotique, les capteurs qui permettent de travailler jour et nuit, les drones ou la modulation de dose feront partie de notre quotidien. Nous allons vivre une révolution équivalente à l’apparition de la mécanisation dans nos campagnes. L’enjeu va être d’expliquer tout cela au grand public et à nos politiques. À ce niveau-là, c’est l’ensemble de la profession agricole qui doit travailler sur le sujet. »

PHR : Dans sa dernière interview au PHR, votre prédécesseur, Thomas Thuet, regrettait que le siège social de la CAC n’ait pas évolué durant sa mandature. Qu’en pensez-vous ?

JMH : « C’est vrai que la disposition du site n’est pas idéale avec ses deux bâtiments. Pour moi, une famille vit sous le même toit et ne doit pas être séparée. On a quelque chose en réflexion. Mais un tel investissement ne peut pas non plus se faire du jour au lendemain. Tôt ou tard, on y viendra. »

PHR : A titre personnel, que souhaitez-vous apporter à la CAC ?

JMH : « Le plus important pour moi est que le jour où je partirai, les gens aient des sourires sur leurs visages, qu’ils soient heureux de faire leur métier, et qu’ils en vivent bien. C’est ça le plus important. »

Option Hippologie-Équitation au lycée agricole de Rouffach

« On attire un public différent »

Vie professionnelle

Publié le 16/12/2017

Grâce au cheval, le lycée agricole de Rouffach attire un nouveau public. Depuis la rentrée 2016-2017, l’établissement propose une nouvelle option Hippologie-Équitation destinée aux élèves de seconde générale, de première et terminale scientifique, et de première et terminale technologique. « C’est un argument de plus pour attirer un public différent dans notre établissement », souligne Jérôme Fontaine, directeur adjoint du lycée, et porteur du projet.

Cette option a pu voir le jour grâce à un partenariat entériné avec le centre équestre de Rouffach et son directeur adjoint, Frédéric Seiler. Ce centre est l’un des services de l’Esat (Établissement et service d’aide par le travail). Cette structure médico-sociale est gérée par l’association Santé Mentale Alsace qui est spécialisée dans l’accompagnement de personnes en situation de handicap physique.

« Nous faisons évoluer la sociologie du lycée »

L’option Hippologie-Équitation est ouverte aux élèves pratiquant l’équitation depuis au moins deux ans. Ils sont 33 cette année divisés en trois groupes ; ils étaient 17 l’an passé. Cet enseignement comprend une partie théorique (gestion d’un élevage, connaissance de l’animal, etc.), dispensée au lycée de Rouffach, et des séances pratiques organisées tous les mercredis après-midi au centre équestre. Elles sont dispensées par un moniteur d’équitation diplômé, et visent à apprendre des exercices (dressage, saut d’obstacle) et du perfectionnement (assiette du cavalier, dressage). Comme toute option, les notes récoltées sont comptabilisées dans l’obtention du baccalauréat. « Pour certains, ça permet de décrocher l’examen, pour d’autres, d’obtenir une mention, notamment pour ceux en filière S », explique Jérôme Fontaine.

Il aurait pu préciser pour « certaines » au vu du profil quasi uniquement féminin des élèves qui ont choisi cette option. De ce fait, le ratio garçons/filles a tendance à s’équilibrer au sein de l’établissement, tout comme le rapport entre les élèves issus du monde rural et ceux plus urbains. « Nous faisons évoluer la sociologie du lycée. De plus, c’est une option qui fait parler de nous. C’est une alternative aux offres classiques », poursuit le directeur adjoint. C’est ainsi que des jeunes qui viennent pour l’option Hippologie découvrent qu’il y a une filière S classique dans le lycée et, inversement, certains déjà engagés dans une filière S dans un autre établissement rejoignent Rouffach pour cette option.

C’est par exemple le cas de Lisa, actuellement en terminale S. Cette passionnée de cheval depuis la tendre enfance est arrivée au lycée en classe de première, attirée par la perspective de pouvoir faire du cheval tout en poursuivant ses études. « C’est clairement ce qui m’a donné envie de venir. Maintenant, je peux concilier mes études et ma passion », se satisfait-elle. Même cas de figure pour Clara. Arrivée cette année en seconde générale, elle peut, grâce à cette option, pratiquer le cheval une deuxième fois dans la semaine, en plus des concours auxquels elle participe les week-ends. Et il y a un argument de poids : le prix. L’option ne coûte « que » 150 € par trimestre contre près de 10 000 € par an pour une filière sports études dédiée à l’équitation. Sans regret cependant tant les débouchés professionnels dans le secteur équin restent limités.

Atout viticole - ACS Andelfinger

La passion de la conduite et des vignes

Technique

Publié le 14/12/2017

Depuis 2010, Jérémy Flory mêle passion de la conduite et amour des vignes. Après douze ans passés au volant de poids lourds, il décide de créer son entreprise de travaux viticoles et d’en faire son activité principale. « J’ai découvert le milieu de l’agriculture et de la viticulture quand j’étais enfant auprès d’un exploitant de mon village. Très vite, je l’accompagnais pour la plupart de ses travaux. C’est comme ça que la passion est née. » Basée à Soultzmatt, la structure qu’il a appelé « Atout Viticole » est capable de réaliser la plupart des travaux mécaniques requis dans les vignes : le prétaillage, le broyage, les labours, le palissage, le rognage, le débroussaillage de talus et terrasses, et la vendange mécanique. Il intervient principalement dans le secteur de Soultzmatt, Westhalten et Orschwihr, ainsi qu’au domaine Schlumberger, à Guebwiller, qui reste l’un de ses plus gros clients. Pour la partie débroussaillage de talus et de terrasses qui représente une part importante de son activité, il se déplace même jusqu’à Barr. Il effectue au total 1 700 heures de travail par an si on inclut la partie vendange mécanique. Un gros volume de travail qui permet l’ETA Atout Viticole d’être une entreprise rentable pour son créateur. Celui-ci réfléchit éventuellement à la développer en embauchant un salarié. « Pour le moment, je suis en pleine réflexion à ce sujet. Cela amène beaucoup de questions. Et puis il faut trouver la bonne personne », ajoute-t-il.

Depuis ses débuts, il fait confiance à la marque New Holland dont il salue le « très bon rapport qualité prix ». C’est la concession ACS Andelfinger, de Waldighoffen, qui lui fournit ses machines. Dernière en date : le tout nouveau tracteur vigneron T4.100V. Parmi ses points forts, Jean-Christophe Schmitt, responsable commercial chez ACS Andelfinger, souligne l’apparition du système Common Rail qui permet de réguler le régime moteur, d’un nouveau système de filtration à charbon actif qui permet une pressurisation et une étanchéité complète de la cabine, ainsi qu’un poste de conduite plus spacieux. Par rapport au modèle sorti d’usine, ACS Andeflinger a opéré quelques modifications pour répondre aux besoins de Jérémy Flory. Pendant dix jours, c’est Guillaume, l’un des mécaniciens de la concession, qui a réalisé ces personnalisations : modification de la largeur du tracteur pour la ramener à 1 m 07, remplacement du mono levier électrique par un mono levier hydraulique qui offre plus de « souplesse d’utilisation ». De quoi satisfaire la passion de la conduite de Jérémy Flory et son amour des vignes.

ID3A-Fraîcheur d’Alsace et Hyper U

La garantie du prix, du volume et de la fraîcheur

Vie professionnelle

Publié le 14/12/2017

Le 8 décembre, l’exploitation ID3A-Fraîcheur d’Alsace, située à Balgau, a signé avec l’enseigne Système U une contractualisation garantissant un prix annuel et un volume d’achat, dans un contexte national de rénovation des relations commerciales marqué par les États généraux de l’alimentation et les Assises régionales de l’alimentation menées au niveau du Grand Est. Pendant trois ans, ID3A-Fraîcheur d’Alsace - qui a déjà signé un contrat similaire avec les enseignes Carrefour au mois de juillet - s’engage à livrer 500 000 salades et 300 000 bottes de persil par an aux magasins U. En retour, l’entreprise dirigée par Claude Keller est assurée d’être payée avec un tarif fixe qui lui permet de couvrir ses frais de production, et bien évidemment, de générer une marge.

Une avancée saluée par le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), Pierre Lammert, qui rappelle que l’interprofession travaille depuis des années « aux bonnes relations entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs ». Le lien qui unit ID3A-Fraîcheur d’Alsace et Système U n’est pas nouveau ; cela fait 25 ans que les deux entités travaillent ensemble. « Nous avons accompagné le développement de cette enseigne », rappelle Claude Keller qui justifie ce rapprochement par les relations humaines qui se sont tissées. « Le fait de pouvoir échanger, et expliquer quand on a des problèmes, c’est important. Et cela permet d’instaurer progressivement un climat de confiance. » À ce titre, les cosignataires de ce contrat ont prévu de se voir une demi-journée par an pendant les trois ans que dure le contrat pour évoquer ensemble ce qui a fonctionné, et ce qui a moins fonctionné.

La contractualisation pour sécuriser les approvisionnements

Claude Keller voit cette nouvelle contractualisation comme un accord « gagnant-gagnant-gagnant » : le producteur est assuré d’avoir des prix rémunérateurs, le distributeur a la certitude d’avoir le volume dont il a besoin, et le consommateur la garantie de produits ultra-frais (les salades cueillies le matin sont sur les étals l’après-midi). Surtout, Claude Keller dispose d’une visibilité qui lui donne les moyens de réaliser des investissements, le cas échéant. Du côté de Système U, son vice-président, Dominique Schelcher, souligne que l’enseigne est engagée depuis longtemps auprès des producteurs avec des contractualisations, la limitation des promotions qui prennent des proportions « exagérées », et la définition d’un nouveau seuil de vente à perte. Convaincu de la pertinence d’une telle politique, il espère désormais que la charte d’engagement « pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières agroalimentaires françaises », signée le 14 novembre, devienne une loi. Ce qui devrait être le cas étant donné qu’une loi sur « l’équilibre des relations commerciales et la juste répartition de la valeur » pourrait être votée début 2018.

En attendant un éventuel texte législatif, le groupe Système U entend bien poursuivre cette politique de contractualisation avec les producteurs. Échaudés par les ruptures des approvisionnements en beurre observés ces dernières semaines, malgré des contrats signés avec des industriels, les dirigeants de Système U ont désormais la ferme intention de sécuriser leurs approvisionnements. « Si on ne le fait pas, on risque d’aller au-devant de difficultés. Demain, cela peut être la viande, les œufs ou les produits bios. C’est pour cela que nous croyons beaucoup aux contrats que nous signons avec des entreprises comme ID3A. Ce n’est que le début pour nous », prévient Dominique Schelcher.

Coopérative Agricole de Céréales - Interview de Thomas Thuet

« L’utopie d’aujourd’hui est souvent la vérité de demain »

Cultures

Publié le 13/12/2017

Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Vous quittez la présidence de la CAC après en avoir assuré la présidence pendant onze ans. Quel bilan faites-vous de cette expérience ?

Thomas Thuet : « Déjà, je peux dire que je suis assez fier d’avoir pu contribuer tout au long de ma carrière à la mise en place d’une filière maïs forte qui nous a placés parmi les meilleurs en termes de rendements, avec une infrastructure très performante, et le développement de compétences très techniques au sein de notre coopérative.

Concernant mon mandat de président, je retire plusieurs satisfactions : le maintien de l’outil en l’état, le regroupement avec la coopérative de Wintzenheim, le maintien de bonnes relations avec notre partenaire allemand ZG Raiffeisen et le développement de Wurth, la remise en place des silos de Carspach et Ensisheim, la centrale photovoltaïque installée sur notre siège avec le regret cependant de ne pas avoir transposé cette initiative chez les adhérents, et le fait d’avoir réussi à garder une certaine cohésion dans nos structures malgré certaines difficultés. Et même si on a dû arrêter Optisat, cela reste à mon sens une initiative positive qui nous a permis d’accumuler de l’expérience et d’aller plus loin dans la compréhension et la maîtrise des nouvelles technologies. Je prends comme exemple la modulation de semis de maïs qui est une grande avancée et une première étape vers l’amélioration d’autres pratiques comme le désherbage ou la fertilisation. Je pense à ce titre que la structure Recherche et Développement restera un pilier pour le développement de la CAC. »

PHR : Des regrets ?

Thomas Thuet : « Outre la baisse des résultats de la filière qu’on observe depuis quelques années, je regrette que la direction n’ait pas mis en route l’évolution de notre siège social. Aucune structuration n’a été faite depuis trente ans, et certains bâtiments datent des années 1960. Je pense qu’on n’attire - et on ne conserve - pas des gens compétents si on ne peut pas les accueillir décemment. C’est un minimum de correction de donner des bonnes conditions de travail. Je suis très attaché à mon environnement, qu’il soit humain ou naturel. Si on veut construire sur le long terme, c’est plus agréable d’avoir des collaborateurs qui se sentent à l’aise, et qui ont la possibilité d’évoluer en interne. On a eu des départs qu’on n’aurait pas dû avoir. Et je pense qu’il faut être capable de conserver une certaine continuité dans une entreprise. Je pense aussi qu’on aurait peut-être pu faire davantage de choses dans les filières courtes que ce qu’on a fait. Mais bon, tout est possible encore. »

PHR : Les filières courtes justement, la bio, l’agroforesterie ou la permaculture sont des formes d’agriculture de plus en plus en vogue dans la société. Dans tout cela, quelle peut être la place d’une filière céréalière plus classique construite autour de la culture de maïs ?

Thomas Thuet : « Déjà, je tiens à préciser que je suis ouvert à toute forme de diversification à partir du moment où l’on a suffisamment de preuves scientifiques de leur efficacité tant agronomique qu’économique. Pour l’instant, je n’ai pas vu une nouvelle filière suffisamment solide et rentable dans laquelle nous pourrions engager tous nos adhérents. Le bio par exemple, c’est bien à titre individuel. Tant que cela reste marginal, les prix restent élevés. Mais y aller collectivement c’est plus compliqué. On peut critiquer la culture céréalière conventionnelle, mais en un siècle, elle a permis d’accompagner l’explosion démographique au niveau mondial sans que l’on ait vu la famine augmenter. De l’autre côté, on accuse les agriculteurs d’avoir appauvri les sols alors qu’on est passé de 14 quintaux après la guerre à 120 quintaux aujourd’hui. Il faut m’expliquer où on a détérioré les sols. Qu’on ait eu un certain impact et qu’on trouve des traces de ce qui a été utilisé, OK. Mais ensuite, c’est un choix de société, qu’est-ce qu’on accepte et qu’est-ce qu’on n’accepte pas ? On nous annonce neuf milliards d’habitants en 2050, comment faisons-nous dans ce cas ? »

PHR : Pourtant, le nombre d’exploitations en agriculture biologique et la demande sociétale vers ce type de filière ont tendance à augmenter…

Thomas Thuet : « Aujourd’hui, le rendement de blé bio est au moins un tiers plus faible que celui de la production conventionnelle. Et encore, on peut utiliser du fumier conventionnel. Le problème est de savoir où est-ce qu’on cherche l’azote bio ? On n’a pas la réponse. C’est un élément fort pour réussir à augmenter les rendements. Le problème est qu’on réagit trop à l’émotionnel, et non avec des connaissances. Et c’est avec des connaissances et du savoir qu’une agriculture se construit. Si tous les grands pays ont choisi le maïs, c’est pour des rendements sécurisés, et une utilisation plus faible d’intrants. Alors développer autre chose, oui, mais quoi ? Il faut laisser plus de temps à la recherche pour être capable de nous guider. Il faut qu’on puisse expérimenter et sécuriser le système avant de dire à tous nos agriculteurs d’y aller. À titre personnel, j’ai moi-même testé quelques pistes, et je continue à le faire. Mais pour le moment, je reste dubitatif sur ces alternatives. Peut-être étais-je trop imbriqué dans la filière du maïs efficace dès le départ, et du coup j’ai peut-être un peu de mal à imaginer autre chose. »

PHR : Un autre modèle agricole par exemple ?

Thomas Thuet : « Comme je l’expliquais lors de la dernière assemblée générale de la CAC, l’agriculture vit un moment charnière de son existence. Il y a des éléments sur lesquels s’appuyer comme les nouvelles technologies. Avec elles, je suis persuadé que des possibilités vont s’offrir à nous. On a par exemple pu le voir avec la modulation des semis de maïs. Pour d’autres solutions ? Je ne sais pas. Je souhaite que les jeunes soient suffisamment imaginatifs pour y arriver. Peut-être arriverons-nous à une synthèse intelligente des avantages de chaque type d’agriculture. Pour ma part, j’ai fait le choix durant ma carrière et ma présidence à la tête de la coopérative de défendre mordicus ce qui marchait bien tout en ayant le regard suffisamment large à des diversifications qui pourraient fonctionner. Car une filière, aussi solide soit-elle, peut très bien disparaître. On l’a vu avec l’industrie textile dans le département. »

PHR : La céréaliculture haut-rhinoise et plus globalement alsacienne reste quand même l’une des plus performantes de France, si ce n’est la plus performante en maïs…

Thomas Thuet : « C’est vrai. Mais quand je vois les revenus de nos exploitants chuter, je suis inquiet. Quand je vois la progression de la Chine et de la Russie sur le marché mondial du blé, je suis inquiet. En maïs, les États-Unis nous ont vraiment devancés parce qu’ils ont mis des technologies dans les semences. Après, comment s’inscrit-on dans cette mondialisation ? Cette réponse appartient aux politiques. Dans cet équilibre mondial, est-ce que l’alimentation reste une arme ou un devoir de citoyen du monde à essayer d’équilibrer les choses ? Cela fait beaucoup d’incertitudes à l’heure actuelle. »

PHR : Il y a tout de même des motifs d’espoir non ?

Thomas Thuet : « Dans les années 1970, on entendait déjà des discours catastrophistes sur la fin du pétrole ou la surpopulation pour les quarante prochaines années. Alors, avec l’expérience, je peux relativiser un certain nombre de choses. Je pense que donner un confort de vie acceptable à tout le monde tout en devenant plus économe serait déjà pas mal, et possible. L’agriculture devra certainement trouver un équilibre entre ses filières, avec la société et la nature. Pour que notre agriculture continue à exister, nous devrons économiser le patrimoine le plus important : la nature, la biodiversité et les terrains agricoles. Certains pourraient dire que c’est une utopie. Mais l’utopie d’aujourd’hui est souvent la vérité de demain. Sans se projeter, on n’avance pas. »

PHR : Et vous, comment vous projetez-vous maintenant que vous prenez un peu de recul avec la coopération agricole ?

Thomas Thuet : « Déjà, je resterai présent au sein du conseil d’administration de la CAC pendant encore deux ans. Si le président a besoin de moi pendant cette période, je serai bien évidemment à sa disposition. Sur le plan plus personnel, je pense que je vais consacrer plus de temps à ma famille. Avec mes différentes responsabilités, j’ai souvent privilégié l’engagement syndical et professionnel. Et puis je vais continuer à travailler sur notre exploitation pour soulager mon fils et lui permettre d’assurer ses propres engagements. Et je continuerai quelques expérimentations, je pense qu’il faut savoir rêver un peu pour pratiquer le métier d’agriculteur. »

Intervention de François Bernier, enseignant chercheur en biologie moléculaire

« Les plantes répondent aux critères de l’intelligence »

Cultures

Publié le 08/12/2017

« Quand vous irez faire votre moisson, vous verrez peut-être vos plantes différemment. » François Bernier, enseignant chercheur en biologie moléculaire à l’université de Strasbourg, adresse aux adhérents de la CAC une drôle de prédiction. Son exposé, présenté en clôture de l’assemblée générale extraordinaire de la coopérative, apporte un regard nouveau sur les végétaux et la manière dont ils fonctionnent. Plusieurs chercheurs ont en effet essayer de démontrer que ces derniers disposaient bel et bien d’une intelligence qui leur était propre. Un sujet très nouveau qui fait la une du dernier numéro du magazine Science et Vie, actuellement en kiosque.

Les plantes voient les couleurs, pas les images

Avant toute chose, il convient d’abord de définir ce qui caractérise l’intelligence. « C’est le fait de connaître, de savoir, de communiquer, d’être conscient d’élaborer des stratégies, de résoudre des problèmes, de percevoir son environnement, de se souvenir, de classer, de hiérarchiser et de prendre des décisions », détaille François Bernier. Une fois ce postulat établi, il faut éviter les pièges de l’anthropomorphisme, à savoir prêter aux êtres vivants des comportements et sentiments humains, et ainsi ne voir l’intelligence que par ce seul prisme. C’est ce qu’on fait les différents scientifiques qui ont travaillé sur le sujet. Pour commencer, il faut déjà savoir si les plantes savent ce qui se passe autour d’elle, la « première étape de l’intelligence » note François Bernier. « Est-ce qu’elles voient ? Si oui, comment ? Et que voient-elles ? » Les plantes sont en effet dépourvues d’œil comme les animaux ou les humains peuvent l’être. Elles disposent en revanche de photorécepteurs sensibles à des longueurs d’onde, comme ceux qu’on peut trouver dans nos yeux. « Nous savons ainsi qu’elles peuvent voir les couleurs, pas les images. Contrairement à nous, elles n’ont pas un cerveau qui leur permet de traiter ce qu’elles voient. » Les plantes sont également sensibles à l’alternance jour/nuit, et savent détecter la présence d’autres plantes. On peut citer comme exemple la cuscute, un parasite végétal qui sait faire la différence entre un plant de blé et un plant de tomate autour duquel il viendra s’enrouler.

« Les plantes qui ont inventé la guerre chimique »

Deuxième question à se poser : les plantes sont-elles capables de sentir comme nous le faisons avec notre système olfactif ? Là encore, la réponse est affirmative comme l’illustre François Bernier : « On utilise de l’éthylène pour faire mûrir les bananes importées d’autres pays. Et si nous mettons un autre fruit à côté d’une banane ayant baigné dans ce gaz, on se rend compte qu’il mûrit plus vite qu’un fruit identique qui est isolé. » Ensuite, les chercheurs ont établi que les plantes savaient sentir le goût comme les humains, mais sans papilles gustatives. Leurs racines savent en effet détecter les éléments nutritifs présents dans le sol et ainsi se frayer un chemin jusqu’à eux. Les plantes savent aussi communiquer entre elles et avec leur environnement, même si elles n’émettent pas de son pour ce faire. Une communication chimique qui permet de détecter des plantes et des bactéries dans le sol, mais aussi une communication par les odeurs ou les couleurs pour attirer à elles les insectes pollinisateurs. Elles sont également capables d’émettre un signal de détresse quand elle est attaquée en produisant du salicylate de méthyle, considéré comme « l’aspirine de la plante ». « Cela devient un système de défense contre les pathogènes. En clair, ce sont les plantes qui ont inventé la guerre chimique », fait remarquer François Bernier. Un autre élément essentiel qui confirme l’intelligence des plantes est leur capacité à se souvenir. Une plante carnivore par exemple doit être touchée à au moins deux endroits différents en moins de trente secondes pour se refermer. « Ce qui veut dire que la plante se rappelle avoir été touchée une première fois. »

De la mémorisation à la prise de décision

Si on ne peut pour l’instant pas prouver que les plantes aient conscience d’être des plantes - comme les hommes -, on sait en revanche qu’elles ont conscience de l’endroit où elles se trouvent. « Elles détectent la lumière et sont capables de toucher. En fonction de cela, elles sont capables d’évaluer si cet environnement est propice à leur développement. On observe ainsi des plantes qui se développeront pour aller chercher davantage de lumière. » Car, oui, les plantes sont capables de prendre des décisions. Lors du fleurissement, elles peuvent être confrontées à plusieurs facteurs contradictoires leur indiquant que c’est le moment ou non de déclencher cette étape. Idem pour la graine qui prend la décision de germer en fonction des informations dont elle dispose. Encore plus étonnant, les plantes sont capables de transmettre des informations d’une génération à l’autre. « On a ainsi observé que deux groupes de plantes dont les parents avaient poussé respectivement à 10° et 30° présentaient des différences de taille lors de leur croissance alors qu’ils étaient disposés côte à côte. C’est ce qu’on appelle la mémoire épigénétique, une façon de transmettre à la génération suivante les stress accumulés dans la vie. » Dans le même registre, les chercheurs ont aussi observé des arbres qui produisaient un insecticide un an après avoir été infestés alors même qu’aucun insecte n’était présent à ce moment-là.

Tous ces faits observés sont pour François Bernier la preuve que les plantes répondent bien aux critères de l’intelligence avec une notion de conscience qui est bien là, une capacité à communiquer, à prendre des décisions, à se défendre et à mémoriser. En revanche, les travaux menés par ces scientifiques n’ont pour l’instant pas démontré que les plantes entendaient. « Même si des expériences prouveraient l’influence de la musique sur la plante, les recherches qui ont été menées sur le sujet ont plutôt démontré que les plantes n’entendaient pas. Du coup, il vaut mieux continuer à les arroser et à leur donner de l’engrais. » Même pourvue d’intelligence, une plante a des besoins de plante.

Premier lancement des champignons d’Alsace

« La proximité et la fraîcheur sont nos atouts »

Cultures

Publié le 07/12/2017

Pas besoin d’aller jusqu’à Paris pour trouver de bons champignons. À Colmar, la Ferme Burgaentzlen propose depuis plus de 35 ans des produits au moins aussi bons, la fraîcheur et la proximité en plus. « On était précurseur, on a dû tout apprendre sur le tas », témoigne Robert Burgaentzlen, lors de la première journée de lancement organisée le 23 novembre par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). C’est Melmin Holzic qui gère quotidiennement la Ferme Burgaentzlen. Venu du Monténégro avec son épouse, il a pris le relais de Robert Burgaentzlen il y a dix ans. « Mes enfants ne souhaitaient pas continuer. Grâce à Melmin, cette exploitation maraîchère peut continuer à exister. »

Contrairement aux champignons qui poussent en région parisienne, ceux de l’exploitation colmarienne poussent dans trois salles où l’humidité, la lumière et la température sont soigneusement calibrées pour permettre un développement optimal. Le tout sans le moindre traitement, insecticide ou fongicide. « On n’est pas bio, mais c’est tout comme », poursuit-il.

Une fraîcheur « inégalable »

La production de champignons représente 30 % du chiffre d’affaires de l’exploitation devant les endives (25 %), les salades (25 %), et les légumes de saison. Environ 4 tonnes sont produites chaque semaine pendant 10 mois. En juillet et août, la production s’arrête, la rentabilité n’étant plus intéressante au vu des frais de climatisation nécessaires pour maintenir une température adéquate. Les cueillettes se font en continu du lundi au samedi, garantissant une fraîcheur « inégalable » lors de la livraison dans les différents points de ventes (grandes surfaces colmariennes, marchés mulhousiens, restaurateurs par le biais de Metro).

Si elle bien représentée à Colmar, la culture de champignons alsacienne dispose aussi d’un ambassadeur de qualité dans le Bas-Rhin avec Martin Schwaerderlé. Depuis plus de vingt ans, son exploitation située à Geispolsheim produit 40 tonnes de pleurotes et de lentins du chêne tous les ans. Contrairement à la Ferme Burgaentzlen, la quasi-majorité de la production (environ 95 %) de Martin Schwaerderlé est transformée directement pour être vendue dans des plats sous la marque Champichoux. Tourtes, nems, quiches, salades, spaetzle, lasagnes ou apéritifs font partie des nombreux produits vendus, là encore, en circuit court. « Cela fonctionne car les consommateurs souhaitent un produit du terroir sur lequel il habite. D’où l’intérêt de continuer à communiquer sur les territoires plutôt que sous une étiquette Grand Est », ajoute le président de l’Ifla, Pierre Lammert.

Dephy Tour. Ferme Wild à Merxheim

Une « prise de risque » payante

Cultures

Publié le 07/12/2017

« Ce n’est pas réservé à une élite. » En tant qu’animateur du réseau des fermes Dephy dans le Haut-Rhin, Jean-François Strehler commence à avoir un certain recul sur la faisabilité de réduire ou non l’utilisation des produits phytosanitaires au sein de son exploitation. Comme il l’explique en préambule des portes ouvertes organisées le 22 novembre à la ferme Wild, à Merxheim, 70 % des fermes du réseau Dephy au niveau national ont réussi à diminuer leur IFT (indice de fréquence de traitement). Et, pour 80 % d’entre elles, cette baisse d’IFT n’a pas entraîné de baisse de la marge brute. Dans plusieurs cas, celle-ci s’est même améliorée. Ce dont peut témoigner Jean-Marc Wild, qui fait partie des treize fermes volontaires Dephy du Haut-Rhin.

L’apparition de la chrysomèle comme élément déclencheur

Au départ, c’est l’apparition de la chrysomèle en 2003 qui l’a poussé à diminuer ses intrants. « En raison des problèmes de trésorerie rencontrés cette année-là, j’ai commencé à réduire leur utilisation », se rappelle-t-il. Aujourd’hui, il n’utilise plus que 10 % de la quantité de phosphore et de potasse qu’il appliquait à cette époque. Il poursuit dans cette démarche en 2007 lorsqu’il abandonne la betterave pour faire plus de maïs, soit 80 hectares sur les 100 que comptait son exploitation. Comme il le souligne, « le maïs est la culture qui utilise le moins de produits phytosanitaires : il n’a pas besoin de fongicide, et on peut pratiquer la lutte intégrée. Je suis passé de deux palettes de produits phytosanitaires pour la betterave à une demi-palette pour le maïs. » En 2008, il souscrit à une MAET, puis, en 2010, il crée un GIE avec dix autres agriculteurs pour installer un réseau d’irrigation permettant d’alimenter en eau 230 ha à Merxheim et alentours.

Depuis qu’il a intégré le réseau Dephy, Jean-Marc Wild a considérablement fait évoluer son système de culture passant d’une monoculture de maïs à un système 5 maïs + 1 blé (arrêté chrysomèle de 2011), puis ajoute du tournesol semences en 2013, pour arriver à un système MAEC en 2016 avec cinq cultures différentes (maïs sur 60 ha, blé sur 20 ha, tournesol semences sur 10 ha, soja sur 10 ha et pommes de terre sur 10 ha).

Des leviers « accessibles à tous »

Les résultats présentés à ces portes ouvertes couvraient une période allant de 2014 à 2016. Trois années pendant lesquelles Jean-Marc Wild a réussi à maintenir un IFT toujours inférieur à l’IFT de référence, que ce soit en blé, en maïs et en soja, même si les résultats sont moins parlants sur cette dernière culture étant donné le manque de recul comparé aux deux autres. Pour y parvenir, il a utilisé plusieurs leviers. Le premier, c’est « les yeux », confie Jean-François Strehler. « On commence déjà par aller observer directement dans la parcelle s’il y a des maladies et des mauvaises herbes. Ensuite, il y a des outils comme le Bulletin de santé du végétal, le Flash Culture, des brochures ou des logigrammes qui indiquent s’il faut traiter ou non. »

Pour lutter contre les adventices et les ravageurs sur ses blés, Jean-Marc Wild sème habituellement après le 20 octobre. « Il n’y a ainsi pas de levée de mauvaises herbes à l’automne, ou très peu, et pas de problème de pucerons. Dans ce cas, on peut faire l’impasse sur le désherbage chimique au printemps qu’on compense avec un passage de herse étrille quand c’est possible. » Jusqu’à maintenant, Jean-Marc Wild faisait l’impasse sur le traitement contre la pyrale pour ses maïs. Mais suite à une forte pression observée en 2017, il envisage d’utiliser des trichogrammes lors de la prochaine campagne. Contre la verse, il est très attentif à ses choix variétaux. Un point également essentiel lorsqu’il s’agit de lutter contre la septoriose et la fusariose. Il est aussi attentif à la densité de semis et utilise presque systématiquement le binage dans ses parcelles de maïs. « Ce sont des leviers utilisables par tout un chacun », insiste Jean-François Strehler. Concernant les traitements, il convient de les faire au bon moment et dans les bonnes conditions pour qu’ils soient réellement efficaces. « S’il y a un peu de vent, s’il fait trop chaud, ou s’il n’y a pas assez d’hydrométrie, je n’y vais pas. La plupart du temps, je dois traiter la nuit pour que ce soit vraiment efficace. Et pour le maïs, je n’y vais qu’à partir du stade 2-3 feuilles », révèle Jean-Marc Wild.

Moins de charges, plus de marge

En réduisant son IFT, l’exploitant de Merxheim obtient toujours de très bons rendements, bien que légèrement inférieurs à ceux fournis par le service économie et gestion de l’entreprise (EGE) de la Chambre d'agriculture pour des exploitations de typologie similaire à celle de Jean-Marc Wild. Un écart de quelques quintaux qui ne nuit pourtant pas à la marge brute finale de l’exploitation (voir tableaux). À chaque fois, celle obtenue par l’exploitant est supérieure à la marge EGE. « Ce qui joue beaucoup au final, c’est la réduction des charges. Cela ne touche pas que les phytosanitaires, mais tous les produits. Et comme on peut le constater, la marge qui reste à l’agriculteur à la fin, et donc ce qui le fait vivre, est supérieure, même avec des rendements un peu moins bons. Ce n’est pas incompatible », poursuit Jean-François Strehler. Il reconnaît cependant un aspect fondamental : la réduction des charges, c’est un état d’esprit à avoir. « C’est une prise de risque, c’est vrai. Certains sont prêts, d’autres moins. Et la perception du risque est très personnelle. Mais dans le cas présent, on remarque que les efforts et la prise de risque sont payants à l’arrivée. »

Coopérative Agricole de Céréales

« Nous créons un outil performant pour les années à venir »

Cultures

Publié le 07/12/2017

Pour son premier rapport d’activités en tant que directeur général de la Coopérative Agricole de Céréales, Jean-Marc Schacherer, aurait certainement souhaité autre chose qu’un « millésime à oublier », en référence à la campagne céréalière 2016-2017 dont le bilan final était présenté lors de l’assemblée générale de la CAC. Baisse de production du maïs de 14 % avec ces taux d’humidité supérieurs à 30 %, rendements en berne en blé avec une qualité « catastrophique », et rendements « décevants » en colza avec seulement 3,7 t/ha contre 4,2 t/ha pour la campagne 2015-2016. Dans ce contexte qualifié « d’exceptionnel », la CAC a pris un certain nombre de mesures durant cette campagne 2016-2017 : pour limiter les impacts liés à la qualité des blés (pas de réfractions protéines, abaissement du poids spécifiques (PS) à 72) ; pour limiter les coûts de séchages des maïs 2015 et 2016 (ristournes séchage maïs humide +1 €/tonne, baisse du barème de séchage de 4 %) ; pour soulager les trésoreries (ristournes urée, complément de prix blé de 35 €/tonne, baisse du prix des semences de blés certifiées, intérêts divisés par deux pour les solutions d’approvisionnement d’automne, possibilité de reports d’échéances, intérêts à 0 % de paiements différées pour les Jeunes Agriculteurs). En 2017, la CAC a décidé de poursuivre sur cette logique en renouvelant plusieurs mesures (ristournes séchage maïs humide pour la récolte 2016, barème de séchage maïs inchangé pour la récolte 2017 malgré la hausse des taxes, reconduction des solutions de financement bancaires pour les approvisionnements du printemps 2018), et en lançant d’autres comme la fixation d’un prix acompte à 152 €/tonne (plus primes protéines) pour la moisson de blé meunier 2017.

Collecte record pour le soja

Au total, le chiffre d’affaires approvisionnement a marqué une baisse sensible de 8 % durant cette campagne 2016-2017. Une baisse qui s’explique notamment par un repositionnement du marché des engrais. « L’augmentation constante de l’offre de produits par la création de nouvelles unités de production pèse sur les prix. C’est une évolution importante au regard d’un marché céréalier plutôt déprécié. Les prix d’engrais relativement bon marché ont permis de redévelopper des ventes d’engrais en phosphore et potassium dans des situations d’impasses répétées, ce qui a permis de maintenir un bon niveau de consommation en engrais de fond. Le volume d’engrais azoté a même progressé sous l’effet d’une progression de nos parts de marché », développe Jean-Marc Schacherer. En semence, la CAC a accusé une baisse des ventes en maïs, blé et orge. Elle a en revanche accompagné la progression du colza (+ 49%) et du soja (+20%), deux cultures qui « affichent des marges intéressantes depuis plusieurs années ». Le soja apporte un motif de satisfaction tout particulier avec une collecte record de plus de 7 000 tonnes. Une petite fierté pour la CAC qui est le leader de cette production en Alsace. « Grâce à notre partenariat avec Alpro Soja, nous réussissons à être au plus près du consommateur. Néanmoins, nous devons poursuivre nos efforts pour respecter la qualité demandée et ainsi conserver notre position sur ce marché ». Ainsi, le rééquilibrage entre le maïs hyperdominant et le reste des cultures se poursuit. De 75 % des surfaces il y a huit ans, la culture phare de la céréaliculture haut-rhinoise ne représente plus que 65 % des surfaces.

Des diversifications qui font du bien

Dans ce contexte de trésorerie tendue vécue depuis plusieurs campagnes, la CAC tâche de s’adapter à l’évolution de la demande. « Des programmes plus économiques sont proposés, l’approche par enveloppe budgétaire prédomine. Mais notre savoir-faire technique reste une valeur sûre pour éviter des décisions arbitraires aux résultats économiques incertains. Nos équipes commerciales s’adaptent pour répondre efficacement à ces attentes », précise le directeur général de la CAC. C’est pour cette raison que la coopérative multiplie son activité dans différents domaines depuis quelques années : la relance de la culture de soja qui offre une « réponse supplémentaire » aux obligations d’assolement des agriculteurs ; la création et le développement de la filière « tournesol semences » qui tend vers un accroissement de surfaces et qui a permis d’établir des contacts « constructifs » avec les apiculteurs, sujet souvent « conflictuel dans les médias » selon Thomas Thuet ; la création d’une activité « ramassage des bovins » dans le département afin de soutenir les éleveurs ; le développement réussi d’Ampelys, la marque dédiée à la viticulture du groupe CAC, qui a vu son chiffre d’affaires augmenter en 2016-2017 (+ 17 %), tout comme Hormalys, la filiale spécialisée dans l’arboriculture et le maraîchage (progression de 21 % du CA en 2016-2017) ; la création de l’alliance Packaging Alsace, une collaboration entre Ampélys, Costral et Allure Communication, qui permet aux viticulteurs d’avoir un interlocuteur unique de la mise en bouteille à la commercialisation ; et le développement de la filiale allemande Würth dédiée en majorité aux cultures spécifiques, qui a enregistré une progression de 7 %. Seule ombre au tableau, la mise en liquidation judiciaire d’Optisat qui n’a malheureusement pas apporté les résultats escomptés. « C’est une aventure qui aurait pu aller plus loin. Elle nous a cependant apporté beaucoup d’éléments dans tout ce qui concerne les nouvelles technologies. Cela reste une expérience positive qui aurait pu être encore plus positive », analyse lucidement Thomas Thuet.

La campagne 2016-2017 de la CAC a aussi été marquée par la mise en place d’une filière agriculture biologique. « Nous voulons avoir une réflexion intelligente là-dessus. Nous souhaitons accompagner au mieux les agriculteurs dans cette démarche », indique Jean-Marc Schacherer qui souligne aussi le développement de la confusion sexuelle au sein de la coopérative. À l’heure actuelle, ce sont 1 150 ha qui sont protégés avec cette méthode. Une « belle performance » qui représente une « alternative » aux traitements chimiques. « L’innovation et la recherche-développement sont des axes importants de notre activité. Avec ces efforts, tant financiers qu’humains, nous créons un outil performant dans le présent et prêt pour les défis à venir », conclut le président de la CAC.

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