Auteur
Image

Nicolas Bernard

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Groupe Armbruster - Table ronde « La ferme numérique : ferme de demain ? »

Un « nouveau paradigme » pour l’agriculture

Technique

Publié le 26/10/2017

Mais tout d’abord, c’est quoi précisément l’agriculture numérique ? À partir de quand peut-on dire « je suis dans cette mouvance » ? Rémy Heim, exploitant à Hilsenheim et utilisateur averti de nouvelles technologies a une idée claire sur la question. « Pour faire simple, on peut dire que c’est tout ce qui est relatif à l’électronique embarquée, la collecte numérique des données et leur restitution, la géolocalisation et les réseaux de communication. Ce qui va nous intéresser le plus, c’est la geo data qui va nous emmener vers l’agriculture de précision. » Pascaline Pierson, ingénieure régionale Arvalis et responsable de la « digiferme » installée à Saint-Hilaire-en-Wöevre (Meuse), met en corrélation l’agriculture dite « numérique » avec la période de temps dans laquelle on se trouve. « Pour nous, dans notre digiferme, il fallait qu’on soit équipé en RTK, avec une station météo connectée et des colliers à capteurs sur nos animaux. » Alexandre Teillet, directeur général Europe de Climate Corporation, considère que cette agriculture numérique est d’abord un outil pour améliorer ses pratiques agronomiques sur le terrain. « Avec ces technologies qui émergent, on ne travaillera plus par parcelle, mais par microzone au sein de ces parcelles. »

Pour Olivier Descroizette, directeur du pôle service agroenvironnement de SMAG, la grande majorité des agriculteurs français de 2017 sont déjà dans cette « agriculture numérique ». « On est déjà tous connectés avec nos téléphones. Beaucoup d’agriculteurs s’en servent pour voir les prix de marché, ou les conseils du technicien en temps réel. C’est une première forme d’agriculture numérique. Maintenant, tout l’enjeu est de savoir comment on vulgarise et traite ces données. » Il estime que l’agriculture vit actuellement une « révolution » au moins équivalente à l’arrivée de la mécanisation. Sauf que cette fois, on devrait pouvoir aller encore plus loin. « Avec ces données, on va pouvoir améliorer les rendements, les cultures et plus globalement notre manière de travailler. C’est un nouveau paradigme. »

Un atout « com' » à prendre en compte

Ce « nouveau paradigme » se développe à vitesse grand V à en juger par les bonds technologiques réalisés en à peine cinq ans. Drones, GPS, capteurs sont autant de termes rentrés dans le vocabulaire de l’agriculture d’aujourd’hui. On voit ainsi fleurir les démonstrations de matériels tels des pulvérisateurs équipés de caméras à la recherche d’adventices. Ceci afin d’améliorer la qualité, la fréquence et la précision du désherbage. « Il y a à peine cinq ans, tout ceci était inimaginable. Les caméras coûtaient 5 000 euros pièce. Aujourd’hui, elles sont à 400 euros, rendant accessible cette technologie au plus grand nombre », fait remarquer Olivier Descroizette. Autre évolution notable de ces cinq dernières années, la modulation de semis du maïs. Grâce à elle, un exploitant peut générer un bénéfice de 180 à 200 euros grâce à une meilleure répartition de la densité, indique Alexandre Teillet. Les nouvelles technologies dans l’agriculture représentent un gain substantiel en matière de traçabilité et, par conséquent, le « défi de transparence » qui est de plus en plus demandé au monde agricole. « Le scandale des œufs au friponil en est la parfaite illustration. En une semaine à peine, on a su tracer en Europe la provenance des œufs contaminés et des erreurs commises », argumente Olivier Descroizette. L’incursion du numérique dans l’agriculture représenterait ainsi un atout considérable pour la communication de l’agriculture vis-à-vis de la société, toujours plus demandeuse de transparence, d’éthique et de conscience écologique de la part des producteurs. « Il est clair que le numérique permettra aux agriculteurs de répondre au défi agroécologique qui leur est demandé. C’est un magnifique outil pour répondre à toutes ces obligations, qu’elles soient économiques, techniques, environnementales ou commerciales », souligne Delphine Paul-Dauphin, déléguée régionale de Négoce Centre Est. Pour les producteurs de maïs, souvent pointés du doigt comme étant de « gros pollueurs qui consomment beaucoup d’eau », l’intérêt est plus qu’évident pour Alexandre Teillet. « Nous avons aujourd’hui des outils qui améliorent l’irrigation. Sur la plaine du Pô, en Italie, des agriculteurs ont non seulement enregistré de meilleurs rendements, mais ils ont en plus 15 % d’eau et 17 % d’énergie. Alors, imaginez le potentiel pour l’agriculture du futur ! »

Des millions de données à (bien) exploiter

Une interrogation qui revient souvent lorsqu’on parle de données c’est leur utilisation in fine ainsi que leur sécurisation. Comment s’assurer en effet que les informations collectées grâce à des capteurs ou des consoles ne soient pas détournées pour des usages malveillants ? « C’est en effet une question qu’on se pose tous », admet Alexandre Teillet. « Dans un premier temps, il faut quand même rappeler qu’il y a des lois qui existent. Et ça va encore évoluer l’an prochain avec la mise en place de nouveaux cadres légaux pour tous ceux qui utilisent des données. Ça sera un gage de sécurité supplémentaire pour tout le monde. » Pour autant, chaque utilisateur se doit de conserver une certaine vigilance quant à l’utilisation qui est faite de ses données. Alexandre Teillet estime qu’il faut faire attention à trois choses : la transparence, à savoir que ceux récupèrent les données soient transparents dans leur utilisation ; avoir à l’esprit que, quelle que soit la situation, les données restent toujours la propriété de l’utilisateur ; et s’assurer qu’on puisse récupérer ses données facilement et rapidement quand on le souhaite. Après, l’ensemble des intervenants présent à cette table ronde tient à relativiser sur la sensibilité des données transmises. Il y a ainsi les données personnelles (nom, adresse, âge, etc.) et les données anonymes (température d’un animal, niveau de précipitation, observations réalisées lors de la croissance d’une plante ou données machine…). Le degré de sensibilité n’est en effet pas le même. Pour autant, Rémy Heim considère que les craintes potentielles liées à l’utilisation des données sont peut-être un « faux débat ». « À partir du moment où on transmet les données à quelqu’un, c’est pour qu’elles soient valorisées. C’est un deal gagnant gagnant. » Également entrepreneur de travaux agricoles, Rémy Heim a en effet une vision plus globale de la question puisqu’il lui arrive fréquemment de récupérer des données de ses clients. « Concrètement, elles nous permettent, à mon frère et moi, de comprendre la situation de nos clients et d’évoluer dans nos prestations. On s’appuie sur ces données pour leur donner des conseils. Et jusqu’à maintenant, aucun d’entre nous n’a demandé d’effacer ses données tout de suite. » Olivier Descroizette se montre encore plus rassurant en soulignant la qualité des infrastructures actuelles. « L’hébergement est en place, la sécurisation est en place. Et la Cnil* contrôle fréquemment nos bases de données pour vérifier l’utilisation qu’on en fait. » Pour illustrer son propos, Olivier Descroizette prend comme exemple les organismes bancaires qui collectent une quantité impressionnante de données et qui pour autant ne laissent rien filtrer. La « vraie question » pour Alexandre est plutôt de savoir de ce qu’on fait des millions de données qui sont collectées chaque année en Alsace. « C’est là-dessus que nous devons tous travailler, afin de permettre à tous les agriculteurs et viticulteurs de prendre les meilleures décisions sur leurs exploitations. »

« Vous resterez toujours décisionnaires »

Les nouvelles technologies sont certes plus accessibles qu’avant, mais sont encore balbutiantes aux yeux de Rémy Heim. « Nous avons un début de modulation sur les céréales à paille, c’est bien. Il reste néanmoins encore beaucoup de choses à créer. Et je pense qu’il faut que certaines personnes aillent de l’avant pour aller explorer ce qu’on peut faire avant d’envoyer tout le monde là-dedans. » En clair, expérimenter et éprouver ce qui fonctionne de ce qui fonctionne un peu moins, et ne pas céder trop rapidement aux sirènes du « tout numérique ». Dans cette évolution, l’implication des distributeurs, des organismes stockeurs aux côtés des agriculteurs est « incontournable » considère Delphine Paul-Dauphin. « Nous avons déjà vécu la montée en puissance de l’aspect réglementaire. Il va maintenant falloir être très à l’écoute de ce que les professionnels sur le terrain auront envie de faire demain. » Sur ce point, les perspectives sont vraiment larges s’accordent à dire les cinq intervenants de cette table ronde.

Pascaline Pierson voit l’agriculture comme un « formidable domaine d’application » pour le numérique. « Demain, nous aurons d’autres informations qui nous permettront de prendre des meilleures décisions, de gérer différemment les investissements, et de discuter avec son outil de production. Le métier se fera dans de meilleures conditions. Tout cela peut nous faire accepter le fait que cela ait un coût supplémentaire. » Mais face à cette abondance de technologie et de numérique, que restera-t-il de l’intervention humaine ? Quid de son expérience de terrain ? Pascaline Pierson se veut rassurante. « Vous resterez toujours décisionnaires, même avec des robots. Peut-être que vous ferez plus de cartographies, mais de l’autre côté, vous devrez développer des nouvelles compétences pour piloter votre exploitation. Demain, vous changerez le réglage du robot, la longueur d’onde, etc. Et puis vous ne serez pas seuls devant vos écrans. Des conseillers seront là pour vous accompagner dans ces changements. »

Certaines choses en revanche ne changeront pas poursuit Delphine Paul-Dauphin. « Les soucis que vous avez aujourd’hui comme les intrants ou la protection de l’eau existeront toujours. La grosse différence est que vous apprendrez à mieux les maîtriser » Ce qui fait dire à Rémy Heim que cette mutation vécue actuellement par l’agriculture est plus une « évolution » qu’une « révolution ». « On ne va pas changer l’agriculture. On va surtout être plus rigoureux et plus précis. La gestion de l’irrigation va évoluer, on modélisera des données pour, au final, améliorer la productivité. Cette évolution se fera en plusieurs temps et il ne faudra pas en avoir peur. » Exit donc un éventuel « effet de mode » autour de l’agriculture dite « numérique ». « Si les grandes firmes phytopharmaceutiques prennent des parts dans des start-up innovantes, cela montre bien que c’est l’avenir », complète Olivier Descroizette. Reste un élément essentiel : démocratiser au maximum ces évolutions technologiques afin que l’agriculture numérique de demain soit accessible à tous, et pas seulement à une « élite ». « Il y a de la place pour les petites et les grandes exploitations. Chacun doit être respecté et chacun aura sa place. Il y a des solutions pour ceux qui sont en bio et ceux qui sont en conventionnel. Je pense sincèrement que le numérique peut réconcilier les agricultures », conclut Rémy Heim.

Laura Schoeffel

« L’essentiel, c’est d’y être »

Élevage

Publié le 25/10/2017

Il y a quelques années à peine, Laura Schoeffel jouait encore des coudes lors de la traditionnelle et hilarante course des veaux des enfants. Lundi prochain, elle va pour la première fois monter sur le ring avec une étiquette de « grande ». Ou plutôt de « jeune grande ». Du haut de ses quinze ans, elle va représenter l’élevage familial situé à Hagenthal-le-Bas lors du concours des jeunes présentateurs. Son père avait déjà participé à la grand-messe de l’élevage haut-rhinois il y a quelques années de cela. Il était même reparti avec une honorable troisième place dans sa section. Mais Bernard Schoeffel le concède, les concours, ce n’est pas trop dans ses habitudes. « Avec tout le travail que j’ai ici, c’est un peu compliqué. » Cette année, sa fille avait manifesté l’envie de prendre part à la fête. « À force de regarder, cela m’a donné envie », explique-t-elle. Et puis les animaux, elle aime ça, elle a toujours aimé. Peut-être pas au point d’en faire son métier - elle prépare actuellement un bac pro en horticulture à Wintzenheim - mais suffisamment pour aller tenter sa chance sur le ring. Consciencieuse et appliquée, Laura Schoeffel a préparé cette échéance depuis de nombreuses semaines maintenant. La première étape consistait à prendre la température auprès des génisses du cheptel. Régulièrement, elle est allée à leur contact dans les prés pour les habituer à sa présence. Une fois les présentations faites avec les animaux, deux génisses sont retenues pour aller à Habsheim : l’une accompagnera Laura lors de son épreuve, la deuxième postulera avec les animaux de sa catégorie dans le concours classique. Afin de faire encore plus « copine copine » avec sa nouvelle partenaire de ring, la jeune compétitrice a rendu visite tous les jours à sa génisse, lui amenant parfois un petit quelque chose à manger. « J’ai eu de la chance car c’est une génisse plutôt calme, et pas compliquée à gérer. ». De bonne augure - forcément - pour la grande représentation de lundi. Laura Schoeffel pourra mettre en application tout ce qu’elle a appris au sein de l’école des jeunes présentateurs. Et aussi ce qu’elle a travaillé pendant des semaines avec sa génisse. « Je lui ai appris des petits bruits pour qu’elle comprenne ce que je lui demande de faire », souligne-t-elle. Après, Laura Schoeffel ne se met aucunement la pression pour ce concours. Elle y va pour le « plaisir » et pour « s’amuser ». « Et puis c’est aussi l’occasion d’appendre plein de choses, notamment sur le plan technique. » Malgré tout, elle garde le secret espoir de, pourquoi pas, « gagner quelque chose ». « Mais bon, si je ne gagne rien, ce n’est pas un souci. L’essentiel, c’est de pouvoir être présente avec ma génisse. »

Valentin Rué

Le « plaisir » comme moteur

Élevage

Publié le 25/10/2017

Petit à petit, il gravit les échelons. À 25 ans, Valentin Rué, salarié de l’exploitation familiale située à Osenbach, s’apprête à participer à son deuxième concours départemental de l’élevage de Habsheim. L’an passé, il avait terminé troisième dans la section « Femelles non vêlées ». Sa meilleure performance jusqu’à maintenant qu’il attribue très modestement à « la chance du débutant ». « J’étais déjà très heureux d’y participer. C’est vraiment une ambiance unique avec tout ce monde qui te donne des conseils, qui t’encourage à venir et à continuer », explique-t-il. Cet engouement pour le concours d’élevage est né en 2008. Un stagiaire de l’exploitation l’emmène à Eurogénétique pour y présenter quelques Vosgiennes. Pendant trois jours, il découvre l’ambiance, et regarde du coin de l’œil les concours de prim’holstein. L’année suivante, il tente lui-même sa chance avec l’une des Vosgiennes du cheptel. Il termine bon dernier de sa section. Peu importe, il est déjà très fier d’avoir pu essayer. Cette première expérience lui permet de mieux comprendre l’exigence que requiert ce type de concours. Cette prise de conscience s’accentue lors de son stage au Gaec Herrscher à Andolsheim, pendant son BTS. « J’ai pu mesurer l’importance de bien suivre les vaches au quotidien, ainsi que leur alimentation », se souvient Valentin Rué. Après son BTS, il reste six mois à la maison à se poser des questions sur la suite à donner à sa carrière naissante. Il décide de partir en stage pendant six mois au Canada dans un élevage. Il y côtoie ce qui se fait de mieux à ses yeux. « Les numéros un de l’élevage au niveau mondial, ce sont les pays d’Amérique du Nord », estime-t-il. Ce qu’il voit là-bas lui confirme ce qu’il avait compris lors de son passage dans le Gaec Herrscher, l’aspect génétique en plus. Il participe à plusieurs concours sur place et se forge une expérience qui va considérablement l’aider à son retour. Lorsqu’il revient, le jeune éleveur adhère au Club Holstein 68, quelques mois avant la confrontation européenne de Colmar. Là, on lui parle de la première école régionale de jeunes présentateurs. Il suit la formation pendant un week-end au Gaec Wilt, à Dachstein. Quelques jours plus tard, un copain lui prête une génisse pour participer au Festival de l’élevage de Brumath. Il y finit troisième… en partant de la fin. Pas grave, encore une fois. L’expérience est une nouvelle fois très enrichissante. Les échanges avec les autres éleveurs le font mûrir dans son approche. « Je savais que je ne pouvais pas rivaliser avec ceux qui font de la morphologie depuis des années », analyse-t-il lucidement. « On discute avec des éleveurs qui font ça depuis vingt ans, alors que nous, ça fait six mois qu’on a démarré. »

Un enthousiasme intact

Pour gagner un prix, Valentin Rué comprend alors qu’il devra passer par un autre biais. Lors de l’édition 2017 du Festival de l’élevage, il tente sa chance dans le concours de présentation, en plus du concours « classique » en race prim’holstein. Si le second ne lui permet toujours pas de se démarquer, il recueille en revanche la reconnaissance du juge en terminant premier de sa section dans la catégorie des jeunes présentateurs. Un moment évidemment très fort en émotion qui récompense alors le travail, l’observation et l’humilité qui caractérisent le jeune homme. Cinq mois plus tard, le voilà de retour à Habsheim avec toujours le même enthousiasme. Cette fois, il viendra un peu mieux « armé » avec deux génisses : Magouille et Maybrit. La première vient de la ferme familiale, la deuxième a été achetée à un élevage allemand au mois de juillet. « Ça va me donner un point de comparaison par rapport aux vaches de notre élevage qui ont une morphologie plutôt squelettique », souligne-t-il. Valentin Rué compte arriver à Habsheim un peu mieux préparé que lors de sa première expérience. « Ma génisse ne marchait pas très bien et bougeait un peu dans tous les sens. Du coup, cela fait plusieurs semaines que je travaille bien avec elles pour leur apprendre à marcher correctement. C’est essentiel si on veut prendre du plaisir le jour du concours. » La vache doit être prête à marcher, mais elle doit aussi parfaitement tondue. « Il y a des clippers qui font les lignes de dos, je ne vais pas les embêter avec la tonte de ma génisse. Et puis de toute manière, on n’a vraiment pas envie de s’embêter avec ça à ce moment. Ça aussi, je l’ai appris au fur et à mesure des années. » Magouille et Maybrit seront donc parfaitement tondues et lavées, et ne devraient pas poser de problème lors de leur passage sur le ring. « Elles ont bon caractère », se satisfait Valentin Rué. Pour le reste, il s’interdit de faire un quelconque pronostic. « Il n’y a qu’une seule personne qui décide, c’est le juge. Alors autant y aller en prenant le maximum de plaisir. Je ne fixe pas d’objectif de résultat, juste un objectif de plaisir. »

Stone Industrie - Groupe Costral

À la (re)conquête du vignoble alsacien

Technique

Publié le 19/10/2017

« Quand on vend une bouteille à un certain prix, il faut que tout soit parfait ! » Comme tout bon viticulteur qui se respecte, la qualité n’est pas négociable pour Jean-Baptiste Adam, héritier d’une longue tradition familiale née il y a un peu plus de 400 ans à Ammerschwihr. Alors, quand il s’agit de remplacer sa ligne d’embouteillage composée de plusieurs machines obsolètes, il n’hésite pas à mettre les petits plats dans les grands pour apporter « ce qu’il y a de mieux » à son entreprise. L’idée est de remplacer cette ligne d’embouteillage morcelée par un seul monobloc qui fasse à la fois le rinçage, le tirage, le bouchage, le capsulage à vis et l’inertage. La réflexion démarre en novembre 2015. Conscient de l’enjeu économique qui accompagne un aussi lourd investissement, Jean-Baptiste Adam décide d’impliquer toute son équipe, mais aussi ses potentiels successeurs que sont sa fille et son gendre, pour réfléchir ensemble à cette nouvelle ligne d’embouteillage.

Très vite, deux choix restent sur la table : la proposition du fabricant isérois Stone Industrie - repris en 2010 par la société Costral de Riquewihr - et celle d’un concurrent italien. « C’était un choix cornélien car les deux proposaient un produit de très grande qualité. Mais au final, notre choix s’est porté sur Stone Industrie au vu de la qualité du service après-vente déjà éprouvée chez Costral. Notre précédente ligne d’embouteillage venait de chez eux, et je dois dire que cette expérience réussie a clairement motivé notre décision, avant le prix », reconnaît Jean-Baptiste Adam. En cas d’une panne éventuelle, il sait qu’il pourra compter sur la réactivité des équipes de Costral, le cas d’échéant. « On essaie d’abord de résoudre le problème par téléphone, et ensuite en interrogeant la machine à distance via une connexion par modem. Si cela ne suffit pas, notre équipe sur le terrain prend aussitôt le relais pour une intervention rapide sur site », développe le PDG de Costral et de Stone Industrie, Frédéric Kuhlmann.

« Performante », « confortable » et « propre »

Quitte à investir dans un outil qui sera au moins présent pendant vingt ans, autant opter pour quelque chose qui facilite le travail des opérateurs tout en garantissant l’exigence du process de fabrication. Fini le maximum de 3 500 bouteilles/heure possibles avec l’ancienne ligne, place à un potentiel de production de 6 000 bouteilles/heure. Un doublement des capacités de production qui n’est pas là pour augmenter les cadences à tout prix, indique Jean-Baptiste Adam. « Ce n’est pas notre objectif. On voulait surtout travailler qualitativement, quelle que soit la situation rencontrée. Ainsi, la machine est capable d’avoir des pics d’accélération sans que cela nuise à la qualité de la production. On a certes une machine un peu surdimensionnée, mais c’est un sacré confort de travail pour les équipes. »

La ligne d’embouteillage est surtout parfaitement adaptée aux contraintes de production de la maison Adam. Entre les vins bios, ceux en biodynamie, ou ceux en production plus conventionnelle, le catalogue proposé à la clientèle est très riche et diversifié. Dans ces conditions, il faut que tout roule « parfaitement », sans hésitation ou perte de temps. « Quand on met un vin en bouteille, on veut être tranquille et ne pas avoir des problèmes de refermentation, ou des niveaux de SO2 mal réglés, souligne le viticulteur. On veut aussi éviter les poussières qui volent ou les autres impuretés qui pourraient se glisser ici ou là. » Dans le cas présent, aucune matière sèche n’est présente dans le local qui abrite la ligne d’embouteillage. Tout est stocké sur une mezzanine située au-dessus de la machine, le tout est relié par un large tuyau. « C’est la machine qui gère automatiquement les besoins en capsules et bouchons », note Grégory Beldame, œnologue et commercial chez Costral. La gestion des différentes bouteilles a également été grandement facilitée. « On gagne un temps précieux sur les réglages. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour préciser quel type de bouteille il faut remplir, et la machine s’occupe du reste. Chaque format de bouteille a son programme qui a été configuré avant la livraison par les équipes de Stone », poursuit Jean-Baptiste Adam.

Enfin « prophète » en son pays ?

Le fait de pouvoir bénéficier d’une ligne d’embouteillage hyperpersonnalisée a joué grandement dans la prise de décision finale. « Le credo de Stone Industrie, c’est l’embouteillage sur mesure. Chez eux, chaque cahier des charges est unique, de 3 500 à 25 000 bouteilles par heure. Chez Costral, en revanche, nous proposons des produits catalogue que l’on peut adapter à la marge, et limités à 3 500 bouteilles par heure », fait remarquer Frédéric Kuhlmann. Une complémentarité entre les deux entités qui lui tient à cœur, et qui permet aujourd’hui à son groupe d’être le numéro 2 mondial de l’embouteillage petite cadence.

Seule petite ombre au tableau, un marché local encore trop peu développé. Très présent à l’export, Costral n’est pas encore devenu « prophète en son pays ». Et que dire de Stone Industrie qui a véhiculé pendant longtemps l’image d’une société « vieillissante » dans le vignoble alsacien. « C’est une société qui a 70 ans d’existence et qui jouit d’une réputation très différente d’une région à l’autre. Dans les vignobles du Sud-Ouest ou du littoral méditerranéen, c’est une référence, souvent favorite dans les appels d’offres. Chez nous, beaucoup ont encore en tête la société qui fabriquait des laveuses de bouteilles recyclées, chose qui n’existe plus vraiment depuis quelque temps », développe le PDG de l’entreprise. En concluant l’affaire avec la maison Jean-Baptiste Adam, Stone Industrie et Costral disposent désormais d’une « belle référence » dans une maison « prestigieuse » du vignoble alsacien. Et il semblerait que cela ne soit que le début puisqu’un second opérateur du cru a lui aussi opté pour une ligne d’embouteillage Stone, quelques semaines après voir découvert celle du domaine d’Ammerschwihr.

Groupe Haag. Démo Tour John Deere

Les moiss-bat' font le show

Technique

Publié le 19/10/2017

La moissonneuse-batteuse S780, issue de la série S700, est présentée comme le nouveau modèle haut de gamme de la marque américaine. Évolution naturelle de la série S600 lancée en 2012, la série 700 bénéficie des dernières avancées technologiques en matière de récolte automatisée avec le dispositif de réglage interactif de nouvelle génération, l’ICA 2. Celui-ci modifie automatiquement les réglages (vitesse d’avancement, qualité de la perte de grains, propreté de la trémie) afin de maintenir le rendement souhaité à un niveau constant. Selon une étude menée par l’Université de Göttingen (Allemagne), ce dispositif ICA 2 améliore de 20 % en moyenne l’utilisation des capacités de la moissonneuse-batteuse.

L’autre innovation remarquable est le nouveau mono-levier CommandPRO qui comprend jusqu’à sept boutons programmables afin de personnaliser les boutons les plus utiles. Ce mono-levier est similaire à ceux des nouveaux tracteurs de John Deere, les 6230R et 6250R. À côté de ce dernier, on trouve la nouvelle console GSD 4600, « intuitive comme une tablette tactile », note Laurent Bourgeois, inspecteur commercial Grand Est chez John Deere. À noter la présence d’une pesée embarquée de la trémie. « L’utilisateur sait ainsi quel est le poids de maïs en temps réel », poursuit-il. Par sa conception mécanique simplifiée, la série S700 facilite grandement son entretien. Le tout en garantissant une qualité optimale du grain récolté avec un débit important pouvant s’élever à 120 tonnes par heure pour une configuration huit rangs. « Et on peut encore faire plus en montant à dix ou douze rangs », précise Laurent Bourgeois.

À côté de ce nouveau fleuron du catalogue moissonneuse-batteuse de John Deere, la T550i a également de nombreux atouts à faire valoir. « C’est un concept un peu différent. Cette machine se destine plutôt aux agriculteurs qui font aussi de la paille. C’est une moissonneuse-batteuse plus polyvalente que sa grande sœur, tout en affichant d’excellentes performances. »

CAC - Modulation de la fertilisation azotée par drone

« On apporte ce qu’il faut là où il faut »

Cultures

Publié le 13/10/2017

Avec le drone, finies les approximations. Thomas Ritzenthaler, agriculteur à Holtzwihr, dresse un premier bilan très positif du pilotage de la dose d’azote par drone sur ses parcelles de blé. Un service proposé depuis cette année par la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) après l’avoir expérimenté durant deux campagnes. « On a une offre avec deux vols. Le premier vol se fait au stade « épi 1 cm » et le deuxième au stade « 2-3 nœuds » », explique Christian Jenn, responsable Innovation, Marketing et Solutions Adhérents (IMSA) à la CAC. « Au stade « épi 1 cm », on n’est pas sur du pilotage de la fertilisation azotée, l’objectif est d’homogénéiser la végétation pour pouvoir piloter encore plus finement le dernier apport. C’est à ce moment que le drone va analyser la matière sèche au niveau de la plante ainsi que la quantité d’azote absorbée. On obtient ainsi une mesure réelle de l’indice de nutrition azotée du blé que l’on compare à un indice de nutrition théorique. On sait alors qu’à une période donnée, on est déficitaire en azote et, derrière, l’outil nous permet de calculer la quantité d’azote qu’il faut rajouter pour arriver au niveau optimal. »

Plus précis que le satellite

En quelques passages réalisés par le pilote de la CAC pour plus de réactivité, la société Airinov - qui assure le traitement des données - peut établir une cartographie très précise des besoins en azote des plantes. Thomas Ritzenthaler, déjà utilisateur de nouvelles technologies (surveillances des chaleurs et de la rumination) dans son élevage de prim’holstein, ne voit que des avantages à utiliser ces machines volantes pour la gestion de sa fertilisation : « On obtient des cartes de préconisation avec des variations de seulement trois unités. On obtient une vision plus fine et technique que ce qu’on peut constater à l’œil. Quand on regarde comme ça, on voit qu’il y a des manques d’azote. Mais ça reste dans les grandes lignes. Avec le drone, il n’y a aucune approximation. ». Pour le conseil en azote, la CAC peut fournir deux types de cartes : la version simplifiée (avec deux à trois doses d’azote différentes) pour l’adhérent qui n’est pas équipé d’un matériel capable de moduler et qui devra par conséquent appliquer les préconisations manuellement ; et la version détaillée (jusqu’à dix doses d’azote différentes) pour les épandeurs équipés. Dans le premier cas, l’utilisateur récupère la carte dans une application installée dans son smartphone, dans le deuxième cas, il récupère un fichier informatique qui est ensuite chargé dans la console du tracteur. Thomas Ritzenthaler fait partie de la première catégorie, son épandeur n’étant pas encore équipé des dernières technologies. Il estime qu’il faut « un peu de surface pour ça ». Sur une SAU totale de 80 ha, il ne dispose en effet « que » de 10 ha de blé répartis en plusieurs parcelles. La plus petite faisant à peine douze ares. Une très petite surface qui n’est pas un frein pour le drone, contrairement à la cartographie par satellite explique Christian Jenn. « Le gros avantage du drone, c’est qu’on peut l’utiliser sur du petit parcellaire comme sur du grand parcellaire. Même une parcelle de douze ares, on ressort une modulation très précise. Avec le satellite, il n’y a pas de carte de préconisation au-dessous de trois hectares. »

Quid des économies réalisées ? Elles sont loin d’être négligeables à en juger les observations effectuées par la CAC lors des différents essais. « Dans l’ensemble des situations, en comparant la partie pilotage faite par un drone avec la méthode classique du bilan, on va de zéro à quarante unités d’azote épandues en moins. Il y a ainsi des situations où l’on conforte que la méthode du bilan était la bonne, et d’autres, on s’aperçoit qu’on peut arriver à l’optimum en rendement et protéines avec dix, vingt, ou trente unités de moins. Et même, demain, l’outil pourra nous montrer des situations où l’on pourra dépasser la dose recommandée par la méthode du bilan. Ça sera justifié et mesuré », annonce Christian Jenn. Ce service de pilotage par drone sera étendu au colza dès la campagne 2018. Pour le maïs, il faudra attendre encore un peu. « On y travaille, mais pour l’instant, on n’arrive pas à obtenir des résultats probants avant le stade dix ou douze feuilles. À huit feuilles, les données ne sont pas corrélées avec une courbe de rendement et ne permettent pas de donner la dose d’azote qu’il faudrait apporter », ajoute le responsable IMSA de la CAC.

René Trompeter, chevalier du Mérite agricole

Le forgeron a bien forgé

Vie professionnelle

Publié le 12/10/2017

« Partout où je vais, on me parle de l’entreprise Trompeter. » L’anecdote, glissée par le maire d’Artzenheim Claude Gebhard, fait sourire. Dans quelques minutes, l’édile de la commune va remettre à René Trompeter les insignes de chevalier de l’ordre du mérite agricole, cinquante ans après que ce dernier a révolutionné l’entreprise familiale créée au XIXe siècle. Les cinq générations avant lui s’étaient dévouées corps et âme à l’activité de maréchal-ferrant. Lorsqu’il s’installe dans la forge familiale en 1967, René Trompeter sent le vent tourner : « La mécanisation de l’agriculture étant en plein essor. J’ai commencé à transformer les outils traînés par les chevaux pour les adapter aux tracteurs. » Avec son brevet de compagnon de forgeron en poche, le jeune entrepreneur disposait des compétences nécessaires pour entamer cette « révolution » des établissements Trompeter. La suite se construit progressivement, pragmatiquement et toujours très sérieusement. Pour développer son entreprise, René Trompeter se fixe un credo essentiel : être toujours à l’écoute du monde agricole. Il construit alors des remorques à quatre roues, des vibroculteurs, un outil de travail du sol, et se diversifie en faisant aussi de la serrurerie et du sanitaire, de l’installation d’étables et de machines à traire, et de la revente d’une marque de charpente métallique. Toujours à l’affût des bons coups, René Trompeter observe et anticipe le marché autour de lui, faisant de la diversité un élément fondamental de l’ADN de l’entreprise. C’est grâce à cet état d’esprit de veille et d’ouverture qu’il accompagne l’évolution des agriculteurs alsaciens vers la culture maïsicole. Il se lance alors dans le pneumatique pour en devenir le leader en Alsace. Aujourd’hui, la SARL Trompeter et Fils écoule environ 1 300 pneumatiques par an. « C’est ce qui nous a permis de maintenir le chiffre d’affaires », souligne-t-il avec du recul. Pendant toute cette aventure, René Trompeter a pu s’appuyer sur le soutien sans faille de son épouse « toujours là dans les moments difficiles ». « Nous sommes vraiment reconnaissants pour tout ce qu’elle a fait », complète son fils Pascal. Avec son frère Yannick, ils assurent aujourd’hui la continuité de l’héritage que leur a laissé leur père. « C’est certainement le plus beau cadeau qu’on puisse lui faire », explique Pascal Trompeter. Mais René Trompeter n’est jamais très loin. À 70 ans, il demeure un retraité très actif. L’entreprise familiale, qu’il a su moderniser pour en faire un acteur majeur du machinisme agricole en Alsace, est une évidente fierté pour lui. Il continue à participer aux foires, à accueillir ses clients, et tout simplement faire vivre cette SARL en donnant avis et conseils. Le plus important à ses yeux se résume en un mot : le service. « Il faut être correct et ponctuel. Si on fait un bon travail avec un bon service après-vente ça marche. C’est le service qui fait la vente, il ne faut pas se moquer des gens. » Un état d’esprit empreint de respect et d’humanité qui a été salué longuement par les députés Jacques Cattin, Antoine Herth et Eric Straumann lors de ce demi-siècle pas comme les autres. « Qualité, efficacité et rapidité de service ; heureusement qu’on a des entreprises familiales comme la SARL Trompeter et Fils pour véhiculer ces valeurs dans le paysage alsacien », estime Jacques Cattin. Des valeurs que les sept employés de l’entreprise s’efforcent de véhiculer et concrétiser au quotidien. Le travail ne manque pas, en effet, et devrait encore croître dans les années à venir. En 2018, un cinquième bâtiment, qui accueillera un local technique et les services administratifs, viendra compléter les bâtiments existants (hall d’exposition, ateliers, stockage, siège). L’entreprise Trompeter n’a pas fini de faire parler d’elle.

Fête du munster au pays Welche

« Il est bon ce fromage ! »

Élevage

Publié le 03/10/2017

« C’est du munsteeeeeeer ! » En chœur, les élèves de l’école maternelle de Lapoutroie jouent aux questions/réponses avec Jacques Haxaire, fromager à la Graine au Lait. Aujourd’hui, ils ont la chance de découvrir les secrets de fabrication de ce fromage en compagnie de l’une de ses figures emblématiques. Une visite pédagogique organisée dans le cadre de la fête du munster au pays welche qui s’est déroulée dimanche dernier à Lapoutroie. Pendant les dix jours précédant la manifestation, les écoles maternelles et primaires de Labaroche, Fréland, Le Bonhomme, Orbey et Lapoutroie ont ainsi pu en apprendre un peu plus sur ce « patrimoine gastronomique » du secteur mais aussi de toute l’Alsace. « Né avec le munster » comme il aime le rappeler, Jacques Haxaire partage avec beaucoup de fierté et de passion les coulisses d’un fromage qui demande « beaucoup d’investissement » et qui « donne beaucoup de satisfaction ». « C’est un fromage qui plaît énormément, notamment à l’international où il se développe bien. La palette des consommateurs s’est considérablement agrandie », témoigne-t-il. Mais pas besoin pour autant de franchir les frontières nationales pour trouver des amateurs de munster. Le fromage star du massif vosgien conserve énormément d’aficionados du nord du Bas-Rhin au sud du Haut-Rhin. Beaucoup d’entre eux n’ayant même pas six ans. « C’est vrai que les jeunes préfèrent le fromage moins affiné, mais la dégustation révèle parfois des surprises », observe Jacques Haxaire. Surtout quand on sait attiser leur curiosité. Dans les couloirs de la Graine au Lait, les maternelles de Lapoutroie alternent étonnements et interrogations. Certains devinent du premier coup ce qu’on peut faire avec la crème du lait, d’autres préfèrent s’attarder devant les vitres de la salle de fabrication. De l’autre côté, une dame avec un drôle de bonnet sur la tête s’apprête à emmener les fromages dans la salle d’affinage pour une vingtaine de jours. Les enfants apprennent que le munster est un produit « très sensible » et « délicat ». « Quand on le fabrique, il y a beaucoup de paramètres qui interviennent comme l’alimentation des vaches, la race des vaches, la saison. Et puis chaque producteur à son goût et ses caractéristiques. Du coup, cela offre une palette très diversifiée de saveurs pour le consommateur », explique Jacques Haxaire. De quoi satisfaire les papilles de celles et ceux qui jurent d’abord par les crêpes au chocolat et les gaufres au sucre.

Table ronde « Le commerce au-delà de nos repères… au-delà de nos frontières »

Réinventer la proximité avec le consommateur

Vie professionnelle

Publié le 28/09/2017

Local, connecté, humain, humble, bon marché, écologique, éthique ; les qualificatifs ne manquent pas pour décrire ce que pourra (devra ?) être le commerce de proximité de 2027. Face au boom de l’e-commerce, aux évolutions sociétales et aux nouvelles attentes des consommateurs, le secteur du commerce traditionnel est appelé à se réinventer pour continuer à exister dans les décennies à venir. C’est une certitude partagée par Éric Birlouez, sociologue de l’alimentation, Sauveur Fernandez, expert en innovation responsable, Virginie Durin, présidente de la Fédération de Paris Familles de France, et Luc Hendrickx, directeur pour les politiques d’entreprises à l’Association européenne de l’artisanat et des PME. Quatre intervenants de qualité qui ont participé à la table ronde « Le commerce au-delà de nos repères… au-delà de nos frontières » organisée le 25 septembre à l’occasion du 57e congrès de Saveurs Commerce (anciennement Union nationale des syndicats de détaillants en fruits, légumes et primeur) qui s’est déroulée en marge du salon Saveurs et Soleil d’Automne de Sélestat.

Le retour des produits bruts

En préambule, Mireille Herrmann, vice-présidente de Saveurs Commerce et Primeur en Alsace, a dressé le portrait-robot du consommateur type de 2017 : « Il veut être co-créateur de ce qu’il mange, il veut que son avis soit pris en compte. Il est devenu imprévisible et veut tout, tout de suite, sans attendre. Il veut faire ses courses sur Internet tout en recherchant le plus de naturalité possible. » Elle semble désormais bien loin l’époque où l’on débarquait dans son épicerie favorite avec juste l’envie de manger quelque chose de bon pour pas trop cher. « Jusque dans les années 1980, les attentes du consommateur étaient peu nombreuses : des saveurs, de la praticité et un peu de santé. C’était simple et partagé par la majorité des Français pendant les Trente Glorieuses et un peu après », rappelle Éric Birlouez. Trente ans plus tard, les certitudes se sont envolées, la confiance s’est effritée, et la méfiance s’est instaurée vis-à-vis du contenu de nos assiettes. Le consommateur est devenu consom’acteur, plus inquiet et critique qu’il ne l’a jamais été. En 2016, l’étude TNS Sofres Food 360 révèle ainsi que 79 % des Français jugent « probable » le risque que les aliments nuisent à leur santé. Ils étaient 59 % à avoir cette conviction en 2014, preuve que plus le temps avance, plus les suspicions grandissent. S’il recherche toujours le goût des aliments, un prix abordable et la praticité à les manger ou les cuisiner, le consommateur a aussi de nouvelles attentes que les professionnels de l’agroalimentaire - dont les commerces en bout de chaîne - doivent prendre en compte. Il veut en effet savoir ce qu’il mange. Précisément. Les listes d’ingrédients à rallonge remplis de termes obscurs pour le commun des mortels sont à proscrire. « Le consommateur recherche de plus en plus des produits simples. On observe ainsi une tendance favorable vers le retour des produits bruts. Ce qui est plutôt bon pour la filière des fruits et légumes », note Eric Birlouez. Autre point positif pour les produits maraîchers et fruitiers, la quête grandissante de « naturalité » et de bien-être. « Là, encore, ces notions profitent aux fruits et légumes », constate Éric Birlouez.

Une proximité plurielle

Dernier point - et non des moindres -, le consommateur de 2017 est de plus en plus attaché au concept de proximité. D’où l’apparition, par exemple, de nouveaux mots comme « locavore » qui désigne celui qui cherche avant tout à consommer local. Depuis 2008, la « proximité » serait même devenue le Graal marketing à développer tous azimuts. « Cette notion est devenue bankable et continue à évoluer », explique Sauveur Fernandez. La proximité de 2017 n’est plus celle de 2008. Aujourd’hui, elle est synonyme - ou doit être synonyme - d’éthique, de transparence, de local, d’humanité et de bio. Pour justifier ses propos, l’expert en innovation responsable prend comme exemple les « nouveaux magasins » qui combinent tous ces paramètres : les 750 Ruche qui dit Oui !, les 2 000 Amap, les 300 drives fermiers, les épiceries solidaires de proximité, et même les Carrefour Bio qui tendent à apparaître ici et là. Mais en quoi ces différents points de vente seraient-ils en avance sur des commerces plus « traditionnels » ? Sauveur Fernandez a une explication : « Déjà, il faut intégrer que la proximité avec le consommateur, ce n’est pas juste un regard sympa. Il faut comprendre que les jeunes générations sont plurielles. Elles veulent avoir le choix du mode de livraison et ne pas être obligées d’aller dans le magasin si elles n’en n’ont pas envie. Rien que mettre les courses dans le coffre, c’est déjà quelque chose. Par ailleurs, il faut savoir que les consommateurs sont de plus en sensibles à l’impact environnemental d’un magasin. Il veut voir ce que le commerçant fait de bon pour la planète. Que deviennent les invendus ? Y a-t-il, le cas échéant, du gaspillage alimentaire ? »

En quête de chaleur humaine

Une éthique forte serait ainsi l’un des piliers essentiels du commerce de proximité de 2027. Le commerçant ne sera plus uniquement responsable de ses étals, mais plus globalement de l’impact qu’il pourra avoir sur la société et le monde qui l’entoure. Il devra aussi être proche humainement de ses clients. C’est ce que constate Virginie Durin lorsqu’elle analyse les souhaits émis par les adhérents de la Fédération de Paris Familles de France. « Les consommateurs qui vont dans une boutique de proximité recherchent la chaleur humaine, le conseil. Ce qu’ils ne trouvent pas dans les supermarchés. C’est pour cela que la personnalité du vendeur est essentielle, il vaut mieux des gens passionnés et extravertis que l’inverse. Globalement, plus vous vous intéressez à un client, à sa vie, sa famille, plus vous aurez de chances de le voir revenir. » Grâce à cette proximité, une relation de confiance peut s’établir entre le commerçant et son client. Dans certains cas, voir le visage du producteur peut même suffire. Éric Birlouez fait ici référence aux produits alimentaires vendus en grande surface où le nom, l’adresse et la tête de ceux qui les ont fabriqués sont affichés clairement. « Cela suffit à créer un sentiment de confiance chez celui qui achète. On se dit que ce producteur n’est pas fou, s’il s’affiche comme cela, c’est qu’il a entièrement confiance dans ce qu’il produit. Ça a un effet rassurant », fait remarquer le sociologue de l’alimentation.

Pas d’avenir sans digitalisation

Tous ces changements et efforts demandés aux commerçants seront-ils néanmoins suffisants pour continuer au cours des prochaines années ? Ayant une vue d’ensemble sur toute l’Europe, Luc Hendrickx a une vision un peu plus contrastée que ses partenaires de débat. Il met en avant la disparition des commerces de centre-ville au profit des grands centres commerciaux qui se construisent dans les périphéries des villes. Un phénomène qui touche majoritairement les pays de l’ouest de l’Europe. Ainsi, à Rome, ce sont 30 % des locaux commerciaux qui sont vides au centre-ville. « Ce phénomène est aussi visible en France. C’est une évolution qu’il faut avoir à l’esprit », souligne-t-il. Pour continuer à exister dans ce contexte, les commerces de proximité - notamment ceux destinés à l’alimentaire - ne pourront pas faire l’impasse sur la digitalisation. « Tous les vendeurs doivent investir là-dedans. Celui qui n’a pas de site n’existera plus en 2027. Il faut intégrer le online à l’offline, c’est la clé. Les consommateurs veulent aller vite quand ils font leurs achats, il faut leur simplifier la vie au maximum avec les nouvelles technologies, et pourquoi pas anticiper leurs besoins. Avec le phénomène du Big Data, des possibilités vont apparaître. De toute façon, on ne peut plus travailler sans Internet. » Sauveur Fernandez voit dans le site Web comme une commodité pour les clients. « Pour un commerce de proximité, ce n’est pas un outil qui est fait pour vendre à l’international. Il faut voir cela comme un service supplémentaire qu’on offre aux clients actuels. »

Jusqu’à dimanche aux Tanzmatten de Sélestat

Des saveurs et des couleurs pleines de vitamines

Cultures

Publié le 21/09/2017

Retour au bercail pour la plus grande manifestation française dédiée aux fruits et légumes et destinée au grand public. Ce vendredi, la septième édition de Saveurs et soleil d’automne revient aux Tanzmatten de Sélestat pour un événement qui s’annonce encore une fois riche en couleurs et surprises. Créée en 2001 afin de « célébrer les bienfaits des fruits et légumes et sensibiliser le grand public à la production locale », Saveurs et soleil d’automne a lieu tous les deux ans quelque part en Alsace. La dernière édition, en 2015, s’était ainsi déroulée pendant les Journées d’octobre de Mulhouse. Une présence remarquée qui avait suscité l’enthousiasme de près de 30 000 visiteurs attirés par les sculptures, décors et animations concoctés autour des fruits et légumes.

Une recette gagnante que les organisateurs ont décidé de reprendre pour ce millésime 2017. Pour les enfants tout d’abord, avec multitude d’activités et de spectacles qui leur sont consacrés. Pour la première journée, pas moins de 700 élèves venus de plusieurs établissements scolaires sont attendus. Au programme : ateliers culinaires à la découverte des saveurs des fruits et légumes, dégustations à l’aveugle, réalisations de recettes gourmandes encadrées par les lycées agricoles et hôteliers d’Alsace, ateliers récréatifs (course de mini-tracteurs, course en sac de pomme de terre, stand de maquillage), ateliers pédagogiques pour apprendre en s’amusant (initiation aux gestes du quotidien en matière d’écologie, utilité du compost, etc.), et des ateliers de jardinage pour s’initier à la main verte. Au niveau des spectacles, les enfants - et leurs parents - auront également de quoi faire avec la montreuse de légumes Andrée Krupp, le jeu clownesque et interactif « L’Arche aux légumes », le potager musical où ce sont les légumes qui font office d’instruments, et l’aventure des « bonshommes mini-soupe » qui invite les enfants à confectionner un bonhomme avec des légumes et déguster une soupe avec les morceaux restants.

« Faire rêver » avec les fruits et légumes

Comme le révèle le directeur de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), Fabien Digel, l’idée globale de la manifestation est de « faire rêver » les visiteurs et d’aller bien au-delà « d’une simple assiette de fruits et légumes ». Il y a les décorations tout d’abord qui s’inspirent pour certaines de celles qui ont émerveillé le public en 2015 : les tableaux de mosaïques en perspective accueillent les visiteurs à l’entrée du site, tout comme la pyramide des saveurs ; les dinosaures de fruits et légumes apportent un soupçon de Jurassic Park et emmènent petits et grands plusieurs dizaines de millions d’années en arrière ; et le jardin éphémère créé par le Syndicat des maraîchers de Sélestat apporte une touche bucolique dans le but de mettre tous les sens en éveil.

« Faire rêver » passe aussi par les saveurs gustatives. C’est ce que feront les chefs étoilés Patrick Fulgraff (le samedi) et Joël Philipps du restaurant Le Cerf à Marlenheim (le dimanche). Au menu, des démonstrations culinaires à base de fruits et légumes d’Alsace, mettant en lumière des recettes transmises de génération en génération dans les cuisines du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. « On veut ainsi montrer qu’on peut faire plein de bons repas avec les fruits et légumes locaux », souligne le président de l’Ifla, Pierre Lammert. Dans un autre registre, le champion d’Europe de sculpture sur fruits et légumes, Frédéric Jaunault étalera tout son art en réalisant des œuvres aussi colorées qu’improbables. Fleurs, cigognes, oiseaux exotiques, il déshabillera les fruits et légumes pour faire découvrir leurs trésors cachés avec finesse et volupté. Samedi, Saveurs et soleil d’automne accueillera pour la première fois le concours du Meilleur ouvrier de France (MOF) dans la catégorie primeur. Trente candidats auront 2 h 30 pour réaliser trois corbeilles différentes correspondant à trois commandes distinctes dévoilées le jour même.

Le retour des Bateliers de la Lauch

Les fruits et légumes, ce sont aussi des alliés précieux pour la santé. Un aspect essentiel que le docteur Christian Recchia ne manquera pas de rappeler dans ses conférences et ateliers pour enfants. Pour lui, notre identité culinaire s’étiole et notre santé est en danger, en particulier chez les jeunes générations, de moins en moins éduquées au plaisir de l’alimentation et de la cuisine. « De nos jours, nombreux sont ceux qui oublient de prendre le petit-déjeuner, sautent un repas puis grignotent pour combler une petite faim. Par ailleurs, les consommateurs ont perdu de vue ce qu’est un bon produit, sain, naturel et de saison. Nous varions moins notre nourriture que par le passé. Or, il ne faut jamais oublier que nous sommes ce que nous mangeons, à la molécule près », explique celui qui est aussi chroniqueur sur les radios RMC et France Inter.

La confrérie des zewweltreppler et la maison du pain n’ont, elles, pas oublié de manger beaucoup de légumes, surtout quand il s’agit d’oignons. Dimanche, elles composeront ensemble une tarte géante à l’oignon dans le village des saveurs. Une recette traditionnelle que les visiteurs pourront bien sûr déguster. La confrérie des zewweltreppler profitera de l’occasion pour introniser l’ambassadrice des fruits et légumes d’Alsace, Delphine Wespiser. La restauration ne sera bien sûr pas en reste avec de nombreux espaces dédiés et moult buvettes. Saveurs et soleil d’automne oblige, les mets et boissons proposés aux gourmands seront quasi exclusivement réalisés avec des fruits et légumes d’Alsace : saucisses de légumes, frites fraîches, salades, soupes, plateau apéro, tartes aux pommes, choucroute, et jus de fruits créées spécialement pour l’occasion. Le tout payable uniquement en zewala, une monnaie locale, propre à la manifestation, qui vaudra un euro pour un zewala. Le ventre plein, les visiteurs pourront aller faire une pause le long de l’Ill où les Bateliers de la Lauch, venus tout spécialement de Colmar, descendront la rivière, l’embarcation pleine de fruits et légumes. Ils n’avaient pas participé à la manifestation depuis la première édition en 2001. À noter enfin que tous les fruits et légumes utilisés pour la décoration (ou non consommés) pendant cette septième édition de Saveurs et soleil d’automne seront distribués aux Restos du Cœur.

L’inauguration est prévue ce soir à 17 h et sera suivie, de 18 h 30 à 22 h 30, d’un afterwork qui permettra de découvrir l’ensemble des décorations du site en version nocturne, le tout dans une ambiance musicale assurée par un DJ.

Les vidéos