Projet d’arrêté préfectoral des zones de non traitement
« C’est une déclaration de guerre ! »
Projet d’arrêté préfectoral des zones de non traitement
Vie professionnelle
Publié le 23/06/2017
Paysan du Haut-Rhin : Quel est le but de cet arrêté ?
Denis Nass : « Ce projet d’arrêté départemental doit définir les zones de non traitement. Il doit clarifier ce qu’est un cours d’eau et ce qui ne l’est pas avec, comme référence, les cartes IGN. Un cadre régional a été imposé pour cet arrêté alors qu’on n’a pas du tout la même agriculture entre le Haut-Rhin et la majorité des autres départements du Grand Est. Chez nous, l’agriculture est périurbaine, avec des petites parcelles. Ce qui n’est pas le cas en Lorraine ou en Champagne Ardenne. »
PHR : Pourquoi montez-vous au créneau aujourd’hui ?
DN : « Il y a un mépris total du travail qui a été fait entre la profession agricole et l’Administration sur la définition d’un cours d’eau. C’est un dernier cadeau fait par les ex-ministres de l’Agriculture et de l’Environnement, deux jours avant de quitter le dernier gouvernement de François Hollande. C’est une vraie provocation. Les agriculteurs qui étaient en avance sur ces dossiers sont maintenant traités comme des voyous. Je suis d’autant plus scandalisé que nos agriculteurs ont fait beaucoup d’efforts. Je pense notamment à la politique des MAE sur laquelle ils ont été exemplaires. Et pourtant, ils attendent encore les paiements pour l’année 2015. »
PHR : Que peut faire la profession agricole haut-rhinoise pour changer la donne ?
DN : « Notre combat est simple : nous souhaitons que les spécificités locales de chaque département puissent être prises en compte. Pour ce faire, nous demandons à tous les agriculteurs de participer activement et sereinement à la consultation publique qui est ouverte pendant trois semaines. Trois semaines pendant lesquelles tous les arguments devront être utilisés pour construire un arrêté qui corresponde aux spécificités de notre département. Il y a un jeu démocratique, il est essentiel d’y répondre. »
PHR : Et si ce « jeu démocratique » ne devait pas porter ses fruits ?
DN : « Si on n’est pas entendu, on se garde le droit de réagir autrement. C’est une vraie déclaration de guerre qui nous est faite aujourd’hui. Ce qui se passe doit nous amener à changer notre principe de défense. S’il faut disparaître, on mourra avec les armes. »
PHR : Si cet arrêté devait passer en l’état, quel serait le risque pour les agriculteurs du Haut-Rhin ?
DN : « Plus de 1 000 ha de production risqueraient de disparaître si rien n’est fait. Très concrètement, il y va de la survie de nos agriculteurs. Cette surenchère technocratique que nous dénonçons depuis des années et cette méprise sont en train de les tuer à petit feu. De l’autre côté, nos exploitants essaient de sauver leurs cultures face à des aléas climatiques de plus en plus fréquents et extrêmes. En ce moment avec la canicule, les quintaux de blé disparaissent tous les jours alors que tout le monde espérait une bonne année pour refaire surface. Cela fait deux ans que notre profession est en crise et qu’on essaie de s’en sortir. Mais là, c’est trop. La coupe est pleine. »
PHR : Cela fait plusieurs années que le syndicalisme agricole dénonce ces surenchères administratives et réglementaires franco-françaises. Et pourtant, rien ne semble évoluer à ce niveau-là. Comment l’expliquez-vous ?
DN : « Il est vrai que l’on peut réellement s’interroger sur la cohérence de cette politique. Tout ce que je vois, c’est qu’on est en train de sacrifier l’agriculture française. Nous vivons dans une communication qui crée de la peur autour de l’agriculture. On va de surenchère en surenchère, et nos politiques veulent s’en protéger. Du coup, nous devons faire face à un parisianisme totalement déconnecté des territoires ruraux. On veut tout et son contraire alors qu’on ne sait pas de quoi on parle. Notre préfet a pu se rendre compte par lui-même à quel point les dossiers que nous avions à gérer étaient complexes. Le souci est que les représentants de l’État avec qui je discute me disent qu’ils n’ont pas la latitude pour agir. »
PHR : Le président Macron s’était engagé pendant sa campagne à supprimer les normes issues de la surtransposition française des directives européennes. N’est-ce pas un motif d’espoir pour la profession agricole qui lutte depuis des années contre les distorsions de concurrence ?
DN : « On espère qu’il tienne ses engagements et ses promesses. On demande à voir si les paroles seront bien suivies d’actes. En tout cas, il est urgent de faire quelque chose à ce niveau-là. On nous interdit d’utiliser des produits en France alors qu’on continue à importer n’importe quoi. Des filières, comme la cerise par exemple, risquent de disparaître. Il faut quand même rappeler que l’on n’utilise pas ces produits par plaisir, mais bien parce qu’on nous impose des critères de calibre et de qualité. Si les dossiers doivent se régler, cela doit se faire par l’agronomie, et non par les réglementations à tout va. »












