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Nicolas Bernard

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Projet d’arrêté préfectoral des zones de non traitement

« C’est une déclaration de guerre ! »

Vie professionnelle

Publié le 23/06/2017

Paysan du Haut-Rhin : Quel est le but de cet arrêté ?

Denis Nass : « Ce projet d’arrêté départemental doit définir les zones de non traitement. Il doit clarifier ce qu’est un cours d’eau et ce qui ne l’est pas avec, comme référence, les cartes IGN. Un cadre régional a été imposé pour cet arrêté alors qu’on n’a pas du tout la même agriculture entre le Haut-Rhin et la majorité des autres départements du Grand Est. Chez nous, l’agriculture est périurbaine, avec des petites parcelles. Ce qui n’est pas le cas en Lorraine ou en Champagne Ardenne. »

PHR : Pourquoi montez-vous au créneau aujourd’hui ?

DN : « Il y a un mépris total du travail qui a été fait entre la profession agricole et l’Administration sur la définition d’un cours d’eau. C’est un dernier cadeau fait par les ex-ministres de l’Agriculture et de l’Environnement, deux jours avant de quitter le dernier gouvernement de François Hollande. C’est une vraie provocation. Les agriculteurs qui étaient en avance sur ces dossiers sont maintenant traités comme des voyous. Je suis d’autant plus scandalisé que nos agriculteurs ont fait beaucoup d’efforts. Je pense notamment à la politique des MAE sur laquelle ils ont été exemplaires. Et pourtant, ils attendent encore les paiements pour l’année 2015. »

PHR : Que peut faire la profession agricole haut-rhinoise pour changer la donne ?

DN : « Notre combat est simple : nous souhaitons que les spécificités locales de chaque département puissent être prises en compte. Pour ce faire, nous demandons à tous les agriculteurs de participer activement et sereinement à la consultation publique qui est ouverte pendant trois semaines. Trois semaines pendant lesquelles tous les arguments devront être utilisés pour construire un arrêté qui corresponde aux spécificités de notre département. Il y a un jeu démocratique, il est essentiel d’y répondre. »

PHR : Et si ce « jeu démocratique » ne devait pas porter ses fruits ?

DN : « Si on n’est pas entendu, on se garde le droit de réagir autrement. C’est une vraie déclaration de guerre qui nous est faite aujourd’hui. Ce qui se passe doit nous amener à changer notre principe de défense. S’il faut disparaître, on mourra avec les armes. »

PHR : Si cet arrêté devait passer en l’état, quel serait le risque pour les agriculteurs du Haut-Rhin ?

DN : « Plus de 1 000 ha de production risqueraient de disparaître si rien n’est fait. Très concrètement, il y va de la survie de nos agriculteurs. Cette surenchère technocratique que nous dénonçons depuis des années et cette méprise sont en train de les tuer à petit feu. De l’autre côté, nos exploitants essaient de sauver leurs cultures face à des aléas climatiques de plus en plus fréquents et extrêmes. En ce moment avec la canicule, les quintaux de blé disparaissent tous les jours alors que tout le monde espérait une bonne année pour refaire surface. Cela fait deux ans que notre profession est en crise et qu’on essaie de s’en sortir. Mais là, c’est trop. La coupe est pleine. »

PHR : Cela fait plusieurs années que le syndicalisme agricole dénonce ces surenchères administratives et réglementaires franco-françaises. Et pourtant, rien ne semble évoluer à ce niveau-là. Comment l’expliquez-vous ?

DN : « Il est vrai que l’on peut réellement s’interroger sur la cohérence de cette politique. Tout ce que je vois, c’est qu’on est en train de sacrifier l’agriculture française. Nous vivons dans une communication qui crée de la peur autour de l’agriculture. On va de surenchère en surenchère, et nos politiques veulent s’en protéger. Du coup, nous devons faire face à un parisianisme totalement déconnecté des territoires ruraux. On veut tout et son contraire alors qu’on ne sait pas de quoi on parle. Notre préfet a pu se rendre compte par lui-même à quel point les dossiers que nous avions à gérer étaient complexes. Le souci est que les représentants de l’État avec qui je discute me disent qu’ils n’ont pas la latitude pour agir. »

PHR : Le président Macron s’était engagé pendant sa campagne à supprimer les normes issues de la surtransposition française des directives européennes. N’est-ce pas un motif d’espoir pour la profession agricole qui lutte depuis des années contre les distorsions de concurrence ?

DN : « On espère qu’il tienne ses engagements et ses promesses. On demande à voir si les paroles seront bien suivies d’actes. En tout cas, il est urgent de faire quelque chose à ce niveau-là. On nous interdit d’utiliser des produits en France alors qu’on continue à importer n’importe quoi. Des filières, comme la cerise par exemple, risquent de disparaître. Il faut quand même rappeler que l’on n’utilise pas ces produits par plaisir, mais bien parce qu’on nous impose des critères de calibre et de qualité. Si les dossiers doivent se régler, cela doit se faire par l’agronomie, et non par les réglementations à tout va. »

Portes ouvertes et démonstrations chez Euro Agrar

Des innovations, de la puissance et du gain de temps

Technique

Publié le 16/06/2017

La concession Euro Agrar a récemment organisé ses portes ouvertes à sa base de Sainte-Croix en Plaine. Sous une météo estivale, les nombreux agriculteurs qui ont fait le déplacement ont pu découvrir, ou redécouvrir, l’ensemble de la gamme de tracteurs Fendt, du « petit » 200 au mastodonte 1000 - fleuron de la marque à la puissance survitaminée (440 chevaux) - en passant par la moissonneuse-batteuse MB 6335, la nouvelle série « milieu de gamme » 500, et les outils de travail du sol de la marque Pöttinger. Un vaste choix de matériels qui s’est enrichi depuis un mois avec le tracteur à chenilles MT700E de l’Américain Challenger. Cela ne fait qu’un mois que cette marque est officiellement au catalogue de la concession Euro Agrar. Un choix judicieux qui permet à la filiale du groupe RWZ Raiffeisen d’être désormais présente dans un nouveau créneau de puissance. « Désormais, on peut répondre à tout le monde pour tous les besoins », se félicite le chef des ventes d’Euro Agrar, Guillaume Koenig.

Des chenilles pour soulager le sol

Le MT700E est un mastodonte de près de vingt tonnes. Il fait aujourd’hui le bonheur de Claude Gretter, entrepreneur des territoires dans le Haut-Rhin. Il a d’abord acquis la machine en location à l’automne dernier, au moment des semis de blés, pour pouvoir tester l’engin en conditions réelles. Très vite, il constate avec satisfaction l’une des promesses commerciales du tracteur : son effet bénéfique sur le tassement du sol par rapport à un tracteur pneumatique de grosse puissance. « Grâce aux chenilles, le poids de la machine est plus uniforme et mieux réparti. C’est simple, une fois qu’on est passé, on ne voit pas de trace. C’est comme un billard », témoigne le président des EDT du Haut-Rhin. Un sol moins compacté, c’est une meilleure perméabilité face aux intempéries. Face à des orages de plus en plus violents et fréquents, l’argument a du sens. « De toute manière, il est devenu difficile de gagner encore plus de rendement. Il faut donc amener de nouvelles techniques sur le marché », poursuit-il. Il complète : « Ce qui est intéressant également, c’est qu’on peut faire les semis de blé, d’avoine, de sorgho ou de soja, ainsi que la préparation du sol avec ce tracteur ». Le MT700E de Challenger se montre aussi plus économe en carburant par rapport à un tracteur plus classique grâce à l’absence de patinage. « Un tracteur pneumatique, c’est au moins 10 % de patinage », souligne Thibault Demessine, responsable commercial Grand Est chez Challenger.

Une « machine d’avenir »

Malgré son gabarit imposant, le MT700E reste bien plus adapté à la circulation routière qu’un tracteur pneumatique avec jumelage. « Ce n’est pas compliqué, avant, je devais mettre en place un convoi agricole pour me déplacer avec un tracteur jumelé. Aujourd’hui, je passe de 4m50 de large à 2m97 avec ce modèle à chenilles. C’est un excellent compromis en termes de largeur », se satisfait l’entrepreneur haut-rhinois. L’autre point appréciable qui met en avant est la facilité déconcertante avec laquelle se maîtrise le tracteur. Le véhicule peut tourner sur lui-même à 360° avec un simple de coup de volant. Une manipulation facilitée par le mouvement inverse des deux chenilles. « Elles sont toujours en mouvement. Il n’y a en pas une qui freine pour laisser l’autre faire la rotation », ajoute Thibault Demessine. Un tel tracteur reste cependant plutôt réservé à un public d’entrepreneurs, au volume de travail conséquent. Si Challenger en a déjà vendu pas mal dans toute la France, un seul l’a été en Alsace : celui de Claude Gretter. Pourtant, la présence de chenilles sur des tracteurs agricoles n’est pas neuve. Cela fait trente ans que ce type de machine existe aux États-Unis. Un pur produit américain qui investit tout doucement le marché français, sans concurrence réelle à l’horizon pour le moment. « Aucun fabricant européen ne fait de machine comme cela. C’est vraiment une machine d’avenir », estime Guillaume Koenig.

Regroupement d’andains chez Pöttinger

Deux jours après les portes ouvertes organisées à Sainte-Croix en Plaine, Euro Agrar a invité ses clients à une journée de démonstration de matériel de fenaison Pöttinger et de tracteurs Fendt au Gaec des Rivières à Gommersdorf. Si l’ensemble du catalogue des deux marques était présent, une machine a particulièrement attiré l’attention : la faucheuse à disques portés Novacat 352 CF qui a la particularité de regrouper les andains par une vis de convoyage. « Il n’y a plus besoin de passer avec un andaineur. On se libère d’un outil », explique Cédric Gangloff, responsable commercial du secteur nord-est chez Pöttinger. Cette solution innovante imaginée par la marque autrichienne ne nécessite pas de conditionneur et permet une réduction de poids de 30 % par rapport aux systèmes existants jusqu’à présent sur le marché. Ce besoin limité en puissance permet d’économiser du carburant. L’herbe ainsi regroupée n’a plus qu’à être conditionnée par l’une des presses présente au catalogue, comme la presse à chambre variable 185 V Pro et ses 32 couteaux (également présents sur les modèles 125 F Pro et 155 V Pro). Là encore, Pöttinger établit un nouveau record. « Sur le marché, on trouve au maximum 24 couteaux sur les presses. En passant à 32, il faut moins de temps pour le mélange. Ce qui a pour effet de faire économiser du carburant à l’agriculteur », poursuit le représentant de Pöttinger.

Fendt prêt pour le 50 km/h

Tous les outils de fenaison présentés lors de cette journée de démonstration étaient traînés par des tracteurs Fendt, dont le dernier et polyvalent 514 déjà aperçu lors des portes ouvertes. Avec sa motorisation Tier 4, il répond aux dernières normes anti-pollution. Il offre aussi la possibilité de rouler à 50 km/h, anticipant de fait la réglementation européenne qui va évoluer le 1er janvier 2018. À cette date, l’ensemble des constructeurs auront l’obligation de proposer à leurs clients des tracteurs pouvant rouler à 50 km/h. « En Allemagne et au Luxembourg, ils roulent déjà à cette vitesse depuis de nombreuses années. L’Union Européenne a décidé d’harmoniser cela dans l’ensemble des états membres », explique Denis Tholey, inspecteur commercial Grand Est chez Fendt. Reste encore à faire évoluer le Code la Route français qui limite pour l’instant la vitesse maximale des tracteurs à 40 km/h. « Les syndicats agricoles sont sur le dossier sans être sûrs que ça se fera. Mais si c’est le cas, tous nos tracteurs sont déjà prêts, à l’exception des petits 200 et 300 », continue le représentant de Fendt. En tout cas, ces derniers, comme l’ensemble des tracteurs de la marque bénéficieront dans les années à venir des dernières innovations technologiques montées en série sur la nouvelle série 1000. D’ici deux ans par exemple, les séries 800 et 900 hériteront de la nouvelle transmission sans arbre du 1000. « Progressivement, nous irons vers les modèles les plus petits », annonce Denis Tholey.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lancement de la saison des fermes-auberges dans le Haut-Rhin

Entre traditions et modernisations

Pratique

Publié le 07/06/2017

Un léger fumet de roïgabrageldi imbibe l’air ambiant. Dans la cuisine de la ferme-auberge du Grand Ballon, les premiers plats de la journée s’apprêtent à être servis. Il n’est que onze heures, en plein milieu de semaine, et les clients affluent déjà. Le téléphone sonne. Au bout du fil, une demande de réservation qui n’aboutira pas cette fois. « Désolé, ce lundi, on est complet » répond la maîtresse des lieux. La saison 2017 des fermiers-aubergistes démarre fort. Depuis l’ouverture des premiers établissements au début du mois de mai, la clientèle, qu’elle soit locale ou un peu plus lointaine, ne désemplit pas, notamment les week-ends. « C’est clair qu’on ne va pas se plaindre. Avec la météo qu’on a depuis quelque temps, ça défile », témoigne Guy Lochert, fermier-aubergiste au Kahlenwasen. Situé au pied du Petit Ballon, son établissement voit fréquemment s’arrêter des cars de touristes, le plus souvent en été. Les Japonais et les Chinois ne sont pas rares, au contraire. Les traditions marcaires ont la cote, même aux pays des nems, nouilles à la sauce soja et raviolis vapeur.

Un tel succès ne doit rien au hasard. Depuis la création de la charte des fermes-auberges en 2001, l’offre s’est structurée, affinée et professionnalisée. Chaque établissement (43 à l’heure actuelle dont 4 en cours d’agrément dans le Haut-Rhin) doit respecter un cahier des charges strict entre valorisation des produits issues de la ferme (ou d’autres exploitations clairement identifiées), et accueil du public dans des conditions de confort exemplaires. Le repas marcaire - ô combien iconique de l’esprit des fermes-auberges - reste encore le menu le plus consommé par les clients, malgré la présence de nombreuses autres spécialités au menu. « Chaque ferme-auberge fait comme elle veut. Certaines servent uniquement du repas marcaire, d’autres pas du tout », relève le président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin, Serge Sifferlen. La tourte, la salade verte et les roïgabrageldis ont encore de beaux jours devant eux. Didier Bronner, qui gère la ferme-auberge du Grand Ballon depuis 25 ans avec son épouse, et depuis quelques années avec ses deux fils, en est intimement convaincu. « Je propose trois entrées et trois plats principaux à mes clients. Et malgré la diversité de choix, c’est toujours le repas marcaire qui ressort le plus. »

Entre plaisir gustatif et balade au grand air

Aussi attractive soit-elle, la tradition des fermes-auberges du massif vosgien a aussi droit à sa modernisation. Dans le Haut-Rhin, cela a commencé il y a deux ans avec la création des petits fascicules intitulés « Une ferme ! Une randonnée ! » L’idée, simple, consiste à guider les clients de la ferme-auberge dans une balade « simple » et « concrète » de 1 h 30 à 2 h. « C’est une manière de répondre aux nouvelles tendances. La façon de consommer de la montagne a changé par rapport à avant. Avec ces petits guides, on permet aux gens de profiter des espaces alentour tout en découvrant des sites remarquables ou historiques », détaille Serge Sifferlen. Ces fascicules sont le fruit du partenariat entamé il y a plus de vingt ans entre le Parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV) et l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin. « Le parc, c’est de la protection de l’environnement, mais c’est aussi du développement économique. Tout comme les fermes-auberges », relève le directeur du PNRBV, Olivier Claude. C’est ce type de message que l’on retrouve sur les nouveaux sets de tables édités pour le lancement de la saison 2017. Un document aux dimensions d’une feuille A3 avec, au recto, une carte de localisation des fermes-auberges du massif et, au verso, la liste des thématiques chères aux fermiers-aubergistes et au Parc : l’accueil du public, le respect de la nature, le savoir-faire culinaire ou l’entretien des paysages.

Des fermes-auberges bientôt fibrées

D’ici quelque temps, la modernisation des fermes-auberges va prendre une tournure un peu plus numérique. D’ici cinq à six ans maximum, l’ensemble d’entre elles seront reliées au réseau de fibre optique. Pour celles qui aujourd’hui n’ont même pas accès à l’ADSL classique, le bond risque d’être conséquent. Pour Serge Sifferlen, l’enjeu est comparable à celui du raccordement à l’électricité il y a quarante ou cinquante ans dans ces établissements. « Pour la génération à venir, ça va devenir incontournable », annonce-t-il. Le conseiller régional, Jean-Paul Omeyer, le confirme : en 2023, chaque habitant du Grand Est bénéficiera du même service en internet très haut débit. Grâce à la participation collégiale de l’ensemble des collectivités territoriales - de la Région aux communes - le coût de raccordement ne sera que 175 euros par prise, que l’on soit situé au centre d’une ville ou dans une ferme reculée du massif. « Et je précise qu’aucun utilisateur n’aura de droit de branchement à payer : il faudra juste connecter la box de l’opérateur choisi et ça sera bon », précise l’élu régional. Outre une connexion instantanée avec le reste du monde, le visiteur de cette « ferme-auberge du futur » a de fortes chances de tomber sur des bornes de recharge… pour des VTT électriques. Une activité en pleine croissance dans laquelle les fermes-auberges du massif vosgien pourraient avoir un rôle central à jouer. « Nos établissements peuvent être de bons relais pour le développement de cette activité. C’est de surcroît un nouveau public que nous pouvons amener à nous, avec l’idée qu’ils restent plusieurs jours sur le massif, hébergement à la clé », poursuit Serge Sifferlen.

Un projet « massif » en cours

La notion de « massif » est omniprésente dans la bouche des responsables du Parc, d’Alsace Destination Tourisme (ADT) et de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin. Et pour cause : réforme territoriale oblige, le réseau des fermes-auberges doit désormais se restructurer pour avoir une lisibilité plus forte au niveau la région Grand Est. Depuis plusieurs mois, les fermiers-aubergistes du massif répartis entre le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et le département des Vosges, travaillent sur un dispositif de soutien commun. Un projet mené en collaboration avec les chambres d’agriculture, les conseillers départementaux, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, le relais des Gîtes de France, les réseaux Bienvenue à la Ferme du Bas-Rhin et des Vosges, la Draaf, l’Agence régionale de la santé, et la DDT du Haut-Rhin. « Dans un premier temps, une phase d’études, dont ADT sera le maître d’ouvrage, sera menée. En fonction des résultats, une phase d’investissements sera planifiée », explique le directeur de cabinet d’ADT, Jean Klinkert. Ces études porteront sur l’analyse du potentiel de développement en énergies renouvelables des fermes-auberges, de l’approvisionnement en eau de ces établissements, et des contours de cette fameuse « ferme-auberge du futur ». Avec une bonne plâtrée de roïgabrageldis dans l’assiette, cela va sans dire.

Premier JA’s Day

Les citadins reprennent contact avec l’agriculture à Colmar

Vie professionnelle

Publié le 31/05/2017

Qui sont-ils ? Que font-ils ? Pourquoi travaillent-ils comme ça ? Pour le grand public - qui plus est citadin - les agriculteurs, leurs métiers, leurs animaux, leurs pratiques ou encore leur état d’esprit demeurent une suite d’interrogations avec très peu de réponses. Il existe beaucoup de « on dit », de clichés, mais finalement encore trop peu de certitudes pour le consommateur plus habitué aux rayons aseptisés des supermarchés qu’aux salles de traite robotisées. Entre les deux mondes, une sorte de gouffre que les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin (JA 68) ont souhaité combler en organisant leur premier JA’s Day sur le Champ de Mars de Colmar. Entre la préfecture, la place Rapp, les jeux pour les enfants et le grand parc ombragé, le monde agricole s’est offert une visibilité de premier choix lors du jeudi de l’Ascension. « C’était nécessaire pour montrer au public citadin ce que l’on fait. Les concours de labour, c’est déjà très bien en matière de communication, mais cela concerne plutôt le public rural. Ici, on a des enfants qui n’ont jamais vu une vache de près », souligne le secrétaire général des JA 68, Pierre Meyer.

« Ils ne sont pas assez soutenus »

Au vu de l’affluence déjà conséquente vers onze heures du matin, il faut croire que le sujet intrigue. Ici, on découvre tous les débouchés qu’offre le maïs, mais aussi son impact réel sur l’environnement. Lorsqu’ils obtiennent des réponses, beaucoup de visiteurs sont surpris. « Le maïs a une mauvaise image dans la société alors qu’il bénéficie d’un bilan hydrique bien plus positif que le blé, et reste moins gourmand en produits phytosanitaires et engrais. C’est aussi un plus gros consommateur de COque la forêt. En expliquant tout cela, on éclaircit les incompréhensions qui subsistent dans le public », poursuit Pierre Meyer. Comme au Salon de l’agriculture de Paris, les animaux ont la cote : une prim holstein, une vosgienne, des ânes, des lapins et quelques moutons sont aujourd’hui les représentants du monde de l’élevage. L’occasion de rappeler que derrière ces animaux dont le bien-être fait régulièrement la une des journaux, il y a surtout des femmes et des hommes qui doivent, là encore, jongler entre les a priori, les attentes des consommateurs, une concurrence farouche, et une réglementation de plus en plus handicapante. « C’est important que le citoyen voie et comprenne par lui-même la réalité de notre métier. Nous avons besoin de lui et de son soutien pour continuer à exister et à nous développer », estime Pierre Meyer. Appuyée sur l’enclos qui entoure les ruminantes du jour, Marie-France fait partie de ces citoyens convaincus par l’agriculture et les agriculteurs. Cette retraitée colmarienne écume depuis pas mal de temps déjà les magasins paysans pour faire ses emplettes : « Je pense qu’il faut aider les agriculteurs comme on peut. À mon sens, ils ne sont pas encore assez soutenus. Ce sont eux qui travaillent le plus et on leur donne des clopinettes. » Elle s’indigne lorsqu’elle découvre le prix du kilo de laine payé à l’éleveur. « Un euro et dix centimes, je trouve cela vraiment aberrant quand on voit combien ça coûte de payer quelqu’un pour se faire aider. Comment s’en sortir dans ces conditions ? », s’interroge-t-elle. Un peu plus loin, deux jeunes garçons expérimentent le test à l’aveugle des céréales que l’on peut trouver en Alsace. « Et ça, on peut le manger ? », demande l’un d’eux en se saisissant de quelques graines de colza. « En huile, c’est très bon, en plus d’être excellent pour la santé », lui répond son interlocutrice. Le bien-être par le bien manger est un autre aspect mis en avant lors de ce JA’s Day. « Pour moi, cela passe par des produits de saison et de proximité », confie un jeune papa après avoir fait le plein de fraises. Dans la poussette qu’il tient d’une main, sa fille de trois ans se régale déjà, avec un bonheur non feint sur son visage. A ce moment-là, il n’y a plus de question à se poser, juste un plaisir à savourer. Un sourire spontané que l’on observe en tournant la tête, tantôt chez ceux qui découvrent les vins proposés à la dégustation, tantôt chez ceux qui savourent le saucisson 100 % artisanal. Les clichés et les « on dit » tombent les uns après les autres. Le public découvre ou redécouvre le plaisir de bien manger… et la mission première de l’agriculture. Les interrogations ont laissé la place aux certitudes.

Prévention des risques psychosociaux

« J’ai pu mettre un pansement sur mes difficultés »

Vie professionnelle

Publié le 20/05/2017

La prévention des risques en milieu agricole, c’est aussi des mots et une oreille tendue. Difficulté financière et économique, isolement, aléas climatiques, problèmes de couple : le nombre d’exploitants français qui bascule chaque jour dans une spirale de déprime - voire de dépression - ne cesse de grandir. Un phénomène loin d’être inéluctable pour peu que les personnes concernées acceptent de s’ouvrir à une écoute attentive et compréhensive. « Il faut pouvoir parler quand il y a des décrochages », estime Jean-Michel Habig. Pas facile pour un exploitant de reconnaître ouvertement que « ça ne va plus ». Pas facile d’être celui qui « détruit » l’héritage familial. Et c’est peut-être encore moins facile pour un agriculteur d’accepter de témoigner publiquement pour raconter son expérience qui a bien failli l’emmener jusqu’au suicide. C’est pourtant ce qu’a réussi à faire Alfred Ritzenthaler, éleveur à Jebsheim, lors de l’assemblée générale de la CAAA du Haut-Rhin. Comme bon nombre de ses confrères, il a dû faire face aux mises aux normes à répétition et à une conjoncture très mauvaise. « Là encore, même si ça reste difficile, on arrive encore à faire face », reconnaît-il. Mais face à la destruction de la moitié de l’exploitation, difficile de se relever. En une nuit, des flammes dévastatrices ont ravagé son outil de travail. « Là, on vous arrache le cœur. On vous met à nu. En quelques heures, tout s’est écroulé. À partir de là, je suis entré dans une spirale très négative. » Complètement découragé, Alfred développe une peur panique dès que la nuit arrive ; dans sa tête, ce moment est désormais associé à l’incendie. Il sombre progressivement, ne s’ouvre plus aux autres, jusqu’à devenir méchant avec sa conjointe et les membres de sa famille. La lueur d’espoir vient d’un coup de téléphone d’un délégué de la MSA d’Alsace. « Il m’a demandé si j’acceptais de l’aide. J’ai dit oui. » Une décision salutaire qui va lui permettre progressivement de relever la tête. Il lui faudra ainsi deux bons mois pour se délester de sa nouvelle hantise nocturne grâce à l’accompagnement d’un psychologue. « Dès que la nuit arrivait, j’étais comme tétanisé. J’étais presque attaché au lit », se remémore-t-il. En parallèle, Alfred Ritzenthaler intègre un « parcours confiance » animé par la MSA d’Alsace. Le but : rencontrer un groupe de personnes issues de plusieurs univers, avec des blessures diverses, afin de partager ses difficultés pour ensuite se relever. « Cette réunion est très vite devenue un rayon de soleil pour moi. On s’est soutenu les uns et les autres, jusqu’à tisser des liens en dehors. On s’appelait entre les réunions pour échanger. C’était un vrai travail collectif qui nous a permis de nous en sortir. » Bien sûr, les difficultés conjoncturelles n’ont pas disparu mais, néanmoins, l’optimisme a repris le dessus dans la vie de l’éleveur. « Même si l’environnement reste morose, on est aujourd’hui en meilleure coordination avec la famille. On vit avec ces difficultés en mettant un pansement dessus. Mon exploitation tourne et mon deuxième fils va s’installer dans les prochains mois. »

« Tu n’es pas seul dans cette souffrance »

Le cas d’Alfred Ritzenthaler n’est malheureusement pas isolé dans le paysage agricole. Combien d’exploitants décident chaque année de passer à l’acte ? Combien préfèrent se murer dans le silence de peur d’être catalogué comme un « mauvais gestionnaire » ? « Le pire, c’est de rester isolé dans son coin. C’est ce processus qu’on souhaite casser pour éviter que la personne envisage la pire solution », commente Marie-Irène Glé, responsable des actions sanitaires et sociales à la MSA d’Alsace. Dans un premier temps, il faut déjà détecter les agriculteurs en proie à des difficultés. À cette échelle, tout l’entourage de la personne peut jouer un rôle, que ce soit dans la famille, les amis, les confrères agriculteurs, ou aussi dans les organisations professionnelles. « Il y a des signes qui ne trompent pas en général : quelqu’un qui ne vient plus aux réunions, qui n’ouvre plus son courrier, qui ne montre plus de signe de joie ou d’adhésion, ou qui se néglige physiquement. » La difficulté réside dans le fait de dépasser sa propre peur pour aller parler à l’exploitant que l’on pense être en difficulté. « Un simple « comment vas-tu » est un bon début. Surtout pas de « pourquoi » dans la question. Plutôt un « comment je peux t’aider » ou « comment tu envisages la suite ». Là, on voit sa réaction. S’il estime que plus rien n’est important, il faut lui rappeler qu’il n’est pas seul dans cette souffrance. Par contre, il ne faut surtout pas s’enfermer dans une relation avec cette personne, même si c’est un très bon ami. C’est à ce moment-là qu’il faut faire appel à d’autres personnes extérieures qui sont dans la capacité de l’aider », conseille Marie-Irène Glé. Comme le fait remarquer l’un des participants à l’AG de la CAAA 68, ce type de situation s’avère bien plus complexe quand l’agriculteur en difficulté répond avec aplomb qu’il n’a pas de problème alors que tous les signes extérieurs indiquent le contraire. « Dans ce cas-là, il vaut mieux lui répondre que vous entendez que c’est difficile d’être accompagné. Mais que cela vous fait mal de le voir comme ça. Et vous l’informez que vous contacterez la MSA afin qu’elle se rapproche de lui. Dites-lui simplement que vous tenez à lui et que vous souhaitez simplement qu’il sorte de cet enfermement. C’est tout ce que vous pouvez faire. Par contre, il ne faut surtout pas faire de signalement anonyme à nos services. Si un agriculteur accepte de vous parler, il ne se confie pas à beaucoup de personnes non plus. Si vous voulez informer nos services, dites-lui d’abord », poursuit Marie-Irène Glé. À défaut de pouvoir s’entretenir directement avec l’agriculteur en difficulté, ou de pouvoir l’appeler, un simple SMS représente un excellent moyen de prendre des nouvelles. « On peut le consulter tranquillement dans un coin, quand on est isolé. C’est plus facile. Le SMS est aussi une sorte de clin d’œil, ça permet de voir rapidement que quelqu’un pense à nous. »

Le stress au travail, un mal de pays riche

La résolution du mal-être dans le monde agricole n’est pas l’apanage de la MSA, bien au contraire. Comme le résume Marie-Irène Glé : « Personne n’a la solution à lui tout seul. » Pour un intervenant à l’assemblée générale, ce problème relève de la solidarité nationale. « On nourrit les autres. En retour, il faut que la société civile s’engage pour les agriculteurs. » Peut-être faudrait-il aussi que la société civile réfléchisse plus largement aux conditions de travail, quel que soit le secteur d’activité. « Le stress au travail est une question dans tous les pays industrialisés. Si le travail peut être une source d’épanouissement, il peut aussi être une source de contraintes. Dans ce cas-là, on parle de stress chronique. On augmente alors les risques d’AVC, de troubles musculo squelettiques, ou de santé mentale. Et tout cela coûte cher : entre trois et quatre pourcents du PIB dans les pays industrialisés. En France, entre 70 et 77 milliards d’euros sont imputés au stress. Presque un travailleur sur quatre en souffre selon les études. Il représente entre 50 et 60 % de l’absentéisme », explique Dominique Hen, directeur de l’Agence régionale d’amélioration des conditions de travail (Aract) Grand Est. Pour diminuer la facture, et surtout offrir une vie plus sereine aux personnes les plus exposées, la prévention - encore elle - reste le meilleur outil pour prévenir les risques psycho sociaux (RPS). « Enfin, on devrait plutôt parler de ressources pyscho sociales. Il faut éviter d’aller sur ces sujets-là avec une approche hygiéniste, en sous-entendant que les gens ne sont pas à la hauteur. Si l’on a une approche « les faibles contre les forts », on rend encore plus difficile la capacité de s’exprimer de ceux qui en ont le plus besoin. » L’essentiel est de prévenir le plus tôt possible les éléments générateurs de RPS dans le travail par des approches individuelles et collectives. Sans perdre de temps. Car le monde du travail, lui, évolue à une vitesse exponentielle sous les effets de l’informatisation et de la robotisation. « En quelques mois, une profession très ancienne peut se voir chamboulée par l’arrivée d’une application smartphone. Tout change très vite, et l’agriculture n’est pas épargnée. Des alternatives émergent, mais il faut agir rapidement. Il n’y a plus de latitude comme avant. »

Caisse d’Assurance-Accidents Agricoles du Haut-Rhin

La prévention a porté ses fruits en 2016

Vie professionnelle

Publié le 19/05/2017

En 2016, la Caisse d’Assurance-Accidents Agricoles du Haut-Rhin (CAAA 68) a récolté les fruits de sa politique de prévention entamée en 2014. C’était, à l’époque, la priorité d’action du nouveau comité directeur présidé par Jean-Michel Habig. Trois ans plus tard, au terme de sa première mandature, ce dernier se félicite naturellement du bilan de l’année écoulée. « Nous venons de vivre un exercice globalement positif après deux années - 2014 et 2015 - au cours desquelles la Caisse avait connu une très forte progression de ses dépenses de prestations. » Une embellie malheureusement entachée par la disparition prématurée de Jean-Marie Schappler le 24 janvier dernier. « Jean-Marie a toujours été très impliqué et investi dans les actions de la Caisse. Mais plus encore, il en a été le rénovateur et le modernisateur », a tenu à souligner Jean-Michel Habig en introduction de la dernière assemblée générale de la Caisse.

Nouvelle année « record »

L’ex président aurait certainement salué le nouveau record enregistré par la CAAA 68 en 2016 : seulement 907 accidents et maladies professionnelles pris en charge, soit 36 de moins que le précédent record datant de 2014. « Pour prendre la pleine mesure de chiffre, ayons à l’esprit que sur la période récente de 2005 à 2013, la moyenne de dossiers traités au cours d’un exercice était de 1 075 », rappelle Jean-Michel Habig. Et si l’on écarte les 47 déclarations d’accidents émanant des élèves des deux établissements d’enseignement agricole, ce sont 860 dossiers de salariés et non-salariés qui ont été pris en charge l’an passé. « Là encore, un nouveau seuil bas de référence », se félicite le président de la Caisse. Y’a-t-il eu pour autant une diminution du montant des prestations allouées ? En 2014, lors du dernier exercice de référence, la Caisse avait alors enregistré une forte augmentation. Cela n’a pas été le cas en 2016 avec une baisse de près de 800 000 euros des prestations, ramenant le montant total à 6 952 000 euros. Un montant en deçà de la barrière symbolique des sept millions d’euros, franchie une seule fois en 2011. En apparence, le décompte de l’année 2016 semble plutôt bon pour la CAAA du Haut-Rhin. C’est sans compter sur les quatre accidents mortels qu’a connu le département. Jean-Michel Habig le concède : « C’est l’une des pires années que la Caisse ait eue à connaître. » Si l’un des quatre décès est imputable à un malaise cardiaque, les trois autres sont la conséquence d’un excès de fatigue, d’un manque de vigilance ou de prudence de la victime. « Nous connaissons tous le caractère éminemment aléatoire des accidents, la difficulté de penser prévention et de rester vigilant en toutes circonstances. Néanmoins, il nous faut réaffirmer sans cesse la pertinence d’une approche réfléchie de nos métiers et de leurs contraintes. Je pense plus particulièrement à l’urgence à laquelle nous sommes souvent confrontés et qui nous amène à accélérer le rythme, à surestimer nos forces, et à sous-estimer les dangers des lieux où nous évoluions, des tâches que nous accomplissons, des animaux que nous élevons, ou des machines que nous utilisons », énonce Jean-Michel Habig qui met en avant la prévention comme le seul moyen d’agir face aux accidents et maladies professionnelles. Concrètement, en 2016, ce sont 104 actions de formations qui ont été menées, près de 100 000 euros d’aides financières à l’achat de dispositifs et d’équipements de prévention qui ont été versées, ou encore la commercialisation de la bâche de pré-signalisation lumineuse des attelages agricoles. D’autre part, le premier cycle d’enseignement à la prévention des risques en agriculture destiné aux élèves de première bac pro du lycée de Rouffach s’est achevé avec succès. Il a été reconduit pour l’année en cours. Tout comme les prochaines journées de sensibilisation à l’entretien et l’utilisation de la tronçonneuse qui sont prévues en décembre 2017 et janvier 2018. « C’est un thème qui nous tient à cœur, tant la gravité des accidents impliquant cet outil est élevée », ajoute Jean-Michel Habig.

Défendre le régime local agricole

Malgré la baisse « remarquable » des prestations allouées en 2016, la CAAA 68 a terminé l’exercice écoulé avec un léger déficit s’élevant à 50 000 euros. Une situation qui n’est pas vraiment paradoxale comme le détaille Jean-Michel Habig : « Il faut déjà se remémorer que l’exercice 2015 s’était clôturé sur un déficit exceptionnel de plus de 900 000 euros lié à la très forêt progression des dépenses de prestations, ainsi que la décision de l’État d’amputer de plus de 500 000 euros le montant de la compensation versée annuellement à la Caisse pour couvrir une partie des rentes salariées allouées. Deuxièmement, la diminution de cette compensation est désormais pérenne, ce qui se retrouvera d’année en année sur le compte de résultat de notre établissement. Troisièmement, la constitution d’un fonds commun de placement de quatre millions d’euros dédié à la Caisse n’a pas été comptabilisée à la fin de l’année. Si elle l’avait été, le résultat final de l’exercice aurait été positif. Enfin, la Caisse a mis en application la réduction Fillon sur les bas salaires, sans que celle-ci n’ait été compensée par l’État. » Une situation tout à fait « anormale » dénoncée par les trois Caisses du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de Moselle à travers un courrier envoyé à la ministre de la Santé, Marisol Touraine. « Nous lui avons demandé que l’État compense cet avantage financier. Nous avons également sollicité le soutien de nos parlementaires afin qu’ils se mobilisent pour la protection de notre droit local et de notre régime de protection sociale. Plus que jamais, il faut que les ressortissants de notre régime local agricole restent vigilants et solidaires pour défendre cet héritage de notre histoire commune. » Face au « peu de considérations » du pouvoir central pour ces spécificités locales, les trois Caisses d’Alsace et de Moselle entendent poursuivre leurs actions de modernisation et de coopérations que ce soit en adaptant les procédures de travail aux réformes mises en œuvre (DSN, Tesa Web), en renforçant les partenariats avec la MSA d’Alsace, en harmonisant les outils et procédures comptables au sein des Caisses, ou en coopérant avec le monde forestier (ONF, associations des communes forestières, etc.) pour organiser des journées d’informations et de sensibilisation aux risques des travaux d’exploitation. « Nombreux sont les chantiers de modernisation ou de mise à niveau. Il nous faut les accompagner, si possible les anticiper. Nous ne pouvons rester en dehors d’un système de protection sociale qui se réforme en profondeur sous l’impact, entre autres de la révolution numérique. » Mieux vaut prévenir que subir.

Circuits courts

Inauguration officielle de Cœur Paysan à Colmar

Pratique

Publié le 19/05/2017

Cinq mois après son ouverture, le magasin Cœur Paysan a enfin eu droit à son inauguration officielle le 11 mai dernier. L’occasion pour les quarante agriculteurs qui participent à l’aventure de remercier tous ceux qui leur ont permis de concrétiser ce projet : la ville de Colmar, le cabinet d’architecture Leny’s Concept, le groupement d’entreprises I2CR, ainsi que le Crédit Mutuel de Sélestat Scherwiller « qui a cru à cette belle aventure ». Et pour le moment, celle-ci remplit largement les espérances des producteurs qui ont tout de même investi 1,4 million d’euros entre le rachat du site (l’ancien Lidl de la route de Neuf-Brisach), les travaux de rénovation et de mise aux normes, et l’achat du matériel nécessaire.

Grâce à un buzz positif sur les réseaux sociaux et une médiatisation inattendue de grands médias nationaux (France 2 et TF1 entre autres), Cœur Paysan a joui très vite d’une visibilité conséquente et d’un bouche-à-oreille efficace des premiers « curieux » qui y ont fait leurs courses. Aujourd’hui, ce sont 400 clients en moyenne qui viennent chaque jour remplir leurs cabas de produits agricoles et viticoles disponibles en rayons. Le panier moyen est de 28 € et les achats sont réalisés à 47 % au rayon boucherie. Suivent les fruits et légumes (24 %), la crémerie (10 %), l’épicerie (3 %), les liquides et poissons (2 %) ainsi que 12 % d’achats non catégorisés. « On est sur une belle rampe de lancement », se satisfait Denis Digel, président de Cœur Paysan et maraîcher à Sélestat. Les clients du magasin viennent majoritairement de Colmar et des communes à proximité. « Au total, nous comptons 4 000 porteurs de la carte de fidélité », révèle le directeur du site, Pascal Terroux. Des chiffres encourageants qui témoignent du réel intérêt des consommateurs à reprendre la main sur leur alimentation, comme le fait remarquer le maire de Colmar, Gilbert Meyer. « On revient en arrière en quelque sorte en achetant ce qui est issu de notre terroir. De cette manière, nous pouvons savoir ce que nous mangeons. »

« Une expérience extrêmement enrichissante »

Pour le président de la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA) et conseiller régional, Laurent Wendlinger, Cœur Paysan apporte une nouvelle réponse à celles et ceux qui souhaitent écouler leurs produits en vente directe. « En Alsace, nous avons beaucoup d’exploitations qui sont présentes sur ce créneau. Avec ce magasin, on va un peu plus loin en rallongeant un peu les filières courtes. C’est un challenge qui est gagné aussi bien pour l’agriculteur que pour le client. » Ce type de magasin est pour lui un parfait complément des autres filières, davantage tournées vers l’export ou l’industrie agroalimentaire. « C’est en travaillant sur tous ces axes en même temps que nous pouvons redynamiser l’agriculture de notre région », précise le président de la CAA. « C’est un état d’esprit nouveau dans le paysage commercial », complète Denis Digel. « C’est la rencontre de plusieurs agriculteurs qui ne se connaissaient pas, et qui ont décidé de s’affirmer pour reprendre leur place dans la société. »

L’implication quotidienne des producteurs est l’une des raisons du succès précoce de Cœur Paysan. Chaque jour, au moins l’un d’entre eux est présent sur le site, en plus des neuf salariés à temps plein recrutés pour l’occasion. « Nous sommes, chacun à notre tour, l’ambassadeur des productions de nos collègues. Apprendre à parler du métier de l’autre est une expérience extrêmement enrichissante », témoigne le maraîcher de Sélestat. Le dialogue quotidien avec les consommateurs fait également émerger de nouvelles offres comme des huiles de colza et tournesol ou des lapins de fermes.

Mais surtout, Cœur Paysan atteint aujourd’hui son premier objectif qui est de permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail, voire d’investir comme le relate Denis Digel : « Grâce aux perspectives offertes par le magasin, j’ai pu acquérir une toute petite récolteuse mécanique pour développer mon activité de haricots. En effet, la récolte manuelle en quantité suffisante pour répondre à la demande est très chère. Grâce à ce nouvel outil, je pourrai continuer à satisfaire la clientèle. » Forcément, une telle réussite fait des envieux. Les responsables de l’enseigne paysanne ont déjà reçu plusieurs sollicitations pour ouvrir d’autres groupements Cœur Paysan en France. « On nous a même demandé de participer à un forum en Roumanie », poursuit-il. L’amour de ses produits et de son terroir n’a pas de frontière.

Procédure calamités agricoles dans le Haut-Rhin

Après les dégâts, le triste constat

Cultures

Publié le 18/05/2017

« On a besoin d’aide ! » Fortement touchée par l’épisode de grêle du 14 mai quelques semaines seulement après un gel déjà destructeur, Danielle Claudepierre tire la sonnette d’alarme. Entre dépit, tristesse et résignation, la gérante de l’EARL Bernhard, à Sigolsheim, constate, impuissante, les ravages de ces deux épisodes climatiques extrêmes pour la saison. La quasi-totalité de sa production a été détruite pour l’année 2017. « Il y a 17 hectares complètement partis à Sigolsheim. Les 14 autres à Durrentzen et Windensolen ont été préservés de la grêle, mais une bonne partie était déjà morte avec le gel. Reste deux hectares qui sont protégés par des filets anti-grêle, mais qui ont été ravagés à 80 % par le gel… » Une double peine fatale qui menace la survie de l’exploitation familiale créée dans les années 1970 par ses parents. « C’était une telle fierté pour moi de reprendre la structure. Aujourd’hui, on est juste complètement démunis », témoigne-t-elle devant les représentants de la mission d’enquête menée dans le cadre de la procédure calamités agricoles. Parcelle après parcelle, des responsables de la DDT du Haut-Rhin, de la Chambre d'agriculture, de la FDSEA, de l’Ava constatent, parfois avec effarement, l’étendue des dégâts. Dans les vignes, le responsable du service Agriculture et Développement Rural à la DDT du Haut-Rhin, Philippe Schott, liste consciencieusement les parcelles concernées par des pertes de fonds, à savoir quand les plants ne reprennent pas, ou très peu. Des vignes de première, deuxième, troisième année ou issues de la complantation sont passées à la loupe. Le président du syndicat viticole de Bennwihr, Arnaud Amann, fait le guide. Il pointe du doigt des pinots gris plantés sur le ban d’Ammerschwihr, à quelques dizaines de mètres de la Pommeraie. « Ici, la parcelle est totalement brune. On constate néanmoins que quelques plants ont survécu. Les pépiniéristes vont avoir du boulot ! Dans le meilleur des cas, il faudra au minimum deux ans pour s’en remettre », annonce le vigneron. La délégation se rend ensuite sur le ban de Bennwihr, là où les vignes ont le plus souffert de ce gel noir. « On est ici au cœur de cette langue de froid qui s’est étendue jusqu’au bas de Zellenberg », commente Arnaud Amann.

« On doit continuer, on n’a pas le choix »

Retour à la Pommeraie, chez Bernard Gsell. L’arboriculteur emmène les représentants de la mission d’enquête au pied d’une imposante éolienne. Installée depuis peu, celle-ci lui a permis de limiter la casse. En parallèle, il a aussi utilisé des bougies de cire pour protéger une partie de ses cultures. « Les fruits sont encore sur les arbres, mais le stress est bien là. Depuis le gel d’avril, ils n’ont pas encore grossi. Du coup, c’est possible que l’arbre finisse par les rejeter. On ne peut rien prévoir à l’heure actuelle. » S’il avait pu sauver la majorité de ses pêches et abricots du gel, il a été bien plus impuissant face à la grêle. Les marques visibles sur les abricots parlent d’elles-mêmes. « La plupart de ces fruits ne sont malheureusement plus commercialisables, surtout si le marché en vient à être saturé. Qui voudra acheter des fruits comme cela ? », observe-t-il. Sans la grêle de dimanche dernier, Bernard Gsell aurait encore pu compter sur la moitié de sa récolte qui s’étend sur trente hectares. Désormais, il y a surtout beaucoup d’incertitudes. D’autres accidents climatiques ne sont pas à exclure, comme des attaques de drosophiles suzukii qui avaient fait tellement de mal en 2014. « Ce n’est pas compliqué : il va falloir qu’on trouve rapidement un fonds de roulement qui nous permette de fonctionner, sinon on sera obligé d’arrêter. » Car l’entreprise, elle, continue à tourner. Et le travail de s’accumuler. « Tous les travaux hors récolte sont identiques. Il faut continuer, on n’a pas le choix. On doit continuer les traitements comme on le ferait d’habitude. On ne peut pas permettre la moindre erreur au niveau sanitaire. Sinon, on le paie ensuite pendant des années », continue Bernard Gsell.

« Économiquement, c’est vraiment très grave ce qui nous arrive », tient à rappeler Danielle Claudepierre. L’exploitante a déjà dû mettre la moitié de ses salariés au chômage partiel, et devra réduire inévitablement l’embauche d’intérimaires « locaux » pour les récoltes. « Il y a tout un tissu économique derrière nous » explique-t-elle au préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet. C’est en lisant l’article paru dans le journal l’Alsace le matin même que le représentant de l’État a pris la décision d’aller constater de visu les dégâts engendrés sur les parcelles de l’EARL Bernhard. Une visite inattendue saluée par l’exploitante et le président de la FDSEA, Denis Nass. « C’est effectivement indispensable que les pouvoirs publics prennent la mesure de ce qui se passe ici. Tout le monde doit être mobilisé sur ce dossier. Chaque entreprise doit pouvoir être accompagnée individuellement. On ne peut pas faire de généralités », estime le représentant syndical. En plus d’une reconnaissance en calamité agricole qui serait forcément bienvenue, Danielle Claudepierre espère obtenir un retour favorable de la MSA pour un report de ses charges, et que les services fiscaux ne lui réclament pas l’acompte de l’impôt sur les sociétés « qui me sera de toute façon remboursé » précise-t-elle. Une demande que la DDT et la FDSEA du Haut-Rhin entendent relayer auprès des services concernés. Un moindre mal pour Danielle Bernhard qui a tout de même besoin de plusieurs centaines de milliers d’euros pour son fonds de roulement, et ainsi pouvoir faire vivre son entreprise jusqu’en septembre 2018, date à laquelle elle devrait enregistrer ses prochains revenus.

« Les clients vont repartir »

Après ces témoignages difficiles, la mission d’enquête a poursuivi sont état des lieux un peu plus au sud du département, entre la commune de Battenheim et l’autoroute A35. À cet endroit, Jean-Marie Grodwohl cultive 3,10 hectares de fraises destinées à la libre-cueillette. Un choix opéré il y a dix ans dans le but de diversifier ses productions. Il a également un élevage de veaux des céréales, et des pommes de terre. Depuis ses débuts dans les fraises, il n’avait jamais connu de grosses difficultés. En tout cas, pas d’ordre climatique. Jusqu’à cette nuit du 19 au 20 avril. « La température est descendue jusqu’à - 5 degrés. Et comme les fraises étaient en pleine floraison, avec deux à trois semaines d’avance, précisément en raison de la douceur et du soleil du mois de mars, le choc a été terrible. En quelques heures, on a perdu en moyenne 60 à 70 % de la production potentielle. Sur cette parcelle, cela va même jusqu’à 80 %. Depuis, on les a binées pour les garder propres et là, on commence à pailler. On espère que certaines vont repartir. Mais, je ne suis pas très optimiste », explique l’agriculteur. Lucide, il montre un exemple : sur dix fleurs possibles, il n’y en a plus qu’une en état de pousser ! Forcément, le moral de l’exploitant est au plus bas. Son travail annuel est dévalorisé. « Et ici, outre le problème sanitaire, il y a également les difficultés économiques qui s’annoncent. C’est de la libre cueillette. Quand les gens vont arriver ici pour se fournir en fraise, ils vont déchanter et repartir. Ce sont des pertes de clients prévisibles », ajoute-t-il. Des exemples comme ceux évoqués ici sont nombreux dans le département du Haut-Rhin. Et chaque cas sera étudié par l’ensemble des partenaires et organisations économiques assurent les membres de la délégation d’enquête. Les dossiers de calamité agricoles seront ensuite transmis à la préfecture qui se chargera de faire le relais avec le ministère de l’Agriculture. Les premières indemnisations pourraient arriver, au mieux, à la fin de l’année 2017.

89e foire aux vins d’Ammerschwihr

Mi-gel, mi-raisin

Vigne

Publié le 06/05/2017

La fête malgré tout. Rebaptisée « Festi’Vins » pour se démarquer des foires aux vins commerciales des grandes surfaces, la 89e foire aux vins d’Ammerschwihr s’est tenue cette année dans un contexte un peu particulier, dix jours après des gels inhabituels pour la saison. Sur toute l’Alsace, ce sont 3 000 ha qui ont été touchés, dont 1 500 ha « rasés à blanc ». Lors de l’inauguration qui a eu lieu samedi 29 avril, le président du syndicat viticole d’Ammerschwihr, Romuald Bohn, a fait part de sa frustration légitime alors que le potentiel « était très bon ». « L’an passé, nous avons tous été surpris par des volumes généreux et de belle qualité après une année capricieuse. Pour 2017, la messe est malheureusement déjà dite. La nature nous a brusquement rappelés à l’ordre. » Sur le seul ban d’Ammerschwihr, les parcelles ont enregistré des dégâts qui vont de 15 % à plus de 80 % pour celles situées en plaine. Une situation d’autant plus compliquée pour certains viticulteurs de la commune qui ont également des parcelles sur les bans de Sigolsheim et de Bennwihr, d’autres communes du secteur particulièrement meurtries par ce gel. « Après des années difficiles en 2013, 2014 et 2015, de nombreuses exploitations auront des problèmes de trésorerie », prévient Romuald Bohn. Pour Ammerschwihr, seule une petite moitié est assurée contre le gel. Il va donc falloir agir rapidement pour soulager les entreprises en difficulté. « Nous allons demander un dégrèvement de la taxe foncière. Nous comptons aussi demander à la MSA ce qu’il est possible de faire. » Ça, c’est pour les solutions à court terme. Pour le long terme, le syndicat viticole d’Ammerschwihr souhaite qu’une ou des solutions soient mises en place pour permettre le stockage de production en cas de récolte importante. « Le Volume complémentaire individuel (VCI) est une solution mais ne saurait être suffisant pour l’ensemble de la récolte », estime Romuald Bohn. Il rappelle que c’est la « survie » des viticulteurs qui est aujourd’hui en jeu face aux extrêmes climatiques de plus en plus fréquents et violents. Sans oublier les ravages provoqués par l’esca, la flavescence dorée, ou encore la drosophile suzukii qui a fait tant de dégâts en 2014. « Il faut que l’on réapprenne rapidement que c’est la nature qui commande. Les lois et les textes des hommes ne font pas le poids face à elle. Il serait bon de s’en rappeler. » Comme le souligne le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, il y a des « lourdeurs administratives insupportables » pour les exploitations viticoles. « Il est temps que l’on puisse avancer rapidement là-dessus », explique-t-il en se tournant vers les élus présents : la sénatrice Patricia Schillinger, le conseiller départemental Pierre Bihl, le député et président du Conseil départemental Éric Straumann, le conseiller régional - et candidat aux prochaines élections législatives - Jacques Cattin, et le maire d’Ammerschwihr, Patrick Reinstettel. Ce dernier s’est déclaré « particulièrement touché » par la détresse vécue par les viticulteurs. Une situation d’autant plus préoccupante à ses yeux au regard des autres difficultés rencontrées par la filière. « Nous devons demeurer vigilants avec le repli du marché intérieur et la concurrence de plus en plus accrue à l’export », prévient l’édile de la commune.

Fort heureusement, les vignerons d’Ammerschwihr restent toujours prophètes en leur pays. Et ce n’est pas près de changer si l’on se fie à l’affluence de cette 89e édition de ce « Festi’Vins ». Cette année encore, il avait de quoi faire… et boire. Si les enfants pouvaient se défouler dans le château gonflable installé pour l’occasion, leurs aînés avaient tout le loisir de découvrir une sélection des meilleurs crus de la commune, du dernier millésime 2016 jusqu’à des vins de réserve pouvant remonter à 1969 avec une dégustation verticale de muscats du domaine Sick-Dreyer. « Un bon millésime, ça peut se conserver longtemps », commente le vigneron. Au total, une vingtaine de viticulteurs de la commune ont répondu présent pour faire découvrir les subtilités des nombreux vins produits dans leurs caves : l’incontournable grand cru Kaefferkopf, véritable porte-étendard de la commune, le surprenant « Côtes d’Ammerschwihr » qui mêle astucieusement le pinot auxerrois et le muscat, ou encore les innombrables cuvées spéciales au nom du père, du grand-père, de la sœur ou de la fille. Tous les apprentis œnophiles pouvaient aller plus loin dans la compréhension des vins en participant à la dégustation commentée par François Lhermitte, sommelier chez Julien Binz, l’un des restaurants du village récemment récompensé par une étoile au Guide Michelin. Une raison de plus de faire la fête. Malgré tout.

Lancement des primeurs d’Alsace

Le plein de vitamines

Cultures

Publié le 03/05/2017

Les légumes primeurs sont de retour. Comme chaque année à la même période, les salades, radis, navets, rhubarbes, asperges et autres oignons blancs marquent le retour des beaux jours… et de la consommation de produits frais. Des légumes cueillis très jeunes présentant des caractéristiques gustatives « incomparables ». Des qualités que l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) a souhaité mettre en avant le 27 avril en organisant le premier lancement officiel des primeurs sur le sol alsacien. Un événement qui s’est tenu dans les locaux d’ID3A, à Balgau, une exploitation familiale qui cultive 200 ha de légumes et une centaine d’hectares de céréales. Cinquante salariés (jusqu’à 80 dans les périodes les plus intenses) y travaillent quotidiennement pour récolter, nettoyer, conditionner et envoyer les palettes de légumes qui vont alimenter principalement les centrales d’achat du Grand Est. Pour l’instant, cette saison 2017 commence bien timidement, notamment pour les salades qui ont énormément souffert des récents épisodes de gel. « Depuis le début de la récolte lundi 24 avril, on ne récolte que 30 à 40 % de nos salades. On a dû les recouvrir en catastrophe, sans succès. Tout est plus froid et plus humide. C’est la première fois qu’on perd des salades à cause du gel », constate amèrement le directeur d’ID3A, Claude Keller. Heureusement pour lui, il peut compter cette année sur 40 ha de radis, soit environ 1,3 million de bottes qui vont constituer un apport de trésorerie « intéressant » pour son entreprise. « C’est le légume printanier par excellence. Il dispose d’un cycle de récolte assez court, de 18 à 90 jours en fonction de la variété. » Le radis représente un vrai « challenge » pour ID3A cette année. Désireuse de rattraper son « retard » par rapport à la salade, l’exploitation a augmenté sa surface sur des parcelles jusqu’alors dédiées à la culture des céréales.

L’atout « forme et bien-être »

Ce lancement officiel des primeurs s’inscrit dans la continuité des actions de communication et de promotion menées par l’Ifla depuis plusieurs années. « Je crois qu’il était essentiel de rappeler aux consommateurs les vertus de ces premiers légumes de l’année », souligne le président de l’Interprofession, Pierre Lammert. Ces « jeunes légumes » se montrent en effet plus intéressants en termes de qualité nutritive grâce à des valeurs nutritionnelles à leur maximum. Ils apportent notamment les nutriments dont le corps a besoin : vitamines, minéraux, fibres, etc. Ils sont également recommandés pour déjouer la fatigue et aider l’organisme à passer de l’hiver au printemps en « pleine forme ». « C’est l’atout forme et bien-être ! », résume Pierre Lammert. Un argument supplémentaire pour une production locale de plus en plus plébiscitée par les consommateurs alsaciens. « Grâce aux actions de l’interprofession, l’Alsace est la seule région française où la production de fruits et légumes s’est développée », se félicite le président de l’Ifla. Reste maintenant à conquérir le marché du Grand Est, fort de cinq millions de consommateurs. C’est dans cette optique que l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace devrait signer un contrat d’aide et d’accompagnement de la filière fruits et légumes avec la Région. « Pour la compétitivité de nos produits, nous avons besoin d’aides. C’est notamment par ce biais que nous pourrons développer la part de fruits et légumes locaux dans la restauration collective. Il y a là un grand marché à développer », ajoute Pierre Lammert.

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