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Nicolas Bernard

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Dégâts de gel

Du « jamais vu »

Cultures

Publié le 26/04/2017

Radical. Le gel qui a frappé l’Alsace dans les nuits des 20 et 21 avril derniers a été d’une rare intensité. Que ce dans le Bas-Rhin ou le Haut-Rhin, de nombreux producteurs de fruits ont subi de plein fouet un froid « jamais vu » à cette période. Un phénomène d’autant plus dévastateur que le printemps a été particulièrement précoce cette année. « Les arbres étaient prêts depuis le mois de février », commente Philippe Jacques, conseiller arboricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Trop vite, trop tôt, trop enthousiasmant. Et, au final, une désillusion d’autant plus grande pour ceux qui n’ont pas pu se protéger efficacement.

Une saison qui s’annonçait « très belle »

C’est le cas de Danielle Bernhard, à Sigolsheim, qui cultive 35 ha de fruits et 10 ha de vigne le long des départementales 10 et 4.1. En début de semaine, elle estimait avoir perdu 80 % de sa production. « Honnêtement, je ne sais pas si je pourrai m’en sortir. Il va me falloir des aides pour assurer la survie de l’exploitation. On a un peu de trésorerie de côté étant donné que 2015 et 2016 ont été de bonnes années. Mais cela n’est pas suffisant pour couvrir l’ensemble des charges qui, elles, ne diminuent pas. » Et pas d’assurance vers laquelle se tourner. « Le prix demandé pour couvrir mes surfaces de fruits est bien trop cher. Il n’y a pas d’assurance climatique comme en viticulture. » Son seul espoir réside désormais dans une reconnaissance en calamité agricole de ses parcelles. Sur certaines d’entre elles, tout a brûlé sous l’effet du gel. C’est le cas notamment des vignes. « On avait des cépages très en avance comme le gewurztraminer. Il ne reste plus rien. Les contre bourgeons ont cramé eux aussi », témoigne, un peu amère, Margot Tissidre, ouvrière arboricole et viticole au sein de l’EARL Bernhard. Du côté des fruits, le bilan est tout aussi catastrophique : tous les abricots y sont passés, 70 % des prunes, et au moins 50 % des mirabelles. « Même sur les myrtilles, il y a des dégâts importants. Seules les mûres en sont ressorties indemnes. » L’EARL Bernhard n’a pourtant pas chômé au cours de ces deux nuits pour contrer les effets du gel : éoliennes pour souffler l’air, paille mouillée brûlée… « Mais dans le cas présent, les effets ont été nuls. Ces gelées noires étaient cette fois trop fortes. En à peine trois heures, toute la vie de l’entreprise a changé. C’est d’autant plus frustrant que la floraison était quasi parfaite. Cela s’annonçait comme une super année », souligne l’ouvrière arboricole. Il va maintenant falloir quatre années dans de « bonnes conditions » à l’EARL Bernhard pour remonter la pente d’un point de vue économique.

L’irrigation et les bougies de cire à la rescousse

Heureusement, la situation n’est pas aussi catastrophique pour les autres exploitants du secteur. À Bennwihr, le propriétaire de Pom d’Alsace, Vincent Wagner, a pu sauver la moitié de ses huit hectares de vergers (essentiellement des pommes) grâce à l’aspersion. « Aucune autre technique n’a fonctionné. Le chauffage, c’était comme allumer une bougie dans un frigo. Avec l’irrigation, on protège vraiment le bourgeon. » En quatre nuits, il a dormi dix heures à peine. Pas le choix au vu de l’urgence de la situation. « À cinq heures du matin, il faisait -6°. Le matin suivant, il faisait -2°. Il fallait rester vigilant. » Une situation similaire vécue par Marie-Reine Spargo, productrice de fraises à Oberhergheim. Le matin du 21 avril, les asperseurs tournaient encore à plein régime pour protéger les 1,40 ha de fraises qui font chaque année le bonheur des libres cueilleurs. Elle aussi témoigne d’une situation jamais vue de son vivant. « Les fraises sont très précoces cette année. Forcément, cela complique la donne vu qu’il y a toujours des risques de gelée en avril. » « Le problème est que cela arrive cette année au plus mauvais moment, pendant la période de fécondation des fruits. S’il y a bien quinze jours durant lesquels il ne doit pas geler, c’est à ce moment-là », indique Philippe Jacques. S’il ne peut pas encore établir un bilan chiffré des pertes subies dans les vergers, le conseiller arboricole de la Chambre d’agriculture veut néanmoins rester confiant pour la suite de la saison. « Ces phénomènes de gel ont été hyperlocalisés, ça se jouait parfois à dix ou vingt mètres près. Il ne faut pas oublier qu’on partait sur une récolte exceptionnelle. Au final, il devrait quand même en rester. » Cela devrait être le cas pour la Pommeraie à Sigolsheim gérée par Bernard Gsell et Marie Siciarek. Pour le moment, ils ne peuvent pas quantifier les dégâts. Mais grâce aux bougies de cire qu’ils ont utilisées, ils s’en sont globalement « bien sortis ». « Grâce à elles, on a pu monter la température à zéro degré au lieu des -3 ou -4 affichés sur le thermomètre », témoigne Marie Siciarek. Si l’investissement est conséquent, il reste indispensable au vu des enjeux. « On utilise ces bougies tous les ans pour se prémunir des gelées ainsi que trois éoliennes pour la prune. On n’a pas le choix. Ces 35 hectares sont notre seul gagne-pain. »

« La nature est allée trop vite »

Pour les prochaines années en tout cas, Vincent Wagner sera paré. Convaincu de l’intérêt de l’irrigation contre le gel, il est train d’installer ce système sur la totalité de son verger. Des arbres qu’il a déjà couverts avec un filet paragrêle pour se protéger des orages de plus en plus violents et fréquents. « Oui, tout cela a un coût. Mais si on ne fait pas ça, on est morts. On doit prendre toutes les précautions nécessaires face à ces changements climatiques. Et puis la pomme, c’est un marché mondial. Personne ne va acheter nos produits plus chers parce que l’on produit moins. » Un constat qui se vérifie chez Clarisse Sibler, à Sigolsheim. Voilà presque trois semaines que les clients s’affairent dans son magasin pour déguster le millésime 2017 de ses asperges. Une arrivée là aussi trop précoce qui a fini par se payer au cours de cet épisode de gel. « Toutes les asperges vertes qui ne sont pas bâchées ont été détruites à 100 %, soit deux hectares sur les quinze que j’exploite. Sur les asperges blanches bâchées, on a enregistré 30 % de dégâts », constate-t-elle avec un brin d’amertume. Résultat : une perte nette de 15 000 à 20 000 euros de chiffre d’affaires. « C’est beaucoup, surtout avant un week-end où l’asperge verte est très demandée par les particuliers. Là, on n’a rien à leur proposer. » Une pénurie qui ne doit heureusement durer que quelques jours, le temps que les nouvelles pousses arrivent. En attendant, les consommateurs ont pu profiter d’asperges « à soupe » vendues à deux euros le kilo. « Elles sont plus sucrées mais se mangent quand même. Mais rapidement par contre, sinon elles noircissent », précise Clarisse Sibler. Cette précocité de la saison des asperges était de toute façon trop belle pour durer selon elle. « C’était tellement beau et bien. Avoir des asperges à Pâques, c’est très rare. Mais voilà, la nature est allée un peu trop vite et a fini par reprendre sa place. »

Organisme de sélection de la race bovine vosgienne

Des éleveurs pleins d’enthousiasme

Élevage

Publié le 15/04/2017

Les éleveurs de vaches vosgiennes peuvent être enthousiastes. Lors de sa dernière assemblée générale, l’Organisme de sélection (OS) de la race a fait état d’un bilan flatteur pour 2016 : 320 animaux de race pure en une année, le nombre d’adhérents qui continue d’augmenter (193 contre 186 en 2015) ou encore le fromage Cœur de Massif qui a su trouver son public. Comme le souligne le président de l’OS, Florent Campello, ce produit « rayonne » et « surprend » au niveau local et national comme il a pu le constater lors du Salon international de l’agriculture (SIA) à Paris. « Grâce à lui, nous maintenons la rusticité de notre race et la modernité de notre travail », se félicite-t-il.

Chez les éleveurs qui se sont lancés dans cette aventure, les retours sont très bons. Lionel Vaxelaire en produit une fois par semaine. Il n’a aucun stock. « Il y a une forte demande suite au SIA. C’est un beau produit qui plaît beaucoup. » Même constat chez Christian Ancel, du Gaec des Hautes Huttes. Il a fabriqué 3 000 kg de Cœur de massif depuis avril 2016. « C’est une plus-value importante pour mon exploitation », se réjouit-il aujourd’hui. Au 31 décembre 2016, 21 éleveurs de vosgiennes s’étaient formés à la création de ce fromage. Quatorze sont dans la production opérationnelle, dont trois au sein de la Fromagerie de la vallée de Munster. « Le fromage est tellement apprécié des consommateurs que les caves d’affinage sont vides. La demande est clairement supérieure à l’offre. Pour le moment, on ne peut pas donner suite au marché national. Les nouveaux producteurs sont donc les bienvenus », souligne Laurine Spieser, chargée de mission circuits courts et valorisation au sein de l’OS.

Un « modèle » pour les autres races

Il semble loin le temps où la vosgienne était au bord du déclin. Aujourd’hui, elle est en passe de devenir un « modèle » pour les autres races en matière de génétique. « Grâce à un budget en hausse, nous sommes plus précis sur les valeurs de nos animaux. Nous connaissons en ce moment même un véritable bond en avant avec la génomique. Tout cela profite à l’ensemble de nos éleveurs et de nos exploitations. » Avec la génétique, l’OS vosgienne travaille quotidiennement pour apporter des solutions aux éleveurs. « C’est essentiel pour nous faire vivre et faire vivre les générations futures. » Et c’est bien loin d’être fini. Avec l’entrée en vigueur du Règlement zootechnique européen (RZE) le 1er novembre 2018 (lire en encadré), le travail de l’OS va considérablement évoluer et place la race vosgienne au « Cœur » de son système génétique. « Ce règlement va fondamentalement changer le cours de notre histoire. L’éleveur sera au cœur de ce changement. C’est lui qui sera le maître de l’avenir de sa race. Car seuls ceux qui touchent physiquement la vosgienne savent ce qu’il lui faut pour son avenir. »

Un grain de viande « unique »

À commencer par une filière bouchère qui a de nouvelles perspectives devant elle par le biais de Charal. En 2016, 50 animaux ont été commercialisés par ce biais via Bresson Viandes. En 2017, la collecte sera élargie via Gasparini, Haute-Saône Bétail, Ueberschlag et Socobeval. Les animaux sont abattus à Metz. « Grâce à cette filière courte qui se met en place, nous bénéficions d’une nouvelle possibilité de valoriser notre travail, avec une plus-value intéressante de 8 centimes le kg de carcasse pour les éleveurs », développe Florent Campello. De quoi confirmer les bons retours observés lors du dernier SIA. Pour la première fois, les éleveurs de vosgiennes y ont emmené des animaux allaitants. « Cela s’est très bien passé et prouve que notre race a largement sa place dans cette catégorie. » Et ce n’est pas fini. La commission valorisation a repris en main le projet de filière « veau de lait » évoqué en 2014. L’idée est simple : valoriser une viande qui « se finit bien » tout en promouvant la race vosgienne dans sa mixité. « C’est un grain de viande unique qui a déjà été repéré par certains consommateurs. À terme, ce serait une nouvelle plus-value pour les éleveurs, et un nouvel ambassadeur de la marque « Race bovine vosgienne ». » L’enthousiasme « vosgienne », a encore de beaux jours devant lui.

La MSA d’Alsace à la rencontre des parlementaires

Renforcer « l’assise sociale » du régime agricole

Vie professionnelle

Publié le 06/04/2017

Avant de rentrer dans le vif du sujet, la maîtresse des lieux - Clarisse Sibler - a présenté son exploitation en mettant l’accent sur les difficultés rencontrées pour l’embauche de travailleurs saisonniers. Un sujet d’autant plus d’actualité que la campagne des asperges a démarré cette année avec quinze jours d’avance pour elle. « C’est une situation inédite. Je me suis fait un peu surprendre pour le coup », témoigne l’agricultrice. Si la saison 2017 s’annonce « très belle », Clarisse Sibler s’inquiète sur sa capacité à recruter du personnel « compétent » et « motivé ». « C’est de plus en complexe. On a du mal à garder les bons éléments qui n’ont pas de mal à trouver du travail ailleurs », reconnaît-elle. Mais même avec une équipe au complet, il est toujours aussi compliqué de rester compétitifs face aux producteurs allemands qui disposent toujours d’un coût du travail moins important. « Là-bas, c’est des bus de Polonais qui viennent travailler, dimanche compris. Comment peut-on être dans les clous si l’on ne nous en donne pas les moyens ? », demande Clarisse Sibler aux élus présents : Eric Straumann, Francis Hillmeyer et Jacques Cattin, en tant que suppléant de Jean-Louis Christ. « Chaque pays se concurrence en Europe alors qu’il faudrait plus d’Europe », déplore le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. « Le problème est que l’on se retrouve avec des filières qui sont mises à mal par un manque de criant de compétitivité. » Le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher, est lui aussi convaincu que la solution passe par une harmonisation européenne de la réglementation et de la fiscalité. Il estime que l’Europe a le devoir de faire comprendre aux élus et aux citoyens européens quel est l’intérêt de cette union. « Grâce à elle, nous connaissons la paix depuis soixante-dix ans. Mais c’est vrai, comment expliquer un à antieuropéen qu’il a tort alors qu’à quelques kilomètres de là, des personnes peuvent travailler le dimanche tout en étant payées moins cher ? Cette question du travail détaché est dans la bouche de tous les candidats à la présidentielle. Il va falloir agir rapidement car c’est maintenant qu’on doit se pencher sur les problématiques de l’emploi en agriculture », prévient-il.

La capacité de « nuire » de la DSS

Le premier point serait déjà de ne pas détruire ce qui « fonctionne » pour les employeurs de main-d’œuvre agricole, à l’instar du Tesa (Titre emploi simplifié agricole). Un outil que la Direction de la Sécurité sociale (DSS) a souhaité « dézinguer » en 2016 témoigne David Herrscher. « Heureusement, la MSA a tenu bon. Mais il serait judicieux que les élus veillent à ce que la haute Administration reste à sa place, et ne déborde pas sur le plan politique. » Plus globalement, c’est la « capacité de nuire de la DSS » qui est pointée du doigt. Comme le souligne la directrice de la MSA d’Alsace, Christelle Jamot, la Haute fonction publique a fait doubler la contribution locale aux charges hospitalières. A cela pourraient encore s’ajouter plusieurs millions d’euros de charges supplémentaires. « Grâce à une saine gestion, on avait pu constituer une réserve de douze millions d’euros qui est ensuite passée à neuf. Et là, on pourrait tomber à quatre ou cinq millions. Si c’est le cas, nous devrions malheureusement augmenter nos cotisations », détaille-t-elle. « Et quand on demande pourquoi, on n’obtient aucune justification. Est-ce vraiment démocratique ? », s’agace David Herrscher.

« Le statut de la MSA doit être renforcé »

La démocratie, justement, est l’essence même de la MSA rappelle-t-il aux élus présents. Grâce à son réseau de 528 délégués répartis entre Haut-Rhin et Bas-Rhin, l’organisme de protection sociale garantit une proximité constante avec ses adhérents. « Nous assurons un rôle d’accompagnement pour les personnes en difficulté, ou les plus isolées en milieu rural. Nous détectons les salariés ou les exploitants en détresse », détaille le président de la MSA d’Alsace. « C’est l’outil social de la ruralité », résume Denis Nass. Sans compter les différents événements destinés à promouvoir la santé et le bien vieillir, ou les créations d’habitats séniors et de micro-crèches. « Des actions qui seront pérennes à condition qu’elles soient nationalement soutenues par les élus du territoire », fait remarquer David Herrscher. La MSA se caractérise aussi par une couverture sociale plus favorable que dans le reste de la France, un guichet unique de toutes les prestations sociales, le niveau de fraudes aux aides sociales le plus faible de tous les régimes, ainsi que la liberté de choix de son directeur par le conseil d’administration. Une particularité essentielle pour Christian Schneider, administrateur à la MSA d’Alsace : « On a reçu des demandes pour nous parachuter un directeur issu de l’Administration. Ce n’est pas quelque chose d’envisageable à nos yeux. Nous souhaitons garder la main pour choisir un directeur proche de la ruralité. Nous voulons ce qu’il y a de mieux pour nos adhérents. » Un panel d’assurés que la MSA souhaiterait voir grossir dans les années à venir en devenant l’organisme social de référence dans les industries agroalimentaires. « Aujourd’hui, on en couvre certaines, d’autres non, alors que leurs matières premières sont issues de l’agriculture. Par exemple, Sodiaal est sous le régime MSA tandis que Lactalis est sous régime général. Il faut que la législation évolue afin que le statut de la MSA soit renforcé. Oui, il y aurait des effets en cascade. Mais nous sommes persuadés qu’il y aurait plus d’avantages que d’inconvénients. Il est le temps que le produit agricole retrouve son assise sociale », conclut David Herrscher.

Institut français de la vigne et du vin - Inao

Un guide pour accompagner les viticulteurs vers l’agroécologie

Vigne

Publié le 03/04/2017

C’est un document qui permet à la viticulture « d’aller de l’avant ». Élaboré conjointement par l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) et par l’Inao, le « Guide de l’agroécologie en viticulture » a comme ambition de fournir des points de repère techniques à tous les vignerons désireux de faire évoluer leurs pratiques vers une démarche agroenvironnementale. « C’est aussi un bon moyen de répondre aux attentes sociétales en matière d’environnement et d’écologie », complète le président de l’IFV et président de la commission Environnement de l’Inao, Bernard Angelras.

Un guide évolutif avec des solutions « régionales »

Ce guide de cinquante pages, disponible gratuitement sous format papier ou numérique, est articulé autour de cinq grandes thématiques liées à la viticulture : la préservation et le développement de la biodiversité, la maîtrise et la réduction de la fertilisation, la limitation de l’usage des produits phytopharmaceutiques, une meilleure gestion de l’eau par les exploitations et l’utilisation d’un matériel végétal plus adapté à l’agroécologie. Le tout présenté sous un angle « pratico-pratique » tient à préciser Bernard Angelras. « Il s’agit de proposer des solutions simples et applicables de suite. » Et surtout pérennes d’un point de vue économique complète le directeur général de l’IFV, Jean-Pierre Van Ruyskensvelde : « Il faut agir avec pragmatisme. Ne plus avoir recours aux produits phytosanitaires est un défi individuel pour beaucoup de viticulteurs. À nous d’être au plus proche d’eux pour fournir les solutions les plus adaptées à leur contexte. » Ce guide a en effet vocation à s’enrichir progressivement avec des solutions proposées directement par les Organismes de Défense et Gestion (ODG) qui souhaitent se joindre collectivement à cette démarche agroenvironnementale. « Chaque région a ses spécificités. Elle doit pouvoir proposer et mettre en œuvre des solutions qui lui correspondent davantage. » Chaque ODG doit aussi pouvoir appliquer des mesures dites « mineures » sans l’avis d’une quelconque autorité extérieure. « La fin des herbicides, par exemple, n’est pas un sujet à débat », poursuit Jean-Pierre Van Ruyskensvelde.

« L’Alsace a cette fibre écologique »

Comme le souligne le président de l’ODG Ava, Jérôme Bauer, l’Alsace n’a pas attendu ce guide pour mettre en pratique des mesures agroenvironnementales, à l’image de l’enherbement. Sans parler de la viticulture biologique qui représente plus de 14 % du vignoble, ainsi que toutes les exploitations qui mènent une conduite raisonnée de leurs pratiques. « Mais le souci, c’est que presque personne ne le sait. On ne communique pas assez auprès des consommateurs pour leur dire ce que l’on fait de bien. Nous ne devons plus avoir honte. Nous avons des IFT basses en Alsace, il est temps de le faire savoir », souligne le viticulteur d’Herrlisheim-près-Colmar. « C’est vrai, l’Alsace a cette fibre écologique », continue le président de la Station régionale IFV Alsace, Jean-Daniel Héring. « Et grâce à ce guide, elle s’enrichit. Nous montrons ce qui existe, et ce qui est fait. » Pour le président du Civa, Didier Pettermann, ce guide est un « commencement » et une évolution « formidable » pour la viticulture, notamment alsacienne, « Nous avons le vignoble le plus propre de France. Nous allons pouvoir communiquer plus facilement sur nos pratiques et notre volonté de défendre l’environnement. » Derrière les bonnes pratiques viticoles, il y a aussi - et surtout - les paysages qui font le bonheur de millions de touristes chaque année, notamment en Alsace. « C’est important de les préserver, tant pour les générations à venir, que pour nos cartes postales. Dans cette optique, la viticulture a un grand rôle à jouer », note Jean-Daniel Héring.

Un « virage » pour la viticulture

Bernard Angelras le reconnaît : avec ce guide, l’Inao et l’IFV ne « réinventent pas l’eau chaude ». Qui plus est, les ODG n’ont absolument aucune obligation de le mettre en place ; tout est basé sur le volontariat. « Nous constatons néanmoins que les gens qui ne croyaient pas à l’agroécologie sont aujourd’hui étonnés de l’ampleur que c’est en train de prendre. C’est un enjeu que nous devons être capables de porter pour l’ensemble de la viticulture française. Quand on sait se retrouver, on est efficace. Et le fait que cela soit officialisé par l’Inao est un signe fort pour le collectif. Si on relève ce défi agroenvironnemental, cela montrera que la viticulture sait s’organiser autour des vignerons pour la préservation son environnement », témoigne le président de l’IFV. L’Alsace saura-t-elle faire consensus sur ce sujet ? Des discussions « auront lieu », indique Jérôme Bauer. « C’est en tout cas du bon sens d’aller dans ce schéma-là. C’est un virage pour la viticulture française et alsacienne », estime le président de l’ODG Ava. « Ce qui est sûr, c’est que nous avons devant nous une nouvelle génération plus marquée par les questions environnementales. »

Syndicat des producteurs de myrtilles de France

La drosophile suzukii, ce « fléau »

Cultures

Publié le 02/04/2017

C’est l’histoire d’une petite mouche qui aime trop le violet. Apparue en France en 2009, et hypermédiatisée en Alsace en 2014 pour les ravages causés dans le vignoble, la drosophile suzukii a fait de la myrtille l’un de ses autres plats favoris. Comme l’ensemble des producteurs de fruits touchés par ce « fléau », les producteurs de myrtilles français sont à l’affût de toutes les solutions permettant de lutter contre cet insecte venu d’Asie. C’est dans cette optique que le syndicat des producteurs de myrtilles de France (SPMF) a souhaité rencontrer des représentants des Fredon Alsace et Lorraine, de la Chambre d'agriculture d’Alsace et du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL), le 24 mars dernier à Sigolsheim, la veille de son assemblée générale qui s’est tenue à Guewenheim. Comme le rappelle la présidente du SPMF, Caroline Barbier, les enjeux sont immenses pour la filière myrtille, aussi petite soit-elle dans le paysage agricole français : « Certains d’entre nous ont perdu 25 % de leur production à cause de cet insecte, avec une perte de chiffre d’affaires qui peut s’élever à 50 000 €. » Un montant important qui illustre assez bien l’inquiétude des producteurs de myrtilles français au sujet de cette mouche.

Des méthodes de lutte inégales

Reste à faire le tri entre les traitements homologués - et pas toujours efficaces à 100 % -, les traitements plus efficaces - mais non homologués en France -, la lutte préventive à base d’addition de saccharose, et des solutions plus « artisanales » comme l’augmentation du nombre de cueillettes dans une même semaine. « Idéalement, il faudrait que cela soit fait tous les deux jours pour limiter les risques de contamination par la drosophile. Ce serait plus efficace que de traiter une fois par semaine », explique Stéphanie Frey, conseillère en arboriculture à la Fredon Alsace. Une méthode de lutte « difficilement applicable » pour la trentaine de producteurs de myrtilles présents. « Ça peut convenir à la framboise. Pour la myrtille, c’est plus compliqué, notamment en libre cueillette. Même dans des fruits pas mûrs, il y a déjà des larves qui bougent. Du coup, à moins que le fruit serve pour la transformation ou la congélation, c’est difficile de vendre ça aux clients. Il ne faut pas se faire d’illusion : un fruit frais et mûr, c’est difficile à obtenir avec cet insecte dans les parages », témoigne l’un des membres du syndicat. Une autre stratégie de lutte évoquée est celle du « push pull » qui consiste à attirer la drosophile suzukii vers des plantes à baies sans émergence. « Cela veut dire que les œufs ne s’y développent pas, enrayant ainsi le processus de reproduction », explique Marie-Laure Schnell, de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Une idée séduisante sur le papier, mais qui pose un problème de taille dans la pratique : trouver une plante qui fructifie en même temps que la myrtille. « Notre culture vient après les autres petits fruits, du coup, cela complique la donne », indique un autre membre du syndicat. Par contre, les producteurs de myrtilles peuvent sans mal appliquer certaines mesures comme une bonne aération des plantations par le biais de la taille, ou le maintien de l’enherbement au ras du sol afin de diminuer l’humidité au sein de la parcelle. « Si l’herbe est haute, la drosophile va rester là tout le temps », fait remarquer Marie-Laure Schnell.

Un insecte « opportuniste »

Cet insecte est en effet friand d’eau, mais sait aussi résister au froid, au grand dam des producteurs. « On en observe en milieu sauvage à plus de mille mètres d’altitude », déplore l’un des membres vosgiens du syndicat. Elles semblent aussi s’accoutumer assez bien aux températures négatives. « En Lorraine, on a observé des vols à - 10 °C dans les forêts et les vergers. Elles ont le même comportement qu’en été, même si elles sont présentes en plus faible nombre », développe l’animatrice arboricole de la Fredon Lorraine, Marie Laflotte. Néanmoins, le coup de froid ressenti au mois de janvier permet, selon elle, d’espérer un départ de population plus calme. « Mais c’est vrai que c’est un insecte qui supporte assez bien les longs hivers, contrairement aux alternances de températures qu’il a plus de mal à gérer », poursuit-elle. La drosophile suzukii est également « opportuniste » si l’on se fie aux observations de terrain effectuées par les techniciens. « Grâce à plusieurs capteurs, cette mouche peut sentir les dangers. Du coup, quand elle se sent attaquée, elle va se réfugier dans le gui. Ce qui la met à l’abri de toute menace. C’est un insecte vraiment très opportuniste », complète Marie-Laure Schnell. Reste la solution de rendre la drosophile suzukii vulnérable à ses prédateurs naturels, que sont les oiseaux. Une option retenue par Bernard Gsell, arboriculteur à Sigolsheim, pour protéger son verger d’arbres fruitiers contre les ravageurs provenant de la forêt voisine. Son installation est récente, il n’a donc pas de recul à l’heure actuelle pour juger de son efficacité. Par contre, il observe que les oiseaux nichés dans la forêt plongeaient au niveau du filet pour reconstituer leur garde-manger. « On ne peut rien en déduire pour le moment, mais c’est un ballet qu’on observe quotidiennement », témoigne l’arboriculteur. Et si la petite mouche devenait le plat principal de son histoire ?

Bienvenue à la ferme en Alsace

Faire grandir « la petite fleur »

Vie professionnelle

Publié le 27/03/2017

Deux ans après sa création, l’association Bienvenue à la ferme en Alsace aborde la saison 2017 avec un certain optimisme. Forte de 253 adhérents au 1er janvier dernier, soit douze de plus qu’en 2015, l’association est aujourd’hui un relais important pour la promotion des produits fermiers auprès du grand public. Une dynamique qui s’est renforcée en 2016 avec l’adhésion de deux drives fermiers au réseau alsacien. Parallèlement, le rapport financier de l’année écoulée affiche un excédent de plus de 24 000 €. De quoi satisfaire pleinement le président de l’association, Georges Kuntz, qui rappelle que « les débuts n’ont pas été évidents ». Depuis, la situation s’est stabilisée et offre la possibilité à Bienvenue à la ferme en Alsace de financer diverses opérations de promotion et de communication de sa « petite fleur » (lire en encadré).

« Chez nous, c’est différent »

Une marque pleine de « sens » que chaque adhérent doit s’approprier à sa manière, pourvu que les messages qui lui sont associés soient bien véhiculés. « La promesse de notre réseau, c’est la proximité et la transparence. Nous, on peut montrer patte blanche. Les consommateurs ont été trompés. C’est un atout pour nous, à condition de savoir l’exploiter », indique Georges Kuntz. Pour cela, le président de la commission circuits courts de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Christophe Rué, souligne que chacun doit rester « sérieux » dans sa démarche. « Nous avons un rôle important à jouer pour pérenniser notre agriculture et l’image qu’elle véhicule, celle d’une agriculture populaire, qui plaît à beaucoup de gens. » Un message que le réseau Bienvenue à la ferme souhaite clarifier davantage dans les années à venir avec le projet « Bienvenue à la ferme en 2020 ». Si l’année 2017 est encore consacrée à la réflexion, des idées directrices ont déjà émergé. « Nous voulons simplifier l’offre », explique Georges Kuntz. D’un côté, un pilier « Mangez fermier » qui doit permettre de trouver des produits à proximité de chez soi (à la ferme, dans un drive, dans un marché, ou dans un magasin), de l’autre, le pilier « Vivez fermier » qui a comme ambition de regrouper les offres de séjour, loisirs, et restauration à travers toute la France. Pour se distinguer de la concurrence, Bienvenue à la ferme souhaite établir une nouvelle promesse au consommateur : « Venez nous voir ». Une stratégie ambitieuse qui fait pour le moment débat au sein du réseau alsacien. « C’est une belle promesse, mais on ne peut pas accueillir n’importe quand non plus », témoigne une viticultrice adhérente. Une autre se demande si elle ne va pas passer son temps « à se justifier » auprès de consommateurs toujours plus adeptes de « transparence ». « Chacun doit trouver sa formule », considère le trésorier de Bienvenue à la ferme en Alsace, Daniel Obrecht. « L’objectif est de montrer que chez nous, c’est différent. »

Des dispositifs d’aide qui évoluent

Reste encore à savoir avec quels moyens. Jusqu’en 2016, Bienvenue à la ferme bénéficiait d’un accompagnement non négligeable de la part de la Région Alsace : les coûts de contrôle étaient pris en charge à 80 % la première année et à 50 % les années suivantes, les analyses microbiologiques ou la mise en place des plans de maîtrise sanitaire (PMS) étaient subventionnées à 50 %, la promotion collective jouissait d’une enveloppe de 5 000 € d’aide par an… Mais réforme territoriale oblige, tout a été plus ou moins « chamboulé », témoigne Georges Kuntz : à partir de 2017, plusieurs dispositifs d’aides devaient être abrogés, et certains non remplacés. Des modifications d’attribution qui ont fait réagir les responsables de Bienvenue à la ferme en Alsace qui ont aussitôt envoyé un courrier pour demander des explications. « Mis devant le fait accompli, nous avons fait remonter nos revendications aux conseillers régionaux alsaciens ainsi qu’à la présidente de la commission agriculture et forêt de la Région, Pascale Gaillot, lors de sa visite dans le Haut-Rhin », relate Christophe Rué. Une action qui a permis quelques éclaircissements : « L’harmonisation des aides au niveau du Grand Est ne sera pas possible avant 2020. D’ici là, le dispositif devrait rester le même en Alsace par rapport à ce qu’on avait avant. Seuls les coûts de contrôle ne sont plus soutenus, tout est désormais à la charge de l’adhérent, soit un montant de 115 € au lieu de 60 auparavant », ajoute l’élu de la CAA. Une dépense un peu plus importante qui ne devrait pas entacher l’optimisme du réseau alsacien de Bienvenue à la ferme.

Jeunes Agriculteurs

Réflexions sur l’avenir de l’agriculture biologique

Vie professionnelle

Publié le 23/03/2017

Quel avenir pour l’agriculture biologique en France ? Comment pérenniser et structurer une filière qui attire à elle un nombre croissant d’exploitants ? Comment inciter davantage de conversions ? Afin de répondre à ces questions et d’établir les grandes orientations à impulser au cours des prochaines années, Jeunes Agriculteurs a organisé la semaine passée une session nationale bio dans le Haut-Rhin. Une trentaine d’élus du syndicat sont venus de toute la France pour partager leurs réflexions et ainsi établir une position commune dans ce dossier. « Avec l’élan de conversion qu’on observe depuis quelque temps dans le pays, il est important de bien structurer la filière bio. C’est un enjeu essentiel pour éviter d’éventuelles perturbations », explique Ange Loing, vice-président de JA National en charge du dossier bio, et éleveur bio à Hachimette.

Qui dit « structuration » dit bien évidemment débouchés rémunérateurs et pérennes : vente directe, magasins paysans, paniers, livraison en laiterie ou en grandes surfaces, de nombreuses opportunités existent. Que ce soit à travers des circuits longs ou des circuits courts, toutes sont intéressantes pour les Jeunes Agriculteurs. « Ce sont des débouchés complémentaires qui offrent différentes possibilités aux producteurs », résume Ange Loing. Lui-même « cumule » ces deux aspects de la commercialisation en vendant une partie de son lait bio à Lactalis, et en valorisant l’autre via son atelier de transformation, le tout écoulé dans des magasins paysans du secteur de Colmar.

Il y a aussi le marché de la restauration hors domicile (RHD) qui présente des perspectives intéressantes. Enfin, sur le papier. Dans les faits, cela se résume surtout « à de beaux effets d’annonce », témoigne Ange Loing : « C’est très difficile à mettre en place sur le terrain. Entre le donneur d’ordre et le cuisinier qui travaille les produits, il y a plusieurs interlocuteurs à gérer. Et de notre côté, nous devons veiller à livrer des produits adaptés avec un volume suffisant. Il y a encore beaucoup à faire dans ce créneau qui présente des perspectives intéressantes. »

Ne pas décevoir le consommateur

Face à cette « aubaine » du bio, plusieurs pays européens sont aujourd’hui tentés de revoir les règles qui régissent la filière. « Avec le marché qui se présente, des états comme les Pays-Bas aimeraient alléger certains aspects afin de pouvoir produire plus. En France, nous avons une vision opposée : pour nous, le marché attendra un peu, le temps que les producteurs soient capables de faire un produit de qualité avec toute l’exigence qui va avec. Du coup, nous devons rester très attentifs afin que le cahier des charges européen de la bio conserve son poids et ses règles actuelles », souligne Ange Loing. Les agriculteurs bios seraient-ils plus enclins à la surcharge réglementaire que leurs homologues conventionnels ? Une hypothèse qui fait bien évidemment sourire l’éleveur d’Hachimette : « Sur ce point, on est comme tous nos confrères : on souffre d’une surcharge administrative bien trop importante et tatillonne par rapport à nos voisins européens. Néanmoins, nous avons quand même fait le choix de conserver le contrôle annuel Ecocert qui n’est pourtant plus obligatoire. Cela nous permet de montrer patte blanche et garder la confiance du consommateur. »

Une bonne manière aussi de rappeler que l’agriculture biologique n’est pas juste une opération marketing, servant à « greenwasher » l’agriculture. Un phénomène qui a pu être observé sur des produits importés dans l’Union européenne et pourtant labellisés « bio ». « C’est clair qu’il y a eu des problèmes avec des produits qui ne correspondaient pas aux exigences européennes. Heureusement, c’est en train d’être révisé afin qu’il y ait des équivalences plus claires avec le cahier des charges européen. C’est indispensable pour notre filière et sa crédibilité. L’agriculture biologique doit être en mesure de fournir une alimentation de qualité, sécurisée et la plus durable possible. C’est l’engagement que nous prenons auprès des consommateurs. »

Chambre d'agriculture d’Alsace

Une « identité » à prendre en compte

Vie professionnelle

Publié le 15/03/2017

Quelle place pour l’agriculture alsacienne dans la région Grand Est ? Quid de ses spécificités, de ses terroirs, de sa marque dans un territoire plus grand que la Belgique ? Depuis la réforme territoriale et la loi NOTRe, ces interrogations agitent la profession agricole et viticole, qu’elle soit bas-rhinoise ou haut-rhinoise. Comme le souligne justement le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Laurent Wendlinger, lors de la dernière session du 10 mars, « les cartes ont été rebattues » au niveau des compétences entre les collectivités et du périmètre de la Région. « C’est un changement important avec la fusion de trois anciennes régions fort différentes d’un point de vue agricole, et avec des politiques de soutien qui étaient spécifiques à chaque territoire », rappelle l’élu de la CAA. Pour la collectivité présidée par Philippe Richert, l’enjeu est conséquent : l’agriculture dans le Grand Est, c’est 3 millions d’hectares, 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 49 000 exploitations et 104 000 actifs permanents. « L’agroalimentaire est le premier employeur de la région », résume Anne-Sophie Bonnin, adjointe à la direction de l’agriculture et de la forêt de la Région.

Inscrire l’irrigation dans le projet agricole de demain

Derrière ces chiffres éloquents, il s’agit surtout de faire converger trois entités distinctes vers une base « commune ». Pour y arriver, la Région veut mener cette nouvelle politique de manière « constructive » en y associant l’ensemble des organisations agricoles, syndicales, économiques et institutionnelles. « L’idée est de créer une politique Grand Est tout en conservant des spécificités plus locales. Tout ne sera pas figé dans le marbre », explique Patrick Bastian, conseiller régional, et lui-même exploitant agricole dans le Bas-Rhin. Avec Anne-Sophie Bonnin, ils ont profité de la session de la CAA pour présenter aux élus agricoles alsaciens les quatre « priorités » listées par la Région en matière d’agriculture et de viticulture : la compétitivité et la modernisation de l’ensemble de la chaîne alimentaire, le développement des marchés régionaux, l’innovation, et l’installation des jeunes. De grandes orientations « intéressantes » sur le papier mais qui sont pour le moment incomplètes pour de nombreux élus de la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Fabien Metz regrette ainsi que l’irrigation, ce « superbe outil de compétitivité », n’apparaisse pas dans la brochure présentant la politique agricole du Grand Est. « Ce serait regrettable que cette pratique ne soit pas soutenue par la Région. L’irrigation permet d’assurer le développement des exploitations et de maintenir leur compétitivité. C’est une source de progrès qui permet de répondre à de nouvelles attentes. Après les deux années que l’on vient de connaître, caractérisées chacune par une forte sécheresse, nous n’avons plus le droit à l’erreur », fait-il remarquer. Face à ce manquement, Patrick Bastian ne se dérobe pas, au contraire. Pour lui, l’irrigation est l’une des « plus belles assurances » à mettre en place dans la région Grand Est dans les années à venir. « Cela a été dit aux assises des fruits et légumes : il faudra réellement l’inscrire dans le projet agricole de demain. »

Poursuivre la communication sur les territoires

La « diversité », qu’elle soit celle des modèles de production ou des destinations des produits, est le maître mot utilisé par Jean-Michel Schaeffer pour décrire ce que doit - et devra être - la politique régionale du Grand Est. « Nous devons trouver une complémentarité intelligente entre cette nouvelle collectivité territoriale et les identités régionales historiques. L’Alsace, pour ne citer qu’elle, est un atout pour la production locale comme pour les marchés export. » C’est dans cet esprit que la profession agricole a créé la marque « Savourez l’Alsace – Produit du Terroir », en collaboration avec la Région Alsace, l’Aria Alsace et Alsace Qualité. « Avec cette marque, on veut créer une stratégie pour apporter le vrai produit alsacien de nos fermes aux assiettes des consommateurs. Mais sans budget et sans suivi, on ne pourra pas le faire », prévient-il.

C’est grâce à cette mise en avant du territoire que la filière alsacienne des fruits et légumes a pu retrouver un second souffle ces dernières années. Et si un projet de filière Grand Est a été déposé, il est essentiel pour Pierre Lammert, de poursuivre la communication sur les territoires. « C’est ce qui compte pour les consommateurs, et cela doit être conservé », insiste le président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace.

Vers une politique d’installation « plus attractive »

Pour Franck Sander, ce qui compte, c’est que les produits des agriculteurs du Grand Est se retrouvent dans les assiettes des cantines de restauration hors domicile (RHD). Un dossier régulièrement mis en avant dans les discussions, tant le potentiel serait énorme aux yeux de la profession agricole. « Il serait temps qu’une garantie d’achat de produits locaux soit instaurée par la Région. Cela donnerait aux producteurs des contrats ficelés avec des prix garantis. Pour sortir de la crise, c’est plus de cela dont nous avons besoin que des aides de trésorerie. Nous préférons la voie économique aux subventions », tient-il à rappeler. Les plus jeunes, par l’intermédiaire du président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Thomas Gillig, espèrent de leur côté que le montant des aides pour les projets d’installation soit harmonisé sur tout le territoire régional avec, encore une fois, la prise en compte des spécificités locales. « Tout cela doit permettre de trouver une nouvelle politique d’installation qui soit plus attractive pour tout le monde », poursuit-il. « Tout le monde » sous-entend aussi de ne laisser personne, ni aucune filière sur le bord de la route. Sur ce point, la communication de la Région reste encore très perfectible vu les « oublis » sur sa brochure. Les filières bois, horticulture et paysage ne sont ainsi pas citées, laissant planer le doute dans l’esprit de certains élus de la CAA à l’image de Paul-André Keller, surpris de ne pas voir apparaître les stations d’expérimentation horticoles de Wintzenheim et Roville-aux-Chênes. Un « oubli » qui n’en est pas vraiment un, tient à rassurer Patrick Bastian : « Ces filières ne sont bien évidemment pas mises de côté, elles font partie intégrante du projet agricole de la Région. Nous allons beaucoup travailler dessus au cours des prochains mois. »

« Prudence » sur les reconversions bio

De son côté, Véronique Klein, s’interroge sur la place de l’agriculture biologique dans le projet en question. Si la filière alsacienne est aujourd’hui assez dynamique (encore 53 conversions en 2016), tout est à « construire » dans le Grand Est. « Nous allons avoir besoin d’innovation technique et d’accompagnement pour les agriculteurs bios, ou ceux en conversion. Nous devrons vraiment être présents vu le chiffre d’affaires en constante progression de la bio sur le plan national. Bien sûr, ce n’est pas la solution à tous les problèmes économiques des agriculteurs. Mais la bio sera l’une des multiples composantes de l’agriculture de demain », annonce la présidente de la commission agroécologie à la CAA.

Sur ce dossier, Patrick Bastian appelle à la prudence. Pour lui, cette reconversion « massive » vers la bio risque un jour de se retourner contre les agriculteurs, notamment dans les anciennes régions Lorraine et Champagne-Ardenne. « Il faudrait peut-être faire une pause des conversions dans ces deux régions. Pour le moment, les caisses sont vides ; les aides européennes à la conversion se font toujours attendre. Mais au-delà, ce n’est pas à travers des aides qu’on doit pouvoir fixer un prix. Il faut que les gens acceptent que la qualité a un prix. »

Pour une culture de l’innovation

Le représentant de la Coordination Rurale, Paul Fritsch dénonce pour sa part une stratégie axée sur « la productivité et la compétitivité ». « Toutes les aides apportées sont là pour booster la productivité, alors que nous devrions d’abord réguler notre production. Ce sont les filières qui doivent travailler pour les agriculteurs, et non l’inverse. Cela ne sert à rien de produire encore plus si on n’a pas la demande en face », souligne-t-il. Désireux d’écarter toute incompréhension à ce sujet, Patrick Bastian rappelle que « productivité ou compétitivité, ce n’est pas forcément plus de volume. Ce n’est pas ce qu’on veut faire. Ce qu’on recherche, c’est d’abord de meilleures conditions de travail, et une meilleure qualité de produit. » Une qualité qui ne pourra pas se faire sans une politique affirmée pour l’innovation considère la vice-présidente de la CAA, Danielle Bras. « Nous devrons améliorer nos concepts de production pour améliorer nos marges. Nous devons être capables de nous projeter dans un futur plus ou moins proche pour anticiper l’agriculture de demain. De ce fait, nous demandons que les efforts financiers de la Chambre régionale soient déployés dans l’ensemble de la région. Cette ambition de l’innovation doit être partagée par tous, et doit tenir compte des spécificités territoriales. »

Syndicat des producteurs de crémant d’Alsace

Un record et des recours

Vigne

Publié le 09/03/2017

Malgré deux avis favorables du Conseil d’État, les producteurs de crémant n’ont pas terminé leur combat qui les oppose aux IGP souhaitant produire des vins effervescents. Sur les huit recours engagés par la Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémants (FNPEC), seul le cahier des charges de l’IGP Méditerranée a été autorisé (lire notre édition du 23 décembre 2016). Une décision « surprenante » pour le directeur du Syndicat des crémants d’Alsace, Olivier Sohler. « C’est quand même une IGP qui s’étend de Lyon à Ajaccio, avec une centaine de cépages. Et, bien sûr, l’ensemble des cépages alsaciens possible. Quid aussi des liens au terroir ? » Quid également des vins effervescents produits sous la bannière IGP (Coteaux de Tannay, Côtes de la Charité, Coteaux de l’Auxois, Vins des Allobroges, Comté Tolosan, Coteaux de l’Ain et Pays d’Oc) et dont les cahiers des charges ont finalement été annulés par le Conseil d’État ? La décision du 14 décembre 2016 étant rétroactive, aucune de ces étiquettes ne devrait être disponible sur le marché. « Ces vins ne peuvent plus être écoulés. C’est pour cela que la fédération nationale a fait appel à un avocat afin de faire retirer les bouteilles en circulation », poursuit Olivier Sohler.

Du « gardien du temple » à « l’auberge espagnole »

Si le « club » des crémants n’a pas hésité à monter au créneau pour défendre ses intérêts, il n’est pas non plus un cercle « fermé » tient à préciser le président du Syndicat des producteurs de crémants d’Alsace, Jacques Cattin, également vice-président de la FNPEC. « À la fédération, on n’a rien contre ces IGP. Mais si elles veulent avancer et se monter, elles doivent le faire avec une certaine éthique. On doit choisir sa méthode de prise de mousse au lieu de vouloir en faire cohabiter deux qui n’ont pas du tout le même coût de revient. Si une région travaille à 95 % en cuve close, et à 5 % en méthode traditionnelle, sur quoi va-t-elle communiquer au final ? On ne peut pas accepter ce genre de situation », commente-il. S’il regrette que le litige qui a opposé la FNPEC et plusieurs IGP ait dû se terminer devant les tribunaux, le président du Syndicat des crémants d’Alsace déplore encore plus la position de l’Inao dans ce dossier. « Je ne comprends plus leur philosophie. D’un côté, nous avons des viticulteurs qui acceptent des cahiers des charges, et se soumettent à de nombreux efforts. Et de l’autre, ces IGP effervescents sont soutenues par un organisme qui était autrefois le gardien du temple, le garant de nos appellations. Aujourd’hui, il ressemble davantage à l’auberge espagnole », ironise-t-il. Pour autant, ce dernier reconnaît que, dans l’intérêt de la balance commerciale française, il vaut mieux produire « local » que d’importer des vins effervescents provenant d’autres pays. « Oui pour une production nationale, mais cela doit d’abord se faire dans le respect des régions en place. »

« Occupons-nous d’abord de notre maison »

Des régions certes unies sous une même bannière, mais encore très inégales quant à leurs volumes de production respectifs. Une situation que plusieurs AOC - à l’image de la Loire et de la Bourgogne - souhaiteraient voir évoluer dans les prochaines années, moyennant la création d’un fonds national permettant d’augmenter les volumes produits. Une perspective d’ores et déjà rejetée par le Syndicat des crémants d’Alsace, en tout cas pas telle qu’elle est envisagée à l’heure actuelle, à savoir une contribution proportionnelle au volume produit au sein de chaque AOC. « Pour nous, les choses sont claires : avec 300 000 hl, on est au taquet. Au-delà, on mettrait en péril les alsaces tranquilles. Ensuite, nous n’avons pas à contribuer aux 260 000 premiers hectolitres. Je tiens à rappeler qu’on est arrivé là où on est sans aucune aide. De plus, on ne maîtrise ni le prix, ni la mise en marché. Alors je pense qu’on serait bêtes d’alimenter ce fonds. Cela reste nos concurrents, il ne faut pas l’oublier. Oui, c’est important de faire des choses en commun, mais occupons-nous d’abord de notre maison », tient à clarifier Jacques Cattin pour sa dernière intervention en tant que président du Syndicat des producteurs de crémants d’Alsace. Conformément aux statuts, ce dernier va prochainement laisser la place après deux mandats « riches » de quatre ans. « C’était une belle mission pendant huit ans. Au cours de cette période, notre syndicat a su conserver tout son rôle et toute sa pertinence. Notre appellation a progressé à tous les niveaux, et est aujourd’hui en pleine forme. On a même atteint un nouveau record de production en 2016 avec 295 233 hl. C’est de bon augure pour les prochaines années », conclut-il.

Projet Interreg InvaProtect

30 « experts » contre les bioagresseurs invasifs

Vigne

Publié le 08/03/2017

Pas de frontières pour les bioagresseurs. Qu’ils se nomment Drosophila suzukii, flavescence dorée, punaise diabolique, cicadelle de la vigne ou sharka, ces organismes constituent un problème de plus en plus inquiétant pour les vergers et les vignes du Rhin supérieur. Qu’on soit en Alsace, en Allemagne ou en Suisse, le phénomène se mesure avec la même intensité jusqu’à provoquer des dégâts parfois considérables. Les pertes de récolte des fruits à noyau et de raisins liées à la Drosophila suzukii en 2014 sont encore dans toutes les mémoires.

Afin de ne plus revivre des épisodes aussi douloureux, le projet transfrontalier InvaProtect a vu le jour en 2016, sous l’impulsion du LTZ-Augustenberg, afin d’étudier les moyens de lutte « durables » contre ces bioagresseurs invasifs, avec une attention toute particulière portée à la drosophile. Trente partenaires d’Alsace, de Suisse et d’Allemagne se sont réunis afin d’aboutir à un concept global de conseils de lutte à l’attention des acteurs concernés dans la région du Rhin Supérieur, sur la base de programmes de mesures de lutte intégrée spécifiques aux cultures. Leur dernière session plénière s’est déroulée le 23 février, dans les locaux de la Chambre d'agriculture d’Alsace à Sainte-Croix en Plaine. Une réunion entièrement bilingue qui a permis aux intervenants de partager leurs travaux, menés pendant un an.

Ce projet transfrontalier a été amplement salué par Jacques Cattin, élu à la CAA, conseiller régional du Grand Est, mais « surtout viticulteur », comme il a tenu à le rappeler. « Les producteurs comme moi ne veulent plus revivre des moments aussi difficiles qu’en 2014. C’est pourquoi la profession agricole apprécie particulièrement que des experts de trois pays unissent leurs efforts pour établir une stratégie de lutte efficace. » Pour y parvenir, ces spécialistes disposent d’un budget de 4,2 millions d’euros, dont un soutien de 2 M€ du Fonds européen de développement régional (Feder) via le programme de coopération transfrontalière Interreg V Rhin supérieur. La fin des travaux est prévue pour 2018 avec - tout le monde l’espère - des solutions concrètes pour lutter contre ces bioagresseurs invasifs.

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