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Nicolas Bernard

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FDSEA du Haut-Rhin - Section Lait

Avancer « ensemble »

Vie professionnelle

Publié le 03/03/2017

Si le département du Haut-Rhin ne fait pas partie des plus grands bassins laitiers français, il n’en reste pas un moins un territoire plein de « ressources » estime le président du groupe Lait à la FDSEA 68, Michel Rohrbach. « Oui la crise dure depuis trop longtemps. Mais on essaie toujours d’être joyeux et de croire en l’avenir. Il y a des signes aujourd’hui qui montrent un léger mieux, mais malheureusement, cela ne se traduit pas encore sur les fiches de paie. » Une situation qui peut être complètement différente en fonction de l’endroit où l’on se trouve sur le territoire. Pour ce début d’année 2017, des écarts de quinze à vingt euros les mille litres subsistent toujours entre les différentes laiteries de la région Grand Est. Chacune ayant un système différent, que ce soit pour la gestion du volume ou pour la qualité demandée. « C’est un point qu’il faut expliquer autour de nous, auprès des centres de gestion et chez les banquiers. Parce qu’on a vite fait de nous dire : « il y a un problème dans le Haut-Rhin, vous n’êtes pas bons ». Mais quand je vois le prix payé par Alsace Lait comparé à la moyenne de ce qui est payé dans notre département, il y a soixante euros de différence. C’est donc normal qu’on ne soit pas au même niveau », explique le secrétaire général du groupe Lait de la FDSEA 68, Sébastien Stoessel. « Tout cela commence en effet à être compliqué. Pour bien faire, il faudrait analyser chaque laiterie en fonction de son système », complète Michel Rohrbach.

« On n’a pas à se cacher »

Le Haut-Rhin a beau être un « petit » département laitier, il n’en reste pas moins bourré de ressources, capable d’aller chercher des marchés de niche. « Dans le lait bio, nous avons la chance d’avoir plusieurs opérateurs comme Biolait, Senagral ou Lactalis. C’est tout bénéfice pour nous car, avec un seul collecteur, notre avenir serait bien plus compliqué. Dans la vente directe, le succès de Cœur Paysan à Colmar montre l’attrait des consommateurs pour des produits authentiques et de qualité. Chose que tous les laitiers du Haut-Rhin savent très bien faire », liste Michel Rohrbach. Et puis la confrontation européenne holstein qui s’est déroulée en juin dernier au Parc des expositions de Colmar a été une vraie réussite. « Encore aujourd’hui, j’entends des compliments sur la qualité de l’organisation. On n’a vraiment pas à nous cacher. On a un vrai savoir-faire et une vraie motivation », continue le président du groupe Lait qui appelle l’ensemble de ses collègues à « arrêter d’être pessimistes » malgré une crise qui tarde à se résorber. « L’avenir est devant nous, et nous devons le travailler ensemble », souligne-t-il encore. De l’autre côté, il ne manque pas de fustiger ceux qui expliquent aux éleveurs de « mieux maîtriser leurs charges ». « C’est ce qu’on fait tous au maximum depuis des années. Mais à un moment donné, si le prix n’est pas là, on ne peut rien faire de plus. Dans le même ordre d’idées, je pense qu’il faut arrêter avec tous ces dossiers qui nous permettent de récupérer mille euros par ci, ou quelques centaines d’euros par là. Quand il nous manque quinze ou vingt mille euros, ce n’est pas avec ça qu’on arrivera à survivre », fait remarquer Michel Rohrbach.

Des OP qui fonctionnent, d’autres moins

Pour réussir à améliorer la situation de l’ensemble des éleveurs laitiers, il va falloir trouver de nouveaux repères dans un monde « qui ne tourne plus très rond », pour le directeur de la FDSEA des Vosges et référent FNPL pour la région Grand Est, Thierry Bajolet. « Il est difficile aujourd’hui de se projeter ». « Avant, on avait le syndicalisme au milieu qui faisait le lien entre les OPA, le Cniel, le Criel et les agriculteurs. Globalement, on voyait plus facilement où on allait. Mais c’est un monde révolu pour la filière laitière. Ça ne sert donc à rien de se morfondre sur ce qui se faisait avant. » Aujourd’hui, il faut compter avec les nouvelles OP (organisations de producteurs) créées il y a cinq ans pour « renforcer le poids » des producteurs dans l’interprofession. « Il y a des OP « verticales » et « horizontales ». Leur mission première est de négocier les prix et les volumes, tâche autrefois dévolue au Cniel. » En pratique, après cinq années d’existence, Thierry Bajolet reconnaît que ces OP ne disposent pas encore de tous les moyens pour créer un « vrai rapport de force » avec les entreprises. « Dans certaines situations, il y a des OP qui ont un rapport de force déséquilibré. On a pu le voir l’an passé avec Lactalis. » De l’autre côté, il y a aussi des OP qui fonctionnent bien comme celle de la laiterie Triballat située à Neufchâteau, dans les Vosges. « Cela fait deux années de suite qu’ils arrivent à mettre en œuvre une politique de prix globale dès le début de l’année. Par exemple, pour 2017, ils connaissent le prix moyen jusqu’au 31 décembre », développe Thierry Bajolet. Pour y arriver, cette OP est rentrée dans un fonctionnement « gagnant-gagnant » avec la laiterie Triballat. « C’est-à-dire que tout le monde se préoccupe de la santé de tout le monde. D’un côté, les producteurs veulent un prix, de l’autre l’entreprise veut gagner de l’argent. » Pour parvenir à ce compromis, les producteurs ont accepté de faire 3 % de lait en moins afin qu’il n’y ait pas d’excédents à gérer pour la laiterie. Ce modèle réussi d’OP est-il pour autant transposable dans d’autres bassins de production ? « Disons que c’est un système qui peut fonctionner avec des PME, pas avec des grosses entreprises, du moins pas pour le moment. C’est un début, et il faudra certainement aller plus loin au niveau des organisations de producteurs. Pour cela, il faudra encore plus parler et échanger sur les territoires entre les producteurs d’une entreprise. »

« Tout le monde a un rôle à jouer »

Mais au-delà du volume et du prix, la filière laitière doit agir sur d’autres tableaux pour assurer sa pérennité. C’est en cela que le Cniel reste pour Thierry Bajolet un acteur incontournable pour la production française, même sans la capacité de négociation tarifaire ou de volume qu’il possédait auparavant. « Certains se demandent à quoi sert la cotisation de 1,66 euro/1 000 l au Cniel. Il faut savoir que c’est une grosse machine, avec un savoir-faire énorme, où plein de sujets sont traités ». Que ce soit pour la communication, la recherche avec une veille scientifique constante, ou la recherche de marchés exports, les compétences du Cniel interviennent à plusieurs niveaux. « Oui le Cniel ne vend pas de fromage. Par contre, il facilite le fait de pouvoir exporter. Car il ne faut pas se leurrer, c’est hors de nos frontières qu’il y a des potentiels de développement. Chez nous, le marché est à maturité ». Mais si le Cniel et les OP ont un rôle très important à jouer dans la filière laitière, elles sont, à elles deux, comme un « tabouret à deux pattes ».

Pour le directeur de la FDSEA des Vosges, c’est le syndicalisme qui est encore et toujours le pilier de l’organisation. « Pour être efficaces, on doit être global et transversal dans nos actions et notre approche. Et seul le syndicalisme permet cela. C’est une structure qui ne peut pas subir de pression, à part l’exigence de ses adhérents. C’est pour cela que toutes les entités qui gravitent autour de la filière lait ont toutes leur rôle. Sauf que là, on s’est un peu perdus. Pour la communication par exemple, on n’est pas bons. On doit tous s’unir pour délivrer un message commun qui sera bien plus efficace. Nous devons aujourd’hui nous demander comment on doit faire pour être complémentaire les uns avec les autres. C’est comme cela que notre filière pourra relever la tête », conclut Thierry Bajolet.

Sapeurs-pompiers agriculteurs et viticulteurs

Une convention pour faciliter le volontariat

Pratique

Publié le 02/03/2017

« Au feu les fermiers, y’a la maison qui brûle ! » Si ce détournement de comptine pour enfant peut prêter à sourire, il n’en reste pas moins empreint d’une certaine vérité. En milieu rural, 80 % des interventions menées par les sapeurs-pompiers sont le fait de volontaires qui sont sur place ou pas très loin. « Le souci, c’est que nous rencontrons de plus en plus de problèmes de disponibilités en journée. On ne travaille plus forcément là où on vit, contrairement à avant. Du coup, il reste principalement sur place des ouvriers communaux, des agriculteurs et des viticulteurs. Et parfois, il n’y a que ces derniers qui peuvent apporter une réponse rapide en cas de danger », explique le colonel Michel Bour, directeur par intérim du Sdis (Service départemental d’incendie et de secours) du Haut-Rhin. Mais devenir sapeur-pompier volontaire ne s’improvise pas : chaque aspirant doit en effet suivre plusieurs journées de formation pour intégrer l’équipe des soldats du feu. Et à chaque fois, c’est autant de journées que l’agriculteur ou le viticulteur ne pourra consacrer à son exploitation. « Du coup, on constate que les jeunes exploitants ont moins tendance à nous rejoindre qu’auparavant », témoigne René Ritzenthaler, agriculteur à Jebsheim et pompier volontaire depuis 1980.

Assurer la continuité de l’activité

Pour diminuer ce phénomène et ainsi assurer la couverture du territoire rural par les sapeurs-pompiers, le Sdis 68 s’est rapproché du Service de Remplacement en Agriculture (SRA) du Haut-Rhin pour établir une convention de partenariat entre les deux organismes et la Fédération Alsace de Groupama. À travers ce document signé le 23 février dernier, le SRA 68 s’engage à mettre à disposition des exploitants sapeurs-pompiers volontaires un ouvrier agricole durant leur période de formation. Une disposition qui peut être « envisageable » à l’occasion d’un engagement opérationnel sur des opérations de longue durée précise les signataires. « L’idée est d’assurer la continuité de l’activité des exploitations pendant périodes concernées », résume le président du SRA 68, Thomas Obrecht. De son côté, la Fédération Alsace de Groupama s’engage à apporter une aide financière afin de compenser le coût du remplacement. Cette convention tripartite est une déclinaison locale de la convention cadre nationale de « démarche de soutien du volontariat chez les sapeurs-pompiers » conclue le 28 février 2014 entre le ministre de l'Agriculture, le ministre de l’Intérieur et le Service de Remplacement France.

 

Entrepreneurs des territoires du Haut-Rhin

Agir au lieu de subir

Vie professionnelle

Publié le 25/02/2017

Face à la crise économique qui touche de plein fouet le monde agricole, les Entrepreneurs des Territoires (EDT) sont à leur tour mis en difficulté. « Devant nous, il y a des entreprises qui n’ont plus assez de trésorerie. Du coup, cela devient compliqué - voire impossible - pour certains d’honorer leurs factures », fait remarquer le président des EDT 68, Claude Gretter. « Pour l’instant, les céréaliers ont encore une année d’avance par rapport aux éleveurs. Mais après, je ne sais pas comment on fera si la campagne à venir n’affiche pas de bons résultats. » Au niveau national, les Entrepreneurs des travaux agricoles ont constaté une hausse de 30 % des impayés chez les agriculteurs, principalement dans les grandes régions d’élevage, dans l’ouest du pays. « Cette situation a entraîné la disparition de 1 000 emplois sur notre secteur au cours de l’année écoulée », témoigne le secrétaire général des EDT 68 et membre du conseil d’administration à la FNEDT (Fédération nationale des entrepreneurs des territoires), Eric Brodhag. Si la situation n’est pas des plus réjouissantes, Claude Gretter et son équipe refusent de rester les bras ballants. « Au contraire, nous devons réfléchir aux moyens que nous avons à notre disposition pour agir et surtout ne pas subir », souligne le président du syndicat haut-rhinois. Pour lui, la « pire des choses » serait de ne rien faire. Et même si la situation semble inextricable, quelques actions peuvent être engagées par les entrepreneurs des territoires : faire le point avec ses clients, évaluer l’état de sa trésorerie, rechercher le motif des factures impayées (problème effectif de trésorerie du client, mauvaise foi, négligence, litige au sujet de la prestation, etc.), relancer le client et le contacter pour vérifier le motif de non-paiement, utiliser les carnets de travail avec fiches de travaux à signer par le prestataire et le client (permet d’avoir une preuve écrite des prestations effectuées), être en règle avec la législation, et être titulaire de l’agrément phytos pour les prestations concernées. « Dans tous les cas, notre syndicat est à l’écoute de tous les entrepreneurs désireux d’être conseillés », poursuit Claude Gretter.

Rendez-vous annuel des Cuma d’Alsace

La fédération régionale est sur les rails

Vie professionnelle

Publié le 24/02/2017

Un dispositif « simplifié » pour gagner en efficacité. C’est le vœu pieu de la nouvelle Fédération régionale des Cuma Grand Est, créée en juin 2016 et active depuis le 2 janvier 2017, qui regroupe 506 Cuma de huit départements de la région Grand Est (la Meuse et les Vosges n’en font pour le moment pas partie). Lors du rendez-vous annuel des Cuma d’Alsace qui a eu lieu le 8 février dernier, le président de cette nouvelle entité, Matthieu Goehry, a souligné l’intérêt qu’avait l’ensemble des Cuma départementales à se regrouper aujourd’hui sous une même bannière. « Avec la réorganisation territoriale entérinée en 2016, nous devions nous aussi évoluer pour nous adapter à cette nouvelle donne. Désormais, le Conseil régional, la Draaf ou nos financeurs n’ont plus qu’un interlocuteur en face d’eux. » Exit donc les anciens échelons départementaux ou régionaux. Place désormais à la FRCuma Grand Est, une entité qui entend devenir la référence sur la mécanisation et l’organisation collective des exploitations agricoles. « Nous devons pour cela construire et affiner notre autonomie financière pour être véritablement indépendants. Cela passera principalement par les cotisations de nos adhérents et par les prestations de services que nous proposons », détaille Matthieu Goehry.

Fédérer l’existant

Un élément essentiel de cette nouvelle fédération régionale reste le maintien de la proximité avec l’ensemble de ses adhérents. Si le siège est établi à Châlons-en-Champagne, des antennes locales, à travers des sections départementales ou interdépartementales (comme en Alsace par exemple), continueront d’assurer le lien au plus près du terrain. Et afin de ne « pas perdre le fil » avec ce qu’il se passe dans les territoires, la FRCuma Grand Est souhaite renforcer ses structures locales en leur permettant de se concentrer en premier lieu sur le travail d’animation. Une évolution qui satisfait pleinement Hubert Reech, l’animateur des Cuma d’Alsace. « J’ai passé beaucoup de temps ces dernières années sur les aspects administratifs et statutaires. Un travail indispensable, mais lourd, qui prend beaucoup de temps. »

Désormais, ces fonctions supports seront gérées en grande partie par la fédération régionale, sous la houlette de sa directrice, Hélène Hertgen, recrutée spécialement pour l’occasion. « Nos antennes locales doivent vivre le plus possible avec des projets pilotes pour chacune d’entre elles. Il faut qu’il y ait un maximum d’idées qui remonte. C’est grâce à cela que nous pourrons évoluer et répondre aux évolutions souhaitées par les chefs d’exploitations. Il faut que l’on comprenne comment vous fonctionnez pour préparer l’agriculture de demain », indique le président de la FRCuma Grand Est. Autre atout de cette nouvelle fédération régionale, c’est la possibilité pour les différentes Cuma de bénéficier des savoirs et savoir-faire d’autres Cuma. « Nous pouvons mutualiser l’ensemble des compétences de la grande région. Grâce à cela, chacun pourra bénéficier du même service, où qu’il se trouve sur le territoire. Notre idée est de fédérer ce qui existe », conclut Matthieu Goehry.

Employeurs de main-d’œuvre agricole

Pour une convention collective « basse »

Vie professionnelle

Publié le 23/02/2017

C’est un refrain qui revient souvent : les entrepreneurs français déplorent le « manque de visibilité » à long terme dont ils disposent pour gérer leurs activités. D’un côté, des responsables politiques qui mettent en place des dispositifs réglementaires et législatifs censés « faciliter la vie des entreprises », de l’autre, des employeurs qui, pour beaucoup, voient leur quotidien se complexifier davantage. Comme le souligne justement le président de la commission Sociale et Emploi à l’Ava, Stéphane Chaise, être employeur est « de plus en plus difficile et compliqué avec toutes les choses qui changent ». Et ce n’est pas la récente loi El-Khomri qui va simplifier la donne pour le monde agricole. « Nous avons désormais cinq ans pour mettre en place une convention collective nationale. Cela vient percuter notre organisation actuelle qui est articulée autour des FDSEA », explique Morgan Oyaux, sous-directeur emploi à la FNSEA.

Conserver les « spécificités locales »

Le salariat agricole est aujourd’hui régi par pas moins de 140 conventions collectives sur le territoire national, toutes gérées par les FDSEA. Et même si elles sont globalement assez « homogènes » les unes par rapport aux autres, elles restent trop nombreuses aux yeux des responsables politiques. « Il est vrai que 140 conventions collectives, c’est beaucoup et pas très raisonnable. Pour autant, nous souhaitons que les entreprises et les territoires conservent des marges de manœuvre. On ne peut par exemple pas demander à un berger d’avoir les mêmes conditions de convention qu’un salarié dans une exploitation horticole. C’est pour cela qu’à la FNSEA nous voulons une convention collective basse, divisée en six interbranches agricoles, avec des déclinaisons territoriales possibles », précise Morgan Oyaux. Ainsi, les spécificités du droit local Alsace-Moselle seront maintenues selon lui. « Ce n’est pas un problème. Ce que le juge va regarder, ce sont les avantages conventionnels comme la journée de l’employeur », tient-il à rassurer. À l’Ava, Simone Kieffer reste un peu plus sceptique face à cette évolution. « Nos spécificités locales, au niveau national, j’ai bien peur qu’elles ne soient pas bien comprises. L’Alsace, ce n’est pas la Champagne. Chez nous, les vendanges durent d’un à deux mois, quand elles durent en moyenne quinze jours là-bas. » Sur ce sujet, comme sur d’autres, des discussions - et des compromis - seront incontournables comme le rappelle le président de la commission Emploi à la FRSEA d’Alsace, Joseph Lechner. « Oui on doit résister. Mais d’un autre côté, la loi dit quelque chose et nous devons l’appliquer. Au début, on pensait se réorganiser au niveau de la grande région, et finalement cela ne sera pas le cas. Nous devrons faire avec une base commune avec le reste du pays. Par contre, il y a des volets sur lesquels nous avons des choses à faire comme les conditions de travail, l’attractivité de nos métiers ou la fidélisation de nos salariés. C’est à nous de créer une histoire ».

 

Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin

De l’électrochoc à la reconstruction

Vie professionnelle

Publié le 16/02/2017

Et si la crise agricole actuelle pouvait, au final, avoir des effets salutaires ? « Oui les problèmes sont légion, et les solutions ne sont pas évidentes à trouver. Mais nous nous battrons pour les découvrir », promet le président des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin, Christophe Bitsch. Pour le syndicat, cette « bataille » se joue aujourd’hui sur un autre plan, plutôt éloigné de la méthode « à l’ancienne » basée sur des manifestations d’ampleur avec tracteurs, fumier, banderoles et CRS. « Au cours de l’année écoulée, nous avons jugé plus opportun de continuer à peser dans les débats avec notre administration et nos élus. Nos demandes sont légitimes et sans démagogie, et il est important que nous les rappelions sans cesse et je suis certain que nos élus comprendront vite si on leur explique assez longtemps. »

Pour « prendre conscience » du rôle que joue l’agriculture dans la société, ces derniers devront commencer par arrêter d’écouter les discours qui « calomnient » la profession agricole. En tête de liste, Christophe Bitsch place les vegans et leur « sempiternelle affirmation que la consommation de lait de vache est contre nature pour l’Homme ». Il dénonce également le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, qui a souhaité mettre en place les ZNT (zones non traitées), ou l’interdiction des néonicotinoïdes par le « lobbying des écolos-bobos ». « Et ce, avant que des analyses scientifiques prouvent que ces molécules ne posaient pas les problèmes qu’on leur attribuait. Alors, soit c’est de la bêtise ministérielle, soit c’est de la démagogie coupable. Ou peut-être un peu des deux… Chacun est libre de se faire son opinion », dénonce le président des JA 68.

À la conquête du public citadin

Après une année 2016 qu’il qualifie de « catastrophique », Christophe Bitsch estime que les agriculteurs doivent désormais « aller de l’avant ». Pour lui, « l’électrochoc » induit par cette crise doit permettre de prendre les choses « à bras-le-corps » et ainsi trouver les solutions nécessaires. Et pour les JA, une partie de ces solutions réside dans la communication. « Une agriculture méconnue ne peut être défendue », fait-il justement remarquer. Le public visé en priorité : les consommateurs. « Il faut qu’ils soient de notre côté. Oui, nous faisons des produits d’une qualité irréprochable, oui nous entretenons les paysages, oui nous prenons soin de l’environnement. Et tout cela, les consommateurs doivent le savoir. On a trop longtemps laissé nos détracteurs noircir l’image de notre métier : il est temps maintenant d’aller montrer ce que nous savons faire et ce que nous produisons », annonce Christophe Bitsch.

Pour atteindre cet objectif, les Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin ont décidé de créer deux nouveaux événements dans le département. Le premier aura lieu fin mars/début avril au bar « Au Gambrinus » de Mulhouse. Une soirée after-work qui associera la convivialité au sérieux. « Ce sera l’occasion de parler de notre métier à des jeunes, pour la plupart citadins, et de leur montrer l’importance de manger local. Car, au-delà de faire vivre les agriculteurs du coin, manger local contribue à faire tourner toute l’économie du territoire et de créer des liens », développe Christophe Bitsch. Le deuxième événement aura lieu le jeudi de l’Ascension, le 25 mai, sur la place Rapp de Colmar. Davantage tourné vers les familles, ce rendez-vous verra la création d’une ferme en plein centre de la ville. Une autre manière de toucher le public citadin. Différentes animations seront organisées pour présenter toutes les productions du département. « Et bien sûr, nous proposerons des dégustations de produits locaux pour redonner le goût des saisons au consommateur, et le convaincre ainsi de manger local », complète le président des JA du Haut-Rhin.

Concours général agricole. Présélection des vins d’Alsace

De la « fraîcheur »

Vigne

Publié le 10/02/2017

La présélection des vins d’Alsace pour le Concours général agricole (CGA) de Paris a eu lieu mardi au Parc des expositions de Colmar. Environ 120 dégustateurs (viticulteurs, œnologues, techniciens, journalistes) étaient présents pour départager les 722 échantillons (soit 17 de plus qu’en 2016) qui participeront à la finale nationale prévue le 26 février. On dénombrait parmi eux : 6 chasselas, 80 sylvaners, 92 pinots blancs, 113 rieslings, 106 gewurztraminers, 80 pinots noirs, 3 kleveners, 40 muscats, 110 pinots gris et 92 crémants, dont 74 en blanc. Contrairement à d’autres présélections, comme celle de Mâcon par exemple, le nombre d’échantillons retenu pour le CGA est soumis à un quota limité cette année à 60 % (contre 55 % en 2016). À noter la présence moins importante des crémants pour cette édition 2017 suite aux « petites » récoltes de 2013, 2014, 2015. Pour les vins tranquilles en revanche, pas de problème de stocks suite à une année 2016 bien plus généreuse en volumes. « On a retrouvé une année normale », se félicite Michel Pinsun, œnologue à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA).

Et comparé au millésime 2015 que beaucoup jugeaient - et jugent toujours - « exceptionnel », ce cru 2016 n’a vraiment pas à rougir constate Michel Pinsun. « C’est un millésime intéressant avec des vins légers et fruités. On retrouve un millésime classique pour l’Alsace. Et globalement, de belles acidités tartriques sur tous les vins. » Si la qualité est généralement bonne, certains cépages réussissent néanmoins à se démarquer, comme le sylvaner qui « a moins souffert du stress hydrique », ou le pinot gris qui présente « de belles maturités ». « On pourra faire des pinots gris secs cette année », souligne Michel Pinsun. On pourra également faire des pinots noirs « exceptionnels », juge-t-il sans détour. « Les tanins sont moins fondus en bouche. » Pour les cépages « stars » que ce sont le gewurztraminer et le riesling, le bilan est aussi très bon même si des « inquiétudes » pouvaient demeurer au départ sur les rieslings. « Dans les sols légers, c’est un cépage qui a beaucoup souffert du stress hydrique. Mais progressivement, les vins s’ouvrent en cave », ajoute l’œnologue de la CAA. Des perspectives encourageantes que l’on retrouve dans le gewurztraminer, un cépage qui « souffre » en cas de gros rendements, mais qui présente malgré tout des caractéristiques intéressantes. « Là aussi, on se retrouve avec des produits intéressants. On trouve des arômes de clous de girofle sans pour autant que cela soit trop violent. »

FDSEA et JA - Cantons de la Hardt et de la Plaine de l’Ill

« Retrouver des raisons d’espérer »

Vie professionnelle

Publié le 10/02/2017

Plus les mois passent, et plus le « jouer collectif » prend tout son sens au sein de la FDSEA et des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin. Surtout après la quatrième année « difficile » qu’a été 2016 rappelle le président du canton de la Hardt à la FDSEA, Jean Goetz : « Face à tous les défis que nous rencontrons, il est plus que primordial de s’unir et de travailler ensemble. » Car même si l’année culturale a été globalement mauvaise, ou au mieux très moyenne, le syndicat majoritaire est resté mobilisé sur une multitude de dossiers : la sensibilisation des citoyens sur les difficultés des filières viande et lait, la Pac, la réglementation Phyto… Sur ce dernier point, Jean Goetz, comme le reste des responsables de la FDSEA, appelle les agriculteurs à s’impliquer davantage pour donner leur « point de vue de professionnel » : « Des consultations sont ouvertes sur ce sujet. Les enjeux sont énormes : pour l’Alsace, cela voudrait dire que 25 % du territoire ne pourrait plus être traité. Il faut en prendre conscience. »

Pour le président du canton de la Plaine de l’Ill, Benjamin Lammert, il faut aussi avoir conscience du « poids du nombre » au moment des discussions et des négociations. « C’est d’ailleurs pour cette raison que notre principal objectif, lorsque j’ai été élu président du canton il y a trois ans, était d’augmenter significativement le nombre d’adhérents. Car c’est ce qui fait notre force, et c’est qui nous permet de rester crédibles. Et nous y sommes arrivés avec une hausse de 16 % de nos adhérents dans le canton de la Plaine de l’Ill. Nous souhaitions aussi renforcer les relations avec les communautés de communes, un échelon politique qui va prendre de plus en plus de poids. Ainsi, nous avons pu renforcer nos relations avec les élus pour, au final, être plus sollicités sur les PLUI par exemple. »

« On va y arriver »

Une liste à la Prévert qui fait office de bilan pour Benjamin Lammert. Il a en effet décidé de ne pas se représenter à la présidence du canton de la Plaine de l’Ill afin d’avoir davantage de temps à consacrer à ses responsabilités au sein de la FOP (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux). Avant de laisser la place à son successeur, il a tenu à mettre en avant quelques perspectives à « développer » dans les temps à venir. Il pense tout d’abord au rapprochement éventuel des deux cantons de la Hardt et la Plaine de l’Ill. « Nous avons beaucoup de préoccupations communes, et nous travaillons beaucoup entre nous depuis plusieurs années. Il faut maintenant voir ce que l’on pourrait davantage faire en commun, et éviter par exemple de faire des réunions en double. Devons-nous ainsi revoir nos découpages territoriaux ? C’est une question qui mérite d’être posée », estime-t-il.

Concernant la Pac, ce dernier souhaite que la profession maintienne une position « forte » afin d’éviter de fragiliser encore les exploitations du département. « Dans tous les cas, même si l’année qui démarre s’annonce compliquée d’un point de vue gestion et économique, je suis persuadé que nous allons nous en sortir. Si on se retrousse les manches, on va y arriver. » Des propos rassembleurs et plein d’espoir partagés par Norbert Jehl et François Fischesser, qui ont décidé tous les deux de laisser leur place au sein du canton de la Plaine de l’Ill. « Dans ces temps difficiles, il est important de fédérer, d’avoir les coudes serrés et une direction commune », témoigne François Fischesser. Norbert Jehl est quant à lui convaincu que c’est cet « esprit d’équipe » qui fera la différence dans les temps à venir. Il est en outre totalement convaincu que la jeune génération est prête à prendre la relève. Une crainte cependant, émise par le président du canton Hardt/Plaine de l’Ill chez les JA, Eric Bendele, c’est que ces jeunes agriculteurs soient de moins en moins nombreux à vouloir s’installer. « Sur nos deux cantons, on se rend compte que les installations se comptent sur les doigts d’une main. On espère bien évidemment que cela va s’améliorer. Mais c’est vrai qu’en parallèle, on a de plus en plus d’appels d’adhérents qui se plaignent des surenchères qui sont faites sur le foncier. Certains propriétaires proposent deux à deux fois et demi le prix du terrain. Quel intérêt quand on voit la situation déjà compliquée de nos entreprises ? », s’interroge le jeune agriculteur.

Des perspectives à tracer

Malgré des cas comme celui-là, les deux syndicats refusent de tomber dans la sinistrose. Au contraire même. Même si cette crise représente un grand danger pour l’avenir des exploitations agricoles, elle offre aussi une « opportunité » pour créer « autre chose » estime Jean Goetz. « Il s’agit aujourd’hui de retrouver des raisons d’espérer. Nous devons établir un constat et tracer des perspectives. Nous devons revoir nos métiers. La seule condition est de trouver une rentabilité avérée tout en préservant du temps pour soi et sa famille. » Parmi les derniers « leviers de croissance » choisis par certains agriculteurs, on trouve les filières courtes, que ce soit via la vente à la ferme ou par des magasins de producteurs comme le très récent Cœur Paysan à Colmar, des cultures alternatives comme le chanvre ou le lin, ou encore la filière bio et locale qui prend de plus en plus d’ampleur. « Sur ce dernier point, il faut savoir que la FDSEA et l’Apco souhaitent accompagner les agriculteurs qui souhaiteraient se lancer dans cette voie. Globalement, il faut que les agriculteurs aient le choix du type de production. Nous devons pouvoir répondre à ceux qui ont des attentes, et qui nous demandent d’expérimenter des choses », ajoute Jean Goetz.

 

 

 

Dégustation d’attribution des Sigilles d’Alsace

Le terroir prend le pouvoir

Vigne

Publié le 08/02/2017

C’est ce qui s’appelle « avoir le nez creux ». Lancée il y a à peine deux ans, la « nouvelle formule » du Sigille des vins d’Alsace confirme l’intérêt croissant de nombreux producteurs pour les vins avec une dimension « terroir » plus marquée. Lors de la dégustation d’attribution des Sigilles 2017, qui a eu lieu le 19 janvier au château de la confrérie Saint-Étienne, plus de la moitié des échantillons (en hausse par rapport à 2016, voir en encadré) en lice étaient d’abord caractérisés par leur terroir (grands crus compris). Un beau cadeau pour le comité de pilotage du Sigille qui avait souhaité mettre davantage en avant l’identité des terroirs afin de « renforcer l’intérêt futur » de l’œnothèque de la confrérie. « Je pense qu’on tient le bon bout », se félicite le Chancelier-Receveur, Jean-Paul Goulby, visiblement très satisfait de cette nouvelle donne.

« De plus en plus de maisons s’intéressent aux vins de terroir. Avec de tels produits, ils ont la possibilité de mieux revendiquer leur identité. Et pour nous, cela donne encore plus de cachet à la dégustation des Sigilles, vue très souvent comme une dégustation haut de gamme », poursuit Jean-Paul Goulby. Il est vrai que depuis sa création en 1957, cette dégustation a su progressivement se construire ses lettres de noblesse pour devenir une « réelle consécration » selon le Grand Maître de la confrérie Saint-Étienne, David Ling. « Les Sigilles sont unanimement respectés pour le sérieux de leur dégustation, et pour leur orientation neutre et non commerciale », tient-il à rappeler.

Concours général agricole. Présélection des eaux-de-vie d’Alsace

Moins nombreux mais toujours aussi bons

Vigne

Publié le 06/02/2017

Cette année encore, les eaux-de-vie alsaciennes ne devraient pas manquer de médailles lors du Concours général agricole de Paris. Si le nombre d’échantillons évalué lors de la présélection du 18 janvier a chuté de près d’un tiers par rapport à 2016 (lire en encadré), la qualité est, elle, bien au rendez-vous. « Les produits que nous dégustons aujourd’hui sont issus en grande majorité de fruits récoltés en 2015, une année qui a permis d’obtenir des fruits de grande qualité malgré un volume en baisse. C’est un copier-coller de la viticulture en quelque sorte », témoigne Christian Willm, directeur général de la maison Nusbaumer à Steige.

Avec deux de ses confrères, il passe au crible les neuf framboises qui se dressent devant lui. « La matière est là. On peut être fier de ce qu’on fait », glisse-t-il entre deux examens olfactifs. Il est affirmatif : « Un grand nombre d’entre elles ira à Paris cette année ». Du côté des kirschs, la hiérarchie est plus claire à se dessiner. « Globalement, ce sont des produits de très belle qualité, très fruités. Mais il y a quand même des différences. Il n’y aura pas de bagarre en perspective », estime l’un des jurés.

Susciter des vocations

Aussi bons soient-ils, les échantillons retenus pour Paris ne pourront pas être tous médaillés lors de la finale nationale. Seuls 30 % de toutes les eaux-de-vie en lice repartiront avec le précieux macaron sur leur bouteille. Une distinction qui n’est pas donc pas distribuée à l’emporte-pièce. « Le CGA est le plus ancien concours agricole au monde. De ce fait, il confère un certain prestige aux produits lauréats », explique Jean Deffinis, en charge de l’organisation de cette présélection pour le compte de la Direction départementale des territoires (DDT) du Haut-Rhin. À l’étranger notamment, la médaille est en effet vue comme une marque de « prestige ».

De quoi susciter des convoitises chez des producteurs désireux de se démarquer, voire de se lancer. À ce titre, il a été décidé de modifier les quantités commercialisables pour les eaux-de-vie alsaciennes (de 500 à 250 l pour les Indications géographiques spiritueux (IGS), de 500 à 400 l pour whiskies, poires et eaux-de-vie non IGS). D’une part, pour être en phase avec le règlement national, d’autre part, pour susciter des vocations chez des « petits » producteurs. « Aujourd’hui, notre filière régionale se concentre principalement autour de sept grandes maisons. Pourtant, il y a de la place pour d’autres personnes », rappelle Frédéric Roy, le coordinateur CGA de la Chambre d’agriculture d’Alsace.

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