ACE Compta
Les PME face au défi numérique
ACE Compta
Vie professionnelle
Publié le 04/02/2017
Crise qui se prolonge ou mutation profonde ? Huit ans après la chute de la banque américaine Lehman Brothers, l’économie française peine toujours à redécoller. Et pour la présidente d’Ace Compta, Gabrielle Rolli, les causes seraient plus structurelles que conjoncturelles. « Peut-on encore parler de crise après tout ce temps ? Ne serions-nous pas dans une mutation de notre société liée aux nouvelles technologies ? Quand on voit aujourd’hui les temples de la consommation que sont les supermarchés être mis à mal par l’e-commerce, on peut se poser la question. Des structures qui vivent ce qu’elles ont elles-mêmes provoqué dans les années 1970 face aux petits commerces. » Invité à s’exprimer sur ce sujet lors de l’assemblée générale d’Ace Compta, le consultant en communication, Samuel Mantelet, compare l’époque actuelle avec l’apparition des chemins de fer et de l’électricité au XIXe siècle. « Nous vivons une troisième révolution numérique qui a démarré dans les années 1980 avec l’apparition des premiers ordinateurs personnels. Puis l’arrivée d’Internet dans les années 1990 et du smartphone dans les années 2000 ont accéléré ce bouleversement. »
Des changements majeurs qui ont vu progressivement apparaître une concurrence féroce pour l’économie dite « traditionnelle ». Chaque jour, les grands « mastodontes internationaux du commerce » - comme les nomme Gabrielle Rolli - grappillent des parts de marché à des PME qui ont bien du mal à s’adapter à ce nouveau paradigme. La faute, selon la présidente d’Ace Compta aux « Énarques qui conduisent en regardant dans le rétroviseur ». « À leurs yeux, l’entreprise reste une belle vache à lait qu’on peut traire à volonté, plutôt que de lui donner les moyens de s’adapter à ces mutations. Entre la nouvelle DSN, qui épuise notre système social, la loi El-Khomri, le registre sécurité, le registre sanitaire et j’en passe, le chef d’entreprise a trop de boulets accrochés aux pieds pour pouvoir innover et s’adapter à ce nouveau monde. Car toutes ces charges supplémentaires ont un coût. Et tout cela se fait malheureusement au détriment des investissements d’avenir », déplore-t-elle.
« L’âge de pierre » du numérique
Et le temps presse si l’on en croit les différentes études menées sur l’évolution de l’emploi dans le monde dans les prochaines décennies. Le fondateur du site Doctissimo et spécialiste de l’Intelligence Artificielle (IA), Laurent Alexandre, prévoit par exemple que 100 % des emplois seront liés à l’IA en 2050. Il estime ainsi que 42 % des emplois français pourront être remplacés par des robots. Un scénario qui n’est plus vraiment de l’ordre de la science-fiction si l’on regarde les dernières « innovations » en matière d’intelligence artificielle : les voitures autonomes de Google ou Tesla, l’assistant vocal intelligent Alexa du géant Amazon ou bien les robots désherbeurs si l’on regarde ce qu’il se fait en agriculture. Une machine « intelligente » développée par l’entreprise française Naio Technologies qui prouve que le « Made in France » a aussi son mot à dire dans cette révolution numérique. « Car oui, cette économie crée des emplois. Encore faut-il qu’il y ait une volonté politique en amont », explique Samuel Mantelet. « Mais pour le moment, l’hypothèse la plus probable, c’est que cela détruira plus d’emplois que l’inverse dans notre pays. Concrètement, la France en est encore à l’âge de pierre sur ces développements numériques », reconnaît-il sans détour.
« Que ferait Google à votre place ? »
Les têtes pensantes sont pourtant nombreuses à sortir tous les ans des écoles hexagonales, preuve que le savoir et le savoir-faire liés aux nouvelles technologies existent bel et bien dans le pays. « Les jeunes diplômés préfèrent s’expatrier à l’étranger, là où l’économie numérique est bien plus développée », poursuit le consultant en communication. On pense en premier lieu à la Silicon Valley, en Californie, qui abrite les plus grands acteurs mondiaux dans le secteur comme Google, Amazon, Facebook et Apple appelés plus communément « Gafa ». À elles seules, ces quatre entreprises totalisent 123 milliards de dollars de réserves financières. Leur croissance est 33 % plus élevée que celle de la Chine, et leur PIB équivaut à celui du Danemark, 34e richesse mondiale. Un développement spectaculaire qui est loin d’être dû au hasard. Pour en arriver là, le géant Google a appliqué une méthode « radicalement nouvelle » de l’économie connue aujourd’hui sous le nom de « méthode Google ». Une approche novatrice qui a donné naissance à un livre sorti en 2009 : « La méthode Google : que ferait Google à votre place ? » Un ouvrage qui se présente comme un « mode d’emploi » pour toutes les entreprises désireuses de se « réinventer ». Le premier pas vers une « mutation » qui paraît désormais inévitable.












