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Nicolas Bernard

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ACE Compta

Les PME face au défi numérique

Vie professionnelle

Publié le 04/02/2017

Crise qui se prolonge ou mutation profonde ? Huit ans après la chute de la banque américaine Lehman Brothers, l’économie française peine toujours à redécoller. Et pour la présidente d’Ace Compta, Gabrielle Rolli, les causes seraient plus structurelles que conjoncturelles. « Peut-on encore parler de crise après tout ce temps ? Ne serions-nous pas dans une mutation de notre société liée aux nouvelles technologies ? Quand on voit aujourd’hui les temples de la consommation que sont les supermarchés être mis à mal par l’e-commerce, on peut se poser la question. Des structures qui vivent ce qu’elles ont elles-mêmes provoqué dans les années 1970 face aux petits commerces. » Invité à s’exprimer sur ce sujet lors de l’assemblée générale d’Ace Compta, le consultant en communication, Samuel Mantelet, compare l’époque actuelle avec l’apparition des chemins de fer et de l’électricité au XIXe siècle. « Nous vivons une troisième révolution numérique qui a démarré dans les années 1980 avec l’apparition des premiers ordinateurs personnels. Puis l’arrivée d’Internet dans les années 1990 et du smartphone dans les années 2000 ont accéléré ce bouleversement. »

Des changements majeurs qui ont vu progressivement apparaître une concurrence féroce pour l’économie dite « traditionnelle ». Chaque jour, les grands « mastodontes internationaux du commerce » - comme les nomme Gabrielle Rolli - grappillent des parts de marché à des PME qui ont bien du mal à s’adapter à ce nouveau paradigme. La faute, selon la présidente d’Ace Compta aux « Énarques qui conduisent en regardant dans le rétroviseur ». « À leurs yeux, l’entreprise reste une belle vache à lait qu’on peut traire à volonté, plutôt que de lui donner les moyens de s’adapter à ces mutations. Entre la nouvelle DSN, qui épuise notre système social, la loi El-Khomri, le registre sécurité, le registre sanitaire et j’en passe, le chef d’entreprise a trop de boulets accrochés aux pieds pour pouvoir innover et s’adapter à ce nouveau monde. Car toutes ces charges supplémentaires ont un coût. Et tout cela se fait malheureusement au détriment des investissements d’avenir », déplore-t-elle.

« L’âge de pierre » du numérique

Et le temps presse si l’on en croit les différentes études menées sur l’évolution de l’emploi dans le monde dans les prochaines décennies. Le fondateur du site Doctissimo et spécialiste de l’Intelligence Artificielle (IA), Laurent Alexandre, prévoit par exemple que 100 % des emplois seront liés à l’IA en 2050. Il estime ainsi que 42 % des emplois français pourront être remplacés par des robots. Un scénario qui n’est plus vraiment de l’ordre de la science-fiction si l’on regarde les dernières « innovations » en matière d’intelligence artificielle : les voitures autonomes de Google ou Tesla, l’assistant vocal intelligent Alexa du géant Amazon ou bien les robots désherbeurs si l’on regarde ce qu’il se fait en agriculture. Une machine « intelligente » développée par l’entreprise française Naio Technologies qui prouve que le « Made in France » a aussi son mot à dire dans cette révolution numérique. « Car oui, cette économie crée des emplois. Encore faut-il qu’il y ait une volonté politique en amont », explique Samuel Mantelet. « Mais pour le moment, l’hypothèse la plus probable, c’est que cela détruira plus d’emplois que l’inverse dans notre pays. Concrètement, la France en est encore à l’âge de pierre sur ces développements numériques », reconnaît-il sans détour.

« Que ferait Google à votre place ? »

Les têtes pensantes sont pourtant nombreuses à sortir tous les ans des écoles hexagonales, preuve que le savoir et le savoir-faire liés aux nouvelles technologies existent bel et bien dans le pays. « Les jeunes diplômés préfèrent s’expatrier à l’étranger, là où l’économie numérique est bien plus développée », poursuit le consultant en communication. On pense en premier lieu à la Silicon Valley, en Californie, qui abrite les plus grands acteurs mondiaux dans le secteur comme Google, Amazon, Facebook et Apple appelés plus communément « Gafa ». À elles seules, ces quatre entreprises totalisent 123 milliards de dollars de réserves financières. Leur croissance est 33 % plus élevée que celle de la Chine, et leur PIB équivaut à celui du Danemark, 34e richesse mondiale. Un développement spectaculaire qui est loin d’être dû au hasard. Pour en arriver là, le géant Google a appliqué une méthode « radicalement nouvelle » de l’économie connue aujourd’hui sous le nom de « méthode Google ». Une approche novatrice qui a donné naissance à un livre sorti en 2009 : « La méthode Google : que ferait Google à votre place ? » Un ouvrage qui se présente comme un « mode d’emploi » pour toutes les entreprises désireuses de se « réinventer ». Le premier pas vers une « mutation » qui paraît désormais inévitable.

Centre de gestion agréé du Haut-Rhin

Des TPE toujours « handicapées »

Vie professionnelle

Publié le 04/02/2017

Une croissance qui « résiste » mais qui peine à décoller. Lors de l’assemblée générale du Centre de Gestion Agréé du Haut-Rhin (CGA 68), son président Pierre Lammert a mis en exergue le paradoxe qu’a connu l’économie française en 2016. « Malgré des circonstances favorables - parité euro dollar favorable, taux d’intérêt bas, pétrole pas cher - nos entreprises n’ont pas pu en profiter. La faute à des handicaps structurels toujours trop persistants. » Au premier rang, on retrouve la politique fiscale française toujours trop lourde ainsi qu’une compétitivité en deçà, malgré un « recalage » amorcé depuis 2013 et toujours insuffisant pour les PME du pays. Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et les allégements de charge ont par exemple permis de diminuer la charge salariale de 2,4 %. « Alors, oui, ces mesures ont contribué au redressement partiel des marges des entreprises, mais leurs effets sur la compétitivité sont cependant longs à apparaître », déplore Pierre Lammert.

Le besoin de « se rassurer »

Un bilan pour le moment mitigé que le président du CGA retrouve également du côté de la Loi Travail. D’un côté, elle a tenté d’apporter davantage de « souplesse » dans la gestion de l’entreprise, tout en ayant un impact positif « aléatoire ». « Les textes actuels ne permettent pas une meilleure adéquation des salaires et de la productivité en période économiquement difficile. De plus, la notion de branche ou d’accord d’entreprise reste prédominante, ce qui exclut le plus souvent nos TPE des intérêts de réformes qui allaient initialement dans le bon sens. » Si tout n’est pas à jeter dans la situation économique actuelle, les inquiétudes demeurent au sein du CGA 68. « Dans bien des cas, le bénéfice des entreprises est dépendant du CICE. Ce qui n’est pas très rassurant. »

Se « rassurer », c’est certainement ce dont ont le plus besoin les TPE françaises dans un environnement réglementaire qui continue d’ajouter des « surcoûts », des « contraintes », mais aussi des « inquiétudes » à l’image du prélèvement de l’impôt à la source et de la Déclaration Sociale Nominative (DSN). Dans ce contexte, beaucoup d’attentes sont placées dans les prochaines échéances électorales. « Assurer un cadre réglementaire, juridique et financier propice à l’entreprenariat, et par conséquent à la création et au développement de nos activités économiques, doit être une priorité pour les candidats. Nous verrons si, une fois de plus, il s’agit de vœux pieux. Nos décideurs politiques devraient davantage se préoccuper de la création de richesse marchande plutôt que de communiquer à longueur de temps sur la manière de dépenser de l’argent », ajoute Pierre Lammert.

FDSEA et JA - Canton du Ried

Penser le changement

Vie professionnelle

Publié le 18/01/2017

Après une année 2016 éprouvante économiquement et psychologiquement, les responsables de la FSDEA du Haut-Rhin appellent leurs adhérents « à ne pas douter » dans les mois à venir. « Nous devons dédramatiser un certain nombre de choses pour garder le moral. On ne va pas minimiser nos difficultés. Oui, c’est compliqué. Mais nous devons continuer à être fiers de nous et de notre métier. Face à un monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement », souligne le président du syndicat majoritaire, Denis Nass. Lors de l’assemblée générale du canton du Ried - organisée conjointement avec les Jeunes Agriculteurs du secteur - celui-ci affiche un état d’esprit résolument optimiste et toujours aussi combatif. Il met notamment l’accent sur les différentes échéances électorales qui vont animer les mois à venir, une occasion « idéale » pour « changer un certain nombre de choses ». « Nous devons réexpliquer notre savoir-faire partout. Nous devons continuer à nous battre et à ne rien lâcher. On peut le voir sur ce qui s’est passé cette année sur le dossier phyto : on a gagné la possibilité de faire notre travail dans de bonnes conditions. Mais nous devons continuer à rester vigilants malgré tout. »

Il y a en effet beaucoup à faire, surtout après une année 2016 que le président du canton du Ried à la FDSEA du Haut-Rhin, Claude Gebhard, voit comme la « plus mauvaise » depuis son installation en 1984. « Dans notre secteur inondable, cela fait la troisième année d’affilée que c’est la galère avec des semis fin juin, quand on a pu semer. Il faudra voir quelles solutions on pourra trouver pour ceux qui ont rencontré le plus de difficultés », explique-t-il. Devant une assemblée très fournie, il rappelle l’existence de la cellule REAGIR créée par la MSA, en lien avec la profession, afin de régler les problèmes économiques et humains que peuvent rencontrer les exploitants agricoles. « Il ne faut pas hésiter à se manifester en cas de difficulté. Il n’y a aucune honte à cela », souligne-t-il encore.

« Nous sommes tous coresponsables »

De la détresse à la peur, il n’y a parfois qu’un pas à franchir. Peur du lendemain, de l’autre, du politique, ou de plein d’autres choses, les raisons peuvent être multiples. Une peur qui peut pousser à se refermer sur soi. Denis Nass et Claude Gebhard en ont bien conscience : alors que les élections présidentielles approchent à grands pas, la tentation de voter pour les « extrêmes » pourrait être tentante. « Mais croire que remettre des frontières, c’est la solution, ça serait la plus grande erreur qu’on pourrait faire. Nous avons plus que jamais besoin de l’Europe. Parce que, malgré tout, des choses bougent dans le bon sens. Ces deux dernières années, trente-cinq accords bilatéraux ont été signés au niveau de l’Union. Notre pays est un vrai pays agricole, malgré un ministre qui n’y a pas cru. Il faut y croire car, demain, il faudra toujours continuer à manger », insiste Denis Nass.

Pour que cette foi puisse se traduire en résultats tangibles et pérennes, les responsables syndicaux rappellent l’ingrédient le plus important : l’implication quotidienne de chaque agricultrice et agriculteur dans son canton. Qui plus est avec des communautés de communes dont le poids est de plus en plus grand, et possédant de nouvelles compétences « clés » comme l’économie ou l’eau. « Sur ce dossier, nous avons un savoir-faire qui est reconnu par tous. Nous avons des choses à dire et à proposer. Il est essentiel que nous ayons des référents dans chaque com-com. Nous devrons y être car c’est là que se joueront certains dossiers comme les périmètres de captage ou le ruissellement. Et c’est aussi dans ces com-com que se trouveront tous les futurs documents d’urbanisme. Et là aussi, il faut être présent pour savoir comment évoluent ces documents. Nous devons faire en sorte que les surfaces agricoles restent des zones de production agricole. Nous ne sommes pas opposés au développement économique, mais le paysan ne plus subir la double peine. Ça suffit ! Soyons proactifs. Nous sommes tous coresponsables de notre avenir. Si chacun prend un peu sur soi, nous y arriverons. Car avec l’agriculteur, on ne triche pas. Et si nous sommes partout, personne ne pourra tricher avec nous. Alors, ne faites pas la politique de la chaise vide. Il faut que tout le monde se reprenne car il s’agit là de l’avenir de notre agriculture », ajoute le président de la FDSEA du Haut-Rhin.

Piloter son exploitation maïsicole en 2017

« Il faut conserver une cohérence globale »

Cultures

Publié le 18/01/2017

Quelle compétitivité pour les exploitations céréalières en 2017 ? Après quatre années caractérisées par la chute continue de leur chiffre d’affaires, les agriculteurs alsaciens - et français - sont certainement très nombreux à se poser cette question. Comment, après une année 2016, qui affiche un revenu courant avant impôt de - 30 000 euros par actif (estimation à mi-octobre 2016), aborder cette nouvelle année avec confiance et sérénité ? Si l’on se réfère aux données des quinze dernières années, cette situation qualifiée de « catastrophique » par tous les observateurs et les professionnels du milieu est en effet une première depuis le début des années 2000. Ce sont ainsi 80 % des exploitations céréalières françaises qui affichent un résultat négatif en 2016, soit bien plus qu’en 2013, 2014 et 2015 (un peu plus de 40 % des exploitations ces années-là).

La faute, principalement, au produit des exploitations qui s’est écroulé par rapport à 2015 avec une récolte de blé très mauvaise, et une collecte de maïs trop faible. Le tout avec des prix toujours très bas, stimulés par une augmentation continue de la production céréalière dans le monde (lire en encadré). « En parallèle, il faut souligner une érosion des aides depuis plusieurs années, ainsi qu’une remontée des charges depuis trois ans. À noter néanmoins que celles-ci sont contenues par rapport à l’envolée qu’on a eue entre 2010 et 2014. Malgré tout, ces charges contenues ne peuvent pas pallier le recul du produit des exploitations », explique Nathalie Bigonneau, chef de région Est chez Arvalis-Institut du végétal.

« Réfléchir en efficacité de l’euro investi »

« Dans ces conditions, on peut se demander : comment piloter au plus juste sa culture en 2017 ? », s’interroge-t-elle. Si l’agriculteur ne peut influer sur les cours mondiaux ou les nuages dans le ciel, il peut en revanche effectuer plusieurs choix tactiques et stratégiques dans la gestion de son exploitation. Sur les parties « main-d’œuvre » et « charges de mécanisation (dont irrigation) » tout d’abord, qui représentent à elles seules 40 % des charges complètes d’une exploitation à dominante maïs (moyenne 2011-2015 issue de la fermothèque Arvalis-AGPM). « Ces charges sont liées aux choix de structure que l’on fait sur le moyen et long terme », indique la représentante d’Arvalis. Ensuite, il y a les frais de séchage qui représentent 12 % des charges totales, qui peuvent s’ajuster en fonction du choix des variétés, précoces ou moins précoces : « Il faut bien choisir une variété adaptée au potentiel climatique sans faire trop de paris sur les sommes de températures à venir pour optimiser les coûts de séchage. » Dans les autres charges, on trouve le fermage et les autres charges fixes qui représentent chacun 8 %, et enfin les charges opérationnelles qui constituent pas moins de 31 % du total.

À l’intérieur de celles-ci, Nathalie Bigonneau distingue trois types de postes de charges à prendre en compte : les intrants « proportionnels » comme la densité de semis (à adapter au potentiel de la parcelle) ou l’azote, des postes sur lesquels il ne faudra pas « désinvestir » en 2017 au risque d’hypothéquer les rendements ; les intrants « seuil » qui peuvent avoir une réponse soit très forte, soit nulle, en fonction de la pression des risques (ravageurs, etc.) ; et les intrants dits de « capital », à savoir l’azote ou les fumures de fond, ou les herbicides qui ont comme fonction de préserver le capital de production pour les années futures. Sur ce point, Nathalie Bigonneau rappelle qu’il faut un programme avant tout « efficace » et qui ne « soit pas forcément le moins cher », et adapté à la flore et à l’infestation de la parcelle. « Dans tous les cas, il faut réfléchir en efficacité de l’euro investi, et aussi de manière pluriannuelle. On voit bien aujourd’hui les difficultés que l’on rencontre de plus en plus liées aux différents aléas, qu’ils soient économiques, ou productifs. »

Bilan de campagne maïs 2016

Une année « mitigée »

Cultures

Publié le 18/01/2017

C’est la « bonne surprise » de ce début d’année : le rendement moyen en maïs grain en Alsace pour 2016 s’établit à 104 q/ha, soit 4 q/ha de plus de ce qui avait été annoncé à la fin de l’année dernière dans les différentes assemblées générales. Une information dévoilée au retour des vacances par le responsable de la filière céréales à FranceAgriMer Alsace, Jean-François Lacour, à Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis. « Il m’a expliqué qu’il se basait sur des enquêtes effectuées chez des agriculteurs pour obtenir ces chiffres, explique ce dernier. Du coup, c’est mieux qu’on croyait, même s’il nous manque toujours des quintaux. »

Dans le détail, cela donne, pour la campagne maïscicole 2016, 103 q/ha dans le Bas-Rhin (114 q/ha en irrigué et 100 q/ha en non irrigué), et 106 q/ha dans le Haut-Rhin (122 q/ha en irrigué et 90 q/ha en non irrigué). La collecte est en retrait de 5 % avec 1,26 million de tonnes, tout comme les surfaces qui reculent de 4 % pour s’établir à 121 000 hectares.

« C’est de plus en plus dur »

Sur ces trente dernières années, Didier Lasserre fait remarquer que l’évolution des rendements en maïs grain en Alsace a tendance à augmenter de 0,81 q/ha/an. Mais si on réduit cet intervalle de temps à vingt ans, l’évolution des rendements n’est plus « que » de 0,69 q/ha/an. Et sur les dix dernières années, le constat est par contre bien moins reluisant avec une baisse observée de 0,44 q/ha/an malgré les deux années exceptionnelles que furent 2011 et 2012. « Il y a pourtant un progrès génétique qui est indéniable. Mais on voit de plus en plus les effets accrocs climatiques. Du coup, c’est de plus en plus dur. »

L’année 2016 en est une très bonne illustration avec un printemps très pluvieux et un été très sec. « Il y a eu trois vagues de semis : la première vers le 10 avril, la deuxième vers le 20 avril, et la troisième début mai. Sans compter les parcelles qui n’ont carrément pas pu être semées dans le Ried ou le Sundgau. Dans ma carrière, c’est la première fois que je vois qu’on a abandonné les semis », révèle Didier Lasserre. À l’inverse, le manque d’eau pendant l’été a obligé les maïsiculteurs irrigants à effectuer de cinq à sept passages. « Une période intense qui a permis de sauver les rendements et d’établir des records à 140 ou 150 q/ha. » De très bons résultats qu’on retrouve sur certaines parcelles non irriguées qui ont bénéficié de forts orages. « Sur notre essai de Westhouse par exemple, nous avons atteint sans mal les 140 q/ha », souligne l’ingénieur d’Arvalis.

Une année calme du côté des ravageurs

Malgré une fin d’été et un automne plutôt sec, la récolte s’est étalée sur plusieurs semaines. La faute à une humidité qui ne baissait pas, stimulée par des températures de plus en plus fraîches. Un phénomène d’autant plus accru par la présence de variétés plus tardives semées début mai. Au final, les maïs rentrés ont 2 à 3 °C d’humidité de plus - et ce dans toutes les séries - qu’en 2015. « Heureusement, la qualité sanitaire a été saine. On n’a par exemple pas observé de contamination de fusariose. » Malgré tout, le bilan de la campagne maïsicole alsacienne 2016 reste encore et toujours meilleur que la moyenne nationale avec un écart de rendement d’environ 15 q/ha et, surtout, des secteurs bien « pires » où le niveau de précipitations a été de deux à trois supérieur à celui enregistré dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin.

Enfin, du côté des ravageurs, la campagne 2016 a été calme. Le cycle de la pyrale a été chaotique avec un vol perturbé par un temps frais et humide, et moins de pontes. Concernant la chrysomèle, 4 166 individus ont été capturés sur 136 pièges. Et même si cela représente plus du triple qu’en 2015 (1 249 captures), cela reste « négligeable » à l’échelle une région comme l’Alsace aux yeux de Didier Lasserre. « Surtout que, si l’on regarde de plus près, on s’aperçoit que 90 % des captures sont concentrées sur deux pièges. Ce qui nous indique aussi que le confinement fonctionne plutôt bien. » À titre de comparaison, ce sont 18 000 chrysomèles qui ont été capturées en Allemagne, réparties sur une cinquantaine de pièges, dont certains concentrent également le gros des captures.

Apprentissage agricole dans le Haut-Rhin

Une année « exceptionnelle »

Vie professionnelle

Publié le 16/12/2016

« C’est l’aboutissement de longues années de pratique et d’accompagnement des jeunes. » En quelques mots, le directeur du CFA agricole du Haut-Rhin, Jean-François Maréchal, résume assez bien l’année « exceptionnelle » que vient de connaître l’apprentissage agricole départemental. Le 9 décembre, ce ne sont pas moins de 216 élèves des centres d’apprentissage de Rouffach et Wintzenheim qui ont reçu leur diplôme. Soit un taux de réussite de 88,4 % en hausse de 7 % par rapport à l’année 2015 (une augmentation record dans la région Grand Est pour un CFA agricole). Quand on compare à la moyenne des quatre dernières années, ces résultats sont encore plus éloquents ; en 2013, le taux de réussite aux examens dans le Haut-Rhin n’était « que » de 76,3 %. « Globalement, les taux de réussite sont très élevés dans les deux CFA agricoles alsaciens », tient à souligner José Braun, responsable d’antenne du Service Régional de la Formation, du développement et de l’Emploi (SRFDE) de la Draaf.

« Construisez votre projet »

Reste maintenant à ces jeunes diplômés de s’intégrer avec succès dans le monde professionnel ou, le cas échéant, de poursuivre leur cursus de formation. Si l’on se réfère à l’insertion des apprentis 2014 sept mois après l’obtention de leur diplôme, on s’aperçoit que ceux qui ont choisi la filière horticole rencontrent le plus de difficultés à trouver un emploi. Contrairement aux filières paysages et agricoles qui offrent un peu plus de débouchés. Dans tous les cas, le plus important reste le « projet » qui anime chaque apprenti estime le président de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Laurent Wendlinger. « C’est à vous de voir ce que vous voulez faire de votre diplôme. Il vous appartient de construire votre projet, à la fois personnel, et à la fois tourné vers les autres. Dans tous les cas, vous tous avez une place dans le monde professionnel. Nos entreprises ont un réel intérêt à vous intégrer dans leur projet. »

 

 

Grandes cultures

La technicité : un atout pour les céréaliers haut-rhinois

Cultures

Publié le 14/12/2016

Après une année 2016 très mauvaise à bien des égards (prix, rendements, qualité sanitaire), la céréaliculture haut-rhinoise s’interroge. Réunis le 12 décembre lors de l’assemblée générale de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux, les responsables professionnels et syndicaux cherchent des raisons d’espérer malgré des résultats techniques et financiers « pas au rendez-vous ».

Et si la météo des mois écoulés est perçue comme le « coup de grâce », la cause principale de la crise actuelle est bien ailleurs estime le président de l’Apco, Thomas Obrecht. En ligne de mire, les « réglementations successives » et le « désintérêt de l’État » à l’égard de l’agriculture. « Nous réalisons de sacrés grands écarts entre la commission européenne qui lorgne sur les aides distribuées en osant l’amalgame entre les productions, et notre gouvernement qui méprise l’agriculture traditionnelle pour glorifier un modèle sans en assurer les prix, ni les débouchés », se désole-t-il.

Des atouts insuffisants

Une pilule d’autant plus difficile à digérer pour les responsables professionnels que le Haut-Rhin - et globalement toute l’Alsace - dispose d’atouts indéniables pour la production de céréales : les infrastructures d’irrigation, la sécurisation des rendements qui représente une « formidable assurance » pour les exploitations, ou encore le réseau des silos de collecte et des silos portuaires. « Beaucoup de nos collègues français nous envient tout cela », tient à rappeler le président de l’Apco.

Des qualités reconnues mais malheureusement insuffisantes pour sortir son épingle du jeu en 2016, que ce soit en maïs ou en blé. Dans le premier cas, ce sont les rendements qui n’ont pas répondu aux attentes. Seule satisfaction : une qualité sanitaire « correcte » sur l’ensemble de la collecte. Dans le second cas, c’est la qualité sanitaire qui est la plus problématique, devant la baisse des rendements ou les prix en berne.

Les regards tournés vers l’est

Une situation d'autant plus délicate que la concurrence venue des pays de l'est augmente, Ukraine, Russie et Kazahkstan en tête.  Des pays immenses comparés à la France avec un potentiel de production - et de surface - très important en fonction des secteurs. « En blé, on observe des rendements équivalents aux nôtres en Russie du sud. Il n’y a pas de contrainte de climat, l’intensification est maximale, et les objectifs commerciaux sont tournés vers l’export. En Ukraine, l’intensification est moindre. Par contre, c’est un gros exportateur pour l’alimentation animale », explique Franck Petit, ingénieur chez Syngenta.

Sur ce point, les chiffres présentés lors de l’AG de l’Apco sont assez révélateurs. Alors que des droits de douane à l’importation de maïs subsistent en Europe (avec un seuil de déclenchement fixé à 152 euros/tonne), la Commission européenne a accordé successivement plus de dix millions de tonnes d’importations sans droits de douane au maïs ukrainien. « Même les Bretons en ont importé », s’insurge François Tischmacher, le représentant haut-rhinois à l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). « Là-bas, les surfaces se développent, chez nous, elles se réduisent. Et ce n’est pas fini car, au nord, le permafrost fond tandis que le fret se développe un peu partout. De plus, on importe des produits qui n’ont pas les mêmes cahiers des charges qu’ici. Il est urgent que l’Europe mette des barrières en place, sinon on va se faire mal. »

Vers une filière de « spécialistes »

Si Franck Petit reconnaît ces motifs d’inquiétude, il pense néanmoins que la céréaliculture alsacienne conserve certains atouts pour rester présente sur les marchés. La production de semences de qualité en est un bon exemple. Comme le signale Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis Institut du Végétal, des agronomes français sont régulièrement envoyés dans ces pays pour faire la promotion des semences françaises et échanger sur les progrès génétiques en cours. « Et concrètement, si on ne le fait pas, d’autres le feront à notre place », indique-t-il. Des pratiques qui interpellent Thomas Obrecht. « A-t-on un rôle à jouer en devenant fournisseurs de semences ou de techniques ? Est-ce que c’est vers ce positionnement que doit tendre notre filière alsacienne ? »

Pour le représentant de Syngenta, cela représente en effet une « belle ouverture ». « Ces pays ont beau avoir un gros potentiel de volume, nous conservons des années d’avance en termes de qualité et de technicité. Et oui, je pense que les semences permettraient de garder des marchés à haute valeur ajoutée. C’est une partie des solutions de demain. Et même si cela représente peut-être quelques contraintes supplémentaires, cela permettra de perdurer. Il faudra très certainement devenir des spécialistes », conclut Franck Petit.

Filières courtes

Le magasin Coeur Paysan a ouvert ses portes à Colmar

Vie professionnelle

Publié le 12/12/2016

À l’image d’un beau bébé, le magasin Cœur Paysan, qui a ouvert ses portes le mardi 6 décembre à Colmar, n’aura mis « que » neuf mois à se concrétiser. Une naissance qui a été accueillie par plus de 400 personnes - dont au moins 380 clients pré inscrits sur Internet - preuve d’une « attente très forte » estime le président de Cœur Paysan, et maraîcher à Sélestat, Denis Digel.

 

Au départ, il n’y avait qu’une feuille blanche, et la volonté farouche de créer un point de vente fermier dans le Centre Alsace. L’opportunité de racheter les locaux de l’ancien Lidl situé route de Neuf-Brisach s’est présentée. À partir de là, tout s’est enchaîné rapidement, non sans mal. « C’est un vrai challenge qui se concrétise. On a réussi à fédérer au même endroit une grande diversité de productions, et de nombreux agriculteurs qui, pour beaucoup, ne se connaissaient pas entre eux. » Au final, ils sont 35 (dont 30 actionnaires) à avoir dit « oui » à Cœur Paysan.

 

Le magasin dispose d'une surface de près de 400 m2 et propose un large éventail de produits alimentaires provenant, à 95 %, d’exploitations situées à moins de trente kilomètres de Colmar. À l’intérieur, un grand îlot « frais » avec les produits carnés et fromagers, trois caisses, et un achalandage disposé astucieusement.

 

 

Accordion Gallery

 

Outre la passion du métier, on trouve derrière chaque produit, une certaine expérience de la vente directe et de la relation au client. Dans le magasin, chacun est responsable de ses stocks et des prix. « Ici, pas de politique tarifaire imposée, chacun fait comme il veut. La seule obligation pour chaque producteur est d’assurer une permanence d’un à deux jours par mois sur le site », tient à préciser Denis Digel. Les locaux sont à disposition, aux producteurs d’en faire bon usage en quelque sorte.

 

Dans cette aventure, ils ne sont pas seuls. Six salariés à temps plein ont spécialement été embauchés pour la gestion quotidienne du magasin, dont un directeur issu de la GMS qui souhaitait s’investir dans un projet « plus humain ». Séverine Haberstzer fait partie de ce nouveau personnel. Forte d’expériences dans la vente dans l’alimentaire et sur des marchés, elle fait partie des « multitâches » de la boutique. « Je peux être au rayon boucherie, comme à la caisse. Peu importe en fait. Ici, il n’y a pas de classe ou d’étiquette. On échange tous ensemble, c’est vraiment plaisant. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« La fin de l'anonymat alimentaire »

Du côté des clients, il y a ceux qui viennent pour « découvrir », ceux qui « attendaient de pied ferme » l’ouverture, et les habitués des circuits courts. C’est le cas de Colette, d’Oberhergheim, qui s’alimente déjà chez certains producteurs, dont certains sont membres de Cœur Paysan. « C’est encore plus pratique ici, car tout est au même endroit. Et puis on y trouve la fraîcheur, des contacts humains chaleureux et des produits de grande qualité gustative. Et puis cela permet aux agriculteurs de vivre de leur métier. Et rien que pour ça, je pense que les consommateurs ont un vrai rôle à jouer. »

 

Christian, retraité à Widensolen, voit dans ce nouveau magasin une « initiative intéressante » pour le consommateur. S’il reconnaît que ça serait certainement plus « logique » de faire des circuits courts pour écouler les produits agricoles, il ne pense pas non plus que le concept puisse être généralisé. « Par contre, c’est vraiment un bon créneau pour le monde agricole pour essayer de s’en sortir dans ce contexte difficile. »

 

Un avis que partage Denis Digel. « C’est vrai qu’il y a des places à prendre aujourd’hui. C’est maintenant qu’il faut y aller. Et puis, ce n’est pas de la concurrence au supermarché traditionnel. Ici, on vend autre chose : de l’ultra local, le fait de pouvoir toucher le producteur, et de connaître l’histoire derrière chaque produit. C’est la fin de l’anonymat alimentaire. »

Inauguration du 22e concours interdépartemental d’Habsheim

Une édition « particulière »

Élevage

Publié le 03/11/2016

Attention, vaches en circulation ! Dimanche, la première journée du 22e concours interdépartemental d’Habsheim a fait quelques dégâts dans les rangs des organisateurs. Le matin, c’est Fabienne Menges, du service élevage de la CAA, qui a tout d’abord été envoyée à l’hôpital par une génisse salers un peu trop vigoureuse. Certainement stressé par l’agitation ambiante, l’animal a réussi à renverser l’une des barrières qui entoure le ring sur la salariée de la Chambre d’agriculture. Quelques heures plus tard, c’est son collègue Daniel Renger qui se blesse méchamment en glissant sur une bouse. Lui aussi terminera sa journée à l’hôpital. « Heureusement, il n’y a rien de grave pour eux », rassure le président du service élevage de la CAA, Sébastien Stoessel, lors de l’inauguration en présence des élus, des responsables professionnels et des partenaires. Mais sans le président de la Chambre d'agriculture, Laurent Wendlinger, immobilisé depuis la veille… pour une mauvaise chute dans son exploitation. Résultat, des béquilles et une attelle pour le jour de ses cinquante ans, et une drôle de loi des séries pour cette 22e édition du concours bovin d’Habsheim. « Cela contribue au caractère particulier de ce millésime 2016 », commente Sébastien Stoessel. « Particulier pour les mesures de sécurité exceptionnelles qui ont dû être prises pour que la manifestation puisse se dérouler. Et particulier par le contexte dans lequel le monde agricole vit. Même les céréaliers sont touchés maintenant. » Face à cette « crise sans précédent », il estime les agriculteurs ont besoin d’être soutenus par leurs partenaires financiers et par les collectivités. « Ces dernières ont fait ce qu’elles pouvaient pour nous accompagner, et c’est bien. Mais aujourd’hui, à l’heure où tout fait le buzz en un rien de temps, nous avons surtout besoin d’un soutien moral. Même si nous rencontrons des difficultés, nous travaillons et restons positifs. On a confiance dans ce qu’on fait. » Sébastien Stoessel rappelle également aux banques leurs responsabilités dans la survie des exploitations agricoles. « Vous êtes avec nous quand ça va, soyez à nos côtés quand ça ne va pas. Aujourd’hui, nous avons besoin de vous, pas dans six mois. Il nous faut un soutien clair, net et précis de votre part. » Des propos complétés par le vice-président de la région Grand Est et maire de Mulhouse, Jean Rottner. « On doit se battre tous ensemble pour défendre cette partie de l’économie française qui souffre. On a tous une part de responsabilité, du politique au consommateur. Plus on saura se parler, plus la situation devrait changer. » Le temps presse, le sol des agriculteurs est de plus en plus glissant.

Gaec Babé à Courtavon

À une victoire de la cloche

Élevage

Publié le 29/10/2016

Des trophées s’amoncellent sur les deux armoires du bureau, d’autres sont rangés en vrac dans un carton. Depuis douze ans, le Gaec Babé fait bien plus que de la figuration dans les différents concours bovins auxquels ils participent. L’an dernier à Habsheim, la grande championne montbéliarde et le meilleur lot d’ensemble venaient tous les deux de cette exploitation familiale de Courtavon. En évoquant ces distinctions, Martin Babé, 19 ans, et futur cogérant du Gaec aux côtés de sa cousine Pauline (23 ans) et son cousin Florent (27 ans) a des étoiles qui scintillent dans yeux. « Rien n’est comparable à ce qu’on peut ressentir quand on gagne un concours comme celui-là. On est récompensé d’un travail de longue haleine mené sur plusieurs générations d’animaux. Au début, tu avais une vache un peu moyenne. Et quelques années plus tard, sa petite-fille ou son arrière-petite-fille est devenue un animal magnifique. C’est une fierté immense », témoigne le jeune homme féru de génétique bovine.

« Une joie, tout simplement »

Actuellement en deuxième année de BTSA Analyse et conduite de systèmes d’exploitation (ASCE) à Fougerolles (Haute-Saône), Martin n’est du genre à se mettre la pression, que ce soit pour la succession annoncée de son père au sein du Gaec, ou pour le concours de dimanche. Les feux de la rampe, il a appris à les gérer depuis qu’il a terminé troisième meilleur présentateur à Habsheim en 2009. « C’est un moment qu’on attend tous. Pendant deux jours, on se retrouve entre éleveurs. On laisse tous les soucis de côté. Une fois que tu as goûté à un concours comme celui-là, tu ne peux plus t’arrêter. C’est une joie, tout simplement. » Une accalmie qui fait du bien à une profession en pleine tourmente. Prix du lait au plus bas, perspectives incertaines ; les raisons de perdre le sourire sont malheureusement nombreuses pour les éleveurs. « C’est vrai, on ne sait pas trop où on va, souligne-t-il lucidement. Et je comprends le désarroi de ceux qui sont en fin de carrière. Mais bon, à mon âge, on conserve une lueur d’espoir. On a toujours envie d’aller de l’avant. » Un état d’esprit qui sera encore présent dimanche chez Martin, Pauline et Florent. Pendant que leurs pères et oncles, Maurice et Gérard, s’occuperont des bêtes restées à la ferme, ils tenteront de remporter le lot d’ensemble pour la troisième année d’affilée. Un challenge qui n’a été réussi qu’une seule fois depuis la création du concours de Habsheim en 1994. « Si on y arrive, on pourra garder la cloche qui est remise en jeu chaque année. Il y a encore plus de fierté à remporter ce trophée. On doit choisir les vaches les plus homogènes entre elles, il y a encore plus de travail », poursuit Martin. Qui plus est quand certaines demoiselles font preuve de mauvaise volonté. « La montbéliarde est une vache de caractère. Mais bon, c’est comme chez les humains, il y a les gentilles et les têtues. Ce sont elles les stars. »

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