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Nicolas Bernard

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Rencontre avec le préfet du Haut-Rhin

Les « gardiens du temple » tirent la sonnette d’alarme

Vie professionnelle

Publié le 30/04/2021

Chez les agriculteurs de montagne, il n’y a pas seulement des difficultés. Ainsi des fermes ont su se développer, se diversifier et ont un avenir garanti à moyen terme grâce à une transmission déjà planifiée. « C’est pour cela que nous vous avons invité ici aujourd’hui, à Osenbach, où se trouvent deux exploitations dynamiques qui ont su progressivement répondre aux défis qui leur étaient imposés », explique en préambule le premier vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, Denis Nass, lors d’une rencontre organisée avec le préfet du Haut-Rhin, Louis Laugier, le 26 avril. Dans cette commune de moins de mille habitants, les fermes Motsch-Gollentz et Rué ont en effet la particularité de produire céréales et lait, tout en ayant une activité de transformation et de vente directe. Et dans les deux cas, les enfants ont déjà prévu de prendre le relais lors du départ en retraite de leurs parents. « C’est un immense soulagement pour nous », révèle le maire d’Osenbach, Christian Michaud.

« Nous allons à la catastrophe »

Cet optimisme reste néanmoins voilé d’inquiétudes de plus en plus fortes. Il y a d’abord le problème croissant des sécheresses qui pose de réels problèmes pour l’autonomie fourragère des exploitations. « Quand je me suis installé il y a 25 ans, ce problème n’existait pas. Heureusement que je peux produire du fourrage à Merxheim grâce au réseau d’irrigation collectif qui a été mis en place (lire plus bas). Aujourd’hui, 50 % de l’alimentation de mes bêtes vient de là-bas », témoigne David Gollentz. Un pourcentage qui l’empêcherait par exemple de produire du munster fermier ; le cahier des charges de l’AOP exige en effet qu’au moins 70 % du fourrage soit autoproduit aux alentours de la ferme. À cela s’ajoute l’obligation d’avoir 95 % du fourrage qui provienne de la zone AOP. « Quand vous voyez les problèmes d’eau qu’on a, ajoutés aux dégâts de gibier qui augmentent de manière exponentielle, vous voyez bien qu’on se dirige vers une situation catastrophique si rien n’est fait. La montagne brûle Monsieur le préfet », avertit le président de l’Association du munster fermier (AMF), Claude Schoeffel.

Ange Loing, coresponsable du dossier chasse à la FDSEA du Haut-Rhin, enfonce le clou : « Oui, la situation est catastrophique. Nous avons des prairies où plus rien ne pousse par manque d’eau, et quand on sème à nouveau, c’est le gibier qui termine le travail. La survie de nos exploitations est en jeu. Les chasseurs sont dépassés par la situation, même ceux de bonne volonté. Il faut des moyens supplémentaires et nouveaux pour faire baisser cette pression. Sinon, en effet, nous allons à la catastrophe. » Le président de la FDSEA 68, Pascal Wittmann, en profite pour rappeler que cette problématique de gibier se retrouve dans la majeure partie du département. En guise de solution, il propose ainsi d’identifier « ceux qui posent problème » dans le Haut-Rhin. « On doit prendre des mesures face à ceux qui ne jouent pas le jeu. » Le conseiller régional, Patrick Bastian, propose une autre solution pour mettre fin au problème : la stérilisation du gibier. « En Allemagne, pour protéger la forêt, ils ont supprimé les cervidés pendant quinze ans. C’est radical mais cela a fonctionné. Chez nous, on n’arrive plus à financer la forêt correctement tellement les dégâts coûtent cher. Cela ne peut plus continuer. »

Pas de transmission sans visibilité

Cette vision pessimiste de l’avenir est accentuée par le manque de visibilité sur les Mesures agro-environnementales. Un dispositif unique en France, permettant de répondre à des demandes de la société - zéro phyto et plus de biodiversité - mais remis en question au grand dam des responsables syndicaux haut-rhinois. « On est en avance sur ces questions de société et on nous dit d’aller doucement. On a vraiment du mal à comprendre », ajoute Ange Loing. Michel Habig, conseiller d’Alsace à la CEA, partage la même interrogation : « Il n’y a pas de perspectives, pas de réponses précises. Pourtant, nous le voyons bien ici : sans les agriculteurs pour façonner ce paysage de montagne, il y aurait des friches. Il faut que ces MAE soient renouvelées pour au moins cinq ans pour qu’ils puissent continuer à le faire et inciter les jeunes à reprendre. »

Avec 40 % des agriculteurs qui vont partir en retraite au cours des dix prochaines années, il va en effet falloir donner des raisons d’y croire pour les éventuels repreneurs. Pierre-Luc Tischmacher, pour les JA 68, rappelle au préfet que les jeunes ont de l’ambition, de la motivation et la volonté d’entreprendre. « Faites-nous confiance pour reprendre le flambeau et aller plus loin. Mais pour y arriver, nous aurons besoin de l’aide de l’État, de l’Europe et de l’accompagnement bienveillant de l’administration. »

Cultiver le « bien vivre ensemble »

C’est aussi à elle que s’adresse le président des fermiers aubergistes, Serge Sifferlen, pour « garder ce joyau » qu’est la montagne vosgienne. « Aujourd’hui, tout le monde veut profiter de la montagne, et c’est tant mieux. Mais il faut des garde-fous pour éviter que cela devienne l’anarchie. Il faudra trouver des solutions contre la vitesse et le bruit les jours où il y a beaucoup de monde. Mais des solutions intelligentes sans tomber dans des extrêmes. Nous comptons sur vous pour nous accompagner lorsque nous serons déconfinés. Pas comme l’an passé où on a eu l’impression d’être un peu abandonnés pendant trois semaines. » Pour parvenir à une solution qui fonctionne sur le long terme, Christophe Rué est persuadé qu’il faut avant tout cultiver le « bien vivre ensemble ». « La montagne est un espace économique comme un espace de loisir. C’est un équilibre qu’il n’est pas toujours facile de trouver, mais il est essentiel. Il permet par exemple de favoriser la vente directe de nos produits, une solution parmi d’autres qui permet à nos fermes de vivre. » Des structures qu’il ne faut d’ailleurs pas oublier dans le développement du très haut débit dans le département estime pour sa part le député Jacques Cattin. « Il faut accélérer les investissements pour que les fermiers aubergistes et les fermes isolées soient connectés comme le reste de la population. Aujourd’hui, les commandes et réservations se font en ligne, comme pour les restaurants. »

Des solutions pour mieux gérer l’eau

La problématique de l’eau n’est malheureusement pas l’apanage de la montagne. À quelques kilomètres en contrebas, l’accès à la ressource pose là encore de plus en question. Sauf quand les agriculteurs se retroussent les manches pour trouver des solutions durables. C’est le cas à Merxheim où un réseau collectif d’irrigation a vu le jour il y a 11 ans. Un ouvrage que découvre le préfet pour la première fois depuis son arrivée dans le Haut-Rhin. « Ces agriculteurs ont été en avance sur leur temps, commente le président de l’Apco, Thomas Obrecht. Cela montre que des solutions existent pour résoudre les problèmes d’alimentation en eau. Ce qui a été fait ici peut être reproduit ailleurs. » Il rappelle au représentant de l’État que la problématique principale n’est pas la quantité d’eau disponible dans le département, mais bel et bien sa répartition.

« On a une nappe de 35 milliards de mètres cubes dans laquelle on ne pompe que 100 millions de mètres cubes par an, soit 10 % du volume renouvelé annuellement. On n’a pas l’impression de voler qui que ce soit. Pourquoi vouloir nous mettre des restrictions alors que la ressource est présente en abondance ? » Thomas Obrecht milite en revanche pour un transfert de la gestion des canaux de la Hardt de l’État à des acteurs locaux. « Mais avec des moyens financiers. Il y a des solutions à mettre en place pour injecter davantage d’eau dans la nappe avec ces canaux. Mais cela nécessite des investissements financiers assez conséquents. Et sur ce point, EDF ne joue clairement pas le jeu », regrette-t-il. Des solutions sont aussi à explorer au niveau des rivières et des ruisseaux du Centre Alsace, dont l’entretien a été laissé de côté au fil du temps. « Mais là encore, cela nécessite que tous les acteurs soient réunis autour de la table. »

Une Pac qui inquiète

Pour Pascal Wittmann, il ne pourra pas y voir de sérénité sans « visibilité ». « On voudrait avoir une vision globale de notre agriculture à moyen terme. Mais avec la Pac qui se profile, on est dans le flou. Et il y a des lignes rouges qu’il ne faudra pas franchir », prévient le responsable syndical. Outre un renouvellement sur plusieurs années des MAE, la profession demande surtout que la rotation envisagée à la parcelle telle qu’envisagée dans la future Pac ne voit pas le jour. « Pour notre agriculture haut-rhinoise, cela serait catastrophique encore une fois. Les céréaliers perdraient 30 % de leur chiffre d’affaires, tandis que les éleveurs perdraient la partie la plus importante de leurs rations alimentaires. Il faut quand même savoir que ce sont ceux qui ont des fermes herbagères qui s’en sortent le moins bien en ce moment. C’est grâce au maïs qu’ils s’en sortent. » La FDSEA est aussi inquiète des futurs contours du Plan stratégique national (PSN), la planification stratégique de la Pac à l’échelle nationale. « Et là, c’est l’État qui décide, donc vous », considère Pascal Wittmann. « On classifie les cultures d’automne comme une seule culture alors qu’il faudrait les séparer. Si on laisse par exemple le maïs et la betterave dans le même module, c’est la mort de la sucrerie d’Erstein. Est-ce cela qu’on veut ? »

Prendre un peu de hauteur

Très attentif au cours de cette visite, le préfet du Haut-Rhin, se veut « pragmatique ». Concernant la chasse, il a bien conscience de la complexité du sujet dans lequel il s’était déjà investi en novembre dernier et pendant l’hiver en prolongeant la chasse contre le gibier problématique. « Il y a une réalité : la pression sur le gibier est trop faible dans le département, il n’y a pas assez de chasseurs si on compare à d’autres départements. » La cause principale à ses yeux est le coût « exorbitant » des lots de chasses. « Là, on a un vrai problème. C’est un billet financier inaccessible pour un chasseur. Je comprends que c’est un revenu pour les communes, mais à long terme, la remise en état des forêts va coûter plus cher. »

Sur la question de l’eau, il faut à ses yeux « prendre un peu de hauteur ». « On n’aborde ce dossier qu’en temps de crise en disant qu’il faut restreindre l’accès pour untel ou untel. Il faut réfléchir différemment quand on sait que le niveau de précipitations est toujours le même durant l’année, seule la répartition n’est plus la même. Il y a donc des choses à faire au niveau du stockage, mais aussi au niveau de l’état du réseau qui est peut-être à revoir par endroits. » Pour avancer sur l’ensemble des problématiques, Louis Laugier invite le monde agricole à lui transmettre les « bonnes informations ». « Si le message est clair et compréhensible, c’est d’autant plus simple pour moi de le relayer. »

Electro Concept Énergie (Haut-Rhin)

Le photovoltaïque : Une diversification toujours rentable

Technique

Publié le 29/04/2021

Sur les toits des bâtiments agricoles, les centrales photovoltaïques ont toujours la cote. Les grosses encore plus. Depuis environ un an, le directeur général de la société Electro Concept Énergie (ECE), Philippe Soret, constate une augmentation de puissance des installations acquises par les agriculteurs. La raison : un projet de décret annoncé lors du Salon de l’agriculture 2020 qui prévoit de faire passer la limite des projets en guichet ouvert, c’est-à-dire sans nécessité de passer par un appel d’offres, de 100 à 500 kilowatt-crête (kWc). En cours de lecture par la Commission européenne, ce décret permettra ainsi d’exploiter jusqu’à 2 500 m2 de toit d’un seul tenant contre 500 m2 environ à l’heure actuelle.

« Cela ouvre inévitablement de nouvelles perspectives pour les investisseurs, même si, pour les agriculteurs, cela sera moins intéressant financièrement au-dessus de 300 kWc », juge Philippe Soret. Au-delà de ce seuil, la puissance des onduleurs associés (exprimée en kilovoltampère ou kVA) augmente en conséquence, ce qui oblige l’installation d’un poste de transformation haute tension qui convertit les 400 volts en 20 000 volts. « Ce poste coûte 80 000 euros. En dessous d’une puissance d’onduleur de 250 kVA, il est à la charge d’Enedis. Au-dessus, cela devient la propriété du producteur d’électricité. » Une contrainte de taille qui rend les centrales de 300 kWc et plus intéressantes pour ceux possédant déjà un tel équipement. « Dans ce créneau, je vois plutôt des petites industries que des exploitants agricoles, même s’il peut y en avoir par-ci par-là », estime le dirigeant d’ECE.

36 à 100 kWc : toujours aussi rentable

En attendant la sortie de ce décret prévue avant la fin du premier semestre 2021, ECE continue d’engranger les demandes de centrales photovoltaïques sur des bâtiments agricoles. « Entre trois et quatre par jour », constate le gérant d’ECE. Parmi elles, des « anciens » investisseurs qui ont fini de rentabiliser leur installation et souhaitent gonfler la puissance globale avec de nouveaux panneaux ; et puis des « nouveaux » qui disposent d’une surface de toit potentielle comprise entre 500 et 1 000 m2. « À eux, je leur conseille une première tranche de 100 kWc aujourd’hui, qu’ils pourront augmenter 18 mois plus tard tout en conservant le premier compteur. » Au niveau tarifaire (le kWh est actuellement racheté 9,76 centimes d’euros par EDF Obligation d’achat), la centrale comprise entre 36 et 100 kWc conserve une rentabilité toujours aussi bonne, avec un retour sur investissement inférieur à dix ans si le montant du raccordement est favorable.

Mutualiser le raccordement : oui, mais…

C’est en effet ce paramètre qui fait aujourd’hui capoter nombre de projets. « Sur les dossiers qu’on traite, entre 20 et 30 % n’aboutissent pas à cause des frais de raccordement trop élevés », souligne Philippe Soret. D’où l’idée évoquée ici et là de mutualiser les frais de raccordement entre plusieurs exploitations agricoles. Séduisante sur le papier, cette perspective reste confrontée à plusieurs problématiques pour espérer être mise en œuvre facilement, et partout. « Quand on parle de regroupement, il faut entendre trois ou quatre projets dans le même village, et sur la même branche du réseau. Le souci est que beaucoup de fermes sont très éloignées les unes des autres. Dans ce cas, la mutualisation du raccordement me semble techniquement bien compliquée à mettre en œuvre », indique Philippe Soret.

Une gestion administrative plus lourde

Reste un point essentiel si l’on veut se lancer dans la production d’énergie solaire : la construction d’un dossier bien ficelé, répondant aux dernières exigences législatives et réglementaires. Il faut par exemple délivrer un titre de propriété de moins de deux ans pour tout nouveau projet photovoltaïque au-delà de 36 kWc. « Dans le monde agricole, cela peut compliquer les dossiers dans la mesure où le propriétaire du bâtiment n’est pas toujours celui du terrain. Cela nous oblige alors à adapter le traitement administratif du dossier pour que la demande de raccordement puisse être qualifiée », fait remarquer Philippe Soret. Face à cette complexité administrative accrue, il recommande à tout porteur de projet de se mettre en relation avec une entreprise qui a un réseau bien établi et qui « connaît bien les rouages du système ». C’est le cas d’Electro Concept Énergie qui a été identifié par Enedis parmi les interlocuteurs référents de la région Grand Est.

Un partenariat « solide » avec les constructeurs de bâtiments

Grâce à sa solide expérience dans le secteur, ECE a su également tisser de solides relations avec des constructeurs de bâtiments agricoles. Un atout qui facilite grandement la mise en œuvre de centrales photovoltaïques lorsqu’ils sont intégrés à un nouveau bâti. Celui-ci est ainsi soigneusement étudié pour optimiser au maximum le rendement de l’installation photovoltaïque. « En travaillant de cette manière, on s’aperçoit qu’il ne faut pas nécessairement avoir un bâtiment exposé plein sud pour être performant. Une orientation est/ouest avec un toit en faible pente fonctionne très bien aussi. » Electro Concept Énergie invite donc les constructeurs de bâtiment à bien choisir leur partenaire en cas de projet de centrale solaire. « Si jamais ils donnent le nom d’une entreprise, et que ça se passe mal, c’est leur réputation qui sera écornée à l’arrivée. » Sur ce terrain-là, ECE n’a pas à rougir au vu des multiples avis récoltés et visibles sur son site internet. « Il y a notamment des avis de clients agriculteurs qui exploitent une centrale depuis dix ans et plus. Et ce sont de vrais avis, contrôlés de manière indépendante par l’Afnor », conclut-il.

 

 

Fleurs et plantes d’Alsace

Planter « utile » pour jardiner au naturel

Pratique

Publié le 25/04/2021

Attirer les insectes ou les repousser, nourrir le sol ou les animaux, ou simplement êtres jolies… Avec leurs seize plantes utiles, les 18 horticulteurs de l’association Fleurs et plantes d’Alsace entendent apporter des solutions de plantations « durables » à des jardiniers amateurs orphelins des produits phytopharmaceutiques (lire encadré). Lancées il y a un an, au début de la crise sanitaire, ces seize plantes utiles n’ont rien de révolutionnaire en soi, comme l’explique Mathieu Grunenwald, horticulteur, à Reiningue : « Avec ces plantes, on permet à nos clients de travailler plus naturellement, comme le faisaient nos ancêtres, avec une connaissance plus fine de la faune et de la flore, et des interactions entre elles. »

Des aimants à abeille, des pièges à pucerons

Ce savoir est remis au goût du jour dans un petit guide gratuit, à télécharger sur internet, qui recense chacune de ces plantes utiles, leurs caractéristiques et leurs bienfaits. On retrouve ainsi les plantes à purin (rhubarbe, consoude, ortie, tanaisie commune) qui ont la capacité d’attirer des auxiliaires, de parasiter les pucerons, d’éloigner fourmis et insectes rampants ou nourrir le sol. Il y a ensuite les plantes dites « répulsives » comme la mélisse, la rue odorante, le pyrèthre de Dalmatie, le coléus canina, le ricin, le géranium citronnelle ou le souci qui ont la capacité de repousser tous types de nuisibles, des mouches et moustiques aux chats et aux chiens en passant par les papillons, altises, taupes et petits rongeurs. Il y a les plantes « amies » des animaux qui peuvent servir d’aliments comme le chlorophytum pour les lapins, et l’herbe à chat pour les… chats, et celles qui les attirent pour la bonne cause comme le nepeta mussinii et la bourrache qui agissent comme des aimants à abeilles. Il y a enfin la capucine, véritable piège naturel à pucerons, qui permet de préserver les plants du potager alentour. Cette gamme de plantes utiles pourrait s’étoffer dans les années à venir ; des espèces plus résistantes à la sécheresse sont notamment envisagées.

Faire preuve de pédagogie

Pour Fleurs et plantes d’Alsace, cette nouvelle gamme de produits permet de diversifier l’offre tout en mettant à l’honneur les valeurs de l’association : les circuits courts, des plantes locales et de qualité, et le conseil expert délivré par les horticulteurs. « Ce lien direct avec le client est ce qui nous caractérise le plus, c’est un réel atout sur lequel nous devons nous appuyer », considère Marie Baelen, conseillère horticole Est Horticole. Même si l’étiquetage de ces plantes ou le guide offrent déjà de précieuses informations, elles ne font pas tout aux yeux de Laurence Lisch, horticultrice à Colmar. « Tout le monde ne connaît pas l’utilité de toutes ces plantes. Il faut expliquer aux gens à quoi ça sert, avec quoi les mettre et où les mettre pour que cela fonctionne bien. C’est aussi l’occasion de les sensibiliser à ce qu’ils mettent dans leurs jardins, leur expliquer qu’il faut essayer de diversifier au maximum, qu’il n’y a pas que des salades ou des tomates que l’on peut mettre. » Le président de Fleurs et plantes d’Alsace, Christian Romain, complète : « Ces plantes sont utilisées depuis très longtemps. Mais même si c’est naturel, cela ne veut pas non plus dire qu’on peut faire n’importe quoi avec. Nous sommes en contact quotidien avec elles, nous restons donc les mieux placés pour les conseiller aux consommateurs. »

Service de remplacement du Haut-Rhin

Un potentiel à développer et à faire connaître

Vie professionnelle

Publié le 18/04/2021

En 2020, le Service de remplacement du Haut-Rhin (SR 68) a connu une légère baisse d’activité par rapport à 2019 (lire encadré), mais assez inégale en fonction des trimestres. C’est de janvier à mars que la baisse a été la plus notable avant un rebond très important d’avril à juin, avec 49 % d’activité en plus, comparé à l’année précédente à la même période. Une hausse qui n’a rien à voir, ou presque, avec l’épidémie de Covid-19 souligne le président sortant du SR 68, Ange Loing. « On a fait seulement quelques remplacements en lien avec cette maladie. Mais cela n’a pas généré de pic dans notre activité de remplacement. » Pour le reste de l’année, les courbes de 2020 sont sensiblement les mêmes qu’en 2018 et 2019 avec notamment un gros pic d’activité pendant l’été.

Une répartition inégale dans le département

En 2020, les polyculteurs éleveurs représentent plus de la moitié des utilisateurs du SR 68. Ils sont suivis par les viticulteurs (21 %), les céréaliers (11 %), et ceux qui pratiquent la transformation et la vente directe (10 %). Un chiffre qui augmente tous les ans, fait remarquer la responsable administrative du SR 68, Céline Maiolino. « C’est un secteur que l’on voudrait développer davantage. Mais cela requiert des gens compétents ayant une bonne technicité. » Viennent ensuite les filières horticoles, arboricoles et maraîchères qui représentent chacune moins de 10 % des usagers du service. Cette répartition des utilisateurs a une incidence directe sur l’implantation du SR 68 dans le département. La communication se faisant essentiellement par le bouche-à-oreille, plus il y a d’utilisateurs à un endroit donné, plus le service est connu, plus il est susceptible d’être utilisé par les agriculteurs. Ainsi, aucun remplacement n’a été effectué en 2020 dans les cantons de Mulhouse et Rixheim, et seulement quelques-uns l’ont été dans les cantons de Saint-Louis, Wittenheim, Cernay et Kingersheim.

Viennent ensuite les cantons de Guebwiller et Colmar ; avant les plus importants que sont les cantons de Masevaux, Altkirch, Sainte-Marie-aux-Mines et Wintzenheim, ces deux derniers cantons regroupant le plus d’utilisateurs du service. « Nous avons plus d’activité dans le nord du département que dans le sud. D’où notre volonté de nous développer davantage dans le Sundgau et toucher plus d’éleveurs », annonce Céline Maiolino. Historiquement, pourtant, le service de remplacement fonctionnait plutôt bien dans les terres situées au sud de Mulhouse, jusqu’au départ en congé maternité puis congé parental de l’agent de remplacement, pendant deux ans. « Elle était en CDI mais a finalement décidé de ne pas revenir. Les éleveurs, qui avaient l’habitude de travailler avec elle, se sont organisés autrement pendant son absence. Aujourd’hui, il faut qu’on réinstalle le service là-bas, avec un nouvel agent de remplacement », poursuit-elle.

Des enveloppes sous-utilisées

Les premières causes de remplacement dans le Haut-Rhin sont la maternité (24 %) et la maladie/hospitalisation (23 %), soit un schéma quasi identique aux années précédentes. Viennent ensuite les les compléments de main-d’œuvre (17 %), les  accidents (15 %), ou encore le congé paternité qui se développe fortement (11 %). Tout le contraire du remplacement pour mandat syndical qui plafonne à 0,40 %. Un regret pour Ange Loing, bien conscient de la contrainte que représente l’investissement dans un syndicat agricole. « Il faut savoir qu’il y a des jours disponibles pour chaque chef d’exploitation qui est concerné par un mandat syndical. Mais c’est un levier qu’on n’utilise presque pas et qu’il faut utiliser davantage. Le Haut-Rhin est même l’un des départements du Grand Est qui en utilise le moins. »

Chaque syndicat bénéficie de vingt jours de remplacement par an, mais l’enveloppe est rarement utilisée en totalité. Tout comme les jours de remplacement dédiés au « développement rural », eux aussi sous-utilisés dans le Haut-Rhin. « Sur les 116 jours à notre disposition tous les ans, on doit en utiliser seulement 10 %, ce n’est pas assez », considère Ange Loing. Pour dynamiser ce service, il n’y a pas de secret à ses yeux : la communication. « Il faut que chacun en parle autour de soi, dans les réunions professionnelles par exemple. » Concernant les formalités administratives, il rappelle qu’elles sont très simples : un formulaire à remplir indiquant son numéro de sécurité sociale, son nom, son prénom, et les heures de remplacement souhaitées. « Cela prend cinq minutes à faire. S’il n’y a que quelques jours de remplacement à faire, c’est vraiment très simple à mettre en œuvre », précise le président sortant du SR 68.

 

s.r68@orange.fr 06 26 34 50 39

Publiée par Service de Remplacement Haut-Rhin sur Jeudi 21 janvier 2021

 

Commercialisation des vins d’Alsace à l’export

Des freins à lever, des appuis à consolider

Vigne

Publié le 02/04/2021

Pour aller plus loin, il faut lever les freins. Le 26 mars, les représentants de la filière viticole alsacienne ont demandé à Franck Riester, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, une « aide concrète » pour développer la présence des vins d’Alsace sur le marché international. En visite à Dambach-la-Ville, le représentant du Gouvernement a pu mesurer les difficultés rencontrées par les professionnels désireux d’écouler leurs bouteilles au-delà des frontières nationales.

Même si l’Alsace a bien résisté en 2020 (lire encadré), elle aurait pu afficher un meilleur bilan sans les mesures de rétorsion mises en place en octobre 2019 par Donald Trump dans la cadre du différend Airbus/Boeing. « La surtaxe de 25 % sur les vins français importés aux États-Unis nous a fait mal », rappelle le président de la commission Marketing-Export du Civa, Étienne-Arnaud Dopff. Jusqu’à cette date, en effet, la croissance des vins d’Alsace était forte outre-Atlantique avec plus de 16 % en volumes, et plus de 22 % en valeur. Puis au dernier trimestre 2019, les exportations vers ce pays ont chuté de 18 % en volume et 19 % en valeur. « On voit clairement que c’est cette taxe qui a fait chuter nos ventes », fait-il remarquer au ministre.

Le « parent pauvre » des négociations internationales

Heureusement pour la profession viticole, la taxe Trump a été suspendue le 5 mars dernier par l’administration Biden pour une durée de quatre mois, le temps de régler le litige commercial qui oppose les États-Unis et l’Union européenne. « Il faut que ce moratoire aboutisse à une suspension définitive de la taxe sur les vins. Ce conflit qui concerne l’aéronautique, doit absolument être séparé de la filière vins et spiritueux. Il n’est pas envisageable de revenir à cette surtaxe en juillet prochain. L’État doit faire pression sur Airbus pour régler cette question », poursuit-il. Il n’est pas envisageable non plus pour la profession qu’une taxe GAFAM (Google/Amazon/Facebook/Apple/Microsoft) de 100 % sur le vin européen soit instaurée à la place. Plus globalement, les représentants de la filière alsacienne souhaiteraient que le vin soit considéré « à sa juste valeur » dans les négociations commerciales internationales. Comme le souligne le directeur des marques alsaciennes des Grands chais de France, Serge Fleischer : le vin fait partie du paysage « historique » de la France, au même titre que le luxe. « Nous sommes générateurs d’image et de valeur pour notre pays. Malheureusement, la viticulture est souvent le parent pauvre des négociations alors qu’on mériterait d’être bien plus mis en avant. Il faut que l’État soit véritablement à nos côtés pour qu’on puisse se développer à l’international. »

La « confiance » plutôt que la « suspicion »

Pour y parvenir, la profession voit plusieurs axes d’amélioration à mettre en œuvre rapidement. Le premier serait de promouvoir une Administration de « partenariat » et non de « suspicion » avec FranceAgriMer. « Ces services sont de plus en plus déconnectés de la réalité du terrain. Ils considèrent les programmes d’aide, type OCM Promotion sur les pays tiers, comme un moyen de dilapider l’argent public au lieu de le percevoir comme un levier financier pour la filière. Cela alimente un regard suspicieux à notre égard », déplore le représentant du négoce alsacien. Il poursuit en rappelant au ministre que les entreprises n’ont aucun intérêt à ne pas mettre en œuvre des actions qui ne généreraient pas un maximum de rentabilité à l’export. « On veut une aide plus proactive des services administratifs. Ils pourraient s’appuyer sur les professionnels pour avoir une expertise. Cela simplifierait le contrôle des flux tout en instaurant une relation de confiance. »

Des accords « donnant-donnant » avec les pays tiers

Pour pénétrer les marchés export, la profession alsacienne croit beaucoup au développement des accords de libre-échange (lire encadré), aux accords au sein des États membres de l’Union européenne, et aux accords bilatéraux avec les pays tiers. Avec les monopoles d’Europe du Nord par exemple, l’idée serait d’établir un partenariat, dans le respect des normes européennes et du commerce international, pour que les vins français soient favorisés fiscalement auprès du monopole, et qu’en retour le pays cible ait une contrepartie sur un secteur qu’il souhaiterait privilégier. Autre piste évoquée : l’instauration de la « clause de la nation la plus favorisée » avec des monopoles sur les pays tiers comme la SAQ (Société des alcools du Québec). À travers elle, chaque État signataire s’engagerait à accorder à l’autre tout avantage qu’il accorderait à un État tiers. Au Québec, les vins français pourraient ainsi bénéficier des mêmes avantages que les vins de la zone Alena (zone de libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique), importées par la SAQ.

Faciliter l’e-commerce à l’international

Reste un sujet important à « déverrouiller » aux yeux de Serge Fleischer : le commerce numérique des vins d’Alsace à l’échelle mondiale. « Avec la crise sanitaire, l’État a voulu renforcer l’e-commerce en France. Et, évidemment, nos entreprises viticoles ont envie d’y aller. Mais clairement, le commerce du vin sur internet est quasiment impossible aujourd’hui pour nos marchés export. Je ne parle pas pour les gros clients, mais bien pour la vente au particulier, pour des colis de six à soixante bouteilles. Entre les taxes et les frais d’expédition et les lourdeurs administratives françaises, ça coûte quatre fois le prix d’envoyer une commande de ce type à l’étranger. Des bouteilles envoyées aux Canaries reviennent trois fois, car non conformes. Ce n’est plus possible. Si on veut favoriser le commerce international de nos vins, il faut faire quelque chose. Tous les jours, on se demande comment on va faire. » Une solution proposée par les responsables professionnels serait de demander à La Poste des prestations spéciales d’envoi de colis de vins à meilleur coût et parfaitement sécurisées en matière de déclarations fiscales et douanières, à l’instar de la Deutsche Post.

Des nouvelles « entraves » à venir ?

Avant de céder la parole à Franck Riester, le président de l’Ava et de la Cnaoc, Jérôme Bauer, tient à faire part des inquiétudes de la profession autour du projet de loi Climat et résilience, actuellement discuté à l’Assemblée nationale. L’article 12 de ce texte prévoit notamment la mise en place d’une consigne obligatoire sur les emballages en verre à l’horizon 2025, uniquement pour les produits vendus sur le territoire français. « C’est une approche totalement ingérable pour les opérateurs. Au moment du conditionnement, un producteur de vin ou de spiritueux ne sait pas sur quel marché sa bouteille sera commercialisée. En outre, l’hypothèse de devoir distinguer deux conditionnements différents, pour le réemploi et recyclable, conduit à une perte significative de compétitivité pour les opérateurs. C’est pourquoi nous demandons que cet article 12 soit abandonné, ou que la viticulture puisse y déroger. » Autre motif d’inquiétude lié à ce projet de loi : imposer des obligations d’affichage environnemental sur les produits, au-delà des recommandations européennes sur l’étiquetage. « Cela nous obligerait à modifier l’étiquetage en fonction du marché de destination. Là aussi, c’est une complication logistique que nous ne pouvons pas nous permettre », prévient le président de la Cnaoc.

Le vin, une « priorité » pour le gouvernement Macron

Face au scepticisme et aux inquiétudes exprimées par ses interlocuteurs, le ministre tient à se montrer rassurant : « L’avenir des vins d’Alsace est absolument prioritaire pour notre gouvernement. Je sais à quel point votre présence à l’international est essentielle. » Il considère que le secteur viticole est un des grands exportateurs nets de la France. « Donc, quand vous dites que vous êtes relégués au fin fond des négociations, c’est en réalité tout l’inverse ». Il en veut pour preuve la décision de Donald Trump de surtaxer les vins français. « Quand on tape sur les vins, on tape sur la France. C’est une guerre mondiale au niveau commercial que nous vivons, tous les moyens sont bons. »

Sur les accords de libre-échange, Franck Riester met en avant le bilan positif du Ceta pour la filière viticole (lire encadré). « On voit bien qu’en baissant les tarifs douaniers, on baisse les taxes. » Concernant les aides FranceAgriMer, le ministre dit « comprendre le sentiment d’être condamné avant d’avoir fait quelque chose. Mais on est obligé de faire des contrôles quand on voit le nombre de fraudeurs qu’il peut y avoir ». Sur la problématique de traçabilité et d’exportation des bouteilles, il tient à rappeler que l’export d’un produit agroalimentaire reste plus compliqué que celui de vêtements. « Pour autant, il faut qu’on regarde cela de plus près, voir si c’est un problème français, européen, ou si c’est chez les partenaires commerciaux. » Enfin, il reconnaît que le projet de loi Climat et résilience nécessite encore pas mal de travail pour être adapté aux « réalités du terrain ».

Coopérative Agricole de Céréales

La valeur ajoutée comme leitmotiv

Cultures

Publié le 31/03/2021

S’adapter, évoluer en permanence. En 2020, la Coopérative agricole de céréales (CAC) a su rebondir et trouver des solutions pour garder le cap malgré l’épidémie de Covid-19, et maintenir les grandes orientations que le conseil d’administration avait fixées en 2018. « Dès le premier jour du confinement, nous avons fait en sorte d’assurer la sécurité de tous nos collaborateurs avec la mise en place du télétravail quand c’était possible, et de fournir en temps et en heure les produits nécessaires à nos agriculteurs », explique le président, Jean-Michel Habig.

La coopérative a notamment instauré les livraisons directement dans les fermes, avec prise de rendez-vous préalable. Un service très apprécié par les agriculteurs qui a apporté davantage de « sérénité ». « C’est bien plus fluide qu’avant, tant pour l’opérateur que pour l’agriculteur. On ne peut que s’en féliciter », poursuit-il. La CAC a également été très présente pour accompagner ses clients viticulteurs et maraîchers durement impactés par la crise sanitaire. « Via nos structures dédiées Hormalys et Ampélys, on a essayé de trouver avec des solutions pour accompagner leur décalage de trésorerie. On avait la crainte que certains dévissent », indique le directeur général, Jean-Marc Schacherer.

La « frustration » du numérique

Si le numérique et le télétravail se sont imposés dans les habitudes de travail de la coopérative du jour au lendemain, cela n’est non plus la « panacée » reconnaît Jean-Marc Schacherer. « Certes, le télétravail et la visio nous ont permis de maintenir l’activité pendant le premier confinement. Mais au final, tout le monde en est ressorti plus fatigué. On ne sait pas travailler comme ça dans nos métiers. » Aujourd’hui, 50 % du personnel de la CAC fonctionne toujours en télétravail. Cette frustration s’est aussi fait sentir avec les membres du conseil d’administration et l’ensemble des adhérents. Pour la première fois, l’assemblée générale qui a lieu habituellement en fin d’année n’a pu se tenir en présentiel. Là encore, la visioconférence s’est imposée d’elle-même. « On a pu voter l’ensemble des résolutions, valider les comptes et renouveler une partie du conseil d’administration », se félicite Jean-Michel Habig. Néanmoins, il déplore, comme son directeur général, le manque de « chaleur » inhérent au numérique. « Pour échanger, pour partager, ce n’est pas la même chose. Il n’y a pas cette dynamique de groupe que l’on peut ressentir en présentiel. »

De « nouveaux profils » à recruter

Cette utilisation « forcée » du numérique a mis l’accent sur une thématique qui va devenir de plus importante dans les années à venir aux yeux de la CAC : l’intégrité des données. « Avec le développement du télétravail, c’est autant de failles potentielles pour les pirates informatiques en quête de ransomwares. Heureusement, nous n’avons eu aucun problème à déplorer à ce niveau-là. Nous étions bien préparés, ce qui nous a permis de déployer le travail à distance très rapidement et en toute sécurité. Cependant, si on veut développer une agriculture 3.0 ou 4.0 dans les années à venir, la sécurité des données va être une question cruciale. Ce qui pose la question des nouveaux profils à recruter », fait remarquer Jean-Marc Schacherer. Si l’ingénieur agronome sera toujours indispensable dans la coop de demain, le spécialiste en mathématiques le sera tout autant pour traiter les données. « C’est une compétence qui est porteuse d’emplois dans le secteur agricole. Toutes nos entreprises doivent se pencher sur cette question », estime le directeur général de la CAC.

D’autres « relais de croissance » à trouver

Le Big Data oui, mais avec quelles cultures ? Comme d’autres entreprises de la filière ou d’organisations professionnelles agricoles, la CAC regarde d’un œil inquiet la prochaine réforme de la Pac qui prévoit, pour l’instant, de limiter la culture principale d’une exploitation à seulement 50 % de sa SAU. « Évidemment, cela nous interpelle. Nos élus sont sensibilisés sur cette question. Mais si cela n’aboutit pas, il faut réfléchir dès maintenant à d’autres cultures créatrices de valeur pour nos adhérents. Le souci est que la rentabilité du maïs est tellement forte que c’est difficile de s’en passer, surtout dans les zones non irriguées. Pour autant, c’est notre devoir de trouver d’autres relais de croissance », estime Jean-Michel Habig.

Sortir de la zone de confort ?

En matière d’alternatives au maïs, la CAC apporte déjà des réponses concrètes entre le blé dur (400 ha), en partenariat avec l’entreprise Valfleuri, un tournesol semences (400 ha également) au fort potentiel de surfaces, et le soja destiné à l’alimentation humaine avec Alpro Sojinal. Des perspectives existent aussi pour le soja destiné à l’alimentation animale via Socobeval. « Au final, l’idée est d’arriver au même niveau de rémunération du maïs, même si on sait que ce n’est pas évident. Pour rivaliser avec la rentabilité de cette culture, il faut s’accrocher. Pour autant, on doit être en mesure de proposer des alternatives le jour J si la réglementation nous y oblige. Peut-être qu’on devra sortir de nos zones de confort », admet Jean-Michel Habig.

Accompagner et faciliter le choix de l’assolement

La question du choix de l’assolement va ainsi devenir de plus en plus déterminante pour les exploitations céréalières alsaciennes. Pour accompagner ces décisions technico-économiques fondamentales, la CAC souhaiterait amener à ses associés coopérateurs un outil numérique propre à chaque exploitation pour faire des simulations avant récolte, et des bilans après. « Pour l’instant, on peut produire autant de maïs qu’on veut, on arrivera à le vendre. Il n’y a pas d’orientation globale. Mais peut-être que demain, on sera obligé d’y aller », prévient Jean-Marc Schacherer. L’idée serait de proposer une « trajectoire numérique » sur un environnement « unique » relié aux éléments techniques et financiers de l’exploitation. Ce « gros outil d’aide à la décision » devrait voir le jour courant 2022, après deux années de développement. « On pourra ainsi amener un conseil bien plus accompagné et individualisé qu’aujourd’hui », ajoute le directeur général.

La « belle réussite » Socobeval

La création de valeur ajoutée si chère à la CAC passera aussi par la filière animale comme évoqué précédemment. Depuis le 10 mars 2020, la coopérative apporte une nouvelle solution à ses adhérents via le négoce en bestiaux Socobeval. Jean-Michel Habig tire un premier bilan satisfaisant de cette première année de « découverte ». « Il faut rappeler que Socobeval reste un négoce à part entière, l’esprit coopératif de la CAC en plus. Aujourd’hui, on fait 38 000 bêtes, soit 1 500 de moins qu’au moment du rachat. Avec le contexte du Covid-19, j’estime que c’est une belle réussite. Grâce aux compétences déjà en place, et celles que nous avons recrutées comme la directrice Aurélie Aubry, nous avons stabilisé l’activité et fait en sorte que les choses roulent. » Avec ce nouveau métier dans son panier, la CAC reste fidèle à sa philosophie : créer de la « valeur » pour le monde agricole. « Et apporter une réponse supplémentaire à la Pac 2023 », ajoute Jean-Michel Habig.

Développer le lien entre végétal et animal

Malgré les remous causés dans la filière viande par le rachat de Socobeval, la CAC n’entend pas changer sa ligne de conduite. « Nous avons beaucoup appris au cours de cette première année, nous avons gagné en confiance. Et nous garderons le cap en restant fidèles à nos valeurs. Que ce soit en termes de chiffre d’affaires, de résultat ou de rémunération de nos agriculteurs, on est là où on voulait être. Maintenant, nous voulons développer tout cela intelligemment, pour nos associés coopérateurs. Nous avons désormais la possibilité de développer un lien entre le végétal et l’animal qu’on ne pouvait pas faire avant. Ça, c’est de la vraie production locale, et cela a de la valeur auprès des consommateurs », considère le président de la coopérative haut-rhinoise.

 

 

Action syndicale au Leclerc de Cernay

Non à la « tromperie », oui à la « transparence »

Vie professionnelle

Publié le 27/03/2021

Casquettes rouges vissées sur la tête, six représentants des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin parcourent le rayon frais du Leclerc de Cernay pour trouver les marques appartenant au groupe Lactalis. Sous les yeux étonnés des clients du magasin, ils stickent, l’un après l’autre, les produits du géant français de la transformation laitière. « Aujourd’hui, nous voulons dénoncer la décision du Conseil d’État qui a annulé le décret obligeant de mentionner l’origine du lait sur les produits vendus en France », explique le représentant des JA 68, Nicolas Dieterich. Une victoire pour le groupe industriel qui avait déjà sollicité plusieurs fois le Conseil d’État à ce sujet. Il a cette fois eu gain de cause, au grand dam de la profession agricole qui redoute désormais une « tromperie » pour les consommateurs. « Il n’y a plus que l’étiquette qui sera française. Pour le reste, on ne pourra pas savoir d’où vient la matière première, dans quelles conditions elle a été produite et avec quelles normes. C’est un coup dur pour les agriculteurs. On se devait de réagir aujourd’hui », justifie Nicolas Dieterich.

« La seule réussite de la loi Egalim »

Plutôt que de manifester en bloquant ou en faisant beaucoup de bruit, les JA et la FDSEA du Haut-Rhin ont fait le choix d’une action visible sans être envahissant. Pendant qu’un groupe stickait les produits Lactalis dans le magasin, un autre s’entretenait avec le directeur du magasin pour le « sensibiliser sur l’origine des produits », tandis que les autres groupes étaient postés devant les deux sorties du magasin pour distribuer des flyers aux clients. Les moins timides, et les moins pressés, prenant même quelques minutes pour en savoir plus sur les revendications des agriculteurs. « Cette manifestation est une initiative départementale. Nous avons la chance de ne pas être très concerné par Lactalis ici. Il faut savoir qu’ils ont déjà fait pression sur leurs producteurs pour qu’ils ne manifestent pas. Mais on se devait de réagir et de faire réagir. Il faut que les consommateurs soient au courant de ce problème. Avec leurs actes d’achat, ils ont aussi un rôle à jouer », poursuit le représentant des JA. Les élus ne sont pas oubliés non plus. Une lettre cosignée par les JA et la FDSEA 68 leur a été transmise afin de les « sensibiliser » à cette décision du Conseil d’État qui retoque, à leurs yeux, « la seule réussite de la loi Egalim ».

 

Publiée par Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin sur Mardi 23 mars 2021

 

6 000 euros pour Lactalis

Le Conseil d’État justifie cette décision en expliquant qu'« il n’existe pas de lien avéré entre l’origine du lait (Union européenne ou non) et ses propriétés », conformément à un arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne du 1er octobre 2020. C’est le 19 août 2016 que le Premier ministre avait rendu obligatoire, par décret, à titre expérimental « l’indication de l’origine du lait […] pour la période allant du 1er janvier 2017 au 31 décembre 2018 ». Cette période d’expérimentation avait été prolongée, par décrets, jusqu’au 31 décembre 2021. Le groupe Lactalis avait jugé cet étiquetage illégal parce qu’il était contraire au règlement du 25 octobre 2011 du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires. Par conséquent, le Conseil d’État a jugé que la société Lactalis « est fondée à demander l’annulation pour excès de pouvoir de ce décret ainsi que des décrets qui en ont prorogé les effets ». L’État est condamné à verser 6 000 euros à Lactalis. Il faut signaler que le décret du 19 août 2016 incriminé concerne également « le lait et des viandes utilisées comme ingrédient dans des denrées alimentaires préemballées ».

 

Merci à tous d'avoir répondu présent à notre mobilisation ??

Publiée par Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin sur Mardi 23 mars 2021

 

GDS Alsace

Missions accomplies, malgré le Covid-19

Élevage

Publié le 20/03/2021

Le Groupement de défense sanitaire (GDS) Alsace est parvenu à surmonter les difficultés liées à la crise sanitaire. Comme le souligne son nouveau président, Frédéric Bernhard, qui a succédé à Patrick Bastian en octobre dernier, les salariés de la structure ont su s'adapter tant bien que mal à cette situation inédite. « Grâce au télétravail, nous avons pu assurer le suivi des dossiers. Sur le terrain, la tâche était un peu plus compliquée qu'à l'accoutumée. » « Les prophylaxies ont eu énormément de mal à être terminées cette année, entre les vétérinaires qui limitaient leurs activités, et les éleveurs qui ne voulaient accueillir personne sur leurs exploitations », complète la directrice du GDS Alsace, Céline Zuber. La fin de la prophylaxie 2020 a donc dû être décalée au 1er octobre. Un report exceptionnel qui a engendré une surcharge de travail importante pour le GDS Alsace.

IBR : objectif « indemne » d'ici 2027

Cette campagne de prophylaxie prolongée a livré des signaux encourageants sur l'état sanitaire des troupeaux en Alsace. Concernant la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR), on est à 93 % de cheptels indemnes à l'heure actuelle. « Un chiffre qu'on n'arrive presque pas à faire progresser aujourd'hui, fait remarquer Céline Zuber. On a 4 % de cheptels en cours de qualification, et ça a du mal à bouger. Il manque toujours quelque chose pour qualifier de nouveaux troupeaux. » Malgré tout le travail de surveillance opéré depuis des années, le GDS Alsace fait état de nouveaux cheptels contaminés par l'IBR lors de la campagne 2019-2020. Problème : l'origine de la contamination reste incertaine. « Et si on ne sait pas comment ces troupeaux ont été contaminés, c'est plus compliqué de mettre en œuvre des actions de prévention et de surveillance », poursuit-elle.

C'est d'autant plus embêtant que se profile l'entrée en vigueur de la loi de santé animale (LSA) (lire encadré). Dès le 21 avril prochain, chaque GDS devra appliquer un programme de surveillance européen pour obtenir une qualification de pays « indemne » d’IBR. Il faut arriver à un minimum de 99,8 % de cheptels sains, contre 91,5 % aujourd'hui. Un objectif qui devrait être atteint d'ici 2027. La reconnaissance de pays « indemne » permettra à la France d’exporter ses animaux sans contraintes. « L'idée est d'être au même niveau sanitaire que les autres pays européens et maintenir nos capacités commerciales », précise Céline Zuber.

Des évolutions à prévoir avec la LSA

Cette LSA aura des répercussions « importantes » pour le GDS Alsace et les exploitations, prévient Frédéric Bernhard. « Des solutions techniques sont étudiées à tous les niveaux pour limiter les surcoûts engendrés. Le dépistage des principales maladies et la vaccination FCO pour l'export n'en sont que quelques exemples. » Pour l'IBR, les modalités de contrôle des troupeaux vont aussi évoluer en fonction de l'ancienneté de la qualification du cheptel et du type de troupeau. Pour les cheptels qualifiés depuis moins de quatre ans, et ceux de moins de 100 vaches laitières, rien ne change par rapport à aujourd'hui. Par contre, pour les cheptels allaitants qualifiés depuis plus de quatre ans, les contrôles seront allégés et seuls 30 % des bovins de plus de 24 mois seront prélevés. Les plus gros changements induits par la LSA vont concerner les cheptels non qualifiés : pour eux, analyses individuelles obligatoires de tous les bovins, ce qui sous-entend la contention des jeunes animaux. Des interrogations demeurent sur les cheptels laitiers de plus 100 vaches. « À ce jour, il faudrait appliquer le même protocole que les cheptels allaitants. Des discussions sont en cours pour savoir si nous pourrions travailler à partir d'échantillons du contrôle laitier. Ce qui implique que les laboratoires soient capables de faire des mélanges », explique Céline Zuber.

La BVD perd du terrain

En matière de prophylaxie, la diarrhée virale bovine (BVD) reste la plus grosse action menée par le GDS Alsace tout au long de l'année. Lors de la campagne 2019-2020, les résultats de dépistage ont été globalement très bons. Moins de 0,1 % de veaux positifs à la BVD ont été enregistrés lors des trois derniers trimestres de 2020. « La situation commence à devenir très favorable, même si elle reste assez hétérogène sur le terrain. Il y a des zones où tous les résultats sont négatifs, d'autres zones qui concentrent la majorité des résultats positifs », commente Céline Zuber. Et pour la première fois également, aucun cheptel avec un premier résultat positif n'a été enregistré au dernier trimestre de 2020. « Le programme de bouclage des veaux lancé en 2017 semble porter ses fruits. Mais pour qu'il réussisse, il faut que des mesures efficaces et rapides soient prises : élimination des animaux positifs, dépistage des derniers bovins qui n'ont pas de statut, et mise en place de la vaccination. »

Ces bons résultats ont poussé le GDS Alsace à proposer, lors de la campagne 2019-2020, des dépistages sérologiques dans cent exploitations situées dans des zones « favorables », dans lesquelles il n'y a pas de circulation virale depuis au moins deux ans. Les premiers chiffres sont encourageants : 37 % des cheptels sont négatifs et peuvent donc arrêter les boucles ; 31 % des boucles peuvent arrêter les boucles moyennant des analyses complémentaires ; 18 % des cheptels restent à ce jour non analysés ; et seulement 14 % des cheptels doivent pour l'instant conserver les boucles. « Certes, la sérologie est intéressante. Néanmoins, elle nécessite tout de même plus d'expertise technique entre nos équipes et les vétérinaires pour analyser certaines situations dans lesquelles il y a des résultats positifs sans que cela soit le signe de la circulation de la maladie », observe la directrice du GDS Alsace. Le dépistage sérologique de la BVD va prendre de l'ampleur dans les prochains mois, et va être déployé auprès des cheptels à faible risque de contamination.

De grosses « disparités » pour la paratuberculose

Le GDS Alsace s'occupe aussi de la surveillance de la paratuberculose. Dans les cheptels engagés en plan de lutte, des dépistages annuels de tous les animaux de plus 24 mois sont réalisés. Lors de la dernière campagne, ce sont 46 cheptels qui ont été passés à la loupe, soit 4 660 animaux. Au final, le taux de positivité ne s'élève qu'à 2,4 %. Un chiffre faible au premier abord qui cache toutefois de grosses disparités entre les élevages. Sur les 46 cheptels, 6 n'ont pas le moindre bovin positif à la paratuberculose ; 23 ont moins de 5 % de bovins positifs ; et 17 ont plus de 5 % de bovins positifs. « Dans ces cas les plus critiques, l’assainissement va être long car derrière on sait qu'il y a une capacité d'élimination des cheptels qui n'est pas toujours là, et il y a toujours des réformes à faire pour la paratuberculose. La meilleure façon de se prémunir face à cette maladie, c'est simplement d’éviter de s’infecter en introduisant des animaux non infectés », poursuit Céline Zuber.

La besnoitiose frappe à la porte

Reste enfin le cas de la besnoitiose, une maladie « émergente » en Alsace, bien connue dans le sud du pays. En l’absence de statut de cheptel, le GDS Alsace teste systématiquement les animaux de plus de trois mois non issus du Grand Est, de la Franche-Comté et des Hauts-de-France. Un bovin aubrac introduit dans un cheptel alsacien à l'automne 2019 a été diagnostiqué positif à cette maladie. « Après enquête, il s'est avéré que le risque d'introduction remonte à 2017, date à laquelle cet élevage a commencé à introduire des bovins du même troupeau d'origine », note Céline Zuber. Suite à ce diagnostic, le GDS a identifié tous les voisins de parc, les cheptels des communes alentour, et les acheteurs. Bilan : deux troupeaux infectés en Alsace. « Et malheureusement, l'assainissement est quasi impossible car on a plusieurs animaux positifs. C'est compliqué, car cette maladie ne se soigne pas. » Pour éviter que la situation n'empire, le GDS Alsace va maintenir une vigilance accrue au cours des prochains mois. Au programme : identification des voisins de parc, dépistage des animaux des voisins de parc, et suivi des bovins qui sortent des cheptels infectés pour s'assurer qu'ils partent bien en atelier d'engraissement ou à l'abattoir.

Étude d’image de l’agriculture en Alsace

Un état des lieux « encourageant »

Vie professionnelle

Publié le 11/03/2021

Mettre fin aux malentendus, aux a priori, aux raccourcis hasardeux. En lançant, à la fin de l’année 2020, une vaste étude sur l’image de l’agriculture en Alsace, la Chambre d'agriculture, en lien avec l’Agence de développement d’Alsace (Adira), a souhaité dresser un état des lieux objectif de la perception des citoyens, mais aussi des agriculteurs, sur ce secteur d’activité indispensable à la société, mais aussi très souvent décrié dans les médias. Un agribashing très mal vécu par les agriculteurs, partagés entre colère, désarroi et incompréhension. « Nous avons l’impression d’avoir fait du bon travail. Et en retour, on voit ça. Ça nous blesse », révèle le président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), Denis Ramspacher.

Plutôt que de se laisser abattre, la profession alsacienne souhaite reprendre sa communication en main, pour parler « positivement » de ses métiers et pratiques. « Mais avant de faire de la com' efficace, il faut d’abord identifier quels sont les problèmes afin d’établir un plan d’actions derrière », poursuit-il. Ce sont les deux responsables de la commission Communication de la Chambre, Julien Koegler et Ange Loing, qui ont supervisé cette étude d’opinion qui doit permettre de définir les leviers pour créer une image « fédératrice » et « valorisante » des agriculteurs alsaciens. Celle-ci a été menée par un cabinet indépendant missionné par l’Adira, afin d’avoir une vision « claire » et totalement neutre de la situation actuelle.

 

?‍????‍ [COMMISSION COMMUNICATION] Conférence de presse sur la présentation des résultats de l'enquête d'opinion sur l'...

Publiée par Chambre d'agriculture Alsace sur Mardi 2 mars 2021

 

Des « inquiétudes » à moyen terme

La première enquête a été réalisée entre le 16 décembre et le 13 janvier sur un échantillon représentatif de 767 agriculteurs alsaciens. Ils ont dû répondre par internet, à un questionnaire proposé par le cabinet EDinstitut et validé par la CAA. Le premier enseignement, et il est encourageant, c’est qu’actuellement, deux agriculteurs alsaciens sur trois ont le moral et autant estiment que la situation économique de leur exploitation est « acceptable » à « bonne ». C’est quand on se projette sur le moyen terme que le tableau se noircit légèrement ; une majorité des agriculteurs interrogés sont en effet inquiets à propos des perspectives économiques des deux à trois prochaines années. Plusieurs sujets alimentent ce pessimisme ambiant. En tête de liste, on trouve les critiques répétées et les attaques médiatiques contre le secteur agricole. « Plus globalement, ils estiment que les médias ne parlent pas assez d’agriculture. Et quand ils le font, c’est très souvent de manière négative. Ils ne se sentent pas assez soutenus », indique Julien Koegler. Sont cités ensuite la baisse et la volatilité des cours des matières agricoles, le durcissement de la réglementation environnementale, la concurrence étrangère, et enfin la réforme de la Pac.

« Fiers » mais « déconsidérés »

Il y a tout de même un rayon de soleil dans cette grisaille redoutée : la relation avec les Alsaciens. Les agriculteurs estiment en effet que ces derniers ont une bonne image de leur profession, et ont confiance dans la qualité de leurs produits. Ils sont d’ailleurs convaincus que les relations avec les consommateurs peuvent être améliorées. Pour cela, pas de secret : la transparence et la pédagogie, tant sur les métiers agricoles au sens large, que sur les pratiques et les contraintes qu’elles impliquent. Malgré les difficultés, malgré les inquiétudes, les agriculteurs alsaciens restent « fiers » du métier qu’ils exercent au quotidien même s’ils ont le sentiment que leur profession n’est pas assez « considérée » et n’est pas en « phase avec la société ». « Ils sont contents de bosser dans leur exploitation », souligne Julien Koegler. Pour autant, ils gardent à l’esprit que la passion du métier ne fait pas tout. « C’est pour cela qu’ils sont partagés sur l’avenir de leur métier, car il ne leur permet pas de bien gagner leur vie à l’heure actuelle. Il faut que le travail soit rémunérateur, c’est la base », poursuit-il.

Une agriculture « plébiscitée »…

Du côté des consommateurs alsaciens, l’échantillon des 400 personnes interrogées par téléphone du 1er au 12 décembre ; l’image des agriculteurs est positive. « Ils estiment qu’elle est utile, proche des consommateurs, répond à leurs besoins alimentaires, et participe au dynamisme de l’Alsace », liste Ange Loing. Ils ont confiance en elle pour produire des produits sains et de qualité, notamment la filière fruits et légumes qui est très plébiscitée. « On voit que le travail de communication mené par l’interprofession, porte ses fruits », observe Ange Loing. La confiance des consommateurs est également importante envers les filières viande, lait, et viticole. Tous ces produits estampillés « Alsace » sont justement « faciles » à trouver pour les personnes interrogées, que ce soit dans les grandes surfaces, ou via les nombreux points de vente alternatifs disséminés sur le territoire. Et 83% des personnes interrogées sont prêtes à payer plus cher leurs produits alimentaires pour garantir un revenu correct aux agriculteurs d'Alsace.

…et « mal comprise »

Même s’ils l’apprécient, et apprécient ses produits, les citoyens alsaciens identifient quatre principaux défis que devra relever l’agriculture alsacienne dans les prochaines années : la réduction de l’usage des engrais ou des pesticides, le développement de l’agriculture bio, le respect de l’environnement, et le développement des circuits courts et de la vente directe. « Maintenant, on peut se demander dans quelle mesure ces réponses sont influencées par les articles de presse grand public », se demande Ange Loing. Son analyse n’est peut-être pas très loin de la réalité. Dans la suite de l’enquête, les personnes interrogées reconnaissent manquer de connaissances sur l’agriculture pour avoir un avis « objectif » sur des sujets comme le bien-être animal, l’usage des pesticides ou des antibiotiques. « Ils n’ont globalement pas assez d’éléments pour répondre. Certains préfèrent s’abstenir de répondre, plutôt que de dire quelque chose de faux. » Les citoyens alsaciens sont en revanche sûrs d’une chose : les agriculteurs peuvent être « fiers » de leur métier, même s’ils ont bien conscience qu’il est « très contraignant », « difficile » et « peu rémunérateur ». Ils sont néanmoins encouragés à poursuivre leurs activités, maintiennent les personnes sondées. « En conclusion, on voit bien la nécessité d’expliquer notre métier au quotidien, d’être le plus transparent possible pour que tout le monde comprenne ce que fait un agriculteur, et pourquoi. L’image de Martine à la ferme n’existe plus que dans les livres », ajoute Ange Loing.

Maintenant que cet état des lieux a rendu son verdict, il va falloir passer à l’étape d’après : la création de l’association Agriculteurs d’Alsace (lire nos éditions du 1er janvier). Inspirée des exemples suisse et breton, cette future association, dont certains contours restent à définir, aura la lourde tâche de « restaurer la fierté » d’exercer le métier d’agriculteur, redonner de la « confiance », rétablir la « réalité du métier », et renforcer le « dialogue » avec le grand public. Ce nouvel instrument de communication « positive » doit voir le jour dans le courant de l’année 2021.

 

 

 

 

Cave Jean Geiler

Le « P’tit blanc » est dans la boîte

Vigne

Publié le 09/03/2021

C’est ce qu’on appelle un numéro d’équilibriste. La Cave Jean Geiler se lance à son tour dans le créneau du Bag-in-Box, ou BIB, avec son « P’tit blanc de Jean », un délicat assemblage de plusieurs cépages du cru : du pinot auxerrois, du muscat, du chasselas et un quatrième que la réglementation empêche de citer ici. Tous les quatre sont issus des millésimes 2019 et 2020. « Aucune mention à la région de production, à une commune viticole, à l’un des trois cépages emblématiques de la région, ou tout autre élément en lien avec notre appellation n’est autorisée sur le packaging », souligne l’œnologue de la maison Nicolas Garde. C’est lui qui a chapeauté la partie réglementaire du projet, histoire de pouvoir sortir ce nouveau produit « en toute confiance ». « Sinon, on prendrait le risque d’induire les consommateurs en erreur. On ne doit pas pouvoir faire le lien avec nos AOC », précise-t-il.

Sur ce BIB de trois litres, la seule indication géographique est l’adresse de la cave, écrite en petit. Une mention obligatoire qu’on soit dans l’appellation ou non. Pour le reste, c’est un vin de France qui mise sur la convivialité pour séduire le consommateur : une couleur dominante qui rappelle l’ardoise des bistrots, des mots-clés (apéro, piscine, raclette, fête, barbecue, etc.) et des qualificatifs (sec, fruité, blanc, frais) qui permettent de savoir immédiatement à quel type de vin on a affaire.

Un « complément » à la gamme

Ce BIB, vendu pour l’instant à 2 000 exemplaires dans les grandes surfaces environnantes et au sein de la cave, est le fruit d’une longue réflexion. Pour la Cave Jean Geiler, le constat était simple : 48 % des ventes de vin en France se font sous ce format. Un chiffre qui dépasse même les 60 % en Scandinavie. « En étant absent sur le format BIB, c’est tout ce marché potentiel qu’on rate », observe simplement le directeur commercial de la cave, Gilles Meyer. Et puis, la crise du Covid-19 est arrivée. Lors du premier confinement, les ventes de BIB ont « explosé » dans les magasins. « On s’est dit que c’était le moment pour nous lancer, tout en étant conscient des limites de l’exercice », poursuit-il.

Avec l’appui du conseil d’administration de la cave, le projet peut enfin se concrétiser. Première question à se poser : quel est le public visé ? Et avec quel message ? « Tout le monde n’est pas connaisseur en vin, notamment parmi les plus jeunes consommateurs. Il fallait donc simplifier le discours, changer d’optique. Plutôt que parler technique, de terroir ou de caractéristiques du cépage, on parle d’instant de consommation, d’un vin facile pour les moments conviviaux. On veut toucher les personnes qui n’auraient pas forcément acheté des bouteilles. Le BIB n’est qu’un complément à la gamme, rien plus », développe le directeur commercial.

« Rien à voir » avec le cubi

En se lançant sur ce créneau, il fallait réussir à « casser » l’idée reçue assimilant le BIB et le cubi en plastique. « J’ai moi-même le souvenir de cubis qui contenaient de la piquette. Le BIB n’a rien à voir. C’est un produit bien plus qualitatif, avec une durée de conservation du vin qui est sans commune mesure », précise-t-il encore. Une fois ouvert et mis au frais, le P’tit blanc de Jean peut se boire sans problème pendant quatre semaines. « C’est tout l’intérêt de ce format : on peut consommer le vin plus longtemps, plus facilement, qu’on soit en petit comité ou à plusieurs. De ce point de vue, la bouteille est bien plus contraignante. » Pour assurer la conservation optimale du vin en BIB, il faut beaucoup travailler sur la partie de CO2 résiduel. « On doit veiller à bien le dégazer », indique Nicolas Garde. Il faut aussi sulfiter plus fort au tirage.

« Une poche ne remplace pas une bouteille. Le vin y est plus fragile. On peut le consommer plus longtemps une fois qu’il est ouvert car la poche fait ce qu’il faut. Mais il faut néanmoins le boire dans l’année où il a été produit. On n’est pas du tout sur un vin de conservation », insiste l’œnologue. La cave n’étant pas équipée pour le conditionnement en BIB, elle a sous-traité cette prestation à une entreprise externe mais mobile. « Elle exerce déjà en Bourgogne, entre autres, et fait cela très bien. Elle est venue ici avec son unité mobile, ce qui nous permet d’indiquer que le conditionnement a bien été fait chez nous », explique Nicolas Garde.

Premiers retours positifs

Pour son premier BIB (deux autres sont déjà au programme, lire en encadré), la Cave Jean Geiler s’est appuyée sur l’assemblage d’un « très bel edelzwicker » et l’a retravaillé pour obtenir un vin qui ne contient que 2 % de sucre résiduel. « Au final, on a un vin qui est juste partout, sans excès de personnalité », commente Nicolas Garde. Un savant mélange qui a déjà séduit plusieurs GMS du secteur. « Au début, certains n’étaient pas trop emballés par le concept du BIB qu’on proposait. Après dégustation, ils étaient prêts à tenter le coup », se remémore Gilles Meyer. Dans les rayons de supermarchés, le P’tit Blanc de Jean ne peut évidemment pas être vendu à proximité des vins AOC produits le long des collines sous-vosgiennes. Une contrainte qui ne semble pas pénalisante pour l’instant au niveau des ventes. « Même si on ne pourra faire un vrai bilan chiffré que d’ici six mois, on peut néanmoins être optimistes. Les premiers retours sont positifs et certaines enseignes nous ont déjà demandé des réapprovisionnements », se félicite Gilles Meyer.

Vendu 13,95 euros, le P’tit Blanc de Jean n’a pas vocation à se développer dans le reste de la France. « Ici, on peut vendre sous la marque Jean Geiler qui est relativement bien connue et identifiée. Ailleurs, ça serait déjà bien plus compliqué dans la mesure où on ne peut pas faire la moindre mention à notre AOC, comme peuvent le faire des confrères d’autres régions », regrette le directeur général de la cave, Pascal Keller. Il est d’ailleurs persuadé que l’ouverture du BIB sur des appellations classiques « ferait un carton ». Gilles Meyer complète : « C’est ce qu’ils font en Bourgogne. Ils ne se privent pas pour faire du BIB avec du chardonnay ou du pinot noir. En aucun cas, cela ne fait de l’ombre aux bouteilles. C’est destiné à une cible différente et c’est une alternative supplémentaire pour liquider les volumes. »

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