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Nicolas Bernard

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Association Agriculteurs d’Alsace

Une nouvelle boîte à outils pour mieux communiquer

Vie professionnelle

Publié le 15/01/2021

L’association Agriculteurs d’Alsace qui est en cours de création, doit permettre, sur le long terme, de mettre en œuvre une communication positive autour de l’agriculture alsacienne, en rassemblant toutes les « bonnes volontés ». Une association qui s’appuiera sur l’expérience éprouvée et réussie des homologues bretons et suisses en la matière. « Cela fait plusieurs années qu’ils se sont lancés dans des démarches de communication positive. Il y a beaucoup d’enseignements à en retirer », explique Julien Koegler, coprésident de la commission Communication de la Chambre d'agriculture Alsace aux côtés de son collègue haut-rhinois, Ange Loing. Le premier est un constat simple. Ces deux associations ont commencé par lancer une vaste enquête d’opinion chez les consommateurs et chez les agriculteurs : comment les uns perçoivent les agriculteurs et l’agriculture dans son ensemble, comment les autres évaluent leur place et leur métier dans la société. « Ces études sont indispensables si on veut avoir une vision précise de la situation actuelle. Il fallait donc qu’on passe aussi par là », poursuit-il. C’est la première fois qu’une telle enquête est menée en Alsace : par téléphone, pour les consommateurs, et sur Internet, pour les agriculteurs. Les résultats seront connus en ce début d’année, mais les premiers retours des consommateurs semblent « encourageants », révèle Julien Koegler.

 

 

 

?‍?????‍? [AGRICULTEURS D'ALSACE] "Nous, agriculteurs, femmes et hommes fier(e)s de notre travail, nous avons à cœur de...

Publiée par Agriculteurs d'Alsace sur Mercredi 22 avril 2020

 

 

De nombreux partenariats étudiés

Une fois cette première étape réalisée, il va falloir structurer cette future association qui se veut « complémentaire » des organisations professionnelles déjà très actives en matière de communication comme les Jeunes Agriculteurs. « Ce n’est pas une instance en plus. L’idée est de sortir de l’aspect politique et syndical pour établir une communication de construction plutôt qu’une communication de réaction sur des sujets d’actualité. Toutes les forces sont donc les bienvenues pour peu qu’elles partagent cette vision », poursuit Julien Koegler. Différents collèges sont envisagés au sein de cette association : les agriculteurs tout d’abord, le « cœur » de cette association ; les lycées agricoles ; les organisations professionnelles qui gravitent autour de l’agriculture comme les banques ou les assurances ; ou encore la grande distribution. Comme en Bretagne, Agriculteurs d’Alsace souhaiterait impliquer les communes dans cette vaste démarche de communication positive : l’idée serait de mettre un panneau relatif à Agriculteurs d’Alsace à l’entrée de chaque ville ou village qui soutiendrait l’agriculture par des actions concrètes. « C’est une chose essentielle qui permettrait de responsabiliser tout le monde sur nos territoires », justifie Julien Koegler.

Concrètement, toutes les pistes de partenariat sont aujourd’hui étudiées pour développer l’action et la visibilité de cette future association. Tous les grands évènements publics sont notamment visés. La Ligue 1 de football est une éventualité. « En Bretagne, ils ont réussi à s’associer avec le Stade Rennais. Pourquoi pas la même chose chez nous avec le Racing Club de Strasbourg ? », s’interroge Julien Koegler. En attendant de, peut-être, investir les travées de la Meinau, il faut déjà concrétiser la création de cette nouvelle association. Pour l’instant, aucune date précise n’est avancée. Il va falloir, dans un premier temps, analyser les résultats des enquêtes en cours. « On veut prendre le temps de faire les choses correctement. La communication positive se construit sur le long terme, il nous faut donc une base solide. On pourra ensuite unir nos forces pour redonner à notre agriculture alsacienne les lettres de noblesse qu’elle mérite. »

 

 

 

?‍????‍? [PORTRAIT D'AGRI] Rencontre avec Joffrey Jost producteur pour la Ferme Vogelgesang à Dorlisheim. La ferme est...

Publiée par Agriculteurs d'Alsace sur Jeudi 3 décembre 2020

 

 

Le Savoir Vert des Agriculteurs d’Alsace

Parler aux enfants comme des pros

Vie professionnelle

Publié le 14/01/2021

Pour les enfants, l’agribashing, ce mot de « grand », ça ne veut pas dire grand-chose. Quand on a cinq, six ou neuf ans, on a encore cette dose d’insouciance et de curiosité qui fait voir le monde avec plus de légèreté que les parents. La ferme, les animaux, les tracteurs, les jardins remplis de légumes ou les fraises à cueillir soi-même, c’est quand même vachement cool. Pour les agriculteurs, c’est un public idéal. Avec les bons mots, la bonne méthode, la bonne attitude, il est possible de les sensibiliser durablement pour, qu’une fois adultes, ils se souviennent d’où vient le contenu de leur assiette, qui l’a produit et comment. Mais comme avec les adultes, la communication positive avec les enfants, ça ne s’improvise pas. Il existe des méthodes, un vocabulaire, et autant de petits trucs qui permettent de capter l’attention et graver les messages. Et ça aussi, ça s’apprend. C’est ce qu’ont pu constater les participants à la première session de formation organisée par l’association Savoir Vert des Agriculteurs d’Alsace le 26 novembre à la ferme des Schalandos, à Hachimette. Une journée de « mise en pratique », coorganisée avec l’Ariena (Association régionale d’initiation à l’environnement et à la nature en Alsace), qui a clôturé neuf jours de formation.

 

 

 

? Dernier jour de formation pour notre première promotion de fermes pédagogiques ! ➡️ Mise en situation avec les...

Publiée par Le Savoir Vert des Agriculteurs d'Alsace sur Jeudi 26 novembre 2020

 

 

Apprendre les « clés » de la pédagogie

Il a fallu néanmoins adapter cette étape finale. « À la base, on devait accueillir une classe de primaire pour tester en conditions réelles les ateliers qu’on avait créés. Malheureusement, on a dû faire sans et composer autrement », explique Ange Loing, responsable de la ferme et président de l’association. Dans la mesure où cette formation avait été financée par Vivea, les participants ont tenu à aller au bout. Ils ont donc, tour à tour, pris le rôle des enfants au cours de cette mise en pratique. Une expérience très enrichissante qui a démontré la pertinence de professionnaliser l’accueil de scolaires dans une ferme. « On accueillait déjà des enfants avec les Jeunes Agriculteurs. Mais, avec cette formation, on a pu s’apercevoir que ce n’est pas quelque chose qu’on peut improviser. On connaît tous nos métiers. La pédagogie, un peu moins voire pas du tout. Et si le but c’est d’instruire correctement les enfants, il faut utiliser les bons outils », souligne Ange Loing. Dans des conditions normales, chaque visite est planifiée en amont avec l’instituteur ou l’institutrice ; l’idée étant que cela réponde aux attendus pédagogiques de fin de cycle. Et, comme en classe, il y a une méthode à appliquer avec des enfants pour qu’une information devienne une connaissance pérenne : la répétition. « C’est la base de toute éducation. En appliquant ce principe, on met davantage de chances de notre côté », fait remarquer Ange Loing.

Une diversification de plus

Marie Cazenave-Péré, de la ferme Lammert, à Ensisheim, confirme : malgré une expérience éprouvée avec les écoliers, elle constate que cette formation lui a apporté de nouvelles clés de compréhension. « Cela m’a forcée à m’intéresser à la problématique des programmes scolaires. Et puis on avait deux points de vue : ceux d’agriculteurs déjà rodés à l’accueil du public, et celui d’une personne qui a l’habitude d’accueillir des enfants dans un cadre plus ludique. » Pour capter leur attention, pas de miracle, mais du « bon sens » adapté à leurs âges : utiliser les sens, faire appel à l’imagination, l’émotion, le jeu, la construction… Ici, pas d’argumentaire rationnel et posé comme on le ferait devant un adulte ; pour communiquer positivement, il faut s’adapter à son public. Outre le fait de diffuser une meilleure image de l’agriculture, l’accueil des écoliers sous l’égide du réseau Savoir Vert représente une nouvelle possibilité de diversification pour l’exploitant. Contrairement à des portes ouvertes classiques, ces visites de fermes « professionnalisées » sont payantes, tout comme l’est finalement une sortie au théâtre ou au cinéma pour une classe. Reste maintenant à faire grandir et développer la branche alsacienne du réseau Savoir Vert. Une deuxième session de formation est prévue dans le courant de l’année 2021, voire au tout début si le recrutement en cours s’avère concluant.

 

 

Robotique en agriculture

Entre perspectives et interrogations

Technique

Publié le 15/12/2020

La « révolution » robotique qui a touché les usines se rapproche doucement, mais sûrement, des champs. Des tracteurs qui roulent tout seuls, des robots plus ou moins grands qui s’occupent du désherbage : des prototypes émergent ici et là et démontrent que l’IA (intelligence artificielle) a une place à se faire dans l’agriculture et la viticulture. Jusqu’à remplacer les paysans purement et simplement ? Pour certains passionnés qui cultivent la terre ou élèvent leurs bêtes au quotidien, une telle hypothèse fait davantage figure de cauchemar en devenir que de futur enviable ; pour d’autres, c’est une opportunité. Mais pour que cette hypothèse devienne une réalité tangible, il faut d’abord la tester pour avoir idée bien plus précise de sa faisabilité.

C’est en partant de ce postulat qu’a été créée l’association RobAgri, en novembre 2017. Son credo : « servir la robotique agricole » autour d’une dynamique « collective » pour innover plus « rapidement » et « répondre aux besoins des utilisateurs ». Des start-up, des grands noms du machinisme agricole, des organismes privés et publics se sont donc associés pour donner une forme concrète à ce futur qui semble inéluctable aux yeux de Jean-Michel Le Bars, président de RobAgri et responsable adjoint du département électronique du groupe Kuhn : « Nous constatons une diminution régulière du nombre d’agriculteurs alors que le besoin en main-d’œuvre est de plus en plus important. Dans le même temps, la population augmente. Il va donc falloir produire plus et avec davantage de qualité. La robotique est une solution parmi d’autres. La demande est là, les concepts foisonnent. Reste à voir maintenant ce qu’ils valent dans les champs. »

À la place de l’humain ou au service de l’humain ?

Plusieurs types de robots sont actuellement expérimentés : des petits dédiés à des tâches uniques (comme les désherbeurs Oz, Dino et Ted de la start-up Naïo Technologies), des moyens de types porteurs d’outils, ou même des tracteurs qui roulent tout seuls (comme le Joker de John Deere). En 2018, Kuhn s’est associé avec l’entreprise toulousaine AgreenCulture pour relever le challenge Centéol : cultiver 50 hectares de maïs avec trois robots coordonnés par un logiciel spécifique et le guidage GPS. L’idée était d’automatiser plusieurs tâches habituellement gérées par l’agriculteur : la fertilisation, le semis, la pulvérisation localisée et le désherbage mécanique. Seule la moisson s’est faite « à l’ancienne ». Si quelques bugs ont été constatés, l’expérience a été concluante révèle Jean-Michel Le Bars : « On a diminué la quantité de produits phytosanitaires de 70 % et celle des engrais de 50 %. » Mais, si la machine est capable de tout faire toute seule, en étant en plus capable de préserver le sol et l’écosystème, quel sera le métier de l’agriculture de demain ? « C’est un changement complet de concept. En tant qu’agriculteur, je suis sur mon tracteur tous les jours. Si je n’y suis plus, que me reste-t-il ? C’est une question qu’il est légitime de se poser », souligne Jean-Michel Le Bars. Le robot à la place de l’humain ou le robot au service de l’humain ? La deuxième hypothèse reste la plus enviable et la plus plausible à l’heure actuelle.

 

 

 

Deux ans depuis le Challenge Centéol, une première pour le monde agricole et une preuve de la pertinence de la solution...

Publiée par AgreenCulture sur Vendredi 4 septembre 2020

 

 

Il faut rappeler que les robots sont déjà bien présents en agriculture ; en une trentaine d’années (le premier robot de traite français est apparu en 1985), ils ont facilité grandement le quotidien des éleveurs laitiers. En maraîchage, les petits robots désherbeurs offrent des perspectives séduisantes à celles et ceux engagés dans le bio, tout comme dans la viticulture. La pertinence de la robotique est donc bien réelle, ou en passe de le devenir. En grandes cultures, la question est un peu plus complexe. On parle là de grandes surfaces - voire très grandes - avec des défis de même envergure à résoudre. Certes, la robotique pourrait grandement aider à mettre en œuvre l’agroécologie tellement désirée par la société et les responsables politiques. Mais comment se forme l’agriculteur à l’usage de ces nouvelles technologies ? Si un tracteur est autonome, qui est responsable en cas d’accident ? Jean-Michel Le Bars le reconnaît sans mal : « Les freins et limites pour le développement de la robotique en grandes cultures sont assez nombreux. Les modèles économiques et les solutions restent à valider, les normes ne sont pas bien établies. Il reste encore beaucoup à étudier et à développer. Mais je suis convaincu que la robotique finira par trouver sa place en grande culture. Comment ? On ne sait pas trop, elle sera peut-être complémentaire comme elle l’est aujourd’hui dans d’autres filières. Je pense que d’ici cinq à dix ans, les expériences de terrain valideront certaines propositions. »

Régulier, efficace mais plus lent

En attendant de voir déambuler les robots dans les champs de céréales, on peut déjà avoir un aperçu concret des forces, mais aussi des faiblesses, de ces technologies « autonomes » au service de l’agriculture. À la ferme du Château Vert à Habay-la-Vieille, en Belgique, Gil Grevisse et son frère Romain testent depuis trois ans le robot Oz, de Naïo, dans leur ferme bio spécialisée en légumes, bœufs et volailles. Si tout n’est pas encore parfait, le bénéfice est indéniable, en tout cas sur de petites surfaces maraîchères. « Le robot fait le job, mais il faut être patient car il travaille plus lentement qu’un homme. Mais il travaille aussi plus régulièrement, et n’a pas besoin de s’arrêter pour manger. Ça peut être dix heures non-stop. En plus, il est bien plus léger qu’un tracteur, ce qui est bénéfique pour le sol », témoigne Gil Grevisse. Pour autant, pas question de laisser le robot seul et sans surveillance. « Sur le dévers notamment, il montre une certaine limite. On se doit donc d’être présent car on ne peut pas permettre la moindre déviation. »

Progressivement, la technologie embarquée dans ce robot Oz va s’améliorer grâce aux retours permanents faits par les agriculteurs. « En trois ans, la machine a évolué de manière impressionnante. C’est d’ailleurs un point essentiel à avoir à l’esprit : pour que ce type d’outil soit adopté par le plus grand nombre, il faut que cela soit simple à utiliser, et que cela corresponde aux besoins des utilisateurs. » Même si ce robot allège la pénibilité du désherbage, l’attrait pour le tracteur est toujours là pour les plus grandes surfaces. « Cela nous semble encore être la meilleure option dans ce cas-là. La vitesse de travail du robot reste pour l’instant un frein pour une utilisation plus importante. »

Mais même plus rapide, le robot ne pourra pas se passer de l’humain poursuit l’agriculteur belge. « On peut avoir tous les capteurs qu’on veut, toutes les informations qu’on veut, mais sans le savoir-faire et l’expérience du paysan, cela ne vaut rien. Si on oublie cela, on risque en effet d’aller vers des dérives avec des exploitations de taille industrielle. Et ça, les consommateurs n’en veulent pas. Ils peuvent comprendre qu’on utilise des robots dans nos fermes, mais cela doit rester à une échelle familiale et locale. Ces outils devront collaborer avec les paysans, pas devenir les paysans de demain », conclut Gil Grevisse.

 

[Ils l'utilisent?] «En plus de désherber – ce pour quoi il a été acheté -, nous utilisons Oz pour la plantation des...

Publiée par Naïo Technologies sur Lundi 23 novembre 2020

 

 

 

Grandes cultures bio

Une conversion de plus en plus accessible

Cultures

Publié le 03/12/2020

Si les conversions vers le bio ont le vent en poupe chez les viticulteurs, maraîchers ou arboriculteurs alsaciens, on ne peut pas en dire autant pour les céréaliers. La principale filière agricole du Bas-Rhin et du Haut-Rhin est un peu à la traîne en la matière. Sur les 968 fermes engagées en bio en Alsace en 2019, seules 260 étaient identifiées en grandes cultures. À titre de comparaison, plus de 30 % des domaines viticoles alsaciens sont désormais labellisés bio. Certains secteurs, à l’image du Sundgau, sont encore moins sensibles à l’argument « bio » pour les grandes cultures. Pour Benoît Gassmann, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, ce désintérêt relatif pourrait s’expliquer notamment par le manque de rentabilité au regard du travail investi comparé à une filière maïsicole très compétitive en la matière. Mais cette idée s’appuie-t-elle sur des faits et observations tangibles, ou s’agit-il d’un a priori tenace ? Se convertir à la grande culture bio est-il réellement un pari risqué ou est-ce une voie d’avenir ? Des interrogations qui ont été abordées sans langue de bois le 20 novembre à la ferme Pflieger, à Spechbach-le-Bas.

Un « bon prix » avant tout

José Pflieger s’est installé en 1989 sur 25 ha. Il a converti intégralement l’exploitation en bio en 2011. Celle-ci est spécialisée dans l’élevage de volailles et, depuis 2014 et l’installation de son fils Jérémy, dans la production de frites fraîches. Tout est commercialisé en circuits courts. La conversion au bio a été motivée par les demandes des consommateurs, désireux d’avoir des produits encore plus « engagés » envers l’environnement et le bien-être animal. Après avoir effectué une étude économique approfondie d’une telle démarche, ils ont décidé de franchir le pas. En 2020, ils ont pu passer à l’étape supérieure en s’associant avec Joseph Frick, un agriculteur d’une commune voisine. Grâce à ce nouveau partenariat, la SAU de la ferme Pflieger passe à 55 ha, et avec elle la possibilité de devenir autonome dans l’alimentation des volailles. Avec un impératif cependant : que la marge brute à l’hectare de ses cultures céréalières soit suffisamment élevées pour couvrir les importantes charges de la structure.

« Il nous faut de la valeur ajoutée, du rendement et un bon prix », estime Jérémy Pflieger. Il faut donc bien réfléchir aux céréales que l’on choisit afin d’en tirer le maximum de bénéfices. « Dans notre rotation, on était parti sur une culture de printemps alternée avec une culture d’automne avec des légumineuses entre elles. C’est pour cela qu’on avait opté pour une rotation à base de féverole, soja, lentille, blé ou triticale. La marge économique était intéressante même si nous n’avons produit que huit quintaux de féverole sur neuf hectares. Heureusement, on a pu compenser avec nos cinquante quintaux de blé meunier. »

 

 

Publiée par Ferme Pflieger sur Vendredi 4 septembre 2020

 

Pas de temps à perdre

Dans sa SAU 2020, la ferme Pflieger avait aussi 5 ha de maïs. Si les rendements ont été plutôt bons (74 quintaux), la culture va être arrêtée au profit du soja. « Le problème avec le maïs, c’est qu’il faut le semer tard si on veut qu’il soit propre. Mais dans ce cas, on s’expose aussi plus aux risques liés aux corbeaux. Certes, il n’y en a pas partout, mais c’est très pénible quand on est concerné. Et je ne peux pas perdre de temps à m’occuper de ça et solliciter les chasseurs pour qu’ils aillent s’en occuper. » Jérémy entend bien se simplifier la vie au maximum. Pour sa prochaine rotation, il a opté pour une culture d’hiver suivie d’une culture de printemps pour « casser le cycle des mauvaises herbes » et s’offrir une « meilleure répartition » du temps de travail. Au programme : un blé meunier fauché en juillet, un déchaumage, une Cipan, un labour et un soja. La pomme de terre pourra remplacer le blé dans cette rotation en fonction de la nature du sol. La lentille auparavant cultivée sur 13 ha sera mise en suspens pendant un, voire deux ans, le temps d’écouler les stocks déjà produits.

Il est par contre réellement convaincu par la pertinence du blé, une culture qu’il n’avait pas auparavant, mais qui possède un « fort potentiel » en bio, sans aucun produit phyto à appliquer. Benoît Gassmann confirme : « Les blés améliorants sont très demandés par les meuniers. C’est un marché haut de gamme, qualitatif, aux prix très élevés. » Ce qui répond aux interrogations de certains agriculteurs présents dans l’assemblée : quid du prix en bio ? « Pour l’instant, ils sont toujours au plus haut. Il y a de plus en plus de filières qui se créent, et l’offre manque, notamment en blé panifiable », continue le conseiller de la Chambre d'agriculture.

Une « certaine fierté » à produire bio

Financièrement, Jérémy Pflieger reconnaît qu’il n’a pas à se plaindre. Sur sa dernière récolte, il a fait une marge de 1 305 euros/ha en triticale, 1 140 euros/ha en maïs et 1 432 euros/ha en soja. Et pour lui, ces chiffres n’ont absolument rien d’exceptionnel. « Ce qu’on fait, tout le monde peut le faire. Nous travaillons sur des terres fertiles du Sundgau, comme tant d’autres agriculteurs. Et surtout, on gagne mieux alors que la charge de travail n’a pas augmenté de manière exponentielle, contrairement à ce qu’on pourrait croire. Bien sûr, il y a parfois de mauvaises surprises comme la féverole cette année. Mais à chaque fois, on apprend. Rien n’est figé. »

Il ressort aussi de ces premières années en bio une réelle « satisfaction » du travail accompli. « Techniquement, le bio reste plus compliqué que le conventionnel. Forcément, quand on réussit à faire 50 quintaux en blé avec 12 ou 13 % de protéines, ou 30 tonnes de pommes de terre à l’hectare, on en retire une certaine fierté. » Aux yeux du jeune agriculteur, il n’y a plus vraiment de frein aujourd’hui à se lancer en bio quand on est céréalier : la demande est forte, il existe beaucoup de documentation et de personnes-ressources sur les sujets, et les filières sont de plus en plus structurées en aval. « On a quand même la chance que nos coopératives et négociants proposent aujourd’hui la collecte et la commercialisation de céréales bio. Ce sont des structures fiables, qui ont le sens des responsabilités », fait-il valoir. Dans son cas, la production qui ne sert pas à l’alimentation des volailles est valorisée auprès de la minoterie Dornier et d’Armbruster.

L’élevage « utile » mais pas indispensable

Il reconnaît cependant qu’avoir un élevage à côté « facilite beaucoup de choses », notamment pour l’apport en matière organique « bio », l’un des maillons faibles de la filière. Heureusement pour les candidats à la conversion, les matières organiques issues d’élevages conventionnels sont autorisées, sauf si l’élevage est considéré comme « industriel ». « Cela pourrait ainsi être une piste de partenariat avec un éleveur conventionnel à côté de chez vous », fait remarquer Benoît Gassmann. Après, il convient de rappeler un point essentiel : ne pas fertiliser en bio comme on le ferait en conventionnel. « L’excès d’azote, c’est l’ennemi du bio. Il ne faut pas en mettre trop au risque de voir proliférer les mauvaises herbes », ajoute le conseiller de la CAA.

Le passage au bio peut aussi être vu comme une « porte d’entrée » vers la diversification en créant un atelier de volailles par exemple, ou tout autre élevage. On peut aussi rester « 100 % végétal » en grandes cultures bio et avoir une entreprise qui tourne bien. Jérémy Pflieger prend l’exemple d’un ami agriculteur, résidant le Gers : 2 500 ha, sans le moindre élevage, sur des terres à faible potentiel, avec une bonne rentabilité derrière. « Il a trouvé la rotation appropriée à son exploitation. C’est un modèle différent du mien qui marche très bien. Certains font du semis direct, d’autres non. Nous, on est resté un peu plus conventionnel sur ce point et ça fonctionne bien. C’est une filière où il faut de tout, où il n’y a pas de modèle unique. Mais je pense que si on souhaite se convertir bio, il ne faut plus hésiter, notamment dans les secteurs où la qualité de l’eau est un enjeu majeur », conclut le jeune agriculteur de Spechbach-le-Bas.

 

Voici une vidéo, qui présente la culture de lentilles verte ?. Vous y verrez la méthode de récolte et quelques explications sur cette production avant d’être dans votre assiette ?.

Publiée par Ferme Pflieger sur Mercredi 7 août 2019

 

Apiculture biologique

Pas de conversion sans conviction

Élevage

Publié le 21/11/2020

Un tilleul, un châtaignier, un sapin, un acacia, un champ de fleurs. Un immense terrain de jeu pour l’abeille, et autant d’opportunités pour produire du miel. La nature dans son plus simple appareil, sans artifice, 100 % bio. En théorie, oui. Aussi « naturel » soit-il, le miel qui termine sur les étals des magasins est, comme les autres productions agricoles, soit qualifié de « conventionnel », soit de « biologique » avec évidemment des nuances dans la pratique. Mais, dans le cas de l’apiculture, l’abeille butine sans avoir conscience de la nature de son repas : contient-il, par exemple, des traces de produits phytosanitaires issus de la chimie de synthèse ? Dans ce cas, adieu la certification bio pour son miel. Néanmoins, même dans un territoire très périurbain comme l’Alsace, dominé par les vignes et la culture de céréales, il est possible de devenir apiculteur bio, moyennant quelques choses utiles à savoir avant de se lancer. C’était l’objectif de la rencontre organisée le 3 novembre dans le cadre du Mois de la bio à la Miellerie du Pays Welche, à Fréland.

Des solutions limitées et onéreuses contre le varroa

Cette structure est gérée par deux Gaec, représentant pas moins de 400 ruches chacun. Fort de ses 18 ans d’expérience dans l’apiculture bio, Olivier Gotorbe est l’un des responsables de cette entreprise (Dominique Ganter gère le deuxième Gaec). « Quand je me suis installé en 2002, il n’y avait qu’un seul apiculteur qui faisait du miel bio en Alsace. Mais quand j’ai décidé de me lancer dans cette filière, il était évident pour moi que cela serait en bio. Le miel est un produit naturel par définition. Je ne me voyais pas utiliser des produits issus de la chimie », résume-t-il. Près de vingt ans plus tard, il ne regrette absolument pas son choix, malgré des difficultés rencontrées par moments. « J’ai perdu 50 % de mes ruches il y a quelques années, c’est comme ça. Petit à petit, j’ai réussi à tout reconstruire. »

Heureusement pour sa miellerie, le bio est très demandé par les consommateurs et donc, très facile à vendre à travers des boutiques indépendantes ou des foires bios. « J’ai eu, à l’époque, le champ libre pour me lancer dans la commercialisation. Aujourd’hui, il y a beaucoup de concurrence sur ce créneau et cela commence à devenir compliqué. Du coup, on peut constater de grosses différences de prix d’un producteur à l’autre, ce qui nous pénalise tous au final. Après, il faut être clair : si on veut faire de l’apiculture bio, il faut le faire par conviction et non pour l’argent. Clairement, on ne gagne pas moins ni plus qu’un apiculteur conventionnel. Par contre, on peut perdre beaucoup plus d’un coup. »

Le varroa, cet acarien parasite devenu la plaie des apiculteurs en quelques années, peut en être la cause. Si Olivier Gotorbe assure maîtriser la pression de ce ravageur depuis une dizaine d’années, sa gestion reste néanmoins très compliquée en apiculture biologique. Alexis Ballis, technicien apicole au sein de l’Association pour le développement de l’apiculture (ADA) Grand Est, explique pourquoi : « En conventionnel, un passage de traitement suffit. En bio, il y a bien des médicaments homologués en France à base d’acides formique, lactique, acétique et oxalique, mais il faut les appliquer au moins quatre ou cinq fois pour qu’ils soient vraiment efficaces. C’est donc beaucoup de temps et d’argent dépensés. Et le problème, c’est qu’il existe des traitements alternatifs, bien moins onéreux, qui sont autorisés chez nos voisins suisses et allemands. Mais, en France, ces produits n’ont pas d’autorisation de mise en marché (AMM) et rendent toute expérimentation illégale. »

La cire, une affaire de « confiance »

Un autre point à prendre en compte lorsque l’on souhaite se convertir à l’apiculture biologique - ou se lancer -, c’est celui de l’approvisionnement en cire. En effet, il existe aujourd’hui des contraintes pour se procurer de la cire d’abeille bio, avec peu de stocks disponibles sur le marché. La cire issue de l’apiculture biologique disponible présente, par ailleurs, un surcoût par rapport au conventionnel, et des circuits d’approvisionnement sécurisés et tracés restent par ailleurs à structurer. Le cahier des charges comporte quelques règles, mais l’apiculteur doit porter une attention particulière à la qualité des cires qu’il utilise. Pour Olivier Gotorbe, ce n’est pas vraiment une contrainte. « Il faut juste travailler avec un gaufreur de cire qui a la certification Ecocert. On lui donne la cire, il le fait pour nous. Et il garde un fond de cuve pour l’année d’après. C’est une histoire de confiance. »

Antoine Gueidan, apiculteur bio à Sélestat et référent à la Fnab (Fédération nationale de l’agriculture biologique), se montre un peu plus « mesuré » que son collègue de Fréland. « On a déjà eu des problèmes sur des cires, qu’elles soient bio ou non d’ailleurs. Personnellement, je n’arrive plus à faire confiance sans avoir un regard sur ce qui est effectivement fait. » Le sujet de la cire est, en effet, très sensible pour les apiculteurs bio car, même s’il n’existe pas de seuil réglementaire à respecter pour les contaminants présents dans la cire issue de l’apiculture biologique, elle ne doit contenir aucun résidu de pesticides qui pourrait contaminer les produits apicoles certifiés bio. Au-delà de seuils critiques, non définis actuellement de manière harmonisée, la certification de l’apiculteur peut ainsi être suspendue, les produits de la ruche peuvent être déclassés et l’apiculteur peut se voir imposer une nouvelle période de conversion d’un an. À noter toutefois qu’un apiculteur en conversion bio peut utiliser de la cire conventionnelle pendant un an, le temps d’obtenir la certification. Il est également possible d’utiliser de la cire conventionnelle sur demande de dérogation auprès de l’organisme certificateur avant l’achat, mais seulement sous deux conditions : la cire ne doit pas contenir de produits contaminants non utilisables en bio, et la cire doit être exclusivement issue d’opercules.

Du miel bio, même en plaine

Dernier point, et non des moindres, l’emplacement des ruches. Si on veut être certifié bio en apiculture, la première règle impose que, dans un rayon de trois kilomètres autour des ruches, les sources de nectar et de pollen soient constituées essentiellement de cultures biologiques, de flores spontanées, de cultures traitées au moyen de méthodes ayant une faible incidence sur l’environnement (prairies, zones humides, forêts, etc.). Une règle qui a voulu prendre en compte la distance que parcourent les abeilles en période de production. Dans les faits, les abeilles ne se limitent pas à cette distance et peuvent aller bien au-delà si elles ne trouvent pas leur nourriture. Ce qui veut dire qu’en Alsace, il sera bien plus aisé d’installer des ruches bio en zone de montagne, ou de moyenne montagne, des endroits où il n’y a pas de cultures, donc pas de traitement phyto.

Pour autant, produire du miel bio dans des secteurs plus « plats » reste possible. « On ne peut pas généraliser la plaine et dire que ce n’est pas possible. J’ai des ruchers dans le Ried, il n’y a pas de pollution, pas ou peu de cultures mellifères, et plus de 50 % de la zone est en biodiversité. Il est même envisageable de produire du miel bio aux côtés de grandes cultures. J’ai des ruchers en Lorraine, à côté d’un champ de colza certifié bio de 80 hectares. Chose qu’on ne trouve pas en Alsace aujourd’hui », observe Olivier Gotorbe. Par contre, on trouve beaucoup de maïs dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. Et clairement, ce n’est pas lui qui pose problème pour la production de miel poursuit l’apiculteur de Fréland : « Les semences sont enrobées, le sol est très riche et on désherbe une fois et après il n’y a plus de traitement. Clairement, le maïs n’est pas une plante dangereuse pour les abeilles contrairement à d’autres céréales qui nécessitent bien plus de traitements. »

Même topo près des vignes. En théorie, l’apiculture bio y est possible, mais cela sous-entend qu’une grosse surface autour soit certifiée bio. Une désillusion pour Marvin Moog, chef de culture au domaine Sylvie Fahrer, à Saint-Hippolyte. Il était venu à cette réunion pour en savoir plus sur l’apiculture bio, désireux d’ajouter encore plus de biodiversité dans ses parcelles qui font 10 ha au total. Mais Antoine Gueidan est catégorique : « Il faut au moins cent hectares de vignes en bio autour des ruches pour que cela soit possible. » Dans la mesure où le domaine Sylvie Fahrer est pour l’instant le seul de son village à être en cours de conversion vers le bio, un tel projet n’est pas près de voir le jour. Alexis Ballis rappelle tout de même un point important : « Le miel n’est pas un produit à risque pour les résidus. En Europe, seuls 5 % des miels qui sont analysés dépassent les limites. Par contre, l’effet terroir est bien plus visible sur le pollen. Celui récolté à Fréland est nickel tandis que celui prélevé en plaine est chargé en molécules. Dans le cas d’une production de pollen, il vaudra mieux se restreindre à la zone de montagne, en effet. »

Initiative à Sundhoffen

Un terrier plus « durable » pour les blaireaux

Technique

Publié le 17/11/2020

Home sweet home*. D’ici quelques semaines, une famille de blaireaux d’Europe va pouvoir s’installer dans un tout nouveau terrier artificiel créé le long de la ligne de chemin de fer qui relie Colmar à Neuf-Brisach. Un projet innovant - une première en France sur une ligne de chemin de fer - porté par SNCF Réseau en partenariat avec la LPO Alsace, la commune de Sundhoffen et des agriculteurs du secteur, qui doit apporter une réponse « durable » à une problématique récurrente : les dégâts causés par le blaireau dans les remblais qui bordent les lignes SNCF. L’animal est en effet une espèce terrassière qui construit son habitat dans un environnement à la terre meuble, bien drainée, et riche en végétation. Une butte ou une digue facile à creuser et à occuper mais qui finit par s’effondrer sur elle-même à cause des cavités creusées, sans parler du glissement sur la voie des matériaux extraits des terriers et accumulés sur les rampants des talus. Conséquence : des heurts avec ces obstacles voire des déraillements de trains dans les cas les plus extrêmes. Si des produits répulsifs et des trappes anti-retour existent pour chasser le blaireau, elles n’ont qu’un effet provisoire ; celui-ci est délogé mais, très vite, il ira creuser un autre terrier principal à proximité. « C’est un problème sans fin si on l’aborde de cette manière, explique le directeur de la LPO Alsace, Christian Braun. Comme nous, le blaireau a besoin d’un habitat principal dans lequel il pourra se replier en cas de problème, ou pour se reproduire et se reposer. D’où la nécessité de mettre en œuvre des alternatives. Mais, pour cela, il faut comprendre le fonctionnement de l’animal et adapter la solution en fonction de ses besoins. »

 

http://alsace.lpo.fr/index.php/un-terrier-artificiel-pour-le-blaireau-de......

Publiée par LPO Alsace sur Mardi 10 novembre 2020

 

 

Un investissement rentable à long terme

Avant de se lancer dans ce chantier à 30 000 euros, installé sur une parcelle de 2,98 ares, mise à disposition gracieusement par la commune de Sundhoffen, les porteurs de projet sont allés se former aux Pays-Bas, un pays qui utilise des terriers artificiels, depuis les années 1990, pour protéger ses très nombreuses digues. « Nous avons découvert là une solution qui cohabite avec l’espèce plutôt que de lutter contre elle. Et surtout, une solution qui fonctionne et qui est pérenne », indique Laëtitia Duhil, médiatrice Faune Sauvage à la LPO Alsace. Cohabiter plutôt que lutter contre, les agriculteurs qui ont leurs parcelles de maïs à proximité du terrier sont prêts à jouer le jeu, malgré les dégâts que peut causer l’animal. Jérôme Fuchs est l’un d’eux : « Le blaireau aime le maïs. Il fait des passages dedans et se met sur ses pattes arrière pour grignoter ce qu’il arrive à atteindre. C’est toujours un peu embêtant mais on est loin des dégâts de sanglier. Même en le chassant, il revient. Au début, on avait peur qu’il y ait plus de blaireaux qui viennent avec ce nouveau terrier. Finalement, il n’y aura pas plus et pas moins de dégâts. Ça sera comme aujourd’hui, sauf qu’ils auront un vrai QG maintenant. »

Concrètement, le terrier est constitué de trois chambres en bois, qui sont autant d’espaces permettant aux blaireaux (entre quatre et cinq pour cette famille) de se reposer, de mettre bas, ou d’élever leurs petits. Ces coffres en bois sont reliés les uns aux autres par neuf buses et cinq boîtes de raccordement en béton. L’infrastructure, une fois terminée, sera recouverte d’un talus d’environ 1,25 m de haut qui viendra s’intégrer harmonieusement dans le paysage. Et pour éviter que les blaireaux retournent creuser le remblai ferroviaire, un grillage a été enfoui à un mètre de profondeur au-dessous du terrier jusqu’au haut du talus. Reste maintenant à attendre quelques mois, le temps nécessaire aux blaireaux de découvrir ce nouveau terrier, et surtout d’en faire leur quartier général. « Nous allons effectuer un suivi au cours des six prochains mois pour vérifier la colonisation du site. En cas de difficulté, nous utiliserons des répulsifs naturels et des trappes anti-retour pour les chasser définitivement de leur terrier actuel afin de les inciter à bouger », précise Laëtitia Duhil. Si cette première expérimentation réussit, elle pourra être répliquée dans des lieux similaires, si la configuration du terrain le permet. Cela pourrait, par exemple, être le cas dans le secteur de Merxheim où des centaines de milliers d’euros ont déjà été dépensées pour reconsolider les remblais ferroviaires fragilisés par les galeries creusées par les blaireaux.

Agriculture biologique

Les cartons « verts » ont la cote

Cultures

Publié le 28/10/2020

Les fruits et légumes bios gagnent du terrain en Alsace. En 2019, la surface totale consacrée à ces productions a augmenté d’un peu plus de 10 %, passant de 1 000 ha en 2018 à 1 119 ha. Une dynamique encourageante qui s’est poursuivie en 2020, malgré l’épidémie de Covid-19. Au contraire même. Pendant le confinement, les demandes pour les fruits et légumes bios estampillés « Alsace » ont « explosé ». Résultat : les chambres froides pleines suite à la « belle récolte » de 2019 ont « fondu comme neige soleil ». « Au cours de cette période, beaucoup de consommateurs se sont tournés vers la vente directe avec une augmentation de clients de près de 200 % », se remémore Dany Schmidt, représentant l’association Bio en Grand Est et l’Opaba, l’organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace. Malheureusement, ce fort engouement pour les produits locaux en vente directe, qu’ils soient bios ou non d’ailleurs, a décliné au fil des mois, depuis le début du déconfinement. « Si on a encore 10 % de nouveaux clients aujourd’hui, c’est vraiment beaucoup », déplore-t-il.

La main-d’œuvre manque à l’appel

Malgré cette petite « douche froide », l’engouement pour les fruits et légumes bios est toujours aussi fort en Alsace, bien aidé il est vrai, par l’important travail réalisé par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Grâce à des échanges constants avec les distributeurs et les grossistes, et des campagnes de communication d’envergure, les fruits et légumes alsaciens, bio ou non, grappillent chaque année des parts de marché de plus en plus importantes. « À tel point que l’Alsace est le seul endroit de France où les surfaces de légumes et de fruits cultivés augmentent », se félicite le président de l’interprofession, Pierre Lammert. Seul bémol, et pas des moindres, le manque de main-d’œuvre de plus en plus criant. « Aujourd’hui, tout le monde veut des produits de proximité, issus du terroir local. Un développement de ces filières est possible, à condition de trouver des gens pour y travailler. C’est vrai, ce sont souvent des emplois pénibles, où il faut se baisser, être dehors. Si on veut des produits locaux, il faut accepter de se mettre au travail. Et la main-d’œuvre étrangère ne suffit plus à répondre aux besoins », explique Pierre Lammert. Dany Schmidt relève les mêmes difficultés, avec une pointe d’agacement en plus : « Pendant le confinement, il y a eu 300 000 candidatures pour aller donner un coup de main dans les fermes. Au final, il n’y a eu que 13 000 contrats signés. Chaque jour, il y avait cinquante candidats potentiels. Au bout d’une demi-heure, il n’y avait plus personne. Cela a été une grosse débandade. »

Des accords « gagnant-gagnant » avec les distributeurs et grossistes

Si la main-d’œuvre a tendance à manquer, les ventes de fruits et légumes bios alsaciens continuent d’augmenter. Grâce au logo vert créé par l’Ifla, ces produits sont immédiatement reconnaissables en magasin, comme leurs cousins « conventionnels » et leur logo rouge. « Les distributeurs sont là, se félicite Dany Schmidt. Tout comme les grossistes qui jouent un rôle essentiel dans la commercialisation de nos produits. À titre personnel, 95 % de ma production est écoulée par eux. Sans ce maillon, je n’existerais pas. C’est pour cela qu’on a besoin de tous les leviers - vente directe, grande distribution, grossistes - pour vendre nos fruits et nos légumes. On a besoin de tout le monde, mais toujours dans un cadre gagnant-gagnant. » C’est grâce à ce modèle que l’exploitation de Joëlle et Régis Rueher, producteurs de fruits bio au Verger de Mathilde, à Helfrantzkirch, réussissent à vendre la quasi-totalité de leur production chaque année. Ils ont signé un contrat triennal avec Biocoop avec un prix plancher garanti à l’avance et un volume défini. Les produits sont ensuite écoulés principalement dans le Grand Est. Il leur arrive aussi de vendre leurs fraises dans le sud de la France, quand la saison bat son plein en Alsace et qu’elle ralentit dans l’arrière-pays provençal. « Et dans leurs cageots verts identifiés bio d’Alsace », glisse avec fierté Régis Rueher. Le reste de la production est vendu localement, directement à la ferme ou via des partenariats avec d’autres producteurs du coin.

Une « bonne année » malgré les gels printaniers

Mais, quand on s’engage sur des volumes définis en grande quantité, il faut pouvoir assurer en amont. Joëlle et Régis Rueher n’ont ainsi pas lésiné sur les investissements pour sécuriser au maximum leurs récoltes composées de fraises, de framboises, de pommes, de poires et de cerises. Le tout sur une surface de 14 ha dans un secteur où la ressource en eau reste faible dans le sol (environ 5 m3/heure). Un immense filet protège les cerisiers, pommier et poiriers, et les framboises et fraises sont bien à l’abri dans de longs tunnels de 300 mètres. Des « assurances qualité » qui ont un coût : 75 000 à l’hectare pour les filets. Une « belle somme » reconnaît l’agriculteur, mais un investissement indispensable pour être capable de produire dans de bonnes conditions. « Avec ce filet, je protège mes cerises des drosophiles, des oiseaux et de la grêle. On peut même récolter quand il pleut. » Pour les fraises et framboises, il faut avant tout se protéger de la pluie et du gel avec ces tunnels. « Il n’y a aucune intervention phyto sur les fraises, on laisse faire les choses naturellement. Si on est protégé de la pluie, c’est tout bon. Le principe est simple : protéger la récolte au moment de la floraison, c’est là où le risque sanitaire est le plus important. En se protégeant de la pluie, on empêche le développement des champignons et on assure un bon rendement de récolte », poursuit Régis Rueher. Contre le gel, il est également paré grâce aux toiles tissées qu’il utilise pour protéger ses fraises et framboises. « On a eu plusieurs nuits à -7 °C au début du printemps et aucun dégât sur ces productions. » Seule la production de pomme a été impactée par ces épisodes de grand froid avec « seulement » une demi-récolte à l’arrivée. « Mais honnêtement, le bilan de l’année est plutôt bon au final », se satisfait-il. Un constat que dresse aussi Thomas Burger, arboriculteur à Steinseltz, et référent de la filière « fruits » à l’Opaba. « Certains producteurs de fruits, dans le secteur de Traenheim notamment, ont enregistré plus de 50 % de dégâts à cause du gel. D’autres secteurs ont heureusement été plus épargnés. Globalement, les exploitations bios ont été bien plus touchées que les conventionnelles. Néanmoins, la récolte reste belle avec des fruits de qualité, bien calibrés et avec une qualité gustative exceptionnelle ! »

 

 

 

Visite politique à Herrlisheim-près-Colmar

Ralliement pour la défense du vignoble

Vigne

Publié le 17/10/2020

Avant d’entrer dans le vif du sujet, le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, a emmené l’ensemble des invités dans son domaine, à Herrlisheim-près-Colmar, pour une présentation générale du vignoble alsacien : son histoire, ses particularités géologiques, ses vins, son rôle dans le tourisme local, ainsi que ses modes de commercialisation. Un exposé instructif qui a permis au nouveau préfet du Haut-Rhin, Louis Laugier, et son homologue bas-rhinoise - et grand-estoise - Josiane Chevalier de se faire une idée plus précise de ce qu’est, et représente, le vignoble alsacien en 2020.

 

?A l’occasion des traditionnelles vendanges annuelles, Josiane Chevalier, préfète de la région Grand Est et Louis...

Publiée par Préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin sur Samedi 10 octobre 2020

 

Un soutien « trop faible » de l’État

Reste à savoir ce qu’il sera, ou pourra être, demain. Car, de Thann à Marlenheim, les inquiétudes sont nombreuses. Économiquement, la crise du Covid-19 a fait très mal. Pendant le confinement, ce sont dix millions de bouteilles de vins d’Alsace qui n’ont pas pu être vendues. Heureusement, la reprise au mois de juin a été « bonne », souligne Jérôme Bauer. « Mais nous sommes aujourd’hui bien loin des objectifs fixés avant la crise du Covid-19. » Pour de nombreuses exploitations, la situation est désormais « tendue » ; le marché export n’a pas encore repris partout, la restauration peine à redécoller et le tourisme est en berne, sans compter l’annulation de tous les salons et évènements. « C’est bien simple, nous n’avons plus aucune visibilité sur l’avenir », s’inquiète le président de l’Ava.

À cela s’ajoute un sentiment de déconsidération de la part du Gouvernement au regard du soutien financier qui a été annoncé : un total de 250 millions d’euros pour l'ensemble de la filière viticole française (dont 155 millions pour financer la distillation des excédents de vin) quand l’aéronautique, premier exportateur de France, reçoit un milliard d’euros. « Un tel écart est incompréhensible quand on sait que la viticulture a une balance commerciale de 12 milliards d’euros à l’export, soit la deuxième du pays, et qu’elle représente 500 000 emplois, tous non délocalisables », fait remarquer Jérôme Bauer.

Lisser les remboursements sur « 5 à 10 ans au moins »

Comme les autres secteurs économiques, la viticulture a bénéficié de mesures d’accompagnement exceptionnelles de la part de l’État pendant le confinement : prêts garantis, reports ou exonérations de charges, distillation de crise. Une « bouffée d’air frais », reconnaît Jérôme Bauer, mais qui a clairement montré ses limites. « On a pu garder la tête hors de l’eau. Mais c’est tout. Quasiment aucune entreprise viticole n’a utilisé le dispositif de chômage partiel dans la mesure où le travail dans les vignes ne s’est jamais arrêté. On a dû continuer à payer les salaires, en plus des factures courantes. Certes, nous avons, comme beaucoup d’entreprises, bénéficié du prêt garanti par l’État, le fameux PGE. Mais dans quelques mois, il va falloir rembourser. Et de nombreuses entreprises viticoles alsaciennes ne pourront pas. »

Une inquiétude partagée par le président du Civa, Didier Pettermann, qui appelle les pouvoirs publics à lisser les remboursements de ces prêts sur « cinq à dix ans au minimum ». « La réalité du terrain va être compliquée, il faut en avoir conscience. J’ai vraiment peur pour nos entreprises », poursuit le président de l’interprofession viticole alsacienne avant d’ajouter : « Pour l’instant, l’État n’est pas au rendez-vous et n’est pas à la hauteur d’une filière qui fait partie intégrante de notre patrimoine national. »

Ce bilan critique s’étend aussi à la mesure d’exonération de charges sociales et patronales qui se déclenche à partir de 80 % de perte de chiffres d’affaires. Un seuil beaucoup « trop haut » pour les responsables viticulteurs alsaciens qui réclament son abaissement à 50 %. « Aujourd’hui, seules 200 entreprises de notre vignoble sont éligibles à cette mesure. Il faut changer les règles, et vite », appelle Jérôme Bauer. Tout comme celle encadrant les stocks qui génère une « double peine » pour les vignerons alsaciens : « Le vin est dans nos caves car il n’a pas pu être vendu, et en plus on est fiscalisé dessus. Ce n’est pas compréhensible au vu de la situation exceptionnelle que nous vivons », relève le président de l’Ava.

Une profession « abasourdie »…

Comme si la conjoncture n’était pas assez difficile, le vignoble alsacien doit en plus composer avec la décision « scandaleuse » de l’Autorité de la concurrence de sanctionner le Civa, l’Ava et le Groupement des producteurs négociants du vignoble alsacien (GPNVA) pour « entente sur les prix ». « Cela n’a jamais existé en Alsace, tranche Jérôme Bauer. Au contraire, nous avons toujours été transparents, peut-être trop finalement. Oui, nous avons eu une mise en garde en 2012. C’est là que l’Ava a mis en place une recommandation syndicale sur les prix, avec un delta de plus de 30 % entre ceux qui payaient le plus et ceux qui payaient le moins. Le pire est qu’à chacune de nos réunions où ce sujet était abordé, les services de l’État étaient toujours présents. À aucun moment, ils n’ont émis la moindre remarque. Ce que nous avons le plus de mal à comprendre, c’est que l’État, par l’intermédiaire de la loi Egalim, a demandé aux filières de mettre en place des indicateurs de prix par souci de transparence. Et là, nous sommes retoqués pour ça. On est vraiment abasourdis. » « On ne peut pas accepter cette décision, complète Didier Pettermann. Depuis 1963, nous avons toujours été les bons élèves en invitant tous les acteurs autour de la table. Désormais, on se réserve le droit de faire appel de cette sanction. »

…mais « sérieuse »

Cette « responsabilité » de la viticulture alsacienne s’illustre aussi sous d’autres formes : via la gestion du travail dans les vignes, malgré l’épidémie de Covid-19, et via la charte ZNT qui doit encadrer l’utilisation des produits phytosanitaires à proximité des habitations. « Que ce soit pendant les vendanges et les mois avant, nous avons respecté drastiquement les gestes barrière dans les parcelles et les caves. Résultat : des vendanges qui se sont déroulées dans de très bonnes conditions et aucun cluster à déplorer malgré les 17 000 salariés et les 20 000 saisonniers qui ont travaillé pour la viticulture alsacienne ces derniers mois. Et concernant la charte ZNT, nous avons largement joué le jeu. On a fait un document sérieux qui répond aux attentes de la société. Nous avons déjà discuté avec les associations environnementales et nous voulons continuer dans cette voie, tout comme on est prêt à aller plus loin avec les communes. Mais il ne faut pas oublier que le vignoble alsacien est ce qu’il est avec un village tous les cinq kilomètres. Alors quand on dit qu’il faut enlever dix mètres autour des habitations, c’est juste une hérésie. Et quand il y a une révision des plans d’urbanisme, une zone tampon doit être intégrée dedans sur les parties habitables. On ne peut pas toujours reculer », indique Jérôme Bauer.

Faciliter les investissements

Le dernier point abordé par le président de l’Ava concerne le Plan de relance exceptionnel du Gouvernement d’un montant de cent milliards d’euros. Celui-ci s’articule autour de trois volets principaux : l’écologie, la compétitivité et la cohésion. Malheureusement, il ne devrait pas vraiment profiter à la viticulture pour Jérôme Bauer. « Il y a des aides pour de l’investissement pour du matériel plus environnemental, pour le HVE, etc. Mais tout cela existait déjà. Et concrètement, la viticulture alsacienne n’est plus en capacité d’investir. Ce qui nous faudrait, en revanche, ce sont des aides à la promotion pour conquérir des marchés, des aides physiques, mais aussi morales. »

Malgré les difficultés énoncées, le représentant des coopérateurs, Pierre-Olivier Baffrey, estime au contraire que l’investissement « ne doit pas être mis de côté » à condition que l’Administration soit capable de faciliter quelque peu les choses. « On voit un écart important entre la vitesse de décision dont nos entreprises ont besoin et la vitesse de réaction des services administratifs. Je sais bien qu’il existe des délais qui sont incompressibles, mais certaines choses peuvent et doivent se faire plus rapidement. Toutes les lourdeurs que nous rencontrons encore nous empêchent d’être en corrélation avec la réalité. »

60e Journées d’octobre et 20e Folie’Flore de Mulhouse

Pas de masque pour la convivialité et l’émerveillement

Pratique

Publié le 11/10/2020

Un léger brouhaha émane du Parc des expositions de Mulhouse. Après des dizaines de manifestations annulées dans le Haut-Rhin et en Alsace, les 60e Journées d’octobre et les 20e Folie’Flore ont finalement été maintenues moyennant le respect drastique des mesures et gestes barrière contre le Covid-19. Seule la traditionnelle balade inaugurale en présence des élus et des organisateurs n’était pas de la partie cette année. Ce qui n’a pas empêché les uns et les autres de pouvoir s’exprimer lors du coup d’envoi officiel de ces dix jours de fête, le 30 septembre dernier.

Pour la maire de Mulhouse, Michèle Lutz, les Journées d’octobre et Folie’Flore sont une « ode à la nature » qui rappelle aux uns et aux autres « l’impérieuse nécessité de protéger notre planète » et, à une échelle plus locale, le cadre de vie des Mulhousiens. Dans ce contexte de crise sanitaire et économique, elle croit plus que jamais à un « plan de relance ambitieux » basé sur le développement durable, que ce soit en végétalisant davantage l’espace public, en favorisant la rénovation thermique des bâtiments, en développant les modes de transport « doux », tout comme l’agriculture urbaine, les circuits courts, le respect du cycle alimentaire des saisons afin de contribuer à une consommation « raisonnée et durable ». La présidente des Journées d’octobre et de Folie’Flore, Betty Muller, salue, elle, l’investissement bénévole des paysagistes haut-rhinois qui ont su créer des jardins plus « improbables » qu’à l’accoutumée. « Malgré le contexte, ils ont su faire preuve d’une immense créativité qui prend la forme de bulles de champagne, d’immenses gâteaux et cadeaux. Merci à eux et aux communes partenaires pour ce gros travail. » Si celui-ci permet aux visiteurs de s’évader un peu du contexte anxiogène dans lequel nous vivons en ce moment, le maintien des Journées d’octobre et de Folie’Flore est aussi une bouffée d’air pour tous les commerçants et artisans locaux. « Il faut qu’ils puissent continuer à travailler. C’est indispensable pour notre tissu local, tout comme l’est la convivialité inhérente à ce genre de manifestations », ajoute Betty Muller.

 

Quelques images automnales de Folie'Flore ?? . Le cocktail ? des 60 ans des Journées d’Octobre est en dégustation libre...

Publiée par Parc Expo Mulhouse sur Mercredi 7 octobre 2020

 

Maintenir le « lien » entre villes et campagne

Le premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), Denis Nass, voit dans ces Journées d’octobre et Folie’Flore un « lieu d’échange et de rencontres » qui doit perdurer. Un rapprochement entre ville et campagne qui est, à ses yeux, « indispensable » pour résoudre bon nombre de problématiques actuelles : la protection de l’environnement, l’alimentation et le changement climatique. Et que ce soit dans les champs ou dans les rues pavées des communes, le « plus de vert » est confronté au même besoin, celui de l’accès à l’eau. « Sans eau, pas de végétal. Sans eau, pas d’alimentation, c’est aussi simple que cela. Il est donc urgent de réfléchir à des réserves d’eau tant pour les agriculteurs que pour l’ensemble de la population alsacienne. C’est un sujet collectif. »

Dans son allocution, Denis Nass est également revenu sur le confinement du printemps dernier et les enseignements « positifs » à en retirer. « Oui, l’épidémie de Covid-19 a aussi eu des effets bénéfiques. Pour les apiculteurs, notamment, qui ont connu une année exceptionnelle. Et pendant qu’ils récoltaient leur miel, les agriculteurs ne se sont jamais arrêtés de travailler alors qu’ils sont fréquemment montrés du doigt au sujet de la disparition des abeilles. Cette année, on a bien vu que ce n’était pas le cas et que le risque qu’on pointe du doigt n’est pas le bon. » Le confinement a aussi déclenché un certain engouement des citoyens pour les producteurs locaux. Mais quelques mois plus tard, le constat est un peu amer pour Denis Nass : « Aujourd’hui, on est pratiquement revenu à la situation de départ. Pourtant, ce lien entre consommateurs et producteurs, entre ville et campagne, est plein de bon sens. Il y a tellement de choses à faire ensemble dans l’alimentation, la production d’énergie et la gestion des déchets. Mobilisons-nous collectivement pour que tous ces projets voient le jour. » Un besoin de « collectif » entendu et partagé par le préfet du Haut-Rhin, Louis Laugier, notamment sur la question de la ressource en eau. « Tout le monde est concerné par cette question, pas seulement les industriels et les agriculteurs. D’où la nécessité de développer une vision globale et partagée sur ce sujet. C’est pour cette raison qu’un comité de gestion de la ressource en eau va être créé prochainement dans le département pour réfléchir collectivement à cette problématique », annonce-t-il.

Rencontres Agrosphère du Comptoir agricole

L’eau, un enjeu « majeur »

Technique

Publié le 06/10/2020

Aujourd’hui peut-être encore plus qu’hier, l’eau est un sujet majeur de société. Avec des sécheresses de plus en plus fréquentes, longues et intenses, la question de sa disponibilité se pose davantage. Alors le monde agricole expérimente, innove ou se diversifie. Certains misent tout sur le bio, d’autres réfléchissent à parfaire leurs pratiques conventionnelles pour réduire au maximum l’usage des produits phytosanitaires. C’est ce qu’étudie le Comptoir agricole avec le désherbinage, une pratique qui combine les avantages du binage avec la pulvérisation de précision. Pour le directeur, Denis Fend, cette technique est une réponse « pertinente » pour les parcelles situées dans les onze zones de captages détériorées recensées dans le Bas-Rhin. « En 2016, la profession agricole a été sollicitée pour améliorer la qualité de l’eau dans ces zones prioritaires. Concernant les produits phytos, il s’est vite avéré que ce sont les herbicides qui posaient problème, compte tenu de leur mode d’utilisation. Alors, on a travaillé là-dessus pour trouver des solutions. » L’idée de complètement changer de culture est évoquée, de la luzerne ou de l’herbe. Mais la perte de revenus aurait été trop importante pour que ce soit « tolérable » pour l’agriculteur considère Denis Fend.

 

 

Une prestation « clé en main » de désherbinage

C’est là que le désherbinage peut prendre tout son sens pour l’agriculteur qui cultive en conventionnel, par choix ou par nécessité. Mais désherber mécaniquement son sol demande du temps, parfois beaucoup de temps. Et aussi pas mal d’argent. Il y a le coût de la bineuse, mais aussi celui du temps passé à désherber, plus le coût du gasoil, etc. Des contraintes qui peuvent finir par décourager même les plus motivés. D’où l’idée du Comptoir agricole de proposer une prestation de désherbinage « clé en main » en partenariat avec la Région, l’Agence de l’eau et la Chambre d'agriculture. Un projet pour l’instant au stade de la « construction » qui pourrait être une « vraie solution » pour les 3 000 ha de terres situées en zones de captage prioritaires dans le Bas-Rhin. « On pourrait grandement améliorer les choses si on arrive à démocratiser le désherbinage. Mais le matériel nécessaire a un coût. D’où la nécessité de proposer aux agriculteurs une solution qui soit collective et accessible financièrement », indique Denis Fend.

Hormis le bio, cette solution, qui mêle binage et pulvérisation, est le « seul levier qui reste » pour diminuer la présence des herbicides dans les zones de captage prioritaires. « On peut réduire l’utilisation des produits de 60 %, ce n’est pas rien », note Christian Lux, responsable agronomie et environnement au Comptoir agricole. Lors de la rencontre Agrosphère du 11 septembre à Herrlisheim, il a présenté le type de machine que la coopérative souhaiterait acquérir pour mettre en œuvre cette technique : une désherbineuse 8 rangs, avec possibilité de descendre à 6 rangs, autoguidée par caméra, avec des palpeurs sur le rang. Le tracteur devra être équipé en RTK pour débiter le chantier dans de bonnes conditions. L’idée serait aussi d’utiliser les dernières innovations en matière de pulvérisation avec des buses espacées de seulement 25 centimètres avec un angle de 60° au lieu de 110°. « Amazone commence à proposer des choses comme ça. Avec un tel outil, on peut abaisser la rampe à 45 centimètres du sol, traiter plus précisément un racinaire et réduire davantage la dérive », poursuit Christian Lux.

Selon les estimations du Comptoir agricole, une désherbineuse de ce type pourrait couvrir une surface de 150 ha par an (à raison de 15 à 17 ha par jour) avec, dans la majorité des cas, au moins deux passages nécessaires pour que le désherbage mécanique soit efficace. « Un passage peut néanmoins suffire en fonction des conditions climatiques et de la parcelle », relativise Christian Lux. Reste le coût de cette solution : environ 130 euros à l’hectare pour 1,7 passage. « C’est cher, c’est vrai. Quand on veut nettoyer sa parcelle avec un pulvé classique, on est plutôt à 80 euros à l’hectare. C’est pour cette raison qu’il faut un accompagnement solide pour que les agriculteurs aient envie d’aller vers cette solution. Si on dit aux agriculteurs d’y aller individuellement, avec tout ce qu’ils ont déjà à faire à côté, plus les investissements que cela demande, cela serait très compliqué », ajoute le responsable agronomie et environnement du Comptoir agricole.

Des variétés plus précoces, mais moins stressées

À la qualité de l’eau dans le sous-sol, s’ajoute la question de la quantité d’eau en surface, en zone non irriguée notamment. Quand la pluie vient à manquer, il faut des idées. Pour le maïs, il y a la méthode dite « d’esquive » qui est un moyen de réduire la vulnérabilité face au manque d’eau en période estivale. Idéalement, il faudrait que la dernière floraison du maïs ait lieu au 15 juillet au plus tard, quand les dernières réserves hydriques subsistent dans le sol. « Mais ces dernières années, on peut constater qu’elles baissent fortement dès les mois de mai et juin. Alors, sans possibilité d’irriguer, il faut réfléchir autrement », explique Valentin Gertz, technicien support au Comptoir agricole. Dans un premier temps, il convient de rappeler ce qui fait le rendement du maïs : la programmation, à savoir le nombre de grains par épi, et le PMG (poids mille grains). Or, en cas de stress hydrique au moment de la floraison, on perd en programmation, et en cas de stress au moment du remplissage, on perd en PMG. « D’où la nécessité de trouver des variétés qui résistent bien à la floraison et qui ont un PMG moyen », précise Valentin Gertz.

Le Comptoir agricole en a testé trois : la très précoce P8521, la précoce P8834, et la demi-précoce DKC 4670. Elles ont été semées toutes les trois deux fois, le 3 avril et le 21 avril. Premier constat, la P8521 plantée le 3 avril affichait un taux d’humidité de 15,2 % début septembre, tandis que la DKC 4670 semée à la même date affichait, elle, une humidité de 30 %. « Rien qu’en changeant la variété, on a gagné 15 points d’humidité et autant de frais de séchage en moins. » L’écart est un peu moins important pour la série semée le 21 avril : 24 % d’humidité pour la P8521 et 36,2 % pour la DKC 4670. En matière de programmation, la P8834 s’avère « pas trop mal », tandis que la P8521 a rencontré quelques problèmes de remplissage. La DKC 4670, plus tardive, a davantage profité des apports d’eau qui ont été faits les 24 et 31 juillet. « Au départ, on ne voulait pas irriguer du tout. Mais avec ce sol sableux et ses réserves faibles, on a été contraint d’irriguer un peu pour obtenir des résultats à l’arrivée », justifie Valentin Gertz.

Des économies de frais de séchage

Alors, vaut-il mieux un maïs plus tardif, mieux rempli mais un peu plus humide, ou un maïs plus précoce, moins « chargé », mais aussi plus sec ? « Sur un maïs très précoce, avec une humidité de 15 %, la marge brute est de 532 euros à l’hectare. Malgré la baisse de rendement, on fait l’économie des frais de séchage. En zone non irriguée, c’est un critère à prendre en compte quand on choisit sa variété. Il ne faut pas forcément prendre des maïs très tardifs, mais plutôt jouer sur la date de floraison qui doit être la plus précoce possible. »

Lors de cet essai, le Comptoir agricole a aussi semé du sorgho, du soja et du tournesol pour évaluer leur potentiel de rendement en zone irriguée par rapport au maïs, et leurs besoins en eau. Si le maïs est très gourmand en eau à la floraison (entre 300 et 350 mm d’eau) par rapport au tournesol (230 mm d’eau environ), il ne reste pas moins la culture la plus « efficace » au quintal produit par rapport aux trois autres cultures : « Il faut cinq litres d’eau par quintal de maïs produit contre douze litres pour les autres. C’est une plante qui reste très intéressante malgré tout par rapport à la problématique eau. »

 

 

Lire aussi : Des solutions pour lutter, des idées pour se diversifier, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

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