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Nicolas Bernard

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Du 31 juillet au 2 août, à Sainte-Croix-en-Plaine

Un week-end top en perspective avec Provitis

Vigne

Publié le 22/07/2020

À défaut de Foire aux vins, l’été alsacien aura son « Top week-end ». Du vendredi 31 juillet au dimanche 2 août, la société Provitis, basée à Sainte-Croix-en-Plaine, organise des portes ouvertes avant l’heure avec la quasi-totalité de ses partenaires alsaciens (ACS - Andelfinger, CAC - Ampelys, Viti Service, ETA Gsell, S.E. Techniques Agricoles, Roecklin, Clinique Electro Diesel, Ostermann). « Initialement, on voulait les organiser en 2021. Mais, avec l’annulation en cascade de toutes les manifestations et salons viticoles, on s’est dit que cela serait peut-être plus opportun de le faire cet été. Nous allons essayer, à notre humble échelle, de combler un manque ressenti par beaucoup de viticulteurs depuis le début de la crise sanitaire », explique le directeur de Provitis, Didier Andelfinger. Au programme, chacun des exposants pourra présenter ses dernières nouveautés - matériels, services et autres - destinées aux viticulteurs alsaciens, mais pas que. Provitis va ainsi profiter de l’occasion pour mettre en avant des machines conçues pour les marchés export et d’autres vignobles français. On pourra ainsi découvrir une machine à vendanger équipée d’un châssis multifonctions ou encore d’une rogneuse traînée présentée en 2019 au Sitevi.

 

 

Convivialité et gestes barrière

Comme au Parc Agricole de la Foire aux vins, ce week-end sera avant tout marqué du sceau de la convivialité. Entre l’animation musicale continue et la restauration assurée par les JA Viti, l’ambiance se voudra légère, accueillante, décontractée… et la plus sécurisée possible. Vu le contexte sanitaire toujours sensible, tout a été pensé pour assurer au maximum le respect des gestes barrière face au Covid-19. « Le protocole sanitaire sera probablement allégé d’ici là, ou peut-être pas. On voit quand même émerger des clusters depuis quelque temps. Dans le doute, je ne préfère pas prendre de risque », annonce Didier Andelfinger.

Ainsi, il faudra impérativement s’inscrire via le site de l’entreprise pour annoncer sa venue. Les organisateurs tablent sur 400 personnes maximum par jour pour assurer le bon déroulement de la manifestation. Tous les stands seront installés à l’extérieur, à une distance suffisante les uns des autres. Ils seront en outre équipés chacun de distributeurs de gel hydroalcoolique. Et, en cas d’intempérie, ils seront protégés par des petits chapiteaux de 9 m2. La restauration pourra se faire sous un grand hangar abrité mais uniquement débout. « Aucune place assise n’est prévue, seulement des mange-debout », précise le responsable de Provitis.

Enfin, un parcours balisé, fléché et à sens unique sera mis en place pour accéder aux toilettes, à l’intérieur du bâtiment. « Ceux qui le voudront pourront visiter nos bureaux par la même occasion. » Les plus nostalgiques, ou les plus curieux, pourront jeter un œil à la collection de tracteurs anciens de François Jecker d’Hattstatt. Pour l’occasion, il va tâcher de réunir des anciens modèles de toutes les marques présentes chez l’ensemble des exposants du week-end. Une manière de se changer un peu les idées dans un contexte viticole quelque peu morose. Raison de plus pour Didier Andelfinger d’être présent aux côtés des viticulteurs. « Je crois que c’est important qu’on se serre tous les coudes. La situation est difficile pour l’ensemble de la filière, nous y compris. Pendant le confinement, nos distributeurs et nos clients ont continué à répondre présents, je les remercie chaleureusement. À notre tour maintenant. »

Région Grand Est

Des aides « ciblées » pour la viticulture

Vigne

Publié le 04/07/2020

Après la crise, le rebond. Durement impactée par la crise du Covid-19, la viticulture alsacienne se cherche un second souffle. Alors que le début d’année 2020 laissait augurer une reprise encourageante des ventes, cette dynamique fragile s’est écroulée comme un château de cartes. L’heure est maintenant à la reconstruction pour une filière indispensable au dynamisme économique et à l’attractivité de l’Alsace. Consciente de ces enjeux, la Région Grand Est se mobilise pour apporter un soutien financier « direct » à la viticulture alsacienne. Le 23 juin, son président, Jean Rottner, sa vice-présidente, Pascale Gaillot, ainsi que deux conseillers alsaciens de la collectivité, Patrick Bastian et Laurent Wendlinger, ont répondu à l’invitation de la profession au domaine Jacques Bauer et Fils, à Herrlisheim-près-Colmar. Négociants, coopérateurs, producteurs, indépendants, interprofession, la « famille » viticole alsacienne au grand complet était présente par l’intermédiaire de ses présidents respectifs. « Nous souhaitions dire à l’ensemble de la profession que la Région est là, à leurs côtés, avec des aides financières directes », explique Jean Rottner.

 

 

Préparer la « mutation viticole » des prochaines décennies

Ce plan de soutien d’une ampleur « inédite » pourrait atteindre les 7,7 millions d’euros (M€), en intégrant l’engagement financier du Civa dans ce plan de rebond « massif ». Dans un premier temps, la Région s’engage à verser 1 M€ pour soutenir les actions commerciales (aides à l’export, promotion, salons professionnels, etc.). Un montant qui viendra s’additionner au 1,50 M€ injecté par le Civa dans le cadre de son plan Rebond post-Covid. Viendra ensuite une aide potentielle d’1 M€ pour accompagner les entreprises viticoles sur la formation initiale et continue, sur l’export par exemple, ou sur l’installation. « Nous portons un regard bienveillant, mais aussi exigeant, sur les exploitations viticoles. Pour nous, il est essentiel d’être bien formé si on veut faire ce métier d’une part, mais aussi si on veut se développer commercialement. On ne peut pas développer ses marchés exports n’importe comment, il faut un minimum de pré-requis », estime Jean Rottner. Viennent ensuite 4 M€ d’aides supplémentaires, dont 2 M€ provenant de fonds européens, qui seront destinés à l’accompagnement de l’œnotourisme (200 000 €) et au soutien des investissements qui devront « accélérer la transition environnementale et numérique » de la viticulture. « Nous devons préparer la mutation de la profession viticole sur les prochaines décennies. Nous devons voir les choses sur le long terme », justifie le président de la Région Grand Est.

 

 

« Le vignoble alsacien est à un tournant »

Ce soutien financier est évidemment salué par la profession viticole alsacienne. Pour le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava), Jérôme Bauer, les propositions faites par la Région répondent à un « réel besoin ». « La réponse est à la hauteur de nos attentes. » Pour le président du Civa, Didier Pettermann, ces aides « très ciblées » vont obliger la profession à « se retrousser les manches ». « Nous n’avons de toute façon pas le choix. Nous avons devant nous un vrai projet d’envergure, celui de se relever de cette crise, de gagner, et de reconquérir les marchés que nous avons perdus. C’est un pari sur l’avenir. À nous de nous retrousser les manches. » Jean Rottner complète : « Politiquement, le vignoble alsacien est à un tournant. Cette crise peut favoriser une accélération positive de ce mouvement. Peut-être que la profession a attendu un peu trop longtemps pour être capable de se dire les choses. Désormais, les gens se parlent et c’est très bien. Avec des solutions, ça sera encore mieux. Et ça, c’est la responsabilité des professionnels, cela ne m’appartient pas. »

 

Organismes stockeurs alsaciens

Des règles communes pour une moisson « en toute sécurité »

Pratique

Publié le 30/06/2020

Lundi 16 mars, J-1 avant le confinement décrété quelques jours plus tôt par le président de la République. Devant les supermarchés, des files d’attente impressionnantes de consommateurs inquiets se forment. On veut faire le « plein » avant des semaines qui s’annoncent bien longues. Chez les organismes stockeurs (OS) alsaciens, un phénomène similaire se produit. Ici, pas de paquets de papier toilette ou de kilos de pâtes sur la liste des courses. On veut faire le plein d’intrants et de fournitures, au cas où.

À ce moment, les agriculteurs ne savent pas encore que leurs points d’approvisionnement et de collecte habituels resteront bel et bien ouverts. En interne, les équipes des OS sont pleinement mobilisées pour répondre à cet afflux quelque peu disproportionné. À la Coopérative agricole de céréales (CAC), au Comptoir agricole, chez Armbruster et chez Gustave Muller, le topo est le même : les procédures habituelles, pourtant bien rodées, ne sont pas adaptées à un tel scénario. « Qui aurait pu imaginer, il y a quelques mois, ce à quoi nous allions être confrontés », souligne aujourd’hui le directeur général de Gustave Muller, Nicolas Koenig. Si le maintien du service apporté aux agriculteurs était - et l’est toujours - primordial pour ces entreprises, il fallait en premier lieu assurer la sécurité de l’ensemble des collaborateurs. « Tout cela a généré une prise de conscience », relate le directeur général de la CAC, Jean-Marc Schacherer.

Chaque OS a d’abord mené des réflexions en interne pour voir les mesures à mettre en place sur chacun de leurs sites. « Au final, on est tous arrivés aux mêmes conclusions. On s’est alors mis d’accord pour mettre en place une cellule commune au niveau de nos ressources humaines afin d’avoir un partage des bonnes pratiques », développe le directeur de la CAC. Chaque semaine, une réunion inter-OS autour du sujet Covid-19 était organisée. Naturellement, la question de la récolte à venir est arrivée sur la table. Le « point d’orgue » d’une saison agricole qui allait être contrainte cette année par une crise sanitaire exceptionnelle.

 

 

« On ne peut pas se relâcher »

En clair, il fallait s’assurer que les règles sanitaires ne deviennent pas des « éléments de différenciation commerciales » entre les OS alsaciens. « Cet enjeu a prévalu naturellement chez tout le monde », fait remarquer Jean-Marc Schacherer. C’est comme cela que sont nées les « 7 règles à respecter » (voir encadré) qui vont être mises en application durant la toute proche récolte des céréales d’hiver et, plus tard, pour celle des céréales de printemps. Un dispositif unique pour tous les céréaliers alsaciens, qu’ils soient du Kochersberg, du Sundgau, de la Plaine ou de l’Outre Forêt, et qu’ils soient adhérents du Comptoir agricole, de la CAC, d’Armbruster ou de Gustave Muller. « Il vaut mieux anticiper plutôt que de subir », résume très simplement Nicolas Koenig.

Même si l’épidémie de Covid-19 n’est plus à son intensité du début du printemps, le virus continue de circuler ; les clusters apparus ici et là sur le territoire national au cours des derniers jours sont là pour le rappeler. « On ne peut pas se relâcher, rien que par respect pour nos collaborateurs. Certains ont vu la maladie de près. Les inquiétudes sont réelles parmi eux. C’est notre rôle en tant que dirigeants d’assurer leur sécurité », poursuit le responsable de Gustave Muller. Tous les OS alsaciens ont été touchés à divers degrés par l’épidémie. Par exemple, au Comptoir agricole, le taux d’arrêt maladie est monté jusqu’à 15 %, tandis que chez Gustave Muller, vingt collaborateurs sur cent ont été absents en même temps à cause du virus. À la CAC, le taux d’absentéisme est resté « faible », tout comme chez Armbruster. Comme toutes les entreprises, les OS ont mis rapidement en place les mesures nécessaires pour sécuriser leurs collaborateurs : télétravail quand la fonction le permet, distance minimale de sécurité, gel hydroalcoolique, etc. « Il y a eu un peu de chômage partiel sur des boulots mineurs mais cela n’a pas duré longtemps. Concrètement, on n’a pas arrêté de travailler ne serait-ce qu’une seule journée. Et puis, dans la mesure où on n’est pas quinze à travailler dans le même lieu, les gestes barrières sont plus faciles à appliquer sur nos sites », considère le directeur général du Comptoir agricole, Denis Fend. Quel que soit l’OS, aucun décès ou admission en réanimation n’est à déplorer parmi les salariés. La volonté est évidemment que cela continue dans ce sens.

 

 

La « mission » de collecte sera assurée

Grâce à ces sept règles validées par tous - dont FDSEA et JA -, il ne pourra pas y avoir d’ambiguïté pour les agriculteurs qui livreront leurs récoltes de céréales. « Il était essentiel d’apporter un message clair et unique à tous. Depuis le début du déconfinement, nous déplorons malheureusement des comportements inappropriés de certains clients par rapport au Covid-19. Ce n’est pas parce qu’on est déconfiné, qu’on est revenu à la normale. Pour d’autres, c’est la situation inverse avec une grande peur à sortir de chez soi. Au milieu de tout ça, il y a un entre-deux à avoir, à appliquer et à faire respecter », insiste Nicolas Koenig. Par exemple, il sera obligatoire, lors de la moisson, de prendre rendez-vous 48 heures à l’avance avec son collecteur. Une « contrainte supplémentaire » déjà expérimentée ces trois derniers mois qui devra être impérativement respectée.

Pour autant, pas d’inquiétude à avoir, tous les OS sont unanimes : cela ne les empêchera pas de mener à bien la mission qui leur est dévolue, à savoir assurer la récolte de leurs adhérents en temps, en heure et en qualité. Jean-Michel Schacherer l’assure : « Avec ce dispositif, le temps d’attente et de livraison peut être divisé par deux ou par trois. Cela nous permet de calibrer les ressources. Certes, la moisson du blé est particulière car elle doit être faite rapidement. Mais on peut mettre les moyens en face. Et la planification est un outil extrêmement important pour y arriver. »

C’est d’autant plus indispensable qu’en aval, une qualité irréprochable de la production est attendue, Covid-19 ou pas. « Ce qu’on va mettre dans nos silos va être primordial pour la commercialisation de demain. Pour l’instant, on déplore une certaine morosité sur les marchés. Il faut donc qu’on soit capable de proposer le meilleur à l’ensemble de nos débouchés », précise Jean-Marc Schacherer.

Il reste à espérer qu’une deuxième vague épidémique ne soit pas à déplorer cet automne, au moment de la récolte de maïs, le « gros morceau » de la moisson en Alsace. « C’est un scénario pris de plus en plus au sérieux par les spécialistes. Évidemment, j’espère que cela ne sera pas le cas. Mais si ça devait l’être, au moins on sera prêt dans la mesure où les règles sanitaires auront été mises en place et éprouvées au sein de tous les points de collecte d’Alsace », conclut Nicolas Koenig.

Irrigation du blé

Une rentabilité fragile

Cultures

Publié le 20/06/2020

Si l’irrigation est une garantie d’excellents rendements en maïs, qu’en est-il avec le blé ? Une question d’autant plus d’actualité avec les derniers mois relativement secs - et chauds - que l’Alsace a connus. Dans les sols de la Hardt superficielle, dans le Haut-Rhin, certains exploitants sont montés jusqu’à cinq tours d’eau, ce qui est beaucoup. « La dernière fois qu’il a fallu arroser autant, c’était lors des printemps 2011 ou 2012 », se remémore Jonathan Dahmani, conseiller en irrigation à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). 2020 est donc une grosse année d’irrigation pour le blé en Alsace, en tout cas dans certains secteurs. Dans d’autres, un à deux tours d’eau ont été suffisants. Et puis il y a des zones, où même sans irrigation, le potentiel est « relativement là ». C’est le cas du Sundgau. Mais, avec ces années qui se réchauffent et ces précipitations qui ont tendance à se raréfier, le potentiel de rendement des blés alsaciens est-il menacé à moyen ou long terme sans irrigation ? « Disons que cela dépend du type de sol. Il y a des zones où la réserve utile en eau est faible. C’est le cas du Piémont, dans le Haut-Rhin, où les sols ne sont pas très profonds. Ceux qui ne sont pas équipés pour l’irrigation vont voir leurs rendements impactés. » Pour autant, cela ne veut pas dire s’équiper à tout prix si on ne dispose pas de matériel d’irrigation. « C’est un investissement conséquent. Si on le fait juste pour du blé, cela n’a pas d’intérêt », explique Jonathan Dahmani. Pourtant, le blé a besoin d’autant d’eau que le maïs pour assurer son cycle. Mais ce dernier, plus long, reste moins exposé aux éventuels déficits hydriques entre les mois d’octobre et juin. Irriguer son blé, oui, mais à condition d’être déjà équipé. « Pour cette culture, cela reste toujours une charge supplémentaire. Au mieux, on assure des rendements normaux. Mais on n’ira pas au-delà. Ce n’est pas la même philosophie que pour le maïs, qui plus est adapté aux sols légers qui chauffent vite. À chaque fois qu’on fait un tour d’eau en blé, la marge économique s’amenuise. Reste à savoir jusqu’où », souligne le conseiller de la CAA. Maintenant, la question se pose pour 2020 : quel est l’impact économique de cette irrigation importante sur la rentabilité de la culture ? « Nous ferons le point après la récolte. Nous ferons une étude économique poussée cet automne pour évaluer plus finement la rentabilité de l’irrigation en blé », annonce-t-il.

 

 

Rachat de Socobeval par la CAC

Apporter de la « valeur » aux éleveurs

Élevage

Publié le 15/06/2020

La CAC s’était lancée dans la collecte d’animaux en 2016, au sein de l’union de coopératives Cloé. Avec le rachat de Socobeval, vous poursuivez votre implication dans cette filière, mais seul. Pourquoi cette évolution ?

Jean-Michel Habig (JMH) : « C’est vrai, nous avions répondu présents lors de la fermeture de Copvial. À ce moment, nous avons su apporter une réponse à nos associés coopérateurs. Avec Cloé, c’était entre 800 et 1 000 animaux. Nous ne perdions pas d’argent, mais ce n’était pas une réponse satisfaisante pour nos associés coopérateurs. Et puis nous avons été sollicités par Léon Harfenist qui souhaitait vendre Socobeval pour la faire perdurer. C’était pour nous l’occasion d’être pleinement présents dans cette filière avec la perspective de créer de la valeur pour la redistribuer à nos coopérateurs. »

Rémi Hatstatt (RH) : « Avec Cloé, on stagnait, on ne progressait pas assez. On ne pouvait pas évoluer sans un achat externe. Avec 40 000 animaux par an répartis entre les sites de Manspach et Schwindratzheim, nous avons aujourd’hui une vraie opportunité pour nous développer. Et puis, c’est une vraie réponse environnementale. Beaucoup de gens veulent aujourd’hui plus d’herbe dans les paysages. L’élevage, laitier ou allaitant, permet de la valoriser. »

Aurélie Aubry (AA) : « Une chose est sûre : si nous ne réagissons pas, nous aurons de moins en moins d’engraisseurs au fil des années. Nous avons aujourd’hui le niveau de vaches allaitantes le plus faible depuis vingt ans en France. Il y a encore des choses à faire. »

 

Comment Cloé a accueilli le départ de la CAC ?

JMH : « Nous l’avons quittée en tout bien, tout honneur. Tout a été fait en totale transparence. Dès le début des transactions, j’ai averti mes homologues. Aujourd’hui, j’ai toujours de très bons contacts avec les présidents du Comptoir Agricole, de Lorca et de la CAL. »

 

Des rumeurs évoquent un prix de rachat de huit millions d’euros. Qu’en est-il réellement ?

JMH : « Le montant est confidentiel, notamment par respect pour le vendeur. Mais ce que je peux dire, c’est qu’on est bien loin des sommes annoncées, sinon nous ne nous serions pas engagés comme nous le faisons. »

 

Avec 40 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, Socobeval fait partie des acteurs qui comptent dans le négoce de bétail dans le Grand Est. Comment comptez-vous maintenir cette bonne dynamique ?

JMH : « Déjà, il faut savoir que la transition se fait en douceur. Depuis la vente, Léon Harenfist et Daniel Dreyfuss nous accompagnent et nous conseillent en tant que consultants extérieurs. Et puis, avec Aurélie Aubry, nous disposons désormais de la compétence qui nous manquait en interne pour nous investir davantage dans l’élevage. Nous avons aujourd’hui pleinement confiance en elle pour développer la structure. »

RH : « Pour y arriver, nous devons trouver des filières rémunératrices qui permettent aux éleveurs de vivre décemment. Le potentiel est là. À nous de le chercher. »

 

Madame Aubry, vous étiez auparavant directrice de Cloé. Pourquoi avoir accepté le nouveau challenge proposé par Socobeval ?

AA : « Après avoir démissionné, je souhaitais rester dans le milieu de la viande. Ensuite, j’ai été très intéressée à l’idée de travailler au sein d’une entreprise connue, qui a pignon sur rue, tout en ayant un modèle coopératif à sa tête. L’intérêt des agriculteurs et des coopérateurs a toujours été une priorité à mes yeux. »

 

Le monde de l’élevage, en particulier celui de la viande, est malmené depuis quelques années par certains mouvements sociétaux, notamment par des militants vegans. N’est-ce pas un frein au développement que vous espérez ?

AA : « Déjà, il faut savoir que nous partons sur de bonnes bases. L’entreprise est saine et gagne de l’argent. Aujourd’hui, les débouchés sont là. Socobeval est en effet un gros apporteur de Bigard, Charal et Socopa. Localement, je pense que nous avons des marges de manœuvre intéressantes entre les cheptels laitiers du Haut-Rhin et du Territoire de Belfort, et les engraisseurs du Bas-Rhin et de Lorraine. Maintenant, les mouvements des « anti », j’ai déjà connu ça dans le lait. Au bout de quatre ans, on n’en parlait plus. Je pense surtout que nous devons montrer à quel point l’élevage français est le plus performant au monde. Je défends personnellement le bien-être animal. Nous faisons tout pour que les animaux aient de bonnes conditions de transport. Notre personnel est aussi mobilisé sur ce point. Je vais d’ailleurs mettre en place un programme de formation avec la Chambre d'agriculture pour améliorer les compétences sur ce point. »

JMH : « Je pense aussi que suite à la crise du Covid-19, les consommateurs sont davantage tournés vers la production locale. »

RH : « Que ce soit chez le boucher ou sur les étals de supermarché, il y a une demande pour la viande de qualité, pour le terroir, pour l’Alsace. Il y a du potentiel à creuser. »

 

Concrètement, comment allez-vous procéder pour y arriver ?

AA : « Tout d’abord, je tiens à rappeler que nous avons conservé toute l’équipe de salariés déjà en place, soit une vingtaine de personnes. Les compétences sont là. Ensuite, nous allons recruter du nouveau personnel, notamment des nouveaux chauffeurs pour renforcer notre capacité à pouvoir récupérer les animaux chez les éleveurs le plus rapidement possible. C’est d’ailleurs l’une de nos grandes forces : la souplesse de ramassage dans la collecte. Par exemple, l’une des nouveautés est que les veaux de huit jours sont désormais ramassés toutes les semaines, les lundis. »

 

Faut-il désormais être coopérateur à la CAC pour travailler avec Socobeval ?

JMH : « Pas du tout. Il faut bien comprendre que la SAS Socobeval est un négoce à part entière. Tous les éleveurs sont bienvenus. Il n’y a pour l’instant aucun avantage à être aussi adhérent à la CAC. »

RH : « En effet, nous invitons tous les éleveurs motivés à nous rejoindre. Nos abatteurs veulent être approvisionnés régulièrement. C’est pour cela que des contrats vont se mettre en place leur garantissant des livraisons de qualité toute l’année et, pour les éleveurs, c’est une bonne manière de sécuriser les revenus. »

AA : « Et je précise que nous sommes en mesure de chercher des animaux partout où il y en a, en Alsace, en Haute-Saône, dans le Territoire de Belfort ou en Lorraine. Si un éleveur est intéressé, il peut m’appeler directement. Et, en fonction de la typologie de ses animaux, nous verrons quels débouchés sont possibles. »

 

Coopération franco-allemande avec Ecu, mise en place de points de collecte, maintenant négoce de bétail. Depuis quelque temps, la CAC multiplie les initiatives pour se développer. Doit-on s’attendre à de nouveaux projets dans les mois ou années à venir ?

JMH : « Il y a toujours des projets. D’autres choses viendront probablement avec le temps. Mais, avant de se lancer dans quoi que ce soit, il faut analyser, planifier et, surtout, que l’ensemble du conseil d’administration donne son aval. Nous voulons que les choses avancent mais pas n’importe comment. Il faut que ce soit avant tout créateur de valeur pour nos producteurs, avec toujours le même esprit de rigueur et de sérieux qui caractérise notre coopérative. »

MSA d’Alsace

Des aides pour traverser la crise

Pratique

Publié le 13/06/2020

Avec la crise du Covid-19, c’est toute la vie économique du pays qui a été fragilisée. Dans le secteur agricole, trois filières sont particulièrement impactées : l’horticulture, la viticulture et les fermes-auberges. À l’arrivée, des difficultés financières se profilent. C’est la crainte, pour certains, de devoir mettre la clé sous la porte. Pour éviter une telle extrémité, les organisations professionnelles agricoles se mobilisent pour apporter, quand cela est possible, des solutions d’accompagnement. Mais si la crise économique est globale, chaque filière peut rencontrer des difficultés qui lui sont propres. C’est pour cette raison que la MSA d’Alsace a pris la décision d’aller à la rencontre de chacune de ces trois filières pour présenter les solutions existantes, tout en ayant un retour direct de celles et ceux qui « souffrent » sur le terrain.

50 % de chiffre d’affaires en moins en 2020

La première réunion a eu lieu le jeudi 4 juin avec des représentants des fermiers-aubergistes. Pour ces professionnels, les deux mois qui viennent de s’écouler vont laisser des traces. Habituellement, la saison démarre vers Pâques avec un pic d’activités au mois de mai, grâce aux ponts et jours fériés. Cette année, confinement oblige, aucun client ne pouvait franchir les portes de leurs établissements jusqu’au week-end dernier, sauf pour récupérer des commandes à emporter. Une initiative bienvenue pour les amoureux de la gastronomie marcaire qui a permis de limiter la casse. « Malgré tout, nous aurons au moins 50 % du chiffre d’affaires en moins cette année, si le reste de l’année se passe normalement. Mais nous allons devoir composer avec une capacité d’accueil réduite de moitié. Heureusement que nous avons des espaces verts autour de nos établissements. Cela permettra aux clients qui le souhaitent de pique-niquer quand la météo le permet », explique le président de l’association des fermes-auberges du Haut-Rhin, Serge Sifferlen. Comme tous les chefs d’entreprise, il bénéficie du report de paiement des cotisations sociales. Une mesure évidemment bienvenue en attendant des jours meilleurs mais qui interroge tout de même. Michel Deybach, qui exploite la ferme-auberge Uff-Rain, fait ainsi remarquer « que tous les reports de charges ou d’emprunts, il va bien falloir les payer à un moment. Mais avec quel argent ? On ne peut pas juste repousser les remboursements de prêts de six mois. D’autant plus qu’avec les banques, on n’a pas trop de repères. Quels seront les taux d’intérêt dans un an ? », se demande le jeune fermier-aubergiste.

Donner de la « visibilité » aux plus jeunes

En attendant d’y voir plus clair, les fermiers-aubergistes reconnaissent de concert qu’il va falloir un peu « bricoler » en attendant des jours meilleurs. Bonne nouvelle, le Conseil départemental du Haut-Rhin serait favorable pour prolonger l’ouverture de la Route des Crêtes au-delà du délai habituel. Puis, il y a l’option « pique-nique » déjà évoquée, et c’est à peu près tout. En salle ou en terrasse, les tablées sont limitées à dix convives, avec un espace minimum de sécurité à respecter entre les tables. « Si les gens ne respectent pas les gestes barrière, est-ce qu’il faut qu’on fasse la police ? Cela va être très complexe à gérer », estime Jean Kippelen, fermier-aubergiste au Lochberg.

Les inquiétudes sont d’autant plus vivaces que bon nombre de fermiers-aubergistes sont devenus, ces dernières années, propriétaires des lieux qu’ils louaient jusqu’alors. C’est le cas de Véronique Gewiss, fermière-aubergiste au Kohlschlag. Avec son mari, ils viennent d’acquérir le bâtiment. « Si on l’a fait, c’est avant tout pour nos enfants qui prendront la relève dans les années à venir. Et tous ces jeunes qui s’installent ou souhaitent s’installer, il faut leur donner des perspectives, de la visibilité. » D’où la nécessité, aux yeux des fermiers-aubergistes, d’être soutenus le plus possible par les organismes qui gravitent autour de leur profession. « Je pense que si tout le monde joue le jeu, nous pourrons peut-être traverser cette période sans trop de casse », indique Serge Sifferlen.

Plus de prélèvements depuis le 12 mars

À la MSA d’Alsace, on ne promet pas de solution « miracle ». L’organisme de protection sociale ne peut rien faire d’autre que de mettre en œuvre ce que le gouvernement français autorise. Et la liste est somme toute assez fournie si on prend le temps de se pencher dessus. Surtout, elle évolue de semaine en semaine depuis le début de la crise sanitaire. « Ce qu’on présente aujourd’hui ne sera peut-être plus valable demain. Par exemple, on évoque aujourd’hui une éventuelle exonération des cotisations sociales pour la filière plutôt qu’un report. Évidemment, c’est une mesure qui soulagerait bon nombre d’entreprises. Mais, à l’heure actuelle, ce ne sont que des discussions. Des informations à ce sujet arriveront peut-être dans les prochaines semaines », annonce Sylviane Fargeon, directrice adjointe de la MSA d’Alsace, en charge de l’Action sanitaire et sociale.

En attendant cette hypothétique mesure, les exploitants agricoles bénéficient déjà d’un report de leurs cotisations sociales des trois derniers mois au mois de juillet. « Depuis le 12 mars, il n’y a plus rien à payer. Nous avons immédiatement stoppé tous les prélèvements bancaires. Nous n’avons pas non plus encaissé les chèques qui nous ont été envoyés. En revanche, nous n’avons aucun moyen d’agir sur les virements émis en notre faveur. C’est donc aux personnes concernées de les arrêter, sinon les virements continuent d’être versés. » En revanche, les exploitants mensualisés qui le souhaitent peuvent toujours payer leurs cotisations s’ils en ont la possibilité, par virement uniquement. Pour ceux qui ne sont pas mensualisés, le premier appel prévisionnel a été décalé au 1er juillet. Le deuxième appel prévisionnel a aussi été décalé à une date qui sera communiquée ultérieurement par la MSA.

 

 

Un plan de financement sur 24 mois

Pour celles et ceux qui auraient des difficultés à payer leurs cotisations au mois de juillet, la MSA d’Alsace est en mesure d’établir un plan de financement qui s’étale sur 24 mois. «Cela ne veut pas dire étaler les mensualités sur toute cette période, cela veut dire que vous avez deux ans pour payer, au rythme que vous voulez. Imaginons que vous ayez 10 000 € à payer, vous pourriez payer 5 000 € à l’été 2021 et 5 000 € à l’été 2022. C’est un plan de paiement dans lequel vous vous engagez. Ce qui veut dire que le paiement se fera obligatoirement par prélèvement », annonce Sylviane Fargeon. Une majoration sera probablement à prévoir dans un tel scénario, de l’ordre de 0,4 %. « Probablement » car la MSA a sollicité les pouvoirs publics pour la ramener à zéro. « Nous avons envoyé un courrier en ce sens. Nous verrons bien. Pour l’instant, on ne peut prendre aucun engagement. Au pire, ça sera une majoration très faible, ce qui reste acceptable malgré tout », relativise le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher.

Ristournes « sous conditions » pour les cotisations

Une autre aide possible est à chercher dans l’enveloppe de l’action sanitaire et sociale qui vise à soutenir un exploitant en difficulté. Concrètement, chaque agriculteur ou agricultrice qui dépose un dossier a droit à une enveloppe maximale de 5 000 €. Cette somme peut être reversée sur le compte cotisations de l’exploitant, ce qui équivaut à une ristourne. Par contre, l’enveloppe à disposition est « fermée ». Au niveau national, elle est de trente millions d’euros. En Alsace, elle plafonne pour le moment à 275 000 € mais pourrait être réévaluée dans les mois à venir. « Pour l’instant en tout cas, on ne pourrait venir en aide qu’à une cinquantaine d’agriculteurs. A titre de comparaison, on avait reçu une centaine de dossiers l’an dernier », relate Sylviane Fargeon. Ce sont les élus de la MSA d’Alsace qui ont la responsabilité de « départager » les dossiers qui sont présentés de manière anonyme. « Ni le nom de l’exploitant, ni la commune ne sont indiqués. Nous sommes très précis dans l’appréciation. Les premiers critères sont la situation familiale, les revenus et l’endettement. Cela reste une aide sociale avant d’être une aide économique », précise David Herrscher.

Prime d’activité, complémentaire solidaire, cellule Réagir…

Les solutions d’accompagnement ne s’arrêtent pas là. La cellule Réagir, par exemple, a vu le jour bien avant la crise de Covid-19. Dans le contexte actuel, elle reste plus que jamais pertinente. Sylviane Fargeon est revenue sur son objectif et son fonctionnement : « Nous organisons une réunion avec tous les créanciers d’un agriculteur. En amont, une étude économique est réalisée par un conseiller de la Chambre d'agriculture. Avec toutes ces informations, tous les acteurs présents autour de la table - banques, assurances, fournisseurs - discutent en toute transparence sur la situation difficile que vit l’agriculteur. Personne ne juge car nous savons tous qu’être chef d’entreprise, ce n’est pas évident. Mais, au moins, on peut parler librement et voir comment, collectivement, on peut trouver des solutions pour améliorer la situation. »

Pour terminer cette liste de solutions d’accompagnement, on peut encore citer la prime d’activité à laquelle ont droit les chefs d’exploitation. Celle-ci est conditionnée à la situation et aux revenus du foyer. Tout comme l’est également la complémentaire santé solidaire, en place depuis le 1er janvier 2020. « C’est une mutuelle pas chère accessible à toute personne ayant moins de 12 000 € de revenus par an. Il n’y a pas de tiers payant et l’offre de soins est très honorable. Elle finance sans souci les soins dentaires ou des lunettes », souligne le directeur de la MSA d’Alsace, Arnaud Crochant.

Prendre le temps de « souffler »

Pour celles et ceux qui le désirent, la MSA d’Alsace offre la possibilité à ses adhérents de consulter un psychologue grâce à une enveloppe de 300 €. Cette aide est disponible à toutes et tous, quel que soit le niveau de ressource. « Il n’y a pas de honte à aller voir un psy. Pouvoir parler à un professionnel des problèmes que l’on vit peut grandement aider », observe Sylviane Fargeon. Tout comme il n’y a aucune honte à « lâcher » son exploitation quelques jours dans l’année pour profiter d’un repos bien mérité. Un « droit au répit » de huit jours maximum que propose la MSA à ses adhérents. « Vous prenez le temps d’aller souffler un peu et nous finançons le service de remplacement. Cela peut être quelqu’un que nous choisissons ou quelqu’un que vous connaissez. Là encore, c’est sans conditions de revenus. La seule chose que vous avez à faire, c’est de prendre rendez-vous avec l’un de nos conseillers pour étudier votre dossier. La circulation du courrier étant toujours compliquée, il est préférable de prendre rendez-vous via votre espace personnel, sur le site de la MSA », conclut Sylviane Fargeon.

Agriculture et protection de l’environnement

Vers une intelligence artificielle de « coopération »

Vie professionnelle

Publié le 07/06/2020

Face aux défis - climatiques, économiques, sociaux, alimentaires - qui se dressent devant elle, l’agriculture aura fort à faire dans les décennies à venir. Comment concilier protection de l’environnement, éthique, capacité à nourrir des milliards de personnes, rentabilité économique, tout en étant pleinement acceptée par une société qui a l’agribashing facile ? Des solutions existent déjà, fonctionnelles et financièrement intéressantes, d’autres restent à expérimenter, d’autres à imaginer. Un point les relie toutes : l’innovation. Pour certains, elle est forcément numérique, robotique, et assistée des dernières technologies de communication. Pour d’autres, elle passe davantage par un changement de regard sur les pratiques agricoles, une « autre façon de faire » qui remet l’humain au milieu du process. Deux formes d’innovation - humaine et technologique - qui ont tout intérêt à converger aux yeux de Caroline Flaissier, responsable d’Engie Entreprises et Collectivités. Mardi dernier, elle était l’une des trois invités à la première conférence - en visio cette année, Covid oblige - du LF Day 2020, la journée dédiée à l’innovation agricole.

 

 

Valoriser le « big data »

Pour elle, le « monde de demain » mêlera le numérique et les « bonnes idées ». La crise du Covid-19 et ses nombreux effets secondaires seraient ainsi une « belle opportunité » pour faire émerger de nouvelles solutions. Sur le plan énergétique, elle estime que les « boucles courtes » ont de l’avenir, à savoir la capacité à produire soi-même l’électricité qu’on consomme. « Chez Engie, nos clients veulent de plus en plus être acteurs de leur énergie. Depuis qu’on a lancé notre solution d’autoconsommation en 2018, les demandes affluent de partout. On arrive à développer des projets avec des rentabilités intéressantes, même dans le nord de la France. » Le monde agricole a un rôle majeur à jouer dans cette transition énergétique « inévitable ». Plusieurs pistes sont à explorer : la mise à disposition des toits des bâtiments pour des investisseurs dans le photovoltaïque, ou l’optimisation de structures existantes, grâce à la collecte et la valorisation des données, le fameux « big data » qui apparaît de plus en plus comme étant le nerf de la guerre. « Nous pensons que la meilleure énergie est celle qui n’est pas consommée. Sur ce point, il y a encore beaucoup à faire et à améliorer en agriculture », estime Caroline Flaissier. En combinant des données collectées sur place (température du hangar, pluviométrie, etc.) avec celles issues de l’énorme base d’Engie (qui bénéficie de l’historique important de Gaz de France), les chaînes de froid pourraient être optimisées. « On se rend compte que, dans certaines situations, il vaut mieux réfrigérer davantage en ajoutant des panneaux solaires. Le processus est ainsi bien mieux optimisé. En parallèle, il y a aussi l’isolation des bâtiments à améliorer. Ces actions rentrent dans le cadre du dispositif des Certificats d'économies d’énergie, qui impose aux vendeurs d’énergie de réaliser des économies d’énergie. »

 

 

Une approche « globale » des problèmes et solutions

Antoine Nogier, responsable de Sun’R Groupe, a une autre idée en tête : se servir de la production d’énergie solaire pour protéger les cultures les plus exposées aux conséquences du changement climatique. C’est le concept de l’agrivoltaïsme, mettre des panneaux photovoltaïques capables de protéger les plantes des excès de chaleur tout en laissant passer la pluie et la lumière nécessaires. L’installation fait entre quatre et cinq mètres de haut, pour laisser passer les engins au-dessous. Elle est d’abord conçue pour la culture, pas pour la production d’électricité. « Ce qui compte avant tout, c’est de réduire significativement la consommation d’eau de la plante, avant la production électrique. Celle-ci ajoute néanmoins un critère de transition énergétique qui offre un double intérêt à ce dispositif », explique Antoine Nogier. Comme pour une installation classique, l’électricité produite est revendue sur le réseau ou utilisée directement par des agriculteurs ou viticulteurs situés à proximité. Le gros intérêt réside surtout dans la capacité à pouvoir produire de l’énergie « propre » sans rogner sur des terres agricoles. L’agrivoltaïsme combinerait le meilleur des deux mondes. Une nécessité aux yeux du responsable de Sun’R Groupe. « Nous vivons désormais dans un système de rareté. Je pense qu’il faut désormais sanctuariser les terres agricoles, et non plus les détourner de leur utilisation première. On ne peut pas les défricher pour y mettre des centrales à panneaux photovoltaïques. » L’agrivoltaïsme serait-il la solution miracle à installer sur toutes les parcelles agricoles françaises ? « Non, ce n’est pas possible et pas nécessaire. Déjà, elle s’adresse avant tout à la viticulture et l’arboriculture, deux filières particulièrement exposées aux changements du climat. Ensuite, il faut savoir qu’il ne faudrait qu’un pourcent des terres agricoles françaises pour faire la transition énergétique complète du pays. Mais encore une fois, pour atteindre un tel objectif, il est indispensable de travailler de manière multisectorielle. Par exemple, sur les terres agricoles, nous devons avoir une approche globale. Si on interdit la déforestation chez nous mais que, dans le même temps, on importe des produits du Brésil où la déforestation est très présente, on ne fait que déplacer le problème. »

Le partage des données, la clé du succès

Cette vision large, multiple et irrémédiablement « coopérative » sera la clé de voûte d’une agriculture qui saura concilier productivité, rentabilité et protection de l’environnement, aux yeux d’Aline Bsaibes, responsable de la société ITK. Celle-ci édite des outils d’aide à la décision pour les agriculteurs depuis 17 ans. On retrouve des solutions pour améliorer la gestion de l’eau, pour établir le besoin énergétique de la plante, pour piloter l’irrigation, la fertilisation organique, ou encore pour gérer les cultures intermédiaires ou les couverts végétaux, ces dernières pratiques ayant un gros rôle à jouer dans le stockage du carbone dans le sol. Un enjeu « majeur » rappelle Aline Bsaibes, pour l’instant absent du « Pacte vert pour l’Europe », la feuille de route présentée par la Commission européenne visant à « rendre l’économie européenne durable ». « On évoque plein de choses dans ce document, mais pas du stockage de carbone. Pourtant, avec 4,8 millions de tonnes de carbone stockées dans le sol, l’agriculture pourrait diminuer ses émissions de CO2 de 40 %, ce qui représente 7 % des émissions françaises par an. Mais, là encore, si l’on veut avoir un réel impact sur le changement climatique, cette question du carbone doit être gérée à l’échelle globale, sinon on ne fera que décaler le problème chez les autres. » Le calcul est simple : 1 + 1 + 1 + 1 + 1 = 1. Le temps du « chacun pour soi » doit être laissé derrière au profit d’un « vrai partage » de services et de données. En France, particulièrement, il y a encore du chemin à faire constate-t-elle avec un brin de désarroi. « Ici, tout le monde veut réinventer la roue alors qu’il suffirait d’empiler les briques existantes. D’autres pays, les États-Unis en tête, l’ont bien compris. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ITK se développe plus à l’export. En France, il y a encore trop cette notion de compétition. » En pratique, il faudrait, selon elle, accepter d’agréger les données récoltées par les uns et les autres pour aboutir à des solutions « environnementales » et « économiques » qui soient réellement bénéfiques à l’agriculteur. « Lui ne veut pas saisir ses données. Il faut que ça soit fait de manière automatique grâce à la robotisation et la numérisation. Et pour cela, il faut des systèmes intéropérables, comme dans les autres pays. Il ne pourra pas y avoir d’intelligence artificielle sans une intelligence humaine de coopération. »

 

Région Grand Est

Vers un « monde d’après » plus « vert » ?

Vie professionnelle

Publié le 03/06/2020

Pendant le confinement lié à l’épidémie de Covid-19, plusieurs voix, médiatisées ou non, se sont fait entendre pour parler du « monde d’après », voire le réclamer urgemment. Un monde empreint de nouvelles valeurs humaines, sociales, économiques et écologiques, où le « bon sens » commun deviendrait une vertu immuable, en contradiction avec la mondialisation « effrénée » de ces cinquante dernières années. Illusoire ? Utopiste ? Ou crédible ? Mais alors, comment et sous quelle (s) forme (s) ? Pour y voir plus clair et mesurer ce qui est envisageable de mettre en œuvre à moyen et long terme, la Région Grand Est se mobilise aux côtés de l’État pour lancer un plan de reprise inédit. Ce « Business act post-Covid » sera soumis au vote de l’Assemblée régionale le 18 juin prochain.

482 innovations technologiques « rentables »

Cet « act » (comprendre « loi » en français) se développe autour de trois grands axes : la performance et la transformation industrielle, la transition écologique et énergétique, et la transformation numérique. À cela s’ajoutent plusieurs objectifs transverses : restaurer la confiance des salariés, des producteurs, des consommateurs et des touristes ; faire découvrir les potentialités industrielles (sourcing), culturelles, touristiques, etc. de la région ; et adapter l’ingénierie financière à l’ambition, en s’assurant de la disponibilité des fonds nécessaires. « Il faut que nous ayons un coup d’avance sur ce monde qui ne cesse de changer. Pour cela, nous devons travailler en concertation avec ceux qui font l’économie, l’agriculture, le tourisme et la culture de notre région », explique le président du conseil régional, Jean Rottner. D’où l’idée de la collectivité de créer vingt groupes de travail pour autant de thématiques différentes (lire encadré), chargés chacun de proposer une feuille de route post-Covid.

Pour les aider dans leurs réflexions, la Région a organisé récemment quatre masterclass en visioconférence sur « la révolution numérique et son utilisation demain », « la révolution industrielle 4.0 en post-Covid », « la macro-économie », et sur « la nouvelle donne verte ». Ce dernier est un terme un peu fourre-tout dans lequel se mêlent les questions liées à l’environnement, à l’énergie et l’agriculture. Trois thématiques qui vont probablement être plus liées les unes aux autres dans les décennies à venir, estime l’explorateur et fondateur de Solar Impulse, Bertrand Piccard. « Clairement, la protection de l’environnement sera le plus gros marché du siècle. Pour l’instant, nous utilisons encore des technologies archaïques polluantes. Pourtant, des solutions existent. Et elles sont désormais totalement rentables. En dix ans, il y a eu des progrès technologiques absolument faramineux. Ils sont aujourd’hui accessibles à tous. » Sa fondation, Solar Impulse, qui est à l’origine du premier avion solaire capable de voler nuit et jour, en recense 482 à l’heure actuelle. Il prend comme exemple un module à brancher sur un moteur thermique capable de diminuer les particules émises de 80 % et la consommation de carburant de 20 %. Son coût : 500 euros. « Sur un taxi, c’est rentabilisé en six mois », souligne-t-il.

 

 

Pour une « troisième voie » agricole

Pour être démocratisées, ces innovations technologiques doivent être soutenues et encouragées par le monde politique. Selon Bertrand Piccard, élus, membres de gouvernements et responsables de collectivités doivent « agir » pour supprimer la « distorsion de concurrence » qui subsiste à ses yeux entre « ceux qui jouent le jeu de la protection environnementale » et « ceux qui ne le font pas. » Il considère ainsi que le Grand Est a tous les arguments pour devenir une région « pilote » en matières de nouvelles « solutions » environnementales. « Sur ces 482 solutions, certaines pourraient s’appliquer à une échelle nationale, d’autres à une échelle plus locale. Il faut juste le désir politique d’agir. »

À condition, évidemment, de ne pas stigmatiser ceux qui ne feraient pas « correctement » ce qu’on leur demande de faire. Ainsi, en matière agricole, Bertrand Piccard estime que l’étiquetage des produits vendus en grande surface devrait évoluer significativement. « Il y a aujourd’hui un déséquilibre inacceptable qui ne permet plus aux agriculteurs de vivre. D’un autre côté, il est vrai que de nombreux consommateurs ont du mal à finir le mois et ont besoin de produits bon marché. De ce fait, à côté des produits bon marché, il faut donner aux consommateurs une autre vision de ce qu’ils achètent. Aujourd’hui, c’est naturel qu’un produit soit étiqueté bio alors que c’est l’inverse qui devrait être fait : indiquer qu’une culture est chimique sur ce qui n’est pas bio. Alors, peut-être que les gens achèteront moins, mais ils achèteront plus cher. »

Le bio, solution miracle à tous les maux de l’agriculture ? Une vision allègrement partagée par les médias grand public, mais bien moins unanime et contrastée parmi les professionnels du secteur. Ce que ne manque pas de rappeler Cyril Besnard, directeur commercial des volailles Siebert : « Il faut faire très attention de ne pas stigmatiser une agriculture française qui est aujourd’hui la plus qualitative au monde. Tout le monde ne pourra pas aller vers le bio. Il faut plutôt imaginer une troisième voie intermédiaire. » Bertrand Piccard précise ses propos : « Il ne s’agit pas d’opposer la culture intensive française au bio. Ce qu’il faut éviter, c’est de voir arriver dans notre pays et plus largement en Europe des produits qui ne correspondent pas à nos principes de protection de l’environnement. Par exemple, si la France ne déforeste pas, elle doit interdire sur son territoire les produits de pays qui déforestent. »

Retrouver le « bon sens » perdu

Dans un premier temps, le pays devrait déjà reconnaître les énormes progrès réalisés par les agriculteurs en matière de protection de l’environnement, indique Laurent Martel, directeur général d’InVivo. « Aujourd’hui, l’environnement est au cœur de nos dispositifs qu’on soit en bio ou non. Par exemple, nous utilisions des innovations qui permettent de réduire de 10 à 40 % l’apport d’engrais sur une parcelle. Le non-labour, cela fait trente ans qu’on en fait en France. Mais soyons prudents dans les messages qui sont véhiculés. Qu’on le veuille ou non, nous devrons être capables de produire plus dans les décennies à venir pour la simple et bonne raison que la population va continuer à augmenter. Et qu’on le veuille ou non, l’agriculture, ce sont des entreprises qui doivent être rentables économiquement. Et quand on investit pour améliorer les choses, le retour sur investissement peut être long. Notre agriculture, bio ou pas, doit d’abord être une agriculture de résultat qui soit compréhensible pour le consommateur. Cela doit être écrit sur le packaging. Le message doit être le même pour tous. » Bref, consommer local et français et quand c’est possible, consommer des produits d’ailleurs quand on ne les trouve pas ici. Un mélange de circuits courts et circuits longs capables de satisfaire les besoins du plus grand nombre, tout en préservant l’environnement. « Au final, nous devons retrouver le bon sens que nous avons perdu », conclut Bertrand Piccard. La principale innovation du « monde d’après » ne se passera-t-elle pas dans nos têtes avant d’être technologique ?

Fermes-auberges

La montagne à emporter

Vie professionnelle

Publié le 23/05/2020

Pas un drive, mais une expérience : celle de la « montagne à emporter ». Ici, pas de cheeseburger, de nuggets de poulet ou de wrap sauce bacon. Prenez plutôt une tourte, des roïgabrageldis, du porc fumé ou du bargkass. Le vrai repas marcaire à emporter avec soi, à déguster façon pique-nique dans un champ ou assis confortablement à la terrasse de sa maison. Alors que les restaurants sont toujours fermés au public à cause de l’épidémie de Covid-19, les fermiers aubergistes du massif vosgien s’adaptent. La semaine dernière, quelques-uns ont lancé la formule « à emporter », à défaut de pouvoir accueillir leurs clients en bonne et due forme. Un succès. Dès l’annonce de cette opération sur sa page Facebook, la ferme-auberge du Schafert, située sur les hauteurs de Kruth, a vu les commandes affluer en nombre. « Le mercredi, on a dû clore les commandes pour être en mesure d’assurer, dans les règles de l’art, tout au long du week-end », témoigne Serge Sifferlen, propriétaire de l’établissement et président de l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin. Pour une première, ce sont 180 commandes qui ont été retirées par les aficionados de la gastronomie marcaire entre vendredi et dimanche, rien que pour le Schafert. Après deux mois de confinement, l’attente des clients était à point. « On sent que les gens ont envie de consommer la montagne, de la parcourir, de prendre l’air. Les fermiers aubergistes les accompagnent à leur manière à défaut de pouvoir les accueillir normalement », poursuit-il.

 

 

Relancer progressivement l’activité

Pour cette première semaine post-confinement, ils n’étaient que quelques-uns à tenter l’expérience de « la montagne à emporter ». L’opération devrait monter en puissance durant la semaine de l’Ascension. En effet, de nombreuses demandes affluent chez Alsace destination tourisme (ADT) pour savoir ce que peut proposer chaque fermier aubergiste, que ça soit du repas chaud, du repas froid ou juste des produits bruts à emporter. Économiquement, cela représente une bouffée d’air bienvenue pour les fermes-auberges contraintes de rester portes closes. « On est évidemment loin d’un fonctionnement normal. On peut espérer entre 30 et 40 % du chiffre d’affaires habituel. Ça paie les charges fixes et cela permet de remettre nos employés au travail, même à mi-temps. Et puis, nous sommes à nouveau au contact de la clientèle, même s’il y a un peu plus de distance qu’à l’accoutumée. On repart doucement. Pour l’instant, on sent encore un peu d’appréhension chez les gens pour sortir mais ça va doucement monter en puissance. Dans tous les cas, nous sommes prêts pour accueillir les gens en toute sécurité », estime Serge Sifferlen.

Des règles sanitaires strictes

Comme dans les marchés de plein air, tout a été mis en œuvre pour faire respecter les mesures barrière contre le Covid-19 : gel hydroalcoolique obligatoire avant de pénétrer dans les lieux, marquage au sol pour faire respecter les distances de sécurité, masques pour l’ensemble du personnel. La remise des commandes est elle aussi parfaitement rodée. Chaque client est invité à venir avec ses propres récipients : gamelle en fonte ou plat à baeckeoffe pour tout ce qui est chaud, contenant plastique ou autre pour le froid. Les tourtes sont quant à elle livrées dans une barquette d’aluminium recouverte par un film plastique. Les consommateurs n’ont ensuite plus qu’à réchauffer les plats au four en arrivant à la maison. À moins qu’ils décident simplement de manger presque sur place, en mode pique-nique à une table voisine, ou sur une couverture dans la prairie attenante. « C’est une alternative que nous proposons à ceux qui souhaitent savourer nos plats tout en savourant le paysage de la montagne, à condition de ne pas être les uns sur les autres et de respecter le lieu », souligne Serge Sifferlen.

Un achat « solidaire »

Une option séduisante qui n’a, pour l’instant, pas été retenue par Béatrice, fidèle cliente venue de Fellering avec son fils. Aujourd’hui, elle entend profiter de la gastronomie marcaire sur la terrasse familiale avec ses parents. « Ils ont plus de 75 ans. C’était plus facile pour cette fois de leur amener la montagne à la maison. En général, on monte ici avec eux. Vu le contexte, il faut encore être un peu prudent. » Elle trouve l’idée de ce drive, ou plutôt de cette « montagne à emporter » géniale. « C’est vraiment chouette de pouvoir manger ces produits qu’on apprécie autant, malgré la fermeture des établissements de restauration. On attendait vraiment cette ouverture. Quand j’ai vu l’annonce sur Facebook, j’ai appelé dans la foulée pour commander. J’avais peur de ne pas en avoir », glisse-t-elle en souriant. Au-delà du plaisir gustatif, elle tenait aussi à apporter son soutien à la ferme-auberge du Schafert. Pour elle, il est essentiel de « répondre présent » afin d’aider les gens qui y travaillent à « vivre correctement ».

C’est ce que pense également Sébastien, un autre habitué des lieux, lui aussi habitant de Fellering. « Nous vivons une période difficile. Il faut être solidaire, on n’a pas le choix. En achetant ces produits, ça permet à nos agriculteurs d’avoir une petite rentrée d’argent. C’est un geste citoyen à mes yeux. » Même son de cloche pour Christophe, de Saint-Amarin. Lui connaît les propriétaires du Schafert depuis son enfance. En temps normal, il vient y manger au moins trois fois par an en alternant avec d’autres fermes-auberges du secteur. Aujourd’hui, il tenait aussi, par son achat, à faire un « geste de solidarité ». « On est bien content quand on peut venir en temps normal. Alors, quand c’est plus difficile, c’est important de montrer qu’on est là. Et puis les gens sont en manque de roï ' ! Quand on les fait nous-même, ce n’est pas aussi bon ! »

 

 

Regardez la vidéo d'Ilo sur la ferme-auberge Uff Rain dans les hauteurs de Sondernach, qui a trouvé d'autres solutions pour vendre ses fromages :

Marchés fermiers

Mesures barrière en plein air

Vie professionnelle

Publié le 20/05/2020

Même « masqué », le marché fermier d’Holtzwihr fait le plein. Fermé pendant deux semaines au début du confinement, il fonctionne depuis à plein régime, moyennant quelques adaptations sanitaires. Dès l’entrée de la cour de ferme, un gel hydroalcoolique est mis à disposition des clients. Au sol, un marquage fléché indique le sens de circulation. Au stand fruits et légumes, les clients se tiennent à au moins un mètre de l’étal ou du vendeur, et n’ont pas le droit de manipuler les produits. Dans la file d’attente, chacun respecte la distance minimale. Chez les agriculteurs commerçants, tous portent un masque. Les clients, dans leur grande majorité, font de même.

Par rapport à un supermarché, les risques d’être en contact avec une personne porteuse du Covid-19 sont bien moins importants. Pourtant, les marchés alimentaires de plein air ont d’abord été interdits quand les grandes surfaces restaient ouvertes. Progressivement, la préfecture du Haut-Rhin a apporté de la souplesse, d’abord en permettant à un agriculteur de vendre sa production devant son exploitation, puis en autorisant les marchés alimentaires dans les communes de moins de 5 000 habitants. Un soulagement pour le marché fermier d’Holtzwihr, une institution dans le Ried haut-rhinois depuis vingt ans.

 

 

 

Une fermeture « incompréhensible »

Pour autant, la décision de fermer les marchés alimentaires reste toujours aussi « incompréhensible » aux yeux de Vincent Meyer, éleveur laitier et hôte de ce marché fermier. Vendredi dernier, il n’a pas manqué de le rappeler au préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, venu constater par lui-même la bonne application du protocole sanitaire signé par la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), l’association des maires du Haut-Rhin et l’administration. Vincent Meyer déplore le « deux poids, deux mesures » qui a été décidé au sommet de l’État. « Nous, dès le premier jour, nous avons mis en place les gestes barrière. Ici, les clients ne peuvent plus toucher les légumes. Dans les supermarchés, n’importe qui peut les toucher, n’importe comment. En plus, on est ici en plein air, contrairement à un supermarché qui reste un lieu fermé. Il y a donc moins de risques ici sur le plan sanitaire », fait-il remarquer.

Laurent Touvet le conçoit, la fermeture des marchés n’était pas en « parfaite cohérence » avec l’ouverture des supermarchés. « Pour autant, un préfet est là pour faire appliquer la loi et la réglementation nationale. Le Gouvernement avait décidé de fermer tous les marchés, sauf exception. Et je ne voulais pas que dans le Haut-Rhin, département le plus touché de France par le coronavirus, il y ait trop d’exceptions. Je ne voulais pas donner de signaux qui auraient incité au relâchement. Néanmoins, dans ce contexte de confinement, j’ai été sensible, depuis le début, à la nécessité pour les agriculteurs de pouvoir écouler leurs produits dans les circuits courts. C’est pour cela que j’ai d’abord accepté qu’un agriculteur puisse vendre ses produits devant la ferme, puis la réouverture des marchés, en tenant compte de la taille de la commune. Si on avait ouvert partout, tout le monde aurait cru qu’on repartait comme avant. Aujourd’hui, l’épidémie est jugulée mais pas encore vaincue. Nous ne sommes pas dans un déconfinement, mais dans une levée progressive du confinement. C’est pour cela que nous devons tous restés mobilisés pour éviter un éventuel rebond de la maladie. C’est grâce à cette organisation intermédiaire mise en place pour des semaines, voire des mois, que des marchés fermiers comme celui d’Holtzwihr pourront fonctionner presque normalement. »

Une nécessité « vitale » pour le premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, Denis Nass : « Grâce à ce type de marché, l’agriculteur peut expliquer ses contraintes, ses difficultés et le coût de ses produits. Pour le consommateur, c’est la garantie d’une réelle transparence du produit qu’il achète. Il y a ici un lien social très fort qu’il est indispensable de maintenir et de pérenniser. À ce titre, nous ne pouvons que nous féliciter du travail collaboratif qui a été mené entre la Chambre d’agriculture, l’association des maires et l’administration pour trouver une solution à la fermeture des marchés. J’espère maintenant que cette connexion sera durable. »

Pas question de se tourner vers les supermarchés

Au-delà de l’aspect social, le marché fermier a un rôle économique évident pour ceux qui l’animent. Pour beaucoup de paysans présents, c’est souvent le seul mode de commercialisation. Hors de question, d’ailleurs, d’aller vendre leurs produits aux supermarchés en guise de compensation. Vincent Meyer n’en revient d’ailleurs toujours pas du mail qu’il a reçu, lui proposant d’aller voir des grandes surfaces pour vendre. « Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous, cela fait des années qu’on se débrouille pour vendre une grande partie de notre production laitière directement, sans intermédiaire. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une entreprise qui tourne, qui est saine. Et ça, c’est grâce à la vente directe. » Un constat que partage Colette Obrecht, éleveuse bovine à Andolsheim, et membre historique du marché fermier d’Holtzwihr. Malgré les difficultés qu’elle a rencontrées dans les premières semaines du confinement, il était impensable de faire appel à des grandes surfaces. « C’est bien mais ce n’est pas l’objectif qu’on s’est fixé en développant la vente directe. »

Heureusement pour elle, des clients fidèles ont répondu présents pour soutenir l’activité de la ferme en effectuant des commandes par téléphone. Et quand la possibilité de rouvrir le marché d’Holtzwihr s’est présentée, la municipalité s’est investie en mettant des flyers dans les boîtes aux lettres. Une action qui a porté ses fruits pour Colette Obrecht. « Des habitants du village sont venus pour la première fois au marché. Ils ont découvert son existence pendant le confinement. » Depuis, elle n’a pas à se plaindre. La demande est importante, quel que soit le morceau de viande. « Ici, les gens apprécient vraiment la rigueur de l’hygiène. Tous les morceaux de viande sont filmés, sans contact avec l’extérieur. C’est quelque chose qui semble les rassurer dans le contexte que nous vivons. » C’est d’ailleurs le point qui l’a le plus marqué : le changement de comportement de la clientèle pendant ces semaines de confinement. « Beaucoup apprécient le marché fermier car c’est non seulement en plein air, mais c’est aussi plus sécurisé à leurs yeux. Maintenant, reste à savoir si cet état d’esprit va rester quand l’épidémie sera derrière nous. »

Vers une prise de conscience des consommateurs ?

Sur le stand à côté, Fabienne Dirringer vend ses volailles et ses œufs qui partent comme des petits pains. Elle aussi a noté un changement d’attitude de ses clients. « Ils viennent moins souvent mais prennent plus à chaque fois. Du coup, nous avons dû revoir notre organisation. » Comme Colette Obrecht, elle a pu compter sur ses clients fidèles lorsque le marché a fermé ses portes. « On avait un peu peur au début. Et finalement, ça s’est très bien passé. On a beaucoup fonctionné avec des commandes prises par téléphone. Et ça continue aujourd’hui. Ce qui fait que je n’ai presque plus rien à vendre aujourd’hui ! Il va falloir maintenant trouver un nouveau compromis pour satisfaire tout le monde. »

Dans ce contexte épidémique, l’adaptation et la souplesse sont devenues des clés indispensables pour continuer à avancer sereinement. Fabienne Dirringer essaie de relativiser la fermeture des marchés de plein air car elle reconnaît que c’était une décision « difficile à comprendre ». « C’est là qu’on voit que ce sont les Parisiens qui font nos lois ! Après, il faut aussi comprendre qu’à un moment donné, il fallait agir. Alors, même si la décision était injuste pour les petits producteurs comme moi, je l’accepte malgré tout. » Comme sa collègue, Fabienne Dirringer attend de voir si cet attrait pour le marché fermier et le « petit producteur du coin » va perdurer. « Pour l’instant, beaucoup de gens consomment différemment, tant mieux. Mais rien ne dit qu’ils ne retourneront pas au supermarché quand la crise sera derrière nous. »

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