Auteur

Christophe Reibel

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Magazine

Collectionneur né !

Vigne

Publié le 26/01/2018

« J’aime l’histoire ». À balayer d’un regard la grange qui présente sur deux niveaux toutes les trouvailles faites chez des particuliers, dans des brocantes, aux enchères et sur des marchés aux puces, on s’en doute un peu. Pierre Wolf est aussi un collectionneur. En une bonne quinzaine d’années, il a accumulé d’impressionnantes séries d’objets liés à la vigne et aux vins d’Alsace afin « de retracer l’histoire de la viticulture. De moins en moins de monde sait aujourd’hui qu’avant de devenir des domaines, les exploitations élevaient vaches, chevaux et cochons et cultivaient des champs dont seulement une part était plantée de ceps » dit-il. Pierre a démarré par une collection de tire-bouchons. Il a poursuivi avec les sécateurs, les serpettes, les boucheuses, des sulfateuses en cuivre, les premiers systèmes d’embouteillage à bac émaillé et à trois becs, les verrous à tonneau, les tonnelets et autres petits fûts. « Quand je tombe sur une belle pièce, mon cœur sourit. Je sais d’où sort chacune d’elle ! » lance Pierre. Il peut vous entretenir avec force détails de chacun de ces trésors récoltés du nord au sud de la route des vins, de Cleebourg à Thann. « Toutes mes connaissances sont le fruit des échanges que j’ai pu avoir avec tous ceux qui m’ont cédé ces pièces. C’était un régal de discuter avec eux » se souvient-il.

Pierre est particulièrement fier de son plus ancien sécateur. Il date de 1820. « Il a gardé tout son tranchant » signale-t-il en invitant à passer le doigt sur la lame. Il est convaincu d’avoir mis la main sur le tire-bouchon primaire, précurseur de la débondeuse. L’air de rien, cette simple tige en fer à double vrille, s’élargissant dans sa partie haute, servait à déboucher les… tonneaux à l’époque où le vin était principalement véhiculé dans ce type de conditionnement. Pierre possède également les premières boucheuses utilisées en Alsace. « On peut suivre toute l’évolution des techniques » commente-t-il. La plus vieille est presque entièrement en bois. Seules les pièces les plus sollicitées sont en métal. Pierre s’est fait une spécialité des verrous à tonneau. Il les sélectionne en fonction de leur côté artistique. Il apprécie particulièrement l’un d’entre eux, en noyer massif, où une femme est alanguie, des raisins dans les cheveux, un petit cercle étant prévu pour y poser un verre. Il y a parfois des objets étonnants comme cette gourde de 15 litres vêtue de bois, dénichée dans un… monastère et des… lances ! « Au Moyen-Âge, les récoltes étaient tellement rares que l’on faisait garder les vignes aux vendanges par des gardes armés. Il existe encore quelques maisons de gardiens, comme au sommet de la côte de Heiligenstein » explique Pierre.

Une collection qui ne se visite pas

Sa collection est une manière pour Pierre de ne pas renier ses origines. S’il est un responsable de maintenance aux journées bien chargées, son arrière-grand-père et son grand-père étaient tonneliers. Ses parents étaient viticulteurs vendeurs de vrac et de raisins, puis de bouteilles sur 3,5 ha jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix. Il conserve donc comme la prunelle de ses yeux les témoins du passé viticole de sa famille : des façades de tonneau réalisées par ses aïeux, une douve de fût de 1828 sortie de la cave, la hotte en bois que portait son père. En compagnie de Nicole, « sa meilleure collaboratrice », Pierre a passé des « dizaines de week-ends » et des « milliers d’heures » à chercher, à réparer ces centaines d’objets et à leur aménager un lieu de présentation dans la maison de sa mère, à Mittelbergheim. Il a retapé lui-même les petites pièces. Il a compté sur Béatrice et Jean-Luc Schaeffer, un couple d’amis, pour restaurer des objets plus encombrants.

Chaque année, la collection accapare un peu plus de mètres carrés. Pierre a déjà fait place nette dans une petite pièce où il exposera cette année encore des objets de son stock caché. En juin dernier, il a organisé une journée « portes ouvertes ». Plus de 150 personnes ont parcouru l’exposition. « L’idéal serait de l’ouvrir régulièrement » soupire Pierre. Car dans l’état actuel des choses, l’espace de présentation de Pierre et de Nicole Wolf ne se visite pas. « Ce serait trop compliqué de satisfaire aux normes imposées par la réglementation s’appliquant aux lieux accueillant du public. Cela suppose aussi d’avoir le budget pour » indique le couple. Il songe à un partenariat (encore hypothétique) avec une association afin que le patrimoine patiemment rassemblé profite à d’autres passionnés.

 

 

 

 

 

Stratégie

Miser sur la vache, se diversifier avec la chèvre

Élevage

Publié le 25/01/2018

« Mon frère Martin, c’est plutôt les vaches. Moi, c’est plutôt les chèvres. Et mon père Jean-Luc, c’est un peu les deux ». Tom Schott plante rapidement le décor. Voilà tout juste deux ans qu’il s’est installé au sein du Gaec familial avec l’objectif de diversifier l’activité d’une exploitation que Jean-Luc a démarré en 1982 avec douze vaches traites à la main dans une étable entravée. Le troupeau avait un peu plus que doublé en 1990. Depuis 2007 et l’installation de Martin, il loge dans une stabulation à logettes paillées dont la moitié a été équipée à l’automne dernier avec des matelas à eau, histoire de réduire le nombre de jarrets enflés et d’augmenter le niveau de confort proposé. L’arrivée de Tom a été préparée par l’achat d’un robot de traite, opérationnel depuis septembre 2015. « Je devais me libérer du temps pour le nouvel atelier chèvres qui constituait la pierre angulaire de mon projet d’installation » explique Tom. L’aire paillée de l’ancien bâtiment a donc été scindée pour faire de la place aux caprins, les génisses ayant droit à la partie conservée de la surface.

Le troupeau laitier a la particularité de réunir quatre races à parts presque égales. « La Vosgienne, c’est de l’histoire, de la tradition. La mixité de la Montbéliarde plaisait à mon père. Nous essayons de garder cette qualité en travaillant avec nos taureaux de vieille souche. La dernière réforme pesait une tonne en vif ! La Simmental est là pour fournir des taux et des veaux bien conformés. La Holstein doit ramener de la productivité » déclare Tom. Leur ration de base se compose de 20 kg de maïs ensilage, 11 kg de mélange suisse à base de trèfle, de dactyle et de luzerne, 6 kg de ray-grass et de 4 kg de foin enrubanné. Elle est complétée par un VL 22 distribué en stalle de traite à partir de 22 kg de lait et limité à 4,5 kg. « Depuis deux ans, l’objectif est de remonter le niveau d’étable. L’installation de Tom nous a valu 250 000 l. Nous ne remplissons pas nos droits à livrer en laiterie et nous souhaitons encore augmenter le volume transformé à la ferme. C’est pour ça que nous venons de passer au mélange suisse » indique Martin. Il se félicite également d’avoir investi dans un robot. « Les informations recueillies permettent de mieux repérer les chaleurs discrètes et d’améliorer le suivi de la reproduction. Le nombre d’IAP n’est plus que de 1,4 pour les deux tiers du troupeau qui est inséminé artificiellement ». Les éleveurs accordent également de l’importance à la longévité car « une génisse coûte de 1 200 à 1 300 € avant d’entrer en production ». Leurs vaches font sept veaux en moyenne, même parfois quatorze !

Un débouché en ferme-auberge

Les chèvres reçoivent du foin en hiver, du regain au printemps, avant de pâturer sur les chaumes à partir de la mi-mai. Tom recommence à les complémenter avec un VL 18 une fois par jour avant mise-bas, deux fois par jour après. La dose maximale atteint 600 g/tête/jour. Tom transforme tout leur lait en fromage frais, en tome nature ou aromatisée, en pâte molle fleurie. Il est également à la manœuvre pour fabriquer munster, bargkas, tome, fromage blanc, beurre et crème à partir du lait de vache. En revanche, le Gaec confie à deux prestataires l’élaboration de charcuterie bovine (saucisson, bœuf séché, gendarmes…) et caprine (saucisse à croquer). La production de steak haché pourrait éventuellement s’ajouter.

Le lait vendu à la laiterie demeure le premier poste de recettes. La vente directe suit. Depuis douze ans, le Gaec approvisionne la ferme-auberge des Trois fours tenue par Mireille, l’épouse de Jean-Luc et Florent, frère de Martin et de Tom. « Elle dispose d’une centaine de couverts à l’intérieur et de 140 places en terrasse. Elle absorbe environ 80 % des produits transformés à la ferme. Le reste est écoulé auprès de quelques restaurants et supérettes, sur nos deux points de vente à la ferme et à la ferme-auberge » détaille Jean-Luc. Avec l’augmentation prévue de la production et la volonté de transformer 100 000 l de lait de vache, il sera difficile pour les éleveurs de ne pas moderniser leur fromagerie principale aux Trois fours ainsi que leur site secondaire à Muhlbach. Il leur faudra sans doute encore patienter un peu. Car ils se sont endettés de manière conséquente pour notamment s’équiper en peu de temps du robot de traite, d’une nouvelle faucheuse et d’un tracteur de 180 CV bien utile pour remonter chez eux des plateaux lourdement chargés de fourrages.

Stratégie

Se renouveler avec les vins libres

Vigne

Publié le 18/01/2018

Au 1, place de la Sinne, ne cherchez ni panneau ni flèche qui inviterait à pousser la porte du porche d’entrée pour s’asseoir à l’une des deux tables en bois massif prévues pour déguster. Il n’y en a pas. Le temps où le particulier pesait 90 % des achats appartient au passé. Le domaine Geschickt a mené deux révolutions sur une douzaine d’années. La première a lieu en 1998. À l’époque, l’entreprise est dirigée par Frédéric et Christophe Geschickt. Les deux frères sautent à pieds joints dans la biodynamie après avoir suivi une formation au CFPPA de Rouffach. « C’est mieux. Les préparations aident les plantes à reprendre leur autonomie. La biodynamie est une démarche complète. Ce n’est pas simplement remplacer un herbicide par une intervention mécanique » souligne Frédéric. Les difficultés surgissent en troisième année. L’effet des désherbants de synthèse ayant cessé, l’herbe repousse vraiment. Le désherbage du cavaillon se pose avec acuité dans des sols bruns de la plaine, dans les coteaux argilo-calcaires et sur les arêtes granitiques. Ils exigent qu’on intervienne avec une charrue à rasettes quand la terre n’est ni trop humide, ni trop sèche. Aujourd’hui, le domaine a adopté des disques butteurs. Ils sont passés en moyenne trois fois par an. Le débuttage est effectué au moins une année sur deux. « La question du désherbage du cavaillon n’est jamais définitivement réglée » insiste Frédéric. Il composte ses propres marcs avec du fumier de vache. Il stimule ses vignes avec des préparations classiques en biodynamie (bouse de corne et silice) mais aussi plus originale comme la tanaisie qui remplace le BT. Selon l’année, il utilise entre 300 g et 1,5 kg/ha de cuivre métal. Depuis deux ans, il sème un rang sur deux des mélanges personnels à base de pois, féveroles, seigle et trèfle.

Une telle stratégie vise des rendements mesurés. « 50 hl, c’est l’idéal. 40 hl, c’est vital » résume Aurélie Fayolle qui rejoint le domaine en 2012, en même temps qu’Arnaud, son compagnon, fils de Christophe. Cette double arrivée lance une deuxième révolution. Celle des vins non sulfités, non filtrés. Frédéric s’y essaye dès 2008 sur un crémant et un riesling. Il essuie un échec en 2009 avec un riesling. Il tente un pinot blanc en 2010. Il persiste les années suivantes. Arnaud donne de l’ampleur à ce choix en 2013. En 2014, 95 % des vins ne reçoivent plus de SO2. « Réussir une telle vinification n’est pas qu’une technique de cave. La qualité du raisin en est la clé de voûte. Elle suppose elle-même un bon équilibre microbiologique de la vigne » signale Arnaud. Avec Frédéric, il réalise un suivi méticuleux et ne lésine pas sur les analyses (acidité volatile, sucres) pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Un sulfitage de 1 à 2 g/hl intervient uniquement si la déviation repérée est jugée « irrémédiable » ou sur un vin présentant un profil de vendanges tardives.

Deux ans à faire le dos rond

La ligne est de produire en douze ou vingt-quatre mois d’élevage des vins secs à moins de 2 g/l de sucre restant, pinot gris et gewurztraminer compris. « En dégustation, notre échelle de valeur a changé. Nous sommes moins regardants sur la pureté aromatique et le fruit. La texture, la longueur sont devenues plus importantes. Il y a des oxydations qui peuvent s’accepter parce qu’elles ne sont pas préjudiciables à la vitalité du vin. Elles disparaissent lors du carafage. Ce sont des vins qui ont un truc en plus alors qu’on y met moins d’intrants » expliquent Frédéric, Arnaud et Aurélie. Sur la carte, leur gamme de vins de cépage, de terroir, de liquoreux et de bulles est flanquée d’un smiley qui précise le type de vin auquel le consommateur doit s’attendre.

L’évolution de l’offre a entraîné un changement de clientèle. Aurélie y a passé une grande partie de son temps. « Nous avons participé aux événements organisés par des vignerons qui gravitent autour de grands salons comme Millésime bio. Ils reviennent moins chers et les personnes qui les fréquentent recherchent des vins de niche comme les nôtres. Nous nous sommes constitués un réseau de grossistes qui diffusent notre gamme auprès des professionnels. Nous avons développé l’export via des importateurs vers le Japon, les États-Unis, le Québec, l’Italie. Nous nous rendons au moins une fois par an à l’étranger. Environ la moitié des clients particuliers nous ont suivis. Leur part est tombée à 15 % des ventes » raconte Aurélie. La phase de transition a duré deux ans. « Il a fallu faire le dos rond et se contenter de peu » commente Frédéric, persuadé que le renouveau était une nécessité. « « Nous ne voulions pas connaître le sort de certains de nos collègues contraints d’arrêter la bouteille pour devenir vendeurs de raisins. Il fallait nous différencier en nous positionnant sur un créneau porteur ».

Technique

Tailler en visant une maturité homogène à la parcelle

Vigne

Publié le 17/01/2018

Le domaine Boehler a quinze vins sur sa carte, crémant et vendanges tardives compris. Chacune de ses parcelles doit en fournir un, même si par la suite il arrive que des terroirs soient assemblés pour obtenir ce résultat. Pour y parvenir, le domaine suit deux stratégies de taille. René pratique la première sur deux baguettes et, selon le cas, un ou deux coursons. Cette approche traditionnelle est réservée aux vignes assez ou très vigoureuses, avec lesquelles l’objectif de rendement se situe entre 70 et 75 hl/ha. Il s’agit par exemple des parcelles destinées à fournir des raisins à crémant. Julien, son fils, de retour sur l’exploitation depuis 2016, essaye de convertir autant que faire se peut les parcelles qu’il taille en Poussard. Il a appris la méthode au cours d’un stage dans le Bordelais. Il l’applique aux parcelles destinées à produire 40 ou 50 hl/ha, 60 hl au grand maximum.

Sur le terrain, Julien commence à observer le pied. Un coup d’œil peut lui suffire. Il peut aussi prendre vingt ou trente secondes avant de se décider. Son choix se porte d’abord sur des bois de 7 à 10 mm de diamètre. Il compose ensuite avec l’orientation des bourgeons. « Le premier doit être dirigé vers le bas et en direction du rang. C’est loin d’être évident. Il sort souvent du rang. Le deuxième œil est fréquemment aux environs du deuxième fil. Si une remise à niveau est nécessaire, je pratique une taille sévère qui influence négativement le rendement. Mon but est d’arriver à former le cep en Y. Le flux de sève n’est pas interrompu. Il circule dès lors dans la partie inférieure et latérale du pied » explique-t-il. Dans l’idéal, Julien laisse une baguette longue, qui atteint le dernier fil. Une fois liée, elle va favoriser la répartition du feuillage, évitant ainsi les paquets de végétation. Il laisse entre cinq et quinze bourgeons par souche en éborgnant un œil sur deux en moyenne. Concrètement, il ne va pas demander plus à un pied dont il estime seulement le potentiel à 20 hl/ha : le courson reste à deux yeux, la baguette à quatre avec l’espoir que chaque œil débourre. Il va tailler sur huit à douze yeux le cep qui se situe dans son objectif autour des 40 hl/ha. Mais il va « brider » par une taille à douze/quatorze yeux soit 50-55 hl/ha, le cep capable de contribuer à un rendement de 70 hl/ha. Dans ce cas, le double ébourgeonnage est systématique. « En procédant ainsi, un résultat peut s’observer en deux ans. Mais il se perçoit mieux au bout de cinq à six ans » juge Julien.

De 2 à 5 % de vieilles vignes recépées

Les vignes de dix ans se prêtent le mieux à la conversion. Celles de quarante ans sont plus réfractaires. « Les pieds sont montés, le bourgeon bien placé est rare. J’y passe le double de temps comparé à une autre parcelle. Je me contente de 400 pieds en sept heures au lieu de 800 » concède Julien. Pour contourner le problème, il a recours au recépage. « C’est un bon moyen de conserver mes vieilles vignes. J’y ai de plus en plus recours. Je pratique le recépage pour 2 à 5 % des pieds dans les parcelles concernées en gardant un pampre bien placé de l’année, sous le flux de sève ». Le jeune viticulteur estime ainsi que 70 à 80 % de sa surface peuvent être menés en taille Poussard. « Le temps passé est le facteur limitant » juge-t-il. « Mais c’est une piste pour endiguer la recrudescence des dégâts d’esca, répartir la végétation ».

À la fin des vendanges, Julien calcule le rendement exact obtenu à la parcelle pour « avoir une idée de ce que chacune peut donner ». Il en tient compte pour adapter la taille de chaque pied. « Laisser une trop grande charge ne ramène pas plus de raisins à la récolte. C’est pourquoi je recherche de la précision pour m’approcher au plus près de ce qu’un cep peut donner. L’enjeu pour moi est d’arriver à une homogénéité de la maturité en partant d’une hétérogénéité de charge ». En pratiquant ainsi, Julien a constaté que les stades de la floraison et de la nouaison étaient plus réguliers car chaque pied peut correctement alimenter les bourgeons que le sécateur lui a laissés. En 2017, ses raisins à crémant et son pinot gris étaient mûrs simultanément. Julien veut y voir le signe que sa stratégie actuelle le met sur la bonne voie.

 

 

 

 

PORC

Enfin un peu d’air !

Élevage

Publié le 09/01/2018

Même s’ils s’inscrivent dans une tendance baissière, les achats chinois continuent à faire le beau temps du marché européen pendant une grande partie de l’année. C’est grâce à eux que le cours du porc à 56 de TMP au MPB de Plérin s’affiche en avril à 1,546 €/kg. Un record pour ce mois ! De janvier à début juillet, les 1,50 € font office de prix pivot. Le reflux s’accentue à partir de la mi-août jusqu’à plonger à 1,18-1,17 € début novembre. Il se stabilise à ce niveau. Dans la région Grand Est, le porc est payé entre 1,72 et 1,35 €. En Alsace, le prix moyen sur l’année avoisine 1,40 €, soit 14 cents de plus d’une année sur l’autre. La filière régionale se situe 6 cents au-dessus du prix français. La stabilité du prix de l’aliment engraissement entre 226 et 230 €/t se répercute favorablement. La marge par truie gagne 150 € pour atteindre les 912 €. La mauvaise qualité des céréales dans les ateliers qui valorisent leurs propres récoltes par la fabrication à la ferme dégrade en revanche l’indice de consommation (IC) de 0,1 point, autrement dit de 60 € par truie. Cette pénalité devrait être rapidement effacée par la qualité récoltée au champ en 2017.

Segmenter l’offre au consommateur

Ces prix plus rémunérateurs étaient indispensables aux éleveurs et aux abatteurs. Mais redonneront-ils confiance à une filière française en plein doute ? Rien n’est moins sûr. Certes il y a eu un effet « porc français » qui s’est traduit par une baisse des importations de 10,7 % en 2016. Elle s’est accompagnée d’une augmentation des exportations de 4 %. Mais le prix français se caractérise toujours par son décalage négatif d’environ 10 centimes comparé aux prix allemand rendu abattoir à 56 TMP. Les organisations de producteurs bretonnes ne se sont toujours pas regroupées (comme elles en avaient l’intention) pour être aussi bien en ordre de marche que leurs concurrents. L’offre produits aux clients n’a toujours pas été modernisée alors que la segmentation semble vitale pour reconquérir des consommateurs qui mangent de moins en moins de viande. D’ailleurs de janvier à octobre 2017, les achats de viande de porc des ménages français reculent de 5,2 %, un phénomène général à l’Europe. À cela s’ajoute le débat sur le type d’élevage souhaité par la société, le bien-être et la santé animale, autant de thèmes sur lesquels les éleveurs sont sur la défensive. Conséquence de cette ambiance lourde : sur le premier semestre, les abattages français se replient de 3,9 %, et le poids produit baisse de 4,7 %.

Certes, les perspectives à dix ans du marché mondial de la viande brossées par l’OCDE et la FAO demeurent favorables à la production. La consommation est attendue en hausse de 1,5 % par an. Mais elle concernera avant tout les pays en développement et la viande porcine ne fait pas partie de celles que le consommateur entend plébisciter… Les deux organisations envisagent un niveau de prix inférieur ou égal à 2016, n’évoluant que marginalement à la hausse…

BOVINS VIANDE

Des prix en nette hausse

Élevage

Publié le 09/01/2018

De 8 à 19 cents au kilo : voilà le niveau de gain des cours des différents animaux sur les dix premiers mois de l’année 2017. Dans le détail, le jeune bovin R gagne 15 cents à 3,80 €/kg et même 3,98 € en classement U. Ce dernier bondit même à 4,17 € à la mi-novembre. La vache O passe à 3,23 € au lieu de 3,04 € en moyenne 2016 ; sa collègue classée R est payée en moyenne 3,82 €. À 3,96 €, la génisse progresse le moins, mais s’apprécie néanmoins de 8 cents. À partir de février, le broutard profite de l’absence de creux sur les cours du JB et suit la tendance. Entre mars et fin octobre, il s’échange entre 2,60 et 2,76 €/kg. Dans l’Union européenne, les cotations bovines sont en moyenne supérieures de 5,8 % en septembre 2017 comparé à septembre 2016.

Maintien du coût alimentaire

Ces hausses mettent du baume au cœur des éleveurs à la suite d’une année 2016 beaucoup plus difficile. Comment s’expliquent-elles ? Essentiellement par une baisse de l’offre qui permet au marché de retrouver de la fluidité. Sur les six premiers mois de l’année, les abattages baissent de 3 % dans l’UE. Sur la période de janvier à octobre, il se tue par exemple en France 1,8 % de JB viande et 3 % de JB lait de moins. De plus leur poids de carcasse diminue de 2 %. L’aide de 150 € attribuée aux JB de races à viande ou mixte de moins de 360 kg de carcasse vendus entre janvier et avril 2017 limite les quantités de viande bovine mises en marché. Elle soutient par ricochet les cours des vaches de début et de moyenne gamme. Les engraisseurs alsaciens bénéficient d’un décalage de la hausse du prix des broutards ainsi que de la stabilisation du prix des céréales et des pulpes. Leurs charges d’alimentation se maintiennent pour les plus de 15 000 JB qu’ils produisent habituellement par an. La bonne qualité des ensilages d’herbe et de maïs laisse entrevoir une amélioration des croissances qui se répercutera à la fois sur le coût de production et la marge.

La prévision de prix, notamment en JB, pour le début de 2018 reste optimiste, au moins jusqu’au printemps. Elle évoluera en fonction du risque sanitaire lié à la diffusion de la fièvre catarrhale ovine (FCO) et de la tenue des courants d’exportation vers l’Algérie et la Turquie. Comme le dynamisme du marché du broutard vers l’Italie n’incite pas à engraisser, voilà un dernier élément qui milite pour donner du crédit à cette analyse de l’Institut de l’élevage.

LAIT

Et l’argent du beurre ?

Élevage

Publié le 09/01/2018

S’il fallait un symbole pour résumer l’année laitière 2017, le beurre fait parfaitement l’affaire. Il occupe la une de l’actualité pendant tout l’automne. « La pénurie de beurre » alimente copieusement les conversations ! Une demande de 70 000 t n’est pas satisfaite en Europe. La cotation de la matière grasse autrefois décriée, aujourd’hui réhabilitée par des besoins mondiaux, flambe. Elle s’envole jusqu’à 6 900 €/t avant de retomber à 5 000 € à la mi-septembre. Rappelons qu’en 2016, la même tonne s’échangeait encore 2 500 €… Les rayons des grandes surfaces sont quasiment vides ; les professionnels ont toutes les peines du monde à être livrés. À qui la faute ? À la grande distribution qui n’a voulu revoir ses tarifs d’achat à la hausse en cours d’année ? Aux industriels qui ont préféré vendre sur les marchés plus rémunérateurs ? Tout ce monde se renvoie joyeusement la balle. Les producteurs contemplent ces échanges un brin désabusés, parfois énervés, s’en allant expliquer eux-mêmes aux consommateurs sur les lieux de vente les raisons de cette situation.

L’argent du beurre est la deuxième polémique de l’année. Au printemps, alors que le cours de la matière grasse est en pleine ascension, les éleveurs mettent une première fois la pression sur les distributeurs et les transformateurs qui s’accusent mutuellement de ne pas répercuter vers la base la hausse des cours du lait. À la mi-juin, les producteurs syndiqués interpellent les grandes enseignes. Ils bloquent plusieurs usines dans l’ouest en réclamant une revalorisation des 1 000 litres de 305 à 350 €. Chacun y va de son initiative pour calmer le jeu. Lidl France demande aux pouvoirs publics d’assurer aux éleveurs « un revenu minimum garanti, fruit de leur travail ». Sodiaal annonce le 14 juin qu’elle redistribue à ses membres 25 M€ au titre de l’exercice 2016.

Collecte dynamique en fin d’année

En France, la collecte est léthargique durant les huit premiers mois de l’année. Elle se situe quasiment en permanence sous la courbe de l’année précédente. En Alsace, la zone Sodiaal enregistre un recul d’environ 2 % qui reflète l’impact de la qualité plus que moyenne et de la quantité des fourrages, récoltés à l’automne 2016. De leur côté, les adhérents d’Alsace Lait remplissent leurs engagements trimestriels et s’apprêtent à livrer 142 Ml sur l’année. Dans les deux cas, la distribution de la nouvelle récolte donne un coup d’accélérateur, tant aux volumes traits qu’à leur qualité. La collecte française bondit d’au moins 5 % avec de meilleurs taux. Elle enregistre 9 % de hausse au quatrième trimestre chez les producteurs alsaciens collectés par Sodiaal. Sur l’année, le taux de matière grasse recule de 0,2 g/l, alors que le taux protéique augmente de 0,3 g/l. Les germes totaux sont largement dans les clous à moins de 50 000 GT pour 97 % de la collecte, mais le dénombrement cellulaire reste toujours préoccupant. Certains éleveurs restent à l’écart de cette reprise. Ils habitent les vallées vosgiennes de Masevaux ou de Munster où la sécheresse leur enlève l’herbe sous les pieds. La première coupe se limite à 50 % de la normale. Et il n’y a guère de repousse.

Les difficultés de trésorerie restent fréquentes même si le prix s’améliore doucement au fil des mois. Chez Sodiaal, il gagne environ 15 % pour déboucher sur un prix de base A de l’ordre de 317 €/1 000 l. Toutes primes comprises, l’année s’achemine vers les 324 € à 38/32 (1). Pour sa part, Alsace Lait se rapproche d’un niveau moyen proche des 340 €/1 000 l payés au producteur. Début décembre, le spot se situe entre 340 et 360 €/1 000 l. Les analystes mettent en garde contre la persistance de cette tendance en 2018. Car si le beurre atteint des sommets, la poudre à 0 % ne cesse de dégringoler jusqu’à 1 475 €/t en novembre. En cas de mise en marché, le prix du lait 2018 doit en toute logique s’en ressentir. Le souci est que l’Europe est prête à entamer ses 350 000 t stockées à l’intervention, un volume auquel s’ajoutent 50 000 t de stockage privé. Sans même encore savoir combien et à quel prix ces volumes seront vendus, il y a toutes les chances que cette offre pénalise le niveau de prix du lait en 2018. Avec les laits non OGM et de pâturage, des opérateurs cherchent à développer de nouvelles filières qui répondent aux demandes de la distribution et qui laissent espérer un prix supérieur.

BETTERAVE À SUCRE

L’automne compense le printemps et l’été

Cultures

Publié le 09/01/2018

La libéralisation du marché qui entre dans les faits fin octobre 2017 conduit les industriels à travailler leur compétitivité par la recherche du plus bas coût unitaire. Cela passe par l’augmentation des surfaces. En Alsace, la betterave établit un nouveau record en 2017. Elle couvre 7 250 ha (*) contre 6 740 ha en 2016 et 6 330 ha en 2015. Les semis précoces tirent leur épingle du jeu ; les plus tardifs peinent par manque d’eau. Les levées sont assez chaotiques par endroits et le liseron favorisé par le sec se montre particulièrement d’attaque. Le gel d’avril oblige à ressemer 80 ha là où « il ne restait rien ». Il ne subsiste parfois que 50 000 pieds, mais la décision de conserver la parcelle se révèle un choix judicieux : la plante fait jouer son puissant pouvoir de compensation. Dans les situations où elle parvient à conserver un feuillage sain, elle profite du mois d’octobre pour rattraper un retard initié par un été sec. Elle n’y parvient pas là où la cercosporiose a fait des siennes. La maladie confirme son statut de fléau principal de la culture en Alsace. Elle surprend les planteurs par son départ ultra rapide dans les secteurs sensibles, souvent irrigués, où la première intervention intervient trop tardivement. L’année montre également que le cuivre représente une option. En combinant l’expérience technique et l’arrivée attendue d’une nouvelle génétique tolérante, tous les espoirs de maîtrise de la maladie sont permis dès 2018. Faut-il le rappeler, l’écart de rendement entre une parcelle saine et une autre atteinte grimpe facilement à 15 t/ha !

Les arrachages débutent le 12 septembre. La richesse réelle monte à 18,2 et affiche des pointes à plus de 20. La fourchette des rendements s’étage entre 70 et 100 t/ha à 16. La moyenne s’établit à 94 t. Si ce score reste à 10 t sous le record de 2011, il reste honorable. La culture réalise ses meilleurs résultats dans le Haut-Rhin où elle bénéficie de « l’effet grandes parcelles » et des échanges réguliers entre planteurs qui leur font faire les choix techniques les plus appropriés. La plaine d’Erstein et le nord sont également à la fête alors que dans le Kochersberg les terres légères stressées par le manque d’eau décrochent un peu. Les parcelles touchées par la cercosporiose sont les plus pénalisées. En bord de champ, tous les chargements de décembre sont bâchés. La tare déchets est du même ordre qu’en 2016, autour de 10 %. À Erstein, l’usine tourne comme une horloge depuis le 27 septembre en traitant plus de 6 500 t/jr. La fin de campagne était prévue début janvier, soit plus de cent jours.

Un prix pivot de 25 €/t

La fin des quotas sucriers fait que pour la première fois les 601 planteurs livrant à Erstein jettent un tout autre œil sur le marché mondial du sucre : son évolution influe le prix auquel les sucriers européens paieront la tonne de betteraves. Or plusieurs pays annoncent une forte hausse de leur production en 2017-2018. L’Inde prévoit un plus de 4,5 millions de tonnes (Mt), la Thaïlande de 2,1 Mt, la Chine de 1,2 Mt. L’Union européenne n’est pas la dernière de la classe avec 2,8 Mt en sus. Le Brésil n’en rajoute cependant pas en modifiant ses taxes pour qu’un peu plus de cannes soient transformées en éthanol. Néanmoins avec près de 180 Mt dans le monde, l’offre 2017-2018 devrait dépasser la demande de plus de 5 Mt alors que le déficit frisait les 4 Mt en 2016-2017. Ces (bonnes) perspectives ont été largement anticipées par les marchés. Les cours du sucre reculent depuis le début de l’année. À Londres, la tonne n’est plus cotée que 336 € fin novembre. Cristal Union s’est pour sa part engagé pour 2018 et 2019 sur un prix pivot de 25 €/t.

 

 

FRUITS ET LÉGUMES

Vaches maigres

Cultures

Publié le 09/01/2018

Le printemps avait bien commencé. Un peu trop bien. Les gelées nocturnes des 20 et 21 avril laminent en quelques heures les vergers qui avaient correctement fleuri, notamment dans les secteurs d’Obernai et de Colmar. Dans les cas les plus sérieux la perte s’élève à 100 % ! Le phénomène climatique touche davantage le Haut-Rhin que le Bas-Rhin. Et la grêle de mai fait presque figure d’anecdote. À la récolte, les mirabelles sont d’un bon calibre, mais il n’y a que 75 % de la normale dans le Bas-Rhin, seulement 25 % dans le Haut-Rhin. Le volume de quetsches est amputé de 30 %. Les cerises s’en sortent bien sauf dans les secteurs gelés où le déficit atteint 60 ou 80 %. Les cerises à kirsch sont entièrement sinistrées.

Les 410 ha de pommiers payent un lourd tribut à la gelée noire. Les producteurs bas-rhinois ne cueillent que 50 % de la normale ; leurs collègues haut-rhinois doivent se contenter de 20 %, voire moins, comme dans le Sundgau. En outre, les fruits déformés ne s’avèrent valorisables qu’en jus. Les fraises constituent une autre victime du gel. Il grille les fleurs, entraînant une perte instantanée de 35 % que la suite beaucoup plus favorable de la saison ne compense aucunement. Sous le soleil de juin, la productivité est au rendez-vous tout comme la qualité. L’oïdium ne se manifeste pas, au contraire des acariens et, pour une fois, des pucerons présents de manière précoce. Les attaques de drosophila suzukii sont faibles. Les variétés remontantes produisent correctement à condition d’avoir réussi à bien contrôler les thrips. Les prix sont un peu plus élevés que l’an passé. 2017 est une deuxième année moyenne pour les fraisiculteurs.

Légumes aux ravageurs actifs

Itinéraire cultural aidant, les légumes maraîchers échappent au gel. Ils sont aussi épargnés par les maladies fongiques qui ne trouvent pas de terrain favorable à leur développement. En revanche, ils font face à une recrudescence de ravageurs. Leur vitalité est cependant bien contrôlée par les traitements. L’année convient bien aux tomates et aux courgettes dont certaines parcelles restent au champ en raison d’une surproduction des plants. Elle conduit à des télescopages entre les différentes régions de production de salades, au détriment du prix. Les carottes doivent d’abord se débarrasser des mouches qui les embêtent en début de culture. Sur l’ensemble de la gamme, la productivité est correcte, mais le niveau de prix laisse à désirer.

En légumes de plein champ, le poireau doit se méfier de la fusariose et des thrips, beaucoup moins de ses maladies classiques comme la rouille, l’alternaria et le mildiou. Le chou-fleur et le brocoli sont assaillis par thrips et aleurodes, le chou légume par l’alternaria. En chou-fleur, les conditions météo gomment les décalages à la plantation jusqu’à provoquer un afflux de marchandise préjudiciable au prix de vente. Les alliacées ne sortent pas indemnes de l’année, mais tirent néanmoins le mieux leur épingle du jeu. Oignons et échalotes ont une levée homogène dans les terres légères, plus hétérogène en terres lourdes et croûtées qui rendent le désherbage délicat. Thrips et fusariose occasionnent quelques soucis. L’irrigation est nécessaire pour éviter les pointes sèches. Si la tombaison est précoce, les calibres de 5 à 7 obtenus sont satisfaisants. L’ail se met au diapason. La rouille est absente. Les cailleux sont beaux et le rendement correct.

POMME DE TERRE

Retour de balancier

Cultures

Publié le 06/01/2018

L’année 2017 a été à peine plus facile à gérer au champ que 2016. Après un hiver froid qui procure une bonne structure, les premières primeurs sont mises en place sous bâche fin février. Le reste des plantations s’étale jusqu’à mi-avril. Les températures fraîches retardent la levée et le développement des plantules. Les fortes gelées des 20 et 21 avril, les pires depuis vingt ans, ne laissent guère de chance aux parcelles levées à cette date, pas ou mal protégées par bâches ou aspersion d’eau. Les plantations suivantes profitent bien de l’année malgré une pression précoce et assez marquée des doryphores à partir d’avril. Les températures douces favorisent la tubérisation. Elle est supérieure à la normale. Le printemps sec demande rapidement la mise en route de l’irrigation. L’eau est également nécessaire pour faciliter la récolte des primeurs. Quand elles sont arrachées ! Car le niveau de la demande, tardive et faible en raison d’une météo humide et fraîche, pousse certains producteurs à ne pas engager ces frais au champ !

Des marges brutes à peine positives

Le choix de variétés résistantes au stress hydrique et l’irrigation sont payants en 2017. Le rendement des demi-tardives grimpe à 50 t/ha, 10 t de plus qu’en 2016. Celui des variétés précoces progresse de 5 t/ha à 25 t/ha alors que celui des variétés de conservation est stable à 30 t/ha. Les soucis apparaissent en fin d’été. L’alternance de phases de croissance et d’arrêt de la végétation stimule des repousses. Gale argentée, dartrose et conditions de récolte particulièrement sèches dégradent la qualité des tubercules. Limaces et taupins occasionnent des dégâts sur les variétés arrachées jusqu’à début octobre.

Les facteurs économiques de l’année sont mal orientés. Le stock est élevé. Les surfaces en variétés de conservation progressent de 5,1 % en France et de 4,6 % dans l’Union. Le rendement européen est en hausse de 8,5 % et la production globale de 13,5 %. Ajoutons à cela des chevauchements fréquents de mise en marché entre les différentes régions de production et l’on comprend que les prix dépriment. En début de campagne, ils n’atteignent pas leur niveau de 2016. À ce jeu, les précoces qui se négocient à 200 €/t perdent 50 €/t. À 150 au lieu de 350 €/t en 2016, les variétés à chair ferme divisent leur produit plus que par deux. Mais que dire des demi-tardives dont le prix dévisse de 200 à 80 €/t… Pour ces deux dernières catégories, les marges brutes restent à peine positives à 395 et 695 €/ha. Autant dire, que pour elles, l’année finit dans le rouge.

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