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Collectionneur né !
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Vigne
Publié le 26/01/2018
« J’aime l’histoire ». À balayer d’un regard la grange qui présente sur deux niveaux toutes les trouvailles faites chez des particuliers, dans des brocantes, aux enchères et sur des marchés aux puces, on s’en doute un peu. Pierre Wolf est aussi un collectionneur. En une bonne quinzaine d’années, il a accumulé d’impressionnantes séries d’objets liés à la vigne et aux vins d’Alsace afin « de retracer l’histoire de la viticulture. De moins en moins de monde sait aujourd’hui qu’avant de devenir des domaines, les exploitations élevaient vaches, chevaux et cochons et cultivaient des champs dont seulement une part était plantée de ceps » dit-il. Pierre a démarré par une collection de tire-bouchons. Il a poursuivi avec les sécateurs, les serpettes, les boucheuses, des sulfateuses en cuivre, les premiers systèmes d’embouteillage à bac émaillé et à trois becs, les verrous à tonneau, les tonnelets et autres petits fûts. « Quand je tombe sur une belle pièce, mon cœur sourit. Je sais d’où sort chacune d’elle ! » lance Pierre. Il peut vous entretenir avec force détails de chacun de ces trésors récoltés du nord au sud de la route des vins, de Cleebourg à Thann. « Toutes mes connaissances sont le fruit des échanges que j’ai pu avoir avec tous ceux qui m’ont cédé ces pièces. C’était un régal de discuter avec eux » se souvient-il.
Pierre est particulièrement fier de son plus ancien sécateur. Il date de 1820. « Il a gardé tout son tranchant » signale-t-il en invitant à passer le doigt sur la lame. Il est convaincu d’avoir mis la main sur le tire-bouchon primaire, précurseur de la débondeuse. L’air de rien, cette simple tige en fer à double vrille, s’élargissant dans sa partie haute, servait à déboucher les… tonneaux à l’époque où le vin était principalement véhiculé dans ce type de conditionnement. Pierre possède également les premières boucheuses utilisées en Alsace. « On peut suivre toute l’évolution des techniques » commente-t-il. La plus vieille est presque entièrement en bois. Seules les pièces les plus sollicitées sont en métal. Pierre s’est fait une spécialité des verrous à tonneau. Il les sélectionne en fonction de leur côté artistique. Il apprécie particulièrement l’un d’entre eux, en noyer massif, où une femme est alanguie, des raisins dans les cheveux, un petit cercle étant prévu pour y poser un verre. Il y a parfois des objets étonnants comme cette gourde de 15 litres vêtue de bois, dénichée dans un… monastère et des… lances ! « Au Moyen-Âge, les récoltes étaient tellement rares que l’on faisait garder les vignes aux vendanges par des gardes armés. Il existe encore quelques maisons de gardiens, comme au sommet de la côte de Heiligenstein » explique Pierre.
Une collection qui ne se visite pas
Sa collection est une manière pour Pierre de ne pas renier ses origines. S’il est un responsable de maintenance aux journées bien chargées, son arrière-grand-père et son grand-père étaient tonneliers. Ses parents étaient viticulteurs vendeurs de vrac et de raisins, puis de bouteilles sur 3,5 ha jusqu’à la fin des années quatre-vingt-dix. Il conserve donc comme la prunelle de ses yeux les témoins du passé viticole de sa famille : des façades de tonneau réalisées par ses aïeux, une douve de fût de 1828 sortie de la cave, la hotte en bois que portait son père. En compagnie de Nicole, « sa meilleure collaboratrice », Pierre a passé des « dizaines de week-ends » et des « milliers d’heures » à chercher, à réparer ces centaines d’objets et à leur aménager un lieu de présentation dans la maison de sa mère, à Mittelbergheim. Il a retapé lui-même les petites pièces. Il a compté sur Béatrice et Jean-Luc Schaeffer, un couple d’amis, pour restaurer des objets plus encombrants.
Chaque année, la collection accapare un peu plus de mètres carrés. Pierre a déjà fait place nette dans une petite pièce où il exposera cette année encore des objets de son stock caché. En juin dernier, il a organisé une journée « portes ouvertes ». Plus de 150 personnes ont parcouru l’exposition. « L’idéal serait de l’ouvrir régulièrement » soupire Pierre. Car dans l’état actuel des choses, l’espace de présentation de Pierre et de Nicole Wolf ne se visite pas. « Ce serait trop compliqué de satisfaire aux normes imposées par la réglementation s’appliquant aux lieux accueillant du public. Cela suppose aussi d’avoir le budget pour » indique le couple. Il songe à un partenariat (encore hypothétique) avec une association afin que le patrimoine patiemment rassemblé profite à d’autres passionnés.












