Auteur

Christophe Reibel

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CULTURES SPÉCIALES

Presque toutes performantes

Cultures

Publié le 06/01/2018

ASPERGE. Les 390 ha en production en Alsace en 2017 profitent bien du froid. Les buttages se pratiquent dans d’excellentes conditions. La précocité de l’année fait sortir les premiers turions dès le 20 mars avec une dizaine de jours d’avance sur la normale. Toutes les aspergeraies sont en production début avril et alimentent les tables pour Pâques, ce qui est plutôt rare. Un temps plus frais calme heureusement la pousse en évitant un afflux de marchandise qui aurait été préjudiciable au prix. La production repart à la mi-mai avant de s’essouffler. Cette saison demeure correcte. La plupart des producteurs, obtiennent des rendements de quelque 4 t/ha. La majorité, soit 70 %, trouve ses consommateurs par le canal de la vente directe.

TABAC. Avec 700 ha de Virginie 25 ha de Burley à 70 % irrigués, la surface de tabac a été divisée par deux depuis 1990 où la statistique signalait encore 1 500 ha. Soixante-dix-sept planteurs se la partagent. Les trois quarts sont spécialisés et 80 % sont adeptes de la récolte mécanique. Leur performance au champ est remarquable en 2017. Ils cueillent 2,9 t/ha de Virginie, à peine moins de Burley. De 70 à 80 % du volume se classent en qualité A et B. C’est dire qu’un peu de sclérotinia épars, les pucerons contrôlés par leurs auxiliaires naturels et les punaises jugulées par un traitement insecticide n’ont guère pesé dans l’emballage final. En revanche, l’orobranche continue de se rappeler au souvenir des professionnels dans toutes les zones de culture. L’avenir a toutes les chances de passer par des variétés tolérantes. Leur rendement est égal aux variétés actuelles avec une qualité légèrement inférieure. Les prix de 2016 sont partis pour être à peu de chose près reconduits en 2017.

HOUBLON. La culture n’apprécie pas tellement les à-coups de la météo. Elle résiste au gel avec des dégâts anecdotiques. Elle subit un printemps humide qui favorise la contamination primaire de mildiou. Mais le temps sec calme la donne. Les pucerons sont peu actifs et les 43 planteurs alsaciens maîtrisent les velléités des acariens. Les arrachages débutent fin août. L’année réussit mieux aux variétés plus tardives. Leur rendement et leur teneur en alpha sont un peu meilleurs que pour les variétés plus précoces. Malgré une augmentation des surfaces qui passent de 431,70 à 450,73 ha, la récolte baisse de 12 t par rapport à 2016. Elle s’établit à 718,253 t. Dans ce total la part du bio progresse de 18 à 20,875 t. Parmi les quinze variétés commerciales plantées, le Strisselspalt avec 174 ha, Aramis avec 52 ha et Fuggle avec 48 ha forment toujours le trio de tête. En 2018, la création de nouvelles houblonnières doit faire augmenter la surface en production d’environ 15 ha.

CHOU À CHOUCROUTE. La culture n’a apprécié ni le coup de sec, ni la grosse pression des ravageurs, l’altise en début de cycle, les pucerons ensuite, et surtout, pour terminer, les thrips qui ont été difficiles à maîtriser. Les producteurs ont eu du mal à suivre dans les tours d’eau. La croissance des variétés demi-tardives et tardives a été pénalisée. En choucrouterie, il arrive que le taux de déchets s’envole. Les rendements sont très disparates en fonction de la localisation des parcelles. Les précoces sauvent les meubles autour des 90 €/t, ce qui est loin d’être joué pour les autres variétés. Le prix de 77,50 €/t gagne 2 € mais reste insuffisant à procurer une marge correcte pour les producteurs au terme de cette année mitigée.

VITICULTURE

La faute au gel

Vigne

Publié le 05/01/2018

Le vignoble se serait bien passé de savoir dès le printemps que le niveau de la vendange 2017 serait très probablement bas ! 855 000 hl comme le prédit fin juillet le modèle de l’interprofession et du pôle technique vigne ? Vraisemblablement. En deux nuits consécutives à des températures de - 3 à - 6 °C, le gel des 20 et 21 avril accentué par un vent du nord a sévi sur environ 4 500 ha. 1 800 ha sont très sévèrement touchés autour de Colmar et Scherwiller, mais aussi Saint-Pierre et Ergersheim. Les dégâts sont importants car la vigne avait pris de l’avance. Elle débourre le 4 avril et trois semaines après les parcelles les plus pressées déclarent déjà quatre à cinq feuilles étalées. Les zones de plaine et le précoce gewurztraminer deviennent dès lors des victimes désignées de ce froid glacial devant lequel les viticulteurs sont démunis. La vigne n’avait pas besoin de ça dans la mesure où elle sort d’une année 2016 compliquée, marquée par un manque de luminosité et de chaleur, des vendanges étalées dans le temps et une chute précoce des feuilles. Ces éléments ont influencé sa fertilité et l’ont empêchée de refaire ses réserves de manière optimale, d’où un plus faible nombre de grappes par souche au printemps 2017.

Le gel reste l’épisode majeur de la campagne. Le printemps chaud n’autorise pas l’installation du mildiou et de l’oïdium. La floraison se concentre sur une semaine début juin avec une dizaine de jours d’avance sur un calendrier normal. La véraison intervient le 1er août alors que certaines vignes souffrent de stress hydrique. La faible charge favorise la maturité. Avec 2003, 2007 2009 et 2011, le nouveau millésime fait partie des cinq plus précoces des quarante dernières années. Les premiers raisins à crémant sont coupés dès le 24 août dans le secteur de Colmar. Un volume d’au moins 230 000 hl est nécessaire pour tenir le courant de vente futur. Le ban de l’AOC Alsace est ouvert le 30 août. Fin septembre, l’essentiel des raisins est parvenu en cave dans un état sanitaire particulièrement sain. Les domaines les plus mal lotis doivent se contenter de moyennes d’exploitation entre 35 et 55 hl/ha. La matière première ne cause pas de soucis particuliers aux vinificateurs. Le niveau de bourbes est faible, les jus sont clairs et partent rapidement en fermentation malgré, parfois, un faible taux d’azote assimilable. Si certaines cuves présentent un caractère vert, c’est loin d’être une généralité. L’équilibre sucre/acidité est assuré. Muscat, sylvaner et riesling font preuve de typicité. Avec sa belle structure acide, le pinot gris apparaît comme l’une des réussites d’un millésime qui en rappelle un autre aux plus anciens : 1947 !

Le millésime apporte également un beau lot de vendanges tardives. Au 11 décembre, des revendications sont déposées pour quasiment 13 912 hl, soit le triple de 2016 (4 237 hl), mais presque 10 000 hl de moins qu’en 2015 (23 742 hl). Assez classiquement, le gewurztraminer fait l’objet d’un maximum de constats pour 9 302 hl dont 3 466 hl de SGN. Le pinot gris le suit avec 3 629 hl dont 2 071 hl de SGN. Riesling et muscat ferment la marche avec respectivement 563 et 413 hl et une majorité de VT.

Un léger rebond des ventes entre janvier et octobre 2017

Les Alsace reprennent un peu du poil de la bête sur leurs marchés. Sur douze mois glissants, de novembre 2016 à octobre 2017, ils retrouvent leur rythme de vente sur l’année 2016 à 961 000 hl. Sur les dix premiers mois de 2017 à fin octobre, la hausse est même de 1,3 %. Les opérateurs n’hésitent visiblement pas à puiser dans un stock qui, fin 2016, pèse deux ans et demi de ventes moyennes. Pour sa part, l’appellation crémant d’Alsace qui pèse un quart de la commercialisation du vignoble, accuse le coup de la baisse des volumes rentrés en 2015. Ses ventes totales baissent de 1,6 % à 250 895 hl sur douze mois mobiles et de 2,9 % à 182 950 hl sur les dix premiers mois 2017.

Sur les dix premiers mois 2017, le marché bouteilles français progresse de 2 %. Les ventes à l’export s’élèvent à 245 000 hl sur douze mois. La Belgique et les Pays-Bas, deux pays où l’Alsace réalisait de très bons scores, poursuivent leur descente aux enfers. Le premier recule de 5 % en volume et de 4 % en valeur mais occupe toujours la première place des destinations des Alsace à l’étranger avec 35 000 hl. Les seconds concèdent 13 % à 17 000 hl et se retrouvent numéro trois à l’exportation. L’explication est toujours la même : sur ces marchés de prix, les opérateurs quand ils n’abandonnent pas la partie, ont du mal à faire des offres jugées suffisamment compétitives. L’Allemagne s’intercale entre ce duo avec 25 000 hl (+ 4%). Canada (+ 13 %), Suède et États-Unis (+ 6 %) forment le trio suivant avec à peu de chose près le même volume d’achat : 15 000 hl. L’élément positif est que ces marchés dégagent de meilleures valeurs ajoutées.

Avec la faible récolte attendue, les transactions en vrac ne sont pas légion. Le faible nombre de lots échangés empêche souvent la publication des mercuriales. Quand elles le sont, les écarts types sont parfois considérables. Dès octobre l’ensemble des cépages est sans surprise orienté à la hausse. Le sylvaner se négocie en moyenne à 1,93 €/l, le pinot blanc à 2,19 €, le riesling à 3,19 €, le pinot gris à 2,89 € et le gewurztraminer à 4,20 €.

De son côté, le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace prépare un renouvellement de sa communication auprès des consommateurs. Annoncée comme « dynamique et offensive », la nouvelle image des vins d’Alsace doit permettre au vignoble de renouer avec ses anciennes performances commerciales tout en satisfaisant une quête de meilleure valeur ajoutée.

OLÉAGINEUX

Des surfaces en forte hausse

Cultures

Publié le 05/01/2018

Ce sont les grands gagnants de l’année en Alsace ! Les oléagineux accusent une hausse historique de 3 160 ha de leurs surfaces ! Soja et colza peuvent en revendiquer tout le mérite. Le premier gagne 1 550 ha et se propulse à la première place de la sole oléagineuse alsacienne avec 5 800 ha. Le second fait un chouïa de mieux en augmentant de 1 600 ha pour échouer à 5 400 ha. Même le pois progresse de 30 ha à 110 ha. Apparemment le tournesol ne bouge guère. À 740 ha, il limite sa perte à 20 ha. Sauf que le tournesol classique accélère de 250 à 410 ha. C’est la filière semences de tournesol qui est la grande perdante de l’année en reculant à 330 ha contre 510 en 2016.

Tous les rendements en hausse

Cette poussée des surfaces va de pair avec des rendements convenablement orientés. Le colza compense bien le gel et a assez de lumière et de degrés pour bien fleurir. Il pousse des pointes à 48 q/ha et en laisse en moyenne 41 q dans les trémies, 5 de plus qu’en 2016. Le soja connaît un cru similaire à 2016 avec un rendement quasi stable en hausse 1 q/ha à 35 q. Le tournesol fait jeu égal avec le soja, sauf qu’il améliore de 9 q son score de l’an passé. À 35 q/ha, le pois obtient 2 q/ha de mieux.

Ces bonnes moyennes s’additionnent à celles, tout aussi satisfaisantes, des autres régions de production. L’UE engrange plus de 21 Mt, la France plus de 5,5 Mt. Les cours FOB Moselle de la nouvelle récolte jouent au yoyo, une semaine au-dessus, une semaine en-dessous des 370 €/t qui semblent être sa référence depuis juillet 2017. Les collecteurs payent des acomptes entre 300 et 350 €/t comparables aux 330 €/t de 2016. La production de soja n’est pas en reste. À 347 Mt, la culture n’est pas très loin de son record mondial de 351 Mt de 2016-2017. En moisson, la tonne de soja bénéficie d’un acompte de 350 €/t, inférieur de 20 €/t à 2016.

CÉRÉALES

Des rendements sans le prix

Cultures

Publié le 05/01/2018

2017 met du baume au cœur des céréaliers. Au moins au champ. En rendement comme en qualité, elle fait oublier une sinistre année 2016. Les semis de blé sont tardifs. Les plantules tardent parfois à lever mais sortent de l’hiver avec de bonnes densités et sans tallage excessif comme l’année précédente. La sécheresse hivernale empêche le blé de valoriser les apports d’azote : l’eau manque pour amener l’engrais aux racines. Le gel printanier reste sans effet. Les pluies de mai font renaître l’espoir d’une bonne récolte d’autant que la pression des maladies reste très faible tout au long du cycle. Les producteurs peuvent faire l’impasse sur les quelques symptômes de rouille et d’oïdium qu’ils remarquent. Les orges sont fauchées avant les grosses chaleurs de fin juin. Les blés qui rentrent à partir de début juillet, un peu en avance sur un calendrier classique, n’y échappent pas.

Les céréales à paille perdent quelques surfaces. À 47 100 ha, le blé régresse de 5 400 ha et descend un peu plus bas que son niveau de 2015 (47 900 ha). Les céréales secondaires couvrent 8 000 ha tout rond. Les orges d’hiver grignotent 600 ha à 4 900 ha, l’avoine diminue de 90 ha à 580 ha. Les autres céréales sont stables à 1 650 ha pour le triticale, à 500 ha pour l’orge de printemps, à 220 ha pour le sorgho, 150 ha pour le seigle (- 10 ha). Ce bloc de 55 100 ha sur une sole céréales totale de 181 700 ha retrouve tout de même des couleurs sur la balance. Les rendements d’orges d’hiver de 72 q/ha n’ont plus rien à voir avec les 55 q de l’an passé. Idem pour les blés tendres qui effacent leurs 40 à 60 q/ha par un très bon 80 q/ha. Contrairement à 2016, la qualité boulangère ne fait pas défaut. Comme le relève la statistique FranceAgriMer, la collecte de blé bondit de 38 %. Les autres céréales redressent également la tête à l’image du triticale (59 q/ha contre 41), de l’avoine (46 q/ha contre 39), de l’orge de printemps (45 q/ha contre 38), du seigle (47 q/ha contre 40). Le sorgho progresse le moins à 93 q/ha contre 89.

Maïs : 115 q/ha sans mycotoxines

Début avril, les sols sont suffisamment réchauffés et portants pour permettre la sortie des semoirs à maïs. 90 % des surfaces prévues dans les assolements sont en place dès la mi-avril. Un record de précocité ! La culture engage l’année avec en moyenne dix bonnes journées d’avance. Ils ne seront pas inutiles. L’épisode de gel freine une première fois la pousse mais ne handicape pas la culture de manière rédhibitoire. Le mois de mai n’incite pas non plus à la croissance des plantes qui font surtout du… surplace ! Juin gomme cette léthargie. Le soleil stimule les maïs, mais assèche les sols. Les premiers tours d’eau sont programmés dès le 4 juin alors que le stade dix feuilles est atteint. Ce ne sont pas les derniers de la saison. La météo impose une cadence soutenue aux irrigants. Elle sauve ceux qui n’arrosent pas en faisant pleuvoir en juillet et plus tard en août. La fertilisation est valorisée et les épis se développent bien. L’état sanitaire n’inspire pas d’inquiétude particulière. Sur le front des ravageurs, la pyrale se fait davantage remarquer que d’habitude et la chrysomèle continue doucement de s’installer. 5 800 individus sont piégés fin août, largement plus que les 4 166 de la campagne 2016.

Fin octobre, les moissonneuses peuvent être remisées dans leurs hangars. Elles sont intervenues sur 125 600 ha, 900 ha de plus qu’en 2016. La campagne maïs 2017 ne crève pas les plafonds, mais efface néanmoins le souvenir de la parenthèse de 2016 et de ses 99 q/ha de moyenne. L’Alsace annonce un rendement moyen de 115 q/ha, supérieur de 5 q/ha dans le Haut-Rhin (117 q/ha) comparé au Bas-Rhin (112 q/ha). La qualité sanitaire est au rendez-vous. C’est mieux que 2015 (109 q/ha), mais reste nettement sous 2014 (121 q/ha). La collecte s’annonce en hausse de 18 %. Pour être complet, signalons que 1 000 ha (+ 100 ha) ont été cueillis par la filière maïs semences et 12 200 ha ont été ensilés par les éleveurs.

Le bilan économique reste mauvais

Les récoltes sont bonnes partout. La récolte française d’orge s’améliore de 16 % à plus de 12 Mt, celle de blé augmente de près de 32 % à plus de 36 millions de tonnes (Mt). Et elle est de très bonne qualité. 58 % du volume se classe en supérieur ou mieux contre à peine 20 % en 2016. Le taux de protéines atteint 11,5 % pour 96 % de la collecte. Le poids spécifique de 73 % (contre 25 % en 2016) dépasse les 76 kg/hl. Le Hagberg est supérieur à 240 s pour 83 % des volumes. Dans le monde, le blé ne manque pas non plus. La production y atteint près de 740 Mt. Les stocks atteignent les 265 Mt. Les blés russes, ukrainiens et argentins frappent à la porte des acheteurs en Afrique et au Moyen-Orient à des prix très compétitifs. Dans ces conditions, l’encéphalogramme du marché est plat. Selon tous les analystes, il le restera jusqu’en fin de campagne, en juin 2018… Les acomptes payés à la moisson sont donc sages : 125 €/t pour l’orge, entre 145 et 150 €/t pour les blés, comme en 2016. Ces derniers baissent encore de 10 €/t entre août et octobre. Pas de quoi pavoiser.

Le maïs n’est pas mieux loti. Son bilan est revu à 1 039 Mt en octobre, 50 Mt de moins que son record établi en 2016. L’UE table sur des importations, notamment brésiliennes, de 15 Mt sur son sol en 2017-2018. Les stocks sont estimés à 200 Mt. Au niveau local, les organismes stockeurs perdent un débouché en raison de la fermeture de la semoulerie Costimex. L’entreprise implantée au port du Rhin à Strasbourg absorbait annuellement 150 000 t de grains jaunes cornés dont 70 % d’origine Alsace… Ils se contentent dès lors de régler 135 à 140 €/t à l’automne, encore quelques euros de moins qu’en 2016 (147 €/t)… En 2017, une nouvelle contraction des charges des maïsiculteurs, notamment au poste engrais, et de meilleurs rendements compenseront ce nouveau recul, mais pas suffisamment pour déboucher sur un revenu décent et reconstituer durablement leur trésorerie. Les indicateurs économiques de la culture sont mal orientés depuis 2013. Les experts qui prennent sous la loupe les bilans constatent sur ce laps de temps que le travail est rémunéré 102 €/ha pour les exploitants qui irriguent et seulement 24 €/ha pour les non-irrigants. 2017 ne devrait pas significativement améliorer cette courbe.

Commerce

Acheter : selon quels critères ?

Vigne

Publié le 02/01/2018

Entre Noël et jour de l’an, c’est une fin d’après-midi tranquille à l’hypermarché de l’enseigne U à Gertwiller. Le rayon vins s’étale sur cinq travées, chargées recto verso sur cinq étages. Trois s’interrompent pour faire de la place à une présentation en casier, en caisse ou en cartons de six. Cet espace n’est pas spécialement pris d’assaut, mais il y a toujours quelqu’un pour circuler dans les allées. La plupart des acheteurs du moment se définissent comme des consommateurs irréguliers. « Je ne suis pas connaisseur » prévient Joëlle, 64 ans, qui choisit dans « un panel restreint » de références. Elle est à la recherche d’un gewurztraminer parce que ce sont « les fêtes et qu’il s’agit d’un moment à partager ». Rémi, 32 ans, n’est pas davantage initié à ses dires, mais il cite sans difficulté six des sept cépages d’Alsace, qu’il juge « tous agréables à boire ». Manon et Pierre-Yves, un jeune couple de vacanciers belges, s’appuient sur le souvenir qu’ils ont de ce que boivent leurs parents et sur les renseignements obtenus via l’application de leur smartphone. Ils ont repéré des vins à leur nom de cépage dans les villages aux alentours, mais sont venus au magasin pour « avoir le choix ». Béatrice, 72 ans, a trouvé un compromis. « Je reste sur ce que je connais » dit-elle. Comme Anthony, 47 ans, occupé à détailler l’étiquette d’un crémant qu’il destine à ses parents qui n’habitent pas la région, et qui reprend les vins qu’il a « déjà bus et appréciés ».

La quête de bons crus de ces acheteurs est très variée. Yves, 52 ans, passe en revue les bouteilles alignées pour trouver « un rouge bio d’au moins quatre ans d’âge » car il doit « avoir du caractère ». « J’achète une bouteille une fois tous les deux mois environ. C’est à chaque fois un casse-tête » avoue-t-il. « Il m’arrive encore d’opter pour un traditionnel, mais depuis deux à trois ans je suis plus sensible au mode de production. Tous ces traitements, ce n’est pas bon ». Béatrice délaisse depuis quelque temps le Côtes-du-Rhône « pour changer ». Elle craque volontiers pour un Fronton en raison de son rapport qualité-prix, de son degré alcool « pas trop élevé ». Rémi veut dénicher un Champagne, mais n’écarte pas l’idée de virer vers un crémant. Si Manon est habituée aux vins « légers et fruités » de la Loire, et Pierre-Yves aux rouges italiens, ils chassent ici les vins secs, au contraire de Joëlle ou d’Antoine, 22 ans, acheteur régulier de pinot gris et de gewurztraminer avec du sucre restant.

Des Alsace « par chauvinisme »

Le budget ne semble pas être un frein. Manon et Pierre-Yves veulent des bouteilles « à offrir et à consommer ». Ils n’ont défini, ni nombre, ni budget. Béatrice se limite à 3-4 € au quotidien, mais confie aussi acheter des lieux-dits, des appellations communales ou des grands crus, forcément plus chers. Consommateur pressé, Antoine ne regarde pas toujours le prix même s’il se fixe un créneau de 5 à 10 €. Yves n’entend pas dépasser les 10 € pour sa bouteille. Joëlle est prête à mettre 13 € pour son gewurztraminer « parce que c’est une dépense que je n’ai pas tous les jours ». Mais monter à 19 € ne la dérangerait pas. Rémi est pour sa part capable de sortir plus de 20 € pour l’ouvrir à la soirée à laquelle il est invité.

Les vins d’Alsace profitent-ils de ces bonnes dispositions ? Assurément pour nos consommateurs du jour qui les considèrent comme un élément du patrimoine local. Ils figurent en bonne place dans les caddies, sauf celui d’Yves qui s’approvisionne en direct chez un ami, viticulteur bio. « Je ne connais les Alsace que depuis mon emménagement dans la région il y a un an » indique Rémi. « J’ai été agréablement surpris par les dégustations que j’ai pu faire. À Noël, j’en ai fait profiter mes parents, en Auvergne ». « Nous avons accueilli des amis durant ces fêtes. Nous avons servi beaucoup de blancs d’Alsace pour les leur faire découvrir. Un pinot gris a très bien accompagné un poisson. Toutes les bouteilles ont été bues » enchaîne Béatrice. « J’achète surtout des Alsace. Par chauvinisme sans doute » sourit Joëlle. Antoine partage ce sentiment. « Je suis conditionné depuis l’enfance à boire des vins locaux. Au contraire d’un rouge, une fois, aucun blanc ne m’a jamais déçu ! De plus, acheter local, cela fait tourner l’économie locale ». Anthony, quant à lui s’enflamme : « j’ai un parti pris pour les blancs. Alors quand on les aime, l’Alsace, c’est le paradis ! ».
 

Magazine

« Mon œnothèque est source d’émotions »

Vigne

Publié le 20/12/2017

« Étonnez-moi ! ». C’est sans doute la plus belle invitation qu’on puisse adresser à Sylvie Spielmann. Elle n’hésite pas alors à vous entraîner devant un impressionnant mur de bouteilles. Trente ans qu’elle vinifie. Trente ans qu’elle met soigneusement en réserve la mémoire de chaque millésime. Son argument, c’est cette œnothèque personnelle. Très exactement quatre-cent-vingt-trois casiers pour le moment, en attendant les deux rangées supplémentaires qui doivent être montées pour accueillir les cols qui dorment encore en caisses. Il n’y a que des vins du domaine dans ces niches numérotées. Il faut un escabeau pour atteindre ceux qui logent le plus haut. Sylvie s’est donné une règle : 100 bouteilles pour ses gewurztraminers et rieslings grand cru, de 48 à 60 cols pour ses lieux-dits, 24 pour ses sylvaners et pinots blancs, parfois plus si le millésime en impose. Les plus anciens remontent aux années soixante-dix, l’époque de Marie-Antoinette et Jean-Martin, les parents de Sylvie. Tous les cépages du vignoble y ont leurs témoins. Les crémants, y compris des magnums, s’y sont ajoutés en 2008, l’année où Sylvie s’est mise à en élaborer. « Depuis mes vingt ans, je suis une fanatique des vieux vins. Lors des fêtes de famille, mes parents en ouvraient fréquemment ».

Sylvie a son idée sur le potentiel de garde des Alsace. « La lecture des menus servis à l’Académie française il y a un siècle, nous apprend que les plats étaient toujours accompagnés par des vins d’au moins vingt ans d’âge, y compris par un edelzwicker de Riquewihr. Dans l’Ami Fritz, Erckmann-Chatrian écrit bien que le vin du grand-père sert à faire découvrir le vin d’Alsace au petit-fils. J’ai goûté des Alsace exceptionnels. Un pinot gris 1959 à propos duquel je ne comprenais pas comme il pouvait être aussi vieux et autant exhaler les fruits exotiques. Un riesling 1971 m’a surpris avec ses arômes de fruits rouges ». Les grandes années de garde ne sont pas celles que l’on qualifie de « meilleures ». « Ce sont les plus équilibrées, avec une belle acidité. Il est faux de dire que les vins d’années chaudes n’ont pas de potentiel de garde. La nature trouve simplement son équilibre autrement. 1991 a été un millésime décrié. Je ne l’aimais pas non plus. Pourtant il m’a donné un riesling magnifique. Le riesling Kanzlerberg 2009 ne m’a pas convaincue l’année de sa naissance. Mais aujourd’hui, il associe un bel équilibre à de la finesse et à du fruité. Et 2010 sera un monstre de millésime, supérieur à 2015 ».

Le beau potentiel de garde des Alsace

Tout un chacun n’a pas accès à l’œnothèque de Sylvie. « Les vins vieux ne plaisent pas à tout le monde. J’y amène les personnes qui comprennent cette culture ». Ces vins témoins d’une carrière ne sont pas seulement des trésors qui dorment. Sylvie puise dans cette mémoire pour organiser des dégustations verticales, des soirées œnologiques, des dîners d’accords mets-vins qui réunissent 130 convives sur deux soirées. Cette année, elle avait choisi en dégustation à l’aveugle un sylvaner 1994, un muscat 1997, un pinot gris vendanges tardives 2000 et, pour corser le tout, un riesling lieu-dit actuellement en vente sur sa carte. « Ces vins me servent à montrer que les Alsace sont des vins de garde, plus accomplis au bout de dix ans, voire souvent davantage. Chaque viticulteur peut faire sa réserve. C’est son rôle de montrer sa passion pour ses vins en ne vendant pas toute la production de son année ». Présenter de tels vins aide aussi à écouler les millésimes en vente. « Cela inspire confiance ». Il arrive que Sylvie vende quelques-unes de ces bouteilles. Elle en offre parfois l’une ou l’autre. « C’est ma B.A. de la journée ! » glisse-t-elle, un sourire en coin.

Sylvie a la possibilité de servir le vin de l’année de naissance de plus en plus d’amateurs qui viennent au domaine. « Les vieux vins font partie de ma personnalité » estime-t-elle. « Et mon œnothèque est une source d’émotions ». Sylvie s’incline devant le riesling et le gewurztraminer que lui donne le Kanzlerberg, un terroir de garde qui « l’étonne à chaque millésime ». Mais ne lui demandez surtout pas de classer ces années et ces crus par ordre de mérite. « Le meilleur vin n’existe pas en soi. Le meilleur, c’est le vin que l’on peut faire partager, qui procure paix et harmonie ». Et quand arrive la dernière bouteille d’une série ? « Je l’ouvre ! Ce n’est pas grave. Elle fera un souvenir. J’aurai été avec le groupe qui l’a bue. Il faut aussi se faire plaisir à soi. C’est un peu un crève-cœur, mais c’est la vie ! ».

Stratégie

« Nous voulons donner l’impression au client qu’il est chez lui »

Vigne

Publié le 14/12/2017

L’histoire du domaine Schneider s’est longtemps résumée au seul vrac. Elle est initiée par Robert à la fin des années cinquante alors que l’exploitation se partage quelques années encore entre quelques grandes cultures et des vergers. Elle se poursuit à partir de 1982 avec Jean-Marc, l’époux de Marie-Joëlle, qui reprend un domaine désormais spécialisé dans le vrac à côté d’une activité de courtier. Elle prend un tournant en 2009. Deux ans après la disparition de Jean-Marc, David, 24 ans à l’époque, décide de déménager son matériel à Goxwiller où il possède un bâtiment et de se lancer dans la bouteille. « C’est un peu énervant de faire tout le travail à la vigne et en cave et de ne pas avoir le retour du consommateur final » explique-t-il. Marie-Joëlle qui tient toujours le rôle de chef d’exploitation, partage cet avis. Mère et fils y vont donc « au culot », pour reprendre leur expression. « Comme notre façade donne sur l’une des deux grandes artères du village, nous avons ouvert le portail et placé un panneau sur le trottoir vantant notre premier rosé. C’est comme ça que nous avons eu nos premiers clients ».

David vinifie tous ses vins avec le même itinéraire quel que soit leur circuit de vente. Il réalise un pressurage de trois à cinq heures sur des raisins récoltés mécaniquement à l’exception de ceux qui servent aux cuvées. En sortie de pressoir, il sulfite ses jus entre 1 et 5 g/hl, voire pas du tout comme en 2017. Il les débourbe entre douze et quarante-huit heures en visant 80 NTU. Il enzyme et levure. Il laisse fermenter à un maximum de 19,5/20°. Il termine les vins du millésime en les sulfitant avant la fin de l’année. David produit des « vins tendus, secs », comme ses rieslings à 2, voire 0 g de sucre restant. « Je ne veux pas seulement penser à faire plaisir au client. Si je veux vendre mes vins, je dois les aimer comme je les ai fait » insiste le jeune homme qui fixe son objectif de rendement à 70 hl/ha en moyenne d’exploitation. À la vigne, il pratique l’enherbement un rang sur deux. Il l’alterne selon le type de sol et son tassement. Il désherbe le cavaillon avec un herbicide et protège la végétation en encadrant la fleur avec deux systémiques. Il pense revoir cette stratégie dès 2018 ou 2019 en optant pour le bio. « Je ne suis pas inquiet à l’idée de me passer des produits de synthèse. J’observe déjà ma vigne. Le bio me fera seulement faire plus de conduite » dit-il. Pour anticiper ce passage, il vient d’investir dans un nouveau tracteur, moderne et plus confortable. David a besoin de deux jours pour traiter une surface répartie entre Barr et Bernardswiller.

80 m², cuisine comprise !

Le domaine cède en raisins 60 ares destinés à du crémant. « Je manque de place pour en élaborer moi-même » précise David. En cas de demande, il adresse les clients à son cousin. Pour le vrac, Marie-Joëlle et David s’adressent historiquement au même courtier. Ils vendent leur cave en entier. « En février, nos cuves sont généralement vides. Nous ne nous sommes jamais retrouvés avec un lot sur les bras » se félicitent mère et fils. La vente directe se concentre sur les particuliers. Elle a démarré par un stand tenu sur un marché, s’est développée progressivement dans le sud et l’Ouest de la France. Marie-Joëlle participe à trois « petits » salons au cours de l’année et depuis trois ans à un marché de Noël en Bretagne. Elle en rajoute cette année un autre sur Paris. « Nous essayons d’être les seuls avec des vins d’Alsace. Les efforts de promotion des organisateurs font que nous y retournons ou pas » admet-elle. À chaque déplacement, elle cherche à conforter son réseau de personnes prêtes à réaliser un groupage de commandes.

Le caveau est le principal relais de vente pour des bouteilles. Il en écoule 70 % depuis 2016, l’année de son agrandissement et de sa rénovation. La façade rouge, un panneau comportant toujours une offre pour attirer l’œil, doivent inciter à pousser la porte. L’aménagement intérieur mélange volontairement les genres : un canapé en velours, une table ronde en bois et des sièges rouges, un bar et ses chaises hautes, des fauteuils en cuir autour d’une table basse. Il y a même, dès l’entrée, la table de la cuisine et, à côté, tous les équipements qui vont avec. Sur 80 m², l’ensemble rappelle, comme l’on voudra, un bar ou son chez-soi. La cour accueille un banc invitant à prendre son temps. « Nous voulons donner l’impression au client qu’il est chez lui » confirment Marie-Joëlle et David. Le lieu est ouvert de 10 à 19 h quasiment tous les jours. Aux clients qui se renseignent, le tarif présenté, est encadré sous verre, comme un tableau. David y met en avant ses sélections parcellaires, comme les cuvées Tentation, J’M ou R. Il préfère cette dénomination à l’emploi des noms des lieux-dits eux-mêmes qui « compliquent l’offre et qui ne parlent pas au client ».

 

 

Recherche

Combiner les réponses contre le court-noué

Vigne

Publié le 08/12/2017

Xiphinema index, vecteur du virus responsable du court-noué, adore tellement la vigne qu’il est en quelque sorte devenu le spécialiste. Cela se comprend. La plupart des sols dédiés à la vigne en porte depuis des dizaines d’années, voire plus. Cette durée a été largement suffisante pour que le nématode s’inféode à vitis vinifera. Pour s’en convaincre, il suffit de se mettre en conditions de laboratoire, de contaminer de la terre avec Xiphinema index et y enfoncer un plant de vigne. En quatre mois, le nombre de nématodes présents à l’origine est multiplié par dix ! Dans la nature, la concentration de nématodes oscille entre six et trente-quatre individus par kilo de terre, soit une dizaine en moyenne, naviguant en plus à des horizons variables, mais le plus fréquemment autour de 40 cm de profondeur. « Ce réservoir est toujours largement suffisant pour recontaminer une parcelle » remarque Olivier Lemaire, directeur de recherche de l’UMR santé de la vigne à l’Inra de Colmar. Ajoutons que le nématode a la vie dure. Il survit aisément quatre ans dans un sol ne portant plus de vigne. Pour se débarrasser de l’importun, le conseil est de laisser une parcelle touchée au repos pendant dix ans après arrachage. Douze ans seraient même mieux. Mais complètement impossible à appliquer dans des conditions économiques décentes.

Comment réduire ce délai tout en éliminant au maximum Xiphinema index ? C’est tout l’enjeu des travaux de l’Inra. L’institut a commencé à tester individuellement la pertinence de chaque piste de réponse avant de proposer aux viticulteurs une stratégie associant ces diverses méthodes de lutte. La jachère nématicide est un premier thème de recherche. Il est étudié depuis 2010. La première étape a été de mesurer la vitesse de recontamination d’une vigne par le nématode selon la plante semée en terre. « On s’aperçoit que des espèces comme la phacélie ou le sarrasin favorisent la multiplication du nématode. Le seigle conserve presque la population de départ. L’avoine réduit de moitié le nombre de nématodes présents au départ » signale Olivier Lemaire. Mais il y a mieux : les fabacées. Cette famille comprend notamment la luzerne, le sainfoin et le lotier corniculé. Ces plantes freinent fortement la multiplication de Xiphinema index. Les chercheurs étudient actuellement leur mécanisme d’action : une molécule unique ? plusieurs en interaction ? Le semencier Jouffray-Drillaud n’a en tout cas pas attendu pour proposer dès 2015 le mélange spécifique Viver. Il associe avoine rude, vesce velue, luzerne, sainfoin, trèfle violet, lotier ainsi que spores de mycorhize pour « contrôler le développement de la population de Xiphenema index avant replantation ».

Du sainfoin en granulés avant replantation

Parmi les fabacées, le sainfoin fait l’objet d’une attention particulière. « En laboratoire, cette légumineuse à fleurs roses ne laisse subsister aucun nématode dans le sol » signale Olivier Lemaire. L’identification de la ou des molécules nématicides est en cours. Des essais aussi. En avril 2017, des granulés de sainfoin ont été enfouis sur une parcelle avant plantation à Eguisheim. Cette première en France sera complétée par un réseau de six autres parcelles en Champagne. Les chercheurs en attendent d’ici trois à cinq ans des informations sur leur effet nématicide, mais aussi leur apport en azote. Pour Olivier Lemaire, « l’intérêt des granulés est double : ils ne rentrent pas en compétition avec la vigne pour l’eau et ils s’épandent facilement dans l’interrang ».

La stratégie actuelle expérimente une jachère nématicide de deux ans. Elle peut être suivie d’une replantation avec le porte-greffe tolérant Nemadex. À Saint-Pierre, un tel protocole a été expérimenté sur sylvaner. Le cépage a montré une meilleure vigueur dans ce cas que lorsqu’il est planté sur un sol laissé deux ans nu. La prémunition est une autre stratégie de lutte. Il s’agit de procéder à la vaccination de la vigne. Comment ? En commençant par repérer au vignoble des pieds atteints du court-noué, mais n’en présentant pas les symptômes. La deuxième étape est d’isoler le virus atténué de ces ceps et de l’introduire dans le plant de vigne par une succession de greffages et un bouturage. À l’arrivée, le plant habitué au virus se protège lui-même d’une surinfection. L’adaptation de l’itinéraire technique, notamment en matière de fertilisation, est un dernier moyen de rendre la vie difficile à Xiphinema index. L’amendement organique est à privilégier. Pour Olivier Lemaire, il est clair qu’il faut préférer « une gestion intégrée du court-noué. Le maîtriser ne se résumera pas à l’application d’une seule solution, mais passera par la combinaison de toutes celles qui sont sur la table ».

Commerce

« Les animations de Noël stimulent l’activité de décembre »

Vigne

Publié le 30/11/2017

Pour Noël, le caveau de la cave de Beblenheim trouve des ressources sur ses arrières. La cave à fûts devient accessible et métamorphose en espace de Noël son prolongement qui est habituellement un lieu d’entreposage de cartons prêts à être emportés. Le marché s’articule sur plus de 200 m² autour de la gamme des vins de la cave et d’une grosse douzaine de types de produits. De 10 h à 18 h 30, le marché de Noël est permanent. C’est le fil rouge des quatre week-ends de l’Avent. « Par rapport au début, les cloisons entre les différentes tables ont été supprimées et le nombre de stands a été doublé. Les trois quarts des exposants reviennent d’année en année. Un quart se renouvelle. Le changement est nécessaire » estime Julie Minzer, responsable de la vente aux particuliers et chargée de l’organisation de l’événement. Elle trouve des candidats par le bouche-à-oreille et en prospectant sur internet. Les critères de choix sont simples : il faut être artisan et de la région. Actuellement, l’exposant le plus éloigné vient de Soufflenheim.

Chaque week-end connaît son point d’orgue le dimanche en fin de matinée. L’apéritif concert mêlant cuivres et cors des Alpes de l’Écho du Rebberg tout comme le Chœur d’hommes de Riquewihr sont des valeurs sûres. Ils attirent de 60 à 80 personnes dans le hall de production où ils ont trouvé leurs repères. La dégustation commentée vins et chocolats a lieu depuis trois ans et n’accepte que les personnes ayant réservé moyennant 9 € par personne. « Son côté atypique plaît » remarque Julie. L’initiation aux cépages et aux terroirs est l’affaire de Patrick Le Bastard, l’œnologue de la cave. La balade gourmande payante (9 €) de deux heures à réserver avec un acompte consiste en un trajet avec quatre arrêts devant la cuverie béton, la cuverie inox, dans les halls crémant et vins tranquilles. Des accords mets/vins sont prévus à chaque halte. Les participants dégustent dans l’ordre un riesling, un pinot gris sec, un crémant et un gewurztraminer. Ils terminent au caveau sur une vendange tardive. Le circuit est programmé à 10 h 30 et 16 h chaque samedi ainsi que le vendredi entre Noël et Nouvel An, une date qui permet de satisfaire les critères du label « cave de Noël ». « Nous acceptons quarante personnes au maximum par balade. Certaines se réinscrivent d’année en année » précise Julie. Les autres animations qui peuvent se tenir à proximité sont plutôt considérées comme complémentaires, car « chacun propose quelque chose de différent ».

Une offre tarifaire sur dix vins

« Nos visiteurs sont pour la plupart des fidèles. Deux tiers habitent la région. Les autres viennent pour l’ambiance de Noël en Alsace. Ce sont aussi bien des gens d’autres départements à qui nous avons envoyé un document imprimé, que des Allemands, des Belges ou des Suisses. Les animations figurent dans le catalogue de l’office de tourisme de Ribeauvillé. Elles sont mises en ligne fin octobre et rappelées sur une page de réseau social à partir de la mi-novembre » poursuit Julie. Résultat ? Le deuxième et le troisième week-end sont les plus fréquentés. Ils attirent en moyenne dans les 600 personnes. Le premier et le quatrième se limitent plutôt autour de 200 visiteurs. « Ils ne se contentent pas de regarder. Neuf sur dix achètent. C’est encore plus vrai quand ils dégustent » note Julie. La cave propose un vin chaud de gewurztraminer et met systématiquement en avant quatre vins : un crémant, un sylvaner ou un riesling sec, un pinot ou un gewurztraminer et enfin un moelleux. Chaque année, le tiercé des ventes est le même : les meilleures ventes concernent dans l’ordre le crémant, les vendanges tardives et les grands crus.

Six vins dont un crémant de la gamme Beblenheim, trois vins et un crémant de la maison Pierre Sparr et successeurs, choisis pour leur capacité à accompagner les plats de circonstance à Noël, font l’objet d’une remise de 10 ou de 15 % sur le tarif caveau. « Trois quarts des clients profitent de cette offre » indique Julie. Ils panachent plus volontiers leurs cartons qu’il y a quatre ou cinq ans. Ils sont toujours amateurs de paniers garnis avec une bouteille. La tendance pour ces derniers est toutefois à la baisse du ticket moyen : autour de 20 à 25 € au lieu de 35 €. « Mais depuis deux ans, il s’en vend davantage » constate Julie. « Globalement, les gens respectent leur budget quitte à acheter des vins plus cher et repartir avec moins de bouteilles que prévu ». Au bout du compte, décembre reste le meilleur mois de l’année. Selon Julie, les animations y sont pour quelque chose. « En dix ans, le chiffre d’affaires du caveau durant ce mois a progressé de 60 % » signale-t-elle.

 

Magazine

La nouvelle dynamique jeune

Vigne

Publié le 22/11/2017

Peu avant dix-huit heures, l’ambiance est déjà festive ce 17 novembre au Koïfhus. Les 29 jeunes vignerons indépendants qui participent à l’étape colmarienne de la formule jeune des Étoilés d’Alsace ne se font pas prier pour prendre en souriant la pose qui immortalisera l’événement. Après avoir joué cette pièce aux Haras de Strasbourg fin octobre, c’est la deuxième fois en trois semaines qu’ils se voient pour associer un de leurs vins à un plat préparé par un chef et parler d’un autre vinifié par l’un de leurs collègues. L’opération est une première. Pour les chefs. Pour les jeunes vignerons. Chacun a sélectionné cinq de ses vins, trois de terroir et deux « de signature », plus personnels. Deux ont été retenus pour s’accorder à deux plats confectionnés par les restaurateurs. « C’est un bon moyen de communiquer. Le public est là. Il n’est pas toujours conscient de la diversité des Alsace. Notre travail est de leur expliquer la différence, par exemple, entre un calcaire et un granite. De faire monter la notoriété des terroirs que les jeunes vignerons sont nombreux à vinifier et à vouloir mettre en valeur » juge Denis Hebinger, porte-parole du groupe jeunes du Synvira.

Cette première action concrète n’est que la partie visible de l’iceberg. La dynamique « jeunes » s’est enclenchée il y a environ un an. « On se voyait entre quatre-cinq jeunes vignerons. Nos discussions s’arrêtaient souvent sur l’avenir et les enjeux de la filière vinicole. Nous nous sommes dit que ces sujets intéresseraient d’autres jeunes. Nous en avons parlé au Synvira. Il nous a procuré la liste de ses membres âgés de moins de 35 ans et installés depuis moins de dix ans. Nous les avons contactés. Les retours positifs ont été nombreux » raconte Denis. Sur 90 personnes susceptibles d’assister aux réunions, 40 à 50 y participent régulièrement. Le groupe cadre de douze personnes se rencontre au moins une fois par mois. II a estimé que la formation méritait d’être un premier axe fort. Les sujets ? Ils traitent de problématiques propres aux jeunes comme la succession, la transmission, la gestion d’une entreprise, mais ils s’attaquent aussi à des thèmes plus transversaux tels que la communication non violente, le marketing, la géologie, les techniques culturales simplifiées… La production bio figure en bonne place. « Deux tiers d’entre nous y sont déjà. Et tous sont convaincus que l’utilisation massive de phytos, c’est fini ! » lance Denis. « C’est un défi. Car le bio ce sont des heures de travail supplémentaires non comptabilisées, souvent effectuées par les parents. À leur retraite, ils ont toutes les chances d’être remplacés par des salariés. Pour assumer ce coût, il est impératif pour les repreneurs de songer à comment mieux valoriser leurs vins ».

Le mot « jeunes » en lettres d’or

Le second principe du groupe est de faire vivre la convivialité tout au long de l’année, fête de Noël incluse. Des soirées entières y passent. « Se rencontrer, discuter, c’est fondamental » glisse Denis. « Être membre du groupe crée des liens et des amitiés qu’on n’aurait pas soupçonnés auparavant. Notre génération n’a pas peur de parler de son chiffre d’affaires ou de ses dettes, de la rentabilité d’un domaine qui rentre 30 hl/ha ». Ces moments débouchent souvent sur des idées à concrétiser, à charge pour celui qui a proposé un thème d’organiser, de trouver l’intervenant. Le partenariat avec les chefs étoilés illustre cette manière de fonctionner. Il est né d’une remarque d’Arnaud Baur, d’Eguisheim, qui constatait : « assis à une table proposant un repas de la formule jeunes, je mange très bien. Mais je bois très mal ! Comment peut-on rectifier le tir ? ». Cette collaboration ne doit pas rester unique. Des membres du groupe réfléchissent à de prochaines initiatives à prendre dans le domaine œnotouristique. « Il y a d’autres projets en route pour début 2018 » assure Denis.

À la mi-novembre le groupe a lancé sa page Facebook « jeunes vignerons d’Alsace ». L’été dernier, il s’est doté d’une signature : le mot « jeunes » en lettres d’or a été ajouté sous le logo traditionnel du vigneron portant son tonnelet de vin. Il a été repris au niveau national et sur les vestes. Le groupe a accueilli des jeunes de Champagne pour un premier échange. Il est prêt à s’ouvrir aux jeunes d’autres familles professionnelles. Car comme Denis le souligne : « qu’on soit jeune coopérateur ou jeune négociant, les problématiques qui se présentent à eux et à nous sont souvent les mêmes ».

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