Auteur

Christophe Reibel

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« Nous communiquons au public la magie de Noël »

Vigne

Publié le 12/12/2018

Sept cépages, sept foudres, sept sapins : voilà un rapide raccourci du temps de Noël comme Benjamin et Valérie Zirgel le mettent en scène à Mittelwihr. « Nous avons tracé un circuit à la cave » explique Nicole Zirgel, la maman de Benjamin. Un sapin décoré par des objets de l’artisanat régional comme des étoiles en paille, des cœurs en tissu de lin, des petites poteries, du pain d’épices… trône devant chaque fût, un par cépage. Le riesling étant le cépage roi alsacien, il a droit à un sapin un peu plus grand. Il est embelli par les étiquettes des vins du domaine collées sur des panneaux de bois. « Le sapin permet de parler de l’Alsace, de sa tradition de Noël avec les veillées à la bougie qui étaient autrefois l’occasion de retrouvailles, d’échanges, voire le moment de faire la paix entre voisins » relève Nicole. Chaque sapin correspond à une halte. Elle est ponctuée par la dégustation d’un vin. Un mets lui est associé. Depuis les débuts de la formule, le domaine reste fidèle à la mousse d’asperge, au toast à l’anguille ou à la truite fumée, à la tarte flambée, au pain d’épices et au foie gras, à la mini-choucroute. « C’est très apprécié » glisse Valérie.

La formule s’est mise en place à la demande de l’office de tourisme du pays de Colmar qui souhaitait rallonger les séjours des touristes en créant une animation en dehors du week-end. Voilà pourquoi « Noël et la magie des 7 » est programmé chaque lundi à 11 h précises depuis le 26 novembre dernier et prend date durant tout décembre. « Comme nous sommes en retrait de la route des vins, nous y avons vu le moyen d’attirer du monde au domaine. Le lundi ne nous dérange pas car nous sommes déjà pris durant les samedis et dimanches du mois par nos actions commerciales. Enfin, c’est l’office de tourisme qui fait la promotion de notre offre » souligne Nicole. La formule remplit un double objectif : étoffer l’offre touristique sur le secteur et agrémenter l’accueil des vacanciers qui occupent les gîtes du domaine. « En décembre, c’est complet. Les vacanciers sont invités gracieusement. Nous avons décidé de demander une participation aux frais de 7 € en 2013, pour rentrer dans nos frais. Aujourd’hui les personnes qui réservent via l’office du tourisme règlent 14 €/personne. La moitié de la somme leur est déduite en cas d’achat d’au moins six bouteilles » précise Nicole.

De sept à quatre vins

La « magie des 7 » mobilise le plus souvent Valérie et Nicole, et parfois Julie, la fille de Nicole. En amont, il faut ranger préparer la cave et les canapés servis avec les vins. Le jour J, une personne se charge de saluer les participants et se renseigne sur la région ou le pays dont ils sont originaires. Elle assure le service et gère le point de vente à l’issue de la visite pendant que la seconde commente les cépages et Noël en Alsace. La séance proprement dite est prévue pour durer une heure trente, mais peut aussi se prolonger. « La prestation comporte sept vins. Mais il nous arrive de rajouter un autre vin sur demande » précise Nicole. La formule a été déclinée en 2015. La « Magie de Noël alsacien chez le vigneron » est programmée le vendredi à 17 h. Elle demande une heure, mais se contente de quatre gourmandises et de quatre (parfois cinq) vins. Il s’agit le plus souvent d’un riesling, d’un pinot gris, d’un gewurztraminer et d’une vendange tardives. L’inscription est souhaitée mais il y a régulièrement des candidats de dernière minute. Il en coûte 5 €/personne. Les occupants des gîtes n’y sont pas conviés.

Le nombre de participants à l’une comme à l’autre formule est aléatoire, mais peut facilement aller à quarante et monter au plus haut à l’approche de Noël. Les ventes sont tout aussi variables. « Un lundi, un groupe de six personnes est reparti avec soixante bouteilles ! Mais cela demeure l’exception. Le plus souvent, c’est quelques bouteilles, fréquemment du riesling, car les participants découvrent qu’il s’accorde bien aux mets qu’ils ont goûtés, mais aussi du pinot gris qui se marie bien au foie gras. Parfois, on n’achète rien, comme l’autre jour deux Américains. Leur manière de voyager ne facilite pas toujours le transport de bouteilles. Les occupants de nos gîtes sont encore nos plus fidèles clients en fin de circuit. Ils sauvent le panier moyen ! » analyse Nicole. Selon elle, l’essentiel est ailleurs. « Nous aimons partager et présenter nos vins. Et les gens viennent pour s’en mettre plein les yeux. Nous voulons leur faire passer un moment inoubliable qui donne envie de revenir. Notre plus belle récompense est d’être visité sur un salon, comme l’autre fois à Lille, par des personnes qui sont passées par notre cave ou nos gîtes ».

 

Technique

« Je composte et j’épands mes marcs »

Vigne

Publié le 07/12/2018

Jusqu’en 2010, le domaine Mittnacht Frères suit la voie classique pour traiter ses marcs : il les envoie en distillerie. Le conflit qui éclate à l’époque au sujet du coût de la prestation le pousse à explorer d’autres pistes. « Avec Marc, mon cousin, qui gère le domaine avec moi, nous nous sommes informés et formés. Durant l’hiver, nous avons passé deux journées au CFPPA de Rouffach pour apprendre les bases du compostage, autrement dit comment piloter le tas en fonction de l’humidité et de la température recherchées » raconte Christophe Mittnacht. « Mais les pratiques restent assez empiriques. Pour par exemple estimer la température, je plonge ma main dans le tas. La décision de couvrir le compost avec un géotextile respirant mais étanche, et, à partir de 2013, d’y rajouter des préparations biodynamiques ont été les deux changements majeurs intervenus au cours des années ».

Les viticulteurs ont choisi un pré facile d’accès, central par rapport à la situation des parcelles où le compost final est épandu. Il est à une distance certaine du plus proche cours d’eau. Il est localisé le long d’un chemin en ligne droite à quelques centaines de mètres du siège de l’exploitation. La bande de sol qui accueille les marcs reçoit au préalable un préparat à base de bouse de corne (500P). Les bennes peuvent être ensuite déversées aisément sur plusieurs dizaines de mètres de long pour deux mètres de large. Ils restent en l’état de deux à trois mois, le temps qu’ils terminent de fermenter. Dans leur prolongement, Christophe stocke deux remorques de 10 t de fumier de chèvre et de brebis qui lui coûtent 216 € les 10 t et une dizaine de bennes du fumier pailleux dont il débarrasse (gratuitement) un centre équestre à proximité. Il attend janvier pour mélanger marcs et fumiers. La première année, Christophe a confectionné son mille-feuille à l’aide d’un chargeur qui s’est révélé peu pratique. Il a ensuite eu recours au retourneur d’andain d’un prestataire. « Les composants étaient mieux déchiquetés. Mais comme l’entrepreneur venait pour plusieurs chantiers dans la même journée, c’était complexe à organiser. En plus il y avait un coût » signale Christophe. En 2017, le domaine achète pour 700 € un vieil épandeur. Christophe y charge les matières. Elles se mélangent en étant recrachées.

Un cycle vertueux

Une fois le tas en place, Christophe le perfore de chaque côté en diagonale avec un pieu. Les trous sont espacés de deux mètres en décalé de façon à pouvoir enfoncer alternativement à un mètre de distance des boulettes d’environ 5 cm de diamètre préparées avec de l’achillée millefeuilles (502), de la camomille (503), de l’ortie (504), de l’écorce de chêne (505) et du pissenlit (506). La valériane (507), la seule sous forme liquide, est pulvérisée sur le tas à l’aide d’un atomiseur. « Mon compost est plus homogène qu’auparavant. Il y a davantage de vers de terre, d’autres insectes aussi. C’est bénéfique » juge Christophe avant d’ajouter : « ce n’est pas si simple d’avoir un tas qui fonctionne bien ». Il s’en est aperçu durant la campagne 2017. « Il a fait trop sec. Nous ne sommes pas équipés pour arroser. La vie était peu active dans les 30 à 40 cm supérieurs du tas. Je vais surveiller davantage cette année. J’envisage également de protéger le tas. L’hiver dernier, des sangliers l’ont visité. J’ai mis une demi-journée à démêler la bâche et à refaire l’andain ».

Christophe calcule deux journées de travail à deux personnes pour installer son tas de compost d’un mètre de large pour quatre-vingts de long et le retourner deux fois. Après les vendanges, le tour de ses parcelles, l’épaisseur du bois, le souvenir de la couleur du feuillage et de la taille des grappes l’aident à décider lesquelles bénéficieront d’un apport et de la dose appliquée. Épandre le produit final sur 3 à 4 ha à la sortie de l’hiver lui prend cinq journées alors qu’il n’en programme qu’une pour apporter du fumier de fientes bio sur la même surface. « Je n’ai pas l’intention d‘y renoncer pour autant. C’est un cycle vertueux. Je rends à la vigne une partie de ce qu’elle a donné. Il y a l’aspect pratique de ne plus avoir à livrer les marcs. Enfin, mon approche est d’amener de la vie dans le sol. Je réserve en priorité cet apport aux vignes jeunes et à faible vigueur. Il a pour objectif de structurer le sol et de favoriser la vie microbiologique. En termes de vigueur, l’impact reste faible. Il m’arrive de compléter avec des fientes de volaille bio 4,5-3-3. Le but est d’amener 30 unités/ha d’azote ».

Stratégie

Du Charolais en extensif et en bio

Élevage

Publié le 30/11/2018

« Tout le monde nous connaît ! ». La petite phrase lâchée par Sébastien Better en dit long sur l’une des forces de l’élevage : sa notoriété. Julien Better, le père de Sébastien et Philippe, a été le premier à y travailler. Il s’installe comme pluriactif en 1985 par passion pour l’élevage avec ses dix premières allaitantes. Il fait croître de concert surface et cheptel. Il se lance dans la vente directe en 2000, cesse la production de taurillons en 2011 pour reconvertir l’élevage en bio. Il est certifié en 2013. « Les contraintes étaient faibles. Nous avons peu de cultures. Le désherbage du maïs était la principale interrogation. Nous avons testé deux passages de houe rotative, au semis et au stade 3-4 feuilles, suivi d’un binage à 6-8 feuilles. Le résultat nous convient » indique Sébastien. Julien cède l’exploitation à ses fils qui s’installent en 2014 pour Sébastien et 2017 pour Philippe. Les deux jeunes éleveurs de 29 et 25 ans ne souhaitent pas dépasser le seuil actuel des 110 mères. « Plutôt que de faire plus, nous pouvons valoriser mieux » disent-ils.

Sébastien et Philippe parviennent à obtenir un veau par vache et par an. Ils ont pour principe de les élever tous sans exception. Trois taureaux confirmés, acquis dans le Bas-Rhin ou en Saône-et-Loire et un dernier, en test, sont mis avec des lots de vingt à quarante vaches de février à juillet avec l’objectif de faire vêler à partir de novembre. Les mâles sont castrés à l’élastique à trois semaines. « Depuis cinq ans, nous sommes redescendus d’un cran au niveau des carcasses. Le client individuel n’aime pas les trop grands morceaux, la filière d’ailleurs non plus. Nous recherchons donc plutôt du 400 à 450 kg maximum. C’est pourquoi nous sélectionnons sur la précocité car il s’agit maintenant de finir un bœuf en deux ans et une génisse en trois ans. Mais nous gardons un œil sur le lait, les aplombs, la fertilité et les taureaux avec le gène sans cornes. Le dos doit aussi être large, car c’est un gage de meilleure valorisation si l’animal est vendu en classement » commente Sébastien.

Anticiper la mise en marché

L’été, les éleveurs envoient depuis quinze ans vingt-cinq mères avec leur veau ainsi qu’une centaine de génisses et de bœufs pâturer à 1 000 m d’altitude où deux fermiers-aubergistes les surveillent. Le transfert en bétaillère s’étale sur une bonne huitaine de jours. Le reste des animaux a accès à 40 ha de prairies à Michelbach et à 20 ha jouxtant les bâtiments. Ces surfaces reçoivent tous les ans 10 t/ha de fumier, composté au champ en tas, retourné deux fois. Les animaux rentrent à partir du 15 novembre. Les éleveurs utilisent un bol de 18 m3 pour mélanger ensilage d’herbe, paille et foin pour les mères. Ils rajoutent du maïs ensilage pour les génisses et jusqu’à 5 kg de triticale et de pois aplatis pour les bovins à l’engraissement. « Nous n’avons jamais eu à acheter des fourrages à l’extérieur. Nous y serons peut-être contraints en 2019. Le manque de foin et aussi d’herbe tend notre bilan » confie Sébastien. En outre, cinq tantes de race Normande relaient les mères Charolaises en titre pour nourrir vingt veaux de lait par an.

« Il nous faut des animaux de qualité homogène à vendre tous les mois » note Sébastien. Le Gaec écoule plus de la moitié de ses bêtes classées en moyenne R+ ou R= à travers l’union des éleveurs UNEBIO. « Le prix de base est supérieur d’environ 0,60 €/kg comparé au conventionnel. Il est constant sur l’année. C’est appréciable. En 2018, il a augmenté de 10 cents/kg » note Julien. Sébastien se concentre sur la planification des sorties. En les annonçant à trois mois, la prime varie entre 25 et 50 cents/kg selon la période de l’année. En anticipant aujourd’hui la mise en marché en 2020 de bœufs qui n’ont pas encore douze mois, ce sont encore 10 cents de plus au kilo qui gonflent le prix de vente. « Nous nous en sortons grâce à ces primes » calcule Sébastien. Si elle occasionne plus de travail, la vente directe reste cependant un peu plus rémunératrice. Le Gaec compte parmi ses clients un magasin de producteurs, cinq AMAP et la coopérative Terre d’Elsass. Depuis quatre ans, il vend à la ferme des steaks hachés confectionnés à l’abattoir de Mirecourt, dans les Vosges, avec des réformes. La majorité des animaux est abattue, découpée et conditionnée à Cernay. « Le coût de la prestation ne cesse d’augmenter au point que nous devrons bientôt revoir nos prix de vente en caissette » constatent les éleveurs. Pour cette raison, ils aimeraient élargir leurs débouchés, en s’adressant à des bouchers et à des restaurateurs.

Stratégie

« Raisin, vrac et bouteille nous procurent notre équilibre »

Vigne

Publié le 24/11/2018

À 47 ans, Clément Huck a déjà une belle carrière de viticulteur derrière lui, mais il n’est installé à temps plein que depuis quatre ans. « J’ai repris en 1992 l’hectare et demi de vignes que mon père René vendait en vrac et en bouteille. En 1996, une demande de JA m’a permis de planter 70 ares. J’ai aussi acheté du foncier. Au fur et à mesure que l’exploitation s’est montée, j’ai diminué progressivement mon activité d’ouvrier viticole jusqu’à la cesser complètement en 2014. Ce travail a financé mon projet » détaille Clément. En 2016, il a pu louer 50 ares de plus. Ses 6 ha de vignes à dominante argilo-calcaire sont au plus éloignées de cinq kilomètres du domaine, ce qui n’est pas un luxe une fois que l’on sait qu’elles sont réparties en trente îlots. « La surface pourrait être un peu plus grande, mais pour Sonia et moi, ça va » assure Clément.

Le viticulteur se donne pour cadre le seul cahier des charges de l’appellation Alsace avec des fils à 35 voire à 30 cm et des objectifs de rendement proches de la limite autorisée. Il ne revendique pas le lieu-dit Westerberg où il exploite. « Je n’y ai que du gewurztraminer. Faire deux fois le même vin en générique et en lieu-dit n’apporterait rien » dit-il. Il ne fait pas davantage constater la surmaturité pour d’éventuelles vendanges tardives. Mais il s’y réfère pour récolter un sylvaner et un gewurztraminer. « Je m’évite les problèmes de stock. Ce sont des produits que je vends bien. Je n’y perds rien. Le client non plus » résume Clément. Tous ses rangs sont enherbés naturellement. Le cavaillon est désherbé une première fois avec 1,5 l/ha de glyphosate. « Dès l’année prochaine je devrais trouver une alternative au glufosinate que j’utilisais pour le deuxième passage. Il me faudra tôt ou tard passer au mécanique. Deux matériels seront au minimum nécessaires en fonction du stade et des conditions climatiques. Les étoiles sont intéressantes car elles ne déplacent pas trop de terre. Tout cela risque de revenir cher » analyse Clément. Comme il a renoncé aux herbicides de prélevée, aux insecticides et aux anti-botrytis, et se contente de deux systémiques en encadrement de la fleur, il a bon espoir de décrocher le label HVE (Haute valeur environnementale) pour lequel il veut être candidat en 2019. « Le bio serait plus compliqué. J’ai trop de vignes étroites » dit-il.

« Le vrac, c’est ma souplesse »

Clément et Sonia et leurs aides vendangent exclusivement à la main. Clément presse les raisins quatre, voire six heures. Il enzyme les jus car ses conditions font que son temps de débourbage se limite à vingt-quatre heures. Il levure dans la foulée. La plupart des fermentations se terminent en quatre semaines. Il effectue alors deux soutirages à huit jours d’intervalle, pour éliminer successivement les lies grossières puis celles encore en suspension. Il laisse les lies fines jusqu’en janvier et l’ultime soutirage avant filtration qu’il fait faire à façon, comme l’embouteillage. Il passe presque systématiquement tous ses sylvaners à la bentonite. Clément conserve moins de 5 g/l de sucre à ses entrées de gamme, tolère le double ou le triple sur pinot gris et gewurztraminer. Il appose une étiquette jaune traditionnelle sur la plupart de ses vins et réserve la bleue au crémant et à ses cuvées spéciales de sylvaner et de gewurztraminer.

Le couple équilibre ses ventes en cédant en raisins 2,2 ha de crémant, de sylvaner et de pinot gris contractualisés sur cinq ans avec une coopérative et un négoce. Il vend du vin de base crémant, des lots de 30 à 40 hl de vrac, mais aussi parfois seulement 10. « Le vrac, c’est ma souplesse » commente Clément qui cherche un acheteur pour un solde de 15 hl de muscat de la récolte 2017. Il a vendu l’essentiel de ce millésime en février 2018 à un prix « satisfaisant », mais le dernier lot n’a été chargé que fin août. « C’est inhabituel » dit-il. « Aujourd’hui je m’inquiète du niveau des cours - en forte baisse - dont j’ai eu connaissance pour le 2018. J’ai l’impression qu’il y a une volonté politique derrière tout cela ». Reste la bouteille. Sonia et Clément ont remonté ce circuit de vente en profitant quasiment exclusivement du bouche-à-oreille et de prix très sages qui plaisent aux particuliers, à une supérette et aux associations. Le couple participe à un marché annuel et à deux marchés de Noël. Il profite d’être le dernier domaine de la commune qui propose de la bouteille pour accueillir dans son caveau d’une quinzaine de places les touristes qui séjournent dans les gîtes du village. Clément se fait un point d’honneur à actualiser les tarifs figurant le site internet. Depuis un an, Sonia poste régulièrement des photos légendées sur sa page facebook. « Elles suscitent des commentaires. C’est bon signe » sourit-elle.

Commerce

Confier la visibilité de son domaine à des prestataires

Vigne

Publié le 15/11/2018

Difficile de dissocier le domaine du Bollenberg et l’auberge Au vieux pressoir. Ils sont sur le même site. Ils sont gérés par des membres de la famille Meyer. Et le second vend les vins élaborés par le premier. « Il est logique qu’ils soient associés dans les messages de communication » conclue Apolline Meyer, co-gérante avec son frère Benoît et son cousin Francis de cette exploitation viticole d’un seul tenant. « Nous communiquons depuis des années auprès de nos clients des départements proches en leur envoyant par courrier une newsletter qui met régulièrement un vin et un plat en avant » détaille Apolline qui se partage la rédaction de cette missive avec sa cousine Adélaïde, directrice du Vieux pressoir. « L’objectif général est de faire partager ce qui se passe au domaine et au restaurant, même s’il y a parfois peu à dire. Nous rappelons les dates du pique-nique du vigneron, de l’apéro gourmand, de notre salon des vins auquel participent quarante viticulteurs de tous les vignobles français. Nous signalons la marche gourmande par courrier électronique depuis quatre ans ». Si ce type d’envoi s’adresse plutôt à des habitués, il oublie de fait la promotion auprès de clients potentiels.

Pour toucher cet autre public, le domaine a décidé de travailler sa notoriété. Il a confié cette mission à une agence de relations presse basée à Lyon, notamment spécialisée dans le vin, la gastronomie et le tourisme. « Je lis régulièrement de magnifiques articles dans les journaux. Je n’ai pas suivi de formation dans la communication. Je n’ai ni la disponibilité, ni le contact avec les journalistes et les magazines susceptibles de parler de nous. Je considère les relations presse comme un domaine spécifique. Elles permettent d’avoir une meilleure visibilité régionale et nationale, voire internationale » explique Apolline. Pour accéder à ce statut, la viticultrice a signé un contrat. Il prévoit une fois par mois un échange de courriels avec son prestataire. Ce dernier retient, seul, le thème traité. Il s’agit le plus souvent d’un accord mets/vin. Il fait l’objet d’un communiqué de presse de deux pages et deux photos transmis sous format pdf à une liste de journalistes. « Je lui fais entière confiance. Je n’interfère pas. L’information est structurée différemment de l’écrit que nous envoyons à nos clients. Aujourd’hui, les gens sont curieux de tout. La cave et le restaurant peuvent les inspirer et les inciter à se déplacer » note Apolline.

Le coût d’un encart publicitaire

Si un organe de presse montre de l’intérêt pour un vin, un échantillon est expédié au rédacteur. L’agence se charge de faire la veille concernant les parutions. Elle en informe le domaine. « Une chaîne de télévision diffusée sur le câble a réalisé un court reportage sur notre eau-de-vie de foin. Il est passé en boucle. Nous avons au moins une visite par mois de personnes qui se déplacent pour ça et qui achètent. Je ne m’y attendais pas » raconte Apolline. Mais « les retombées restent impossibles à évaluer. Comment voulez-vous chiffrer le nombre de personnes qui s’est montré sensible à une photo ou à un article ? ». N’empêche. La fréquentation du caveau et du restaurant reste un indicateur. Depuis le début de l’année, elle a progressé de 10 %. Apolline juge cet investissement raisonnable. « Cela représente le coût d’un encart publicitaire. Pour ce prix, nous sommes passés d’une visibilité nulle à quelque chose. Des portes se sont ouvertes vers des magazines où nous n’imaginions pas être présents un jour. C’est une audience beaucoup plus large que celle des revues spécifiques à la viticulture ».

De la même manière, le domaine fait appel depuis cette année à la personne qui gère son site en ligne pour animer sa présence sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter. « Elle poste en moyenne un événement par semaine. C’est par exemple la photo légendée d’un produit médaillé, une actualité de saison, une nouveauté. Une mise en ligne provoque des pics de lecture. La simple photo de notre rosé bio présenté en français et en anglais a motivé un client allemand à se déplacer et à acheter » indique Apolline. Le site en ligne du domaine créé en 1996 a pour sa part été reconfiguré en 2011, 2014 et début 2017. « Jusque-là, c’était plus une vitrine qu’une boutique. Les ventes ne décollaient pas. Aujourd’hui, nous enregistrons au moins une commande par semaine. C’est depuis que nous décidons d’une offre de vin mis en avant chaque mois. Les versions du site en allemand et en anglais qui doivent apparaître en 2019 pourraient encore amplifier ce courant commercial. Nous déléguons entièrement les mises à jour. Suivre les clients, renouveler les offres, cela demande de la rigueur et du temps. C’est un autre métier ».

Technique

Itinéraire d’un vin, blanc STZ 2009

Vigne

Publié le 08/11/2018

LE TERROIR. Entre les 36 ares de pinot gris à gauche, les 20 ares de riesling au milieu et l’hectare de gewurztraminer à droite, les trois parcelles ayant servi à l’élaboration de cette cuvée se répartissent sur environ trois cents mètres. Elles se situent dans la partie basse du grand cru Steinklotz. Le calcaire domine ces 40,6 ha exposés sud, sud-est, entre 200 et 300 m d’altitude. Il ne laisse que quelques miettes à la silice et au mica. La couche de terre est épaisse d’une quarantaine de centimètres avant d’être perturbée par des débris de roches. « C’est un sol plutôt caillouteux, maigre, qui gère bien la vigne en lui transférant très peu de vigueur. Il est drainant. Quelques heures lui suffisent pour ressuyer en surface après une forte pluie » note Romain Fritsch. Le Steinklotz se révèle aussi extrêmement réactif à toute arrivée d’humidité. « Si c’est plutôt un avantage en milieu de saison, cela peut se retourner en fin de cycle. La végétation peut redémarrer très vite. Les baies peuvent éclater » complète Romain.

LA CONDUITE. Cette explosivité explique qu’en son temps (1982), Romain a fait le choix de maintenir dans tous les rangs un enherbement naturel. Avec Jérémie installé en 2009, il le gère avec un girobroyeur en fonction de la pluviométrie. « L’année a été assez facile, sans grande pression des maladies » se souviennent père et fils. Ils ont pratiqué quatre fauches. Seul aux commandes du domaine depuis deux ans, Jérémie a hérité de clones plantés en 1977 (riesling 47), 1983 (pinot gris 56) et 1985 (gewurztraminer 85) à 4 800 pieds/ha sur un SO4, le porte-greffe qui réussit le mieux dans ce type de sol. La vigne est conduite en guyot double avec des fils à vingt-cinq centimètres. Jérémie passe la prétailleuse une dizaine de jours après la chute des feuilles. Il taille en janvier avec un objectif de 22 yeux/m². À l’époque, les trois parcelles ont encore reçu en plein un engrais ternaire avec 15 à 20 unités d’azote afin d’entretenir l’herbe qui doit jouer son rôle de frein à l’érosion. Le cavaillon était encore désherbé sur trente centimètres avec des antigerminatifs auxquels le domaine a renoncé depuis au profit de disques émotteurs. Ils ont été adoptés définitivement après un test jugé concluant en 2018. Les parcelles ont été rognées trois fois sur cette saison-là. Elles ont été traitées sept fois dont deux fois avec des systémiques appliqués à pleine dose avant floraison. Cuivre, soufre et confusion sexuelle ont achevé de protéger le vignoble. 15 à 20 % des raisins ont été coupés en début de véraison. Un léger effeuillage manuel a été entrepris dix jours plus tard. Les trois parcelles ont été vendangées le même jour fin septembre. L’état sanitaire des raisins n’a nécessité qu’un très faible tri.

Un vin tendance !

LA VINIFICATION. Elle s’est voulue classique avec un souci de limiter autant que possible les sulfites. Les raisins ont subi un léger foulage par la vis sans fin du conquet qui les a envoyés se mélanger dans le pressoir pneumatique de 35 hl en respectant une proportion de 60 % de riesling pour 20 % de pinot gris et 20 % de gewurztraminer. Ils ont été pressés pendant quatre heures trente jusqu’à une pression maximale de 1,6 bar. Le moût a été sulfité à 2 g/hl, enzymé à 2 g/hl avant débourbage statique de douze heures à une température de 14-15°. Il a été levuré avec 5 g/hl de 58W3. Après analyse, un léger bentonitage à 50 g/hl a été effectué. Le jus a fermenté trois semaines à 18-20°. Le taux de bourbes s’est limité à 6 %. 7 g/hl de SO2 ont été ajoutés au soutirage. Les traces d’amertume décelées à la dégustation ont été éliminées par une colle de poisson. Le vin est filtré sur kieselguhr en février. Il reçoit 3 g/hl de SO2 et encore une fois la même dose à la mise, sur plaques stériles en août 2010. Le SO2 total s’élève ainsi à 140 mg/l. « Ce vin a un rôle pédagogique. Il nous permet de juger de son évolution dans le temps en le comparant aux trois cépages vinifiés séparément » affirment Romain et Jérémie.

LE VIN. Le blanc STZ 2009 a pris son temps. Ce vin pâle et rond à l’origine a mis cinq à six ans avant d’opter pour une couleur plus soutenue et abandonner une sucrosité « un peu dérangeante » selon Romain. « Ce vin s’est rééquilibré. Les sucres se sont fondus. Sa connotation variétale a fait place à une belle minéralité. C’était l’objectif de départ. Nous avons conçu un assemblage qui doit faciliter la compréhension du terroir » poursuit-il. La trame acide du riesling lui conserve de la nervosité. « Son nez restitue un aspect exotique. On y découvre un côté zeste d’agrumes et la note de pamplemousse laissée par le riesling » commente Jérémie. Le carafer deux à trois heures avant service sur une viande blanche par exemple, renforce sa complexité. Le STZ 2009 peut remplacer un rouge léger. Il figure sur la carte du domaine depuis 2014. « C’est un vin tendance. Il est vendu exclusivement au caveau car il faut accompagner ce vin par un conseil. On ne sait pas forcément avec quoi le boire » jugent Romain et Jérémie. « Les personnes qui aiment cuisiner verront plus facilement les associations qu’il permet. Mais son goût peut surprendre beaucoup de monde. Il est un peu en dehors des standards, des repères habituels du consommateur. C’est à nous de lui en fournir ».

Magazine

Voir l’histoire dans un verre de vin

Vigne

Publié le 31/10/2018

« Tout y est ! ». En faisant parcourir au visiteur les deux étages de l’ancienne sous-préfecture aux rayonnages copieusement garnis d’ouvrages en tout genre, Bernard Schwach s’extasie comme s’il redécouvrait à chaque passage toute la richesse de l’histoire de Ribeauvillé, sa ville. Il ne renie pas à se qualifier un peu lui-même de « gardien du temple ». D’ailleurs il en connaît tous les coins et les recoins. Et surtout l’endroit où il convient d’aller chercher ici, telle pépite, là tel trésor, comme les cartes de toutes les parcelles de vignes de la commune éditées en 1829 ! Bernard s’intéresse à tout le passé local. Né dans une famille de viticulteurs, il a un petit faible pour l’histoire du vin et celle des hommes qui l’élaborent. « Connaissez-vous le Casino ? » interroge-t-il malicieusement. « Non ? Eh bien, au XIXsiècle c’était une société de bourgeois protestants qui souhaitait que la population essentiellement viticole à cette époque, soit éduquée. Elle invitait de grands conférenciers, avait constitué un fonds bibliothécaire et donnait des cours du soir. La ville lui doit en partie sa renommée viticole ».

Sans se prétendre « spécialiste du vin », notre homme a travaillé son sujet. Pour rendre hommage à son père, il a édité en 2014 la chronique de la viticulture à Ribeauvillé entre 1400 et 1900. « Un retour aux sources » dit-il. « Dans ces années-là, le vin n’était pas le même qu’aujourd’hui. En 1648, il est plus doux que fort. Il est souvent mélangé à des liqueurs, comme la menthe. Le vin de paille de Ribeauvillé se retrouvait sur les tables de toutes les cours d’Europe. Jusqu’au XVIIIsiècle, le cépage unique est interdit. Les viticulteurs complantaient afin d’avoir une floraison étalée. C’était une mesure de prévention contre les gelées et une manière de sécuriser un volume de récolte ». Le vin n’était pas seulement une boisson, mais une référence. Son prix est toujours gravé dans un cartouche de l’ancienne mairie de Ribeauvillé : en 1544, un foudre de 1 080 litres valait 90 florins, en 1574 plus que 82 florins. En 1696, il était monté à 132 florins. « Au XVe et au XVIsiècle, les travailleurs étaient payés moitié en argent, moitié en vin, vin qu’il leur arrivait fréquemment de revendre » complète Bernard.

Edelwein, Schenckwein, Hunique et Trinkwein

Quatre qualités de vin existaient du XIVe au XVIsiècle. Des gourmets étaient chargés de les classer selon leur goût et de décider de leur destination finale. L’Edelwein (ou Kaufwein) était le meilleur. Il était réservé aux nobles et embarquait à Illhaeusern en direction de Strasbourg et plus loin, la Scandinavie. Le Schenckwein, de qualité moyenne, à la production contrôlée, était servi dans les cabarets, c’est-à-dire les auberges. Le Hunique (ou hoenisch) était à consommer sur place et pour les invités. Ce monocépage plutôt acide et au rendement pléthorique a été interdit après le retour de l’Alsace dans le giron français après 1648. Le Trinkwein ou Bemmer était volontiers mélangé à de l’eau (à l’époque souvent impropre à la consommation) et additionné de sucre pour le rendre buvable… « Les ouvriers qui travaillaient la vigne en buvaient quotidiennement jusqu’à cinq litres. Au XVIIe siècle, la consommation moyenne s’établissait à 1,5 litre/jour, vieillards et nourrissons compris » complète Bernard. Le monocépage s’impose par la volonté politique qui souhaite « un vin plus pur ». Parmi la génétique disponible, il y a le schwarzlamers ou le kleinrauschling, mais aussi le traminer et, déjà, le riesling. En 1850, les viticulteurs ont le choix entre quatre rouges et neuf blancs dont le sylvaner, le tokay, le muscat, le riesling, le knipperlé.

Les archives n’ont pas fini de parler. Bernard a accès à des fonds de viticulteurs, autrement dit à l’histoire de domaines sans successeurs comme celui d’Alphonse Schmittganz, en son temps viticulteur et à la tête d’un débit de boissons. « Toute l’histoire de cette exploitation est là. Comme celle de certaines autres » glisse Bernard en désignant un petit tas de documents soigneusement réunis dans une chemise. Il y a aussi toute la collection reliée de la Revue des vins d’Alsace depuis 1925, un don de Raymond Baltenweck, ancien président de l’Ava. Une source vitale de renseignements pour Bernard Schwach qui s’est donné pour but de compléter sa chronique en se penchant sur la période 1900-1950. Il a déjà amassé ses premières notes de lecture. « Les années 1920 à 1925 sont très compliquées » constate-t-il. L’Alsace est redevenue française. Francisation et autonomisme s’affrontent. La région est submergée de vins bon marché du sud de la France qui arrivent par wagons entiers. « En 1930, on pouvait s’acheter au choix, pour le même argent un frigo ou un hectare de vignes ! L’Alsace a failli y laisser son vignoble ». Il est préservé grâce à la reconnaissance de la spécificité alsacienne sous l’impulsion du président du Conseil, Alexandre Millerand. Bernard Schwach en est certain : « dans un verre de vin, il y autant d’histoire que de terroir ».

 

Stratégie

« Nous sommes lancés dans l’agriculture de conservation »

Cultures

Publié le 24/10/2018

Le Gaec de Belle vue surplombe légèrement Uhrwiller. Depuis la petite ligne de crête qu’il occupe le regard est arrêté au nord comme au sud par le sommet des collines voisines. Au total, ce ne sont pas deux mais quatre bassins-versants qui peuvent déverser les eaux de fortes pluies dans les rues de la commune. La problématique des coulées de boue et la pression exercée par les élus municipaux sont une première raison qui a poussé Michel et Sébastien Pfeiffer à abandonner le labour pour virer progressivement à l’agriculture de conservation. La volonté de conserver le capital sol est la deuxième. Leur réflexion démarre en 2001. Père et fils visitent des collègues pratiquant le non-labour et le semis direct dans l’ouest de la France, en Suisse, en Allemagne. Leur première décision est de mettre en place des bandes enherbées de 6 à 10 m de large. La seconde est de passer de deux à six cultures et de raisonner leur rotation en fonction de leurs trois types de sol. Dans les 25 % de sols séchants, ils se contentent de colza et d’orge. Y semer un maïs est exceptionnel. Ils le gardent pour leurs 40 % de sols profonds où ils l’alternent avec du soja. Dans leurs 35 % de sols argileux, ils sèment de tout, mais en se restreignant une nouvelle fois fortement sur le maïs (une année sur cinq, et encore). Aucun champ ne reste nu. Chaque parcelle est couverte en permanence, soit par un colza ou une céréale d’hiver, soit par une culture intermédiaire comme du seigle, du trèfle, du tournesol, de la phacélie, une féverole…

Le premier choix de Michel et Sébastien se porte sur un déchaumeur. Les résultats sont hésitants. 2008 assène le coup de grâce à ce matériel. Une forte pluie tasse le sol. Le maïs qui suit développe des racines sommaires. Elles pompent trop d’azote sous sa forme ammoniacale jusqu’à déformer les tiges. Entre 2008 et 2014, Michel et Sébastien se rééquipent pour 200 000 € avec un pulvérisateur automoteur, deux semoirs à disques de 6 m pour leurs céréales et leurs maïs, ainsi que deux strip-tills, à dents et rotatif. Ils interviennent avec les disques sur 20 à 30 % de leurs surfaces et pratiquent le semis direct sur le reste à condition que la structure du sol, vérifiée par un profil à la bêche, soit souple. Dans les deux cas, ils ne travaillent plus que les cinq premiers centimètres de leurs champs et seulement quand ils sont suffisamment ressuyés. Depuis trois ans, après un blé dont les pailles restent en place, ils ajoutent à leur semis de colza 70 kg/ha de féveroles pour profiter de l’action de leur racine pivotante avant que le gel ne les détruise. « Notre objectif est de préserver la structure verticale créée par les racines, donc la capacité d’absorption et de rétention de l’eau. Ce genre de sol supporte sans problème un orage de 30 à 40 mm » affirme Michel.

Moins d’heures de travail

Michel estime à cinq ans la durée nécessaire pour passer d’un itinéraire conventionnel à l’agriculture de conservation. « Les premières années, les rendements chutent jusqu’à 20 % en terres lourdes » concède-t-il. Après coup, ils ne sont pas meilleurs (voir encadré), mais « il y a toujours au moins une culture qui réussit dans l’année ». Où se nichent alors les bénéfices ? « Les cultures en place sont plus résistantes car les matières actives reviennent moins souvent. J’arrive à diminuer les doses de 30 à 40 %. Ce n’est pas tant la dose que son positionnement qui est important. Mais en quatre ans de pratique, le poste phytosanitaires a baissé de 15 %. La consommation d’engrais azoté recule aussi grâce aux restitutions des couverts de 15 à 20 % ». Un autre gain correspond à la diminution des heures travaillées, au carburant et au matériel nécessaire. Le Gaec fonctionne désormais avec quatre tracteurs, automoteur compris, au lieu de cinq. Et d’ici deux à trois ans, il pense supprimer le strip-till.

« Nous ne reviendrons pas en arrière » résument Michel et Sébastien. « Ce système offre une plus grande flexibilité. Le sol ressuye plus vite. Un blé impossible à semer peut être remplacé par du soja. Les récoltes qui s’étalent de juin à octobre mettent moins de pression dans le travail ». Si Michel a un conseil à donner à tout candidat, c’est de ne pas se lancer seul. « Il y a trois conditions à remplir. La première est de connaître ses parcelles par cœur. La seconde est de décider d’une rotation avec une couverture permanente du sol. La troisième est de commencer par ses champs avec une bonne structure. La rotation permet ensuite de faire rentrer toute la surface dans le système en trois ans. Le maïs peut être remplacé par un blé, un colza, un soja et à nouveau un blé ».

 

 

 

 

 

 

 

Millésime 2018

Climat, comment réagir ?

Vigne

Publié le 17/10/2018

Personne ne nie la véracité du dérèglement climatique. « L’effet combiné d’un déficit pluviométrique et de pics de chaleurs est de plus en plus compliqué à maîtriser. C’est une évidence pour tous les viticulteurs » constate Pierre-Olivier Baffrey, président de la section des caves vinicoles d’Alsace à Coop de France. « Nous allons vers des événements climatiques plus violents. Ne nous affolons pas. Assumons-le en nous y préparant, peut-être en plantant plus les versants nord et plus en altitude » renchérit Pierre Heydt-Trimbach, président du Groupement des producteurs négociants du vignoble alsacien. « Pour l’instant, le dérèglement qui fait rentrer des raisins plus mûrs que certaines années passées est plutôt favorable au viticulteur, mais les aléas climatiques inquiètent. En 2018, le phénomène de sécheresse a été accentué par la charge. Ceux qui ont vendangé en vert fin juillet n’ont pas eu les blocages de maturité remarqués par d’autres. La vigne n’est plus à cultiver comme on la cultivait » remarque Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d’Alsace. Il est rejoint par Pierre Bernhard, président du Syndicat des vignerons indépendants. « D’autres pratiques s’imposent. Un parterre végétal qui tapisse le sol en réduisant l’évaporation, mais qui pourrait aussi pomper l’excès d’eau est une de ces pistes ».

Parmi les outils pouvant compenser un régime de précipitations de plus en plus chaotique, difficile de ne pas penser à l’irrigation. « Gestion du stress hydrique dans un souci de maîtriser la qualité me semble le bon terme » rectifie Jérôme Bauer. « Mais ce n’est qu’une partie de la solution. D’autres réponses peuvent être apportées par le travail du sol, la gestion de l’enherbement, la conduite de la vigne, la remontée du taux de matière organique des sols légers afin qu’ils retiennent mieux l’humidité ». « Il faudra certainement passer par là pour sauver la viticulture dans les bassins de Scherwiller ou de Colmar » estime Pierre Heydt. La porte semble ouverte en sachant qu’il est hors de question d’influencer le rendement. « L’eau doit permettre de maintenir le potentiel de production, de garder nos pieds, d’arriver à les faire grandir. Il est prouvé qu’arroser au bon moment diminue l’amertume des vins » envisage Pierre-Olivier Baffrey. Au Synvira, certains pensent que « le terroir se suffit à lui-même. D’autres sont prêts sous condition à imaginer le goutte-à-goutte dans les rangs. L’irrigation peut être vue comme une forme d’assurance récolte » résume Pierre Bernhard.

Gare à l’identité des vins d’Alsace !

À plus long terme, les professionnels imaginent-ils un vignoble qui aurait adapté son encépagement à une nouvelle donne climatique ? « Sur le principe, ce serait idiot de ne pas tester de nouveaux cépages. J’ai goûté la syrah. C’est sympathique. Je suis personnellement assez pour. Mais le riesling restera le cépage emblématique du vignoble. Si l’Alsace l’abandonnait, l’Alsace n’existerait plus » déclare Pierre Heydt. « Expérimenter n’engage à rien » rebondit Pierre-Olivier Baffrey. « L’Alsace produira certainement de très bons vins avec d’autres cépages. Mais la question est de savoir quelle est l’âme de l’Alsace ? Quel est son projet commun à moyen et à long terme ? ». « Planter des cépages du sud de la France n’est pas une solution. Il faut travailler les nôtres pour en avoir de plus tardifs et de moins alcoogènes. Quarante cépages jugés non qualitatifs dans les années soixante-dix auront été plantés d'ici 2019 dans le conservatoire de Herrlisheim-près Colmar. Cette génétique recèle peut-être des caractères intéressants. Il faut surtout ne pas oublier que l’identité alsacienne passe par ses cépages ». Pierre Bernhard ne dit pas autre chose. « Considérons toutes les réponses disponibles. Voyons déjà ce que l’Alsace possède comme cépages adaptés. En sol filtrant, un riesling sur un porte-greffe 3309 c’est compliqué, alors qu’un pinot blanc ou un chardonnay tiennent mieux. Et on reste dans l’appellation ! »

Les cépages résistants au mildiou, aptes à satisfaire des demandes environnementales et sociétales vers moins de traitements phytosanitaires semblent en revanche être une carte à jouer. Si dans l’immédiat, Pierre Bernhard évoque les alternatives que peuvent procurer des haies de protection, l’intervention de drones ou la mise en service de pulvérisateurs avec panneaux récupérateurs de bouillie, rien n’est écarté à plus long terme. « La viticulture est sous l’œil des hygiénistes, de ceux qui traquent les résidus même infimes dans les vins. Ces éléments sont toujours cités à charge, alors que la viticulture c’est un patrimoine de la France. Il est donc important et urgent d’agir dans ce domaine » argumente Pierre Heydt. « Les viticulteurs sont-ils prêts dans leur tête à une telle mutation ? Comme le consommateur a toujours le dernier mot avec son acte d’achat, pouvons-nous nous lancer commercialement ? » interroge Pierre-Olivier Baffrey. Jérôme Bauer se rassure : « l’Inao est en train d’ouvrir la voie pour déroger à l’obligation de 100 % du même cépage dans une bouteille revendiquant par exemple « riesling ». Dans ces conditions, les cépages résistants qualitatifs deviendront une alternative en ZNT cours d’eau et riverains ».

Vendanges 2018

Des vinifications faciles à gérer

Vigne

Publié le 11/10/2018

Frédéric Arbogast. Domaine Arbogast à Westhoffen. Environ 1 000 hl vinifiés en 2018. « Nous n’avons pas eu de tri à faire. Les pinots gris et les rieslings entre 12,5 et 14,5° étaient courants cette année. Les acidités sont très variables, de temps à autre basses, tombant parfois à 3,5-3 en tartrique pour l’un ou l’autre gewurztraminer. Il est probable que j’assemble ces cuves. J’ai réalisé des pressées de trois heures sauf en gewurztraminer pour lequel l’extraction a été plus difficile. J’ai sulfité à 3 g/hl des moûts ramenés à 10°. J’ai débourbé vingt-quatre à quarante-huit heures. Les fermentations se sont enclenchées avec les seules levures indigènes, sans coup de feu. J’ai effectué un léger bentonitage à 30-40 g/hl pour quelques sylvaners et gewurztraminers et d’une cuve de riesling. Un pinot gris sec à 14,4° est la première cuvée que j’ai stabilisée. Il est soyeux, frais, avec une acidité fine. Tout ne sera pas sec, mais fruité, gouleyant et charpenté. 2018 présente les mêmes profils analytiques que 2003. Certaines de ces cuvées se sont très bien tenues dans le temps, alors pourquoi pas 2018 ? »

André Ruhlmann. Vignobles Ruhlmann-Schutz à Dambach-la-Ville. Environ 8 000 hl vinifiés en 2018. « 2018 est une année pléthorique et qualitative. Le rendement permettra de demander un volume complémentaire individuel. Tous les rieslings génériques étaient au-dessus de 12°, les gewurztraminers entre 14 et 15°. L’extraction a été impressionnante en pinot noir et très belle pour les autres pinots, un peu plus faible sur riesling et gewurztraminer. J’ai donné 3 g/hl de SO2 en sortie de pressoir. Grâce au groupe froid, j’ai descendu les moûts de 22 à 7-8° en une nuit et je les ai débourbés vingt-quatre heures. J’ai uniquement levuré les génériques. Je laisse fermenter à 18°. Une fois que le processus est lancé, le calme vient naturellement. Les réductions sont rares. Je n’ai noté aucun mauvais goût. 2018 permet une vinification légère. Il suffit d’organiser, de contrôler et de bien gérer sa cuverie en raison des volumes qui rentrent. Le millésime 2018 ne me laisse pas une impression d’alcool. Dans le secteur, les acidités sont bien présentes. Elles permettront de réussir les équilibres en laissant plus de fraîcheur que sur un 2003 par exemple ».

Coup de pouce à l’acidité

Pascal Joblot. Domaine Brobecker à Eguisheim. Certifié bio. 250 hl vinifiés en 2018. « Nous avons vendangé sur un bon mois à partir du 7 septembre. Les rendements montent entre 70 et 80 hl, soit 30 % de plus que d’habitude. Les raisins sont rentrés à maturité dans un état sanitaire excellent à des degrés élevés : 13,5° pour les rieslings, 15 à 15,5° pour les gewurztraminers. L’acidité est correcte pour les premiers, un peu basse pour les seconds. Les pinots noirs dépassent les 15°. J’ai effectué un simple débourbage de huit à dix heures et j’ai sulfité à 3 g/hl. Les moûts étaient chauds. Leur départ en fermentation s’est fait en vingt-quatre heures, maximum trente-six, sans levurage. Je n’ai pas remarqué de carence en azote. La surveillance est donc le principal travail en cave. Les pinots semblent avoir bien profité de l’année, comme le riesling. Le millésime donnera des vins très riches comme nous avons l’habitude d’en vinifier tous les ans. Les gewurztraminers sont très aromatiques. Je compte les arrêter vers 13,5°. 2018 me rappelle 2003 ou 2009 avec des vins bien charpentés, plutôt alcooleux et pouvant parfois manquer d’un peu de fraîcheur ».

Guillaume Motzek, maître de chais à la cave du Vieil Armand à Wuenheim. De 10 000 à 11 000 hl vinifiés en 2018. « Les raisins rentrés sur cinq semaines se caractérisent par un potentiel alcool plus élevé d’au moins 1° par rapport aux valeurs habituelles. Les jus ont été extraits facilement en quatre heures et sulfité à 4 g/hl. J’ai limité le débourbage statique à douze heures pour récupérer 8 % de bourbes. Toutes les cuves ont été levurées à 20 g/hl sauf le crémant à 10 g. Certaines ont été traitées à la bentonite à hauteur de 80 g/hl. Les fermentations ont mis au maximum quarante-huit heures à s’enclencher avant de se poursuivre sur un rythme régulier. Le manque d’acidité a été la principale préoccupation. Entre 50 et 80 g/hl d’acide tartrique sur moût selon le vin ont redonné de la tenue à des pinots blancs et gris. Il est probable que la même décision soit prise pour des gewurztraminers. 2018 procurera des vins un peu plus forts en alcool, mais sans être lourds ».

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