Auteur

Christophe Reibel

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Millésime 2018

Vendanges hors d’aire

Vigne

Publié le 05/10/2018

En sortant de Breuschwickersheim vers Osthoffen, une colline au sol argileux, aux pentes agréables et boisées, s’étire doucement d’ouest en est. C’est là, au bout de la ligne de crête, que Michel Hoffmann soigne ses cinq ares d’auxerrois et de muscat. Les deux cépages se répartissent les onze rangs sur la base d’un rapport 70/30 %. Michel taille le premier sur deux sarments, le second sur un seul, en visant les dix à douze yeux. Il a semé dans le mètre d’interrang du gazon qu’il tond quatre à cinq fois par an. Il désherbe le rang à la pioche. « Cela me prend trois heures deux fois par an. Je n’ai plus le droit d’acheter d’herbicides, ni de produits systémiques. Je me contente de cuivre et de soufre mélangé à un adjuvant. En cas de forte pression mildiou, je passe tous les neuf à dix jours avec un pulvérisateur à dos d’une capacité de 10 litres » détaille Michel. En saison, il n’hésite pas à se rendre aux rendez-vous en bouts de parcelle de l’ADAR du vignoble car il juge intéressant de faire régulièrement le point sur les maladies et les ravageurs. « Je ne me considère pas comme un viticulteur. Mais finalement, pour moi comme pour lui, c’est le même travail ».

Quand il se promène dans le vignoble, Michel a toujours l’œil pour repérer la manière dont les professionnels taillent leurs pieds. Pour faire ses choix de conduite, il a pris conseil chez son beau-frère, apporteur de raisins aujourd’hui retraité. Il les a lui-même transmis à Étienne Brun, autre habitant de Breuschwickersheim. Étienne s’occupe depuis peu des quatre rangs de vigne de 200 mètres de long de son beau-père, désormais trop âgé. « Je m’y mets petit à petit » dit-il. En s’appliquant. « Je sors traiter le soir ou à six heures du matin voire avant. J’interviens dès le stade 2-3 feuilles ». L’année lui laisse un petit regret. « C’est une belle récolte. Comme je suis curieux, je contrôle mes oechslés. En 2018, j’en avais 74 en sortie de pressoir. J’aurais dû couper des raisins en vert ».

Le vin de tous les jours

Michel et Étienne vendangent alternativement l’un chez l’autre. Deux à trois heures suffisent à la famille pour couper le raisin. Cette année, c’était le 7 septembre chez l’un, le lendemain chez l’autre. « C’est une belle journée entre nous. La tradition dans le temps, c’était de déguster un jambon dans les vignes. Mais depuis quelques années nous rentrons manger à la maison » raconte Étienne. En sortie de pressoir il sulfite de suite à 4 g/hl. En fin de fermentation, il effectue un soutirage et stoppe la sortie du jus dès qu’il change de couleur. Il élimine les lies, remet le moût dans la cuve nettoyée, redonne 6 g/hl de SO2 et en rajoute 3 g/hl au vin tous les deux à deux mois et demi. « C’est le seul ajout. Mais sinon, il ne se conserverait pas » commente Michel chez qui l’itinéraire de vinification est le même. Il prend « ce qui vient » mais juge les deux derniers millésimes de cette forme d’edelzwicker « un peu trop sucrés » à son goût. Il conserve ses vins dans des cuves de plastique blanc. Il lui en reste 200 litres de 2017. Il en a rentré quelque 700 litres en 2018, contre 450 d’habitude. « C’est trop par rapport à la parcelle » estime-t-il. Étienne garde environ 200 l de marcs dans des bonbonnes de 10 à 15 l. Tous les deux à trois ans, il les distille. « Si j’arrive à mes 21-22 litres, je suis content » lâche-t-il.

Dans l’absolu, Michel se serait bien vu embrasser une carrière de viticulteur. Sa parcelle n’est finalement qu’à quelque cinq cents mètres des premières vignes de l’aire d’appellation. Michel ne prétend pas pour autant produire du vin d’Alsace. Il se fait plaisir en tirant son « vin de tous les jours » directement de la cuve pour le servir à table ou à Martien, son voisin, qui l’apprécie en connaisseur. « On ne le trouve pas mauvais. Il accompagne bien les tartes flambées » glisse pour sa part Étienne. L’avenir de ces vignes se profile sous forme de pointillés. Au fil des ans, les surfaces ont baissé. Étienne comme Michel vous cite spontanément le nom du dernier en date qui a arraché sa parcelle. Étienne n’est du reste pas certain de persister. Il ne replante pas les plants qui dépérissent. Au contraire de Michel qui remplace chaque année la dizaine ou la douzaine de pieds qui trépassent. Lui, n’est pas prêt à abandonner sa passion. Mais après lui, plus rien n’est pour l’instant garanti…

 

Commerce

Vins d’Alsace, deux nouvelles clientèles à séduire

Vigne

Publié le 26/09/2018

Les maisons de vins d’Alsace vivent en partie sur un acquis : leur clientèle française fidèle. Ces gens-là aiment l’hédonisme et le partage. Ils débouchent la plupart de leurs Alsace à domicile et lors des repas. Ils représentent potentiellement plusieurs millions de personnes. Le revers de la médaille est qu’ils se rangent plutôt dans la catégorie des consommateurs occasionnels et ne s’intéressent pas fortement aux vins. Ils présentent enfin une dernière caractéristique à laquelle ils ne peuvent rien : ils sont vieillissants. 38 % d’entre eux ont plus de 65 printemps ! Voilà un des constats que dresse l’étude que l’agence Wine intelligence a rendue au Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace à l’été 2017. « Le défi est de ne pas perdre cette clientèle classique, tout en parvenant à séduire les clients de demain » résume Stéphanie Dumont, responsable du service intelligence économique du Civa.

L’étude a identifié et a caractérisé deux groupes de consommateurs français cibles et possibles futurs acheteurs de vins d’Alsace. Les premiers ont été baptisés les « explorateurs ». Ce sont majoritairement des hommes âgés de 25 à 44 ans, bénéficiant d’une situation économique aisée. Ils consomment du vin au moins trois fois par semaine, au restaurant ou en des occasions où ils se trouvent avec des amis. Et l’achat d’un vin d’Alsace les tente. « Le bémol, c’est qu’ils sont sensibles à la notoriété du vin, à l’étiquette, à la bouteille. Le statut du vin est pour eux une valeur importante. Or c’est justement un point faible des Alsace » précise Stéphanie Dumont. Le second groupe cible rassemble les « curieux ». Ils se recrutent dans toutes les tranches d’âge. Ils sont hédonistes et friands de nouveaux vins. Ils s’informent moins que les explorateurs et préfèrent se laisser guider par le bouche-à-oreille. Le statut du vin est moins important pour un « curieux » que pour un « explorateur », son budget par bouteille aussi, mais l’étude lui attribue un bon potentiel de montée en gamme si sa connaissance des Alsace augmente. Dans ce cas, il est prêt à débourser entre 7,50 et 9,99 €/col. En France, le nombre estimé « d’explorateurs » tentés par l’Alsace serait le double de celui des « curieux ». Au total ces deux groupes totaliseraient plus d’un million de personnes, plus présents aux centres qu’en périphérie des villes. Ils fréquentent, plus que la moyenne, les cavistes ou les bars à vins que les allées d’un hypermarché.

Rejoindre le statut d’autres vignobles

Le Civa est le premier à peaufiner pour 2019 des actions propres à toucher ces deux groupes cibles par circuit de vente et par zone géographique dans l’Hexagone. « Nous savons comment et où ces amateurs achètent leurs vins. Nous en avons une connaissance suffisante pour leur adresser les bons messages au bon endroit. Les tests de la nouvelle campagne de promotion des vins d’Alsace sont en cours d’exploitation » explique Stéphanie Dumont. Mais l’interprofession ne doit pas être le seul levier : chaque opérateur peut télécharger les profils consommateurs identifiés pour les exploiter ou se faire assister par le service intelligence économique pour comprendre qui sont ses consommateurs, quelle est la meilleure manière de les aborder. « Le metteur en marché doit s’interroger sur l’attractivité de son étiquette vis-à-vis des consommateurs qu’il cible, sur la visibilité de son message. Est-il délivré de façon cohérente sur tous les supports de communication de l’entreprise ? Faut-il saisir l’opportunité de modifier des mots et/ou une image pour déclencher un surcroît d’intérêt, mettre une nouveauté en avant sur son site internet ou ailleurs ? Doit-il travailler sur l’hédonisme en organisant des événements qui peuvent séduire ces profils ? » rappelle Stéphanie Dumont.

Pour mettre cette stratégie à moyen/long terme en œuvre, le vignoble ne part pas de rien. L’étude montre que l’Alsace réalise la meilleure performance en notoriété assistée des vins blancs. Sur une base de 38 millions de Français adultes, 76 % connaissent le vin d’Alsace, soit cinq points de mieux que Chablis. Cela ne signifie pas automatiquement qu’on en achète ou qu’on en consomme. Car seuls 59 % des consommateurs ont ouvert au moins une bouteille d’Alsace au cours des douze derniers mois. « Le taux de conversion entre connaissance et consommation reste néanmoins très correct » juge Stéphanie Dumont. 33 % des consommateurs ont déclaré acheter des Alsace. « L’étude fait fortement ressortir que la fierté de le servir explique pour beaucoup l’acte ou le non-acte d’achat. Dans l’étude 45 % des personnes interrogées le sont dans le cas d’un Alsace, sept points de moins que pour le Chablis. C’est pourquoi les vins d’Alsace doivent absolument gagner en statut pour rejoindre ceux d’autres vignobles. Le nouveau logo des vins d’Alsace s’inscrit dans cette stratégie. Il importe de soigner davantage l’image générale des Alsace, comme chaque bouteille, chaque étiquette. Ils doivent séduire quand le maître de maison les pose devant la famille, les amis. La marge de progression est énorme. Elle montre un des principaux problèmes de valorisation des Alsace » estime Stéphanie Dumont. Alors, au travail !

Magazine

Des initiatives pour créer les événements de l’été

Vigne

Publié le 19/09/2018

À Reichsfeld, le domaine Borès n’en est plus à son coup d’essai. Il a accueilli du 18 au 22 août pour la troisième année consécutive le festival de théâtre itinérant « Soirs à pressoirs ». Cette année, ses rieslings et ses sylvaners issus du Schifferberg, ont trouvé leur place entre les pièces, les contes, les concerts, les poèmes et le cabaret qui s’installent le temps des représentations dans les généreux espaces de la cave. Ils sont servis en dégustation lors des intermèdes avec des produits locaux, parfois inattendus comme des tartes flambées aux légumes. « C’est un projet au départ culturel. Le vin s’y est naturellement greffé, même s’il faut s’investir à trois pendant deux bonnes journées pour la préparation et une pour ranger » constate Marie-Claire Borès. « Nous communiquons beaucoup autour de nous. Le festival nous permet de faire faire le détour à Reichsfeld. Les gens se disent : « tiens, du théâtre chez un vigneron indépendant, c’est original ! Ils sont satisfaits du spectacle, de l’ambiance, du vin. L’attraction est différente, authentique ». À la différence du pique-nique du vigneron qui capte 800 personnes enfants compris sur deux jours, le festival rassemble une soixantaine de participants par après-midi et soirée. « C’est très bien comme ça » poursuit Marie-Claire. « Il faut conserver la proximité, le côté intime, où l’on est là pour prendre son temps ». La plupart des participants achètent des vins. « Il s’agit pour l’essentiel de nouveaux clients » se félicite Marie-Claire.

De son côté, le domaine Spannagel à Katzenthal a sauté sur l’occasion d’être une étape du tour de France dans lequel se sont lancés les associés du domaine Orgâmic, dans le Vaucluse. Cette « bande de copains » passionnés par le vin (même s’ils n’en ont pas fait leur métier principal) s’est posée ici et là cet été pour proposer ses « vins gourmands, sur le fruit, faciles à boire » dans un J9 aménagé en point de vente temporaire. Marie Spannagel a fait relayer leur passage à Katzenthal par l’office du tourisme. Deux cents personnes se sont déplacées au domaine entre 16 h 30 et 21 h 30. « Nous nous orientons de plus en plus vers ce type d’événement ponctuel qui est facile à mettre en place » rebondit Marie. « Là, il m’a suffi d’ouvrir les portes et de les laisser s’installer. Inviter des collègues chez soi permet d’échanger des idées entre nous et ne vous enlève pas de clients. Toute la gamme de la vingtaine des vins figurant sur la carte du domaine était offerte à la dégustation. Orgâmic comme nous-mêmes avons réalisé un chiffre d’affaires similaire. Sans cette offre complémentaire, une partie du public présent ne serait pas venu ».

« Dire ce qu’il y a derrière une bouteille »

« Il devient de plus en plus difficile d’exercer de l’attractivité sur le client de passage » constate Dominique Schoenheitz, du domaine éponyme à Wihr-au-Val. «Nous déployons davantage nos activités sur l’hiver, un peu moins sur l’été ». Mais pas question de garder les bras croisés. Le domaine propose gratuitement et sans réservation chaque jeudi matin en juillet-août une heure trente de randonnée pédestre facile sur les coteaux de Wihr‑au‑Val afin d’expliquer l’histoire du vignoble, ses terroirs, le cycle végétatif et les travaux de la vigne. La balade s’achève à l’heure de l’apéritif (ou presque) par la dégustation de plusieurs vins : sec, doux, effervescent ou rouge. Une autre version de ces sorties est labellisée « écotourisme » par la région Grand Est. Elle obéit un cahier des charges comme le questionnaire de satisfaction distribué à la fin. Elle met l’accent sur la découverte de la biodiversité présente dans le vignoble. Un jeu de questions-réponses en français ou en anglais rythme le parcours. La prestation est payante à hauteur de 10 € par adulte, 5 € par enfant et 25 € par famille.

« Le domaine pratique un niveau de prix qui demande de montrer au public comment nous travaillons. L’objectif de ces balades est donc de faire comprendre la qualité de nos vins. Il faut dire ce qu’il y a derrière une bouteille, quelle est la vraie valeur d’un verre de vin » justifie Dominique. La randonnée pédestre annoncée par l’office de tourisme concerne de vingt à soixante-dix participants qui « montrent du répondant » la plupart du temps. La sortie écotouristique est limitée à trente personnes. « Là, le public est souvent urbain. Le faire participer n’est pas toujours évident tant les gens sont très éloignés de la nature. Les échanges sont maigres, alors que je ne veux pas juste tenir un monologue. En outre, la dégustation vins et fromages suppose une intendance assez lourde et du temps alors que le retour en achat reste faible. Les gens apprécient, mais il n’est pas certain que je continue ».

 

Vendanges 2018

« Les moutons effeuillent mes vignes ! »

Vigne

Publié le 13/09/2018

La remontée à pied d’un interrang fournit un premier indice. On y découvre de ça, de là, des crottes caractéristiques. En tournant au bout du rang, un filet mobile à mailles jaunes, faiblement électrifié, qui entoure plusieurs rangées de vignes, permet de localiser les producteurs. Les Mérinos croisés Ile-de-France sont là, par petits lots de trois, quatre ou six, à avancer quasi simultanément dans cette parcelle de 70 ares de pinot gris. Ils se déplacent groupés et lentement. Ils broutent ! « Ils vont un peu partout » précise Nathan Muller, vigneron indépendant en bio à Traenheim. Les animaux restent à distance. « Ils sont craintifs vis-à-vis d’à peu près tout le monde, sauf de leur berger » remarque le viticulteur. Les ovins s’intéressent à tout ce qui est bien vert, y compris les feuilles de vignes les plus basses jusqu’à environ un mètre de hauteur. Après leur passage, le résultat est bluffant. Les grappes sont bien dégagées. Dans chaque rang travaillé où la dernière intervention mécanique a été pratiquée fin avril, la première impression est qu’une tondeuse à gazon a été passée. Les ovins ont mangé l’herbe plus tendre ayant poussé là, parfois jusqu’à ras de terre. Ils ont moins touché les hautes herbes, trop sèches à leur goût, du rang enherbé. « Il faudra faucher avant les vendanges » conclut Nathan.

Effeuiller ses vignes avec des moutons se pratique en Nouvelle-Zélande. Nathan y a découvert la technique en 2014 sur le domaine où il a participé aux vendanges. L’idée de se servir d’animaux à la place du tracteur lui plaît. Son collègue océanien lui fait parvenir des notes. Trouver les moutons n’est pas un souci. À Traenheim, un berger en élève 300. Nathan teste ce mode d’effeuillage en 2017 sur 2 ha. Cinquante moutons sont lâchés sur 50 ares. Il aide le berger à déplacer le parc dans la même parcelle tous les trois jours. L’opération leur prend trois quarts d’heure. En 2018, Nathan passe la surface à 5 ha en lâchant trois « équipes » de cinquante moutons. Les animaux ont d’abord pâturé plusieurs vergers des alentours avant de rejoindre les vignes du domaine Muller le 20 juin au stade début nouaison. « Les branches sont solides pour ne pas casser. Les lianes ont suffisamment poussé et les raisins sont encore assez durs pour ne pas être tentants » décrit Nathan. Le mouton démarre par les feuilles du bas qu’il préfère et finit par se dresser sur ses pattes pour monter au plus haut. « Je dois les sortir avant qu’ils n’en arrivent là. Je surveille quotidiennement les différentes équipes » précise Nathan.

Un effeuillage sévère

La vision de moutons dans les vignes interpelle non seulement le quidam, mais également les collègues. Beaucoup ont fait remarquer à Nathan que l’effeuillage ovin est sévère. Il reste serein. « Le soleil ne m’inquiète pas. Des grappes effeuillées tôt s’habituent à la chaleur. Les brûlures sur raisin vert sèchent. Ce n’est pas un handicap. Une comparaison entre une vigne non effeuillée et une modalité effeuillée haut et rognée bas donne l’avantage organoleptique à la seconde option ». Aux vendanges, Nathan a remarqué que le gain de temps est conséquent. « Les coupeurs vont jusqu’à deux fois plus vite que dans une parcelle ayant conservé ses feuilles ». Enfin, le cépage ne joue pas de rôle dans l’action des moutons. Toutefois, Nathan évite de les mettre dans du riesling, plus sensible au soleil.

Cet été, les moutons ont été retirés des vignes le 26 juillet. Aux yeux du viticulteur, les bénéfices sont certains. « L’effeuillage diminue considérablement le risque maladies. Il n’y aura plus de mildiou, ni d’oïdium. Je gagne de un à deux traitements. J’ai des sols très argileux qui aiment se crevasser quand il fait sec. Il se forme des cheminées qui accélèrent l’évaporation. Le passage des moutons équivaut à des petits tassements qui évitent ce phénomène ». Les dégâts sont minimes. « Il peut y avoir quelques grappes à terre. Mais rien de sérieux. Il m’arrive aussi d’en arracher l’une ou l’autre avec l’effeuilleuse » constate Nathan. Le viticulteur a de son côté préparé le terrain à l’intervention de la troupe avec un purin d’ortie, une infusion de reine-des-prés et une décoction de prêle. Cette stratégie de prévention lui a permis de mieux doser cuivre et soufre. Il s’est contenté de trois traitements pour un total de 600 g/ha de cuivre sous forme d’hydroxyde. Il y a mélangé 15 kg/ha de soufre et a effectué un poudrage à raison de 25 kg/ha. En effet, le cuivre devient toxique pour un ovin à partir de 20 mg/kg par kilo de poids vif. « Dans une année à forte pression comme 2016 qui a nécessité 3 kg de cuivre à l’hectare, je m’abstiendrais de faire appel aux moutons » dit-il.

 

Vendanges 2018

Des pistes pour recruter ses saisonniers

Vigne

Publié le 07/09/2018

Activer les réseaux de contacts personnels et publics. Le traditionnel bouche-à-oreille semble encore avoir de beaux jours devant lui pour faire passer le message à la famille élargie et aux connaissances diverses et variées. « J’avais cette année cinq personnes à renouveler sur douze. J’ai pu renouer contact avec d’anciens vendangeurs perdus de vue depuis deux ou trois ans. Ils ont accepté. Et l’oncle de mon salarié s’est proposé pour remplacer une défection de dernière minute » indique Matthieu Kuhn, co-gérant du domaine Antoine Stoeffel à Eguisheim. La plupart se rassurent avec ces « circuits courts ». A défaut d’obtenir toute la main-d’œuvre souhaitée, s’adresser à Pôle emploi est une solution qui, de l’avis général, « donne plutôt satisfaction ». « J’ai embauché deux personnes par ce biais il y a deux ans et elles se sont bien intégrées au groupe » juge Peggy Schwartz, du domaine Racème à Blienschwiller. Le succès paraît en revanche plus inégal si l’on utilise le canal des réseaux sociaux.

Bien évaluer la motivation des candidats. Peggy est attentive à leur comportement, à leur posture, à leur attitude, à leur regard. Sont-ils plutôt individualistes ? Ou prêts à s’entraider ? Se présentent-ils par envie de travailler ou se sont-ils seulement déplacés pour satisfaire l’injonction de Pôle emploi ? « J’explique les règles. Je préviens que le travail est physique, fatigant. Je scrute les réactions. Cette année, j’ai vu beaucoup de personnes entre 35 et 55 ans motivées par la vigne, le vin et la région » poursuit Caroline Moritz, du domaine Moritz à Andlau. « J’ai besoin de collaborateurs. Les jeunes retraités constituent une bonne cible. J’essaye de retenir des gens qui ne sont pas contraints par la perspective de gagner de l’argent » ajoute Armand Landmann, vigneron indépendant à Nothalten. « Il faut pouvoir compter sur les personnes qu’on retient » résume Simone Geiger, qui recrute depuis quarante ans les vendangeurs de l’Eàrl du Felsberg à Bernardvillé. En 2018, son équipe de quatorze coupeurs et porteurs est complète. À l’invitation du Synvira, elle s’est rendue à la séance de mise en relation viticulteurs/vendangeurs organisée le 22 juillet à Barr. Pour anticiper l’avenir car « certains de mes vendangeurs ont dépassé 70 ans et pensent à se désister. Il faut de nouvelles têtes. Une à deux chaque année est un bon rythme » estime-t-elle.

« Je propose ma bonne humeur ! »

Mutualiser ses vendangeurs. S’organiser entre viticulteurs est un bon moyen de s’assurer des saisonniers nécessaires sur la période des vendanges. Pierre Bernhard, vigneron indépendant à Châtenois, s’est entendu avec un collègue qui coupe beaucoup de raisins à crémant avant de poursuivre en récolte mécanique. Pierre a repris ces personnes début septembre. « Ce sera une équipe efficace dans les coteaux » évalue-t-il. Armand Landmann a conclu le même accord pour sept des douze vendangeurs qui débutent la saison chez un ami. Caroline Moritz a pour sa part contacté plusieurs de ses collègues dont elle a su qu’ils avaient refusé des candidats. Elle a noté leur téléphone. À moyen terme, elle se verrait bien partager le quotidien des vendanges avec des woofers, logés et nourris sur place.

Créer un cadre qui donnera envie de revenir. « J’aménage les horaires. Quand la température atteint les 28°, la journée se termine à 13 h 30 » souligne Pierre Bernhard. Pour trouver ses quinze coupeurs et porteurs, Peggy Schwartz s’est résolue à proposer un hébergement à cinq d’entre eux, soit le maximum qu’elle peut loger. « Ce sont des jeunes de Strasbourg et de plus loin qui n’ont pas le permis et qui ne roulent pas sur l’or. Je veux leur éviter des frais, ne serait-ce que de camping. L’avantage est qu’ils sont sur place » dit-elle. Le domaine Geiger n’héberge plus, mais « la difficulté de recruter fera peut-être qu’on y reviendra » avance Simone. Caroline Moritz n’a aucune possibilité d’hébergement mais encourage toute son équipe à pratiquer le covoiturage. « Pour qu’ils apprennent à se connaître. Pour créer du lien » glisse-t-elle. On l’aura deviné, « l’ambiance » est le point clé à maîtriser. « C’est ce que je propose en même temps que ma bonne humeur » rigole Armand Landmann. « Les petites anecdotes à raconter, c’est primordial » enchérit Matthieu Kuhn. « La présence dans l’équipe d’anciens qui se connaissent est un plus. Sans convivialité, c’est triste » lance Pierre Bernhard. La pause de 9 h ou de 9 h 30 ainsi que le déjeuner ne sont pas à négliger. Pierre organise ce dernier dans sa cave climatisée et commande chez le traiteur. Le domaine Geiger embauche spécialement une cuisinière. Mathieu Kuhn ne défalque rien de la fiche de paie de ses vendangeurs pour le repas de midi. Une majorité de viticulteurs clôture leur séquence vendanges par un dîner où les petits plats sont mis dans les grands. « Un beau repas dont on se souvient avec plaisir, ça compte pour un vendangeur » conclu Pierre.

Commerce

Dîner tapas au domaine

Vigne

Publié le 21/06/2018

Le fond de l’air est un peu frais, mais la soirée s’annonce douce comme les morceaux de l’orchestre à quatre musiciens originaires du village. Il est vingt heures ce 15 juin et Catherine, Bernard et Antoine Schmitt peuvent être rassurés. La troisième édition de leur soirée tapas a quasiment fait le plein, soit les 150 personnes inscrites. Quand ils ne sont pas dans la file d’attente à la caisse tapas ou à la caisse boissons, devant le poste de distribution des tapas ou celui du vin, les participants à la soirée devisent à table, debout ou assis, à l’abri d’un chapiteau ou en plein air. La formule inspirée à Catherine par des collègues de Rhône-Alpes est rodée. La viticultrice accueille les convives en leur expliquant « comment ça se passe ». Chaque couple ou groupe de convives ayant réservé sa place reçoit un verre et est invité à choisir une bouteille lestée d’eau dans le bouchon de laquelle a été piqué un fanion portant un numéro. Il la dépose à la place qu’il a repérée, par exemple sur un mange-debout ou un madrier improvisé en table posé sur deux bottiches renversées. Il note sur une feuille ce qu’il désire consommer et va passer commande. Il est servi directement en vin. Les tapas lui sont apportés à table. Ce soir-là, il a le choix entre six suggestions à 3, 5, 6 ou 7 €. La plupart est préparée à la minute par un traiteur et son équipe de quatre personnes. Au menu cette année : albondigas (boulettes de viande et sauce tomate), accras de morue, tortillas de pomme de terre, assiette de charcuterie ou de fromage, moules. Des mini-crème brûlée à 2 € et des mini-tartelettes citron à 3 € font office de douceurs.

Le nombre de places est volontairement limité. Il n’est pas question d’accueillir des groupes de plusieurs dizaines de personnes. Depuis l’an passé, les viticulteurs installent des bancs car « l’Alsacien veut s’asseoir au bout de deux heures passées en station debout ». Ce soir douze vins figurent sur la carte. Comptez cinq blancs, deux crémants, deux rouges, un rosé, deux vendanges tardives. Ils sont vendus de 2 à 4 € le verre et de 11 à 17 € la bouteille à l’exception d’un riesling vendanges tardives qui grimpe à 23 €. « Cela correspond peu ou prou au prix caveau. Ce sont les vins qui sont déjà sur notre tarif 2018. Le budget à prévoir par participant est le même que pour une soirée dans un bar à vins » précise Catherine. Exceptionnellement cette année, un treizième vin complète l’offre. Invité par Justine, la reine des vins d’Alsace en titre et fille de Catherine et Bernard, le Comité des reines propose sa cuvée dont le profit de la vente est reversé à deux associations caritatives.

La promotion deux mois avant

Des habitués sont venus « par sympathie », « pour la convivialité » et pour « passer un bon moment entre nous ». Le nombre de nouveaux visages est important. « C’est la première fois que nous étions libres à cette date » confie Sylvie, venue avec cinq amis. Le côté « guinguette » plaît à Mélanie et Morgan. Le cadre champêtre, la vue sur le mont Saint-Odile, « ça change du restaurant » jugent Yves, René, Sylvie et Deborah. La liberté de vadrouiller de table en table, de lier conversation avec les uns et les autres séduit. Sonia relève le « paradoxe » du mariage entre tapas et vins d’Alsace. Elle n’est pas la seule. Marc trouve que « les blancs passent bien avec des mets un peu épicés ! ». Il a déjà apprécié qu’Antoine lui ai fait faire un rapide tour de cave et qu’il ait eu toutes les informations sur le déroulement de la soirée à son arrivée.

Catherine a fait la promotion de l’initiative deux mois en amont de sa date programmée en publiant un encart dans un gratuit local, en l’annonçant sur la page facebook du domaine, sur le dépliant qui contient les tarifs 2018 et par l’inévitable bouche-à-oreille. Le rendez-vous obéit à des horaires bien cadrés. Tout démarre à 19 h. L’orchestre joue à partir de 20 h et donne un concert de 21 h à 22 h 30. La fin est programmée à 23 h 30, pour ne pas jouer les prolongations et pouvoir débuter le rangement dans la foulée. « C’est un bon public. À la différence du pique-nique du vigneron où l’assistance est plus familiale, de l’apéro gourmand où nous voyons davantage de couples de plus de cinquante ans, ici ce sont souvent des connaissances, des collègues de travail, des clients. Ils comprennent qu’un cadre soit fixé » lance Catherine. « Ce genre d’occasion fidélise par les bons moments que les participants ont partagés. Elle enclenche des ventes au caveau dans le mois qui suit. Mais nous l’organisons en premier lieu pour faire parler du domaine et de ses vins ».

Magazine

Moins de foire, plus de vins

Vigne

Publié le 14/06/2018

« La fête du vin de Ribeauvillé ». Ce nom a traversé les siècles. La première est mentionnée en 1875. La suivante s’est déroulée en 1921. La Seconde Guerre mondiale a empêché la tenue d’autres éditions. Mais en 2018, la fête qui revendique la place de plus ancienne en son genre en Alsace, célèbre fièrement sa 90e édition. Au fil des ans, cette doyenne a longtemps hésité entre centre-ville et jardin de ville avant de se fixer. « Je me souviens du temps où elle se partageait entre le caveau et la place de la mairie. Les gens s’arrêtaient volontiers. Les vins génériques et la tarte flambée tenaient la corde. On échangeait ses francs contre des jetons. C’était très festif et cela se passait très bien économiquement » raconte Francis Fischer, président du syndicat viticole de Ribeauvillé. Dans les années 2000, les premières interrogations se font jour. Dans une salle soumise aux changements de la météo, les vins sont tantôt servis trop chauds, tantôt trop froids. « Les conditions de dégustation étaient perfectibles, les vins pas suffisamment valorisés » résume sobrement Francis.

En 2008, le syndicat change son fusil d’épaule. La fête revient au jardin de ville pour ce qui ressemble à une installation définitive. « Il y a de la place pour se garer. La salle du parc peut accueillir beaucoup de monde à la fois. Elle a l’immense avantage d’être climatisée. Les vins sont dans des conditions optimales. C’est essentiel dans les nouvelles orientations prises » indique Francis. Rebaptisé « la fête du vin et de la gastronomie », l’événement invariablement programmé le week-end suivant le 14 juillet s’est donné une nouvelle priorité : l’accord mets/vins. Le syndicat s’associe pour l’occasion à huit restaurateurs, deux pâtissiers, un fromager et un distillateur du cru. Chaque chef reçoit mission d’inventer un plat en le mariant à deux vins qui peuvent l’accompagner. Chaque duo est servi aux stands alignés dans l’allée de la gastronomie qui relie la salle du parc au chapiteau qui abrite les soirées dansantes. Le syndicat a également voulu rythmer les trois jours. Ils démarrent avec une inauguration le vendredi à 16 h 30 parrainée par une personnalité du monde politique, gastronomique ou économique, en l’occurrence en 2018 Gilles Neusch, directeur du Civa. Le samedi à 15 h, un sommelier aborde un thème. Philippe Nusswitz parlera cette année des vins du XXe siècle. Comme il n’est pas question de mélanger les genres, la dégustation n’est ouverte qu’après coup. Le dimanche, l’apéritif concert est incontournable. Une « bataille » entre deux chefs, mis au défi de réaliser le même plat, anime l’après-midi devant le jury chargé de les départager.

Servir un vin, pas un numéro !

Les vins restent bien entendu les rois du week-end car le but est « moins de faire la foire, que de montrer davantage les vins ». Chaque exposant peut en sélectionner quinze au maximum, dont au moins un du dernier millésime. « Aujourd’hui, la tendance est nettement de mettre les grands crus en avant. Le programme les présente en détail. Parmi les cépages, le riesling est le mieux représenté. Les échantillons sont typés. Ils montrent de la minéralité et de la fraîcheur » note Francis. Les verres sont jaugés à 4 cl. La salle du parc ferme à 22 h 30 car l’objectif est clairement de faire la promotion des vins. « Le viticulteur est là pour rencontrer le public. Il veut lui parler de son métier. Lui servir un vin, pas le numéro que porte l’échantillon ! Nous avons adapté la manifestation à l’évolution de la société. La finalité est que les visiteurs se souviennent favorablement de ce qu’ils ont bu et mangé pour qu’ils retournent chez le viticulteur et/ou chez le restaurateur » insiste Francis.

Même en l’absence de statistique sur le nombre exact d’entrées, Francis est persuadé que « cette formule draine plus de monde qu’auparavant ». Environ deux tiers des participants habitent le secteur. « Certains habitués viennent chaque soir. Il est vrai que le rapport qualité/prix est imbattable » assure Francis. Depuis cinq ans, le syndicat équilibre son budget. « Hors de question de retourner dans le rouge ! Heureusement que nous pouvons compter sur le concours de plusieurs partenaires et celui en premier lieu de la ville de Ribeauvillé. L’expérience nous permet d’une part d’être de plus en plus rigoureux dans l’organisation et d’autre part de bien gérer les achats ». Le bénéfice qui subsiste est réinvesti dans le matériel. Chaque édition est suivie de deux réunions bilan, l’une avec les viticulteurs et les métiers de la bouche, l’autre avec la commission de préparation qui s’attelle à la tâche dès février/mars.

 

Stratégie

« Klevener et chambres d’hôtes font bon ménage »

Vigne

Publié le 07/06/2018

Le père de Charles Boch s’appelait Albert. Il fut conseiller viticole et directeur régional de l’Inao jusqu’en 1977. Charles avait donc de qui tenir. Mais seulement soixante ares de vignes familiales. En s’asseyant sur les bancs du lycée de Rouffach, Charles se destine donc d’abord à embrasser une carrière de chef de culture. Il se retrouve caviste dans une coopérative et chef de cave chez un négociant avant de bifurquer du jour au lendemain vers le contrôle qualité et la responsabilité de la filtration chez un brasseur. « J’occupais le poste depuis neuf ans quand mon employeur a proposé un généreux départ aidé. C’était ma chance. Je l’ai saisie pour faire ce que je voulais faire depuis toujours » raconte Charles. Nous sommes en 1986 et Charles peut agrandir et aménager sa maison d’habitation. Les coups de pouce du destin ne vont pas s’arrêter là. Charles a l’occasion de reprendre les vignes d’un oncle et d’un ami de la famille. Il réalise sa première mise en plein air et construit une cave en 1992. Alexandre, son fils, le rejoint en 2010 après un bac pro et un BTS commercial. Il s’installe en 2013.

Père et fils partagent la même philosophie pour conduire leurs vignes enherbées un rang sur deux non alterné. Ils taillent dix yeux sur deux baguettes en visant un rendement entre 60 et 80 hl/ha. Cela leur a réussi en 2017 (65 hl) et en 2016 (80 hl), moins en 2015 (50 hl). Le cavaillon est désherbé chimiquement en attendant de passer au mécanique, sans doute en 2020. « Nous suivons beaucoup ce qui se passe dans le vignoble allemand. Les disques caoutchouc en étoiles ont actuellement notre faveur » s’accordent Charles et Alexandre. Ils ébourgeonnent à la main, palissent 40 % de leur surface à la machine et le solde grâce à des fils releveurs. Ils utilisent des pénétrants pour leurs deux premiers traitements avant de passer au cuivre et au soufre. Ils laissent récolter mécaniquement un tiers de leurs vignes. La vinification est au premier chef l’affaire de Charles. Il dispose pour cela d’une cuverie tout inox de 12 à 62 hl qui représente un bon millier d’hectolitres de capacité cumulée. Il s’est doté d’un groupe froid en 2015. « En refroidissant les moûts à 11° et en contrôlant les fermentations entre 18 et 22°, j’ai réduit les intrants. Je n’enzyme plus. Je levure 30 % de mes cuvées à 15 g/hl » indique Charles. Il soutire pour Noël.

Créer du lien avec les relais commerciaux

« Je produis les vins fruités que mes clients apprécient depuis toujours » résume Charles. Il les présente aux concours où ils décrochent régulièrement des médailles d’or. Elles sont une « satisfaction personnelle ». Charles a fait du klevener son cheval de bataille. Ce « huitième cépage d’Alsace » selon son expression, pèse la moitié de la vente en bouteilles. Charles en a quatre sur sa carte, du sec au vin issu de raisins surmaturés en passant par un « authentique » et un « vieilles vignes ». Cependant, « c’est un cépage qui reste méconnu. Je dois beaucoup en parler, l’expliquer au client, avant de pouvoir le vendre » dit-il. En démarrant, Charles n’a pas eu à aller chercher le client. Il l’a trouvé dans les cinq, puis huit chambres d’hôtes trois épis tenues par sa mère. « Plus de 20 000 bouteilles sont parties par ce canal en quelques mois. Elles ont permis de créer une base de clientèle en France. Certains groupent aujourd’hui des commandes de 2 000 bouteilles, mais aussi jusqu’à 6 000. D’autres m’ont fait prendre pied en Belgique. Je présente dorénavant mes vins dans un château. En trois jours, j’écoule 3 000 bouteilles » raconte Charles. Il crée du lien avec ces relais qui sont bien souvent devenus « des amis ». Il les commissionne, les invite gratuitement à passer un séjour en Alsace, leur sert un copieux petit-déjeuner, partage une choucroute avec eux.

Charles n’a qu’une confiance limitée dans la prestation assurée par les transporteurs. Il s’occupe lui-même de la distribution dans tous les coins de l’hexagone. Il fait livrer la commande en un point central avant d’aller sur place pendant une semaine complète pour la répartir. Il augmente ses tarifs avec prudence et irrégulièrement de dix ou vingt cents maximum. « Un client peut se payer un carton à moins de 30 €. C’est peu. Mais nous n’avons pas une clientèle pour vendre des vins cher » se justifie-t-il. Le domaine a cependant les moyens d’investir. En 2016, il a construit une cave bouteilles moderne et fonctionnelle. Elle offre la possibilité d’être surmontée par un caveau qui prendrait le relais de l’actuel aménagé dans un ancien garage à voiture. Cette décision appartient à Alexandre. Dans l’immédiat, il faudra plutôt songer à renouveler un tracteur et à s’équiper de matériel de désherbage mécanique.

Technique

« L’esprit tranquille grâce à la confusion sexuelle »

Vigne

Publié le 24/05/2018

Autour de Voegtlinshoffen, le protocole de lutte contre eudémis et cochylis par confusion sexuelle obéit à une stratégie rodée depuis des années. Les deux dates de pose sont définies en mars après discussion avec Ampélys, le fournisseur des diffuseurs. C’est également ce dernier qui prévient par courriel ou courrier la centaine de viticulteurs, salariés, vendangeurs ou bénévoles, mobilisés cette année les matinées du 11 et du 18 avril pour couvrir les parcelles répertoriées sur une carte. Le vignoble est divisé en six secteurs constitués sur la base des chemins et des routes. Chaque zone est supervisée par un responsable dont la seule mission est de surveiller et de diriger la manœuvre d’une équipe de quinze à vingt personnes placées sous sa direction. « Il arrive qu’il constitue des sous-groupes pour tenir compte de données objectives du terrain comme des tournières, la longueur des rangs, les chemins » détaille Marcel Immelé, président du syndicat viticole du Hatschbourg.

Dans les vignes en bordure de la zone confusée, celles qui encaissent les vents dominants en premier et celles bordant les surfaces englobées des quelques exploitants qui ne participent pas à l’opération, les diffuseurs sont accrochés tous les cinq pieds, un rang sur deux ou un rang sur trois selon que l’écartement est supérieur ou inférieur à 1,80 m. Cela équivaut à une densité de 500 diffuseurs/ha, voire un peu plus quand l’emplacement en première ligne ou le cépage (notamment pinots gris et noir) justifie le doublement du nombre de diffuseurs. Elle est ramenée à 350 au cœur des grands blocs confusés. « Retrouver et contacter les propriétaires et les exploitants de toutes les parcelles a constitué un gros travail. Nous organiser a été un autre défi. Il faut des cartes. Nous avons mis cinq ans avant de bien trouver nos marques » souligne Marcel. Il y a dix ans, le syndicat a fait le choix de passer des Rak 1+2 aux Isonet 1+2. « Question de coût » indique Marc Immelé, le fils de Marcel. « La concurrence a joué. Il n’y a pratiquement plus aujourd’hui de différence de prix entre les deux produits » commente Francis Weber, agent relation cultures chez Ampélys.

Un confort de travail

« La confusion sexuelle est acquise. Chaque année, la question de son engagement est posée à chaque viticulteur. Aucun ne songe à revenir en arrière. Parce que ça marche. Le suivi des vols par des pièges le prouve » analysent Marcel et Marc. À leurs yeux, ce traitement les place mieux qu’un insecticide classique face au risque. « L’efficacité de cette solution est supérieure » affirme pour sa part Francis Weber. D’autres arguments jouent aussi. « Nous posons au printemps. Et nous ne nous en occupons plus. C’est une tranquillité d’esprit et un confort de travail, d’autant que la réglementation n’autorise plus le mélange de l’insecticide avec une autre matière active. Il y a un passage de moins avec du matériel. On ne manipule plus de produit. En choisissant l’insecticide, il ne faut pas se louper sur son positionnement. À un moment où la pression environnementale se renforce, il est bon de pouvoir communiquer à propos d’un traitement qui ne laisse aucun résidu. L’image de la viticulture en profite » énumèrent Marcel et Marc.

La confusion n’a pas encore convaincu tout le monde. Son coût est souvent cité comme étant le principal frein à son développement. L’écart brut entre les deux techniques se chiffre à une centaine d’euros/ha. Le syndicat de Hatschbourg effectue une commande groupée et mutualise la facture. « Plus la zone est étendue, plus il est possible de jouer sur le nombre de diffuseurs/ha et donc de contrôler le coût final » estime Marc. Pour chaque membre du syndicat, la protection 2018 revient à 140 €/ha/HT quelle que soit la densité mise en place et sans autres débours. Un traitement insecticide correspond à un coût d’environ 40 €/ha auquel il convient d’ajouter le coût du temps passé, le carburant consommé et l’amortissement du matériel. « En fin de compte, la différence est minime » insiste Marc. Marcel évalue pour sa part entre 20 et 30 ha la zone supplémentaire qui peut se rattacher au bloc existant. « La difficulté est que plus la surface augmente, plus on touche des viticulteurs venant d’autres communes qui exploitent des parcelles isolées. Cela complique l’organisation de la pose. Ce sera le cas tant que la confusion sexuelle ne soit partout la règle ».

 

Stratégie

Traire moins pour économiser de la main-d’œuvre

Élevage

Publié le 24/05/2018

Quelques positions bien tranchées font que Félix (appelons-le ainsi) préfère se raconter de manière anonyme. La cinquantaine, c’est un éleveur passionné qui n’accepte pas que l’élevage et les éleveurs soient sans cesse, et de plus en plus fréquemment, cloués au pilori. « Cette ambiance me pèse. J’ai l’impression d’assister à un lynchage médiatique permanent. Il n’y a pas une semaine qui se passe sans une émission télévisée qui envoie une volée de bois vert à l’agriculture conventionnelle. Cette année, quand j’ai procédé à mon troisième apport d’azote pour avoir de la protéine à la moisson de mon blé, des automobilistes m’ont klaxonné, voire pire. Je fais des efforts qui ne sont pas reconnus. C’est décourageant. L’idée de tout plaquer m’a déjà traversé l’esprit. On veut plus de bio, mais ça me laisse perplexe. La société sait-elle quelle est la somme de travail supplémentaire que cela cache ? Je me vois mal en faire. Je suis en conventionnel et déjà juste en main-d’œuvre. Et si c’est pour vendre en grandes surfaces à des prix toujours plus bas, cela ne m’intéresse pas davantage ».

Félix se qualifie aujourd’hui « d’éleveur désabusé ». Il estime n’avoir rien à se reprocher. Il s’installe d’abord en Gaec, avec ses parents. Le manque de foncier lui fait choisir le lait. Les transferts de volumes autorisés à l’époque facilitent le développement d’un bel atelier. Notre homme est curieux. Avant de faire ses choix, il multiplie les visites d’élevage, discute beaucoup avec des collègues, lit des revues professionnelles. Il agrandit les bâtiments en quatre étapes. Salle de traite en épi comprise, la dépense globale tourne autour des 150 000 €. « Ce n’est pas exagéré » commente-t-il. Félix investit aussi dans la génétique. « J’ai toujours voulu des vaches de grand format ayant de bonnes capacités d’ingestion. Elles font de 2,5 à 2,6 veaux en moyenne. C’est assez peu. Mais je souhaite des animaux avec le moins de défauts possibles » dit-il. Pour avoir suffisamment de temps pour gérer son troupeau, Félix fait élever ses génisses par un collègue et délègue tous ses chantiers de récolte. Il fait faire un bond à sa productivité l’année où il s’équipe d’une remorque mélangeuse afin de préparer une ration comportant, outre les fourrages de base, des pulpes de betteraves, du corn ou du wheat feed. Le troupeau bénéficie d’un suivi pointu. Un nutritionniste calcule les rations en fonction des résultats des prises de sang, des analyses glycémiques et de fourrages de l’exploitation. Un kilo de correcteur pour trois litres de lait est distribué au DAC avec un maximum de 4 kg.

Une marge de manœuvre de 32 000 €

« J’ai toujours visé la performance » avoue Félix. « Dans mon cas, le lait est une activité rentable. Il m’a donné du revenu. Mais au fil des ans j’ai été obligé d’augmenter ma production et ma charge de travail alors que le tarif du litre n’a quasiment pas bougé depuis trente ans. Je suis arrivé à un point où ce prix ne suffit plus pour assurer le salaire supplémentaire de la personne qui m’aide ». Félix a donc décidé de changer de rythme. Il va réduire son nombre de vaches en 2019. « L’absence de perspectives, la recrudescence des critiques et des contraintes environnementales ne me laissent pas d’autres choix. Je pense que d’ici quatre à cinq ans, l’agriculture sera confrontée à une réorientation qui sera terrible. Ma grande crainte, c’est qu’on oriente la production laitière vers le tout herbe. Comment je pourrais faire ? Il en faut des hectares d’herbe pour remplacer un hectare de maïs. Le foncier est l’objet d’une concurrence féroce. Que voulez-vous faire quand des agriculteurs refusent des échanges que le simple bon sens commanderait d’accepter ? Je peux me permettre de traire moins de lait. Mes dernières annuités de 20 000 € tombent en ce moment. En travaillant seul, j’économise 12 000 € de salaires. Cela me donne une marge de manœuvre de 32 000 €. Je pourrais enfin penser à prendre du temps pour ma famille et avoir un peu plus de vie sociale ».

Le fils de Félix poursuit des études non agricoles. L’éleveur n’a donc pas de successeur en vue. Depuis plusieurs années, il limite ses investissements, notamment dans le matériel. Ses dernières acquisitions, en individuel et en copropriété, permettent de gagner du temps en intervenant vite et elles pourraient sans doute faire l’affaire jusqu’à la retraite. Si d’aventure quelqu’un se manifestait pour reprendre la ferme, Félix « ne le découragerait pas », mais « ne l’encouragerait pas non plus ». Il réinvestirait pour transmettre un outil viable. Mais surtout, il conseillerait d’abord au candidat « d’aller voir ce qui se passe ailleurs » là où il a été décidé « d’investir dans l’agriculture plutôt que de vouloir la freiner ».

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