Travaux pratiques avec les Wimeklas
Vigne
Publié le 17/05/2018
Ils sont grands amateurs de vins, se côtoient fréquemment dans la vie de tous les jours et le troisième mercredi du mois est toujours une date qu’ils se réservent. C’est ce jour-là que les « Wimeklas » (1) se retrouvent, soit chez un viticulteur, soit chez l’un des membres, voire dans une salle communale. Ce soir, c’est dans un restaurant de Turckheim que cela se passe. Une table a été dressée à l’étage. À chaque place, deux verres jaugés à 4 cl, propriété de l’association, et un accès à l’indispensable crachoir. « C’est une nécessité pour tenir la distance » signale sobrement à propos de l’objet Jean-Louis Frueh, membre fondateur de l’association qu’il préside maintenant depuis quatre ans. Quand ils se déplacent, les trois chauffeurs désignés ne dégustent pas. Au menu de cette séance, il n’y a pas moins de neuf blancs et huit rouges du Languedoc ! Ils proviennent de six domaines qui ont la particularité d’avoir investi dans « Abbayes et châteaux », une structure commerciale commune. Laurent Moinet, son responsable, s’est déplacé. Il laisse quelques instants pour une dégustation à l’aveugle avant de présenter chaque vin et de donner son prix de vente. « Il est rare que nous fassions appel à un intervenant extérieur. Le plus souvent, c’est un membre du club qui déguste une cave, achète les vins et les commente pour ses collègues » précise Jean-Louis.
Les Wimeklas profitent de leur assemblée générale pour décider du programme des réjouissances de l’année à venir et du responsable qui prend chaque soirée en charge. Ils n’ont pas de tabou. « Nous apprécions les vins de France et du monde entier » souligne Christian Martin, le trésorier historique du club. « Nous buvons des vins vendus 6, 8 ou 15 € comme des crus réputés s’il se présente l’opportunité d’acquérir un château Petrus ou un Romanée-Conti aux frais de l’association ». Une dégustation peut prendre la forme de la découverte d’un vignoble, d’une verticale de châteaux bordelais, d’un comparatif entre Champagne et crémant d’Alsace. « Au bout de trois échantillons, chacun identifiait sans problème les crémants. Ils se défendent contre un Champagne moyen, mais ils ne parviennent pas encore à rivaliser avec les très grands Champagne » estime Jean-Louis. La règle veut aussi que les crus les plus prestigieux figurent toujours au programme des deux dernières séances de l’année. Les Wimeklas annotent soigneusement leur fiche de dégustation. Les trois meilleurs vins qu’ils désignent à la fin de chaque soirée sont repris dans leur classement annuel. Jean-Louis ne se souvient plus du vainqueur toutes catégories 2017. « Il y a tellement de bons vins en France et pas seulement dans le Bordelais ou en Bourgogne » s’excuse-t-il.
Deux soirées d’Alsace par an
Les vins d’Alsace sont au centre de deux dégustations par an, exceptionnellement trois. « Tous les membres habitent autour de Colmar. Il leur est facile de déguster par eux-mêmes. Et puis nous ne souhaitons pas nous limiter à notre région » explique Jean-Louis. Quand ils s’y mettent, les Wimeklas dégustent surtout des rieslings ou des grands crus obligatoirement âgés de plus de cinq ans afin que « le sucre soit déjà assimilé », parfois des gewurztraminers, des pinots gris, des vendanges tardives. Ils ont aussi déjà acheté des vins allemands pour les confronter à la production régionale. « Depuis qu’on les déguste, la moyenne générale des Alsace a progressé. Mais les grands crus ne sont pas encore tellement au-dessus du lot. L’écart entre un grand cru de Bourgogne et un Bourgogne ordinaire est plus flagrant » avance Jean-Louis.
Retour aux Coteaux du Languedoc, Minervois, Cabardès, Corbières, Fitou, Pic Saint-Loup et autres Faugères. L’ambiance est conviviale. Entre le boulanger et le traiteur, le viticulteur et le fonctionnaire à la retraite, on plaisante volontiers. Mais le sérieux revient au galop quand il s’agit de porter une appréciation. Les notes sur 100 des blancs ne crèvent pas les plafonds. « Trop habitués aux Alsace ? » s’interroge Jean-Louis. Les rouges accrochent davantage. La qualité de l’un ou l’autre vin nature étonne. Cela donne l’idée aux Wimeklas de prospecter ce type de vins en Alsace en 2019 dans le but d’en trouver « quinze acceptables » à faire figurer au programme d’une soirée. Mais pour fêter les trente ans du club, ils rêvent d’une descente de Mouton Rothschild d’avant 2000 répartis sur vingt ans. En deux bonnes heures, les dix-sept vins ont été passés en revue et chacun s’est commandé une pizza. Les fonds de bouteille accompagnent. Et s’il n’en restait pas assez ? « Il y a toujours deux bouteilles en réserve ! » glissent malicieusement Christian et Jean-Louis !












