Auteur

Christophe Reibel

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Travaux pratiques avec les Wimeklas

Vigne

Publié le 17/05/2018

Ils sont grands amateurs de vins, se côtoient fréquemment dans la vie de tous les jours et le troisième mercredi du mois est toujours une date qu’ils se réservent. C’est ce jour-là que les « Wimeklas » (1) se retrouvent, soit chez un viticulteur, soit chez l’un des membres, voire dans une salle communale. Ce soir, c’est dans un restaurant de Turckheim que cela se passe. Une table a été dressée à l’étage. À chaque place, deux verres jaugés à 4 cl, propriété de l’association, et un accès à l’indispensable crachoir. « C’est une nécessité pour tenir la distance » signale sobrement à propos de l’objet Jean-Louis Frueh, membre fondateur de l’association qu’il préside maintenant depuis quatre ans. Quand ils se déplacent, les trois chauffeurs désignés ne dégustent pas. Au menu de cette séance, il n’y a pas moins de neuf blancs et huit rouges du Languedoc ! Ils proviennent de six domaines qui ont la particularité d’avoir investi dans « Abbayes et châteaux », une structure commerciale commune. Laurent Moinet, son responsable, s’est déplacé. Il laisse quelques instants pour une dégustation à l’aveugle avant de présenter chaque vin et de donner son prix de vente. « Il est rare que nous fassions appel à un intervenant extérieur. Le plus souvent, c’est un membre du club qui déguste une cave, achète les vins et les commente pour ses collègues » précise Jean-Louis.

Les Wimeklas profitent de leur assemblée générale pour décider du programme des réjouissances de l’année à venir et du responsable qui prend chaque soirée en charge. Ils n’ont pas de tabou. « Nous apprécions les vins de France et du monde entier » souligne Christian Martin, le trésorier historique du club. « Nous buvons des vins vendus 6, 8 ou 15 € comme des crus réputés s’il se présente l’opportunité d’acquérir un château Petrus ou un Romanée-Conti aux frais de l’association ». Une dégustation peut prendre la forme de la découverte d’un vignoble, d’une verticale de châteaux bordelais, d’un comparatif entre Champagne et crémant d’Alsace. « Au bout de trois échantillons, chacun identifiait sans problème les crémants. Ils se défendent contre un Champagne moyen, mais ils ne parviennent pas encore à rivaliser avec les très grands Champagne » estime Jean-Louis. La règle veut aussi que les crus les plus prestigieux figurent toujours au programme des deux dernières séances de l’année. Les Wimeklas annotent soigneusement leur fiche de dégustation. Les trois meilleurs vins qu’ils désignent à la fin de chaque soirée sont repris dans leur classement annuel. Jean-Louis ne se souvient plus du vainqueur toutes catégories 2017. « Il y a tellement de bons vins en France et pas seulement dans le Bordelais ou en Bourgogne » s’excuse-t-il.

Deux soirées d’Alsace par an

Les vins d’Alsace sont au centre de deux dégustations par an, exceptionnellement trois. « Tous les membres habitent autour de Colmar. Il leur est facile de déguster par eux-mêmes. Et puis nous ne souhaitons pas nous limiter à notre région » explique Jean-Louis. Quand ils s’y mettent, les Wimeklas dégustent surtout des rieslings ou des grands crus obligatoirement âgés de plus de cinq ans afin que « le sucre soit déjà assimilé », parfois des gewurztraminers, des pinots gris, des vendanges tardives. Ils ont aussi déjà acheté des vins allemands pour les confronter à la production régionale. « Depuis qu’on les déguste, la moyenne générale des Alsace a progressé. Mais les grands crus ne sont pas encore tellement au-dessus du lot. L’écart entre un grand cru de Bourgogne et un Bourgogne ordinaire est plus flagrant » avance Jean-Louis.

Retour aux Coteaux du Languedoc, Minervois, Cabardès, Corbières, Fitou, Pic Saint-Loup et autres Faugères. L’ambiance est conviviale. Entre le boulanger et le traiteur, le viticulteur et le fonctionnaire à la retraite, on plaisante volontiers. Mais le sérieux revient au galop quand il s’agit de porter une appréciation. Les notes sur 100 des blancs ne crèvent pas les plafonds. « Trop habitués aux Alsace ? » s’interroge Jean-Louis. Les rouges accrochent davantage. La qualité de l’un ou l’autre vin nature étonne. Cela donne l’idée aux Wimeklas de prospecter ce type de vins en Alsace en 2019 dans le but d’en trouver « quinze acceptables » à faire figurer au programme d’une soirée. Mais pour fêter les trente ans du club, ils rêvent d’une descente de Mouton Rothschild d’avant 2000 répartis sur vingt ans. En deux bonnes heures, les dix-sept vins ont été passés en revue et chacun s’est commandé une pizza. Les fonds de bouteille accompagnent. Et s’il n’en restait pas assez ? « Il y a toujours deux bouteilles en réserve ! » glissent malicieusement Christian et Jean-Louis !

Stratégie

« À sept hectares, je suis dans l’équilibre »

Vigne

Publié le 10/05/2018

Jusqu’où peut mener le souhait de ne pas avoir de regrets ? La réponse que Brian Stoeffler a donnée en 2012 à cette question le conduit aujourd’hui à se retrouver à la tête d’un domaine créé en 1920. Avec sa formation en informatique et en télécommunications, il entame en 2005 une carrière dans la banque sans envisager un instant de reprendre l’exploitation de 6 ha de Gaby et Georges, ses parents. « J’avais fait un peu le tour de mon métier. Je connaissais la vigne. J’y ai toujours aidé. J’ai eu envie de changement, d’être fier d’un produit que j’élabore de A à Z » avoue-t-il. Brian opte dès lors pendant deux ans pour deux mi-temps, le premier chez son employeur, le second sur le domaine, ou plutôt au CFPPA de Rouffach où il complète son bagage viticole et s’initie à l’œnologie. Georges cède en octobre 2015, le mois de ses soixante ans, à ce fils unique les rênes d’une Eàrl de production et d’une Sàrl de vente créée en 1981 pour les achats et d’eaux-de-vie et surtout de crémant, impossible à produire dans une exploitation un peu à l’étroit dans le village.

Dès son arrivée, Brian réfléchit au passage en bio, mais remet sa décision à plus tard, faute de pouvoir suivre en main-d’œuvre et en temps de travail. Il enclenche néanmoins le processus de réduction des phytosanitaires. Il cesse les herbicides de prélevée et commence à passer l’interceps sur le cavaillon. Un quart de la surface est désormais désherbé de la sorte. Les trois ou quatre passages nécessaires dans l’année représentent la contribution bénévole de Georges à la bonne marche du domaine. Brian est tenté par une stratégie de protection uniquement basée sur le cuivre et le soufre, mais encadre toujours la fleur avec deux systémiques pour « se faciliter la vie et sécuriser sa récolte ». « Je suis seul ou presque. Si je choisis de traiter de manière plus légère, je n’arriverais pas à suivre la cadence à une période où les travaux se télescopent. Sans oublier que je dois continuer à être présent au caveau pour assurer la vente » justifie Brian. Il vise le rendement autorisé, ce qui ne lui a pas trop mal réussi ces trois dernières années où il a rentré entre 70 et 80 hl/ha. Il vendange mécaniquement environ la moitié de sa surface.

Rester sur les vins de cépage

Brian enzyme fréquemment ses moûts et les levure tous avant de les vinifier en foudres mais principalement en cuves inox. La fermentation classique de trois semaines est de règle, mais Brian n’empêche pas les vins qui le souhaitent de prendre davantage leur temps. « Je veux rester sur des vins de cépage » dit-il. Le début de sa gamme est sec avec par exemple un riesling à moins de 4 g/l de sucre restant. Pinot gris et gewurztraminer sont plus ronds. « J’en ai fait des secs. Je les vends. Certains clients sont agréablement surpris. Mais tous n’accrochent pas. Mes arbitrages doivent tenir compte de la demande » argumente le jeune viticulteur. Au cours de l’année, les cinq petits salons français et belges où il se retrouve unique représentant de vins d’Alsace sont pour lui le moyen de vendre bien entendu en direct, mais aussi d’attirer du monde au caveau situé dans une rue de Beblenheim à très faible passage. « J’accueille des groupes. J’initie à l’œnologie. Je fais voir mes vignes. Il faut que mes visiteurs repartent avec le sentiment d’avoir passé un bon moment, pas seulement d’avoir acheté du vin » glisse Brian. « C’est un moyen de fidéliser. Mais cela devient plus compliqué avec les jeunes générations qui commandent moins par cartons de six ».

Avec son expérience dans la banque, Brian s’est rapidement posé la question de la rentabilité. Il a renoncé à vendre à un restaurateur et a renégocié les tarifs consentis depuis des années à deux autres. Il a recalculé ses coûts avant d’augmenter en moyenne ses prix de 70 cents par col sur trois ans. Il n’a diminué ni son chiffre d’affaires, ni son nombre de bouteilles vendues. « À première vue je m’en sors financièrement mieux qu’auparavant. Mais ramené à l’heure de travail, c’est pire. Je suis loin du contrat de quarante heures » constate-t-il. C’est pourquoi, Brian commence à instaurer doucement des horaires d’ouverture du caveau afin de préserver plus de temps pour sa compagne et ses deux enfants. « Je souhaite toujours rester seul sur une exploitation à taille humaine. Je me suis fixé huit hectares au grand maximum. Au-delà, il faudrait investir en main d’œuvre, en cave, en moyens commerciaux. Alors qu’à sept hectares, je suis dans l’équilibre ».

Technique

Restaurer la flore des vignes

Vigne

Publié le 03/05/2018

« Il y a des pratiques viticoles qui font diminuer la biodiversité floristique du vignoble. La plante ressent les traitements et la fauche comme des stress au même titre que la disponibilité en eau ou des températures excessives. Les choix de semis ne sont pas anodins non plus. Le pire est d’implanter, ou une seule espèce, ou des mélanges à base de graminées gourmandes en eau, ou encore des espèces fleuries comme les zinnias ou les cosmos que l’on choisit parce qu’elles vont faire jolies à l’œil alors qu’elles ne sont pas inféodées au milieu ». Chantal Rabolin-Meinrad, ingénieur au département agronomie et environnement de l’Inra, a les preuves de ce qu’elle avance. Avec son équipe d’évaluation de la flore présente, elle a effectué des relevés depuis 2010 dans le vignoble. Elle a pu y observer le séneçon du Cap (Senecio inaequidens). Cette toute petite fleur jaune colonise l’espace en désorganisant complètement les communautés végétales en place. Elle n’offre surtout pas le gîte et le couvert aux auxiliaires et prédateurs qui vivent d’habitude dans ces parcelles en se nourrissant de pucerons ou de vers de la grappe.

La peur de ne pas parvenir à maîtriser leur flore pousse certains viticulteurs à revenir au labour, parfois de manière annuelle. Pour Chantal Rabolin-Meinrad, il faudrait plutôt penser à l’abandonner, au pire n’y avoir recours que tous les dix ans. « Le passage de la charrue perturbe le sol. Il produit à peu près le même effet qu’un herbicide. Il fait disparaître les plantes à bulbes. Il récrée un lit de semences et réveille les semences dormantes, notamment d’amarantes, de chénopodes et de mercuriales très gourmandes en eau. Il vaut mieux griffer le sol pour libérer les graines de nouvelles espèces » explique-t-elle. La fauche est une seconde pratique à appliquer avec discernement. « Les fauches rases et répétées sont à proscrire, principalement de mai à juin. La volonté de redynamiser la flore de son vignoble demande à ce que l’on laisse épier les espèces locales qu’on souhaite voir s’installer. Cela revient à décaler la première fauche en juillet. Dans tous les cas, il faut au moins conserver une dizaine de centimètres de végétation » poursuit Chantal Rabolin-Meinrad.

Semer des graines d’espèces locales

Comment favoriser le développement d’une communauté d’espèces peu concurrentielles pour la vigne ? Le principal levier qui peut être actionné est de semer des mélanges avec de fortes proportions d’espèces traçantes au chevelu racinaire éclaté comme le bleuet, le souci, la marguerite, le sainfoin, le coquelicot ou encore la luzerne lupuline qui contribue à fournir de l’azote. L’emploi de semences d’espèces locales et s’interdire tout insecticide est un plus. L’initiative du syndicat viticole de Ribeauvillé en fournit le premier exemple. En octobre 2017, ses adhérents ont commencé par travailler l’interrang libre et par y pratiquer deux faux-semis. Ils ont semé à 5 g/m² sur une surface de 7,5 ha un mélange de vingt espèces fleuries (70 % de la dose) et de cinq graminées (30 % de la dose). Elles ont été retenues en raison de leur intérêt pour le milieu et de leur faible concurrence pour l’eau et les éléments nutritifs. L’ensemble des graines d’origine avait été fourni par le Conservatoire des sites alsaciens (CSA). « Il faudra de trois à quatre ans d’observations pour confirmer que, comme l’équipe de l’Inra le pense, ce type de mélange n’a pas d’effet négatif » estime Chantal Rabolin-Meinrad. Un tel mélange est considéré adapté à un bassin-versant présentant une exposition solaire et des pentes similaires. Dans le cas de Ribeauvillé, cette zone homogène s’étend sur une trentaine de kilomètres pour des espèces similaires. Des corrections sont cependant susceptibles d’être apportées à la composition déjà citée en fonction des types de sol spécifiques aux différents terroirs de cette zone. Le cas du cavaillon n’est pas désespéré. De la petite luzerne (Medicago lupulina), la potentille rampante ou argentée, la piloselle peuvent constituer une communauté à prélèvements réduits. Une stratégie de buttage/débuttage avec un léger déplacement de la butte par des disques suffit à affaiblir ces plantes au moment où la vigne a ses plus gros besoins nutritifs, sans pour autant les empêcher de repartir après coup.

Une diversité floristique s’établit à partir de quarante espèces présentes sur 500 m² au centre d’une parcelle. Ce chiffre peut doubler dans les milieux les plus riches. Les facteurs qui influencent la densité de ces communautés de plantes ne tiennent pas uniquement dans l’espace restreint de la parcelle. « L’environnement d’une parcelle viticole est aussi important que la façon de travailler du viticulteur. Il est certain que la distance existant entre les ceps et d’autres éléments du paysage joue un rôle et l’étude en cours doit permettre de préciser l’impact de cet éloignement. La proximité d’une haie comportant des arbustes comme des cornouillers sanguins, des noisetiers, (voir sous http://haies-vives-alsace.org/), constitue un abri pour les abeilles sauvages et domestiques, les bourdons, les syrphes ou les lépidoptères qui interviennent dans la pollinisation des espèces fleuries. Planter une haie favorise le retour d’une parcelle à un équilibre général » note Chantal Rabolin-Meinrad.

 

Stratégie

En transition vers plus d’agronomie

Cultures

Publié le 26/04/2018

Soixante-huit hectares en 1984, quatre-vingt-neuf aujourd’hui. Entre ses débuts et aujourd’hui François Jung n’exploite en tout et pour tout que vingt-et-un hectares de plus. « La commune compte cinq agriculteurs à temps plein et plusieurs double-actifs. Les deux gravières situées sur le ban consomment chacune un hectare par an » explique-t-il. L’impossibilité d’accéder à du foncier supplémentaire a logiquement influencé ses choix. À commencer par le matériel. Depuis dix ans, François possède une moissonneuse-batteuse en copropriété avec trois collègues. « Avant, chacun avait la sienne. L’actuelle a été renouvelée il y a cinq ans. Elle récolte 320 ha. Les chantiers sont communs. Les coûts sont calculés à l’hectare. Pour la main-d’œuvre, nous considérons que la part de travail de chacun est équivalente ». La copropriété est encore de règle pour un vibroculteur, un combiné de semis de 4 m, une herse. « On ne peut plus acheter du matériel performant individuellement » remarque François qui regrette cependant que dans une autre époque son cousin et lui aient investi chacun séparément dans un séchoir à maïs.

François appuie également sur d’autres leviers. En 2010, il infléchit son assolement pour laisser une plus grande place au blé. « Je peux semer un engrais vert à dominante de trèfle et de phacélie pour une dizaine d’espèces au total. Je le conserve aussi longtemps que possible. Cette année, je l’ai broyé en février. Je passe ensuite les disques ou le déchaumeur avant de semer maïs ou betterave. Ce choix est très positif. C’est devenu ma tête de rotation. Depuis que le gel hivernal s’est fait plus rare, mes sols se travaillaient de plus en plus difficilement. En huit ans, j’ai obtenu une structure de sol plus soufflée. La vie microbienne a repris » constate François. La prochaine étape pourrait être le semis direct, à tout le moins une technique simplifiée. « Je suis en phase de transition. Je ne laboure plus depuis cinq ans. À la place j’utilise une charrue déchaumeuse qui se contente de travailler à 15 cm. Mes terres sont plus homogènes ».

Prudence avec le marché à terme

L’objectif de François est d’insister sur l’agronomie afin de diminuer sa fumure de fond dans l’immédiat et l’engrais azoté à terme. Actuellement il mise à l’hectare sur 70 P, 80 K et 200 pour 130 q de maïs grain, 60 P, 60 K et 170 N pour 90 q de blé, 120 P, 240 K et 150 N pour 90 t de betteraves. Il espère pouvoir réduire ces doses d’ici cinq ans. « Quand je me suis installé, l’engrais devait servir à alimenter la plante. Aujourd’hui il doit me permettre de nourrir mon sol » commente François. Quand il traite, il baisse automatiquement sa dose d’un tiers. Il faut dire qu’il met à profit les enseignements qu’il a tirés d’un stage bas volume auquel il a participé en 2007. Aujourd’hui, il passe trois herbicides sur maïs et quatre sur betteraves. Il bine si les conditions de l’année l’autorisent. Il utilise deux fongicides sur blé, trois sur betteraves notamment pour contenir la cercosporiose.

« Le bio m’interpelle. Il me faudrait quatre à cinq ans de transition. Mais je ne suis pas économiquement prêt » poursuit François. « Ces dernières années n’ont pas été bonnes. En 2014, 2015 et 2016, j’ai juste pu payer mes charges. C’est mon épouse, qui travaille à l’extérieur, qui fait vivre ma famille. Pas moi. À l’avenir, je m’attends à ne faire aucun bénéfice une année sur deux ». François n’a aucune influence sur le prix de la betterave, mais « 25 €/t, c’est le seuil à partir duquel on peut basculer en maïs ». Il essaye de tirer son épingle du jeu dans la vente de ses céréales. Il écoule généralement ses 600 t de maïs en stock en trois fois en fonction de ses besoins en trésorerie. Il consulte quotidiennement les cours en ligne. Il a suivi une formation pour se positionner sur le marché à terme en blé, mais refuse pour l’instant de s’y engager. « Cela demande un important suivi. C’est une nouvelle activité » estime-t-il. Alors il se contente du prix payé par l’organisme stockeur auquel il livre. Dans ces conditions, il ne se voit pas investir lourdement, par exemple dans un nouvel atelier ou dans un tracteur de tête. Dans les dix ans qui le séparent de la retraite, l’objectif de François est plutôt de limiter son nombre d’heures de travail en « diminuant le nombre de passages et en ne visant pas partout le rendement maximum ». « Installer un jeune sera délicat » juge-t-il. « Le revenu n’est plus suffisant. L’orientation actuelle de la politique européenne laisse seulement à une exploitation comme la mienne le choix de devenir une très grosse structure ou de passer à la double-activité ».

 

Commerce

De grands vins pour servir l’image des Alsace

Vigne

Publié le 26/04/2018

Les dix places de chacune des cinq tables dressées sous le tableau où le légendaire Ami Fritz est lui-même attablé, sont occupées. Les vins de la soirée, débouchés pour une dégustation de sécurité, attendent dans de grands seaux remplis de glaçons. Marie-Paule Sturm-Gilardoni, secrétaire générale du Groupement des producteurs-négociants du vignoble alsacien (GPNVA), accueille les convives. Joël Spiess enchaîne. La consigne est d’être succinct et surtout pas « trop technique ». Il a cinq minutes pour se présenter, lui, la maison Jean Hauller de Dambach-la-Ville qu’il dirige, et le crémant haut de gamme Le Quatre qu’il produit et qui est servi ce soir-là en guise d’apéritif. « Quatre ans d’élevage pour un effervescent, c’est particulier » lance avec une moue admirative vers son épouse l’un des convives assis en tête de l’une des tablées. Patrick Fritz, le chef de l’Ami Fritz, intervient à la suite pour détailler les plats. Pascal Leonetti, ex-sommelier désormais reconverti dans le conseil en vins, anime la soirée. Il est le dernier de ce trio qui se succédera avant chaque service tout au long des presque trois heures que va durer ce dîner. Il promet à chacun qu’il va « découvrir le vin d’Alsace sous un profil qu’il ne connaissait pas ».

Le premier plat arrive. L’escalope de saumon à la crème de ciboulette est associée à un muscat 2016 que la maison Klipfel fait naître au clos Zisser dans le Kirchberg de Barr et à un riesling Kaefferkopf 2012 de la maison Kuehn d’Ammerschwihr. Ce mariage ne doit rien au hasard. Mandaté par le groupement, Pascal Leonetti a travaillé bien en amont de la soirée. Il a commencé par le choix des vins. Il a visité les trente-deux adhérents du GPNVA pour goûter leur production. « Toute la cave lui était ouverte. J’ai aussi proposé des vins. Il se projetait déjà dans les accords » raconte Olivier Raffin, gérant de la maison Kuentz-Bas à Husseren-les-Châteaux. « J’ai ma liste de tables réputées pour leur cuisine et leur carte des vins. Je retiens des bouteilles. Je suggère au chef les ingrédients qui vont avec et je lui laisse carte blanche pour créer le plat » explique Pascal. Un dîner test avec les producteurs négociants précède chaque jour J afin de décider d’éventuels ajustements. « L’objectif est d’obtenir des accords d’un haut niveau de réussite sur la base du profil d’un vin, de son équilibre, de sa définition minérale, sans oublier de tenir compte de la saisonnalité des produits » poursuit-il. Au-delà, il entend « montrer l’extrême diversité des Alsace et en jouer pour prouver leur grandeur ».

Un dîner par mois, dix par an

Entre producteurs et participants les discussions vont bon train. Elles abordent les grands crus, les cépages, les techniques de production de la vigne et du vin. Deux pinots gris, l’un né dans le Kirchberg en 2008, l’autre dans l’Eichberg en 2007, illustrent le prochain accord avec un mignon de porc laqué au miel et sa polenta crémeuse. « Vins et cuisine sont complémentaires. Les participants à de tels dîners dégustent des choses un peu hors normes. Tant mieux si ça peut faire découvrir et amener de nouveaux clients aux uns comme aux autres » commente Patrick Fritz. Marc acquiesce. Ce Strasbourgeois amateur de vins est un peu tombé sur la soirée « par hasard » en surfant sur la toile. De savoir qu’il y aurait des professionnels l’a « intéressé ». « Lors d’une visite de cave, je ne vois pas une pareille concentration de spécialistes. C’est une belle soirée conviviale qui m’a permis d’approfondir mes connaissances » dit-il. Assise à côté de son mari, Virginie goûte elle aussi ce moment. « Les producteurs viennent parler de leurs vins. Ils s’impliquent. Cela donne envie d’aller les voir chez eux » juge-t-elle. Le couple est déjà inscrit pour la prochaine soirée, début mai, à Barr.

« Ces dîners ont adopté un rythme mensuel (1) depuis janvier dernier pour satisfaire l’engouement du public. Ce n’est pas le succès lui-même que sa rapidité qui est étonnante. Les gens sont curieux. La diversité des vins surprend. Chaque soirée fait le plein. Le GPNA les annonce sur les réseaux sociaux. Mais le bouche-à-oreille joue à fond. Certaines personnes reviennent. L’effet d’aubaine n’est pas à exclure, mais l’essentiel est que cela serve l’image des vins d’Alsace et celle des producteurs-négociants » commente Marie-Paule Sturm-Gilardoni avant le service d’un comté et d’un Bertschwiller accompagnés d’un riesling Pfersigberg 2001 et d’un auxerrois 2015 légèrement passé en fût de chêne. Les retombées sont difficiles à estimer, mais à table ce soir-là, des cartes de visite s’échangent. Un gewurztraminer sélection de grains nobles 2011 servi sur un tatin de mangue assure le bouquet final. La brigade de cuisine et l’équipe de salle se font applaudir à tout rompre. Des sourires éclairent tous les visages. La mission de promotion des vins d’Alsace associés à la gastronomie régionale est une nouvelle fois accomplie. La prochaine étape sera vraisemblablement de décliner dès l’an prochain la formule à Paris, Lyon ou ailleurs.

Magazine

« Un président de syndicat doit être un communicant »

Vigne

Publié le 19/04/2018

Fixer rendez-vous aux ateliers municipaux pour se rencontrer peut paraître curieux. Mais Maximilien Zaepffel ne s’est pas trompé. Ce vendredi 13 avril est une date importante dans le calendrier des membres du syndicat viticole de Dambach-la-Ville. « C’est la matinée que les viticulteurs de la commune consacrent chaque année à la réfection et à l’aménagement des chemins dans le vignoble. Son principe est que la commune paye les matériaux et que nous fournissons la main-d’œuvre » résume Maximilien. Une cinquantaine d’hommes a mis la main à la pâte à partir de 7 h 30 pour manier au bas mot au moins 400 t de concassé. Une quarantaine reste au repas. La tablée occupe toute la largeur de l’atelier. « Toutes les générations sont là, les anciens comme les jeunes » se félicite Maximilien. « La journée ne doit pas seulement être un moment de travail. La convivialité est absolument nécessaire. C’est elle qui nous cimente. Qui fait vivre le syndicat. Alors, j’y tiens ! ».

Maximilien se sent parfaitement à l’aise dans son rôle. Il se rappelle pourtant qu’il n’était pas chaud pour devenir président. Il commence par refuser le poste que Didier Pettermann, son prédécesseur, lui voyait bien occuper. « Je craignais la charge de travail et j’avais peur d’échouer » confie Maximilien. Mais il n’est pas non plus homme à avoir froid aux yeux. « Jusqu’à présent, j’ai mené toute ma carrière professionnelle par rapport à des défis. C’en était un de plus avec pour premier enjeu l’objectif de pouvoir continuer à fédérer ». Le contexte donne à Maximilien l’occasion de s’y exercer dès son entrée en fonction. À peine plus âgés, Julien Frey et Maxime Woerly étaient candidats comme lui. Ils sont désormais ses deux vice-présidents. L’un est chargé de la valorisation des événements festifs de la commune, l’autre suit le projet d’aménagement d’une aire collective de remplissage et de lavage des pulvérisateurs qui réunit pour l’heure trente-quatre parties prenantes. « Cela fonctionne très bien entre nous » signale Maxime. Maximilien lui renvoie la balle : « j’ai une équipe extraordinaire. Chacun a son domaine de compétence. Je suis au courant de tous les dossiers, mais je ne m’y immisce pas tant qu’il n’y en a pas besoin. Nous nous tenons informés quasi quotidiennement les uns, les autres, par SMS, courriels ou téléphone, même si c’est parfois pour pas grand-chose. Le comité de quinze personnes se réunit une fois par mois pendant plusieurs heures. C’est l’occasion de mettre l’ensemble des choses à plat ».

Un rythme soutenu

Maximilien a des journées bien remplies entre son épouse et ses deux enfants, son exploitation, une charge de conseiller municipal depuis 2001, son engagement syndical à Dambach et comme représentant des vendeurs de raisin au conseil d’administration de l’Ava. Malgré cela, il trouve encore le moyen de rendre service. « Il a sans problème pris du temps pour m’expliquer les subtilités de Vitiplantation. Je ne lui en demandais pas autant. Une telle aide, ça n’a pas de prix » signale Eric, l’un de ses collègues. Ce rythme soutenu ne dérange pas Maximilien. « C’est même un peu un besoin. La pression constante m’évite de m’ennuyer » glisse-t-il. « J’ai travaillé dans des entreprises dont les dirigeants étaient très dynamiques, fonceurs. Si je dois retenir quelque chose de ce que j’ai appris à leur contact, c’est la volonté d’avancer et d’évoluer ». Pour Olivier, qui le côtoie en tant que secrétaire du syndicat, il est clair que Maximilien « c’est de la dynamite ! ». Sa jeunesse est un avantage dans un contexte où la communication tient un rôle majeur. « Un président de syndicat doit aujourd’hui être un communicant » rebondit Maximilien. « Le facteur humain prend de plus en plus de place. L’échange est devenu primordial. C’est particulièrement le cas pour tout ce qui touche aux traitements de la vigne et à l’environnement. Ce sont des sujets très sensibles. Je suis le référent pour ces questions. Il y va de l’image de la viticulture en général comme de celle des viticulteurs de la commune. L’implantation de nichoirs à oiseaux, d’arbres fruitiers et de haies doit aller de soi ».

L’ambition de Maximilien est d’amener « sa pierre à l’édifice » commun, vers, par exemple, la reconnaissance, d’un premier « premier cru » à Dambach. Mais être « président à vie » ou enchaîner mandat sur mandat n’entre pas dans ses plans. « Un président n’est que de passage » estime-t-il. « Les générations se suivent et ne se ressemblent pas. La société évolue tellement vite qu’il faut laisser la place sans s’accrocher. Je me vois très bien mettre le pied à l’étrier à mon successeur et faire profiter de mon expérience un futur président ». Alors Maximilien sera probablement candidat en janvier 2020 pour un deuxième mandat de trois ans. Pour après, rien n’est écrit.

Stratégie

« Nous voulons continuer à être authentiques »

Vigne

Publié le 11/04/2018

À trois ans et huit mois, Tilda-Maxine et Rose-Madelief n’ont pas encore conscience qu’elles ont déjà joué un rôle décisif dans la trajectoire du domaine Moritz. Leur naissance a donné du souffle à Marie-Agnès et à Claude Moritz, leurs grands-parents, pour transmettre l’exploitation, et de l’énergie à Caroline et Jelmer Witkamp, leurs parents, pour reprendre ce flambeau. Ce dernier, chef de projet numérique à l’origine, rejoint ses beaux-parents en 2015 et termine sa formation viticole l’an passé. Caroline vient de mettre un terme à sa carrière d’éducatrice pour revenir à son tour. Marie-Agnès et Claude sont ravis. Ils n’ont jamais voulu qu’un trait soit d’un coup tiré sur l’histoire d’un domaine issu de la réunion en 1979 des 8 ha de vignes de leurs parents répartis sur Andlau et Blienschwiller. Et tant mieux si cette saga se poursuit dans le cadre familial. « Démembrer aurait été la pire des choses. Ce domaine a un nom, une histoire. Il a coûté des privations et des efforts, notamment pour défricher et planter le Kastelberg, mettre en valeur le Rebbuhl, situé dans le prolongement du grand cru. Ce terroir granitique est une marmite. Il est exposé au soleil de l’aube au crépuscule et il est abrité du vent. Il fait l’objet d’une demande de classement en premier cru ».

Claude est attaché à ces terroirs. Il les a toujours mis en avant sur la carte. Il s’en est occupé de manière raisonnée, d’abord avec un salarié, maintenant avec Jelmer. Les deux hommes taillent sur deux baguettes courtes et depuis 2017selon les principes de la taille Poussard dans l’espoir de freiner la mortalité de leurs ceps. Ils soignent particulièrement leurs grands crus. Ils sont parfois obligés d’y faucher l’herbe avec un motoculteur à trois roues. « Ces 15 % de surface nous prennent presque la moitié de notre temps. On jardine. Certaines parcelles sont très pentues. Si nous les passions en bio, elles demanderaient trop de main-d’œuvre » expliquent-ils. Dans l’immédiat, ils réduiront l’usage des herbicides à quelques situations extrêmes, privilégieront les engrais verts pour « favoriser l’équilibre naturel » de leurs vignes. Leur objectif n’est pas d’avoir une cave pleine tous les ans. En 2016, ils ont rentré 71 hl/ha en moyenne, en 2017 seulement 50 hl/ha, faute à la sécheresse. Claude fait vendanger à la machine la part de sylvaner vendu en vrac. Il en conserve 2,5 ha car il est convaincu que ce cépage est un jour promis à « un beau retour, même si ce n’est pas sous ce nom ».

Un vieux millésime dans chaque grand cru

Chaque pressée pneumatique s’étale sur sept heures et demi. Le moût est sulfité à 3 g/hl, débourbé statiquement entre douze et trente-six heures. Le peu de bourbes est filtré. Seuls les rouges sont levurés. La fermentation peut se prolonger au-delà des trois semaines classiques. 80 % des volumes sont logés en foudres ovales de 13 à 105 hl de capacité. Claude recherche des vins minéraux, typés avec moins de 5 g/l de sucre restant en riesling, pas plus de 10 g sur un pinot gris. Il prend conseil auprès de trois œnologues dont deux femmes, parce qu’à son avis « leurs sensations sont plus pointues ». « Je suis heureux quand je décroche un prix aux Féminalises. Après moi, ce sera essentiellement Caroline qui reprendra la vinification dans le but de continuer à proposer des grands crus de longue garde, soit vingt ans et plus » glisse-t-il. Pour chacun de ses trois grands crus andlauviens Claude propose un vieux millésime, comme actuellement des rieslings Wiebelsberg 1996, Mœnchberg 1998 et Kastelberg 1997. « Nous accueillons plusieurs fois par an des groupes d’amateurs qui ne dégustent que les grands crus et qui n’achètent que ça. Il est intéressant pour eux de comparer ces trois terroirs entre eux et sur différents millésimes ».

« Cavistes et restaurateurs sont de bons débouchés. Les circuits très courts font notre force. Nous avons un très beau réseau de clients particuliers. Leur satisfaction nous est essentielle. Pour eux comme pour nous, nous voulons continuer à être authentiques » indique encore Claude. Une minorité achète au caveau. La majorité s’approvisionne sur les dix salons ou réunions privées auxquels le domaine participe. « C’est chronophage. Mais ces échanges nous enrichissent et ils fidélisent nos clients qui deviennent nos ambassadeurs » juge Claude. Son argument favori est d’inviter ses clients à acheter douze bouteilles d’un même vin. Et d’en ouvrir une chaque année. Pourquoi ? « La treizième année », leur dit Claude, « vous regretterez de ne pas avoir acheté un carton supplémentaire ! ».

 

Technique

Anticipez-vous l’interdiction du glyphosate ?

Vigne

Publié le 05/04/2018

À Wolxheim, Michel Herzog, coopérateur sur 12 ha à la cave du Roi Dagobert, entend ne pas bousculer les choses en 2018. « J’utiliserai encore le glyphosate cette année. Mais je me dis que toutes les matières actives seront progressivement retirées du marché. J’ai des doutes sur les produits de substitution dont la rumeur affirme qu’ils sont dans les tuyaux. Je réfléchirai donc tranquillement au matériel de travail du sol que je vais acheter. Je vais me forger un avis en observant ce que font mes collègues bios. Je me suis fixé un budget entre 40 000 et 50 000 €. Dans mes sols plutôt limoneux, une stratégie de buttage-débuttage avec des disques et des lames tient la corde. J’attends 2019 pour me familiariser avec le matériel et me faire la main sur des surfaces faciles à travailler. Mon objectif est de conserver un rendement suffisant pour faire vivre mon exploitation. » À Wangen, Christian Kohser, vendeur de ses 19 ha à Arthur Metz, a investi dès 2014 dans un interceps. Il récidive avec la commande de disques butteurs et de doigts bineurs. « Pour commencer, je les passerai sur un hectare, peut-être plus. J’ai des vieilles vignes alternées, d’autres en dévers, avec des terrasses où je n’ai pas de solution. Cela nécessitera peut-être de les arracher. Je ne sais pas si je peux trouver la main-d’œuvre compétente pour rouler avec ces outils. Dans trois ans, j’espère que l’entretien mécanique du cavaillon concernera au moins la moitié de ma surface. Être prêt à 100 % dans un délai aussi court est difficilement tenable. Il ne suffit pas pour comprendre un sol. Même en cinq ans, c’est compliqué. Mon objectif reste de respecter la réglementation. En tant que président de l’Univa, je me demande comment vont faire les apporteurs exploitant moins d’un hectare. Ils sont encore nombreux. Seront-ils prêts à investir ? »

À Dambach-la-Ville, la réponse se veut collective et sera sans doute l’occasion de « resserrer les liens » entre viticulteurs de la commune. « Depuis quinze ans, je me limite à un glyphosate. Mais je vais devoir évoluer. Nous allons le faire ensemble, entre collègues. Je vais pour ma part faire un essai sur un hectare. Mon cousin Julien produit en bio. Il me prêtera son matériel. La compensation se fera dans le cadre de l’entraide », annonce Jean Frey, vendeur de raisins sur 10 ha. « Pour bien travailler, il faut beaucoup de matériels, des charrues de largeurs différentes. Si je dispose d’un outil plus large, je diminue la largeur du cavaillon à traiter », fait remarquer Nicolas Pernet-Clog, du domaine Pernet et fils. Une Cuma pourrait voir le jour. Jean retient deux choses : « Il ne faut pas se précipiter. Au bout du compte, le viticulteur n’aura plus le choix. Il lui faudra travailler de manière compatible avec le respect de l’environnement. » Nicolas ajoute : « Ce n’est pas dérangeant. Nous devons aussi songer à transmettre des exploitations viables. »

« Je commence par le plus facile »

« De manière classique, je passais mon cavaillon au glyphosate en avril et je rattrapais avec un glufosinate en été », rappelle Eric Pourre, installé sur 11 ha à Rodern, apporteur de la cave de Ribeauvillé. « En 2018, je vais tester le travail du sol intégral sur un quart de ma surface. J’utiliserai deux châssis. Le premier me permet de monter un tandem lames-rasettes pour intervenir au printemps, le second s’équipe de disques crénelés et d’étoiles pour des passages plus rapides en été. Sur les 75 % restants, je continuerai le glyphosate et je compléterai par un passage d’outil en été. Dans les parcelles non mécanisables avec des extérieurs de talus, je réfléchis à un outil qui enjamberait le rang. Je commence par le plus facile. Je dois accumuler de l’expérience, ajuster ma stratégie pour étaler les investissements éventuels. Je m’attends à une surcharge de travail dont il n’est pas sûr qu’elle soit compensée par un meilleur prix de raisin. Je ne me berce pas d’illusion. Dans quelques années, ce sera le standard pour trouver un acheteur. À terme, je me pose la question de la conversion au bio. »

« Le désherbage, c’est du confort », avoue Michel Moellinger, vigneron indépendant sur 15 ha à Wettolsheim. « Mais il ne correspond pas trop à ma philosophie. Cela fait quatre-cinq ans que je ne désherbe plus le cavaillon sur environ la moitié de ma surface. Cela correspond à mes vignes jeunes et celles situées en plaine. J’interviens avec des disques crénelés et des lames interceps. C’est un matériel assez polyvalent. Pour passer sur 7 à 8 ha, il me faut entre un jour et demi et deux jours, trois à quatre fois dans l’année. En désherbant, une journée suffit. Je ne compte pas mes heures. Mais j’aime faire ça, sinon je ne me serai pas lancé. Mon souci concerne les vignes plus âgées, d’un écartement de 1,40 m et moins, en coteau ou en dévers. Y intervenir mécaniquement sous le rang n’est pas évident. Le désherbage chimique reste pour l’instant la solution pour les parcelles les plus compliquées. Après le retrait du glyphosate, je pense laisser pousser la végétation un rang sur deux en alternant tous les ans pour décaler le travail du sol dans l’autre rang. Je pourrai ainsi décavaillonner l’herbe de l’année précédente afin d’éviter une trop grande concurrence sous le rang. L’idée d’un semis d’engrais vert fait également son chemin. Je ne m’attends pas à avoir des vignes propres à 100 %. Je crains une baisse de vigueur, donc de rendement. »

Commerce

Prowein, incontournable étape de l’exportateur

Vigne

Publié le 29/03/2018

Toujours plus de pays, y compris des inattendus comme le Brésil, toujours plus de surface d’exposition, toujours plus de visiteurs : le salon Prowein qui vient de se tenir du 18 au 20 mars à Düsseldorf affole une nouvelle fois les compteurs. Le nombre d’exposants a presque doublé, la foule des visiteurs s’est accrue de 57 %. Ces chiffres donnent à Prowein une audience planétaire. « Nous exportons peu. Mais si l’on veut voir ses clients et en trouver de nouveaux, c’est ici qu’il faut venir. C’est une vitrine sur le monde » constate Pascal Ruhlmann, du domaine Gilbert Ruhlmann Fils à Scherwiller. Les ingrédients de ce succès ne sont un mystère pour personne. La période est bien choisie, la durée de trois jours est jugée optimale (même si une prolongation d’un jour supplémentaire est à l’étude), le service est sans faille à l’image des verres régulièrement changés. Pour couronner le tout, un public professionnel accourt de tous les continents, y compris depuis peu d’Amérique du Nord, pour parcourir les allées. « Ce n’est pas un salon de touristes » confirme Nicole Bott, du domaine Bott Frères à Ribeauvillé. « On travaille de 9 à 18 h en non-stop » complète Jean-Daniel Boeckel, de la maison Boeckel à Mittelbergheim.

Le salon est de plus en plus une juxtaposition d’identités en des îlots dont l’ampleur et la décoration veulent frapper les esprits, renforcer l’image d’un vignoble. Les stands individuels sont devenus denrée rare. La cave de Pfaffenheim et la maison Gisselbrecht à Dambach-la-Ville y tiennent encore. « J’y trouve mon compte. C’est un confort » estime Claude Gisselbrecht qui en est à sa sixième participation. Les autres Alsaciens sont regroupés. Le gros du contingent loge sur le stand collectif du Civa moyennant 3 600 € HT les 9 m² équipés. Parmi eux, cinq diVINes se serrent sur un seul stand pour « en minimiser le coût ». Le domaine Frey-Sohler de Scherwiller partage son emplacement avec des collègues de trois autres vignobles. Les espaces des importateurs, des agents ou d’associations accueillent leurs partenaires ou membres. Sur les dix-neuf exposants du stand Biodyvin, six sont Alsaciens. Ludivine et Jean Dirler, du domaine Dirler-Cadé à Bergholtz, ont ramené vingt-trois vins contre six il y a quelques années. « Je fais goûter le même vin sur trois ou quatre millésimes. C’est du relationnel. Les affaires se traitent ensuite par courriel ». Le domaine Schmitt-Carrer de Kientzheim, a trouvé sa place sur le stand de Bio Aquitaine. « Nous réalisons de 30 à 40 % de nos ventes à l’export et nous visons les 50 %. Le bio est demandé. Pour vendre au Japon c’est quasiment une obligation. Ici, nous sommes visibles. Nous revenons à Prowein après une tentative en individuel 2011. Cela avait été un échec total. Ce matin, nous avons enregistré une commande ferme » témoigne Roland Carrer.

Tenir dans le temps

Le danger de Prowein est d’y « tourner en rond ». Pour l’éviter, une seule solution : préparer sa venue en prenant des rendez-vous. « Nous en sommes à notre cinquième participation. Depuis trois ans, nous prenons contact avant. Ce n’est pas le nombre de visiteurs et de dégustations qui compte, mais la qualité de vos interlocuteurs. En 2017, j’en ai vu peu. Mais deux clients ont commandé et recommandé. Prowein est un salon positif pour notre domaine » affirme Jean-Marc Bernhard de Katzenthal. Autre conseil : « il faut tenir dans le temps. La commande ne se déclenche parfois qu’après la deuxième visite » indique Nicole Bott. « L’historique et une petite étude de marché aident à sélectionner nos vins, une cinquantaine cette année. Sur la durée, c’est un salon rentable » juge Pascal Keller, directeur de la cave Jean Geiler à Ingersheim.

Avec ses tons ocre, noir et blanc, l’espace du Civa, même privé au dernier moment de son nouveau logo, a fait peau neuve. Chaque opérateur s’y affichait avec quatre ou cinq clichés noir et blanc. « C’est net, clair, simple » résume Philippe Zinck, du domaine éponyme à Eguisheim. Le message transmis par l’interprofession répondait tout autant à un souci de simplification. L’accent était mis sur le crémant, le riesling et le gewurztraminer. Pourquoi ces trois-là ? Tout simplement « parce qu’ils couvrent 60 % de la surface du vignoble ». La concision était aussi de mise pour les deux dégustations programmées chaque jour à heure fixe en allemand et en anglais. Christina Hilker, sommelière allemande experte de l’Alsace, a par exemple passé en revue en trente minutes chrono et deux ou trois phrases pour chaque, treize vins sélectionnés à l’aveugle par ses soins. Elle constate : « les Alsace reviennent doucement sur le devant de la scène. J’ai des demandes d’importateurs. Mais le style alsacien qui privilégie des vins avec du sucre restant font qu’il faut les marier avec des plats. Au contraire de vins secs que le consommateur allemand aime boire tout seuls ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Stratégie

« La demande en œuf d’origine locale porte notre activité »

Élevage

Publié le 28/03/2018

Quand elle s’installe avec son père en 1996, Nathalie Hermann se lance dans le poulet de chair. En 2000, elle a l’opportunité de reprendre en location deux bâtiments de 5 000 et 20 000 pondeuses distants de quelques kilomètres avec un potentiel de vente directe correspondant à la ponte de 5 000 poules. Deux ans après, les jeux sont faits. Les difficultés que connaît son acheteur de volaille de l’époque conduisent Nathalie à reconvertir son bâtiment chair à Witternheim en bâtiment pondeuses. En 2005, la nécessaire mise aux normes du site en location l’incite à rapatrier toutes ses poules sur le site de l’Eàrl. Gilles, son mari, la rejoint la même année. Le couple rajoute un poulailler en 2005, un autre en 2014. Il les équipe de volières pour produire de l’œuf de poule au sol avec 20 000 Lohmann brunes et 10 000 Hyline. « Les premières font de plus gros œufs. Nous avons les secondes en essai. Ce sont des animaux plus calmes. Ils se déplacent moins et produisent des œufs d’un calibre un peu inférieur » commente Gilles.

Les poulettes déjà habituées à la volière arrivent vaccinées (maladie de Marek, Gumboro…) à l’âge de 17-18 semaines. « Le démarrage est essentiel. Je les fais de suite bouger » explique Gilles. « Elles doivent rapidement trouver leur aliment et l’eau de boisson. La prise de poids est le meilleur indicateur de leur bonne santé. Une auge à chaîne fait le tour du bâtiment et des pipettes sont placées sur toute sa longueur. Je surveille particulièrement le passage à la chaîne. Une poule fait en moyenne de quatre à cinq repas par jour. Elle consomme environ 125 g d’aliment par jour, soit de 10 à 15 g de plus que la même en cage. La chaîne est vide pendant au moins trente minutes entre 6 h 30 et 8 h 30 pour laisser du temps pour la ponte ». Les éleveurs recherchent en priorité des œufs de calibre 64-65 g. Ils y parviennent pour un peu plus de la moitié de la production. La carrière d’une pondeuse est de cinquante-cinq semaines. Les réformes partent en Allemagne. Leur prix n’est pas négocié. Quand tout va bien, elles sont payées entre 20 et 25 cents/tête, voire… rien quand le marché est trop déprimé. « Il faut déjà se satisfaire qu’elles soient enlevées » commente Gilles, philosophe.

Des contrats négociés en début d’année

Certains lots de poules pondent jusqu’à 10 % des œufs hors des nids. Ils sont à récupérer à la main deux à trois fois par jour. Un système de ramassage automatique transporte les autres jusqu’à la calibreuse où s’activent Nathalie et trois salariés. La mise en boîte dans sept formats de six à trente unités est mécanisée. L’unité conditionne la production de quatre autres éleveurs en essayant d’anticiper les volumes commandés, notamment en fin de semaine. Elle livre en direct des grossistes, des boulangers-pâtissiers et cinquante-cinq grandes surfaces entre Haguenau et Saint-Louis. « Nous avons pris pied dans la grande distribution en 2005 en devenant fournisseurs de la société Val Œuf. Nous sommes entrés à son capital en 2014. Cette décision nous a permis d’augmenter nos ventes. Au point que nous recherchons de nouveaux producteurs d’œufs plein air et bio » détaille Gilles. « La poule au sol n’est pas condamnée pour autant. Leur poulailler respecte les mêmes normes qu’un bâtiment plein air » insiste Nathalie.

Les éleveurs écoulent leurs œufs sous les marques l’œuf du Ried et l’œuf Riestahl. « La demande en œuf d’origine locale, surtout plein air et bio, est forte. Elle a explosé l’an passé avec le scandale du fipronil. Cela porte notre activité. Mais pour être crédible, il faut absolument produire et conditionner sur place » affirment Nathalie et Gilles. Concurrence entre producteurs oblige, cette conjoncture favorable n’a qu’une incidence marginale sur le prix de vente. « Il y a eu une augmentation. Elle a été faible. Nos contrats sont négociés en début d’année. Mais nous ne travaillons pas au cours de l’œuf qui est basé sur un élevage en cage. Le prix de l’œuf au sol est supérieur. L’écart peut atteindre 20 % » indique Gilles. Le prochain projet de l’Eàrl est de renouveler sa calibreuse en optant pour un modèle plus fonctionnel. Leur entreprise a de l’avenir. Nathalie et Gilles ont été rejoints depuis peu par Pauline, leur fille et Romain, leur futur gendre. Et puis, « il existe encore des points de vente proches sans références locales ! ».

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