Élevage

Publié le 11/08/2020

Le Centre Alsace n’est plus un désert vétérinaire. Depuis 2020, les éleveurs du Bas-Rhin et du Haut-Rhin peuvent compter, où qu’ils soient, sur les professionnels ruraux de l’un des quatre cabinets alsaciens spécialisés en animaux de rente. Tour d’horizon avec les éleveurs et les vétérinaires ruraux de Sélestat, Pfaffenhoffen, Sarre-Union et Dannemarie.

Leurs secteurs sont extensibles certes, mais pas à l’infini, urgences obligent. Heureusement, les vétérinaires ruraux d’Alsace sont assez nombreux aujourd’hui et bien répartis sur le territoire pour le balayer, jusqu’aux collines vosgiennes. Ils se sont regroupés par cabinets pour assurer les gardes à tour de rôle, limiter la pénibilité de leur métier donc, et mutualiser les frais de matériel, tout en garantissant un suivi de chaque instant à leurs partenaires, les éleveurs. C’est d’ailleurs toute la profession vétérinaire qui se réorganise. Les médecins qui soignent les animaux se spécialisent. Rares sont ceux qui ont encore un cabinet mixte, qui font de « la canine » et de « la rurale », comme disent les vétos. Ceux qui continuent sur cette voie-là admettent un moindre investissement dans la rurale. D’eux-mêmes, les éleveurs semblent les lâcher pour aller vers les vétérinaires dédiés aux vaches, cochons, lapins, poulets, etc. Mais, le plus souvent, ce sont les agriculteurs qui se retrouvent du jour au lendemain sans vétérinaire, celui-ci ayant décidé d’arrêter la rurale… à quelques années de la retraite ou après un heureux évènement. Ne laisser aucun éleveur livré à lui-même « En 2016, notre vétérinaire a arrêté la rurale », témoigne Alexis Losser, du Gaec du même nom à Mussig (67), qui élève 150 prim’holsteins. Il trouve une solution de repli. Le même scénario se répète en 2019. Arnaud Schmitt, du cabinet Fili@vet, à Sélestat, bien qu’à flux tendu encore l’an passé, accepte ce nouveau client. « On se débrouille seul pour une piqûre, une fièvre de lait, comme beaucoup d’éleveurs. Arnaud nous a formés aux premiers gestes. On est gagnants, on ne paie pas la visite. Mais pour une césarienne, une opération, le vétérinaire se déplace », détaille Alexis. Depuis 2020, et le recrutement d’Auriane Jost, une jeune vétérinaire, l’éleveur est encore plus satisfait du service. « Avec elle, on a cherché les raisons des mammites. Elle ne fait pas que vendre son produit. Ensemble, on a établi des protocoles à suivre pour prévenir les maladies », dit-il. En dix ans, le Gaec en est à son quatrième vétérinaire : « C’était pénible de démarcher à chaque fois et, pendant la période de recherche, c’était un stress. Aujourd’hui, on appelle et il y a toujours un vétérinaire disponible assez rapidement. » À Fili@vet, ils sont quatre vétérinaires ruraux : Arnaud, plutôt versé en aviculture et cuniculture, Marc Peterschmitt, qui suit les porcs et les taurillons (avec le Comptoir agricole, aussi), Angeline Söll et Auriane Jost, dédiées aux bovins. « J’ai repris les clients des confrères qui arrêtaient la rurale ou partaient à la retraite, au fur et à mesure, confie Arnaud Schmitt, qui s’est installé mi-2015. Le dernier, c’était en janvier. Il y a eu une grosse accélération en bovine et, depuis, ça n’arrête pas ! On récupère de plus en plus de monde. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’un éleveur nous demande de venir chez nous. On prend tout le monde, de la vallée de Munster à Molsheim et du Rhin à la crête des Vosges. » Le cabinet de Sélestat s’est étoffé progressivement : en 2017 avec Angeline et Marc, puis, en 2020, avec Auriane. Arnaud reconnaît qu’en 2016, voire après en allaitant, il refusait des clients mais il n’a jamais refusé de venir soigner un animal, précise-t-il. « Aujourd’hui, on est organisé pour ne laisser aucun éleveur livré à lui-même. Et c’est partout pareil en Alsace », insiste Arnaud, qui souligne qu’au regard des distances à parcourir, s’il intervient au col de la Schlucht, il ne pourra pas être à Molsheim dix minutes plus tard. « Mais les confrères qui font encore de la mixte, quand ils ont des salles d’attente pleines, prennent d’abord les chiens et les chats, avant de se déplacer : il faut attendre aussi… même s’ils sont plus proches, géographiquement », rappelle Arnaud Schmitt. La téléconsultation, il y pense et attend que le cadre réglementaire soit fixé. Près de 400 élevages sont suivis par le cabinet du Centre Alsace. Petite tension au nord de Molsheim L’avantage de faire appel à un vétérinaire rural est son expertise, autant médicale que « du milieu ». Yannick Fischer, de l’EARL du même nom à Gottesheim (67), a une centaine de prim’holsteins. Depuis un an, il est « en suivi repro’» à la clinique vétérinaire de la Moder à Pfaffenhoffen. En 2020, il l’a déclarée vétérinaire traitant. « Là où j’étais avant, il a clairement préféré la canine à la rurale. Les chiens et les chats passaient avant », commence Yannick. Il loue la disponibilité et les connaissances des vétérinaires de la Moder, ainsi que leur mode de fonctionnement, au forfait mensuel, basé sur la production laitière. « On ne peut pas répercuter les coûts des soins vétérinaires sur la vente du lait. Cathy (Catherine Lutz, l’une des deux associés et des cinq vétérinaires de la clinique de la Moder, N.D.L.R.) connaît les enjeux des éleveurs, notamment laitiers, puisque son époux en est. Elle est du milieu. Son père et son frère sont pareurs », apprécie-t-il. Yannick est d’autant plus reconnaissant envers Catherine et ses collègues qui se consacrent aux animaux de rente, que, sait-il, « la rurale, ce n’est pas très intéressant, financièrement parlant ». Catherine a créé la clinique de la Moder en 2012, avec Vincent Macholt, spécialisé aujourd’hui dans la canine. « Le cabinet est mixte mais à dominante rurale. Moi, je ne fais quasiment que de la rurale sauf les week-ends de garde : chacun doit intervenir sur l’activité de l’autre », cadre Catherine Lutz. Elles sont trois à être occupées aux animaux d’élevage, quand les effectifs sont au complet. En 2021, ils le seront. « Il faut accepter de faire des heures et des kilomètres en rurale », avertit Catherine. Et être humble : « Parfois, les éleveurs sont meilleurs que nos débutants. On l’a vécu avec des remplaçants sur des fièvres de lait, par exemple », reconnaît la vétérinaire. Environ 200 éleveurs, à 40 km à la ronde, font confiance au cabinet de la Moder. Catherine admet qu’au nord de Molsheim, les agriculteurs se sentent un peu seuls : ils sont à la limite du rayon d’action de leur cabinet et de celui de Sélestat. Passionnés de systèmes d’élevage Cap au Nord : de l’Alsace bossue à l’est de la Moselle, 200 élevages sont suivis par la clinique vétérinaire mixte de Sarre-Union. Sur les huit vétérinaires du cabinet, cinq sont dévoués aux bovins, dont quatre à temps plein. « Il y a une tradition d’élevage, ici. Le maillage est dense », explique Alexis Stenger, qui fait partie de l’équipe « rurale ». 40 % de la clientèle professionnelle de la clinique de Sarre-Union est en agriculture biologique, pointe-t-il. La clinique adhère au réseau Happy Vet dont la philosophie est de faire le bonheur des animaux et des éleveurs, en optimisant le confort et la santé des bêtes, donc leur bien-être, et, par conséquent, leur production. « On intervient avant que les animaux ne soient malades. L’éleveur gagnera mieux sa vie. Tout le monde est gagnant. Avant, le vétérinaire était un spécialiste de la maladie. Aujourd’hui, c’est un spécialiste de la santé », résume Alexis Stenger. Si l’animal est malade, c’est un échec de la stratégie. Pour Alexis, ce n’est pas tant que la rurale rapporte moins que la canine, c’est qu’elle est plus difficile à exercer, notamment car il faut s’investir toujours plus pour continuer à être un interlocuteur privilégié de l’éleveur : faire du suivi de troupeau, en plus de la médecine individuelle. Mais c’est ce que tous les vétérinaires interrogés aiment : « Nous sommes des passionnés d’élevage, de systèmes d’élevage », relève Alexis Stenger, 29 ans. Si chaque éleveur a trouvé un vétérinaire qui soit présent pour lui, dans le nord de l’Alsace, dixit le jeune homme, l’activité de la clinique de Sarre-Union croît constamment, a fortiori en canine. Le cabinet recrute un vétérinaire mixte, capable d’épauler en rurale et en canine.     Destins liés Dans le Haut-Rhin, la société civile professionnelle (SCP) vétérinaire des Viaducs, à Dannemarie, fait quasi exclusivement de la rurale. Trois associés et un salarié à mi-temps prennent soin de 300 élevages de plus de dix animaux, à 40 kilomètres autour de la ville. « Pour l’instant, ça va, il y a suffisamment de vétérinaires dans le secteur mais deux collègues vont partir à la retraite, il faudra les remplacer et nous aurons sûrement du mal à recruter rapidement quelqu’un de compétent en gros animaux, pressent le docteur Boris Dirrenberger. La zone est tout juste couverte. Si demain, un vétérinaire mixte décide d’arrêter la rurale pour faire uniquement de la canine, ce sera tendu. Les choses peuvent vite changer. » Néanmoins, il sait qu’il existe encore des jeunes motivés. « La rurale, on la choisit par passion. Il y a beaucoup de temps improductifs, sur la route, et il faut avoir en stock un peu de tout pour une petite clientèle : gare à la péremption des médicaments », liste Boris Dirringer, côté inconvénients. Un dernier, de taille, est la pérennité des exploitations d’élevage. « Le dynamisme des uns entraîne le dynamisme des autres. Il faudrait revaloriser les productions pour que l’élevage soit rémunérateur et attire les jeunes. L’activité vétérinaire est liée à celle des éleveurs. Si un des deux maillons faiblit, il met en péril toute la chaîne », détaille Boris. Denis Nass, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, abonde : « Tout ce qui est en relation avec l’élevage est difficile. » Il élève plus de 200 vaches, essentiellement des prim’holsteins et leur suite, au Gaec du Petit bois à Gommersdorf, où résiste un bastion de douze exploitations d’élevage qui engendre « la plus grosse production de lait du Grand Est », spécifie-t-il. Denis s’estime chanceux. « On a un service vétérinaire qui tient la route à Dannemarie. Boris s’est installé il y a deux ans. J’ai encore échangé récemment avec son salarié : c’est super, deux jeunes, polyvalents, qui en veulent. Ça sécurise le territoire », juge-t-il, d’autant plus qu’une proche clinique de Franche-Comté entre en concurrence avec la SCP vétérinaire des Viaducs. Nicolas Dietrich, secrétaire général des Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin et co-responsable bovin viande, qui élève 90 limousines à l’EARL du Muhlwald à Schweighouse-Thann, est « plus que satisfait » des vétérinaires ruraux de Dannemarie. « Le 24 décembre, quelqu’un est venu pour une vache qui avait sorti la matrice. Le service est irréprochable. Pourvu que ça dure ! On prie pour qu’il y ait un renouvellement des départs à la retraite. Ils savent ce que je pense d’eux. Avoir fait tellement d’études pour se retrouver les mains dans la merde, au milieu de la nuit, c’est courageux », déballe d’une traite Nicolas, reconnaissant.    

Concours virtuel de la Holstein

Le travail génétique alsacien à l’honneur

Publié le 21/07/2020

Un concours agricole virtuel de vaches a été organisé par Prim’Holstein France. L’idée ? Envoyer une vidéo de sa plus belle vache pour espérer remporter un prix. Le Gaec Wilt à Dachstein et l’élevage du Neuhof à Michelbach-le-Haut ont joué le jeu et se sont illustrés.

Baptisé « Hosltein E-xpo », ce concours était ouvert à tous les éleveurs adhérents à Prim’Holstein France. Pour y participer, ils étaient invités à envoyer des vidéos détaillant les caractères morphologiques d’une vache de leur troupeau. « La crise sanitaire a eu pour conséquence l’annulation de nombreux concours importants ces derniers mois. C’est, par exemple, le cas du Space à Rennes, mais également de compétitions départementales et régionales. Tout est actuellement « en veille ». Du coup, l’initiative a été perçue positivement. Nous avons reçu un mail et il y a eu une bonne communication sur les réseaux sociaux. Nous avons considéré que c’était un moyen pertinent de valoriser notre élevage et notre travail génétique », explique Philippe Gutzwiller de l’élevage du Neuhof à Michelbach-le-Haut. Les étapes du concours étaient habituelles (sections, championnats et grande championne). Le concours a eu lieu du 29 juin au 6 juillet. Les inscriptions étaient gratuites. Sans texte, ni musique, les vidéos devaient suivre un cadrage conseillé afin d’apprécier chaque animal : « d’abord à l’arrêt au licol focus sur la boucle, puis vue sur l’avant de l’animal, son profil droit, l’arrière, son profil gauche, l’avant pis gauche, l’arrière pis, l’avant pis droit, avant de passer à une vue à la marche de l’animal et de finir sur une vue d’ensemble à l’arrêt », précisaient les organisateurs dans leur communiqué officiel. Un groupe de juges agréés et les internautes devaient déterminer les meilleures vaches. Chaque participant a pu présenter trois vaches.     61 animaux inscrits 61 animaux étaient finalement inscrits. « Pour une première, c’est plutôt pas mal même si on ne connaissait pas précisément les conditions d’organisation. La prochaine fois, il y aura certainement encore davantage de monde car certains éleveurs, prudents ou dubitatifs, ont préféré observer comment cela allait se passer. A priori, le prochain concours virtuel devrait avoir lieu du 14 au 21 septembre », ajoute Philippe Gutzwiller. Si son épouse, Mélanie, était enthousiaste dès l’annonce de cette manifestation, Philippe reconnaît qu’il était également prudent. « C’est très dur d’apprécier un animal à sa juste valeur sur une vidéo. Tout peut dépendre de la prise de vue même si nous devions suivre des règles précises. Et puis, on s’interrogeait sur l’importance du vote des juges par rapport à celui des internautes. On a su après que la part des premiers était bien plus importante (70 %) que celle des seconds. Les juges agréés et donc professionnels ont donc bien fait la différence comme dans un concours traditionnel », se félicite l’éleveur. Et pour cette première virtuelle, Olivier Wilt du Gaec du même nom à Dachstein s’est distingué comme dans un concours classique. Âgé de 39 ans, il est installé depuis 2003 et associé avec son frère Nicolas. Les concours, c’est une affaire familiale. « Mon grand-père en faisait déjà et mon père également. À la ferme, je m’occupe plus spécifiquement de la partie élevage alors que mon frère se consacre aux cultures. C’est donc moi qui m’occupe des concours. Je tente d’en faire le plus souvent possible. Pour me comparer aux autres d’une part, pour me retrouver avec mes collègues dans la convivialité d’autre part. Un concours permet de multiplier les échanges et les discussions. Là également, ensemble, on peut progresser », estime Olivier Wilt. Adhérent chez Prim’Holstein France, il s’est inscrit pour ce concours virtuel essentiellement pour s’amuser. « Un tel concours ne remplace pas une vraie compétition. Pour moi, le concours est aussi important que les échanges sur place. Le virtuel reste abstrait. Néanmoins, je suis évidemment très heureux de l’avoir gagné », ajoute l’éleveur. Un pis « remarquable » « Emy » a effectivement été désignée « grande championne » de ce premier concours virtuel. Selon les juges, « c’est une vache qui se démarque par ses dimensions associées à un pis remarquable, notamment au niveau de ses attaches ». Cette fille de Yorick sur Shottle, se distingue par sa régularité dans la transmission et sa longévité. C’est une vache qui a aussi produit un taureau nommé Emilio qui était il y a trois ans n° 1 mondial en index morphologique. « J’avais emmené Emy au salon international de l’agriculture en février dernier alors qu’elle était fraîchement vêlée de deux mois. Elle n’avait pas été ridicule. Là, elle est en forme et présente un meilleur aspect pour les concours. J’en ai donc profité pour la présenter et la promouvoir », précise Olivier Wilt qui n’est pas surpris qu’elle ait été appréciée par les juges. « Comme elle est en quatrième lactation, elle a déjà davantage prouvé que d’autres. C’est ce qui a fait la différence », conclut l’éleveur qui pense l’emmener à Agrimax en octobre et à d’autres concours s’ils sont organisés et si les conditions sanitaires sont favorables. Olivier Wilt a présenté une seconde vache à ce concours virtuel : Justine. Une vache en première lactation qui participait à son premier concours et qui a obtenu une belle seconde place dans sa section. Un modèle de vaches Ce concours virtuel a également souri à Mélanie et Philippe Gutzwiller. Deux des trois animaux présentés par le couple ont été honorés. « Maia NTS » a ainsi été récompensée du titre de « réserve grande championne » et de « championne jeune ». Il s’agit d’un animal acheté le 2 novembre 2018 qui est passé par la station de donneuse d’embryons d’Elitest à Épinal. Elle a été acquise alors qu’elle était gestante de son premier veau lors d’une tombola, suite à son séjour passé à la station. C’est une vache qui présente le pack complet : morphologie, production et index. Elle représente la force laitière à l’état pur : une vache moderne avec un système mammaire proche de la perfection. « Aujourd’hui, la vache est en deuxième lactation. Elle a obtenu 89 points, la note maximale. Au niveau génétique, c’est la vache parfaite. Elle avait été « grande championne » l’année passée au concours de Habsheim. Elle est détenue en copropriété avec Maxime Pierre et Jean-Bernard Genelot. Ce prix montre une nouvelle fois que le travail génétique que nous menons depuis longtemps est reconnu et apprécié. Aujourd’hui, on a un modèle de vaches qui répond au plus près aux critères recherchés », confirme l’éleveur.     « Pour situer son niveau, il faut accepter de se confronter aux autres élevages » Le second animal a été honoré en tant que « championne espoir ». Il s’agit d'« Ornella du Neuhof ». Elle est en première lactation. C’est une fille du taureau Schief. C’est une primipare exemplaire dans tous ses postes, qui a vêlé à 26 mois et qui est très agréable à vivre au quotidien. C’est également un modèle très recherché. « C’est ce que nous voulons : faire de bons croisements, améliorer encore davantage notre travail de génétique. Nous pouvons encore progresser. Nous investissons énormément et depuis longtemps. Nous achetons beaucoup d’embryons et des doses aux coûts importants. Nous avons commencé à investir dans la génétique dès 1991. Mais, depuis, c’est un travail au quotidien tout au long de l’année. Ce n’est pas quelque chose que l’on fait sur quelques semaines. En génétique, il y a des hauts et des bas. Et pour situer son niveau, il faut accepter de se confronter aux autres élevages », note Philippe Gutzwiller.     Il regrette cependant que, dans l’Est, les concours soient désormais peu nombreux : Habsheim et Agrimax, sans oublier Brumath pour les génisses. De façon plus large, il y a également le salon international de l’agriculture à Paris (mais le coût de participation est lourd financièrement) et Swiss Expo à Genève. « C’est le gros concours européen avec un niveau impressionnant. Si on est dans les cinq premiers, c’est un exploit, et dans les dix, c’est déjà bien. Mais, encore une fois, il faut y aller pour se comparer, voir ce que nous pouvons mieux faire ou nous conforter dans notre travail », conclut Philippe Gutzwiller. À noter enfin que la troisième vache présentée, « Mara du Neuhof » s’est classée sixième dans la section 2A pour les animaux en deuxième lactation. En outre, un troisième élevage alsacien a participé à ce concours virtuel : l’Earl Prinz à Hausgauen. « Siguy » s’est classée sixième pour les animaux en première lactation, « Adeena » cinquième en deuxième lactation et « Ella » deuxième en troisième lactation.      

EARL Plein Champs à Guémar

Peggy a trouvé ses poules

Publié le 02/07/2020

Responsable du marché de l’agriculture et de la viticulture dans un groupe bancaire, Peggy Meinharth Umbdenstock a eu envie de changer de vie. Elle vient de s’installer à son compte, pendant le confinement. Elle a choisi, par conviction, un élevage de poules pondeuses bio.

Pendant onze ans, elle a côtoyé le monde agricole et viticole. « J’ai observé comment les agriculteurs et les viticulteurs travaillent. Les heures qu’ils y passent. Leur passion. J’ai à mon tour voulu mon indépendance en changeant d’orientation professionnelle tout en restant dans ce milieu rural. Je voulais devenir cheffe de mon entreprise et être davantage avec mon mari qui a lui-même une entreprise de travaux agricoles. Je ne pouvais cependant pas deviner que la période choisie allait être celle du confinement et de la crise sanitaire », explique Peggy Meinharth Umbdenstock. Elle a fait mûrir son projet pendant trois ans. « J’ai eu la chance d’être soutenue par le maire de Guémar et sa municipalité à qui j’ai présenté mon parcours et cette activité. Il a ensuite fallu que le plan local d’urbanisme (PLU) soit modifié pour que je puisse mettre le bâtiment d’élevage ici. J’ai également eu le soutien du député Jacques Cattin et de la conseillère régionale Denise Buhl qui m’ont ouvert les portes. Cela m’a permis de mieux comprendre les démarches administratives à réaliser et les contraintes classiques pour un tel projet. C’était ensuite plus simple pour moi. Enfin, il y a également eu l’appui de la Chambre d'agriculture par le biais d’Annie Durand Birkel, Anne-Laure Dujardin-Rolli et Irène Bronnenkant, sans oublier Marie-Christine Maillard au Ciceva », ajoute Peggy Meinharth Umbdenstock. Cette installation hors cadre familial est en effet atypique pour cette agricultrice âgée de 44 ans qui était en poste jusqu’à la fin du mois de septembre dernier au Crédit Mutuel à Holtzwihr. Les 6 000 poules pondeuses sont arrivées le 23 mars. « Elles sont élevées selon les principes de l’agriculture biologique. Le bâtiment a une surface de plus de 1 200 m2. Il y a une salle pour y placer les œufs réfrigérés. Mais également un local pour les emballages, un autre pour le conditionnement et bien évidemment la partie consacrée à l’élevage. Ce « jardin d’hiver » pour les poules est prolongé par un parcours à l’extérieur, sur une surface de 2,5 hectares. Toute la journée, les poules peuvent se balader librement », précise-t-elle. 5 000 œufs par jour Les 6 000 poules arrivent sur le site à 18 semaines. Elles restent sur l’exploitation pendant un an. Leur nourriture est à base de céréales bio, du pois notamment. Chaque jour, elles pondent. « Nous ramassons quotidiennement 5 000 œufs. Ils partent tous les deux jours. Ils sont cherchés par l’entreprise Val’Oeuf située à Witternheim, au cœur du Ried. Cette entreprise propose aux Alsaciens uniquement des œufs de poules élevées au sol, en plein air et biologiques, pondus dans la région ! C’est notre cas. C’est là-bas que les œufs sont calibrés, puis commercialisés. Pour ma part, je ne fais pas de vente directe », poursuit Peggy Meinharth Umbdenstock. Elle travaille seule sur son exploitation tout en recevant le soutien de son mari, Jacques. « Le travail n’est pas compliqué. Il nécessite cependant d’être présent au quotidien. Il faut nourrir les poules, nettoyer le bâtiment et bien évidemment ramasser les œufs. Les poules, on les commande six mois à l’avance. Elles sont donc arrivées en plein confinement. Pour une première, cela n’a pas été simple. Les entreprises prévues pour certaines prestations ont décliné. On a alors trouvé la solution de tout commander en ligne et de faire nous-mêmes. Cela a évidemment engendré des coûts et des délais supplémentaires. Pour le déchargement des poules, la ferme Scharbrusch, à Steinseltz, d’où viennent les poules, nous a offert son aide », note l’éleveuse. Le tout, dans le respect des règles sanitaires validées par une charte provisoire. La température du bâtiment se situe autour de 20 °C. Tout est géré par ordinateur grâce à des données transmises par des sondes situées à l’intérieur et à l’extérieur. Les volets se ferment en fonction de la température pour optimiser le fonctionnement du site. Les tours d’alimentation sont également gérées par ordinateur alors que l’eau est à volonté pour les poules. « J’ai une alerte GSM quand les paramètres ne sont pas bons et s’il faut rectifier quelque chose. Il y a cependant ici des problèmes de connexion car nous n’avons pas encore la fibre pour relier le bâtiment à Internet. Quand ce sera le cas, je vais pouvoir gérer cela depuis mon téléphone portable. Normalement, la fibre doit arriver en 2021. Mais je suis prudente car nous sommes ici sur une ferme isolée. Nous avons également entrepris des démarches avec Enedis pour l’enfouissement des lignes à haute tension afin d’éviter les ondes. Mais c’est compliqué et, là aussi, cela représente un coût financier pour la ferme », se désole l’agricultrice. Trois premiers mois positifs Cette installation, même réfléchie, n’est donc pas de tout repos. Après ces trois premiers mois, elle ne regrette rien. « C’est un projet de vie, une superbe expérience. C’est très positif. J’ai de l’amour pour mes poules et elles me le rendent bien. Ce changement de vie, j’aurais dû le faire bien avant même si je ne regrette rien de mes années au Crédit Mutuel », confie Peggy Meinharth Umbdenstock. Elle passe désormais ses journées sur son exploitation. Le matin, elle ramasse les œufs. Puis elle nettoie le bâtiment. Chaque début d’après-midi est consacré à sa maison (elle habite juste à côté) et aux tâches administratives. « Je passe en général dans le bâtiment vers 15 h, 18 h et 21 h 30 pour voir si tout va bien ou s’il faut rectifier quelque chose », ajoute-t-elle encore. Au bout d’une année d’exploitation de son premier lot de 6 000 poules, ces dernières quitteront les lieux. Elle fera alors, pendant un mois, un vide sanitaire qui permettra de tout nettoyer et tout désinfecter. À l’issue, 6 000 nouvelles poules prendront place pendant un an. Ce sera alors l’occasion pour elle de faire le point sur son activité et d’enclencher éventuellement de nouveaux projets. « Je suis lancée. J’aime mon métier et mes poules », conclut l’éleveuse.

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