Élevage

Chez Thierry Grieneisen à Buhl

Apiculteur professionnel ou amateur ?

Publié le 12/11/2014

Thierry Grieneisen est apiculteur à Buhl. Avec Alexis Ballis, animateur de la filière apicole à la Cara, il a reçu deux apiculteurs amateurs en passe de devenir professionnels à Gommersdorf. Pierre Grieneisen y assure la reproduction du cheptel.

Durant dix ans, Thierry Grieneisen était commercial dans le milieu agricole et viticole. Pourtant, en 2006, lorsque son père ne souhaite plus s'occuper seul de ses 60 ruches, il a fait le pari de les reprendre et de développer la production. «On est passé à 100 ruches. Cela a pris deux ans pour tout mettre en place et se poser les bonnes questions». Il a mis fin à son emploi salarié en 2011.  Aujourd'hui, il a 400 ruches en production dans la région Buhl. Son père, Pierre, gère l'élevage et la reproduction à Gommersdorf. Ils espèrent vendre une centaine de reines au printemps. Leur miel est commercialisé à 50 % en vente directe, l'autre partie est revendue en grande surface. Lorsqu'il a pris la suite, Thierry Grieneisen avait déjà des outils de transformations indispensables : un extracteur 24 cadres, un maturateur et une centrifugeuse. «À partir de 250 ruches, il est nécessaire d'avoir une désoperculeuse». Il y a peu, il a investi dans une doseuse sur table tournante et étiqueteuse dérivée d'une étiqueteuse de bouteille de vin. Le père, le fils et Alexis Ballis, technicien apicole à la Chambre d'agriculture de région Alsace (Cara), ont fait visiter ces installations à deux apiculteurs amateurs en phase de professionnalisation. Christophe Sigwald, 46 ans, est apiculteur depuis trois ans à Krautergersheim. «J'aime les travaux extérieurs et comme je n'ai pas de terres, l'apiculture me semblait la solution la moins compliquée». Il a décidé de sa reconversion après un licenciement économique. «Cette année, je suis passé de 30 à 80 ruches. La saison s'est bien déroulée même si, bien sûr, j'ai nourri avec deux tonnes de sirop. Avec 20 ruches en production, j'ai récolté 20 kg de miel par ruche». Plutôt une bonne moyenne par rapport à l'année. Son projet d'installation est prévu pour 2016. «Il est possible d'en vivre» Nicolas Modanese a également débuté l'apiculture il y a trois ans. Ce père de famille de 33 ans est salarié et habite Uffholtz. «J'ai envie d'en faire une activité à temps plein». Il a six ruches, dont trois en production et récolté 60 kg en tout. Il fait partie du groupement de l'Écomusée et «souhaite enrichir mon savoir-faire apicole». Les professionnels les mettent rapidement en garde. Alexis Ballis leur indique que «la retraite agricole n'est pas fantastique». Thierry Grieneisen confirme qu'«il faut que l'activité fasse vivre l'entreprise en elle-même, vous, votre famille et prépare aussi votre retraite». Pierre Grieneisen indique qu'«on ne peut compter que sur sa sueur et son travail. Les 35 h sont faites le mercredi midi !». Alexis Ballis égraine quelques conseils : «Il ne faut pas passer plus de trois minutes par ruche pour pouvoir faire le tour du cheptel chaque semaine. Une personne seule peut s'occuper de 200-300 ruches». Nicolas Modanese en déduit qu'il «faut avoir conscience du sacrifice», il dit savoir que sa place de salarié «est mille fois plus confortable». Le technicien se veut rassurant : «Il n'est pas impossible d'en vivre et de bien en vivre ; mais il peut être bancal de vouloir faire trop de choses : miel, pollen...» En Alsace, il y a 3 000 apiculteurs. «Les amateurs vendent parfois leur miel de sapin à 6 € le kilo alors qu'il vaut 20 € sur le marché en ce moment. Notre travail est de communiquer pour que le public comprenne que le miel est un produit à haute valeur ajouté», explique Alexis Ballis. Il précise qu'en outre, les dépenses principales de l'apiculteur sont le gasoil, les médicaments et sirop. Pour déplacer les ruches, le tire-palette devient vite indispensable «pour éviter l'hernie discale», comme le dit Thierry Grieneisen. «Il faut parfois faire plus attention à son dos en investissant dans du matériel de transhumance plutôt que d'acheter des essaims». Les deux apiculteurs amateurs sont motivés. Ils devraient suivre les conseils de Thierry Greineisen et se tourner vers le service installation de la Cara pour réfléchir à leur projet.

26e Concours régional des miels d'Alsace

Départager « l'excellence »

Publié le 16/10/2014

Le 26e Concours de miels d'Alsace s'est tenu samedi dernier, au parc des expositions de Colmar, en marge du 20e congrès des apiculteurs de France. Après une année 2014 difficile pour l'apiculture alsacienne, seuls 240 échantillons ont été présentés contre 412 en 2013.

Le samedi 11 octobre, dans la salle Pinot du parc des expositions de Colmar, 120 dégustateurs spécialement formés à la dégustation organoleptique ont du juger et classer pas moins de 240 miels issus de tout le territoire alsacien. Avant de passer sous les fourches caudines de ces dégustateurs avertis, les miels ont subi les analyses complémentaires sur les sucres et les analyses polliniques au Centre d'études techniques apicoles de Moselle. Par sa rigueur, la fédération des apiculteurs a su imposer la pérennité dans la recherche de la production de miels de qualité, dans le respect de sa philosophie avec pour devise: «Confronter pour aller vers l'excellence». Il faut rappeler que l'apiculture est dépendante des facteurs extérieurs et l'année 2014 a été difficile. Malgré des pertes hivernales normalisées, (en moyenne 7% pour le Haut-Rhin), les effets climatiques ont été sensiblement ressentis. L'hiver peu rigoureux a été suivi d'une pluviométrie accrue, notamment au coeur de la floraison des acacias, qui a précédé une longue période de sécheresse entrainant un essaimage intensif, pénalisant nombre de colonies. Malgré cette année atypique, c'est grâce au travail acharné et passionné que 240 miels ont pu être présentés au concours, alors que lors de bonnes années, comme en 2007, ce sont plus de 600 miels qui sont proposés au concours. Les apiculteurs poursuivent, d'année en année, leur inlassable travail pour produire d'excellents miels, en soignant avec passion leurs abeilles, garantes du respect de la biodiversité et élément fondamental de notre écosystème.

Publié le 02/10/2014

Le frelon asiatique ou frelon à pattes jaunes a été repéré en septembre près de Karlsruhe. Plusieurs fois, des nids ont été détectés en Bourgogne. Le nuisible a des raisons d'inquiéter les apiculteurs alsaciens et nécessite une surveillance.

«D'après les études du muséum d'histoire naturelle de Paris, il est possible que le frelon asiatique s'installe dans une région comme l'Alsace, malgré des hivers rigoureux», expose Alexandre Fleisch, inspecteur phytosanitaire à la Fredon Alsace. Le dernier signalement a eu lieu en septembre à 40 km de l'Alsace, à Karlsruhe en Allemagne. En France, le frelon est détecté depuis quelque temps en Bourgogne. «Le sud de la France connaît mieux son comportement de prédation. Nous ne pouvons pas connaître l'attitude qu'il aura en Alsace, car les insectes sont très dépendants des conditions climatiques.» Les colonies de frelons asiatiques ont une durée de vie d'un an. Le nid est très repérable, parce qu'il est construit à la cime des arbres et est donc visible en hiver. Il peut faire jusqu'à 1 m de diamètre. «Les personnes les plus susceptibles d'en repérer sont les apiculteurs, indique Alexandre Fleisch, car le frelon asiatique chasse près de la ruche pour attraper les abeilles qui reviennent du butinage, pleines de miel et fatiguées. Il effectue un vol stationnaire près de la ruche». Selon le muséum d'histoire naturelle, le frelon asiatique se nourrit d'abeilles, mais aussi d'autres insectes (guêpes, mouches, papillons ou chenilles), ainsi que d'araignées dont il nourrit ses larves. Les adultes se nourrissent de liquides sucrés (miellat, nectar, miel). A l’automne, ils mangent aussi la chair des fruits mûrs, pommes, prunes, raisins. Les actions préventives inefficaces Le frelon asiatique est plus petit que le frelon européen, il a une coloration très sombre au niveau de l'abdomen ; la première partie est noire-brune et le bout de l'abdomen est orangé contrairement au frelon européen qui ressemble plus à une grosse guêpe. Comme l'indique son nom commun, il a les pattes jaunes. L'inspecteur phytosanitaire à la Fredon Alsace met en garde contre les confusions : « Nous avons eu beaucoup d'appels suite à la parution d'un article dans le journal les Dernières Nouvelles d'Alsace qui avait publié la photo d'un frelon commun. Si une personne reconnaît un individu, elle peut nous envoyer une photo du nid ou du frelon et on essaie de se rendre sur place. Ensuite, nous faisons remonter les informations au groupement de défense sanitaire, à la chambre d'agriculture de région Alsace et au muséum d'histoire naturel de Paris». Pour André Frieh, apiculteur à Ribeauvillé (voir article ci-dessus), il y a un «risque fort que le frelon soit en Alsace d'ici un ou deux ans. Contrairement aux régions du Sud, nos abeilles ne sont pas habituées à se défendre. On a laissé progresser le frelon et aujourd'hui il est trop tard». Le muséum d'histoire naturelle a mis en avant qu'il est inutile, voire dangereux, de faire du piégeage préventif, car il tue les autres insectes et laisse donc la place au frelon. Il précise qu'«une lutte irraisonnée contre une espèce invasive peut conduire à favoriser son installation. Les espèces invasives ont en général une très forte capacité d’adaptation et de dispersion. C’est le cas du frelon asiatique à pattes jaunes». Le muséum conseille d'éviter le piégeage des femelles fondatrices (équivalent de la reine pour le frelon). La destruction des colonies reste la méthode la plus efficace pour diminuer les populations de frelon asiatique. Il faudra alors faire appel à une entreprise spécialisée, précise Alexandre Fleisch. Le frelon asiatique étant diurne, les nids devront être détruits à la tombée de la nuit ou au lever du jour. Des moyens de lutte étudiés Alexis Ballis, conseiller spécialisé en apiculture de la Cara, rappelle que le frelon à pattes jaunes a été classé en 2012 « espèce exotique, envahissante et nuisible à l'apiculture ». Dans le « Flash abeilles » qu'il réalise (disponible sur le site internet de la Cara), il souligne les évolutions apportées par les chercheurs : ceux du CNRS de Tours. Ils ont découvert qu'un diptère parasite européen, Conops vesicularis, était capable de tuer les fondatrices de frelon asiatique en leur injectant un œuf dans l'abdomen. Une série d’essais comparatifs a également été conduite à l’automne 2013, en Midi-Pyrénées. Elle démontre que le piège doté de l’appât «veto-pharma» fonctionne mieux que les pièges « en dômes » ou « en nasses » (bouteille coupée), les pièges « en dômes » réalisent plus de captures que les pièges « en nasses », les appâts sucrés ont une meilleure attractivité que les appâts protéiques et que le « jus de cirier » (liquide sucré résultant de la fonte des cadres de ruche). Le jus de cirier s’est révélé très peu attractif au cours de cette étude. Le GDS, la Fredon Alsace et la Cara travaillent de concours pour trouver les moyens de faire face à une éventuelle arrivée du frelon dans notre région.

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