Élevage

Publié le 04/05/2016

Une réunion historique. C'est ainsi que Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, a qualifié la soirée du lundi 2 mai à Schiltigheim. Elle a permis aux éleveurs livrant à Copvial SA, en redressement judiciaire depuis le 25 avril, de faire le point sur les perspectives d'avenir de l'abattoir, et par là même sur celui de leurs créances.

Devant une salle bondée, Jean-Louis Siegrist, président de Copvial, déclare : « La situation est grave, car notre filiale Copvial SA a déposé le bilan le 25 avril ». La procédure de redressement judiciaire est assez inédite dans le monde agricole, précise Jean-Paul Bastian. Mais ce n'est pas la fin : elle doit permettre à l'entreprise en difficulté de trouver les moyens de rebondir. « Dans cette situation transitoire, il est important de faire toute la lumière et d'évoquer les pistes pour l'avenir de la filière élevage, les éleveurs, les salariés et tous ceux qui gravitent autour de cette filière. » Ce qui est particulier, dans ce dossier, c'est qu'on parle aussi des créanciers, pas seulement des salariés, poursuit l'administrateur judiciaire, Claude Maxime Weil. « Si on ne trouve pas de solution avec les créanciers, on n'en trouvera pas avec les salariés. » Huit jours plus tard, où en est-on ? Le redressement judiciaire a un effet mécanique, explique l'administrateur judiciaire : toutes les dettes sont gelées. « Toutes les prestations, livraisons et autres facturations faites jusqu'au 25 avril à 0 h sont gelées et font l'objet d'une déclaration de créances chez le mandataire, Me Fabienne Jenner, qui a la charge de les vérifier. De ce fait, Copvial SA n'a plus de dettes mais bénéficie des actifs, des créances à récupérer, donc d'un peu de trésorerie. Sans quoi, on n'irait pas loin. » Pour Claude Maxime Weil, il est important de poursuivre l'activité de Copvial SA. Le tribunal a autorisé une exploitation de six mois, mais une audience intermédiaire aura lieu le 20 juin pour décider des solutions à adopter. « Si on lui propose un plan correct, il le retiendra. » Lorsqu'une société est en redressement judiciaire, il y a deux possibilités, explique-t-il. La première consiste à restructurer l'entreprise et à présenter un plan de redressement par voie d'apurement du passif, les dettes étant alors étalées sur plusieurs années. « Cette solution n'a pas été retenue. Il est impossible de demander à l'unique actionnaire, la coopérative Copvial, d'assurer le fonds de roulement, les investissements nécessaires et le remboursement du passif. » Dès lors, la solution envisagée est un plan de redressement par voie de cession. « L'avantage, pour le repreneur, c'est qu'il ne reprend pas le passif et qu'il peut acquérir les actifs à bas prix. » Copvial SA n'a pas d'actifs importants, les murs de l'abattoir étant la propriété du Crédit Agricole Alsace Vosges, de Groupama Grand Est et du Comptoir agricole. « La totalité des fonds qu'apportera le repreneur servira donc aux investissements futurs et aux besoins en fonds de roulement. » Comment poursuivre l'exploitation jusqu'au 20 juin ? Si les dettes antérieures sont gelées, les dettes nouvelles bénéficient d'un privilège et d'une garantie, selon le code de commerce. Avec une nuance de taille : les salaires ont un superprivilège qui prime celui des créanciers. L'administrateur judiciaire désigné par le tribunal se doit de garantir la possibilité de payer les nouveaux créanciers, indique Claude Maxime Weil. « J'ai donné un feu rouge au paiement des créances à la coopérative, car je dois être en mesure de garantir le paiement de vos nouvelles créances. » Il a donc instauré un "circuit court" : « À partir de lundi, vous libellerez vos factures à Copvial SA qui vous les réglera directement et qui indemnisera la coopérative pour ses prestations. » Toutes les livraisons postérieures au 25 avril au matin seront payées au plus tard à J + 10. Exemple : « La livraison du 25 avril sera payée le 4 mai. Celle du 26 avril sera payée le 6 mai, etc. Le risque pour les éleveurs de continuer à livrer est nul, dans la mesure où nous avons un tableau de trésorerie extrêmement clair. Le grand avantage étant que nos clients finaux, la grande distribution, sont des gens solvables. » Pas d'a priori vis-à-vis d'un éventuel repreneur  Maxime Claude Weil a insisté sur un point crucial : pour éveiller l'intérêt d'un éventuel repreneur, il faut qu'il y ait encore un fonds de commerce. « Vous êtes directement impliqués : vous devez continuer à travailler avec l'abattoir Copvial, sinon il n'y aura plus de chiffre d'affaires. Il faut que vous preniez l'engagement de continuer à approvisionner l'abattoir. » Le timing, malheureusement, n'est pas favorable : « Nous ne pouvons pas rentabiliser l'abattoir, encore moins l'usine de Reichstett, et nous continuons à faire des pertes. Or la loi ne permet pas de poursuivre une activité déficitaire. On ne pourra donc pas vous promettre de vous payer très longtemps. Pour le 20 juin, il faut absolument une solution. » Cette solution, prévient Maxime Claude Weil, ne viendra ni de l'ancienne direction, ni de l'ancien conseil d'administration : il faudra l'intervention d'un tiers. « Nous n'avons pas le temps de nous montrer difficiles. Toute solution est meilleure qu'une liquidation sèche. Il faut donner la possibilité à tout repreneur potentiel de présenter son offre de reprise. C'est le tribunal qui va l'accepter ou non, sachant que le repreneur voudra obtenir l'adhésion des éleveurs. » Le plus urgent est de construire une solution crédible sur le plan économique, financier, et accessoirement commercial, poursuit Me Weil. « Ensuite, tous les autres acteurs vont vous aider. Je vous demande très clairement de maintenir le flux d'activité avec Copvial pendant le mois de mai pour démontrer aux repreneurs votre volonté de poursuivre l'activité et leur donner envie de nous racheter. » Ce n'est pas le moment de quitter le navire, renchérit Jean-Paul Bastian. La profession agricole tout entière se préoccupe de ce dossier depuis longtemps, déclarent tour à tour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, et Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d'Alsace. « Nous avons un rôle politique à jouer, celui de faire en sorte que cela se passe le mieux possible sur vos exploitations », ajoute Franck Sander. Quant à Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, il se dit préoccupé de l'avenir des jeunes éleveurs qui viennent de s'installer. Quelle est l'origine de cette crise ? Les questions fusent dans la salle, sur l'analyse des difficultés de Copvial SA. Elles proviennent, explique le mandataire judiciaire, de l'insuffisance de chiffre d'affaires qui ne lui permet plus de couvrir ses frais fixes. « Il aurait fallu licencier ou investir, mais la société n'avait pas les moyens financiers de le faire », indique l'administrateur judiciaire. L'audit réalisé il y a quelques mois montre que le problème date de 2015, précise Jean-Paul Bastian. « En 2014, les comptes étaient tout juste équilibrés. » La conjoncture, l'effritement du chiffre d'affaires et la reprise de l'usine de Reichstett - qui a engendré à elle seule la moitié des pertes - sont à l'origine de cette crise, explique-t-il. Que se passera-t-il pour les créances antérieures au 25 avril ? « Je ne peux pas vous proposer de solution pour l'instant, affirme Claude Maxime Weil. On ne peut pas conditionner la poursuite d'activité au règlement de la dette antérieure. L'urgence est de trouver un repreneur. On étudiera ce deuxième point dans six semaines. » La priorité agricole de la région S'il y a un plan de reprise, cela permettra de résoudre plus facilement les autres problèmes, insiste Jean-Paul Bastian. « Nous devons nous mobiliser sur ce point. Nous avons rendez-vous mercredi avec les trois principales banques et la BPI pour mettre en place des financements à court terme, sans intérêts, pour faire face aux créances impayées. Il faudra ensuite trouver des solutions avec les différents partenaires pour que ce ne soit pas une perte définitive pour les éleveurs. » La Région et d'autres partenaires suivent de près ce dossier, annonce le vice-président de la Chambre d'agriculture. Beaucoup de questions ont été posées sur la gouvernance du groupe. Ce à quoi Claude Maxime Weil a répondu : « Le président de SAS Copvial reste Jean-Claude Helfer, parce qu'il n'y a pas d'autre candidat. Mais il ne sera pas à l'origine du projet de reprise. Ceux qui veulent du changement en auront. Michel Maire et M. Villier sont désormais aux commandes de l'entreprise, ils veillent à ce que les budgets soient établis de façon simple et claire, pour que je puisse m'engager sur les problématiques de trésorerie. » Les éleveurs livrant des animaux vivants à un autre éleveur de la Copvial seront-ils payés ? Normalement, ces transactions passent par la coopérative, pas par Copvial SA, explique Jean-Paul Bastian. « Il faut trouver une solution à ce problème durant cette période intermédiaire, afin qu'il ne vienne pas envenimer le débat. Si le 1er juin nous avons des pistes sérieuses pour un projet d'avenir, tous les autres problèmes trouveront une solution. »

Publié le 04/05/2016

En 2015, Interbev Alsace a poursuivi ses actions de communication en faveur de la viande. Une communication parfois mise à mal par les attaques des associations de protection animale.

Interbev Alsace, l’échelon régional de l’interprofession bétail et viande, a mené de nombreuses opérations de communication et de mise en avant des viandes en 2015. Ambre Edde, animatrice de l’association depuis février, en a donné le détail lors de l’assemblée générale d’Interbev Alsace, le 18 avril à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Avec son soutien, les producteurs de l'Association de production animale de l'Est (Apal) et de Copvial ont réalisé plus de 70 journées d’animation dans les grandes et moyennes surfaces alsaciennes, en binôme avec une animatrice d’Interbev. Huit journées de promotion des produits tripiers ont également été organisées, toujours dans les GMS, en relation avec un industriel du secteur. D’autres opérations ont été menées en direction du grand public, pour plus de 32 000 euros. Il s’agissait là davantage de « communication sociétale » que d’actions de promotion directe des viandes. Ainsi, Interbev Alsace était étroitement associée aux 12 journées « fermes ouvertes » organisées dans des élevages bovins durant l’été 2015, ainsi qu’aux visites d’élevage par les scolaires, qui ont lieu chaque année en mai. Autre moment fort de communication pour Interbev Alsace : la Foire européenne de Strasbourg. Sur un stand deux fois plus grand que l’an passé, des animations et des dégustations se sont succédé pendant les onze jours de foire. Les jeunes du lycée agricole d’Obernai ont prêté main-forte à l’animatrice tandis que des éleveurs et une diététicienne se relayaient pour répondre aux questions du public. Le stand de la Fédération des bouchers, également très animé, permettait de mettre en avant le savoir-faire des professionnels de la viande. À peine un mois plus tard, une opération de communication similaire était mise en place aux Journées d’octobre de Mulhouse.  Made in viande couplé aux fermes ouvertes Cette stratégie de communication en direction du grand public se double d’actions de communication métier. Interbev Alsace finance ainsi l’intervention de bouchers en milieu scolaire, ainsi que le concours du Meilleur ouvrier de France dans la catégorie boucherie. Enfin, l’association s’est associée aux actions de sensibilisation de la restauration hors domicile à l’achat de viande française. Une grande partie de ces actions seront reconduites en 2016, avec un budget prévisionnel de 119 300 €, dont les deux-tiers provenant d’Interbev. L’opération Made in viande, dont la première édition a eu lieu en 2014, sera renouvelée et couplée avec les « fermes ouvertes » à destination des scolaires, du 21 au 25 mai. La création de la grande région va conduire à une réorganisation des comités régionaux d’Interbev, indique Lucien Simler, président d’Interbev Alsace. La structure Alsace va donc se fondre dans un comité Champagne-Ardenne, Lorraine, Alsace. La Lorraine représentant 60 % de l’élevage, la Champagne-Ardenne 23 % et l’Alsace 17 %, « il nous a paru logique que la future interprofession Grand Est soit basée au centre, c’est-à-dire à Laxou ». Lucien Simler, qui estime « avoir fait son temps », laissera à d’autres « le soin de monter cette structure ».  Les présidents des comités régionaux d’Interbev du Grand Est ont rencontré dernièrement Pascale Gaillot, présidente de la commission agricole du Conseil régional. Ils lui ont proposé de soutenir les actions de communication en faveur de la viande. « En 2017, l’argent sera versé à une structure unique, à nous de le répartir, explique Lucien Simler. Rien n’empêche qu’on garde les animateurs sur le terrain dans les trois anciennes régions. » Une communication de fond, positive À un éleveur qui s’inquiète des effets de la crise laitière sur le marché de la viande, Jean-Luc Bouton, coordinateur des comités régionaux Interbev, confirme que ceux-ci se font déjà sentir. « La décapitalisation dans les élevages laitiers amène de la viande à bas prix qui perturbe le marché », constate aussi David Bloch, vice-président d’Interbev Alsace. Daniel Dreyfus, représentant du syndicat des marchands de bestiaux, n'est pas convaincu de l'utilité de Made in Viande que Jean-Luc Bouton présente comme « l’opération de communication la plus rentable en retour médias » organisée par l’interprofession ces dernières années. Dotée d’un budget de 750 000 €, soit 21 € la tonne, cette opération s’inscrit dans le cadre de la communication métier, précise le coordinateur des comités régionaux d’Interbev. « C’est 21 € de trop car on ne vend pas plus et on ne vend pas mieux », rétorque Daniel Dreyfus.  Jacqueline Balzer interroge Jean-Luc Bouton sur la réponse envisagée par l’interprofession suite aux vidéos de maltraitance dans les abattoirs diffusées par l’association L214. « Ces vidéos nous font beaucoup de tort. Sur ce type d’attaques, réagir fait beaucoup plus de mal et ne sert à rien », argumente Jean-Luc Bouton, soulignant que la seule réponse possible est « une communication de fond, positive, comme elle se pratique avec Made in viande. Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, approuve. Cette opération, qui a le mérite d’exister et de mettre en avant la filière et ses métiers, est redimensionnée cette année : 600 à 700 lieux (élevages, boucheries, rayons viande des GMS) ouvriront leurs portes dans toute la France, dont une quinzaine en Alsace, contre 2 000 en 2014.

Redressement judiciaire de Copvial SA

Lundi noir pour l'élevage alsacien

Publié le 27/04/2016

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs allaient bon train sur les difficultés du groupe Copvial, sans qu'il n'y ait de démenti. Ce lundi 24 avril, le couperet est tombé : la SA qui gère l'abattoir de Holtzheim a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de grande instance de Strasbourg et est à la recherche d'un repreneur.

Les dettes se sont accumulées à l'abattoir de Holtzheim, la crise de l'élevage et la suspension des cotations au marché au cadran ayant provoqué un effondrement des cours. La perte de débouchés avec la disparition de Coop Alsace et l'acquisition de l'usine de Reichstett n'ont pas arrangé les choses. La gestion de la crise aurait empêché les dirigeants du groupe Copvial de s'atteler de manière efficace au démarrage de cette activité de transformation. Mais pendant ce temps, il fallait continuer à payer les salaires, le rachat de cette activité s'étant accompagné d'une reprise du personnel. Bref, le déficit s'est creusé au fil des semaines pour arriver à la cessation de paiement fixée a posteriori au 31 mars 2016. Un audit a été commandité mais ses conclusions sont restées confidentielles. Un expert a été mandaté fin mars, Michel Maire, spécialisé dans la gestion des outils d'abattage. C'est lui qui aujourd'hui est à la manœuvre pour sauver l'outil au côté du mandataire judiciaire. Concrètement, le placement en redressement judiciaire de la SA, présidée par Jean-Claude Helfer, ce lundi, ne signifie pas la cessation d'activité. C'est le début d'une période d'observation de six mois avec un renvoi pour examen au tribunal le 20 juin prochain, sous l'égide d'un administrateur judiciaire, Me Claude-Maxime Weil, et d'un mandataire, Me Fabienne Jenner, pour représenter les créanciers. À ce stade, Me Weil considère qu'« un plan d'apurement du passif ne sera pas suffisant pour redresser la situation et que la solution passe par un repreneur, local ou extérieur à la région ». Il affirme que des pistes sérieuses sont à l'étude. « Les éleveurs doivent impérativement continuer à livrer, d'une part parce que le paiement à compter du 25 avril leur est garanti et d'autre part, parce qu'il faut préserver la cohésion et l'esprit coopératif pour pérenniser la filière jusqu'au jugement du 20 juin », date à laquelle pourrait intervenir le repreneur. Les modalités (règlement des éleveurs par la SA ou la coopérative) et les délais sont toutefois encore à l'étude juridiquement et devraient être précisés fin de semaine, confirme Michel Maire, pour qui la situation doit être rapidement clarifiée. Garder les clients Car pour l'expert, « tout doit être mis en œuvre pour honorer les commandes de nos clients dans l'attente d'un repreneur en recherche de capacité et qui pourrait apporter du chiffre d'affaires nouveau à l'entreprise. Les commandes partent tous les jours, aussi est-il difficile pour l'instant de mettre en place des mesures de chômage technique. Aujourd'hui, ce qu'il faut faire, c'est assurer qu'il y ait le moins possible d'évaporation de clients et faire fonctionner la chaîne. » « Pour les livraisons qui ont été faites avant le 25 avril, la situation est gelée pour l'instant, il faudra trouver une solution ultérieurement. » précise encore Me Weil. Dans ce type de procédure, la priorité des créanciers se fait dans l'ordre suivant : salariés, dettes fiscales et sociales, les fournisseurs arrivant en dernier. Si globalement quatre semaines de livraison de bétail n'ont pas été réglées, l'entreprise a également accumulé des dettes sociales, notamment auprès de la Caisse d'assurance-accidents agricole et de la Mutualité sociale agricole. La MSA avait mis en place un échelonnement du paiement des cotisations patronales fin décembre pour l'aider à passer ce cap difficile. Ce coup de pouce n'a pas suffi. David Herrscher, son président, regrette « une prise de conscience beaucoup trop tardive » des responsables de l'entreprise de la gravité de la situation. « Copvial, c'est 650 producteurs concernés, mais également plus de 200 salariés. » (Ndlr : 112 à Holtzheim et 78 à Reichstett). Quoiqu'il arrive, la MSA se tient prête. Christelle Jamot, directrice de la MSA, confirme que le conseil d'administration souhaite la mise en place d'un plan d'accompagnement des éleveurs dans l'hypothèse où ils devraient assumer des retards de paiement qui tendraient un peu plus les trésoreries. Elle espère pouvoir travailler avec le mandataire pour identifier au plus vite les éleveurs concernés ; ces derniers peuvent également directement se manifester auprès de la MSA. Concernant les salariés, le paiement de leurs salaires et leurs droits sociaux sont garantis pendant la période d'observation. La MSA se prépare également à accompagner au mieux les salariés pour les rassurer sur leurs droits. Du côté du Crédit Agricole, on anticipe également pour faire face à tous les scénarios. « Nous ne pourrons pas régler tous les problèmes mais nous aiderons les éleveurs à régler leurs échéances à court terme » assure Henri Buecher, président de la Caisse régionale Alsace Vosges. Thomas Dutot, responsable du marché de l'agriculture, précise que tout sera mis en œuvre pour faire face aux impasses de trésoreries qui seraient liées au dossier. La coopérative n'est pas en cessation de paiement Pour la coopérative Copvial, l'enjeu est de préserver un outil de collecte, au service des éleveurs. Jean-Louis Siegrist, son président, tient à rassurer les éleveurs : « La coopérative n'est pas en cessation de paiement, elle continue d'assumer son rôle, la collecte des animaux et les services techniques. » Rappelons que le groupe Copvial n'est pas propriétaire des locaux de l'abattoir de Holtzheim, qui a été racheté par les membres de la SCI Synergie lors d'un précédent plan de crise, il y a une dizaine d'années ; la SCI rassemble Groupama Grand Est, Crédit Agricole et le Comptoir agricole. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, la priorité est de connaître au plus vite la situation exacte et de savoir comment les éleveurs vont pouvoir être payés. « Il est primordial que l'administrateur donne des garanties sur le paiement des éleveurs pour assurer la continuité de l'abattoir. L'Alsace doit garder des outils, pour organiser une filière totale de viande bovine et porcine du producteur au consommateur. Le juridique va dicter un certain nombre de choix pratiques mais tous les partenaires sont d'accord sur les enjeux à défendre, pour maintenir un outil de transformation proche du bassin de production, répondre aux attentes sociétales sur un approvisionnement de proximité et le bien-être animal sans oublier les salariés et leur famille. » Un point de vue partagé par Thomas Gillig, président des Ja 67. Il estime que le maintien d'un outil de transformation est vital pour la pérennité des débouchés notamment dans la filière porcine où de nombreux jeunes sont installés. « Il faut également des perspectives pour débloquer des dossiers d'installation qui sont actuellement dans les cartons. » Les FDSEA du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la Chambre d'agriculture d'Alsace et la Copvial organiseront dans les prochains jours une réunion d'information à l'attention des éleveurs avec d'ici là des réponses concrètes sur la question du paiement. Toute la profession agricole est mobilisée, et « nous ferons tout pour trouver des moyens pour aider les éleveurs », précise Franck Sander. La Chambre d'agriculture propose d'ores et déjà aux éleveurs un accompagnement technique et économique, annonce Laurent Wendlinger, son président (lire encadré).  Cet outil d'abattage est, selon les spécialistes, vital pour la filière porcine alsacienne. Car si les gros bovins peuvent être acheminés vers les abattoirs les plus proches dans le Grand Est, il n'en va pas de même pour les porcs, plus sensibles au stress durant le transport. Certains éleveurs de porcs ont cependant déjà exploré d'autres pistes, comme l'abattage en Allemagne. Cette situation pourrait générer une réflexion générale sur les filières d'abattage dans le Grand Est, selon Patrick Bastian, conseiller régional. Car Holtzheim n'est pas le seul abattoir qui doit revoir son positionnement. Ce problème local s'inscrit dans un contexte national délétère pour les abattoirs où à la crise de l'élevage, s'est ajoutée une crise morale sur le bien-être animal.

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