Publié le 23/06/2016
Installé hors cadre familial à Soultzeren, Fabien Barre ne ménage pas ses heures pour respecter la feuille de route qu’il s’est fixée avec l’ambition de créer le plus de valeur ajoutée possible grâce au lait de ses chèvres.
Fabien Barre est tombé dans la vallée de Munster quand il était petit ! « Ma passion pour l’élevage a démarré en voyant les Vosgiennes du voisin de ma grand-mère à Mittlach où je me rendais régulièrement » se rappelle le jeune Colmarien. Il se forme aux productions végétales et animales, à la gestion, à Rouffach, Obernai et au CFA et enchaîne les postes de salarié agricole. Fabien découvre les chèvres lors d’une saison d’alpage. « Avant, je ne savais pas ce que c’était. Ce sont des animaux assez compliqués à conduire, mais attachants. Et puis ils permettent de s’installer avec moins de foncier ». Une fois sa décision prise, Fabien complète sa formation par une certification en élevage caprin au lycée de Davayé, en Saône-et-Loire. Sa chance est d’avoir une tante qui élève dix vaches à Soultzeren. En 2013, elle lui vend la stabulation entravée qui logeait jusque-là ses bovins et accepte de lui céder un bail sur 30 ha. Fabien trouve dix hectares de pâture supplémentaires à louer à quinze kilomètres. Fabien visite une vingtaine d’élevages et s’en inspire comme pour ce tiroir qui lui permet de distribuer et de mettre facilement à disposition les granulés à ses chèvres une fois bloquées sur le quai de traite. Il aménage une chèvrerie de soixante places et investit dans une fromagerie fonctionnelle. L’ensemble du projet lui revient à quelque 300 000 €. Environ un tiers de cette dépense est couvert par des aides. En décembre 2013, l’élevage accueille son troupeau : trois boucs et 48 chevrettes de trente jours achetées dans un élevage aveyronnais qui trait plus 1 000 litres/tête et par an. « Je les voulais potentiellement productives et jeunes pour qu’elles s’habituent à moi et à leurs conditions de vie ici. Elles sortent tous les jours entre 9 et 17 h, même quand il pleut. Elles s’abritent sous les arbres » indique-t-il. Fabien ne les vaccine pas, mais il se méfie des parasites. Il suit l’évolution de la pression par une analyse coprologique mensuelle, incorpore en préventif un mélange de plantes broyées et mise sur l’action antiparasitaire des feuilles et écorces que ses animaux consomment dans la journée. Dès 6 h 30, il sert 100 g de foin récolté en enrubanné par tête pour qu’un tapis de fibres occupe leur panse. Sur le quai de traite il leur distribue 300 g de concentré à 18 % de protéines. Il leur redonne la même dose lors de la traite du soir. « Cet aliment bio me revient à 555 €/t. Autant l’économiser et valoriser la friche ! De plus, pour les fabrications, vaut mieux privilégier la régularité de la production plutôt qu’un pic » commente l’éleveur. Il vise une performance moyenne de 650 litres/tête/an avec des animaux en bonne santé et sans problème de fertilité. Une échographie systématique confirme les gestations. Fabien adhère aussi au contrôle laitier. « Je veux du résultat » insiste-t-il. 60 % de production en frais Le jeune éleveur transforme chaque jour tout le lait de ses chèvres. « Je ne livre à aucune laiterie. Je n’ai donc pas le choix » dit-il. Pour mieux s’organiser, il a déplacé la fabrication du matin en soirée en mélangeant les deux traites. Il moule simultanément par soixante pièces les chèvres frais de 115 à 120 g, nature ou aromatisés à l’ail des ours. Ils sont prêts à la vente en un peu plus de deux jours. Il affine également des galets en dix jours minimum. La tomme qui sort après trois à quatre semaines d’affinage sert à gérer le lait disponible. Le frais représente environ 60 % de la production, mais Fabien compte encore augmenter sa part. « La valorisation est meilleure. C’est mieux que de produire plus de lait et de se retrouver à devoir le brader ! » calcule-t-il. C’est pourquoi dans un second temps, il a investi dans un groupe froid et un humidificateur qui lui permettent d’améliorer la qualité de ses produits. La vente directe est le débouché logique de la démarche dans laquelle Fabien est engagé. Il pratique un prix inférieur de 5 cents par chèvre frais pour les personnes qui grimpent jusqu’à son élevage, à 800 m d’altitude. Il écoule une autre partie auprès de grandes surfaces, de l’un ou l’autre restaurateur, dans des épiceries fines. Mais aidé de son apprentie, il vend l’essentiel de sa production sur trois marchés distants d’une trentaine de kilomètres sur lesquels il n’y avait pas jusqu’à présent d’offre en chèvre. « Mon premier marché remonte à mars 2015. J’ai déjà une petite clientèle d’habitués qui s’est constituée » se félicite Fabien. Depuis peu, il participe à un marché à la ferme qui vient de se lancer et il se rendra sur un autre qui durera le temps de l’été. Quand il se déplace ainsi, Fabien termine sa journée vers 23 h, deux heures plus tard que d’habitude. Ce manque de temps lui a fait abandonner sa responsabilité de président cantonal des JA. « J’ai la tête dans le guidon. Je prélève très peu » avoue Fabien. « Dans l’immédiat, je veux mettre l’exploitation sur pied. Je ne dépasserai pas les soixante chèvres pour lesquelles j’ai de la place. Mon objectif est de faire simple en restant une exploitation de montagne bio à taille humaine ».












