Élevage

Abattoir de Holtzheim

Le groupe Bigard emporte le morceau

Publié le 30/06/2016

L'offre de reprise de l'abattoir de Holtzheim présentée mardi dernier par le groupe Bigard a été acceptée par le tribunal de grande instance de Strasbourg. Après avoir traversé une grande tourmente, l'avenir de cet outil est donc scellé, le nouveau propriétaire évoquant même des perspectives de développement. Reste aux producteurs à s'organiser.

L'heure était au soulagement, à l'issue de l'audience au palais de justice de Strasbourg. « Soulagement, car il y aura encore une filière locale de production demain », a indiqué Laurent Ulrich, éleveur de porc à Kleinfrankenheim. Jean-Paul Bigard, patron du groupe Bigard, et son fils Mathieu ont fait le déplacement à Strasbourg, en compagnie de leurs avocats, pour plaider leur dossier devant la juge de la chambre commerciale du tribunal de grande instance. À leur côté, Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d'Alsace, Franck Sander, président, et Patrick Bastian, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin et conseiller régional, Laurent Ulrich, responsable du groupe porc, Mathieu Schneider, porte-parole des éleveurs de porc chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, et Laurent Klein, éleveur de porc à Griesheim-sur-Souffel. « C'était une demande de l'administrateur judiciaire, Me Claude-Maxime Weil, pour témoigner de la volonté des éleveurs alsaciens d'assurer la poursuite d'une activité d'abattage dans la région », indique Frank Sander. La juge les a entendus : elle a validé l'offre de reprise de l'abattoir de Holtzheim (terrains et bâtiments) par le groupe Bigard, au prix d'1 € symbolique. Le nouveau propriétaire prendra possession des lieux le 4 juillet prochain. Optimiser l'outil Démarrer petit pour grandir vite, telle est l'ambition de Jean-Paul Bigard. D'ici deux ans au plus tard, il veut arriver à une cadence de 3 000 porcs et de 400 à 500 bovins par semaine, à comparer avec la production d'avant la crise, qui était de 2 000 à 2 500 porcs et de 150 à 200 bovins. « L'abattoir devrait atteindre rapidement sa pleine capacité qui est de 30 000 tonnes », estime Patrick Bastian, le patron du groupe Bigard n'ayant pas souhaité s'exprimer devant la presse. « Le nouveau patron veut démarrer à bas régime, et même arrêter certaines chaînes pour les moderniser. Si tout se passe bien, d'ici deux ans, le nombre de salariés devrait être équivalent à celui d'aujourd'hui. » En attendant, le groupe Bigard a annoncé son intention de recentrer son activité sur le site de Holtzheim, en rapatriant notamment les activités de sa filiale ABG, basée au marché gare de Strasbourg et spécialisée dans la découpe de viande de porc. « Il veut aller plus loin dans la découpe, précise Patrick Bastian. Selon son avocate, il a même l'intention de construire un nouveau bâtiment sur le site. » « Nous ne lui avons pas déroulé le tapis rouge, précise Laurent Ulrich avec son franc-parler habituel. Mais ce sera pour nous un nouveau partenaire. » « Il ne nous a pas demandés d'engagement écrit, il nous fait confiance », insiste Franck Sander. Dans l'intérêt des éleveurs, des salariés et de la filière viande locale, tout a été mis en œuvre pour que le groupe Bigard puisse reprendre l'abattoir, souligne Franck Sander. « Tous les partenaires du monde agricole se sont montrés raisonnables et certains, comme les membres de la SCI Synergie, ont accepté de faire d'importantes concessions, en cédant les 4 hectares de terrains et les bâtiments pour l'euro symbolique. » L'enjeu, il est vrai, était de taille : la disparition de l'outil aurait sonné le glas de la production locale, estime Frank Sander. « Il n'y aurait plus eu de filière courte. C'est encore plus vrai pour la viande de porc, l'abattoir le plus proche se situant à Orléans. Avec la reprise par le groupe Bigard qui a clairement exprimé sa volonté d'investir dans cet outil, tous les éleveurs alsaciens pourront envisager de se développer. » Patrick Bastian ajoute : « La commune de Holtzheim et le Conseil régional d'Alsace ont investi beaucoup d'argent dans cet outil, c'était important d'assurer sa pérennité. Philippe Richert, président de la Région Grand Est, et son vice-président, Philippe Mangin, ont demandé personnellement à Jean-Paul Bigard de venir étudier le dossier. Sinon, il n'y aurait pas eu de repreneur. » « La dette des éleveurs, c'est le sujet majeur » La prochaine étape consiste à trouver une solution pour les éleveurs qui ont essuyé des pertes financières suite au dépôt de bilan de Copvial SA. « Le président de Région s'est engagé à venir en aide aux éleveurs, même si les modalités de ce soutien n'ont pas encore été arrêtées », indique Patrick Bastian. « Les collectivités territoriales veulent nous aider à trouver une solution », poursuit Mathieu Schneider. Outre le soutien de la Région, nous avons obtenu celui du Conseil départemental du Bas-Rhin. Et Robert Herrmann, président de Strasbourg Eurométropole, nous a affirmé lors de l'opération La Ferme en ville qu'il se sentait très concerné par ce dossier, d'autant que l'abattoir se trouve sur le territoire eurométropolitain. C'est le moment de démontrer qu'au-delà des discours, le « manger local » est une vraie préoccupation des élus locaux. » « La dette des éleveurs est notre préoccupation majeure, confirme Franck Sander. Nous avons obtenu que les banques accordent des prêts à court terme, à un taux d'intérêt très faible, aux éleveurs concernés pour nous permettre de trouver des solutions. Nous consacrerons l'été au règlement de ce dossier. » Laurent Ulrich précise : « Pour les éleveurs de porc, l'ardoise correspond à un mois de production. Dans la conjoncture actuelle, c'est juste pas possible. » Un autre chantier s'ouvre aux responsables professionnels pour garantir la pérennité des élevages alsaciens. Il s'agit de structurer durablement la collecte des animaux. De fait, les adhérents de Copvial n'ont pas attendu le dépôt de bilan de la coopérative, intervenu le 27 juin, pour s'organiser. Ils se sont rapprochés de l'union de commercialisation Cloé, en Lorraine, pour assurer la continuité de l'activité de collecte. Rendez-vous vendredi 1er juillet à Schiltigheim La phase suivante consistera à créer, au sein du Comptoir agricole, une section élevage qui reprendra certaines prestations assurées jusqu'ici par Copvial, comme le conseil, la vente d'aliments, l'achat de broutards. C'est cette structure qui sera l'interlocuteur de Cloé, à l'avenir. Pour faire le point sur l'ensemble de la situation, une réunion d'information est organisée ce vendredi 1er juillet à 20 heures à la Maison de l'agriculture de Schiltigheim, à l'invitation de la FRSEA, des Jeunes Agriculteurs et de la Chambre d'agriculture d'Alsace. En présence de Bruno Collin, président de l'union de coopératives Cloé, les modalités pratiques de la poursuite de l'activité de collecte, d'abattage et de paiement des animaux seront présentées aux éleveurs. De son côté, le Comptoir agricole en dira plus sur la création de la section élevage.

Abattoir départemental de Cernay

Il fête ses 10 ans 

Publié le 30/06/2016

Créé en 2006 avec le soutien du conseil départemental du Haut-Rhin, l'abattoir de Cernay est devenu un équipement indispensable au développement des filières locales. Il permet de maintenir une activité d'élevage de taille humaine et dynamique dans le département, grâce à une transformation de proximité alimentant une filière courte de qualité. 

C'est en présence du président du comité départemental du Haut-Rhin Eric Straumann, de nombreux élus locaux et de représentants de la profession et de l'administration agricole que s'est déroulée cette réception le 23 juin dernier. La première partie de la matinée a été consacrée à la visite des installations en présence du personnel. L'occasion pour Eric Straumann de questionner le président de l'abattoir, Denis Nass, sur les conditions d'abattage. « Il y a des images qui ont fait beaucoup de mal. Il faut donc rassurer les consommateurs ». Denis Nass le rassure immédiatement et explique le fonctionnement de cet outil de proximité à taille humaine. Un peu plus tard, Eric Straumann précise. « Une commission d'enquête sur les conditions d'abattage en France s'est constituée et travaille actuellement. Il faut en effet avoir un langage clair vis-à-vis des consommateurs, sans, dans le même temps, généraliser les excès. On semble se diriger vers la mise en place de caméras de surveillance pour rassurer tout le monde et permettre aux abattoirs de poursuivre leurs activités. Un abattoir, ici comme ailleurs, n'est pas un lieu connu ». Denis Nass est dubitatif : « L'installation de ces caméras risque de poser des questions sur le "canevas" imposé. Et au niveau technique, cela peut être compliqué ». Développer l'outil L'ouverture de cet abattoir en 2006 faisait également suite à la fermeture de celui de Colmar en 2001. « Il était vital, avec cet outil, de permettre le maintien des activités de l'élevage départemental et, par voie de conséquence, le maintien des surfaces herbagères dans les zones de captage afin de mieux protéger la qualité des eaux, mais également de développer des produits du terroir. Merci au conseil départemental du Haut-Rhin, et surtout à Rémy With et Michel Habig pour leur aide. Notre chiffre d’affaires progresse et la totalité des arriérés de paiement au conseil départemental est soldée. Nous œuvrons maintenant pour développer l'outil et créer de nouveaux services comme la mise en place d'un outil de transformation de charcuterie », explique Denis Nass. La profession considère cet abattoir départemental d'autant plus nécessaire que, dans le Bas-Rhin, celui d'Holtzheim vit des moments difficiles. « C'est la raison pour laquelle nous devons continuer à travailler sérieusement, à structurer nos actions et développer nos services pour permettre, avec la mise en place d'un atelier de transformation de charcuterie, de proposer aux consommateurs une gamme de produits finis plus élaborée, commercialisée sous forme de caissettes, en harmonie avec leurs demandes », ajoute Denis Nass. Des propos complétés, au nom de la Chambre d'agriculture d'Alsace, par Sébastien Stoessel. « La Chambre est aux côtés de l'abattoir pour développer encore davantage cet outil de proximité. Elle est là pour accompagner les producteurs au niveau technique, mais également au niveau de la profession car cela demande un suivi et de la rigueur. Nous devons pérenniser, tous ensemble, cette dynamique et avancer ». Des propos salués par Eric Straumann qui se félicite que cet abattoir fonctionne bien. « Compte tenu de la mission que le conseil départemental remplit en sa qualité de gestionnaire des cantines scolaires, nous profitons de cette journée pour vous informer que nous sommes tout à fait disposés à répondre aux besoins de ces établissements, par des produits issus des élevages locaux, à des conditions financières équitables, destinées à faire vivre décemment nos outils de production de proximité et ceux qui les servent ». Et de rappeler en conclusion que l'abattoir de Cernay, c'est aussi quinze postes de travail créés dans un bassin d'emploi fragilisé, mais surtout quinze professionnels compétents, volontaires et motivés.

Publié le 23/06/2016

Installé hors cadre familial à Soultzeren, Fabien Barre ne ménage pas ses heures pour respecter la feuille de route qu’il s’est fixée avec l’ambition de créer le plus de valeur ajoutée possible grâce au lait de ses chèvres.

Fabien Barre est tombé dans la vallée de Munster quand il était petit ! « Ma passion pour l’élevage a démarré en voyant les Vosgiennes du voisin de ma grand-mère à Mittlach où je me rendais régulièrement » se rappelle le jeune Colmarien. Il se forme aux productions végétales et animales, à la gestion, à Rouffach, Obernai et au CFA et enchaîne les postes de salarié agricole. Fabien découvre les chèvres lors d’une saison d’alpage. « Avant, je ne savais pas ce que c’était. Ce sont des animaux assez compliqués à conduire, mais attachants. Et puis ils permettent de s’installer avec moins de foncier ». Une fois sa décision prise, Fabien complète sa formation par une certification en élevage caprin au lycée de Davayé, en Saône-et-Loire. Sa chance est d’avoir une tante qui élève dix vaches à Soultzeren. En 2013, elle lui vend la stabulation entravée qui logeait jusque-là ses bovins et accepte de lui céder un bail sur 30 ha. Fabien trouve dix hectares de pâture supplémentaires à louer à quinze kilomètres. Fabien visite une vingtaine d’élevages et s’en inspire comme pour ce tiroir qui lui permet de distribuer et de mettre facilement à disposition les granulés à ses chèvres une fois bloquées sur le quai de traite. Il aménage une chèvrerie de soixante places et investit dans une fromagerie fonctionnelle. L’ensemble du projet lui revient à quelque 300 000 €. Environ un tiers de cette dépense est couvert par des aides. En décembre 2013, l’élevage accueille son troupeau : trois boucs et 48 chevrettes de trente jours achetées dans un élevage aveyronnais qui trait plus 1 000 litres/tête et par an. « Je les voulais potentiellement productives et jeunes pour qu’elles s’habituent à moi et à leurs conditions de vie ici. Elles sortent tous les jours entre 9 et 17 h, même quand il pleut. Elles s’abritent sous les arbres » indique-t-il. Fabien ne les vaccine pas, mais il se méfie des parasites. Il suit l’évolution de la pression par une analyse coprologique mensuelle, incorpore en préventif un mélange de plantes broyées et mise sur l’action antiparasitaire des feuilles et écorces que ses animaux consomment dans la journée. Dès 6 h 30, il sert 100 g de foin récolté en enrubanné par tête pour qu’un tapis de fibres occupe leur panse. Sur le quai de traite il leur distribue 300 g de concentré à 18 % de protéines. Il leur redonne la même dose lors de la traite du soir. « Cet aliment bio me revient à 555 €/t. Autant l’économiser et valoriser la friche ! De plus, pour les fabrications, vaut mieux privilégier la régularité de la production plutôt qu’un pic » commente l’éleveur. Il vise une performance moyenne de 650 litres/tête/an avec des animaux en bonne santé et sans problème de fertilité. Une échographie systématique confirme les gestations. Fabien adhère aussi au contrôle laitier. « Je veux du résultat » insiste-t-il. 60 % de production en frais Le jeune éleveur transforme chaque jour tout le lait de ses chèvres. « Je ne livre à aucune laiterie. Je n’ai donc pas le choix » dit-il. Pour mieux s’organiser, il a déplacé la fabrication du matin en soirée en mélangeant les deux traites. Il moule simultanément par soixante pièces les chèvres frais de 115 à 120 g, nature ou aromatisés à l’ail des ours. Ils sont prêts à la vente en un peu plus de deux jours. Il affine également des galets en dix jours minimum. La tomme qui sort après trois à quatre semaines d’affinage sert à gérer le lait disponible. Le frais représente environ 60 % de la production, mais Fabien compte encore augmenter sa part. « La valorisation est meilleure. C’est mieux que de produire plus de lait et de se retrouver à devoir le brader ! » calcule-t-il. C’est pourquoi dans un second temps, il a investi dans un groupe froid et un humidificateur qui lui permettent d’améliorer la qualité de ses produits. La vente directe est le débouché logique de la démarche dans laquelle Fabien est engagé. Il pratique un prix inférieur de 5 cents par chèvre frais pour les personnes qui grimpent jusqu’à son élevage, à 800 m d’altitude. Il écoule une autre partie auprès de grandes surfaces, de l’un ou l’autre restaurateur, dans des épiceries fines. Mais aidé de son apprentie, il vend l’essentiel de sa production sur trois marchés distants d’une trentaine de kilomètres sur lesquels il n’y avait pas jusqu’à présent d’offre en chèvre. « Mon premier marché remonte à mars 2015. J’ai déjà une petite clientèle d’habitués qui s’est constituée » se félicite Fabien. Depuis peu, il participe à un marché à la ferme qui vient de se lancer et il se rendra sur un autre qui durera le temps de l’été. Quand il se déplace ainsi, Fabien termine sa journée vers 23 h, deux heures plus tard que d’habitude. Ce manque de temps lui a fait abandonner sa responsabilité de président cantonal des JA. « J’ai la tête dans le guidon. Je prélève très peu » avoue Fabien. « Dans l’immédiat, je veux mettre l’exploitation sur pied. Je ne dépasserai pas les soixante chèvres pour lesquelles j’ai de la place. Mon objectif est de faire simple en restant une exploitation de montagne bio à taille humaine ».

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