Élevage

Publié le 19/05/2016

À seulement 16 ans, Lucas Ritzenthaler prépare son deuxième concours en tant que présentateur de génisse. Il défilera samedi soir à Brumath avec Elfie. Son frère Yves, 20 ans, présentera la même prim'holstein le dimanche pour le concours de morphologie. 

En octobre dernier, à Habsheim, Lucas Ritzenthaler était à la cinquième place sur huit pour la présentation de génisses, mais dernier en morphologie. Ce résultat est devenu une motivation, pour évoluer et devenir meilleur. Lucas est élève en première bac pro Conduite et gestion d'exploitation agricole (système à dominante élevage) à la maison familiale et rurale de Ramonchamp (Vosges). C'est son père Alfred, dit Freddy, qui l'a inscrit à l'école des jeunes présentateurs. Le fils y est allé sans conviction au départ, puis avec un réel plaisir. « La tonte, le lavage, le défilé, les postures, le règlement, je n'y connaissais rien. Cette formation m'a beaucoup apporté. Depuis que je suis petit, je vis auprès des animaux. Le mercredi, lorsqu'il n'y avait pas école, je me réjouissais de pouvoir passer la journée avec eux. Désormais, grâce à cette préparation au concours, j'ai appris à me contrôler, à être plus calme et patient. De petites erreurs peuvent vite modifier le comportement de la génisse ». Un concours, une convivialité entre éleveurs Lors du concours, il a apprécié la convivialité entre éleveurs. « Alors que je ne connaissais personne, j'ai été très bien accueilli. Que l'on soit éleveur de holstein ou de montbéliarde, on ne se sent jamais seul, on s'encourage mutuellement. » Cela n'empêche pas la compétition, Lucas espère une troisième place en présentation. Pour la morphologie, ce sera son frère Yves qui interviendra. « La morphologie est importante, et cela peut nous être utile dans notre élevage pour améliorer la génétique, reconnaît Lucas. Nous avons fait venir des généticiens afin de choisir la bête la plus adaptée ». Après de sérieuses réflexions, c'est Elfie, 11 mois qui a été sélectionnée, pour son esthétique et sa couleur blanche notamment. Depuis fin mars, il l'entraîne une heure tous les dimanches. Elle est assez docile, mais il lui arrive de douter, sans que son éleveur ne sache pourquoi. Pour Freddy, l'enjeu est de présenter la qualité des animaux de l'exploitation : « Jebsheim comptait beaucoup de laitiers, il y a quelques années. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que deux. Yves est le seul jeune agriculteur à produire du lait dans le canton ». Lucas souhaite obtenir un BTS puis s'installer. L'exploitation s'y prépare en développant le cheptel. La laiterie a accepté une augmentation conséquente de son litrage. Toutes les femelles sont conservées pour préparer le renouvellement, le robot de traite est surchargé. L'installation d'une deuxième machine est prévue. Lucas espère pouvoir s'installer d'ici trois ans. Pour ce faire, Freddy et Yves prévoient déjà une sortie d'exploitation, poussés par les conséquences d'un incendie survenu l'été dernier.

Publié le 11/05/2016

La collecte de lait bio par Biolait prend de l'ampleur. Démarrée le 1er janvier 2015 avec un volume de 800 000 litres collectés auprès de cinq fermes du Haut-Rhin et de Franche-Comté, elle va bientôt doubler. Christophe Ringeisen, chargé de mission à l'Opaba constate cette belle croissance.

Christophe Ringeisen suit ce dossier puisqu'il est en charge, à l'Opaba, de l'animation territoriale renforcée dans le Haut-Rhin, et notamment dans le sud du département. Parmi ses dossiers, celui de la filière du lait bio à travers le projet de recherche de valorisation. Projet qui a véritablement démarré le 1er janvier 2015 avec un collecteur, Biolait, qui a accepté de collecter du lait bio dans le Haut-Rhin. « C'est un collecteur 100 % bio qui rassemble plus du tiers du marché de lait bio collecté en France. C'est une structure qui a été créée dès 1994. Cela a démarré dans l'ouest de la France avec six collecteurs du Morbilhan et de Loire-Atlantique. Au fil des années, la structure a grandi et évolué au point d'atteindre désormais les 1 100 producteurs dans tout l'Hexagone », explique Christophe Ringeisen. Dans le Haut-Rhin, quatre professionnels sont engagés dont Frédéric Scherrer à Masevaux (lire par ailleurs). L'objectif initial de Biolait était évidemment de pérenniser cette zone de collecte avec un objectif de volume de 800 000 litres de lait sur l'année. « On va doubler cet objectif. En 2015, de nouveaux professionnels ont fait la démarche pour nous rejoindre. Il y a ensuite le temps de la conversion. Cette dernière est longue, de 18 mois à deux années. Un exemple dans le Haut-Rhin : la ferme Richart à Roppentzwiller. Il y a actuellement une vague de conversion qui peut notamment s'expliquer par la crise actuelle de l'élevage, mais également par la sensibilisation des professionnels pour de nouvelles pratiques agricoles. En 2015, la hausse a été de 5,7 %. La filière attend pas moins de 200 millions de litres de lait supplémentaire d'ici 2018. Cela va répondre à la demande car le marché est porteur. Les consommateurs sont là. Bien évidemment, si cette tendance à la hausse s'accentue encore, il va falloir là lisser dans le temps, l'accompagner et continuer à fédérer les gens. Car, effectivement, la période de conversion est sensible. Elle doit être préparée et anticipée. L'Opaba et la Chambre d'agriculture d'Alsace sont là pour soutenir les professionnels, leur donner des conseils techniques, fructifier avec eux leur réflexion », ajoute Christophe Ringeisen. Il faut également savoir que la filière de lait bio permet de redonner de la place à l'herbe pour l'alimentation du troupeau (affouragement) et d'avoir des systèmes extensifs et autonomes en termes de ration alimentaire. Cela permet d'économiser des charges. Le même prix et sur tout le territoire Il faut dire que la structure de Biolait est appréciée par les producteurs. Biolait a le statut de « société par actions simplifiées » (SAS). Ses principes sont clairs : offrir une valorisation à n'importe quel producteur, et avoir un rôle de développement de la filière bio quelle que soit la zone de production. « Biolait ne fait que collecter et vendre. Il n'y a pas d'intermédiaire. Il n'y a pas de transformation. Biolait a une soixantaine de clients, des laiteries privées, des coopératives ou encore des transformateurs. Biolait gère une flotte de camions qui viennent collecter le lait. De plus, la structure est solide. Biolait vient de fêter son vingtième anniversaire », insiste Christophe Ringeisen. Le fonctionnement de Biolait place la solidarité entre associés au cœur du projet. Les producteurs sont payés le même prix, quelle que soit leur situation géographique. Cette solidarité s'exprime aussi par la mise en place de collectes dans des territoires difficiles. L'ensemble des exploitations laitières de Biolait sont à 100 % en « Agriculture Biologique », label le plus abouti en matière environnementale qui garantit la production d'un lait parfaitement tracé et d'une haute qualité nutritionnelle. Pour autant, à l'Opaba, on prévient également les professionnels. « Pour se lancer, il faut avoir une bonne trésorerie. Le bio n'est pas une solution miracle. Mais, il permet d'offrir de nouvelles perspectives pour l'exploitation. Il convient également d'avoir une réflexion sur la technicité, la maîtrise de principes de l'agro biologie, de savoir utiliser l'herbe au mieux. La réflexion sur le bio se fait sur plusieurs années », ajoute Christophe Ringeisen. Ainsi, l'Opaba est en contact avec plus de 200 professionnels dans la région qui souhaitent évoluer dans leurs pratiques. Ce n'est pas pour autant qu'ils vont franchir le pas. En 2015, il y a eu 37 nouveaux engagements en Alsace dont quatre laitiers. Soit une augmentation de 30 % par rapport à 2014. La dynamique est là. Il s'agit de la pérenniser et de la développer avec le sérieux nécessaire.

Publié le 11/05/2016

Installé depuis juillet 2013, Frédéric Scherrer, 31 ans, pérennise l'exploitation familiale entièrement tournée vers la production biologique. Il ne regrette pas cette orientation qui lui permet d'avoir une réelle vision de son métier, un prix du lait valorisant tout en cumulant compétitivité économique et production de qualité.

Associé avec Yolande en Gaec, Frédéric Scherrer est la cinquième génération de sa famille à produire sur l'exploitation. Il produit 340 000 litres de lait, entièrement en production biologique. Le troupeau, cinquante vaches laitières et leur suite, en tout une centaine de bêtes est essentiellement de race Holstein avec quelques croisées de Vosgiennes. L'essentiel de la production de lait est livré à la coopérative Biolait. Il fait un peu de vente directe. L'exploitation est en production biologique depuis 1999. « À l’époque, il fallait déjà se battre pour avoir un prix du lait correct. Et puis, un jour, plus aucune laiterie ne voulait de notre lait bio. Nous ne faisions pas assez de volume. Fin 2011 je crois, quelques jours avant la fin du contrat, on nous l'a signifié. Notre lait a alors été livré comme du conventionnel et payé comme du conventionnel », explique Frédéric Scherrer. En expliquant cela, le jeune éleveur ne cache pas que cette expérience a été mal vécue par sa famille. En juillet 2013, à l'issue de son traditionnel parcours, il s'installe officiellement sur l'exploitation. Dans ce cadre, il engage d'importants investissements financiers lui permettant de réaliser une nouvelle étable, un nouveau bâtiment de stockage et de matériel. La même année, il assiste à plusieurs réunions organisées par l'organisation professionnelle de l'agriculture biologique en Alsace (Opaba) et l'Agence de l'eau. L'idée est d'intégrer une nouvelle coopérative : Biolait. « Il n'y a pas d'intermédiaires » La démarche le séduit. « J'ai assisté à toutes les réunions. Nous avons vu l'administrateur du secteur. Il a rapidement été convaincu qu'il fallait mettre un camion sur le secteur pour récupérer notre lait. Et j'ai été séduit par cette façon de travailler. De plus, notre système était déjà précisément dans cette façon de faire et de penser. J'ai toujours été convaincu qu'on s'en sortait mieux dans les systèmes extensifs que dans ceux orientés vers l'intensif. Même si certaines charges sont plus élevées. En parallèle, les coûts d'alimentation le sont beaucoup moins », souligne Frédéric Scherrer. Résultat, depuis le 1er janvier 2015, son lait est ramassé et valorisé par Biolait avec un camion qui arrive sur l'exploitation à Masevaux tous les trois jours. Outre le fait qu'il a trouvé un débouché pour son lait, le jeune éleveur se félicite également du prix payé. « C'est beaucoup mieux qu'auparavant. Sur l'année 2015, ce prix a été de 435 euros les 1 000 litres. Et cette année, on tourne autour de 440-445 les 1 000 litres. La grille est différente. Elle se base sur celle de l'ouest de la France où se trouve le siège social de Biolait. Et surtout, ce prix n'évolue pas. Ni à la baisse, ni à la hausse. On connaît notre prix du lait jusqu'au mois de décembre prochain. Il a été décidé lors d'une réunion de structure en février dernier à laquelle tous les producteurs adhérents ont assisté », précise Frédéric Scherrer. Il était évidemment présent à cette réunion. Tous les producteurs qui livrent chez Biolait sont adhérents et ont des parts sociales qui sont minimes dans la coopérative. Il y a une assemblée générale annuelle où tout est fait pour permettre au plus grand nombre de venir. « Là, toutes les décisions importantes sont votées. Tous les bénéfices de Biolait sont divisés pour les producteurs. Cela marche car il n'y a pas d'intermédiaire. Personne ne "s'engraisse" sur notre dos », se félicite le jeune éleveur. Il est lui-même « référent » du groupe pour le Haut-Rhin, le Territoire de Belfort et le Doubs. Cela signifie que quand un éleveur s'intéresse à Biolait, il est possible de l'appeler. Il lui présente alors le fonctionnement. Après ; c'est à l'éleveur de faire son choix. Comme l'Opaba, Frédéric Scherrer insiste cependant sur le fait que pour intégrer ce mode de fonctionnement, il faut, au préalable, avoir bien réfléchi. « Il faut se poser les bonnes questions sur son exploitation, mesurer son poids économique actuel, pouvoir assumer la période de transition et surtout, travailler en étant convaincu par la production bio. On est, par exemple, limité dans les antibiotiques donnés aux vaches. Ici, on utilise l'homéopathie et des produits à base de plantes. Pour l'alimentation, c'est du foin, du regain et du concentré l'hiver. L'été, les bêtes sont en pâturage avec du foin et du concentré. Nous les sortons le plus tôt possible. Cette année, elles sont dehors depuis le 14 mars. Il faut savoir que, dans cette démarche, sans pâturage, il est difficile de s'en sortir économiquement. Le pâturage, c'est ce qui coûte le moins cher. Pour le reste, la traite ne change pas. Mon bâtiment est à logettes sur matelas avec une litière végétale. Il a fallu trouver le temps nécessaire pour faire fonctionner le bâtiment. Mais, là, et depuis cet hiver, il est plein. Il n'y a pas de difficultés », conclut Frédéric Scherrer.

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