En 1918, une souche très virulente du virus de l’Influenza aviaire a fait de 50 à 100 millions de morts, soit plus que la peste noire. C’était la grippe espagnole. C’est la raison pour laquelle ce virus est autant surveillé par les autorités sanitaires. Le récent épisode d’Influenza aviaire dans le sud-ouest de la France a conduit à renforcer les mesures de biosécurité dans les élevages.
Le 10 février 2016, un arrêté relatif aux mesures de biosécurité dans les exploitations de volailles est paru au Journal officiel dans le cadre de la prévention contre l’Influenza aviaire. Depuis le 1er juillet 2016 (sauf demande de dérogation jusqu’en 2018), les élevages de volailles sont soumis à un certain nombre de nouvelles règles : mesures de protection physique des élevages, instauration de la bande unique… Et tout détenteur de volailles doit pouvoir présenter aux autorités publiques un plan de biosécurité.
Pour aider les éleveurs à mettre en œuvre ces mesures sur leur exploitation, Costal organise des sessions de formation animées par le docteur vétérinaire Arnaud Schmitt, spécialiste des volailles. « Il s’agit d’une formation obligatoire et diplômante pour tout éleveur de volaille commercial », précise Mario Troestler qui, en accueillant une de ces sessions de formation le 10 octobre, s’est voulu rassurant : « Pour ceux qui sont soumis au cahier de charges de la production de poulet label, c’est surtout du formalisme, il n’y a pas grand-chose à faire de plus que ce qui y est inscrit ». Ce que confirme Arnaud Schmitt : « Pour les producteurs qui n’élèvent qu’une seule espèce de volaille, l’arrêté biosécurité ne va pas révolutionner leurs pratiques. Il s’agit surtout de les mettre sur papier, peut-être parfois de réorganiser la circulation. »
« Il est inenvisageable de vivre avec ce virus »
Car l’objectif principal de l’arrêté biosécurité, c’est d’instaurer des barrières entre les espèces. Il est donc désormais interdit de faire cohabiter des gallinacées et des palmipèdes, à moins d’unités de production totalement séparées et indépendantes. Néanmoins, ces mesures sont accueillies avec une certaine circonspection par une partie des éleveurs. Car pour eux, elles signifient la fin des petites unités de production et vont à l’encontre de la biodiversité et de la vente directe, prônées par ailleurs. Arnaud Schmitt est plus mesuré : « Ce n’est pas la fin des petites unités de production, mais il va falloir les gérer différemment : il faut des unités de production indépendantes, avec des barrières ». Car dans le récent épisode d’Influenza aviaire qui a sévi dans le sud-ouest de la France, c’est bien l’homme, par ses pratiques, qui a disséminé le virus du genre Anas (canard) au genre Gallus (poulet) (lire en encadrés).
Et Arnaud Schmitt prévient : « Dans les autres pays européens, tous les élevages de volailles sont cloisonnés et fonctionnent en bande unique, avec une seule espèce. C’est le modèle qui s’impose au niveau européen en matière de production de volaille. Donc en cas de nouvel épisode d’Influenza aviaire en France, ces pays pourraient activer une clause de sauvegarde pour protéger leur production intérieure d’une contamination venue de France, ce qui fermerait la porte à nos exportations de volailles. »
Grave pour les espèces sensibles, l’Influenza aviaire est considérée comme un danger sanitaire de première catégorie parce qu’elle peut potentiellement toucher l’homme (comme lors de la pandémie de grippe espagnole). La police sanitaire qu’elle engendre est coûteuse - le dernier épisode a représenté 500 millions d’euros (M€) de pertes pour la filière volaille française - et les pertes commerciales peuvent être très importantes. « Il est donc inenvisageable de vivre avec. »
Une bande, une espèce
Pour justifier les mesures de biosécurité à mettre en œuvre afin d’éviter une catastrophe sanitaire, Arnaud Schmitt a présenté le virus (lire en encadré) et illustré : « Les barils d’explosif, c’est le genre Gallus, les mèches, ce sont les canards, et ce qui allume le feu, c’est l’homme. La biosécurité consiste à mettre des barrières entre les espèces. » Concrètement, à faire des bandes uniques d’espèce unique, donc à n’avoir en présence que des animaux d’un seul âge et d’une seule espèce, afin de limiter le nombre de mèches. « S’il part d’un élevage, le virus de l’Influenza aviaire met en danger toute la filière », rappelle Arnaud Schmitt. Il faut donc identifier les voies d’entrée (éleveur, paille, poussin, aliment, technicien, contrôleur, vétérinaire, chien, visiteur, faune sauvage, tracteur et matériel d’élevage, gaz, eau) mais aussi de sortie (éleveur, visiteur, poulet, caisse, fumier, matériel agricole, faune sauvage, eaux de lavage, air, équarrissage). Et évaluer la fréquence et le niveau de risque de contamination. Des barrières, avec changement de tenue plus ou moins complet en fonction du risque, doivent être mises en place entre les unités de production (changement de chaussures minimum entre volailles et porcs) et entre le site d’élevage et les voies publiques.
La session de formation s’achève sur la rédaction d’un plan de biosécurité pour chaque participant et des rappels sur les modalités de nettoyage et de désinfection des bâtiments, « un point important pour assurer la biosécurité des élevages ».