Élevage

EARL Les Nouves à Bretten

Du lait livré en Allemagne

Publié le 18/01/2017

Installé sur l’exploitation familiale à Bretten depuis 1990, Gilles Schnoebelen a toujours été producteur de lait. Son secteur, éloigné des grands axes routiers, est dépourvu de laiterie. Depuis cinq ans, sa production est entièrement livrée en Allemagne. Une expérience intéressante…

Âgé de 48 ans, Gilles Schnoebelen est installé avec son épouse Sylvie. Leur fille, Marie, 23 ans en avril, est salariée sur cette exploitation de polyculture élevage. « Quand j’ai succédé à mon père à sa retraite, j’ai poursuivi l’activité laitière. Aujourd’hui, nous faisons en moyenne 800 000 litres avec nos 90 vaches de race holstein et, depuis 15 ans, 25 % en simmental. Une race que j’ai choisie pour sa viande. Nous élevons tout le cheptel et nous vendons peu de veaux. Pour les cultures, nous avons essentiellement du blé et du maïs. Mais, de moins en moins de maïs car les rendements sont en baisse et on a besoin de paille. Les vaches sont en pâture au printemps avec comme première alimentation, l’herbe. Nous avons suffisamment de prés autour de l’exploitation. Nous avons pensé aux circuits courts pour optimiser nos produits, mais Bretten, c’est un peu loin de tout. Et seul, ce n’était pas possible », explique Gilles Schnoebelen. Un GIEPLSE Pour l’activité laitière, son père faisait à l’époque la collecte pour Schmitlin avant de se consacrer pleinement à l’exploitation. Suite à Schmitlin, le lait a été livré à la coopérative Alsace Lait puis à la coopérative de Belfort et enfin à la laiterie fromagère Mulin à Besançon pour une durée de sept années à chaque fois. Mais, en septembre 2010, Mulin dénonce le contrat liant les deux parties, voulant récupérer du litrage dans une autre zone géographique. « Nous nous sommes trouvés devant une dénonciation de contrat de la part du collecteur. La collecte était assurée par un prestataire (Scherrer). Cela nous a permis d’aller voir ailleurs avec la possibilité de faire du rendu quai. On s’est alors tourné vers les laiteries des environs : Ermitage, Sodiaal, Alsace Lait, Lactalis. Toutes nous ont répondu la même chose. Elles n’avaient pas besoin de volumes supplémentaires ou dans des délais qui n’étaient pas adaptés à notre situation. Sans débouché possible en France, on s’est alors tourné vers l’étranger », explique Gilles Schnoebelen. Dans le même temps, il crée en avril 2011 avec d’autres éleveurs concernés - Christien Schnebelen de Heimersdorf, Thierry Itty d’Altenach, Isabelle Schirck de Novillard dans le Territoire de Belfort, Gilbert Rein à Seppois-le-Bas et Jean Sirlin à Hirsingue - le groupement d’intérêt économique des producteurs de lait du Sundgau et des environs (GIEPLSE). Jongler avec les règles différentes « Cela nous a permis d’obtenir un agrément en tant qu’acheteur de lait et ainsi de pouvoir organiser la collecte auprès des adhérents, de faire la gestion des volumes pour FranceAgriMer, de facturer la production de lait et de vendre sur le marché français ou à l’export. » Après un premier contact finalement négatif et des recherches élargies dans une zone géographique plus importante, les éleveurs trouvent un accueil favorable chez Omira, une coopérative allemande dont l’usine la plus proche était située à Rottweil dans le district de Fribourg-en-Brisgau et le siège à Ravensbourg. « Mais, la crise est également passée par là-bas. En 2013, Omira s’est restructurée avec un nouveau conseil d’administration et un nouveau directeur. Le site de Rottweil a été fermé. Nous livrons depuis le lait à Ravensbourg, 70 kilomètres plus loin », explique Gilles Schnoebelen. La collecte se fait toutes les 48 heures. Scherrer vient chercher le lait en tant que prestataire pour Omira. « Les débuts ont été laborieux. Comme c’était du lait exporté, nous avons rencontré des difficultés avec l’administration française pour avoir toutes les autorisations. Aujourd’hui encore, il faut jongler avec les règles différentes dans les deux pays. Les analyses de lait réalisées par les laboratoires allemands par exemple, ne sont pas reconnues par la France alors que l’on a les mêmes normes Iso. Nous sommes donc obligés de faire des analyses sanitaires en France que nous payons, évidemment, environ 1 000 € par an. Concernant le paiement du lait, c’est différent en Allemagne. Il faut respecter les normes en vigueur. Il n’y a pas de classification intermédiaire. Ou tu es bon ou tu ne l’es pas. Le paiement allemand est plus simple qu’en France. Il n’y a pas d’engagement à faire sur du volume. Nous appliquons la grille allemande en respectant la réglementation européenne », ajoute Gilles Schnoebelen. En moyenne, peu d’écarts de prix En tout, ce sont 32 producteurs de lait français, essentiellement situés dans le Sundgau et dans le nord du Territoire de Belfort, qui livrent leur lait en Allemagne. Ils représentent 14 millions de litres. Mais comme en France, la crise du lait est une réalité en Allemagne. Elle a même touché plus durement le prix outre-Rhin en raison d’une plus forte réactivité du marché. Le prix est fixé mensuellement en fonction du marché national et des ventes de la laiterie. « Un exemple. On a bien vendu en décembre et du coup le prix du lait augmente en janvier. Il n’y a pas de lissage des prix. Il y a parfois des primes de 10-15 € qui viennent des acheteurs comme Lidl ou Nestlé. On a connu le meilleur avec 420 € les 1 000 litres en 2014 (à l’époque en France, ce prix était de 380 €/1 000 l) et le pire avec 225 €/1 000 l en juin 2016 (en France, 265 €/1 000 l). Si nous prenons une moyenne quinquennale, il y a peu d’écart de prix entre les deux pays. En 2016, nous sommes malheureusement largement en dessous du prix français. En novembre dernier, nous étions, comme en France, à 290 €/1 000 l et là, nous devrions repasser les 300 €/1 000 l. » « Cette expérience est intéressante car elle nous a permis de voir ce qui se fait autour de nous, aussi bien du côté des producteurs que du côté des laiteries. Nous voyons une autre gestion de la filière, très différentes de l’organisation française, même si la frontière est toute proche. La non-contrainte du volume nous permet d’atténuer l’effet de la baisse du prix du lait. Pour être là demain, il faudra faire du volume. Ce qui est possible en Allemagne et pas en France où l’on bride les exploitants performants. Personnellement, je n’ai donc pas envie de revenir en arrière même si, en 2017, nous comptons reprendre contact avec les laiteries françaises pour, éventuellement, avoir la possibilité de partager les volumes et avoir ainsi deux sorties pour notre lait », conclut Gilles Schnoebelen. Dans tous les cas, c'est en assemblée générale que les grandes décisions sont prises. Qu'importe ce que l'avenir lui réserve, l'éleveur souhaite garder sa liberté dans ses décisions acquise par cette expérience.

Publié le 17/01/2017

Les conseillers d’Alsace Conseil Élevage ont débuté mardi 3 janvier à Gommersdorf une série de réunions hivernales permettant d’aborder notamment les stratégies alimentaires en cette période difficile. La réorganisation interne du service a également été évoquée.

Depuis le 1er octobre, Alsace Conseil Élevage est organisé en deux zones distinctes. Celle située au nord de la région, dirigée par Annabelle Ragot avec douze conseillers pour 256 élevages, et celle située au sud, dirigée par Dominique Wolfer avec également douze conseillers pour 290 élevages. Dominique Wolfer a précisé que 50 % de son travail était consacré au conseil et 50 % au suivi et au management des différents conseillers. Des missions d’autant plus importantes après une année 2016 très compliquée et même à oublier avec un prix du lait en berne, une météo capricieuse, des rendements des céréales en baisse et de moins bonne qualité. « Dans ces circonstances difficiles, il faut utiliser les créneaux permettant d’acheter moins cher. La première leçon à retenir de ces derniers mois est qu’il faut de la souplesse dans les élevages pour faire face aux aléas conjoncturels. Les aléas climatiques, on les subit. Mais, les aléas conjoncturels, on peut les travailler pour tenter de mieux y faire face. La seconde leçon est que c’est vraiment le moment de s’interroger et de questionner son système et ses projets. Il ne faut pas hésiter à se remettre en cause pour prendre un nouveau départ », a expliqué Dominique Wolfer. Dans tous les cas, les conseillers d’Alsace Conseil Élevage seront présents pour faciliter les choix des éleveurs. Sachant que, demain, ces conseillers vont intervenir sur l’ensemble du Grand Est et mutualiser leurs moyens d’action et techniques par le biais de ce qui a été nommé « 3CE » pour Chambre Conseil Contrôle Élevage. Des points de vigilance La réunion a ensuite abordé la question des stratégies alimentaires. Christophe Bertrand, technicien conseil pour Alsace Conseil Élevage, s’est attaché à donner des pistes d’actions aux éleveurs en les prévenant immédiatement que ces conseils n’étaient en rien des solutions miracles. Il a pris l’exemple d’un troupeau moyen de 60 vaches. Il a également fait le constat que 2016 a été une année atypique avec des ensilages d’herbe très hétérogènes en qualité et en quantité, des récoltes retardées, des problèmes de conservation d’appétence du foin, des ensilages de maïs également très hétérogènes en quantité et en qualité en particulier sur la matière sèche et, surtout, aucun marché porteur. « Dans ces conditions, il ne faut pas hésiter à ajuster la densité de la ration en là diminuant tout comme le correcteur azoté. Il y a également des points de vigilance à observer : celui du début de lactation par exemple. Il faut également privilégier la diminution du concentré production et rechercher une meilleure autonomie protéique », a précisé Christophe Bertrand. Il a également insisté sur l’importance de ne pas apporter d’azote en complément pour les légumineuses. Ces dernières peuvent apporter un plus au niveau agronomique et aider à résoudre des problèmes de santé. Il convient également de valoriser les céréales fermières. Tout cela nécessite des conditions de faisabilité : la capacité de stocker, le broyage, avoir de la trésorerie, observer la tenue des marchés, se doter de davantage de main-d’œuvre. « Quoi qu’il en soit, nous sommes dans un contexte où les éleveurs n’ont pas d’autre choix que de s’adapter et d’avoir une réactivité quotidienne. Pour chaque système, il existe une ou plusieurs solutions adaptées. Il faut donc chercher à optimiser toutes les catégories d’animaux, que ce soit les vaches laitières, les veaux ou encore les vaches taries. Il faut également chercher à avoir des fourrages de qualité. Le tout, en ne restant pas seul dans son coin. Il faut partager sa propre expérience avec ses voisins et collègues. Dans tous les cas, les conseillers d’Alsace Conseil Élevage sont là pour vous aider, ainsi que les experts en alimentation », a conclu Christophe Bertrand. Les alertes informatiques Un outil informatique d’Alsace Conseil Élevage a ensuite été présenté : les alertes CEL. Un nouveau cap a été franchi en 2016 avec la mise en place de nouvelles « alertes » par Estel (ex-Arsoe, associations régionales de services aux organismes d’élevages) et les organismes d’élevage, dont les Chambres d’agriculture, les centres d’inséminations et les groupements de défense sanitaire du Grand Est. Ce nouveau module permet d’afficher les « alertes » de tous les domaines de l’élevage, en particulier dans le segment du Contrôle laitier. L’information est mise à jour après chaque contrôle. Elle permet aux agriculteurs davantage de réactivité et d’autonomie. En Alsace, ces données sont fournies par le biais d’Est Élevage. « Après chaque pesée par exemple, les indicateurs sont calculés et disponibles dès que la pesée est traitée et analysée à raison de cinq traitements par jour. Ces données sont fournies aux éleveurs et aux conseillers. Cela permet de renforcer la relation du binôme qui favorise la confiance mutuelle, d’avoir des informations très rapidement et d’être ainsi réactif. L’éleveur dispose du même outil que son conseiller. Il est autonome dans la gestion de son élevage et les deux parties peuvent ainsi échanger encore plus facilement. La liste des alertes est très importante : des données concernant la baisse de production à l’infertilité, en passant par l’acidose, l’équilibre alimentaire, les infections ou encore l’augmentation du coût total de l’alimentation. Les alertes sont consultables par e-mail », a résumé Dominique Wolfer. Ce dernier est en outre à l’initiative d’une formation à venir qui doit permettre aux éleveurs de faire leur bilan, le point sur leur fonctionnement et leur situation, et de mieux apprécier leurs forces et limites. « Il s’agit de poser les bases d’une évolution de l’entreprise en fonction des projets des agriculteurs. » Cette formation devrait avoir une durée de deux jours et demi en février 2017 à Sainte-Croix-en-Plaine, puis une nouvelle demi-journée de bilan à l’automne-hiver 2017. Une formation gratuite, en partenariat avec Vivea, pour les exploitants agricoles. « C’est une nouvelle façon de voir le management de l’entreprise. Il y a une douzaine de places. Pour s’inscrire, il faut me contacter par le biais de la Chambre d'agriculture », a conclu Dominique Wolfer.

Publié le 13/01/2017

Un pic d’achats chinois a soulagé la filière mais ne l’a pas sortie de l’ornière en 2016.

2016 ne semblait pas devoir échapper à la grisaille dont les producteurs ne se rappellent que trop qu’elle a pris ses quartiers depuis 2007. Dans un contexte de hausse de la production européenne (+ 3 %), notamment espagnole (+ 4 %), mais aussi néerlandaise et polonaise, les sorties françaises en 2016 sont prévues à 23,8 millions d’animaux, en baisse de 1 % en raison de la diminution du nombre de truies à 13,3 millions de têtes. Les cours de début d’année commencent là où ils s’étaient arrêtés en 2015 : au ras des pâquerettes, à peine supérieurs à 1,10 €/kg au marché du porc breton (MPB). Mais fin juin, presque à la surprise générale, le cours a quasiment gagné 30 cents à 1,40 €. Fin septembre il établit son record annuel à 1,534 €. Il s’est tout simplement passé que la Chine est revenue aux achats ! Sur le premier semestre, le géant asiatique a doublé ses importations d’origine européenne, comparé à la même période 2015. L’équivalent de 5 millions de porcs supplémentaires ! La Chine est ainsi devenue le premier client de la France. Entre janvier et mai, les exportations européennes bondissent de 40 % ! Cette embellie qui fait un peu oublier l’embargo russe qui se poursuit, limite les dégâts. Car elle ne dure pas. Au 25 octobre, le cours a décroché. Il se stabilise à 1,30 €. L’origine mentionnée à partir de janvier 2017 Cet épisode fait du bien à des trésoreries exsangues, mais il n’efface pas d’un coup les pertes passées, encore creusées par un prix moyen du porc de 1,268 € en 2015, soit 6,7 % de moins qu’en 2014. Il ne balaye pas non plus la stratégie des représentants des éleveurs. Le 1er mars, la Fédération nationale porcine (FNP) appelle dans une lettre ouverte l’aval de la filière (abatteurs, découpeurs, transformateurs, distributeurs) à collecter l’argent destiné à un fonds conjoncturel de soutien aux producteurs de 100 M€, soit l’équivalent de 0,10 € par kilo produit sur une période de six mois, à verser en deux fois en cours d’année. Mais les industriels rechignent. Les éleveurs soutiennent également la nécessité contre l’avis des industriels charcutiers traiteurs de mettre en place un étiquetage obligatoire de l’origine des viandes. Cette proposition est acceptée à titre expérimental. Elle débute le 1er janvier 2017. La viande 100 % française et les produits dans lesquels elle entre pour plus de 8 % du poids total, peuvent désormais mentionner « produit d’origine française ». Gains de productivité Les éleveurs alsaciens sont une nouvelle fois parvenus à améliorer leurs résultats techniques. Dans leurs ateliers naisseurs-engraisseurs comportant en moyenne entre 200 et 400 truies, les meilleurs arrivent à sevrer 33,65 porcelets par truie et par an (29,4 en moyenne nationale), notamment en réduisant les pertes en période d’allaitement. Les producteurs détectent aussi les chaleurs de manière de plus en plus précoces, réalisent des contrôles de gestation par échographie et surveillent encore mieux les mises bas. En alimentation, ils s’appuient toujours sur leur propre production de maïs et l’utilisation de coproduits industriels régionaux pour aboutir à un aliment moins cher de 35 €/t que le coût moyen français. Selon l’Institut du porc (IFIP), l’aliment d’engraissement revenait à 238 €/t en mars 2016 et à 222 €/t en octobre. En système naisseur-engraisseur, il fallait calculer 256 € en mars, et 240 €/t en octobre. Les éleveurs alsaciens gardent une petite marge de manœuvre sur l’indice de consommation, un critère sur lequel ils se situent encore un peu sous la moyenne nationale qui est tombée à 2,69 en engraissement 30-115 kg. En aval de leur filière, ils doivent, comme leurs collègues producteurs de viande bovine faire face à la faillite de Copvial qui laisse globalement des impayés d’environ 3 M€ à leurs exploitations.

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