Élevage

Publié le 17/01/2017

Les conseillers d’Alsace Conseil Élevage ont débuté mardi 3 janvier à Gommersdorf une série de réunions hivernales permettant d’aborder notamment les stratégies alimentaires en cette période difficile. La réorganisation interne du service a également été évoquée.

Depuis le 1er octobre, Alsace Conseil Élevage est organisé en deux zones distinctes. Celle située au nord de la région, dirigée par Annabelle Ragot avec douze conseillers pour 256 élevages, et celle située au sud, dirigée par Dominique Wolfer avec également douze conseillers pour 290 élevages. Dominique Wolfer a précisé que 50 % de son travail était consacré au conseil et 50 % au suivi et au management des différents conseillers. Des missions d’autant plus importantes après une année 2016 très compliquée et même à oublier avec un prix du lait en berne, une météo capricieuse, des rendements des céréales en baisse et de moins bonne qualité. « Dans ces circonstances difficiles, il faut utiliser les créneaux permettant d’acheter moins cher. La première leçon à retenir de ces derniers mois est qu’il faut de la souplesse dans les élevages pour faire face aux aléas conjoncturels. Les aléas climatiques, on les subit. Mais, les aléas conjoncturels, on peut les travailler pour tenter de mieux y faire face. La seconde leçon est que c’est vraiment le moment de s’interroger et de questionner son système et ses projets. Il ne faut pas hésiter à se remettre en cause pour prendre un nouveau départ », a expliqué Dominique Wolfer. Dans tous les cas, les conseillers d’Alsace Conseil Élevage seront présents pour faciliter les choix des éleveurs. Sachant que, demain, ces conseillers vont intervenir sur l’ensemble du Grand Est et mutualiser leurs moyens d’action et techniques par le biais de ce qui a été nommé « 3CE » pour Chambre Conseil Contrôle Élevage. Des points de vigilance La réunion a ensuite abordé la question des stratégies alimentaires. Christophe Bertrand, technicien conseil pour Alsace Conseil Élevage, s’est attaché à donner des pistes d’actions aux éleveurs en les prévenant immédiatement que ces conseils n’étaient en rien des solutions miracles. Il a pris l’exemple d’un troupeau moyen de 60 vaches. Il a également fait le constat que 2016 a été une année atypique avec des ensilages d’herbe très hétérogènes en qualité et en quantité, des récoltes retardées, des problèmes de conservation d’appétence du foin, des ensilages de maïs également très hétérogènes en quantité et en qualité en particulier sur la matière sèche et, surtout, aucun marché porteur. « Dans ces conditions, il ne faut pas hésiter à ajuster la densité de la ration en là diminuant tout comme le correcteur azoté. Il y a également des points de vigilance à observer : celui du début de lactation par exemple. Il faut également privilégier la diminution du concentré production et rechercher une meilleure autonomie protéique », a précisé Christophe Bertrand. Il a également insisté sur l’importance de ne pas apporter d’azote en complément pour les légumineuses. Ces dernières peuvent apporter un plus au niveau agronomique et aider à résoudre des problèmes de santé. Il convient également de valoriser les céréales fermières. Tout cela nécessite des conditions de faisabilité : la capacité de stocker, le broyage, avoir de la trésorerie, observer la tenue des marchés, se doter de davantage de main-d’œuvre. « Quoi qu’il en soit, nous sommes dans un contexte où les éleveurs n’ont pas d’autre choix que de s’adapter et d’avoir une réactivité quotidienne. Pour chaque système, il existe une ou plusieurs solutions adaptées. Il faut donc chercher à optimiser toutes les catégories d’animaux, que ce soit les vaches laitières, les veaux ou encore les vaches taries. Il faut également chercher à avoir des fourrages de qualité. Le tout, en ne restant pas seul dans son coin. Il faut partager sa propre expérience avec ses voisins et collègues. Dans tous les cas, les conseillers d’Alsace Conseil Élevage sont là pour vous aider, ainsi que les experts en alimentation », a conclu Christophe Bertrand. Les alertes informatiques Un outil informatique d’Alsace Conseil Élevage a ensuite été présenté : les alertes CEL. Un nouveau cap a été franchi en 2016 avec la mise en place de nouvelles « alertes » par Estel (ex-Arsoe, associations régionales de services aux organismes d’élevages) et les organismes d’élevage, dont les Chambres d’agriculture, les centres d’inséminations et les groupements de défense sanitaire du Grand Est. Ce nouveau module permet d’afficher les « alertes » de tous les domaines de l’élevage, en particulier dans le segment du Contrôle laitier. L’information est mise à jour après chaque contrôle. Elle permet aux agriculteurs davantage de réactivité et d’autonomie. En Alsace, ces données sont fournies par le biais d’Est Élevage. « Après chaque pesée par exemple, les indicateurs sont calculés et disponibles dès que la pesée est traitée et analysée à raison de cinq traitements par jour. Ces données sont fournies aux éleveurs et aux conseillers. Cela permet de renforcer la relation du binôme qui favorise la confiance mutuelle, d’avoir des informations très rapidement et d’être ainsi réactif. L’éleveur dispose du même outil que son conseiller. Il est autonome dans la gestion de son élevage et les deux parties peuvent ainsi échanger encore plus facilement. La liste des alertes est très importante : des données concernant la baisse de production à l’infertilité, en passant par l’acidose, l’équilibre alimentaire, les infections ou encore l’augmentation du coût total de l’alimentation. Les alertes sont consultables par e-mail », a résumé Dominique Wolfer. Ce dernier est en outre à l’initiative d’une formation à venir qui doit permettre aux éleveurs de faire leur bilan, le point sur leur fonctionnement et leur situation, et de mieux apprécier leurs forces et limites. « Il s’agit de poser les bases d’une évolution de l’entreprise en fonction des projets des agriculteurs. » Cette formation devrait avoir une durée de deux jours et demi en février 2017 à Sainte-Croix-en-Plaine, puis une nouvelle demi-journée de bilan à l’automne-hiver 2017. Une formation gratuite, en partenariat avec Vivea, pour les exploitants agricoles. « C’est une nouvelle façon de voir le management de l’entreprise. Il y a une douzaine de places. Pour s’inscrire, il faut me contacter par le biais de la Chambre d'agriculture », a conclu Dominique Wolfer.

Publié le 13/01/2017

Un pic d’achats chinois a soulagé la filière mais ne l’a pas sortie de l’ornière en 2016.

2016 ne semblait pas devoir échapper à la grisaille dont les producteurs ne se rappellent que trop qu’elle a pris ses quartiers depuis 2007. Dans un contexte de hausse de la production européenne (+ 3 %), notamment espagnole (+ 4 %), mais aussi néerlandaise et polonaise, les sorties françaises en 2016 sont prévues à 23,8 millions d’animaux, en baisse de 1 % en raison de la diminution du nombre de truies à 13,3 millions de têtes. Les cours de début d’année commencent là où ils s’étaient arrêtés en 2015 : au ras des pâquerettes, à peine supérieurs à 1,10 €/kg au marché du porc breton (MPB). Mais fin juin, presque à la surprise générale, le cours a quasiment gagné 30 cents à 1,40 €. Fin septembre il établit son record annuel à 1,534 €. Il s’est tout simplement passé que la Chine est revenue aux achats ! Sur le premier semestre, le géant asiatique a doublé ses importations d’origine européenne, comparé à la même période 2015. L’équivalent de 5 millions de porcs supplémentaires ! La Chine est ainsi devenue le premier client de la France. Entre janvier et mai, les exportations européennes bondissent de 40 % ! Cette embellie qui fait un peu oublier l’embargo russe qui se poursuit, limite les dégâts. Car elle ne dure pas. Au 25 octobre, le cours a décroché. Il se stabilise à 1,30 €. L’origine mentionnée à partir de janvier 2017 Cet épisode fait du bien à des trésoreries exsangues, mais il n’efface pas d’un coup les pertes passées, encore creusées par un prix moyen du porc de 1,268 € en 2015, soit 6,7 % de moins qu’en 2014. Il ne balaye pas non plus la stratégie des représentants des éleveurs. Le 1er mars, la Fédération nationale porcine (FNP) appelle dans une lettre ouverte l’aval de la filière (abatteurs, découpeurs, transformateurs, distributeurs) à collecter l’argent destiné à un fonds conjoncturel de soutien aux producteurs de 100 M€, soit l’équivalent de 0,10 € par kilo produit sur une période de six mois, à verser en deux fois en cours d’année. Mais les industriels rechignent. Les éleveurs soutiennent également la nécessité contre l’avis des industriels charcutiers traiteurs de mettre en place un étiquetage obligatoire de l’origine des viandes. Cette proposition est acceptée à titre expérimental. Elle débute le 1er janvier 2017. La viande 100 % française et les produits dans lesquels elle entre pour plus de 8 % du poids total, peuvent désormais mentionner « produit d’origine française ». Gains de productivité Les éleveurs alsaciens sont une nouvelle fois parvenus à améliorer leurs résultats techniques. Dans leurs ateliers naisseurs-engraisseurs comportant en moyenne entre 200 et 400 truies, les meilleurs arrivent à sevrer 33,65 porcelets par truie et par an (29,4 en moyenne nationale), notamment en réduisant les pertes en période d’allaitement. Les producteurs détectent aussi les chaleurs de manière de plus en plus précoces, réalisent des contrôles de gestation par échographie et surveillent encore mieux les mises bas. En alimentation, ils s’appuient toujours sur leur propre production de maïs et l’utilisation de coproduits industriels régionaux pour aboutir à un aliment moins cher de 35 €/t que le coût moyen français. Selon l’Institut du porc (IFIP), l’aliment d’engraissement revenait à 238 €/t en mars 2016 et à 222 €/t en octobre. En système naisseur-engraisseur, il fallait calculer 256 € en mars, et 240 €/t en octobre. Les éleveurs alsaciens gardent une petite marge de manœuvre sur l’indice de consommation, un critère sur lequel ils se situent encore un peu sous la moyenne nationale qui est tombée à 2,69 en engraissement 30-115 kg. En aval de leur filière, ils doivent, comme leurs collègues producteurs de viande bovine faire face à la faillite de Copvial qui laisse globalement des impayés d’environ 3 M€ à leurs exploitations.

Publié le 08/01/2017

La production de viande bovine reste engoncée dans son marasme. En Alsace, la liquidation de la Copvial plombe un peu plus le moral.

Le bref rappel de quelques cours de gros bovins est malheureusement suffisant pour décrire la situation que vivent les producteurs de viande bovine. Sur les dix premiers mois de l’année, les vaches O3 se déprécient de 7,3 % sur la période correspondante de 2015 en passant de 3,30 €/kg à 3,06 € ; le JB R3 recule de 3,2 % à 3,63 contre 3,75 €/kg €; le bœuf R3 baisse de 7,2 % de 3,89 à 3,61 €/kg et la génisse R3 chute de 4,9 % de 4,09 à 3,89 €/kg. La FNB (fédération nationale bovine) estime que le prix payé au producteur a perdu 60 cents du kilo depuis 2014 soit un moins de 300 € pour un animal d’un poids de 400 kg. Selon elle, pas loin d’un tiers des 80 000 exploitations françaises spécialisées en viande bovine risque de mettre la clé sous la porte avant la fin de l’année. Une offre abondante de viande issue de la filière laitière, elle aussi en crise, un repli de près de 1 % de la consommation en même temps qu’un plébiscite croissant pour la viande hachée qui pèse désormais 42 % du marché et valorise moins bien les animaux, n’arrangent en rien leurs affaires. Selon le Centre d’économie rurale (CER), le revenu de 15 % des éleveurs français est négatif et 40 % disposent de moins de 15 000 €. En système naisseur, le revenu moyen par UTH n’excède pas 9 000 €. L’ambition « cœur de gamme » Comment retourner cette tendance ? La profession propose dans l’immédiat des mesures comme la régulation des sorties, un approvisionnement des cantines publiques par de la viande uniquement d’origine française, une révision de la politique d’exportation… À plus long terme, elle mise sur un partenariat gagnant-gagnant avec la distribution pour retrouver de la valeur. Elle voit le moyen de cette ambition dans son initiative « cœur de gamme ». Cette démarche définie par une charte vise à différencier la viande des races allaitantes des autres produits en rayons. L’éleveur qui s’engage à fournir une enseigne en respectant entre autres les bonnes pratiques d’élevage, un poids de carcasse, une conformation et un état d’engraissement, est rémunéré par 1 € de plus au kilo. Ce bonus lui permet de couvrir les coûts de production. Seul hic : toutes les enseignes n’y prennent pas part… Les éleveurs alsaciens doivent de leur côté composer avec des soucis spécifiques. Dans les secteurs proches des cours d’eau, ils recherchent en catastrophe leurs animaux entourés par les eaux des inondations printanières. Leurs foins ne sont pas d’une qualité sensationnelle et la valeur alimentaire de leurs maïs est en général inférieure à 0,90 UF. Les disponibilités en pulpes de betteraves s’annoncent également moindres. Avant l’été, les éleveurs ont d’autres sueurs froides avec la mise en redressement judiciaire de Copvial SA. L’abattoir de Holtzheim est repris par le groupe Bigard. Leur débouché est préservé. Mais ils se retrouvent avec 3 M€ d’impayés à se partager avec leurs collègues producteurs de porcs. La plupart ont recours à des prêts à court terme pour tenir dans l'attente d'une solution aux impayés.

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