Élevage

Cédric Goldschmidt à Dannemarie

Le bio, naturellement

Publié le 02/02/2017

Installé depuis 2003 sur l’exploitation familiale, Cédric Goldschmidt a choisi de s’orienter, par conviction personnelle, vers la production biologique. Il est en cours de conversion jusqu’au 1er mai 2017. Et c’est l’année 2018 qui servira de référence pour ses cultures et sa production entièrement bio.

L’exploitation de la famille Goldschmidt occupe une surface de 90 hectares. Elle compte une cinquantaine de vaches laitières holstein pour une production de 450 000 litres de lait. On y cultive du maïs, du blé et, depuis la conversion, de l’herbe. Âgé de 35 ans, Cédric Goldschmidt travaille seul. Il est aidé par son épouse qui lui donne des coups de main « administratifs » et par son père retraité. « J’ai changé d’état d’esprit lors de mon apprentissage. J’étais sur une ferme en cours de conversion. À cette époque, la pratique de l’agriculteur était en contradiction avec ce que j’apprenais à l’école. Cela a éveillé ma curiosité, car ce que je faisais au quotidien ne me convenait pas. Je le faisais par automatisme, par obligation. Or, je voyais mon avenir différemment. Dans le même temps, ma laiterie Eurial (ex-Senagral) a proposé aux éleveurs de l’association des huit cantons de passer en bio en 2009. J’étais intéressé, mais le projet est tombé à l’eau. À titre personnel, j’étais pourtant prêt. Mais il fallait trouver des débouchés pour entamer cette démarche, sinon cela n’avait aucun sens », explique Cédric Goldschmidt. Le jeune éleveur poursuit son cheminement intellectuel. En 2012, il visite deux fermes équipées de robots de traite compatibles avec la production biologique. Pour lui, c’est une sorte de « feu vert » pour investir et franchir le pas. Et quand il apprend la relance d’une collecte par Biolait, il contacte sa laiterie qui ne le freine pas. Au mois de mai 2015, il signe et entame sa procédure de conversion. De la phytothérapie Depuis, il travaille différemment. « Je ne fais plus aucun traitement. Il n’y a plus de produits et ni engrais chimiques dans les champs. J’apporte encore de l’engrais organique. Le désherbage est mécanique. J’ai mon propre lisier et mon propre fumier. Pour l’ensemencement des prairies, je vais jusqu’à récolter trois, quatre ou même cinq coupes d’herbe. Bien évidemment, il a fallu que j’investisse dans du matériel mécanique de désherbage et le travail est différent. C’est une redistribution du temps du travail nécessaire. Mais les premiers résultats sont encourageants. Cet automne, les rendements des cultures ont été divisés par deux. Mais, le coût du traitement de ces mêmes cultures permet d’économiser des charges. Je m’y retrouve et surtout, je redécouvre une autre façon de cultiver sans produit chimique. » Depuis l’automne, il soigne également ses animaux avec moins d’antibiotiques et en utilisant des produits à base de plante. Une technique issue de la phytothérapie. « On a fait cette transition le plus lentement possible pour ne pas perturber les animaux. Et ils se sont bien adaptés. Leur ration en hiver est également différente. Avant je leur donnais deux tiers de maïs et un tiers d’herbe. Aujourd’hui, c’est trois quarts d’herbe et un tiers de maïs. Et ma production de maïs a diminué. Elle a même été divisée par deux. La part de l’herbe est désormais prédominante sur l’exploitation », précise Cédric Goldschmidt. Économiquement : ni mieux, ni pire ! Le jeune éleveur est impatient d’arriver à la fin de cette période de conversion, au mois de mai 2017. Les charges des produits biologiques sont élevées et le prix du lait est, comme pour tous les éleveurs, assez bas actuellement. La prime de conversion de sa laiterie (30 € les 1 000 litres) ne permet de compenser qu’une petite partie de ces coûts. « La situation économique actuelle n’est pas favorable, c’est certain. L’année 2016 a également été mauvaise pour les éleveurs en conventionnel. Je ne ressens pas davantage la crise actuelle. Demain, je sais que je ne vais pas gagner davantage, mais que je vais vivre aussi bien que mes collègues en conventionnel, et sans utiliser de produits chimiques. Je suis satisfait de mes choix qui sont en accord avec ma philosophie de vie. Et puis, pour revenir à l’année 2016, elle a prouvé une nouvelle fois que l’on pouvait faire comme on voulait. Mais si le climat n’est pas de la partie, nos pratiques ont leurs limites. C’est aussi ce qui m’encourage à poursuivre », relève l’éleveur. Cédric Goldschmidt n’hésite pas à suivre des programmes de formation pour continuer à évoluer et à apprendre des nouveautés. Il est aidé et conseillé par les techniciens de la Chambre d'agriculture d’Alsace et de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). « Je remercie notamment Sophie Delattre et Benoît Gassmann. Ils m’ont toujours soutenu. Leurs conseils me permettent de faire en sorte que cette période de conversion se passe au mieux. » Un nouveau camion de collecte viendra à la ferme à partir du 1er mai prochain. Il devra patienter une année encore pour ses autres cultures. 2018 sera la première année complète en production biologique pour l’ensemble de son exploitation. Un nouveau cap sera franchi. « Je comprends parfaitement celles et ceux qui, dans la profession, se posent des questions. Avant de chercher à changer ses productions, il faut surtout bien réfléchir, observer, et se renseigner pour savoir vers quoi on veut aller. Pour ma part, je ne regrette rien même si je sais qu’à l’avenir, il va falloir que je m’adapte, encore et toujours », conclut Cédric Goldschmidt.

Syndicat des éleveurs de la race Montbéliarde du Haut-Rhin

« Il n’y a plus un seul modèle dans la tenue de son exploitation »

Publié le 02/02/2017

Les éleveurs de race Montbéliarde du Haut-Rhin se sont retrouvés en assemblée générale le 25 janvier à Carspach. L’occasion d’évoquer l’actualité. À commencer par les évolutions territoriales au sein d’une région Grand Est où le monde agricole a toute sa place.

Le président du syndicat, Jean-Philippe Meyer, n’a pas caché sa satisfaction. Malgré les difficultés économiques actuelles, les éleveurs sont mobilisés pour participer au dynamisme du syndicat. Ce dernier compte 30 adhérents pour 1 912 vaches (une hausse de 46 vaches par rapport à 2015) et pour 4 192 résultats en toute lactation (439 609 au niveau national). Le syndicat a participé à de nombreuses manifestations. L’école des jeunes présentateurs tout d’abord. En 2016, la journée de formation s’est déroulée le 27 août à l’Earl du Bergfeld à Gommersdorf avec seize participants. Le concours d’Habsheim ensuite où douze élevages étaient présents sur un total de 42. « Vous avez une nouvelle fois montré la qualité de vos vaches et votre passion. Je pense notamment à l’Earl Hatstatt à Muespach et sa championne jeune et grande championne Holly, au Gaec Babé à Courtavon et sa championne adulte Fortuna, au Gaec Stoll récompensé du meilleur lot d’élevage ou encore à Marie Herscher du Gaec du Blochmont première chez les jeunes présentateurs », a rappelé Isabelle Hofstetter. Sans oublier enfin, la présence de nombreux membres du syndicat à la confrontation européenne à Colmar du 17 au 19 juin 2016. « Cela a été une belle réussite. Nous avons accueilli plus de 25 000 personnes. L’événement a eu un impact incroyable tant localement qu’au niveau international. À chaque fois que je me déplace, en Alsace, en France ou à l’étranger, j’ai des témoignages positifs. Merci pour votre soutien. Le club Holstein 68 vous en est reconnaissant. Il y avait 280 bénévoles haut-rhinois et votre syndicat était très bien représenté. Nous avons réussi ensemble », témoigne le président du club Holstein 68, Thomas Prinz. Et, en signe de reconnaissance et d’amitié, il a profité de cette assemblée générale pour remettre à Jean-Philippe Meyer un chèque de 3 000 € dont pourra profiter le syndicat des éleveurs de la race Montéliarde du Haut-Rhin. Se retrouver avec une exploitation vivable et viable Lors de cette réunion, le président du service élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace Sébastien Stoessel est revenu sur la situation économique actuelle. « Chacun doit avancer à son rythme. C’est d’autant plus important qu’il n’y a plus un seul modèle dans la tenue de son exploitation, dans sa manière de travailler. L’essentiel, c’est de se retrouver avec une exploitation vivable et viable. À un niveau général, nous faisons désormais partie de la Région Grand Est. Nos deux départements alsaciens travaillent en commun. Et nous, à la Chambre d'agriculture, nous avons anticipé les choses et cette réforme territoriale. Cette stratégie s’avère heureuse. On pèse davantage en parlant d’une seule voix, en essayant d’avancer intelligemment. C’est le cas, par exemple, pour le contrôle de performance et pour l’identification. La Chambre d'agriculture d’Alsace a des moyens qui diminuent. Nous arrivons cependant à avoir un service élevage presque autonome, au moins sur la partie pesée. Il faut poursuivre ce travail en commun », rappelle Sébastien Stoessel. Il cite, en complément Elitest et l’Arsoe à Nancy, sans oublier le site internet qui évolue également pour communiquer au mieux auprès de tous les agriculteurs, de tous les éleveurs. La réunion a également évoqué le renforcement des mesures de lutte contre la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR) avec comme objectif, une éradication complète. Une politique d’éradication qui concerne également la Diarrhée Virale Bovine (BVD). Il a enfin été rappelé que trois conseillers spécialisés au sein d’Alsace Conseil Élevage accompagnent les éleveurs afin de bien évaluer avec eux le coût d’élevage des génisses. Il convient notamment d’avoir de bonnes croissances de 0 à 6 mois, d’adapter sa conduite alimentaire après 6 mois à son objectif d’IA, et de faire attention aux autres frais d’élevage dans le coût de la génisse.

EARL Les Nouves à Bretten

Du lait livré en Allemagne

Publié le 18/01/2017

Installé sur l’exploitation familiale à Bretten depuis 1990, Gilles Schnoebelen a toujours été producteur de lait. Son secteur, éloigné des grands axes routiers, est dépourvu de laiterie. Depuis cinq ans, sa production est entièrement livrée en Allemagne. Une expérience intéressante…

Âgé de 48 ans, Gilles Schnoebelen est installé avec son épouse Sylvie. Leur fille, Marie, 23 ans en avril, est salariée sur cette exploitation de polyculture élevage. « Quand j’ai succédé à mon père à sa retraite, j’ai poursuivi l’activité laitière. Aujourd’hui, nous faisons en moyenne 800 000 litres avec nos 90 vaches de race holstein et, depuis 15 ans, 25 % en simmental. Une race que j’ai choisie pour sa viande. Nous élevons tout le cheptel et nous vendons peu de veaux. Pour les cultures, nous avons essentiellement du blé et du maïs. Mais, de moins en moins de maïs car les rendements sont en baisse et on a besoin de paille. Les vaches sont en pâture au printemps avec comme première alimentation, l’herbe. Nous avons suffisamment de prés autour de l’exploitation. Nous avons pensé aux circuits courts pour optimiser nos produits, mais Bretten, c’est un peu loin de tout. Et seul, ce n’était pas possible », explique Gilles Schnoebelen. Un GIEPLSE Pour l’activité laitière, son père faisait à l’époque la collecte pour Schmitlin avant de se consacrer pleinement à l’exploitation. Suite à Schmitlin, le lait a été livré à la coopérative Alsace Lait puis à la coopérative de Belfort et enfin à la laiterie fromagère Mulin à Besançon pour une durée de sept années à chaque fois. Mais, en septembre 2010, Mulin dénonce le contrat liant les deux parties, voulant récupérer du litrage dans une autre zone géographique. « Nous nous sommes trouvés devant une dénonciation de contrat de la part du collecteur. La collecte était assurée par un prestataire (Scherrer). Cela nous a permis d’aller voir ailleurs avec la possibilité de faire du rendu quai. On s’est alors tourné vers les laiteries des environs : Ermitage, Sodiaal, Alsace Lait, Lactalis. Toutes nous ont répondu la même chose. Elles n’avaient pas besoin de volumes supplémentaires ou dans des délais qui n’étaient pas adaptés à notre situation. Sans débouché possible en France, on s’est alors tourné vers l’étranger », explique Gilles Schnoebelen. Dans le même temps, il crée en avril 2011 avec d’autres éleveurs concernés - Christien Schnebelen de Heimersdorf, Thierry Itty d’Altenach, Isabelle Schirck de Novillard dans le Territoire de Belfort, Gilbert Rein à Seppois-le-Bas et Jean Sirlin à Hirsingue - le groupement d’intérêt économique des producteurs de lait du Sundgau et des environs (GIEPLSE). Jongler avec les règles différentes « Cela nous a permis d’obtenir un agrément en tant qu’acheteur de lait et ainsi de pouvoir organiser la collecte auprès des adhérents, de faire la gestion des volumes pour FranceAgriMer, de facturer la production de lait et de vendre sur le marché français ou à l’export. » Après un premier contact finalement négatif et des recherches élargies dans une zone géographique plus importante, les éleveurs trouvent un accueil favorable chez Omira, une coopérative allemande dont l’usine la plus proche était située à Rottweil dans le district de Fribourg-en-Brisgau et le siège à Ravensbourg. « Mais, la crise est également passée par là-bas. En 2013, Omira s’est restructurée avec un nouveau conseil d’administration et un nouveau directeur. Le site de Rottweil a été fermé. Nous livrons depuis le lait à Ravensbourg, 70 kilomètres plus loin », explique Gilles Schnoebelen. La collecte se fait toutes les 48 heures. Scherrer vient chercher le lait en tant que prestataire pour Omira. « Les débuts ont été laborieux. Comme c’était du lait exporté, nous avons rencontré des difficultés avec l’administration française pour avoir toutes les autorisations. Aujourd’hui encore, il faut jongler avec les règles différentes dans les deux pays. Les analyses de lait réalisées par les laboratoires allemands par exemple, ne sont pas reconnues par la France alors que l’on a les mêmes normes Iso. Nous sommes donc obligés de faire des analyses sanitaires en France que nous payons, évidemment, environ 1 000 € par an. Concernant le paiement du lait, c’est différent en Allemagne. Il faut respecter les normes en vigueur. Il n’y a pas de classification intermédiaire. Ou tu es bon ou tu ne l’es pas. Le paiement allemand est plus simple qu’en France. Il n’y a pas d’engagement à faire sur du volume. Nous appliquons la grille allemande en respectant la réglementation européenne », ajoute Gilles Schnoebelen. En moyenne, peu d’écarts de prix En tout, ce sont 32 producteurs de lait français, essentiellement situés dans le Sundgau et dans le nord du Territoire de Belfort, qui livrent leur lait en Allemagne. Ils représentent 14 millions de litres. Mais comme en France, la crise du lait est une réalité en Allemagne. Elle a même touché plus durement le prix outre-Rhin en raison d’une plus forte réactivité du marché. Le prix est fixé mensuellement en fonction du marché national et des ventes de la laiterie. « Un exemple. On a bien vendu en décembre et du coup le prix du lait augmente en janvier. Il n’y a pas de lissage des prix. Il y a parfois des primes de 10-15 € qui viennent des acheteurs comme Lidl ou Nestlé. On a connu le meilleur avec 420 € les 1 000 litres en 2014 (à l’époque en France, ce prix était de 380 €/1 000 l) et le pire avec 225 €/1 000 l en juin 2016 (en France, 265 €/1 000 l). Si nous prenons une moyenne quinquennale, il y a peu d’écart de prix entre les deux pays. En 2016, nous sommes malheureusement largement en dessous du prix français. En novembre dernier, nous étions, comme en France, à 290 €/1 000 l et là, nous devrions repasser les 300 €/1 000 l. » « Cette expérience est intéressante car elle nous a permis de voir ce qui se fait autour de nous, aussi bien du côté des producteurs que du côté des laiteries. Nous voyons une autre gestion de la filière, très différentes de l’organisation française, même si la frontière est toute proche. La non-contrainte du volume nous permet d’atténuer l’effet de la baisse du prix du lait. Pour être là demain, il faudra faire du volume. Ce qui est possible en Allemagne et pas en France où l’on bride les exploitants performants. Personnellement, je n’ai donc pas envie de revenir en arrière même si, en 2017, nous comptons reprendre contact avec les laiteries françaises pour, éventuellement, avoir la possibilité de partager les volumes et avoir ainsi deux sorties pour notre lait », conclut Gilles Schnoebelen. Dans tous les cas, c'est en assemblée générale que les grandes décisions sont prises. Qu'importe ce que l'avenir lui réserve, l'éleveur souhaite garder sa liberté dans ses décisions acquise par cette expérience.

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