Élevage

Avec l’Opaba et la Chambre d'agriculture d’Alsace

L’élevage bio se structure

Publié le 05/02/2017

Sous l’impulsion de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), la filière bio est particulièrement dynamique. Un nombre croissant de producteurs s’y intéresse. La Chambre d'agriculture d’Alsace, partenaire technique, est désormais présente pour accompagner les producteurs dans la démarche.

En 2014, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) avait lancé une étude de faisabilité auprès de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse sur un projet collectif bio. « Cette étude avait démontré la pertinence du projet car il était relatif au maintien de l’herbe dans cette zone géographique du département du Haut-Rhin et offrait une solution au problème des points de captage d’eau. Nous avons étudié avec différents partenaires, au sein d’un comité de pilotage élargi, des exemples de valorisation du lait en France, mais également en Suisse et en Allemagne. Tout le monde a été impliqué : les producteurs bios ou non, les collectivités, les laiteries, les partenaires techniques, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), et bien entendu l’Opaba. Cela a bien fonctionné. Et les producteurs bios ont finalement décidé de privilégier la filière longue. Biolait s’est également montré intéressé par la démarche et a accepté de collecter dans cette zone. Cette vision partagée a fait consensus à l’époque », explique Christophe Ringeisen, chargé de mission à l’Opaba et responsable de l’animation territoriale renforcée dans le sud du Haut-Rhin. Biolait est un groupement de producteurs spécialisé dans la collecte et la revente de lait bio un peu partout en France. Après une expérience réussie et toujours en cours, notamment en Lorraine et dans les Vosges, ce groupement a accepté d’élargir sa zone au Territoire de Belfort et au sud du Haut-Rhin à partir de janvier 2015. « Cette nouvelle collecte a débuté avec 800 000 litres provenant de cinq fermes, et la perspective d’une augmentation rapide du volume et d’une extension de la zone de collecte jusqu’au Centre Alsace », explique Sophie Delattre, conseillère référence en agriculture biologique à la CAA. Parmi ces cinq fermes, celle de la famille Scherrer, la ferme du Galgenbourg à Masevaux, ou encore le Gaec de l’Ill, de Frédéric Tritsch à Sausheim. Au printemps 2015, trois nouvelles fermes ont engagé leur conversion en agriculture biologique, dont celle de Cédric Goldschmidt à Dannemarie (lire notre article ci-contre en page 12) et quatre ont fait ce pas en 2016. « La collecte de Biolait a créé un « appel d’air » pour les éleveurs laitiers du Haut-Rhin et du Centre Alsace. D’autres projets sont depuis en cours de réflexion », ajoute Sophie Delattre. Des solutions pour tout le monde Et pour répondre aux spécificités des éleveurs bios dans les secteurs concernés, la CAA a missionné un conseiller d’élevage du Contrôle laitier sur le bio. Depuis le mois de décembre 2016, Alain Marcillet assure le suivi chez les éleveurs et l’accompagnement des conversions, notamment dans le Sundgau. « Je suis conseiller d’élevage depuis trente ans, spécialisé en qualité du lait. J’avais choisi de postuler pour cette nouvelle responsabilité, car le bio est pour moi un mode de production qui véhicule des valeurs essentielles : placer l’éleveur au centre de son exploitation et surtout donner à manger aux vaches ce pour quoi elles sont faites : de l’herbe. La contrainte en bio, c’est que tout ce qui est acheté à l’extérieur est très coûteux. Nous devons donc aider les éleveurs à viser l’autonomie alimentaire et à raisonner l’achat de concentrés. Ma mission est double : proposer aux éleveurs des informations techniques et les accompagner techniquement et collectivement en les réunissant », précise Alain Marcillet. L’herbe occupe une place essentielle dans le système fourrager. Elle prend la place du maïs. Une plus grande attention doit être portée à la conduite des prairies et à la gestion du pâturage. Au niveau de la conduite du troupeau, le conseil est axé sur la prévention. « Dans mon idée, on parle là de bon sens paysan. Il y a des choses simples à faire. Et du fait de la crise actuelle, les gens raisonnent différemment. Désormais, beaucoup de jeunes sont intéressés et ouverts à la production biologique. Il faut les accompagner, les suivre, répondre à leurs questions, leurs inquiétudes. Il y a des solutions pour tout le monde. Individuellement comme collectivement », ajoute Alain Marcillet. À la CAA, le service s’organise autour de Sophie Delattre, Pascale Knepfler, conseillère économique, et Benoît Gassmann, en charge d’un groupe sur les grandes cultures. Ce « pôle » bien structuré complète les actions menées par l’Opaba. Une aide précieuse pour pérenniser dans le temps cette dynamique. Car Biolait cherche du lait jusqu’au sud du Bas-Rhin. De nouveaux éleveurs seront donc les bienvenus. La conversion à l’agriculture biologique est un choix à long terme qui implique des orientations importantes pour un agriculteur dans la conduite de son exploitation. C’est une décision qui doit être mûrement réfléchie et préparée. Accompagner les producteurs Car la première préoccupation de l’Opaba est de pérenniser cette zone de collecte. « L’objectif est d’arriver à une collecte de 2 millions de litres de lait pour avoir une durabilité économique. Pour y parvenir, nous informons les agriculteurs. En 2015, nous avons organisé une journée technique chez Antoine Richart à Roppentzwiller. Il nous avait fait part de sa propre expérience, expliqué son parcours et sa philosophie. Lors de cette journée, nous avions accueilli pas moins de 80 personnes. Cette journée a suscité de l’intérêt et, depuis, il y a eu des gens qui ont entamé des conversions. Elle a contribué à la vision positive de la production biologique. En 2016, il y a eu 55 engagements toutes filières confondues en Alsace, dont trois professionnels en bovin lait dans le Sundgau : la ferme de la Petite Prairie à Ranspach-le-Haut, le Gaec du Morimont à Oberlarg et le Gaec Green Farm à Burnhaupt-le-Bas. Il y a donc une réelle dynamique et une véritable évolution », se félicite Christophe Ringeisen. De nouvelles journées techniques seront organisées pour la filière laitière. En grandes cultures, une recrudescence des conversions est perceptible depuis deux ans. « Là également, nous cherchons à accompagner les agriculteurs concernés et à structurer la filière car il y a des débouchés variés intéressants. Et les collecteurs et les metteurs en marchés sont en plein développement. Il faut donc que les producteurs s’investissent dans ces nouveaux marchés. Et les producteurs alsaciens y ont toute leur place. Dans le Sundgau, la dynamique de conversion est plus récente. Il n’y a pas encore de « piliers » de l’agriculture biologique. Nous consolidons actuellement les demandes. Je suis là pour suivre les projets, développer les circuits, parler du bio, en lien avec les collectivités de ce territoire spécifique », conclut Christophe Ringeisen.

Cédric Goldschmidt à Dannemarie

Le bio, naturellement

Publié le 02/02/2017

Installé depuis 2003 sur l’exploitation familiale, Cédric Goldschmidt a choisi de s’orienter, par conviction personnelle, vers la production biologique. Il est en cours de conversion jusqu’au 1er mai 2017. Et c’est l’année 2018 qui servira de référence pour ses cultures et sa production entièrement bio.

L’exploitation de la famille Goldschmidt occupe une surface de 90 hectares. Elle compte une cinquantaine de vaches laitières holstein pour une production de 450 000 litres de lait. On y cultive du maïs, du blé et, depuis la conversion, de l’herbe. Âgé de 35 ans, Cédric Goldschmidt travaille seul. Il est aidé par son épouse qui lui donne des coups de main « administratifs » et par son père retraité. « J’ai changé d’état d’esprit lors de mon apprentissage. J’étais sur une ferme en cours de conversion. À cette époque, la pratique de l’agriculteur était en contradiction avec ce que j’apprenais à l’école. Cela a éveillé ma curiosité, car ce que je faisais au quotidien ne me convenait pas. Je le faisais par automatisme, par obligation. Or, je voyais mon avenir différemment. Dans le même temps, ma laiterie Eurial (ex-Senagral) a proposé aux éleveurs de l’association des huit cantons de passer en bio en 2009. J’étais intéressé, mais le projet est tombé à l’eau. À titre personnel, j’étais pourtant prêt. Mais il fallait trouver des débouchés pour entamer cette démarche, sinon cela n’avait aucun sens », explique Cédric Goldschmidt. Le jeune éleveur poursuit son cheminement intellectuel. En 2012, il visite deux fermes équipées de robots de traite compatibles avec la production biologique. Pour lui, c’est une sorte de « feu vert » pour investir et franchir le pas. Et quand il apprend la relance d’une collecte par Biolait, il contacte sa laiterie qui ne le freine pas. Au mois de mai 2015, il signe et entame sa procédure de conversion. De la phytothérapie Depuis, il travaille différemment. « Je ne fais plus aucun traitement. Il n’y a plus de produits et ni engrais chimiques dans les champs. J’apporte encore de l’engrais organique. Le désherbage est mécanique. J’ai mon propre lisier et mon propre fumier. Pour l’ensemencement des prairies, je vais jusqu’à récolter trois, quatre ou même cinq coupes d’herbe. Bien évidemment, il a fallu que j’investisse dans du matériel mécanique de désherbage et le travail est différent. C’est une redistribution du temps du travail nécessaire. Mais les premiers résultats sont encourageants. Cet automne, les rendements des cultures ont été divisés par deux. Mais, le coût du traitement de ces mêmes cultures permet d’économiser des charges. Je m’y retrouve et surtout, je redécouvre une autre façon de cultiver sans produit chimique. » Depuis l’automne, il soigne également ses animaux avec moins d’antibiotiques et en utilisant des produits à base de plante. Une technique issue de la phytothérapie. « On a fait cette transition le plus lentement possible pour ne pas perturber les animaux. Et ils se sont bien adaptés. Leur ration en hiver est également différente. Avant je leur donnais deux tiers de maïs et un tiers d’herbe. Aujourd’hui, c’est trois quarts d’herbe et un tiers de maïs. Et ma production de maïs a diminué. Elle a même été divisée par deux. La part de l’herbe est désormais prédominante sur l’exploitation », précise Cédric Goldschmidt. Économiquement : ni mieux, ni pire ! Le jeune éleveur est impatient d’arriver à la fin de cette période de conversion, au mois de mai 2017. Les charges des produits biologiques sont élevées et le prix du lait est, comme pour tous les éleveurs, assez bas actuellement. La prime de conversion de sa laiterie (30 € les 1 000 litres) ne permet de compenser qu’une petite partie de ces coûts. « La situation économique actuelle n’est pas favorable, c’est certain. L’année 2016 a également été mauvaise pour les éleveurs en conventionnel. Je ne ressens pas davantage la crise actuelle. Demain, je sais que je ne vais pas gagner davantage, mais que je vais vivre aussi bien que mes collègues en conventionnel, et sans utiliser de produits chimiques. Je suis satisfait de mes choix qui sont en accord avec ma philosophie de vie. Et puis, pour revenir à l’année 2016, elle a prouvé une nouvelle fois que l’on pouvait faire comme on voulait. Mais si le climat n’est pas de la partie, nos pratiques ont leurs limites. C’est aussi ce qui m’encourage à poursuivre », relève l’éleveur. Cédric Goldschmidt n’hésite pas à suivre des programmes de formation pour continuer à évoluer et à apprendre des nouveautés. Il est aidé et conseillé par les techniciens de la Chambre d'agriculture d’Alsace et de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). « Je remercie notamment Sophie Delattre et Benoît Gassmann. Ils m’ont toujours soutenu. Leurs conseils me permettent de faire en sorte que cette période de conversion se passe au mieux. » Un nouveau camion de collecte viendra à la ferme à partir du 1er mai prochain. Il devra patienter une année encore pour ses autres cultures. 2018 sera la première année complète en production biologique pour l’ensemble de son exploitation. Un nouveau cap sera franchi. « Je comprends parfaitement celles et ceux qui, dans la profession, se posent des questions. Avant de chercher à changer ses productions, il faut surtout bien réfléchir, observer, et se renseigner pour savoir vers quoi on veut aller. Pour ma part, je ne regrette rien même si je sais qu’à l’avenir, il va falloir que je m’adapte, encore et toujours », conclut Cédric Goldschmidt.

Syndicat des éleveurs de la race Montbéliarde du Haut-Rhin

« Il n’y a plus un seul modèle dans la tenue de son exploitation »

Publié le 02/02/2017

Les éleveurs de race Montbéliarde du Haut-Rhin se sont retrouvés en assemblée générale le 25 janvier à Carspach. L’occasion d’évoquer l’actualité. À commencer par les évolutions territoriales au sein d’une région Grand Est où le monde agricole a toute sa place.

Le président du syndicat, Jean-Philippe Meyer, n’a pas caché sa satisfaction. Malgré les difficultés économiques actuelles, les éleveurs sont mobilisés pour participer au dynamisme du syndicat. Ce dernier compte 30 adhérents pour 1 912 vaches (une hausse de 46 vaches par rapport à 2015) et pour 4 192 résultats en toute lactation (439 609 au niveau national). Le syndicat a participé à de nombreuses manifestations. L’école des jeunes présentateurs tout d’abord. En 2016, la journée de formation s’est déroulée le 27 août à l’Earl du Bergfeld à Gommersdorf avec seize participants. Le concours d’Habsheim ensuite où douze élevages étaient présents sur un total de 42. « Vous avez une nouvelle fois montré la qualité de vos vaches et votre passion. Je pense notamment à l’Earl Hatstatt à Muespach et sa championne jeune et grande championne Holly, au Gaec Babé à Courtavon et sa championne adulte Fortuna, au Gaec Stoll récompensé du meilleur lot d’élevage ou encore à Marie Herscher du Gaec du Blochmont première chez les jeunes présentateurs », a rappelé Isabelle Hofstetter. Sans oublier enfin, la présence de nombreux membres du syndicat à la confrontation européenne à Colmar du 17 au 19 juin 2016. « Cela a été une belle réussite. Nous avons accueilli plus de 25 000 personnes. L’événement a eu un impact incroyable tant localement qu’au niveau international. À chaque fois que je me déplace, en Alsace, en France ou à l’étranger, j’ai des témoignages positifs. Merci pour votre soutien. Le club Holstein 68 vous en est reconnaissant. Il y avait 280 bénévoles haut-rhinois et votre syndicat était très bien représenté. Nous avons réussi ensemble », témoigne le président du club Holstein 68, Thomas Prinz. Et, en signe de reconnaissance et d’amitié, il a profité de cette assemblée générale pour remettre à Jean-Philippe Meyer un chèque de 3 000 € dont pourra profiter le syndicat des éleveurs de la race Montéliarde du Haut-Rhin. Se retrouver avec une exploitation vivable et viable Lors de cette réunion, le président du service élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace Sébastien Stoessel est revenu sur la situation économique actuelle. « Chacun doit avancer à son rythme. C’est d’autant plus important qu’il n’y a plus un seul modèle dans la tenue de son exploitation, dans sa manière de travailler. L’essentiel, c’est de se retrouver avec une exploitation vivable et viable. À un niveau général, nous faisons désormais partie de la Région Grand Est. Nos deux départements alsaciens travaillent en commun. Et nous, à la Chambre d'agriculture, nous avons anticipé les choses et cette réforme territoriale. Cette stratégie s’avère heureuse. On pèse davantage en parlant d’une seule voix, en essayant d’avancer intelligemment. C’est le cas, par exemple, pour le contrôle de performance et pour l’identification. La Chambre d'agriculture d’Alsace a des moyens qui diminuent. Nous arrivons cependant à avoir un service élevage presque autonome, au moins sur la partie pesée. Il faut poursuivre ce travail en commun », rappelle Sébastien Stoessel. Il cite, en complément Elitest et l’Arsoe à Nancy, sans oublier le site internet qui évolue également pour communiquer au mieux auprès de tous les agriculteurs, de tous les éleveurs. La réunion a également évoqué le renforcement des mesures de lutte contre la rhinotrachéite infectieuse bovine (IBR) avec comme objectif, une éradication complète. Une politique d’éradication qui concerne également la Diarrhée Virale Bovine (BVD). Il a enfin été rappelé que trois conseillers spécialisés au sein d’Alsace Conseil Élevage accompagnent les éleveurs afin de bien évaluer avec eux le coût d’élevage des génisses. Il convient notamment d’avoir de bonnes croissances de 0 à 6 mois, d’adapter sa conduite alimentaire après 6 mois à son objectif d’IA, et de faire attention aux autres frais d’élevage dans le coût de la génisse.

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