Une filière sous la loupe
« Le Grand Est est fier de son élevage »
Une filière sous la loupe
Publié le 05/03/2017
La Chambre régionale d’agriculture Grand Est a fait un focus sur les enjeux et problématiques de développement des filières élevage.
Demain, les exploitations d’élevage devront faire preuve de résilience, explique Daniel Roguet, président de la commission élevage de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). Elles devront mener une stratégie, ne pas vivre au jour le jour. « Nous avons un rôle d’accompagnement. » Le nouveau règlement zootechnique fait souffler un vent de libéralisme sur la génétique. Daniel Roguet s’interroge : « Comment les Chambres d’agriculture vont-elles se positionner ? Il y a un réel savoir-faire français en matière de génétique, il ne faut pas le brader. Essayons d’avoir une position unique. Nous avons jusqu’à novembre 2018 pour décider. » La dématérialisation des passeports et des Asda est en route, poursuit-il. Elle passe par le bouclage électronique des animaux. « Il est incontournable, mais il coûte plus cher : de 80 à 300 € par élevage selon la taille. » Dès le 1er janvier 2018, il sera obligatoire pour les veaux. « D’ici là, il faudra trouver des financements. C’est une échéance qu’il ne faut pas rater et c’est une avancée au niveau sanitaire. » « La dynamisation de notre élevage est en marche » Laurent Wendlinger, président de la commission élevage (Comel) de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, ajoute : « Oui à l’identification bovine électronique et à la dématérialisation, à condition qu’elles soient accompagnées financièrement. » Il en est persuadé, « des choix stratégiques devront être pris dans les mois à venir dans le cadre du règlement zootechnique ». Pour lui, le défi est de créer de la valeur ajoutée dans les exploitations et les filières, de renouveler les générations, de consolider les systèmes de production sur l’ensemble du territoire, de mettre en œuvre des pratiques agricoles innovantes et de répondre aux attentes des marchés. Un tiers des exploitations agricoles du Grand Est sont à dominante élevage, soit 17 500 éleveurs et 27 000 actifs. Elles entretiennent un quart de la surface agricole utile de la région et génèrent 1,6 milliard d’euros de chiffre d’affaires. « C’est une filière incontournable, une véritable richesse. Le Grand Est est fier de son élevage, de ses filières viande, de ses filières laitières, de ses sept fromages AOP et IGP », poursuit Laurent Wendlinger. « Rétablir les vérités » « La dynamisation de notre élevage est en marche, malgré les contraintes. » Pour le président de la Comel, l’avenir repose sur la compétitivité des élevages et une dynamique forte de transformation. « Nous souhaitons accompagner nos entreprises sur la voie de la modernisation. » Il estime que le plan de compétitivité et d’adaptation des exploitations agricoles (PCAE) est un outil essentiel de maintien de l’élevage dans nos territoires, à condition de l’associer à une bonne politique d’installation. Laurent Wendlinger explore quelques pistes : accentuer l’innovation, en s’appuyant sur les unités de recherche présentes sur le territoire, répondre aux attentes des filières, accentuer la communication : « Nous voulons impulser un plan de communication sur le thème : « Le Grand Est est fier de son élevage », un plan qui sera décliné auprès des éleveurs, des décideurs, du grand public et des scolaires, pour rétablir les vérités ». Laurent Wendlinger veut « développer une vision stratégique au sein du Grand Est. « Une véritable réflexion s’impose : toutes les familles de l’élevage de notre région doivent se réunir rapidement afin de répondre aux attentes de nos élevages et créer une véritable dynamique Grand Est. » « Écrire une nouvelle page » Éleveur laitier dans les Ardennes, Bruno Faucheron est le président du comité élevage (Corel) de la Crage, qui se compose de membres de la Comel, de représentants du syndicalisme production et des filières. Son objectif est de favoriser l’émergence d’une politique élevage régionale partagée entre partenaires, d’établir une prospective à moyen et long terme. Au sein du Corel, sept comités de filière se sont constitués : lait, bovins viande, ovins, porcs, équins, aviculture, apiculture. « Nous avons déjà réuni cinq comités de filières, une centaine d’éleveurs au total. » La mission du Corel est de bâtir un projet stratégique basé sur six axes : reconquête de la compétitivité, création et partage de la valeur ajoutée, renouvellement générationnel, organisation du travail en élevage, communication, recherche et développement. « Nous avons rencontré la Région pour lui faire part de notre stratégie. Les conseillers régionaux ont été réceptifs à nos propositions et nous ont proposé de bâtir ensemble un contrat de filière 2017-2020, en y associant l’État pour écrire une vraie stratégie d’accompagnement financier basée sur des objectifs partagés. » Aux yeux du préfet de région, Stéphane Fratacci, « l’élevage est un secteur important dans l’espace régional, sur le plan des volumes produits et de l’environnement. Il faut le conforter. L’expérience montre qu’il n’y a jamais de retour en arrière. » La réforme de la Pac a permis de réorienter une partie des aides vers l’élevage : les programmes de développement rural ont renforcé les capacités d’accompagnement des éleveurs (revalorisation de l’ICHN, extension du Plan bâtiment). « Le contexte régional offre des opportunités de développement, poursuit le préfet. Il faut rechercher la valeur ajoutée pour offrir une visibilité dans la durée aux exploitations agricoles. »












