Publié le 07/01/2017
2015 avait commencé par annoncer le pire. Les éleveurs le prennent de plein fouet en 2016.
« Prix en berne ». « Pas de redressement en vue ». Voilà les titres des articles de presse que les producteurs de lait ont eus sous les yeux durant toute la première moitié de l’année 2016. Libérée des quotas, la collecte européenne reste dynamique et pèse sur les cours. En avril, les prévisions sont donc des plus pessimistes. Le 12 du mois, la Commission européenne autorise l’application de l’article 222 de l’OCM sur la limitation volontaire de la production laitière. En clair, elle permet aux organisations de producteurs et aux collecteurs de conclure des accords de réduction de livraison. Mais précise bien qu’il n’est pas question pour l’Europe de revenir à un système de régulation comme les quotas. Une semaine plus tard, la Commission européenne ouvre en urgence un contingent de 109 000 t à l’intervention publique au tarif de 1 698 €/t. Ils viennent s’ajouter à un stock de plus de 300 000 t de poudre de lait écrémé qui s’accumule depuis l’automne 2014. Entre-temps industriels laitiers et distributeurs de l’Hexagone se renvoient la balle pour savoir qui « étrangle » et qui « défend » les producteurs. Ces derniers savent de toute façon qu’ils sont mal. Bruxelles en prend conscience en septembre 2015 en débloquant une enveloppe de 500 M€ d’aides d’urgence. 409 000 € sont alloués aux éleveurs alsaciens… Le 18 juillet, la Commission remet 500 M€ d’aides supplémentaires sur la table. 150 M€ sont prévus pour indemniser le lait non livré avec l’objectif de diminuer les livraisons européennes de 1,4 Mt. Ce programme qui prévoit une aide de 240 €/t sur les 5 premiers pour cents de réduction et de 140 €/t ensuite, fait un tabac dès son bouclage, le 21 septembre. Comme déjà en 2015, les producteurs ne couvrent pas leurs coûts de production. En avril le prix de base moyen France s’établit à 274 €/1 000 l. En juillet certaines laiteries affichent un prix de base à moins de 260 €/1 000 l. Dans de telles conditions, la collecte européenne confirme au deuxième trimestre 2016 son ralentissement démarré au printemps. Le marché émet cependant aussi un petit signal à la mi-mai. Les cours de la poudre 0 % regagnent 2 % soit 10 €/t à 1 670 € et ceux du beurre 18 % soit 75 €/t. Ce frémissement se métamorphose en rebond, certes brutal mais bienvenu. Le lait spot oscille entre 350 et 380 €/1 000 l à partir d’août. La crème qui naviguait à 2 500 €/t en mai, dépasse les 6 000 €/t six mois plus tard… La tonne de beurre qui ne valait plus que 2 400 €/t en avril remonte à 4 120 €/t à la mi-septembre. À 4 420 €/t à la mi-novembre, la cotation rejoint son record de 2013 à 4 400 €/t. C’est le moment choisi par la Commission européenne pour annoncer son intention de déstocker 22 150 t de poudre à la mi-décembre, freinant ainsi les velléités d’achat… La collecte alsacienne baisse La collecte française ne cesse de se replier depuis avril. À partir de septembre, les éleveurs livrent chaque semaine de 7 à 8 % de lait en moins comparé à 2015. En Alsace, le rythme des livraisons se maintient, voire se renforce, sur les huit premiers mois de l’année. Il fléchit ensuite. Les laiteries y voient l’effet de la conjoncture mais aussi celui de la qualité des fourrages. L’herbe ensilée tardivement n’est pas fameuse. La valeur alimentaire des maïs est inférieure à une année habituelle : beaucoup n’atteignent pas les 0,90 UF contre 0,92 UF quand tout se passe correctement. Les taux sont stables, mais peuvent aussi augmenter (de 0,7 g/l MG et de 0,4 g/l MP par exemple en raison d’un litrage plus faible). La qualité du lait ne pose pas de problème en termes de germes totaux. La qualité cellulaire dérape assez nettement durant l’été, mais se redresse ensuite. Sur le terrain, le nombre de points de collecte reste sur une tendance à la baisse. Elle s’explique non par des arrêts de production mais plutôt par des regroupements d’ateliers. Les éleveurs font surtout face à un niveau de prix qui se dégrade d’environ 10 % sur 2015. Prenons l’exemple de deux des principaux collecteurs présents en Alsace. À l’heure de la rédaction de ce bilan, Sodiaal part sur un prix de base de 280 € à affiner sur novembre et décembre selon les événements conjoncturels à survenir. Alsace Lait qui ne communique pas sur son prix (1), doit, selon nos informations, se situer à quelques euros supplémentaires aux 1 000 litres. 2016 est donc une mauvaise année. La trésorerie des éleveurs est d’autant plus exsangue que la recette provenant des céréales ne leur accorde cette année aucune bouffée d’oxygène. Beaucoup de producteurs, notamment ceux qui ont investi ces deux-trois dernières années, doivent négocier des avances remboursables en fin d’année en croisant les doigts pour que le prix payé remonte. Ce contexte instable avec peu de perspectives précises fait réaliser aux éleveurs à quel point éleveur laitier devient un métier compliqué et manquant de points de repère !












