Élevage

Ferme de la Judenmatt

De l'ombre pour les poules

Publié le 01/06/2015

Dans le cadre de l'option « pratique professionnelle », des élèves de seconde et de première du lycée agricole de Rouffach ont aménagé trois parcours de volailles à la ferme de la Judenmatt. Près de 300 arbres et arbustes ont été plantés pour améliorer le confort des poules, coqs et pintades élevés et vendus sur place.

Les volailles ont aussi droit au bien-être. Sans batterie, en plein air et si possible à l'ombre d'un noyer ou d'un pommier. À la ferme de Judenmatt à Rouffach, les gallinacés ont désormais tout le loisir de déambuler librement entre arbres et bosquets à la recherche d'un abri alternatif, ou simplement pour picorer le sol en quête d'éventuels insectes. Une nouvelle disposition du parcours des volailles qui concrétise le projet Casdar (Compte d’affectation spéciale pour le développement agricole et rural) Parcours Volaille lancé en 2014 par le lycée agricole de Rouffach. Pendant quatre demi-journées, des élèves de seconde générale, de première professionnelle, de seconde et de première technologique ont planté pas moins de 300 arbres sous l'œil avisé de leur professeur Jean-Marc Thierry. Une belle occasion pour ces futurs bacheliers de mettre la main dans le cambouis tout en glanant quelques points supplémentaires pour leur diplôme. « La "pratique professionnelle" est une option que nous proposons tous les ans aux élèves désireux d'obtenir des points en plus pour le Bac. Cette année, c'est la plantation qui a pour la première fois été retenue », indique l'enseignant. L'aménagement du parcours a nécessité une bonne dose de réflexion avant de donner les premiers coups de pelle. Il a fallu déplacer le poulailler (un deuxième reste à construire), étudier l'ensoleillement et le sens du vent, ou encore choisir judicieusement les essences d'arbres à planter. Une tâche loin d'être anodine qui a été menée en collaboration Haies Vives d'Alsace, une association née en 2003 qui milite en faveur de la plantation d'arbres champêtres, que ce soit en remplacement de thuyas dans des haies, ou dans des parcelles agricoles dans le but de développer l'agroforesterie. « Car l'arbre a de nombreux atouts, estime le président de l'association, Jacques Detemple. Il contribue tantôt au bien-être animal, tantôt à la qualité des sols en apportant de l'humus, tantôt à la qualité de l'eau en filtrant les nitrates. L'autre avantage d'un parcours aménagé est qu'il incite à s'éloigner du bâtiment, évitant ainsi aux fientes de s'accumuler au même endroit. Outre l'aspect sanitaire, cela contribue à améliorer l'image de l'exploitation. » L'arbre au plus profond des gênes Au total, ce sont trois modalités de plantation qui ont été installées, chacune étant indépendante par rapport aux deux autres et réservée à un groupe de volailles. « Celles-ci sont regroupées en fonction de leur âge », précise le directeur de la ferme de la Judenmatt, Luc-Olivier Waldmeyer. Le premier parcours est constitué d'arbres fruitiers qui ont comme vocation d'apporter de l'ombre et, dans un second temps, apporter quelques fruits supplémentaires à la gamme de vente directe pratiquée au sein de l'exploitation. La deuxième modalité est constituée de micro-bosquets issus d'essences forestières. Ceux-ci doivent apporter une concentration d'ombre plus important. Enfin, la troisième modalité est quasiment identique à la première à la différence près qu'elle uniquement constituée de noyers. « Cet arbre est réputé pour avoir une synergie avec les volailles. D'un côté, elles apportent de la fertilisation à l'arbre, et de l'autre, elles constituent des auxiliaires intéressants contre la mouche de la noix », développe Jacques Detemple. Reste maintenant à attendre quelques années - le temps que tous ces arbres poussent - pour mesurer les effets sur les volailles. « On pourra ainsi voir ce qu'elles préfèrent », ajoute Luc-Olivier Waldmeyer. Quelle que soit la modalité qui ressort du lot, les poules et autres pintades ne devraient pas avoir de mal à s'habituer à ce nouvel environnement. L'arbre est inscrit dans leurs gènes. « Les poules domestiques sont les descendantes de la poule de jungle. Comme son nom l'indique, celle-ci vivait dans la forêt pour se mettre à l'abri des rapaces. Aujourd'hui, les poules ont encore ce vieux réflexe. Même un simple héron suffit à les apeurer », complète Jacques Detemple. De vraies poules mouillées.

Ferme Vogelgesang à Dorlisheim

Du pragmatisme mais pas de promesses

Publié le 05/05/2015

À l'issue du congrès de la FNO, Stéphane Le Foll s'est rendu sur l'exploitation de la famille Jost à Dorlisheim, une exploitation de polyculture-élevage située au coeur de la zone hamster. Les représentants professionnels ont saisi l'opportunité de ce déplacement pour faire le point sur les dossiers du moment. 

Principale annonce de cette visite, le ministre a confirmé que « la quasi-unanimité des 29 propositions formulées dans le rapport Bastian devrait être retenue par le gouvernement d'ici la fin du mois de mai ». Jean-Paul Bastian, président de la Cara, s'était vu confier une mission sur les contrôles dans les exploitations agricoles aux côtés de Frédérique Massat, députée de l’Ariège et Simone Saillant, directrice départementale des territoires du Loiret. Ces propositions visent notamment à clarifier, simplifier et stabiliser le cadre réglementaire, rechercher un allégement de la pression et améliorer la préparation et le déroulement des contrôles sur place. Les responsables des OPA ont profité de ce déjeuner à la ferme pour rappeler au ministre leurs principaux sujets de préoccupation. Jean-Paul Bastian a souligné l'amertume alsacienne sur le budget de la Chambre d'agriculture, qui s'est vu tour à tour prélevée sur son fonds de roulement, baissée son imposition et intégrée dans une grande région qui nécessite une réorganisation complète. Un comble alors qu'elle avait fait le choix de construire quelques mois auparavant une Chambre régionale, engageant ainsi une forte restructuration. Conscient des efforts engagés, le ministre a précisé que la Cara serait prioritaire sur le fonds de péréquation, où sera pris en compte le travail réalisé. L'Alsace a fait ses propositions concernant la mise en œuvre du 2e pilier de la Pac. Mais le plan proposé n'est à cette heure toujours pas validé. Jean-Paul Bastian souhaite que la dynamique de la politique d'investissement agricole ne soit pas cassée par des lenteurs administratives. Stéphane Le Foll a précisé que ces plans régionaux étaient en cours de validation à Bruxelles. Néanmoins, il a assuré que sur l'ensemble des politiques transversales, comme l'installation, l'État assurait la période transitoire pour ne pas freiner les projets. « En tout état de cause, les plans devraient être validés avant fin juin. » Dégager du stockage ce qui peut l'être Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, est revenu sur un sujet préoccupant la filière depuis de nombreux mois : la directive nitrates, « vieux serpent de mer ». Il souhaite là aussi que les bons élèves ne soient pas punis. Certaines communes, où les résultats des premiers plans ont donné des résultats positifs, doivent sortir de la zone vulnérable afin que les efforts importants fournis par les agriculteurs sur le terrain soient récompensés. En outre, il a redemandé à ce que les périodes d'épandage puissent être revues pour permettre l'épandage avant l'implantation des blés en automne. D'un point de vue agronomique, le climat continental alsacien ne permet pas un épandage optimal au printemps, quand les sols sont gorgés d'eau. Par ailleurs, la mise aux normes sur les capacités de stockage avant octobre 2016 paraît intenable, surtout compte tenu de la conjoncture délicate de l'élevage bovin en ce moment. Sur la délimitation des zones, le ministre retient la notion de bassins démographiques plutôt que celle de limites communales, qui intègrent parfois d'énormes surfaces non concernées. Mais Stéphane Le Foll n'a pas caché son pessimisme quant à la possibilité de revoir les périodes d'épandage. Il croit plutôt dans la possibilité de mettre en place des dérogations à titre expérimental en cas de couverture continue des sols. Il est également favorable au fait de « dégager du stockage tout ce qui peut l'être » comme le fumier dit pailleux, ou les volumes destinés à la méthanisation pour limiter l'augmentation des volumes de stockage. « Personne ne perdra de DPB » Denis Ramspacher, président de la FDSEA du Bas-Rhin, est revenu pour sa part sur les conséquences de la réforme de la Pac pour la ferme Alsace, où les exploitations, notamment en plaine, vont subir une forte baisse de leurs subventions. Cette baisse intervient dans un contexte où les trésoreries ont déjà été mises à mal par la faiblesse des prix des produits agricoles. Le ministre a reconnu que pour les exploitations moyennes, « ça peut poser problème ! ». Denis Ramspacher est aussi revenu sur les nombreux changements qui interviendront dans la déclaration Pac 2015. Il va falloir mettre les bouchées doubles pour accompagner tout le monde, notamment dans le Bas-Rhin, qui passe cette année au 100 % TéléPac. Les nouvelles cartographies laissent perplexes. Pourquoi avoir fait depuis des années des corrections pour améliorer la cartographie et repartir cette année à zéro, sans que tout soit conforme vraisemblablement ? Le ministre a rappelé l'historique du contentieux qui a poussé la France à revoir cette cartographie. « Alors que Bruxelles estimait à 3 % les écarts de surfaces admissibles, nous sommes finalement arrivés à 0,5 %. » Le président de la FDSEA du Bas-Rhin a alerté sur les risques de pertes de DPB en cas de changement juridique des structures d'exploitations. Un point sur lequel le ministre s'est voulu rassurant. Le transfert se fera, y compris « de fermier à fermier » en cas de transmission d'exploitation. « Personne ne perdra de DPB ! ». Enfin, sur les prairies temporaires, les professionnels ont alerté le ministre sur le problème de changement de classification de ces prairies, notamment par rapport aux obligations de mise en œuvre des trois cultures. Le risque de retournement de ces prairies est réel, et cela va à contresens des objectifs de verdissement. Thomas Gillig, président des JA 67, a déploré que les propositions faites suite aux assises de l'installation par les JA sur l'accompagnement technico-économique des jeunes n'aient pas été validées par la Commission européenne. Un point de vue partagé par le ministre, qui néanmoins estime que ce dossier peut être revu. Paul Fritsch, président de la Coordination rurale, a demandé au ministre la mise en place du pluralisme au niveau des conseils des coopératives. Un point sur lequel le ministre est resté réservé puisqu'une coopérative est une entreprise. Difficile de s'immiscer dans sa gouvernance ; « ce n'est pas la même chose qu'une Chambre consulaire ou une interprofession ». Enfin, pour la viticulture, Jérôme Bauer a expliqué par un exemple concret les risques de détournement de notoriété de l'AOC Alsace par les vins sans indication géographique, produits à partir de cépages historiques alsaciens et vendus dans des flûtes alsaciennes (lire en page 36). Il a en outre présenté le projet Repère avec Jean-François Lallemand, président du syndicat viticole de Westhalten, qui entre dans les objectifs d'agroécologie. Ils ont convié le ministre à venir sur place pour découvrir ce projet de partage de connaissance ascendant pour améliorer les pratiques culturales, porté par le syndicat viticole et qui pourrait s'étendre plus largement aux communes avoisinantes. 

Organisme de sélection de la race bovine vosgienne

En pleine évolution

Publié le 11/03/2015

De plus en plus plébiscitée pour ses qualités intrinsèques, la race bovine vosgienne se lance dans le marketing pour développer sa notoriété et son image. Par des produits dérivés aujourd'hui et par un fromage « 100 % lait de Vosgienne » demain.

Elle a la cote, la belle Vosgienne tachetée de blanc et noir. La vache emblématique du massif alsaco-lorrain « cartonne » de plus en plus hors de son territoire natal. En 2014, 8 865 femelles ont été recensées dans toute la France contre 8 616 un an auparavant. La majorité de ces « nouvelles bêtes » (environ 150 sur 249) proviennent de départements situés à l'extérieur de la zone d'implantation historique (Alsace, Lorraine, Haute-Saône) de la Vosgienne ; on remarque ainsi que le département de la Haute-Loire possède environ 200 animaux sur son territoire, soit l'équivalent d'un tiers du cheptel du Bas-Rhin ou de Haute-Saône. Une tendance que l'on observe au moins depuis 2011, année de la mise en avant de la Vosgienne au Salon de l'agriculture de Paris. Cette année-là, 8 130 femelles avaient été recensées sur tout le territoire national. Un an plus tard, on en comptait 166 de plus avec « seulement » huit provenant du Haut-Rhin et dix-neuf des Vosges. « C'est une race qui séduit de plus en plus d'éleveurs, et surtout de jeunes éleveurs », se félicite le président de l'organisme de sélection (OS) de la race bovine vosgienne, Florent Campello. C'est aussi une race en perpétuelle évolution depuis sa « renaissance » il y a quarante ans. Chaque année, la génétique, « pilier fondamental » de l'OS, permet à la race vosgienne de progresser, tant dans ses qualités physiques que dans son potentiel de production. L'utilisation de la dose sexée n'est pas étrangère à ce phénomène. « C'est un atout fort et un grand gain de temps pour l'indexation des taureaux de testage. Utiliser la dose sexée, c'est participer au schéma de sélection, c'est faire de la promotion de race avec un afflux important de femelles sur le marché et dans nos élevages. C'est également un devoir de mise en commun des nouvelles données génétiques pour que, tous ensemble, nous soyons acteurs de notre race », complète Florent Campello. Même si tout cela s'avère à première vue plutôt positif, ce dernier préfère garder la tête froide et ne pas s'enflammer. « La Vosgienne séduit, fait parler d'elle, et évolue en fonction des besoins de nos exploitations. Mais elle n'est pas sauvée pour autant. Avec les fins des quotas, des grandes races laitières risquent d'envahir nos exploitations de montagne. C'est à nous de travailler les atouts de la race. Redoublons d'efforts pour la maintenir dans son espace. » Apporter une nouvelle plus-value aux éleveurs Outre l'important travail sur la génétique avec, demain, une éventuelle indexation génomique (les premiers résultats sont attendus pour le mois de juin), l'OS souhaite capitaliser sur l'image véhiculée par la race bovine vosgienne. Afin d'éviter qu'elle ne soit exploitée par des tiers, pas maîtrisée, et ne générant aucune retombée financière pour les éleveurs et l'OS, la décision a été prise de commercialiser des produits dérivés de la Vosgienne : posters, stylos, cartes postales, puzzles, tee-shirts, etc. « Cela nous permet de contrôler l'image de la Vosgienne tout en développant sa notoriété », explique Laurine Speiser, recrutée l'an passé pour s'occuper, entre autres, de cette mission. À son tour la Vosgienne rentre dans l'ère du marketing. Dans une époque où l'image est reine, cela représente finalement une évolution assez « logique » pour une race qui se veut « moderne ». Il est pour le moment un peu tôt pour évaluer la popularité de ces produits dérivés auprès du public. « Ce qui est sûr en revanche, c'est que la fréquentation de notre site internet ne cesse de croître depuis son lancement en 2013. Plus de 4 500 visiteurs uniques ont été enregistrés au mois de février alors qu'ils étaient encore moins de 3 000 il y a six mois », souligne Laurine Speiser. L'image c'est bien, l'assiette c'est encore mieux. Pour augmenter encore la notoriété de la race au niveau local et national, l'OS a lancé un ambitieux « projet fromage », ou comment produire et commercialiser un nouveau fromage fabriqué uniquement avec du lait de Vosgienne. « Avec ce produit, nous souhaitons apporter une nouvelle plus-value aux éleveurs, mais faire reconnaître leur travail et la race dans son ensemble », détaille Laurine Speiser. Ce fromage, au nom indéfini pour le moment, devrait voir le jour au plus tard au printemps 2016. Avant d'officialiser le lancement du projet, l'OS a fait une étude de marché pour mesurer la faisabilité et la viabilité du projet. Il en est ressorti que 54 % des éleveurs de Vosgiennes sont motivés pour produire un nouveau fromage. Avec 586 750 litres de lait disponibles, soixante tonnes de fromages pourraient être produites. Avec un prix compris entre 14 et 15 euros, le potentiel de vente de ce fromage serait de 18 200 kg par an en Alsace et dans les Vosges, et de 72 833 kg par an dans toute la France. Les dégustations pour définir ce futur fromage ont fait ressortir les caractéristiques suivantes : une croûte lavée non fleurie, un goût floral prononcé évoquant le massif vosgien, une texture légèrement alvéolée, et une pâte très onctueuse ou souple. De quoi satisfaire la demande qui, selon l'étude de consommation effectuée également en 2014, a fait ressortir que 35 % des personnes interrogées souhaitaient trouver un fromage de Vosgienne à pâte molle dans les rayons, contre 33 % pour un fromage à pâte pressée non cuite et 23 % pour un fromage à pâte pressée cuite. Pour mener à terme ce projet, un groupe de travail de huit personnes (éleveurs et parc des Ballons des Vosges) s'est constitué. Du mois d'avril à l'automne prochain, il suivra une formation VIVEA avec une technicienne pour définir une recette. Une fois cette dernière fiabilisée, une nouvelle formation sera ouverte à tous les adhérents de l'OS à partir du mois de novembre. « Toute personne intéressée peut d'ailleurs se manifester dès aujourd'hui », ajoute Laurine Speiser. La promotion de ce nouveau fromage 100 % lait de Vosgienne sera lancée dans la foulée. 

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