Ferme Vogelgesang à Dorlisheim
Du pragmatisme mais pas de promesses
Ferme Vogelgesang à Dorlisheim
Publié le 05/05/2015
À l'issue du congrès de la FNO, Stéphane Le Foll s'est rendu sur l'exploitation de la famille Jost à Dorlisheim, une exploitation de polyculture-élevage située au coeur de la zone hamster. Les représentants professionnels ont saisi l'opportunité de ce déplacement pour faire le point sur les dossiers du moment.
Principale annonce de cette visite, le ministre a confirmé que « la quasi-unanimité des 29 propositions formulées dans le rapport Bastian devrait être retenue par le gouvernement d'ici la fin du mois de mai ». Jean-Paul Bastian, président de la Cara, s'était vu confier une mission sur les contrôles dans les exploitations agricoles aux côtés de Frédérique Massat, députée de l’Ariège et Simone Saillant, directrice départementale des territoires du Loiret. Ces propositions visent notamment à clarifier, simplifier et stabiliser le cadre réglementaire, rechercher un allégement de la pression et améliorer la préparation et le déroulement des contrôles sur place. Les responsables des OPA ont profité de ce déjeuner à la ferme pour rappeler au ministre leurs principaux sujets de préoccupation. Jean-Paul Bastian a souligné l'amertume alsacienne sur le budget de la Chambre d'agriculture, qui s'est vu tour à tour prélevée sur son fonds de roulement, baissée son imposition et intégrée dans une grande région qui nécessite une réorganisation complète. Un comble alors qu'elle avait fait le choix de construire quelques mois auparavant une Chambre régionale, engageant ainsi une forte restructuration. Conscient des efforts engagés, le ministre a précisé que la Cara serait prioritaire sur le fonds de péréquation, où sera pris en compte le travail réalisé. L'Alsace a fait ses propositions concernant la mise en œuvre du 2e pilier de la Pac. Mais le plan proposé n'est à cette heure toujours pas validé. Jean-Paul Bastian souhaite que la dynamique de la politique d'investissement agricole ne soit pas cassée par des lenteurs administratives. Stéphane Le Foll a précisé que ces plans régionaux étaient en cours de validation à Bruxelles. Néanmoins, il a assuré que sur l'ensemble des politiques transversales, comme l'installation, l'État assurait la période transitoire pour ne pas freiner les projets. « En tout état de cause, les plans devraient être validés avant fin juin. » Dégager du stockage ce qui peut l'être Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, est revenu sur un sujet préoccupant la filière depuis de nombreux mois : la directive nitrates, « vieux serpent de mer ». Il souhaite là aussi que les bons élèves ne soient pas punis. Certaines communes, où les résultats des premiers plans ont donné des résultats positifs, doivent sortir de la zone vulnérable afin que les efforts importants fournis par les agriculteurs sur le terrain soient récompensés. En outre, il a redemandé à ce que les périodes d'épandage puissent être revues pour permettre l'épandage avant l'implantation des blés en automne. D'un point de vue agronomique, le climat continental alsacien ne permet pas un épandage optimal au printemps, quand les sols sont gorgés d'eau. Par ailleurs, la mise aux normes sur les capacités de stockage avant octobre 2016 paraît intenable, surtout compte tenu de la conjoncture délicate de l'élevage bovin en ce moment. Sur la délimitation des zones, le ministre retient la notion de bassins démographiques plutôt que celle de limites communales, qui intègrent parfois d'énormes surfaces non concernées. Mais Stéphane Le Foll n'a pas caché son pessimisme quant à la possibilité de revoir les périodes d'épandage. Il croit plutôt dans la possibilité de mettre en place des dérogations à titre expérimental en cas de couverture continue des sols. Il est également favorable au fait de « dégager du stockage tout ce qui peut l'être » comme le fumier dit pailleux, ou les volumes destinés à la méthanisation pour limiter l'augmentation des volumes de stockage. « Personne ne perdra de DPB » Denis Ramspacher, président de la FDSEA du Bas-Rhin, est revenu pour sa part sur les conséquences de la réforme de la Pac pour la ferme Alsace, où les exploitations, notamment en plaine, vont subir une forte baisse de leurs subventions. Cette baisse intervient dans un contexte où les trésoreries ont déjà été mises à mal par la faiblesse des prix des produits agricoles. Le ministre a reconnu que pour les exploitations moyennes, « ça peut poser problème ! ». Denis Ramspacher est aussi revenu sur les nombreux changements qui interviendront dans la déclaration Pac 2015. Il va falloir mettre les bouchées doubles pour accompagner tout le monde, notamment dans le Bas-Rhin, qui passe cette année au 100 % TéléPac. Les nouvelles cartographies laissent perplexes. Pourquoi avoir fait depuis des années des corrections pour améliorer la cartographie et repartir cette année à zéro, sans que tout soit conforme vraisemblablement ? Le ministre a rappelé l'historique du contentieux qui a poussé la France à revoir cette cartographie. « Alors que Bruxelles estimait à 3 % les écarts de surfaces admissibles, nous sommes finalement arrivés à 0,5 %. » Le président de la FDSEA du Bas-Rhin a alerté sur les risques de pertes de DPB en cas de changement juridique des structures d'exploitations. Un point sur lequel le ministre s'est voulu rassurant. Le transfert se fera, y compris « de fermier à fermier » en cas de transmission d'exploitation. « Personne ne perdra de DPB ! ». Enfin, sur les prairies temporaires, les professionnels ont alerté le ministre sur le problème de changement de classification de ces prairies, notamment par rapport aux obligations de mise en œuvre des trois cultures. Le risque de retournement de ces prairies est réel, et cela va à contresens des objectifs de verdissement. Thomas Gillig, président des JA 67, a déploré que les propositions faites suite aux assises de l'installation par les JA sur l'accompagnement technico-économique des jeunes n'aient pas été validées par la Commission européenne. Un point de vue partagé par le ministre, qui néanmoins estime que ce dossier peut être revu. Paul Fritsch, président de la Coordination rurale, a demandé au ministre la mise en place du pluralisme au niveau des conseils des coopératives. Un point sur lequel le ministre est resté réservé puisqu'une coopérative est une entreprise. Difficile de s'immiscer dans sa gouvernance ; « ce n'est pas la même chose qu'une Chambre consulaire ou une interprofession ». Enfin, pour la viticulture, Jérôme Bauer a expliqué par un exemple concret les risques de détournement de notoriété de l'AOC Alsace par les vins sans indication géographique, produits à partir de cépages historiques alsaciens et vendus dans des flûtes alsaciennes (lire en page 36). Il a en outre présenté le projet Repère avec Jean-François Lallemand, président du syndicat viticole de Westhalten, qui entre dans les objectifs d'agroécologie. Ils ont convié le ministre à venir sur place pour découvrir ce projet de partage de connaissance ascendant pour améliorer les pratiques culturales, porté par le syndicat viticole et qui pourrait s'étendre plus largement aux communes avoisinantes.












