Planète Légumes
Chauffer ses serres aux énergies renouvelables ça rapporte
Planète Légumes
Publié le 05/01/2019
Les énergies dites « vertes » constituent une alternative économique au gaz et au fioul pour le chauffage des serres. Mélanie Krauth, conseillère à Planète Légumes, a donné une conférence sur le sujet mardi 20 novembre à Sélestat, à l’occasion de la journée technique de Planète Légumes.
Maintenir ses serres à bonne température coûte cher. Très cher. Mais il existe des solutions moins onéreuses sur le long terme. L’experte Mélanie Krauth a dressé un panorama des systèmes de chauffage à énergies renouvelables disponibles sur le marché. La chaufferie biomasse Le principe ? « On brûle de la matière organique pour chauffer de l’eau », explique la conseillère. Simple comme bonjour. La puissance thermique varie du tout au tout selon les installations. De 45 à 20 000 kWth, pour des surfaces de 800 à 54 000 m2. Mais rien de mieux qu’un exemple pour illustrer le sujet. La SCEA légumenfrais, à Val-de-Vesle (Marne), chauffe ses 3 ha de concombre grâce à une chaufferie biomasse. Celle-ci développe une puissance de 2 800 kWth et consomme 2 600 tonnes de paille par an. À plein régime, le système engloutit un ballot de paille en 45 minutes. Vu cette consommation, l’approvisionnement reste la principale contrainte. Mais dans la Marne, blé, orge et escourgeon ne manquent pas. « Les agriculteurs se fournissent dans un rayon de 15 km », confirme Mélanie Krauth. Côté investissement, l’installation a coûté 877 000 €. La SCEA a bénéficié d’une subvention de 38 % de l’Ademe. Surtout, les producteurs économisent environ 75 000 € par an sur leur facture énergétique. Logique, la paille coûte moins cher que le charbon et le butane utilisés jusque-là. La pompe à chaleur La géothermie, une technologie impressionnante. « Mais rien à voir avec le forage de Reichstett », prévient la technicienne. Ici, les agriculteurs creusent à « seulement » 100 m de profondeur, contre 4 600 m dans la banlieue de Strasbourg. Le principe s’approche de celui d’un frigo inversé. Le puits pompe une eau à environ 11 °C. Un compresseur la chauffe à 55 °C et l’envoie dans des tuyaux à travers la serre. L’eau refroidie est ensuite réinjectée en profondeur via un second puits. Niveau puissance thermique, c’est le grand écart. De 10 à 2 000 kWth selon les besoins. À Trancault, dans l’Aube, l’EARL les serres de noisette chauffe ses 1,8 ha de concombres et tomates grâce à un puits. Celui-ci développe 1 370 kWth. Les associés complètent leurs besoins grâce à une chaudière à gaz. Bilan, 70 000 € d’économie par an. Pour un investissement de 750 000 € subventionnés à hauteur de 33 %. La méthanisation Elle se développe au galop dans la région. La méthanisation consiste à produire du biogaz à partir de déchets organiques fermentés. En résumé, on place de la paille ou des effluents d’élevage dans un digesteur. La fermentation crée du biogaz. Celui-ci va être transformé pour partie en électricité (35 %) et en chaleur (50 %) dans un co-générateur. Une unité génère ainsi de 80 à 630 kWth pour des surfaces de 300 à 2 500 m2. Le prix, plus d’1,50 M€ en moyenne, impose des projets collectifs. À ce titre « il s’avère judicieux d’intégrer un maraîcher dans le groupe », recommande Mélanie Krauth. Des serres adossées à un méthaniseur et un bâtiment d’élevage, une image rêvée de l’économie circulaire. La chaleur fatale L’alternative la moins connue. Il s’agit de récupérer la chaleur non valorisée, le plus souvent issue d’une industrie. Ces rejets chauffent l’eau de 30 °C à plus de 100 °C. Les cas dans la région sont si rares que la conseillère a cherché un exemple dans le Loir-et-Cher. Là, des paysans recyclent la chaleur dégagée par la centrale nucléaire de Saint-Laurent-Nouan. Ils chauffent leurs 9 400 m2 de concombres et 2 100 m2 de tomates grâce à ce procédé. Seul bémol, l’eau récupérée atteint à peine les 26 °C. Dans ces conditions, « les producteurs ont dû multiplier les tubes de chauffage dans les serres », explique Mélanie Krauth. Peu mis en pratique, le procédé aurait toutefois un gros potentiel en Alsace. « De nombreux industriels cherchent à se débarrasser de leur chaleur fatale », confirme la conseillère. Ne reste plus qu’à trouver des agriculteurs volontaires.












