Publié le 14/02/2018
À Itterswiller, Rémy Kieffer oriente son domaine vers l’œnotourisme. Décoration, accueil, étiquette forment un tout qui doit déclencher la vente.
« C’était facile de reprendre. Tout était là ». Installé en 1992 avec un BEP viti-œno, Rémy Kieffer se félicite du travail abattu par Robert et Marie-Reine, ses parents. Ce sont eux qui achètent et louent des vignes pour atteindre assez rapidement 10 ha sur la commune, mais aussi à Epfig et à Bernardvillé. Encore eux, qui dès 1975 rachètent une cave pour y installer leur cuverie inox, aménagent et construisent les bâtiments de production et de stockage sur la bande de propriété qui s’étire vers le sud depuis la rue principale. Toujours eux qui passent du vrac à la bouteille à partir de 1959. Robert développe son commerce en livrant des particuliers sur Strasbourg ainsi que des relations qu’il croise dans diverses associations dont il est un membre actif. Rémy prend la suite opérationnelle du domaine au début des années 2000. Le Gaec qu’il forme avec sa mère se transforme en Earl. Rémy ne se montre pas révolutionnaire à la vigne. Il préfère le terme de « pratiques traditionnelles » pour évoquer son choix de continuer à désherber chimiquement le cavaillon, de ne pas refuser l’emploi d’une spécialité systémique pour protéger sa récolte. Avant de décider d’une intervention, il s’informe cependant en parcourant le Bulletin de santé du végétal, et « fait la part des choses » en comparant les avis des techniciens de ses deux revendeurs. Mais Rémy quitte aussi les sentiers battus en pulvérisant une préparation d’algues qui doit stimuler les défenses naturelles des plantes. Il envoie de même un de ses salariés se former à la taille Poussard. Aux vendanges, Rémy espère au moins rentrer 70 hl/ha en moyenne. Il y parvient à 2 hl près en 2017. Il fait le plein autorisé en 2016, mais se contente de 50 hl/ha en 2015. Cinq hectares sont récoltés à la machine. En cave, Rémy adopte un itinéraire classique. Il presse entre quatre et six heures, sulfite le moût à 3 g/hl plutôt qu’à 5-6 g, réalise un débourbage de dix-huit heures, ajoute des enzymes et 10 à 15 g/hl de levures pour laisser fermenter entre 19 et 21° pendant dix à quinze jours. Il oxygène ses cuves pour s’assurer d’une fin de fermentation tranquille. « Je recherche des vins digestes et délicats qui sont sur le fruit et la finesse » justifie-t-il. Depuis deux ans, il incorpore à son rosé au débourbage une levure préfermentaire. Il laisse aussi macérer une heure en statique son gewurztraminer et son muscat avant pressurage. « Où que le regard porte, c’est joli » Chaque année, Rémy cède 3 ha de raisins à un négociant. Il n’inscrit pas d’échantillons aux concours, ne démarche pas et n’exporte pas. Il se limite à un seul salon par an, démarré par son père en 1984. Rémy mise en revanche beaucoup sur l’emplacement du domaine pour écouler ses bouteilles. « Itterswiller, la route des vins et les touristes, c’est une synergie qui fonctionne bien » remarque-t-il. Ce public réclame du temps à Rémy comme à Michel Haensler, son partenaire chargé de la vente. Le viticulteur concède qu’il fait parfois « beaucoup d’épicerie ». Mais il ne regrette pas l’investissement consenti. En 2007, il commence par aménager un parking d’une dizaine de places juste de l’autre côté de la rue. Entre terrassement, béton drainant et éclairages, il dépense 30 000 €, mais « disposer d’un stationnement ici, ça vaut de l’or ». En 2014, Rémy place encore davantage l’œnotourisme au cœur de sa stratégie. Pour donner envie aux touristes qui parcourent l’artère principale du village de descendre dans sa cour, il confère une atmosphère chaleureuse au lieu. Les murs reçoivent un bardage bois. Les coins se transforment en recoins douillets. L’été, palmier et bananier procurent un surcroît d’ombre aux tables installées sous la verrière. « Où que le regard porte, c’est joli » résume Rémy qui songe encore à installer des spots pour éclairer indirectement bouteilles et cartons séjournant dans la pièce réservée à l’étiquetage quand il la fera visiter. La même année, Rémy fait appel à un graphiste pour revoir ses étiquettes. Un code couleur jaune et blanc identifie les vins « tradition », un autre jaune et noir, sa gamme terroir. Il est décliné pour les crémants. Selon l’étiquette, une ou plusieurs cigognes prenant leur envol apportent une touche symbolique à chaque vin. Le même oiseau est repris sur la coiffe de l’effervescent. « Tout est dans le détail. Il faut une logique entre l’accueil réservé au client et ce qu’il voit » glisse Rémy. Pour marquer les esprits et se différencier des deux autres domaines du village qui portent le même patronyme, le viticulteur a utilisé une typographie particulière pour mettre en avant son prénom. Cette signature saute aussi aux yeux sur le site internet modernisé en 2014. « Mes ventes de crémant en Allemagne se développent bien grâce à la boutique en ligne » constate Rémy.












