Cultures spéciales

Publié le 23/06/2023

Samedi 17 et dimanche 18 juin, l’entreprise Alélor a mis les petits plats dans les grands pour fêter ses 150 années de fabrication de moutardes, raiforts et autres condiments. Le public était au rendez-vous à Mietesheim, capitale du raifort, chef-lieu de la moutarde.

Pour fêter ses 150 ans, Alélor a organisé Alélor Fescht, un moment de convivialité autour des savoir-faire de la fabrique de moutardes, raiforts et autres condiments. Depuis la reprise de l’entreprise Alélor par Raifalsa en 2006, le nombre de recettes est en effet passé de 6 à 60, a rappelé Alain Trautmann, dirigeant de l’entreprise, tout comme le fait que les raiforts Raifalsa sont constitués à 100 % avec des racines produites en Alsace par quinze producteurs qui produisent quelque 150 t de raifort par an sur une quinzaine d’hectares. La moutarde utilisée pour élaborer les moutardes Alélor est elle aussi produite en partie localement. En 2008, l’entreprise et la Chambre d'agriculture Alsace ont noué un partenariat pour monter une filière de moutarde alsacienne. En 2009, ils étaient cinq producteurs. En 2023, 29 agriculteurs produisent de la moutarde, dont six en bio. Actuellement, ils produisent surtout des graines blanches, mais la production de graines brunes est engagée. L’entreprise a également œuvré à la relance d’une filière cornichon en partenariat avec la ferme Maurer de Dorlisheim, qui livre aujourd’hui 10 % de la production annuelle d’Alélor. Au programme de cette journée : visite guidée des ateliers de production avec expositions de matériels et documents anciens, dédicace du livre « La singulière histoire du raifort d’Alsace » par Joseph Lutz, président d’honneur de la coopérative Alsaraifort, concours de râpage de raifort, dégustation des produits, buvette et restauration sur place en continu, jeux pour les enfants, concerts en soirée.

Dans les houblonnières du lycée agricole d’Obernai

L’irrigation venue du ciel

Publié le 05/05/2023

Face au changement climatique qui s’emballe, le lycée agricole d’Obernai teste différentes méthodes d’irrigation du houblon et, plus largement, des moyens d’atténuer les stress thermique et hydrique, dans les houblonnières, afin de préserver le rendement en houblon bio.

Au lycée agricole d’Obernai, l’irrigation du houblon n’est pas une nouveauté. Certaines parcelles sont d’ores et déjà irriguées, au moyen d’un goutte-à-goutte enterré à 50 cm de profondeur. Une solution qui ne donne pas entière satisfaction à Véronique Stangret et Freddy Merckling, responsables des expérimentations. En effet, il n’y a pas de différence significative de rendement entre le houblon conduit en sec et celui irrigué avec ce système. « Avec la réserve utile dont nous disposons et la capacité de prospection du houblon, je ne suis pas convaincu que ce système ait un réel intérêt, sans y adjoindre de la fertirrigation », commente Freddy Merckling. D’autres méthodes d’irrigation sont donc testées. Une houblonnière de 2 ha à Obernai, et une autre de 8 ha à Valff, ont été équipées d’un système d’irrigation au goutte-à-goutte par le haut. Pour éviter de trop asperger le feuillage, ce qui risquerait d’augmenter la pression des maladies cryptogamiques, ce qui serait rédhibitoire en bio, les gaines ont été placées entre les fils d’attache des fils de tuteurage. « Des essais ont déjà été menés avec des gaines placées à mi-hauteur mais, nous avons voulu les placer tout en haut des échafaudages car l’objectif est double : remédier à un éventuel déficit de précipitation, et rafraîchir l’air ambiant », pointe Véronique Stangret. Le système a déjà fonctionné l’année dernière, en août, et « l’effet sur la température ambiante a été très net », rapporte Véronique Stangret. Pour le chiffrer, les parcelles sont équipées de thermomètres et d’hygromètres qui enregistreront la température et l’humidité dans l’air et dans le sol, à différentes profondeurs. Les données obtenues dans cette houblonnière seront comparées à celles d’une houblonnière traditionnelle témoin et à celle de la houblonnière de rupture (lire plus loin). « Nous allons également enregistrer le suivi sanitaire du houblon », indique Véronique Stangret, qui précise que, à terme, l’objectif est de développer un modèle qui permette de piloter cette irrigation de manière optimale. D’un point de vue technique, l’eau provient d’un forage dans la nappe et, est amenée jusqu’à la houblonnière au moyen de tuyaux et d’une pompe, dont le régime varie, afin de rester à une pression de 3,5 bars. Les gaines sont équipées de goutteurs tous les 50 cm, dont l’eau s’écoule avec un débit de 2 l/h, soit une consommation de quelque 60 m3/h pour irriguer les 8 ha de Valff. Comme les autres systèmes d’irrigation, celui-ci a un coût, que Freddy Merckling estime à 9 000 €/ha, matériel et pose compris. Et qu’il s’agit de mettre en regard de l’assurance d’avoir un rendement d’au moins 1 t de cônes par hectare, nécessaire à l’équilibre économique en bio. Pour l’instant, la pompe est alimentée au fioul. Mais, après s’être fait voler le carburant trois fois, un devis pour électrifier le puits a été demandé. « L’électricité présente aussi l’avantage d’être plus facile à automatiser », pointe Freddy Merkling. Un atout non négligeable alors que les expérimentations sur l’irrigation vont s’intensifier ! Une rupture en douceur À quelques centaines de mètres de cette première houblonnière, nichée contre une haie, se trouve la houblonnière de rupture. Celle-ci a pour objectif de pousser encore plus loin les investigations, afin de trouver des solutions efficaces et pérennes, face au changement climatique. Pour ce faire, la houblonnière est divisée en plusieurs blocs. La partie dite « high-tech », a pour vocation d’identifier des solutions rapides, face au changement climatique qui s’emballe. La partie « low tech » vise à proposer des solutions à plus long terme, en reproduisant l’écosystème naturel du houblon. Dans la partie « high-tech », plantée avec la variété Elixir, une zone sera irriguée au goutte-à-goutte, au moyen de gaines placées à 6 m de haut. À côté, le houblon sera irrigué de la même manière mais sera aussi, en plus, couvert de filets paragrêles qui, outre leur fonction protectrice contre les grêlons, ont pour objectif d’ombrager et de conserver de l’humidité dans la houblonnière. Une autre zone ne sera pas irriguée mais uniquement couverte par des filets paragrêle. Enfin, un dernier bloc restera vierge de tout dispositif pour servir de témoin. Dans la partie « low tech », ces dispositifs techniques sont remplacés par des arbres, afin de reproduire l’écosystème naturel du houblon, soit celui d’une liane qui pousse sur les supports qu’elle trouve dans son environnement, donc, souvent, des arbres. « Des arbres, arbustes et arbrisseaux ont été plantés, entre une ligne de poteaux sur deux. Les arbres seront conduits, afin de ne pas dépasser 4 à 5 m de haut. Les saules, par exemple, seront tétarisés », décrit Véronique Stangret. L’objectif est de vérifier l’hypothèse que cette végétation apporte de l’ombre, dans les houblonnières, mais aussi de l’humidité, en officiant comme une pompe à eau, en allant puiser naturellement de l’eau en profondeur et en la relâchant en surface. Cette partie a été plantée avec différentes variétés pour, aussi, déterminer s’il y en a qui réagissent mieux que d’autres à la cohabitation avec un étage arboré. Sur les pourtours de la houblonnière de rupture, d’autres arbres et arbustes ont été plantés, pour compléter la haie préexistante. Là aussi, les objectifs sont de réguler la température et l’hygrométrie. Mais aussi de faire office de brise-vent, qui contribue à assécher les sols, et de produire du carbone sur site. L’entretien des haies générera des plaquettes de bois, qui retourneront au sol via le compost, afin d’augmenter sa teneur en matière organique. Car, avec les argiles, la matière organique constitue la deuxième matrice capable de retenir l’eau dans le sol. Augmenter sa teneur dans le sol constitue donc un levier majeur dans l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Mais il faut aller vite, car l’entreprise prend du temps. À Obernai, 3,3 km de haies ont été plantés à cette fin.

À Mittelschaeffolsheim

Une houblonnière sort de terre

Publié le 20/03/2023

Agriculteur à Mittelschaeffolsheim, Félix Meyer a organisé le montage d’une houblonnière de 1,8 ha. Un événement qui a rassemblé quelque 25 personnes et une quinzaine de tracteurs.

Mardi 7 mars était un grand jour pour Félix Meyer, agriculteur à Mittelshchaffolsheim. C’était en effet la première fois qu’il montait sa propre houblonnière depuis qu’il s’est installé sur l’exploitation familiale, spécialisée dans la production de houblon. La parcelle, qui occupe 1,8 ha était d’ores et déjà plantée avec du strisselspalt. Il s’agissait de construire l’échafaudage qui doit permettre aux lianes de se déployer en hauteur et d’atteindre la pleine production dès cette année, espère Félix Meyer, qui cultive donc désormais presque 21 ha de houblon. Le chantier a mobilisé quelque 25 personnes : la famille, les amis, des collègues… Ceux qui possèdent des tracteurs sont venus avec, soit une quinzaine au total. Le chantier a donc été rondement mené, sous la houlette de Fabien Ginns, houblonnier à Mittelschaeffolsheim. En une matinée, tous les poteaux étaient rentrés dans leurs trous, reliés par les câbles qui permettent de faire tenir l’ensemble. La préparation du chantier a été plus longue. Il a fallu « une semaine à quatre personnes », estime Félix Meyer, pour disposer au sol les poteaux en bois (d’origine Suisse), les câbler entre eux (avec du matériel fabriqué en Allemagne), et creuser les trous devant les accueillir. Un ballet savamment orchestré Dès 8 h du matin, dans un froid mordant, et juste avant le retour de la pluie, les bâtisseurs du jour s’activent. La première étape est la plus longue et la plus ardue… Il faut monter la tête de la houblonnière, soit la première rangée, qui comporte plus de poteaux, qui ne sont en plus pas encore amarrés au sol. À ce moment-là, il n’y a pas encore assez de tracteurs pour lever tous les poteaux d’un coup, les constructeurs jouent donc à saute-mouton, pour les lever les uns après les autres. Cette première étape franchie, la suite semble presque un jeu d’enfant. Bien alignés, les tracteurs soulèvent et plantent les poteaux avec une belle synchronicité, sous la houlette de Fabien Ginns. Un ballet auquel sont venus assister Michèle Dauger, technicienne houblon au Comptoir agricole, et Francis Heitz, commercial houblon au sein de la même coopérative, accompagnés de visiteurs belges, dont Lieven Van Hofstraeten, chef de production de la brasserie de l’abbaye de Westmalle. L’occasion pour eux, d’apprécier le savoir-faire des houblonniers alsaciens, mais aussi leur sens du travail collectif et de la convivialité, ces chantiers se déroulant toujours dans une très bonne ambiance.    

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