Face au changement climatique qui s’emballe, le lycée agricole d’Obernai teste différentes méthodes d’irrigation du houblon et, plus largement, des moyens d’atténuer les stress thermique et hydrique, dans les houblonnières, afin de préserver le rendement en houblon bio.
Au lycée agricole d’Obernai, l’irrigation du houblon n’est pas une nouveauté. Certaines parcelles sont d’ores et déjà irriguées, au moyen d’un goutte-à-goutte enterré à 50 cm de profondeur. Une solution qui ne donne pas entière satisfaction à Véronique Stangret et Freddy Merckling, responsables des expérimentations. En effet, il n’y a pas de différence significative de rendement entre le houblon conduit en sec et celui irrigué avec ce système. « Avec la réserve utile dont nous disposons et la capacité de prospection du houblon, je ne suis pas convaincu que ce système ait un réel intérêt, sans y adjoindre de la fertirrigation », commente Freddy Merckling.
D’autres méthodes d’irrigation sont donc testées. Une houblonnière de 2 ha à Obernai, et une autre de 8 ha à Valff, ont été équipées d’un système d’irrigation au goutte-à-goutte par le haut. Pour éviter de trop asperger le feuillage, ce qui risquerait d’augmenter la pression des maladies cryptogamiques, ce qui serait rédhibitoire en bio, les gaines ont été placées entre les fils d’attache des fils de tuteurage. « Des essais ont déjà été menés avec des gaines placées à mi-hauteur mais, nous avons voulu les placer tout en haut des échafaudages car l’objectif est double : remédier à un éventuel déficit de précipitation, et rafraîchir l’air ambiant », pointe Véronique Stangret. Le système a déjà fonctionné l’année dernière, en août, et « l’effet sur la température ambiante a été très net », rapporte Véronique Stangret. Pour le chiffrer, les parcelles sont équipées de thermomètres et d’hygromètres qui enregistreront la température et l’humidité dans l’air et dans le sol, à différentes profondeurs. Les données obtenues dans cette houblonnière seront comparées à celles d’une houblonnière traditionnelle témoin et à celle de la houblonnière de rupture (lire plus loin). « Nous allons également enregistrer le suivi sanitaire du houblon », indique Véronique Stangret, qui précise que, à terme, l’objectif est de développer un modèle qui permette de piloter cette irrigation de manière optimale.
D’un point de vue technique, l’eau provient d’un forage dans la nappe et, est amenée jusqu’à la houblonnière au moyen de tuyaux et d’une pompe, dont le régime varie, afin de rester à une pression de 3,5 bars. Les gaines sont équipées de goutteurs tous les 50 cm, dont l’eau s’écoule avec un débit de 2 l/h, soit une consommation de quelque 60 m3/h pour irriguer les 8 ha de Valff. Comme les autres systèmes d’irrigation, celui-ci a un coût, que Freddy Merckling estime à 9 000 €/ha, matériel et pose compris. Et qu’il s’agit de mettre en regard de l’assurance d’avoir un rendement d’au moins 1 t de cônes par hectare, nécessaire à l’équilibre économique en bio. Pour l’instant, la pompe est alimentée au fioul. Mais, après s’être fait voler le carburant trois fois, un devis pour électrifier le puits a été demandé. « L’électricité présente aussi l’avantage d’être plus facile à automatiser », pointe Freddy Merkling. Un atout non négligeable alors que les expérimentations sur l’irrigation vont s’intensifier !
Une rupture en douceur
À quelques centaines de mètres de cette première houblonnière, nichée contre une haie, se trouve la houblonnière de rupture. Celle-ci a pour objectif de pousser encore plus loin les investigations, afin de trouver des solutions efficaces et pérennes, face au changement climatique. Pour ce faire, la houblonnière est divisée en plusieurs blocs. La partie dite « high-tech », a pour vocation d’identifier des solutions rapides, face au changement climatique qui s’emballe. La partie « low tech » vise à proposer des solutions à plus long terme, en reproduisant l’écosystème naturel du houblon.
Dans la partie « high-tech », plantée avec la variété Elixir, une zone sera irriguée au goutte-à-goutte, au moyen de gaines placées à 6 m de haut. À côté, le houblon sera irrigué de la même manière mais sera aussi, en plus, couvert de filets paragrêles qui, outre leur fonction protectrice contre les grêlons, ont pour objectif d’ombrager et de conserver de l’humidité dans la houblonnière. Une autre zone ne sera pas irriguée mais uniquement couverte par des filets paragrêle. Enfin, un dernier bloc restera vierge de tout dispositif pour servir de témoin.
Dans la partie « low tech », ces dispositifs techniques sont remplacés par des arbres, afin de reproduire l’écosystème naturel du houblon, soit celui d’une liane qui pousse sur les supports qu’elle trouve dans son environnement, donc, souvent, des arbres. « Des arbres, arbustes et arbrisseaux ont été plantés, entre une ligne de poteaux sur deux. Les arbres seront conduits, afin de ne pas dépasser 4 à 5 m de haut. Les saules, par exemple, seront tétarisés », décrit Véronique Stangret. L’objectif est de vérifier l’hypothèse que cette végétation apporte de l’ombre, dans les houblonnières, mais aussi de l’humidité, en officiant comme une pompe à eau, en allant puiser naturellement de l’eau en profondeur et en la relâchant en surface. Cette partie a été plantée avec différentes variétés pour, aussi, déterminer s’il y en a qui réagissent mieux que d’autres à la cohabitation avec un étage arboré.
Sur les pourtours de la houblonnière de rupture, d’autres arbres et arbustes ont été plantés, pour compléter la haie préexistante. Là aussi, les objectifs sont de réguler la température et l’hygrométrie. Mais aussi de faire office de brise-vent, qui contribue à assécher les sols, et de produire du carbone sur site. L’entretien des haies générera des plaquettes de bois, qui retourneront au sol via le compost, afin d’augmenter sa teneur en matière organique. Car, avec les argiles, la matière organique constitue la deuxième matrice capable de retenir l’eau dans le sol. Augmenter sa teneur dans le sol constitue donc un levier majeur dans l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Mais il faut aller vite, car l’entreprise prend du temps. À Obernai, 3,3 km de haies ont été plantés à cette fin.