Cultures spéciales

Publié le 14/02/2019

Profitant de la présence des congressistes de l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) à Strasbourg, le groupe Haag proposait en leur honneur, dans sa succursale de Marlenheim mardi 5 février, une soirée indoor de présentation des matériels Ropa et DeWulf, ainsi que JCB, John Deere, Lemken, la gamme manutention Mitsubishi et d’irrigation.

Le groupe Haag est passé, le 2 juillet dernier, sous la propriété du réseau Colvemat (lire en page 13 de notre numéro du 20 juillet 2018). Cette société de maintenance, location et vente de matériel de manutention et travaux publics, rattachée au Groupe Europe Holding, déjà bien implantée en Alsace avec Steiblé, spécialiste du chariot élévateur, et avec JCB sur le Grand Est et sur Montpellier-Perpignan, ajoute désormais un nouveau métier à ses compétences avec cette entrée dans le machinisme agricole par l’acquisition du Groupe Haag et ses concessions John Deere, JCB Agri, Lemken, Idrofoglia. C’était donc l’occasion le 5 février pour les planteurs de pomme de terre en congrès à Strasbourg, de rencontrer la nouvelle équipe Haag, avec Pierre Kipp, spécialiste du marché matériel pomme de terre, Yannick Dangelser, nouveau chef d’atelier de la base de Marlenheim, Aurélien Savio, directeur commercial du groupe Haag, Olivier Martin, directeur technique, et Nicolas Pereira, directeur général de Colvemat. Étaient également présents Laurent Sépulcre, directeur de la branche manutention Alsace chez Colvemat, et Guy Beyl, directeur pièces du Groupe Haag. Pour compléter la nouvelle équipe, un nouveau magasinier et un nouveau technicien sont attendus très prochainement, précise Philippe Sesmat, directeur-transition chez Haag, qui passera le relai à Laurent Faure, le 18 février. En présentation dans le hall d’atelier à Marlenheim, une récolteuse du constructeur bavarois Ropa : la Keiler I. « Dotée d’une trémie d’une capacité de 6 tonnes, cette récolteuse, impressionnante par son gabarit, est à entraînement tout hydraulique. » Les tapis ont remplacé les chaînes. Il en résulte une machine beaucoup moins bruyante, multiparamétrable pour plus de précision et de qualité de récolte, explique Pierre Kipp. 130 ch suffisent à tracter cette récolteuse, dont une unité est en service à Krautergersheim, précise-t-il. Présentée également, « pour la préparation de sols ou la reprise de plantations pour butter définitivement en cas de besoin », une fraiseuse butteuse Dewulf. Équipée à l’avant d’un décompacteur LSM « pour casser la semelle occasionnée par la fraise » : un rotor comprenant pas moins de 192 dents sur 3 m de large ! Quant à la table de buttage avec pression hydraulique, Dewulf a fait le choix d’un matériau synthétique de type téflon qui n’adhère pas à la terre. Exposé enfin, une planteuse Dewulf Midema à godets, avec la particularité de créer des sillons dans les buttes, de manière à entraver le cours de l’eau en cas de pluies diluviennes et érosives. C’est dans ce cadre d’exposition sous intérieur, que les convives de la soirée ont pu rencontrer la nouvelle équipe, 80 personnes en tout, avec un bon repas à base de pommes de terre bien sûr ! Une seconde soirée de ce type sera programmée au mois de mars pour l’ensemble des clients agriculteurs de la base de Marlenheim, précise Philippe Sesmat.

Publié le 29/01/2019

Après un bilan contrasté pour 2018, l'année à venir, où de nouvelles réglementations entreront en vigueur, sera charnière pour la pomme de terre alsacienne. Pour Denis Jung, de Planète Légumes, pas de quoi inquiéter les producteurs de la région qui devront néanmoins s’adapter et améliorer encore leur expertise. Portrait d’une filière qui profite d’un marché porteur, celui d’un légume présent dans les garde-manger de tous les Français.

En Alsace, la pomme de terre représente plus de la moitié des surfaces et du chiffre d’affaires des légumes. « C’est important, mais par rapport aux grandes cultures, c’est moindre », constate Denis Jung, conseiller en production de pomme de terre à Planète Légumes. « C’est une culture très particulière : il faut un suivi très précis, venir chaque semaine observer sa plantation, au risque de rater un besoin d’irrigation, un départ de maladie. Une semaine de trop et la récolte peut perdre 20 % ! » Cette spécificité en fait une culture difficile, et ceux qui s’y attachent sont obligés de devenir des spécialistes. Une production en baisse ... Il faut d’abord savoir que « beaucoup de producteurs ne sont pas comptabilisés » car leur production est incluse dans d’autres chiffres, tient à préciser Denis Jung. Pourtant, force est de constater que la production régionale est en baisse. À l’échelle nationale, la surface consacrée à la culture de la pomme de terre, y compris les plants, a augmenté de près d’un quart sur les dix dernières années, selon Agreste pour la période 2007-2017. Mais à y regarder de plus près, l’Alsace, elle, observe une baisse de 18 %. Une érosion qui s’est concentrée presque exclusivement sur le Haut-Rhin avec des surfaces utilisées passées de 602 ha en 2007 à 272 ha en 2017, soit - 51 %, contre une hausse de 3 % pour le Bas-Rhin. Selon Denis Jung, « la baisse de surface n’a pas d’incidence sur le marché alsacien ». « Ce sont en fait des producteurs de coopératives qui sont passés à d’autres cultures, avance-t-il. Ceux qui ont continué sont plus spécialisés. Les producteurs de pommes de terre ont choisi de se détacher de l’agroalimentaire, d’être plus individualistes. » La tendance à la baisse s’est confirmée cette année. La production de pomme de terre de conservation en Alsace a vu sa surface passer de 1 650 ha en 2017 à 1 500 ha en 2018, pour un recul de production de près de 20 % sur un an. C’est l’une des baisses les plus importantes dans le pays - la moyenne nationale se situant à - 9,6 %. Le bilan de cette année 2018 est difficile pour les producteurs français. Le rendement n’a pas été au rendez-vous, et devrait même atteindre son niveau le plus faible depuis 2001. L’explication est pourtant simple : la faute est à la météo. Denis Jung résume ainsi l’année : « Nous avions commencé par des plantations précoces. Les levées ont suivi, plus tôt qu’à l’habitude, courant mai. Mais le climat a été humide jusqu’à mi-juin, puis chaud et sec l’été. Cela a entraîné des problèmes de grossissement sur les cultures non irriguées. » Trop d’eau, puis pas assez. Un climat des plus favorables pour les maladies et les parasites. « Le principal risque pour les cultures est le mildiou. Il peut détruire la culture en 15 jours », détaille l’expert. La sécheresse a ensuite favorisé l’alternaria. Les doryphores, des ravageurs, ou encore le taupin, constituent d’autres menaces importantes. « Dans la culture de pomme de terre, on plante ce qu’on va récolter, raconte Denis Jung. Le plant peut donc transmettre toutes ses maladies. Il faut tous les traiter pour lutter surtout contre le rhizoctone. Les autres maladies peuvent affecter la croissance et la conservation. La protection sanitaire est donc presque systématique. » Pour pallier les contraintes météorilogiques et les maladies qu'elles amènent, les cultivateurs de pommes de terre doivent allier ainsi expérience et expertise. Un effort nécessaire. ... et un marché régional porteur Mais pas question de se plaindre car « le bilan est contrasté. » Pour les producteurs alsaciens, « le marché a été très porteur. Comme il y a trois ans, les prix sont bons. Les conditions météorologiques ont retardé la production primeur à début juillet. Les différents marchés ne se sont donc pas télescopés. », relativise le spécialiste du tubercule. Dans un marché qui se concentre exclusivement sur le frais et qui ne compte plus de coopérative, les producteurs s’en tirent à bons comptes. Au-delà du marché de niche que constituent les variétés spécifiques à l’Alsace, les prix sont généralement identiques au marché français. Selon Denis Jung, la vente se fait à 50/50 : « Les plus gros producteurs vendent en centrale d’achat. Les plus petits sont en contact avec des magasins, ou encore des particuliers, des maraîchers qui vendent sur les marchés, des fermes… » Une tendance à contre-courant d’un marché français où 40 % de la production est dirigée vers la transformation.

Roland Schweitz, délégué régional à l’UNPT

« La France, premier pays européen exportateur de pommes de terre »

Publié le 29/01/2019

Producteur de pommes de terre à Duttlenheim et délégué Alsace de l’UNPT depuis dix ans, Roland Schweitz présente les grands thèmes du congrès de l’organisation et les enjeux qui attendent la filière alsacienne de pommes de terre.

L’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) organise son congrès national tous les deux ans dans une région différente. Cette année, c’est au tour de l’Alsace d’accueillir cette rencontre, qui réunira tous les acteurs de la filière et leurs partenaires. Elle se déroulera mardi 5 février de 9 h à 16 h à la Maison de la région Grand Est à Strasbourg. « Avec 1 500 ha, nous ne sommes pas une grande région de production, souligne Roland Schweitz, délégué régional de l’UNPT, comparé au Nord-Pas de Calais ou à la Picardie, qui totalisent respectivement près de 53 000 ha et 35 000 ha de surface de production. Mais nous sommes proches de l’Europe, c’est pourquoi l’UNPT nous sollicitait depuis quelque temps pour accueillir le congrès national. » Les producteurs alsaciens ont une autre particularité : celle d’écouler leur production sur le marché régional, grâce au soutien de l’interprofession et à l’adhésion des consommateurs. En cela, ils peuvent se prévaloir d’une certaine exemplarité. Quels sont les grands thèmes qui seront abordés lors de ce congrès ? Roland Schweitz : Nous présenterons l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace, et la dynamique qu’elle a réussi à mettre en place pour les pommes de terre et l’ensemble des fruits et légumes produits dans la région. Cette dynamique s’appuie sur des consommateurs qui sont très intéressés par le produit, qui ont de nouveau le réflexe d’acheter local, et sur des producteurs capables de fournir une pomme de terre déjà tracée, très propre, disponible rapidement et nécessitant peu de transport. Encore faut-il que les distributeurs jouent le jeu. En dehors de l’exemple alsacien, quels sujets sont à l’ordre du jour ? RS : Il sera aussi question de la façon de produire et des problèmes qui nous attendent dans un proche avenir. Cela fait des années qu’on met en œuvre des choses concrètes pour baisser le recours aux intrants chimiques, mais nous sommes rattrapés par de nouvelles interdictions. Pour la protection des cultures, nous avons par exemple baissé de 30 à 40 % les doses de produits homologués. Pour le défanage, nous utilisons de plus en plus des méthodes mécaniques à la place des produits chimiques. Mais pour le désherbage des cultures, la protection fongique ou contre les insectes, où toute une panoplie de produits sera bientôt interdite, nous ne savons pas comment faire si aucun produit de substitution n’est proposé. C’est le cas pour les doryphores, qui sont un fléau très difficile à combattre. L’Alsace et le Grand Est en général sont confrontés à des invasions de ces insectes qui peuvent anéantir les cultures en 24 heures. C’est la même chose pour la conservation : certains anti-germinatifs ne seront bientôt plus autorisés, ce qui va nous amener vers des solutions beaucoup plus onéreuses et contraignantes. L’Europe est au menu de ce congrès ? RS : Oui, nous aurons une table ronde intitulée « L’Europe, une chance pour la pomme de terre de France » avec différents intervenants : Anne Sander, députée européenne, Pascale Gaillot, vice-présidente de la Région Grand Est en charge de l’agriculture, Frédéric Lambert, chef du service Europe au ministère de l’Agriculture, Dominique Dejonckheere, du Copa, Pascal Foy, un producteur du Grand Est, membre du bureau de l’UNPT et moi-même. N’oublions pas que la France est le premier pays européen exportateur de pommes de terre, notamment vers les pays du Sud, tels que l’Espagne et l’Italie. Lors de cette table ronde, nous évoquerons également le soutien accordé par la Région aux producteurs, en particulier dans le domaine de l’irrigation. Quels enjeux attendent la filière alsacienne des pommes de terre ? RS : Comme tous les producteurs français, nous sommes concernés par la réduction du nombre des produits de protection autorisés, par la nécessité d’irriguer pour optimiser les rendements et la qualité des pommes de terre. Nous avons aussi nos propres problématiques : il est dommage qu’un acteur de la filière pommes de terre - le Comptoir agricole - ait cessé son activité, ce qui affaiblit la filière. Malgré tout, une certaine surface sera maintenue dans la région. Comment s’est passée la dernière campagne de commercialisation ? RS : Nous avons connu les mêmes problèmes au niveau régional, national et européen, c’est-à-dire de fortes inondations au printemps et une sécheresse prolongée en été qui a impacté les rendements globaux. Il manque en moyenne 10 t/ha dans les quatre grandes régions de production françaises. Résultat : dans les régions qui produisent pour l’industrie, il manque des volumes, ce qui impacte les marchés et les cours nationaux. Donc au niveau des prix, c’est une année qui se place dans la moyenne haute et qui compense l’année précédente, très difficile, que nous avions vécue.

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