Prévention

MSA d’Alsace

Objectif bien-être

Publié le 14/07/2023

La MSA d’Alsace se mobilise contre le mal-être en agriculture. Lors de son assemblée générale du 6 juillet, elle a rappelé sa volonté de détecter le plus tôt possible toute personne en situation de détresse, ou présentant des risques suicidaires, via son nouveau réseau de sentinelles bénévoles. En parallèle, le développement du dispositif MonParcoursPsy facilite la consultation d’un psychologue avec le remboursement d’un certain nombre de séances.

Le mal-être en agriculture n’est plus une fatalité comme l’a rappelé la MSA d’Alsace lors de son assemblée générale du 6 juillet à Colmar. « C’est malheureusement une réalité de notre société : la population agricole fait partie des catégories socioprofessionnelles particulièrement exposées à la souffrance psychique. Les rapports parlementaires réalisés sur le sujet montraient notamment que, malgré les nombreuses mesures mises en place, il n’existait ni diagnostic national partagé de ces actions déployées sur tout le territoire pour repérer et accompagner les agriculteurs sujets au mal-être et au risque suicidaire, ni coordination de ces mesures. Mais depuis l’année dernière, les choses bougent au niveau national et au niveau local », indique le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher.     Une feuille de route de la prévention du mal-être et pour l’accompagnement des agriculteurs en difficulté a été présentée le 23 novembre 2021 par les ministres de l’Agriculture et de la Santé et le secrétaire d’État chargé des Retraites et de la Santé au travail. Elle vise à mobiliser et coordonner l’ensemble des acteurs autour de la détection et de l’accompagnement des situations de mal-être, de l’écoute des personnes en difficulté et de l’accès aux droits. Cette nouvelle ambition se traduit notamment par une stratégie articulée autour de trois axes : humaniser, allers vers et prévenir et accompagner. Le 31 janvier 2022, une circulaire interministérielle est venue préciser les modalités d’organisation et de gouvernance au niveau local.     Des sentinelles pour repérer le mal-être En Alsace, un comité plénier a été installé, ainsi que deux comités techniques au niveau départemental (67 et 68). Toutes ces instances sont copilotées par les deux DDT et la MSA. L’une des priorités est la mise en place d’un réseau de sentinelles en Alsace. Celles-ci ont pour missions et rôles principaux de repérer et orienter les situations de mal-être. Il s’agit de détecter les situations de fragilité, prévenir les situations de détresse en aidant les personnes à se diriger vers un dispositif d’accompagnement adapté ou en lançant une alerte auprès des services compétents. « Ces sentinelles sont des personnes volontaires, majeures et en activité professionnelle ou non. Il s’agit d’un engagement personnel, ce sont des bénévoles », tient à préciser David Herrscher.   Une vingtaine de personnes se sont déjà inscrites aux sessions de formation prévues à l’automne suite aux deux réunions d’information qui ont eu lieu fin mai 2023 pour présenter le dispositif. Ces formations ont pour objectif de donner les clés et outils de travail afin de mieux repérer et orienter les situations de mal-être (comment aborder les notions de suicide et mal-être, quelle attitude adopter, quels mots utiliser, etc.). Au final, l’objectif serait de constituer un réseau d’une centaine de sentinelles en Alsace. Les personnes intéressées peuvent prendre attache avec Nathalie Vaudeville, responsable des travailleurs sociaux de la MSA d’Alsace et référente du dispositif « Sentinelles ».     En complément, la MSA accompagne certains adhérents via le service social. Une ligne téléphonique est assurée par les travailleurs sociaux, appelée la ligne « détresse ». Elle est ouverte du lundi au vendredi de 8 h à 19 h. Elle est actuellement très sollicitée avec un signalement par jour effectué en moyenne. Depuis 2020, le nombre d’adhérents accompagnés a augmenté de 21 %. Ce sont des non-salariés agricoles à 67 % et des salariés à 33 %. En 2022, ils étaient 156 à être suivis pendant quatre mois en moyenne par les travailleurs sociaux de la MSA d’Alsace. Le dispositif MonParcoursPsy monte en puissance Depuis le 12 mars 2022, la MSA d’Alsace propose aussi le dispositif MonParcoursPsy qui permet à toute personne, en fonction de ses besoins, de bénéficier de séances remboursées chez un psychologue inscrit et recensé auprès des autorités de santé publique. « Le recours aux soins psychologiques est encore un angle mort ou point faible de notre société pour des raisons à la fois sociétales et culturelles mais aussi, jusqu’à ce dispositif, organisationnelles et financières. Ce dernier frein, l’aspect financier, est en train d’être levé grâce à ce dispositif MonParcoursPsy. En effet, le bénéfice de la prise en charge par l’assurance maladie a été étendu l’an dernier aux consultations de psychologues, et non plus seulement réservé aux consultations de psychiatre », développe le directeur de la MSA d’Alsace, Arnaud Crochant.     Jusqu’à huit séances par année civile (40 euros la première séance, 30 euros les suivantes) sont remboursées. Pour bénéficier de ce dispositif, il faut d’abord consulter son médecin, puis prendre un rendez-vous chez un psychologue partenaire (coordonnées sur le site monparcourspsy.sante.gouv.fr), réaliser la ou les séances, régler le psychologue directement, et transmettre les documents (lettre d’adressage du médecin + feuille de soins du psychologue) à la MSA d’Alsace pour être remboursé. En 2022, 61 adhérents ont bénéficié de ce dispositif, soit un montant total de prise en charge de près de 14 000 euros.

Prévention des risques en viticulture

De bonnes habitudes à prendre

Publié le 01/04/2023

Le 22 mars, au lycée de Rouffach, la CAAA du Haut-Rhin organisait sa première journée de prévention sur les risques inhérents au travail en cave, principalement ceux liés au travail en hauteur. Pour les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie, c’était l’opportunité d’intégrer les bonnes habitudes à prendre avant leur arrivée sur le marché du travail.

De bonnes habitudes à prendre, d’autres à casser. En Alsace, en 2022, 63 accidents du travail enregistrés dans le milieu agricole étaient dus à des chutes en hauteur. Parmi elles, 76 % sont arrivées lors d’utilisation d’échelles, d’escabeaux, d’échafaudages et de marchepieds. Un chiffre trop important aux yeux de la Caisse d’Assurance-Accidents Agricole du Haut-Rhin (CAAA 68) qui aimerait apporter les bons réflexes de prévention aux jeunes viticulteurs en passe d’intégrer le marché du travail. « On les sent plus réceptifs que leurs aînés qui ont des difficultés à modifier des habitudes bien ancrées », explique Eloyse Isola, conseillère en prévention à la CAAA 68, en marge de la première journée de prévention organisée sur cette thématique le 22 mars, au lycée agricole de Rouffach. Les élèves de seconde année du BTSA viticulture-œnologie ont eu droit, le matin, à des ateliers théoriques (sensibilisation aux chutes grâce à un harnais, réglementation du travail en hauteur au travail, etc.) dans les locaux de l’entreprise Distel à Wittelsheim, spécialisée dans les accès en hauteur en milieu professionnel. L’après-midi, place aux cas plus concrets dans la cave du Domaine de l’école avec des mises en situation animées par deux formateurs de Distel. Dans le même temps, Eloyse Isola et Éric Utard, professeur d’agroéquipement au lycée, en ont profité pour faire une « piqûre de rappel » sur les autres risques potentiels du travail en cave vinicole.   Gare aux chutes, même de plain-pied Frédéric Gaertner est formateur depuis vingt ans chez Distel. Il constate que la principale cause des chutes en milieu professionnel est due à la sous-estimation du danger par l’opérateur. » On n’a pas besoin d’être très haut pour se faire très mal. Le problème est que de mauvaises habitudes sont prises depuis longtemps. On continue parce qu’il n’est jamais rien arrivé, mais il suffit d’une fois. » Si le corps de métier des couvreurs et autres zingueurs reste le plus exposé aux chutes en hauteur, il n’épargne pas les viticulteurs, notamment pendant les vendanges comme le souligne Eloyse Isola. « C’est une période où il y a beaucoup d’activités en cave, où les sols sont mouillés ou encombrés. Une chute arrive vite, même de plain-pied. » La problématique la plus récurrente reste les travaux effectués sur une échelle, pourtant interdits dans le Code du travail. « L’échelle est un moyen d’accès, pas une plateforme de travail. Mais du point de vue réglementaire, si on ne peut pas faire autrement, alors on peut utiliser une échelle pour travailler à condition que la tâche soit de courte durée, ponctuelle, à risque faible, et surtout assurée par un système antichutes », développe Frédéric Gaertner. Un « kit mains libres » composé d’un harnais, d’un système d’attache relié à l’échelle et d’une corde reliée à un point d’ancrage suffisamment résistant pour retenir l’opérateur en cas de chute. « Cela peut paraître excessif, mais c’est indispensable. La mauvaise habitude la plus récurrente c’est de dire : je ne vais pas très haut, pas très longtemps, donc ça va. C’est une grosse erreur. »     Des jeunes demandeurs Cette première journée de prévention est vue d’un très bon œil par Éric Utard. Si les risques - chimiques, électriques, de circulation - sont bien abordés en cours, cela se limite à des diaporamas ou des vidéos. « Là, les jeunes sont en situation avec des spécialistes de la prévention. Cela a nettement plus d’impact que des professeurs plus généralistes comme nous. On les sent demandeurs de ce type de journée qui leur permet d’arriver sur le marché du travail avec des bons réflexes en matière de prévention. »

Protection des utilisateurs de produits phytosanitaires

Pour limiter un danger, réduire les expositions

Publié le 27/03/2023

Le recours aux produits phytosanitaires n’est pas sans danger, en particulier pour les agriculteurs, qui y sont particulièrement exposés. Des liens ont été établis entre exposition aux produits phytosanitaires et de nombreuses pathologies comme des lymphomes, des cancers, la maladie de Parkinson… Dans ce contexte, il convient de tout mettre en œuvre pour limiter l’exposition des agriculteurs aux matières actives. Des solutions existent, mais sont encore perfectibles. Pour ce faire, des études sont en cours.

Premier principe de prévention : supprimer le risque. En matière d’exposition aux produits phytosanitaires, il s’agit d’éviter leur utilisation plutôt que d’essayer de s’en protéger. Les agriculteurs, principaux utilisateurs de produits phytosanitaires, et donc population particulièrement exposée à leurs effets délétères, y sont sensibilisés, notamment dans le cadre de l’obtention du Certiphyto. « La formation fait un focus sur les alternatives aux produits phytosanitaires, les seuils de nuisibilité acceptables… », indique Denis Litt, conseiller en prévention à la Caisse d’assurance accidents agricoles d’Alsace. Mais lorsque la situation sanitaire au champ impose des interventions, il s’agit d’évaluer le risque, et de prendre les mesures de protection qui s’imposent. La première concerne le choix du produit : « Il s’agit de faire un choix en fonction du tarif, de l’efficacité, mais aussi de la toxicité et de la facilité d’utilisation », pose Denis Litt. Les produits qui portent la mention CMR, pour cancérogènes, mutagènes, et toxiques pour la reproduction, sont à éviter autant que possible. Car une exposition régulière à leurs principes actifs, même à faible dose, augmente le risque de développer certaines pathologies graves. À terme, ils devraient d’ailleurs disparaître : « De plus en plus de revendeurs s’engagent à ne plus les proposer à la vente, certaines coopératives, notamment viticoles, et centrales d’achat, ne prennent plus les produits traités avec de telles substances… ». Porter des EPI sans craindre la stigmatisation La prévention des risques passe aussi par un stockage correct des produits, notamment pour éviter les confusions. Il s’agit aussi de respecter les conditions d’utilisation, tant en termes de doses, de conditions d’application, que de port d’Équipement de protection individuelle (EPI). Une recommandation de bon sens, mais qui se heurte à d’autres considérations. En effet le port d’EPI peut être « mal vu, ou mal assimilé par les consommateurs. Dans les esprits, un agriculteur qui porte un EPI passe du statut de jardinier à celui de pollueur », regrette Denis Litt. À tel point que certains agriculteurs, notamment ceux qui pratiquent la vente directe, préfèrent ne pas se protéger plutôt qu’avoir à se justifier d’utiliser des produits phytosanitaires, même si c’est avec parcimonie et pour protéger leurs cultures. Heureusement, des EPI plus passe-partout, qui ressemblent à des vêtements de travail ordinaire, mais spécifiques à l’exposition aux produits phytosanitaires ont été mis au point. Des équipements qui ne sont pas des infaillibles Le port d’EPI est notamment requis lors de la manipulation des produits phytosanitaires pour préparer la bouillie : combinaison déperlante, paire de gants, lunettes et tablier étanche, qu’il convient de laver ou de jeter tout de suite après leur utilisation, car ils entrent directement en contact avec les matières actives. Mais Denis Litt met en garde : « Ce ne sont ni des armures, ni des barrières. C’est une protection, mais ce n’est pas la meilleure. Donc ça ne sert à rien de se protéger avec un EPI, puis de manipuler les produits sans précaution. Tout comme ça ne sert à rien de porter le même EPI 24 h, ou de le réutiliser plusieurs fois sans l’avoir lavé entre deux opérations ». Les gants, par exemple, ont une durée d’efficacité exposés au produit d’une heure. Donc soit on ne les met qu’une fois, soit on les lave tout de suite après utilisation. Évidemment, il est également déconseillé de boire, manger, fumer, pendant toute la durée des opérations. Les filtres de catégorie 4 gagneraient à être généralisés La plus longue durée d’exposition des agriculteurs aux produits phytosanitaires étant l’application du traitement, la meilleure protection est de travailler dans une cabine de tracteur équipée de filtres de catégorie 4. Un équipement qui est aujourd’hui une option, mais qui gagnerait à être proposé de série sur tous les tracteurs car « la prévention lors du traitement ne passe que par la cabine », insiste Denis Litt. En cas de panne ou de réglage à effectuer, il est aussi important d’avoir à disposition une combinaison propre et des gants jetables… Attention aussi à ne pas contaminer l’habitacle, par exemple en gardant sur soi les EPI utilisés lors de la préparation de la bouillie ! À la douche ! Enfin, malgré toutes ces précautions, le risque de contact avec les produits phytosanitaires n’est pas nul. Il est donc extrêmement recommandé de passer sous la douche après les avoir manipulés. « Ça fait partie du travail », insiste Denis Litt.

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