Auteur
Image

Jean-Michel Hell

Jean-Michel Hell.
Journaliste au PHR.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Grand cru Rangen à Thann

Une des 12 merveilles du monde

Vigne

Publié le 26/01/2023


C’est dans son édition du mois de janvier que la revue Decanter, créée en 1975 au Royaume-Uni, a établi une liste des douze plus grands vignobles du monde. Parmi eux, le Rangen est le seul vignoble alsacien à se démarquer. On y retrouve par ailleurs des noms prestigieux comme Petrus, Montrachet ou encore la Napa valley.

Decanter est diffusé sur abonnement dans 90 pays dans le monde. Ce magazine livre informations et conseils sur les vins du monde entier. Il est aussi connu pour, chaque année, organiser un concours des vins. Le « Decanter World Wine Awards » est ainsi une référence mondiale dans le domaine viticole. Depuis plusieurs années, d’autres trophées ont été mis en jeu par le magazine. Par exemple, un prix est remis à la « meilleure personnalité » du monde vin, depuis 1984. La France est toujours bien représentée. Cette « bible du vin » propose également chaque mois des reportages et des notations sur les vignobles et les vins du monde entier.

Un vignoble exigeant

Dans son article annonçant les douze vignobles sélectionnés, Decanter fait la description du sol que l’on retrouve au Rangen et ses caractéristiques topologiques très particulières. Il est précisé qu’il est le plus méridional d’Alsace et le seul de la région à être classé grand cru dans sa totalité. Ses coteaux, situés entre 350 et 450 mètres d’altitude, sont orientés plein sud. Ils s’étendent sur une surface de 22 hectares avec des pentes allant jusqu’à 45 degrés. Pour illustrer les écrits, une grande photo montre les vignes, la chapelle Saint Urbain, avec en toile de fond les ruines du château de l’Engelbourg. « Nous sommes fiers de voir le Rangen cité et valorisé de cette façon. Notre grand cru est dans le peloton de tête des grands crus en Alsace, se réjouit Eugène Schnebelen, l’un des huit vignerons du Rangen et président du syndicat viticole de Thann. C’est un vignoble exigeant et difficile, avec un terroir particulier. Les vins produits sont d’abord très fruités quand ils sont jeunes. Au fil du temps, ils acquièrent une bonne tenue et une bonne minéralité. Ils s’exportent facilement. J’ai un ami américain de Washington qui m’en commande régulièrement. Un autre se déplace spécialement à l’occasion des vendanges pour y participer pendant quelques jours. Oui, le Rangen, c’est une étoile qui brille. »

Valoriser les vins

Eugène Schnebelen occupe la présidence du syndicat depuis 1988, en lien avec Bernard Schoffit. « Je vais passer la main lors de la prochaine assemblée générale le 5 mars prochain. Je suis atteint par la limite d’âge. J’ai 70 ans. Ce sont Alexandre Schoffit et ma fille Léa Schnebelen qui vont prendre la suite. C’est aussi elle qui va me succéder à la tête du domaine familial, le Clos de la Chapelle Saint-Urbain. Sur le Rangen, nous sommes un petit domaine. Nous y produisons sur 62 ares du riesling et du pinot gris à raison de 3 500 bouteilles. Ce sont les maisons plus réputées comme Schoffit, Wolfberger ou encore Zind-Humbrecht qui tirent la production ici au Rangen », ajoute Eugène Schnebelen.

Le viticulteur espère désormais que cette citation internationale va donner encore davantage de notoriété au grand cru pour favoriser le tourisme et valoriser les vins. « À titre personnel, je pense que l’Alsace manque de locomotive en termes d’image et de prix. Quand je vois les mercuriales des vins, je suis agacé. Des vins à 6 € dans les grandes surfaces ou à 4,99 € pour le crémant, cela ne colle pas à ce que j’imagine. Il faut bonifier notre image. La mise en avant de cette façon de notre terroir qui n’est, lui, pas délocalisable, peut nous y aider », conclut Eugène Schnebelen.

Guide Hachette

L’Alsace est une référence

Vigne

Publié le 26/01/2023


Le guide Hachette existe depuis 1985. Il a beaucoup évolué depuis sa première édition. Plus de 35 000 vins français sont dégustés tous les ans. 7 000 à 8 000 sont finalement retenus. « Nous sommes très sélectifs car nos lecteurs ont besoin d’une sélection la plus affinée possible. Nous essayons de leur donner de nombreuses références tout en cherchant l’excellence, la qualité. Nos lecteurs sont essentiellement des amateurs de vins mais également des professionnels ou tout simplement des spécialistes. Ils sont plutôt masculins, à 70 %, ont souvent une belle cave de vins chez eux, et ont entre 40 et 60 ans en moyenne », explique Stéphane Rosa, directeur du guide Hachette depuis 2011. Depuis quatre ans, le guide met en valeur « les vignerons de l’année » pour chaque région en expliquant leurs particularités et celles de leurs vins. Il existe depuis une dizaine d’années, aux côtés de la version écrite et papier, une version digitale en ligne, qui rassemble les quelque 200 000 références.

Pour la dégustation de cette année, 715 échantillons des millésimes 2020 et 2021 ont été présentés aux membres du jury. « C’est une légère augmentation par rapport à l’année passée. Il y en avait 697. Les vins sont présentés par des vignerons indépendants, des coopérateurs et des négociants. Ils sont originaires de toute l’Alsace. Il n’y a aucune condition pour les présenter gratuitement. Il faut juste respecter les règles du concours et apporter deux échantillons de chaque bouteille. Les membres du jury sont également des professionnels de la région. Chacun va en déguster une vingtaine et remplir une fiche de dégustation avec des observations précises sur le vin à l’œil, au nez, à la bouche, mais aussi des remarques personnelles sur l’harmonie générale du vin, les accords possibles, et enfin une note. Ce travail d’écriture est ensuite analysé par nos services. C’est à l’issue qu’on sélectionne ou non l’échantillon », ajoute Stéphane Rosa. Chaque année, environ un quart des vins présentés sont finalement retenus.

Le riesling d’abord

Avec 215 échantillons, c’est le riesling qui était le plus représenté avec 106 échantillons en AOC, 103 en grand cru et six en vendanges tardives, devant les 148 échantillons de gewurztraminer, les 107 de pinot gris et les 80 de pinot noir. « L’Alsace est bien appréciée dans notre guide et sa présence est proportionnelle à son importance géographique par rapport aux autres vignobles de l’Hexagone. Le guide consacre un total de 1 200 pages aux vins des différentes régions du pays. C’est un gros investissement en temps pour le réaliser. Nos équipes pérennisent son développement en le modernisant chaque année. Le développement numérique a été réalisé. Nous nous développons désormais sur les réseaux sociaux. Pour la version papier, nous faisons régulièrement évoluer la maquette et la cartographie viticole. C’est ce qui fait le succès et la bonne réputation du guide Hachette », conclut Stéphane Rosa.

Coopérative agricole de céréales

Mieux vaut prévenir que guérir

Vie professionnelle

Publié le 22/01/2023


En 2019, la première édition avait déjà connu un véritable succès. Ensuite, le Covid a empêché de se réunir. « La crise sanitaire est un élément supplémentaire qui nous a guidés dans notre volonté de pérenniser cette journée. Aujourd’hui, nous pouvons à nouveau nous revoir tous ensemble. Nous avons estimé qu’après cette période compliquée, c’était le bon moment. Aujourd’hui comme hier et comme demain, à la CAC, nous prenons soin les uns des autres. La coopérative est une grande famille. Il faut donc lui apporter et nous apporter tous ensemble la sécurité collective et la bienveillance qui est nécessaire pour avancer ensemble », explique le président de la Coopérative agricole de céréales, Jean-Michel Habig. C’est une nouvelle fois le Parc Expo de Colmar qui a été choisi. « Les différentes petites salles permettent d’organiser facilement ces ateliers. Les groupes ont été formés au hasard. L’idée n’étant pas de se retrouver avec des collaborateurs habitués à travailler ensemble dans le même service. Cela permet d’apprendre à mieux se connaître puisque nos collaborateurs travaillent sur différents sites dans tout le département. Cela favorise la cohésion », ajoute Laura Gueniat responsable qualité hygiène sécurité environnement (QHSE) à la coopérative.

Cette année, l’entreprise a fait appel à cinq intervenants : la Caisse d’assurances-accidents agricoles (CAAA), le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis), Groupama, Virtual Création qui est une agence digitale experte en réalité virtuelle, et Graphito qui est une agence de communicaton spécialisée en prévention, sécurité et environnement. « À travers ces ateliers présentés par nos partenaires, notre souhait est de développer une vraie culture de la sécurité au sein de l’entreprise. Nous voulons sensibiliser nos collaborateurs sur l’importance de respecter des consignes et des règles. L’importance de travailler en sécurité, avec bienveillance et une vigilance partagée. La nécessité de bien connaître et comprendre les gestes qui sauvent. L’importance de porter des équipements adaptés pour sa propre sécurité et celle des autres. Nous attirons également leur attention sur toutes les addictions comme l’alcool, les produits stupéfiants et les dangers de la route. Ces ateliers sont ludiques et participatifs », ajoute Laura Gueniat.

« Il suffit d’une fois »

Cette culture d’entreprise de la prévention et de la formation a jusqu’à présent permis d’éviter des drames. « Nous cherchons au maximum à anticiper d’éventuelles difficultés. Je ne veux pas aller un jour à l’enterrement d’un salarié. Ces ateliers permettent de se mettre en danger sans se faire peur et sans risque réel. Mais ils permettent surtout une vraie prise de conscience. Les accidents n’arrivent pas qu’aux autres. Il suffit d’une fois. Il suffit d’une raison comme la fatigue, le stress ou juste un moment d’inattention. Ce sont des éléments qui nous touchent tous et qui peuvent changer profondément notre quotidien », poursuit Jean-Michel Habig.

Sur un stand, les salariés ont ainsi pu tester l’utilisation de la trottinette alors qu’un peu plus loin, ils pouvaient se retrouver dans la réalité virtuelle grâce un casque leur permettant de se retrouver immédiatement sur une zone avec des obstacles et donc potentiellement des dangers. À chaque fois, les autres membres des groupes étaient présents pour aider leurs collègues. « C’est cela qu’on appelle la nécessaire cohésion de groupe. Cette cohésion, on doit la retrouver tout au long de l’année. C’est cela la culture d’entreprise de la CAC », conclut Jean-Michel Habig. Après avoir fait le tour de l’ensemble de ces ateliers, les salariés ont pu se retrouver pour un déjeuner en commun. Une belle journée de bienveillance et de partage pour débuter collectivement cette année 2023.

Thierry Fesser, président du canton viticole des JA du Haut-Rhin

« Venir à la rencontre des gens »

Vigne

Publié le 20/01/2023


Le canton viticole des Jeunes Agriculteurs du Haut-Rhin compte une cinquantaine de membres. Elle est présidée depuis un an par Thierry Fesser en cours d’installation sur l’exploitation familiale à Niedermorschwihr. « Nous avons dix hectares de vignes. L’année a été compliquée avec des pluies qui étaient attendues. Finalement, la récolte a été intéressante avec un millésime de qualité. Ici, nous faisons également de la prestation de service autour du village », explique le jeune viticulteur âgé de 23 ans. Plus globalement, les professionnels se sont également félicités de cette récolte 2022. « Les vins ont une bonne acidité et les volumes sont là. Avec 980 000 hl, il y a de quoi valoriser les vins d’Alsace. Maintenant, l’objectif est d’atteindre le million », poursuit Thierry Fesser. D’autant plus que les ventes sont également en augmentation, de l’ordre de 3 à 4 % sur une année.

Pour sa première année à la présidence des JA viti, Thierry Fesser a souhaité multiplier les actions et initiatives pour dynamiser toujours davantage la section. Outre les actions syndicales menées de concert avec les aînés de la FDSEA du Haut-Rhin, les jeunes professionnels étaient présents pour tenir la buvette au concours régional de taille de la vigne, aux JA’S Day à Mulhouse en avril, à l’opération « sourire » du week-end de Pentecôte au Koïfhus à Colmar, ou encore à des animations pendant la Foire aux vins à Colmar ou d’autres manifestations viticoles dans le vignoble. « Nous serons encore présents en 2023. Nous allons également organiser un voyage au Portugal du 22 au 26 mars. Nous voulons aussi réaliser un container qu’on puisse poser sur une remorque pour mettre nos frigos et fours à tartes flambées quand nous nous déplaçons sur des événements. Ces actions permettent de nous rassembler, de créer du lien et surtout de faire bouger la profession. Le monde viticole a trop tendance à s’asseoir sur sa chaise et à attendre les touristes sur la route des vins. Nous comptons au contraire multiplier les déplacements et venir à la rencontre des gens », confie le jeune vigneron.

Ne pas faire du business énergétique

Concernant les dossiers d’actualité, la chasse et les dégâts de gibiers sont des sujets récurrents alors que celui concernant les panneaux photovoltaïques est plus récent. « Sur les toitures, ce n’est pas un problème, bien au contraire puisque nous sommes nombreux à avoir un tel projet. Mais des panneaux au sol, ce n’est pas acceptable. Les sols sont là pour nourrir la population et non pas pour faire du business énergétique », prévient Thierry Fesser. Il invite ses adhérents à s’intéresser à tous ces sujets mais aussi à s’investir et à venir se former à l’école des cadres qui est en cours. « Apprendre à s’exprimer en public, savoir répondre efficacement à nos interlocuteurs, bien réagir face à des situations complexes, mieux appréhender nos sujets agricoles, sont autant de points que l’on apprécie mieux après une formation à l’école des cadres. Pour nous, les jeunes, c’est une bonne formation. » Il invite au passage ses adhérents à assister à l’assemblée générale des Jeunes Agriculteurs le 2 février prochain.

Lors de l’assemblée générale, la caisse d’assurance-accidents agricoles (CAAA) du Haut-Rhin interviendra sur le thème la prévention et la réactivité vis-à-vis des accidents agricoles. « La CAAA nous accompagne au quotidien dans nos métiers. Pour nous, il est important de prévenir les risques d’accidents mais également d’avoir la bonne réaction s’ils se produisent. De tels accompagnements sont nécessaires lorsqu’il s’agit d’accidents mais également dans les démarches administratives pour s’installer car le parcours n’est pas simple », estime Thierry Fesser.

Une réforme sur la transmission est d’ailleurs à venir. « Jusqu’à présent, les principales difficultés pour les jeunes qui ont un tel projet, c’est de pouvoir financer les charges liées aux bâtiments existants, sans parler du foncier. Les coûts sont énormes à l’heure de la baisse des rendements. Mais nous, jeunes viticulteurs, restons confiants et mobilisés. Les ventes de vins d’Alsace repartent à la hausse. Il faut donc relever les nouveaux défis qui sont face à nous », conclut Thierry Fesser.

FDSEA du Haut-Rhin

Chasser dans le dialogue et la concertation

Vie professionnelle

Publié le 19/01/2023


Le premier a été mis en responsabilité par le syndicat puis également par la Chambre d’agriculture Alsace dès 1989. Il s’agit de René Zimpfer, exploitant agricole et viticole à Soultz. Le second est un des rares à avoir le permis de chasse au bureau des JA 68. Il s’agit de Nicolas Dieterich, éleveur à Schweighouse, près de Thann. L’actuel secrétaire général a donc pris naturellement la charge de ce dossier chasse. « C’est un poste qui m’intéresse. J’aime bien m’en occuper et défendre les intérêts de ma profession. Mais c’est aussi un sujet complexe, long, parfois stressant », reconnaît Nicolas Dieterich.

Son aîné est tout aussi passionné. « À l’époque, à la fin des années 1980, j’avais repris précipitamment la gestion de l’exploitation familiale. Immédiatement, ma première difficulté a été les dégâts dans mes vignes suite à la prolifération de gibier rouge. Au syndicat, le directeur de l’époque, Hubert Wunenburger m’a expliqué ce dossier et m’a incité à prendre des responsabilités. Depuis, je suis mobilisé. J’ai voulu me retirer mais Pascal Wittmann pour la FDSEA 68 et Denis Nass pour la Chambre m’ont demandé de poursuivre cette mission pendant encore un mandat, le temps de préparer mon successeur. Je compte sur les jeunes, notamment Nicolas Dieterich, pour apporter de nouvelles idées pour défendre notre profession », ajoute René Zimpfer.

Des réunions tendues avec les chasseurs

C’est d’autant plus important qu’il va bientôt falloir renouveler les baux de chasse alors que le futur nouveau cahier des charges des chasses communales est en cours d’élaboration, de même que le nouveau schéma départemental de gestion cynégétique. « La difficulté actuelle concerne les relations entre les JA et la fédération de chasse. Nos prises de position n’ont pas été appréciées. Dans des discussions, il faut de l’écoute mutuelle, du respect et que chacune des parties mette de l’eau dans son vin. Je n’ai pas eu cette impression. Du coup, ces derniers temps, les JA n’ont plus été invités aux réunions initiées par les chasseurs », constate Nicolas Dieterich qui vit donc un début de mandat mouvementé.

René Zimpfer se veut plus posé. Il a déjà participé et assisté aux rédactions de quatre schémas cynégétiques. « C’est vrai que les réunions avec les chasseurs ont été plus tendues cette année. Dans le cadre d’un simulacre de concertation, nous avons été provoqués avec des propositions qui allaient totalement à l’encontre des intérêts agricoles. Il faut que nos interlocuteurs soient sérieux et respectueux des autres parties. Sur le fond, la vraie différence aujourd’hui, c’est le contexte économique qui est difficile. Les chasseurs ont pris conscience de leur rôle réel dans la régulation du gibier excédentaire avec l’appui du préfet du Haut-Rhin qui est très à l’écoute sur ce dossier. Il a poussé son administration à prendre des arrêtés pour faciliter l’action de chasse », poursuit-il. Sur ce plan, la FDSEA et les JA ont soutenu toutes les demandes de la fédération des chasseurs, comme la lunette de vision nocturne, et ont même été force de proposition en obtenant de l’administration que les chasseurs puissent tirer au bord des parcelles en cours de récolte, lorsque le gibier sort à découvert.

30 septembre 2023 : la date butoir

La conséquence de ces arrêtés a été la division par trois des dégâts en prairie et en montagne alors qu’ils ont un peu augmenté en plaine. « Cependant, si une bataille est gagnée, la guerre contre la surpopulation de certaines espèces doit continuer. Il y a peu de situations alarmantes à ce jour sauf sur une cinquantaine de lots de chasse, qualifiés de « points noirs » car le travail de régulation n’est pas correctement fait. Sur les autres lots, il faut aussi poursuivre le travail de régulation. Mais nous, professionnels de l’agriculture, nous sommes également conscients des difficultés des chasseurs. Ils ont du mal à se renouveler. Pour autant, il faut ramener un vrai équilibre agro-sylvo-cynégétique », note René Zimpfer.

Il est vital que les discussions reprennent rapidement. L’ancien schéma était valable jusqu’au 31 décembre 2022. Mais aucun consensus n’a été trouvé pour l’écriture du nouveau. Du coup, l’ancien schéma a été prolongé jusqu’au 30 septembre 2023 qui est une date butoir. « Ou un nouveau schéma se met en place, ou il y aura des arrêtés qui vont forcément encadrer l’action de chasse. Il faut donc que cela bouge », répète René Zimpfer. « Pour les JA, notre position reste ferme sur le sujet de l’agrainage et la kirrung qui est l’appât qui permet de stabiliser un sanglier pour pouvoir le tirer. Nous ne pouvons pas accepter davantage de maïs sur des zones en montagne pour attirer le gibier », précise Nicolas Dieterich.

Les deux représentants des agriculteurs ajoutent que « la concertation et le dialogue sont absolument nécessaires pour avancer. Il va de soi que nos échanges doivent reprendre sereinement, avec du respect et dans l’intérêt de la chasse, du monde agricole, des forestiers et des collectivités. Nous devons tous nous sentir concernés », concluent René Zimpfer et Nicolas Dieterich.

FDSEA du Haut-Rhin

« Il faut préserver l’accès à l’eau pour les agriculteurs »

Vie professionnelle

Publié le 19/01/2023


Président de l’Apco depuis six ans, vice-président de la FDSEA du Haut-Rhin et élu à la Chambre d’agriculture Alsace, Thomas Obrecht s’est spécialisé sur le sujet de l’eau dès ses premières années syndicales chez les Jeunes Agriculteurs. « C’est un dossier passionnant. C’est Michel Busch, directeur à l’époque du syndicat, qui m’a permis d’acquérir des connaissances et de ne pas perdre le fil de l’histoire. Le Haut-Rhin a été marqué par la structuration de la gestion de l’eau. Pour nos exploitations céréalières de plaine, l’eau est l’assurance de la réussite quels que soient notre système de travail et notre production. Elle est indispensable. » Avec les accidents climatiques qui se succèdent, le sujet est de plus en plus sur le devant de la scène. « À l’époque, irriguer nécessitait d’effectuer cinq tours d’eau au maximum. Aujourd’hui, c’est la norme même dans les années où la pluviométrie est plus importante », ajoute le président de l’Apco.

Il n’est cependant pas d’accord sur les constats de nombreux interlocuteurs du monde agricole. Et ce dernier compte bien défendre son modèle de production. « Il est tout d’abord faux d’affirmer que la nappe phréatique se vide, qu’elle n’est pas inépuisable ou encore que le fait de l’utiliser à un impact sur sa biodiversité. Ensuite, le monde agricole n’est pas le seul et n’est surtout pas le premier consommateur de cette eau. Il y a d’abord l’industrie, puis nous tous pour l’eau potable. Nous agriculteurs, avons des droits d’eau qui ne sont d’ailleurs pas utilisés entièrement. On nous accuse également de mettre des cours d’eau à sec avec l’irrigation. Or, ces derniers ne sont pas entretenus depuis plus de 30 ans. Et un cours d’eau non entretenu se modifie et n’a plus le même comportement. Nous demandons que l’on puisse comme sur le Rhin, créer de nouveaux lieux pour infiltrer la nappe et la soutenir plus efficacement », ajoute Thomas Obrecht.

Gérer collectivement les canaux de la Hardt

La remise en état de ces cours d’eau et une gestion plus rigoureuse de la nappe phréatique sont l’affaire de l’ensemble de la société. Les agriculteurs en ont assez d’être la variable d’ajustement en cas de crise. « On évoque évidemment des restrictions ou des interdictions concernant l’irrigation sans aller plus loin dans la réflexion. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’être force de propositions. On travaille en binôme avec Jean Godinat, président des Jeunes Agriculteurs du canton de la Hardt-Plaine de l’Ill, pour réussir le transfert des canaux de la Hardt de l’État à un acteur local. Nous voulons réussir à lancer cette dynamique de la remise en état de ces canaux. Nous voulons également finaliser la création de nouveaux lieux de recharge de la nappe. Notre objectif cette année est de réussir ces transferts et bien entendu, d’être partie prenante dans les discussions. Le fil de notre état d’esprit est de préserver l’accès à l’eau pour les agriculteurs », insiste Thomas Obrecht.

Le monde agricole entend également mettre la pression sur les décideurs politiques pour qu’ils appliquent leur obligation d’entretien des cours d’eau, ce qui n’est plus le cas depuis deux décennies. Il compte rétablir des vérités sur l’utilisation de l’eau et rappeler toutes les études indépendantes qui démontrent l’intérêt de l’irrigation pour les cultures, mais également pour la lutte contre le réchauffement climatique. « Nous sommes à l’œuvre pour rassembler les acteurs de l’eau, nous fédérer et gérer collectivement les canaux de la Hardt », conclut Thomas Obrecht.

« Nous nous adaptons »

Salarié sur l’exploitation familiale à Bantzenheim, Jean Godinat est bien placé pour parler de l’importance de l’irrigation. Elle concerne l’ensemble des 190 hectares gérés par la ferme. « Nous produisons du maïs, du tournesol, des semences, du soja, du blé dur ces deux dernières années avec des rendements peu satisfaisants et sur une dizaine d’hectares, nous avons des prairies permanentes. Sans la garantie de l’irrigation, il n’y aurait pas la régularité des rendements et la qualité des cultures. L’irrigation nous assure également un revenu et donc la pérennité de l’exploitation », assure Jean Godinat. Il est cependant conscient que cette eau est de plus en plus prisée. Qu’il y a toujours davantage de résistances et d’incompréhensions auprès d’une partie de la population ou des pouvoirs publics. Or, sans cette eau, l’autonomie alimentaire de tout le pays ne serait pas assurée. « Cependant, nous rappelons que nous n’irriguons pas juste pour irriguer. Nous nous adaptons. Nous avons un matériel toujours plus économe en eau. Nous avons des pivots qui apportent de façon précise le volume souhaité aux bons endroits. Nous sommes tous conscients du coût de l’eau, de son importance. Comme tout le monde, nous souhaitons préserver cette ressource qui est indispensable pour nous. Mais il faut aussi rappeler que des cultures qui ne demandent pas d’eau, nous n’en connaissons pas. Et le maïs est précisément la culture qui consomme le moins d’eau. Mais elle a mauvaise presse car c’est une plante qui se voit et qui s’irrigue en été », note-t-il.

Préserver ce droit à l’eau est donc pour lui également une priorité. Il plaide également pour la possibilité d’utiliser les canaux de la Hardt à leur plein potentiel. « Cela permettrait d’amener de l’eau sur des secteurs qui en manquent comme les collines sous-vosgiennes. Il est désormais indispensable de moderniser les équipements et de pérenniser ces outils existants. Je connais par exemple des collègues qui sont obligés de faire trois puits pour avoir accès à l’eau et trouver une pompe. Cela devient compliqué sur de tels enjeux économiques. On veut donc continuer à défendre notre modèle de production », conclut Jean Godinat qui est en charge de ce dossier eau pour le département du Haut-Rhin chez les Jeunes Agriculteurs.

Delphine Ehrhardt

Mettre en valeur le travail des éleveurs

Élevage

Publié le 28/10/2022


Originaire de Rixheim, Delphine Ehrhardt a tout d’abord travaillé en Haute-Saône au contrôle élevage, puis au conseil élevage du Doubs et du Territoire de Belfort, à l’issue de ses études réalisées en Franche-Comté. « Partie dès 2010, j’ai eu envie de revenir en Alsace. La crise sanitaire a perturbé mes plans. J’ai cependant eu l’opportunité de travailler sur une ferme pendant six mois à Sentheim. Ensuite, Dominique Wolfer m’a contacté pour ce poste à la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). J’ai saisi l’opportunité », explique Delphine Ehrhardt qui est âgée de 26 ans. Dans un premier temps, elle visite les élevages pour faire de la pesée. Rapidement, elle souhaite élargir ses activités. « Dominique Wolfer s’est rapproché d’Isabelle Hofstetter qui souhaitait elle-même réorienter sa carrière professionnelle. J’ai travaillé avec elle l’année passée avant de reprendre à 100 % ses responsabilités », précise Delphine Ehrhardt.

Elle a désormais en charge le concours d’Habsheim, mais également l’animation du Club Holstein 68 et du Syndicat des éleveurs de la race montbéliarde. Dans le même temps, elle reste en contact avec les élevages pour la pesée. « Ce que j’aime dans mon métier, c’est d’être sur le terrain, chez les éleveurs. C’est l’occasion d’échanger avec eux sur leur cheptel. Nous faisons le point sur des aspects techniques, sur leurs résultats, sur ce qui marche bien et moins bien. Le contact direct, il n’y a rien de mieux pour évoluer soi-même et pour faire progresser ses interlocuteurs en les aidant dans leur prise de décision », souligne la technicienne.

« Je suis là en soutien »

Le concours d’Habsheim est évidemment un moment important. Si elle ne gère pas la partie administrative, Delphine Ehrhardt fait le lien avec les éleveurs et les syndicats de race. « Les professionnels qui sont membres du Club Holstein 68 et du Syndicat des éleveurs de la race montbéliarde du Haut-Rhin sont les piliers de ce concours interdépartemental. Avec l’appui de la CAA, ils s’investissent dans la mise en place de la manifestation en assurant le montage et le démontage des structures sous chapiteau, en acheminant le matériel, en fignolant la préparation de leurs animaux, tout en assurant toujours dans le même temps la conduite de leur exploitation. Pour ma part, je suis là en soutien », note Delphine Ehrhardt. C’est également elle qui a favorisé et motivé les inscriptions des éleveurs. « Ils font un travail remarquable dans leurs fermes et réalisent une importante tâche de sélection des animaux et de conduite de leur troupeau. Les performances zootechniques et la morphologie des sujets viennent récompenser cet investissement. À Habsheim, comme sur tous les concours, c’est sur les critères morphologiques tels que les aplombs, le gabarit, ou la mamelle que le juge est appelé à réaliser son classement », estime la technicienne.

Près de 180 animaux seront présents à Habsheim. La plupart issus de cheptels dont les éleveurs sont membres des deux syndicats. « Tout au long de l’année, je les suis en tant que technicienne et animatrice. Il s’agit alors d’organiser les assemblées générales, mais également d’autres rendez-vous comme des réunions techniques et des moments plus festifs. Le Club Holstein 68 et le Syndicat de la race montbéliarde du Haut-Rhin bénéficient d’une belle dynamique qu’il s’agit de pérenniser. Habsheim est l’occasion de valoriser toute cette action tout comme le concours des jeunes présentateurs », conclut Delphine Ehrhardt.

Jérémy Messerlin, pareur de Wolfersdorf

« Le soin préventif n’est pas à négliger »

Élevage

Publié le 28/10/2022


Fils de Francis Messerlin, exploitant agricole à Wolfersdorf au Gaec du Moulin, Jérémy a toujours travaillé dans le monde de l’élevage. Après ses études puis ses années au contrôle laitier de la Chambre où il a fait de la pesée et donner ses conseils aux professionnels, il a souhaité donner une nouvelle orientation dans son travail. Il rejoint la Bretagne où il passe avec succès un examen de pédicure bovin. Il profite d’un départ à la retraite pour rejoindre une équipe de huit pareurs. « Une belle vie professionnelle qui m’a permis d’acquérir de l’expérience, de pérenniser ma formation, de me convaincre définitivement de mon choix. Je n’étais pas seul et auprès de mes collègues, j’ai pu échanger avec eux, dialoguer avec les éleveurs, me familiariser avec ce métier. Pendant un an et demi, j’ai sillonné la Bretagne pour mûrir mon objectif professionnel », explique Jérémy Messerlin qui est aujourd’hui âgé de 33 ans.

Il décide de revenir dans le Haut-Rhin pour se lancer à son propre compte. Il crée son entreprise : Sundgau Parage Marquage. « J’ai souhaité utiliser le terme « marquage » car il est lié à mon historique. En Bretagne, je faisais du marquage en neige carbonique. Cette technique vise à identifier les animaux avec un numéro sur la robe de l’animal par décoloration du poil grâce à la neige carbonique. L’aspect identification de ce système permet le repérage des animaux à une distance assez importante. J’avais des demandes en Bretagne. Ce n’est pas encore le cas ici dans le Haut-Rhin et ce n’est pas mon premier objectif. Mais si un professionnel en ressent le besoin, c’est un service que je peux proposer. La quasi-totalité de mon activité concerne bien le parage », ajoute Jérémy Messerlin.

De la prévention

Il a officiellement débuté en septembre dernier. Des premières semaines intéressantes où les contacts sont bons et les interventions nombreuses pour des débuts où il s’agit d’abord de se faire connaître. Il intervient dans le Haut-Rhin, mais aussi sur les départements limitrophes du Territoire de Belfort, du Bas-Rhin et de Haute-Saône. « Je suis au service des élevages. C’est un métier qui sert le bien-être animal. Je soigne, mais je suis surtout là pour faire de la prévention. L’équilibre sur le pied des vaches est important. Le parage des onglons permet de soigner toutes les lésions pour éviter les problèmes de boiterie. Je vais intervenir aussi bien sur des troupeaux entiers que sur des lots. Je peux y passer une journée entière ou même deux. Les pieds demandent du temps. Il est essentiel de sensibiliser les éleveurs à ces problèmes de boiteries car c’est souvent le « parent pauvre » de l’élevage. Lors de mes interventions, j’échange avec les éleveurs. Nous faisons un bilan des lésions trouvées. Je suis également là pour leur donner des conseils, pour les sensibiliser. Les lésions des pieds racontent ce qu’il se passe dans l’élevage en termes de logement, de génétique ou encore d’alimentation », insiste Jérémy Messerlin.

Pour travailler dans les meilleures conditions, il a investi dans une cage, un plateau pour la transporter et une voiture. Un total, près de 100 000 €. « C’est un projet professionnel bien réfléchi. Je voulais être indépendant, avoir mon entreprise et pouvoir travailler sérieusement avec un équipement adapté. À terme, pourquoi pas m’associer avec un autre pareur. Je suis quelqu’un d’ouvert. Il y a suffisamment de travail pour tout le monde », note le pareur. En attendant, il poursuit le développement de son activité. Il sera présent à Habsheim et aura son stand sous le chapiteau des éleveurs. « Habsheim est le premier lieu pour parler élevage. Il faut être présent. Il faut montrer qu’on est là et que nous sommes toutes et tous là pour valoriser l’agriculture en général, l’élevage en particulier. Ensuite, je vais évidemment être présent pour faire ma promotion. Je vais présenter mon matériel et mon activité en lien avec Robert Adam, le constructeur de ma cage. Enfin, je souhaite être là pour sensibiliser les gens aux problèmes de boiteries et pour communiquer auprès du grand public », conclut Jérémy Messerlin.

Pauline Babé, inséminatrice

« Participer à l’amélioration génétique »

Élevage

Publié le 28/10/2022


Elle a grandi entourée des vaches au sein de l’exploitation familiale, avec son frère Florent et son cousin Martin. Après l’école agricole effectuée à Rouffach et son bac sciences et technologies de l’agronomie et du vivant (STAV), Pauline Babé va réussir un brevet technicien supérieur (BTS) en production animale à Vesoul et en alternance sur une ferme à Largitzen. Depuis toujours, les animaux sont sa passion. « À l’issue de ma formation, des copains de classe me parlent d’une offre d’emploi chez GEN’IAtest à Roulans dans le Doubs. J’ai postulé et j’ai été prise. Cela a été le début d’une belle aventure professionnelle. Pendant quatre ans, j’ai travaillé sur des exploitations de différents secteurs sur une large zone entre ici à Courtavon et jusqu’à Mouthe, au sud-ouest de Pontarlier. Cela a été très formateur. Je me suis vraiment rendu compte que je voulais faire ce métier définitivement. Je n’ai pas compté les heures et les kilomètres effectués », raconte Pauline Babé qui est âgée de 29 ans.

Un jour, un agriculteur lui dit que son inséminateur indépendant cherche quelqu’un pour développer son activité. C’est l’occasion pour la jeune femme de sortir de sa zone de confort. Au bout de quelques semaines, elle prend rendez-vous avec lui et arrive à le convaincre sans trop difficulté. Elle travaille avec lui depuis octobre 2017 sur un large secteur en Suisse. « Le métier a beaucoup évolué depuis mes débuts. Il reste passionnant. Nous étions très peu de filles alors. Aujourd’hui, il y a la quasi-parité chez les inséminateurs. Pour effectuer cette profession, il faut avoir du caractère. C’est mon cas. J’ai grandi avec des garçons et j’ai toujours trouvé ma place en travaillant le plus correctement et le plus fidèlement possible », poursuit Pauline Babé. La particularité de son métier ? C’est le geste qu’il faut savoir faire. « À savoir, mettre la main dans le cul de vaches ! C’est brut dit comme ça, mais c’est cela le métier. Je le répète à chaque fois que l’on m’interroge. C’est une profession certes particulière, mais passionnante et diversifiée. On découvre des vaches qui portent d’une certaine façon. Il y a également le côté génétique qui est très intéressant », raconte la jeune femme.

« Nous n’avons pas le droit à l’erreur »

Pauline Babé travaille avec deux autres inséminateurs. Son patron, Jean-Marc Ribeaud et son collègue Lucas Huss, sur un secteur de 200 élevages en Suisse qui s’étend de Boncourt jusqu’au Jura Bernois. « Nous faisons deux tournées par jour. L’une le matin et l’autre l’après-midi. Là également, il ne faut pas compter ses heures ni les kilomètres. J’effectue en moyenne 200 à 300 kilomètres par jour. Les éleveurs suisses peuvent être très pointilleux. Nous n’avons pas le droit à l’erreur. Pendant que nous travaillons, les professionnels sont là et suivent ce que nous faisons. Contrairement à la France, nous ne pouvons pas faire d’échographie et certaines autres choses. Par contre, les éleveurs aiment discuter avec nous sur leurs vaches, leur cheptel, leur métier. Ils ne nous lâchent pas tant que nous sommes chez eux. Il y a un véritable échange », observe Pauline Babé. Hormis trois-quatre élevages, tous les éleveurs parlent français au quotidien. Ce qui facilite évidemment les discussions. Les cheptels sont également plus petits qu’en France. En moyenne, il y a 30 à 40 vaches par ferme.

Le travail physique que nécessite le métier d’inséminateur n’a jamais été un problème pour la jeune femme. « Certes, je ne mesure que 1,65 m. Comme mon patron d’ailleurs ! Au début, on me disait que j’étais trop petite pour un tel travail. Je n’ai pas écouté. J’ai toujours voulu travailler et avancer. J’ai juste un tabouret dans la voiture au cas où c’est nécessaire. De toute façon, les éleveurs sont là en cas de besoin. Alors, oui, c’est un métier physique et prenant. Mais c’est ma passion. Je travaille souvent sept jours sur sept avec très peu de temps de repos. Il n’y a pas de 25 décembre ou de 1er janvier dans les élevages », insiste Pauline Babé. Le matin, elle quitte son domicile à 7 h 15 pour rejoindre son local à Porrentruy, de l’autre côté de la frontière. Ses tournées démarrent entre 7 h 30 et 7 h 45 et se poursuivent jusqu’à 13 h Elle redémarre vers 13 h 30-13 h 45.

Important d’être à Habsheim

En moyenne, ce sont une quinzaine d’élevages par jour de visités. Elle se sent bien dans ses fonctions professionnelles. « Je n’ai pas envie de revenir en France. Et surtout, j’apprécie de travailler avec mon patron. Pour moi, c’est une chance. Nous avons le même état d’esprit. On se complète parfaitement. Si physiquement je tiens le coup, je compte rester inséminatrice jusqu’à ma retraite. Les grosses périodes en hiver notamment sont prenantes avec 10 à 12 heures de travail. Mais l’été, il y a moins de travail avec des journées de 6 heures. J’ai alors le temps d’aider à la ferme familiale à Courtavon pour les foins, les bottes et les autres travaux du quotidien. Là, depuis quelques semaines, on prépare Habsheim. Je vais amener les vaches sur place avec la famille. C’est une belle manifestation. Il faut être présent pour honorer le monde de l’élevage. Pour nous, c’est l’occasion de montrer la qualité de notre travail et le cheptel », précise Pauline Babé.

Ensuite, elle pourra se concentrer sur une autre de ses passions : la pratique de l’autocross. Il s’agit d’une variante de compétition automobile avec des courses organisées sur des circuits de terre. « Nous pratiquons dans des voitures que l’on désosse complètement. On a juste dedans un volant, un siège et un arceau de sécurité. Je fais des compétitions en Suisse depuis 9 ans. Il y a des manches à réaliser les week-ends. Je suis membre du comité de l’association Autocross international de Bure qui organise sa propre course au mois de juillet. En tout, il y a 9 épreuves dans l’année en Suisse, mais également en Allemagne et en France. Cela me permet de me défouler et de profiter avec mes amis de cette autre passion », conclut Pauline Babé.

Les 30 et 31 octobre à Habsheim

L’élevage sur le ring de la qualité

Élevage

Publié le 28/10/2022


Le président de l’association des éleveurs bovins du Haut-Rhin (EBHR), Maxime Springinsfeld, est le premier soulagé. Habsheim 2022 est bien plus agréable à organiser que l’édition 2021 alors encore contrainte par des mesures liées à la crise sanitaire. « Nous sommes tous beaucoup plus sereins. Nous revenons à une organisation plus souple. Nous allons pouvoir accueillir du public et cela va être une belle fête de l’élevage », se réjouit Maxime Springinsfeld.

Les professionnels sont au rendez-vous. Une trentaine. Leurs vaches également : 61 montbéliardes sont annoncées, et 133 holstein contre 114 l’année passée. « Cette augmentation s’explique aussi par la présence d’élevages du Bas-Rhin et du Territoire de Belfort. Nous tenions à leur présence. Nous sommes régulièrement conviés dans le Bas-Rhin et au concours de l’Axone à Montbéliard. Nous voulions donc répondre à ces échanges. » Une représentation interrégionale en holstein uniquement, tandis qu’elle sera départementale en montbéliarde. « Les échanges entre nos différents syndicats départementaux sont positifs. Nous parlons tous dans le même sens et dans l’intérêt de l’élevage. Nous sommes cependant limités pour des questions financières. Pour accueillir plus de vaches, il faut un chapiteau encore plus grand. Cela représente un coût », note Maxime Springinsfeld.

Parler au grand public

Concernant les éleveurs présents, il y a les fidèles depuis de très nombreuses années. Il y a aussi des retours comme le Gaec du Herrenweg à Obermorschwiller et le Gaec Blackforest à Schlierbach, géré par la famille Vincent qui a été parmi les fondateurs du concours. « Cette trentaine de professionnels présents montre qu’il y a une bonne dynamique de l’élevage dans le Haut-Rhin, malgré les péripéties sociétales que nous rencontrons au quotidien. Nous avons vécu deux années compliquées avec la crise sanitaire. Maintenant, il y a une crise énergétique. Nous sommes au milieu et nous n’avons pas le choix que de continuer à travailler et de produire. Nous nous adaptons comme nous le faisons depuis toujours. Il y a cependant un gros problème. Il concerne l’explosion des prix des matières premières. Nous brassons davantage d’argent qu’auparavant. Les prix de vente du lait ou des céréales ont augmenté. Mais, derrière, nos achats et nos coûts de production également. Il ne nous reste pas grand-chose au bout. À ce rythme, des élevages vont s’arrêter. Habsheim sert aussi cela. À rencontrer le grand public et à lui expliquer notre réalité professionnelle », poursuit Maxime Springinsfeld.

Le concours d’Habsheim est une institution dans le Haut-Rhin. Tout comme la foire Simon et Jude où plus de 30 000 personnes étaient venues l’année passée malgré les restrictions sanitaires. Toutes ne se sont pas rendues au chapiteau de l’élevage. « Mais notre espace nous permet d’avoir de la visibilité et de faire parler de nous. » Il y a une nouveauté cette année. Elle concerne la restauration. Elle ne sera plus assurée par le réseau Bienvenue à la ferme, mais les Jeunes Agriculteurs du canton de Sierentz-Huningue déjà à l’œuvre lors du dernier concours régional de labour à Dietwiller il y a quelques semaines. Cette fois, le menu sera des fleischschnacka de la ferme Hell de Schwoben et des crudités de Patrick Meyer à Rixheim. Il y aura le marché paysan toujours animé par le réseau Bienvenue à la ferme, ainsi qu’une exposition de matériel devant le chapiteau. Comme l’année passée, la présentation des veaux pour les enfants sera animée par Sébastien Stoessel.

Place aux jeunes

Et puis, Habsheim ne serait pas Habsheim sans le concours des jeunes présentateurs. Ils seront six en montbéliarde le dimanche, et sept en holstein le lundi, à concourir dans le format habituel. Auparavant, ils ont participé à une journée de formation à la ferme Rué à Osenbach. « C’est une manifestation traditionnelle et très importante que nous voulons pérenniser. Notre jeunesse est dynamique et elle le prouve lors de ce concours », se félicite Maxime Springinsfeld.

Plus globalement, l’inauguration officielle de ce 27e concours inter-races d’Habsheim aura lieu le dimanche 30 octobre à 16 h 30 en présence du président de la Chambre d’agriculture d’Alsace Denis Nass et du président de la commission agriculture, viticulture et forêt de la région Grand Est Laurent Wendlinger. Une présentation de différentes races bovines (vosgienne, abondance, jersiaise, charolaise, salers, normande et limousine) aura lieu le lundi 31 octobre à 10 h 30.

Les vidéos