Auteur

Christophe Reibel

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Technique

Devenir promoteurs de la biodiversité

Vigne

Publié le 15/03/2017

Ils sont une bonne quinzaine de viticulteurs à se presser en ce début d’après-midi de février autour d’une remorque chargée d’une échelle et de trente nichoirs à oiseaux couchés à plat. Leur mission est simple : poser les abris. Francis Fischer, président du syndicat viticole de Ribeauvillé, est satisfait de la participation à cette opération collective de pose. « Dix m’ont appelé pour s’excuser. Cela montre leur intérêt pour le projet » dit-il. La séance de travail est précédée d’un petit cours d’ornithologie dispensé par Joël Brun, vice-président de Sentinelle nature Alsace (SNA). « Depuis que la surface de vergers a régressé, l’avifaune ne dispose plus de beaucoup d’abris naturels. Les populations diminuent alors que les oiseaux sont utiles. Un rougequeue à front-blanc est un très bon insectivore. Il revient au nid avec une proie toutes les minutes et demie ». Avec Charles Metz, son acolyte, Serge a observé le milieu et défini les meilleurs endroits où installer des nichoirs, numérotés pour l’occasion afin de prévenir leur vol.

Le groupe se divise. Au Sauweid, Frédéric Schwaerzler, technicien à la Chambre d’agriculture, déplie une carte maison du ban communal établie sur la base d’une photo aérienne. Sa légende indique les pierriers, les haies, les murets, les ripisylves et donne l’emplacement des perchoirs à rapace et des nichoirs. L’un des membres du groupe appuie l’échelle contre un arbre. Il le fixe autour du tronc au moyen d’un fil de fer passé dans une gaine électrique qui vient s’accrocher sur les vis équipant les deux côtés du nichoir. « La pose est un peu tardive. Novembre convient mieux. Cela laisse plus de chances de nidification au printemps » signale Joël. Un abri en place nécessite un minimum d’entretien. « Une fois que les petits sont partis, il faut penser à nettoyer. Il peut y avoir des morts par écrasement ou de faim, comme en 2016 où la météo n’a pas été favorable à la prolifération des chenilles. Un cadavre attire la vermine. Dès lors l’endroit n’est plus habitable. Le nettoyage est à faire après les vendanges, voire dès le départ d’une nichée pour peut-être en avoir une deuxième la même année ».

Zone tampon et inventaire floristique

La pose des nichoirs ne constitue que la partie émergée de l’iceberg d’un projet biodiversité structuré en trois actions et autant de commissions placées sous la responsabilité d’un viticulteur. Ainsi, la commune et le syndicat viticole encouragent la création, d'ici 2018 si tout se passe bien, d’une zone tampon dans la forêt attenante au vignoble. Concrètement, la municipalité souhaite signer avec la trentaine de propriétaires concernés une convention qui lui permettra de débroussailler sous les arbres sur une longueur de 500 mètres et une profondeur de 50 mètres. Le rôle de cet aménagement représentant quelque 2,5 ha est de maintenir la vocation forestière du lieu tout en offrant au gibier un espace qui le dissuadera d’aller picorer les raisins à l’automne. En cas de réussite, les clôtures qui protègent actuellement les premiers rangs sont appelées à être supprimées. Le troisième volet du projet s’intéresse à la biodiversité floristique dans les vignes. Un état des lieux a été dressé en trois endroits du ban. Une fois qu’il aura été exploité, des essais seront menés pour déterminer quelles plantes présentent un intérêt, quelles pratiques viticoles sont de nature à renforcer la diversité existante.

« Cette initiative montre la sensibilité des viticulteurs à l’environnement. C’est aussi une manière de mettre Ribeauvillé en valeur » estime Francis Fischer. Ses troupes sont convaincues. « Nous avons adhéré de suite. Ce type d’action ne peut que servir au renforcement de la biodiversité, un phénomène que nous avons déjà constaté en passant au bio en 2010. C’est un plus en termes d’image » enchaîne Carolyn Sipp, du domaine Sipp-Mack à Hunawihr. Boris Kachelhoffer et Hubert Mathis, employés du domaine Ostertag à Epfig, exploitant sur Ribeauvillé, dressent un constat analogue. « Nos comptages de vers de la grappe montrent que les vols sur nos vignes conduites en biodynamie depuis 1997 sont moins importants. Nous ne l’expliquons pas, mais la multiplication des nids dans les rangs et la biodiversité doivent jouer un rôle ». Cette séance de pose de nichoirs est tombée à pic pour les deux hommes qui souhaitaient en installer de leur propre chef. « Nous avons appris qu’il ne sert à rien d’en mettre partout et un peu n’importe comment. La SNA est un bon interlocuteur pour savoir comment nous y prendre ». Ils ont également en projet de placer des ruches dans les vignes du domaine. Pour sa part, Frédéric Schwaerler espère que l’exemple de Ribeauvillé donnera le signal à des copier-coller ailleurs dans le vignoble.

Commerce

Associés pour mieux vendre

Vigne

Publié le 13/03/2017

Les domaines Frey et Mersiol étaient faits pour s’entendre. Le premier avait la volonté d’exporter davantage sans forcément bien maîtriser l’anglais et les techniques de prospection des marchés étrangers. Le second stagnait commercialement faute à devoir courir plusieurs lièvres à la fois. « Je me partageais entre les initiatives à prendre pour nous développer, la gestion des commandes, l’encaissement, le décaissement, les tâches administratives… J’estimais ne plus être assez efficace » juge Christophe Mersiol, installé au départ comme salarié sur l’exploitation menée par son frère Stéphane. Ce constat l’amène à contacter Dominique et Julien Frey fin 2015 pour leur proposer une association forte sur la partie commerciale de leurs deux entreprises. Les vignes des deux domaines sont conduites en bio depuis plus de dix, voire vingt ans, et entre les quatre viticulteurs le courant passe. La SAS Charles Frey est créée et installée dans les locaux du domaine Frey. Contrairement à ceux, vieillissants et moins rationnels, du domaine Mersiol, ils ont l’avantage de dater de 2011 et de disposer d’une réserve de place. La SAS commence par racheter le stock du domaine Mersiol. Elle passe un contrat d’achat des raisins de la vendange 2016 (et des suivantes par tacite reconduction) avec les Eàrl Mersiol et Frey. « Chaque domaine garde sa structure d’origine, car chacun a son histoire. Fusionner aurait été trop compliqué et trop risqué » explique Dominique Frey.

Les partenaires redéfinissent le protocole de travail en aval de la production et de la vinification. Ils précisent à quels destinataires est diffusée chaque information à chaque stade du cycle de production. Nathalie, l’épouse de Dominique, reprend toute la partie administrative des deux domaines. En septembre 2016, la SAS embauche Christophe, titulaire d’un master en commerce international, et lui confie la vente comme unique mission. Dans un premier temps, la gamme de vins de chaque domaine est gérée séparément et reste attachée à sa clientèle historique d’importateurs, de cavistes, de restaurateurs et de particuliers. « Même si c’est un peu plus compliqué, nous procédons ainsi pour ne pas créer de rupture dans la relation avec la clientèle existante. Chacun continue d’appliquer sa politique à ses clients. Le véritable enjeu est d’en séduire des nouveaux avec une gamme de vins appelée à devenir unique pour les deux marques » indiquent Christophe et Dominique. L’écart de prix de 10 à 15 % selon les vins des deux gammes sera progressivement gommé en deux ans pour rejoindre le tarif le plus élevé.

Faire cohabiter les deux marques

Après une phase de transition, Christophe est maintenant totalement investi dans la gestion de la clientèle au quotidien, la prospection et la mise en place des stratégies à l’export. À l’étranger, il s’appuie certes sur les marchés comme le Danemark, le Japon, la Belgique que les deux domaines avaient déjà travaillé chacun de son côté. Mais l’ambition est de faire mieux. Les pays anglo-saxons constituent une cible privilégiée. Christophe est confiant dans les retombées de ses deux déplacements récents sur la côte est des États-Unis « où les vins d’Alsace sont connus ». Il prépare un voyage au Japon en juin de cette année pour revoir des clients et établir des contacts vers Hong-Kong et la Chine. Il a également prévu des tournées avec ses acheteurs et leurs clients, des dégustations commentées chez des cavistes de l’Hexagone. Il proposera notamment à ces derniers une nouvelle série de vins de terroir et de trois vins nature qui seront prochainement embouteillés. « Nous allons adapter nos gammes aux besoins des marchés » analyse Dominique.

En pratique, les factures seront toujours établies au nom du domaine qui vendra le vin. La SAS figurera en bas de page. Dans l’idée des viticulteurs, il n’est pas question de faire disparaître une des deux marques, mais de les faire cohabiter en fonction du contexte propre à chaque marché. « Si le domaine Frey est bloqué, le domaine Mersiol peut essayer de se placer » suggère Dominique. Comme il laisse « carte blanche » à Christophe, il prévoit que l’investissement commercial qu’il produisait jusque-là va pouvoir baisser. Les clients à venir seront ceux du domaine Frey. Le domaine Mersiol a la garantie, inscrite dans un acte notarié, que sa clientèle lui reviendrait au cas où les choses tourneraient au vinaigre. Les viticulteurs n’en sont pas là. « Nous sommes un peu mariés. Nous formons une équipe » affirment Dominique et Christophe. La force de vente sera étoffée à moyen terme par l’arrivée de Thiébaut, autre fils de Dominique et Nathalie, qui poursuit encore des études de commerce. Pour Dominique et Christophe, « ce renfort ne sera pas de trop quand nous voyons la masse de travail à abattre ».

Stratégie

« Nos décisions sont désormais collégiales »

Vigne

Publié le 05/03/2017

Catherine Koestel aurait bien aimé ne jamais devenir chef d’exploitation. Elle l’est pourtant depuis 2016. La disparition brutale de Jean-Claude, son mari, en juillet de l’an passé, l’y a poussée. Mais ce choc n’a pas été un coup d’arrêt. « Jean-Claude déléguait peu. Nous nous sommes débrouillés et réorganisés. Chacun s’est pris en main. Nous n’avions pas le choix » dit-elle. Catherine peut compter sur Romain, son fils, sur le domaine depuis cinq ans, et Carole, sa fille, ingénieur agronome et œnologue-chercheur à la station de Changins en Suisse. Lors des vendanges 2016, Romain se lance dans la conduite de la machine à vendanger monorang qu’il se contentait simplement jusque-là de nettoyer. Édouard, son beau-frère, le remplace sur le tracteur. Catherine partage la surveillance du pressoir avec Carole, qui se libère pour sa première vinification à domicile. L’œnologue qui suit le domaine depuis des années les assiste. Les autres tâches sont redistribuées au fur et à mesure. « Heureusement que j’ai toujours participé aux travaux des vignes » se félicite Catherine.

Les décisions qui étaient auparavant prises par Jean-Claude sont maintenant collégiales. « C’est logique. Nous avons décidé ensemble pour la première fois des vins que nous souhaitions mettre en bouteilles et ceux qui seraient vendus en vrac » racontent Catherine et Romain. Durant cette première année, le choix est plutôt de rester sur les acquis. Le cavaillon des vignes à enherbement alterné sera toujours traité avec un herbicide. La végétation continuera d’être protégée par deux systémiques en encadrement de la fleur. En cave, le levurage systématique reste la règle avec un objectif de vins secs et « typiques qui peuvent se boire avec les repas, y compris le pinot gris ». La carte comporte deux pinots noirs que Catherine considère comme une « force » du domaine. Le premier est égrappé et mis en cuve de macération. Dès que le chapeau monte, le maximum de jus est enlevé et chauffé à 40° par un climatiseur avant d’être réintégré une fois la température atteinte. « La fermentation est rapide. À l’arrivée, il n’y a pas l’astringence que ce vin peut avoir quand il fermente longtemps » explique Catherine. Une autre parcelle est vendangée plus tardivement à la main et passe six mois en barrique.

Un nouvel espace de vinification et de stockage

Au fur et à mesure qu’il spécialise l’exploitation dans la vigne à partir du début des années quatre-vingt, Jean-Claude en sécurise en partie les débouchés pour le vrac. La moitié du volume annuel est contractualisée avec un négoce qui accorde au domaine une prime de fidélité de 4 % et lui assure de toucher un bonus par rapport à la mercuriale. Un fût de crémant et un autre de pinot noir sont chaque année réservés à deux collègues. Cent hectolitres de moût à crémant vont chez un quatrième acheteur. Deux courtiers se chargent d’écouler le solde entre janvier et avril. Deux restaurateurs, des associations et les particuliers constituent la clientèle pour les bouteilles. Depuis dix ans, Jean-Claude et Catherine ont développé les dégustations chez leurs clients. « Notre venue est attendue. Elle coûte essentiellement du temps. Cela reste un bon moyen pour prendre des commandes jusqu’à un millier de bouteilles en deux heures à peine » juge Catherine. L’envoi d’une lettre de Noël qui donne des nouvelles du domaine génère de bons retours. Le site internet refait il y a deux ans est de plus en utilisé par les internautes pour nouer le contact.

Catherine, Romain et Carole veulent continuer à aller de l’avant ensemble. Ils ont en projet des portes ouvertes fin juillet 2017, des soirées dégustation pour quinze à vingt personnes afin de développer la bouteille. La matière première est d’autant moins un souci que les terres profondes dans lesquelles s’enfoncent les racines de leurs vignes leur procurent des rendements corrects même les années sèches. Dans l’immédiat, ils pensent aussi à préparer le retour de Carole sur le domaine et à investir dans un nouvel espace de vinification et de stockage sur un terrain mitoyen qu’ils viennent d’acquérir. La cave actuelle sous la maison est trop exiguë et peine à absorber l’intégralité des raisins. C’est pourquoi, Jean-Claude avait choisi de s’équiper pour débourber par flottation et vendre du moût à crémant dès la sortie du pressoir. Un autre défi sera de gérer le volume de travail. « Nous manquons de temps » concèdent Catherine et Romain. Actuellement, le domaine tourne grâce à l’appoint d’un apprenti et de coups de main familiaux, mais l’embauche d’un salarié est sérieusement envisagée.

Stratégie

Ajuster ses pratiques de fumure pour gagner en efficacité

Cultures

Publié le 27/02/2017

Pourquoi modifier une recette qui fonctionne correctement depuis 2008 ? C’est la réflexion de Stéphane Bellicam quand il parle de la stratégie de fumure qu’il applique à ses deux cultures principales : maïs grain et betterave. Le jeune agriculteur a intégré l’exploitation comme salarié en 2009 et en est devenu le cogérant avec sa mère Alice en 2013. Son parcellaire regroupé sur le village est intégralement irrigué à 60 % par des enrouleurs et 40 % par pivot ou rampe. Ses sols argilo-limoneux légers rencontrent le gravier à cinquante, voire même déjà à trente centimètres. La rotation se résume à cinq ans de maïs suivis d’un an de betterave. Le soja ne rentre vraiment dans ce circuit qu’en 2017.

Stéphane décide de sa fumure sur maïs en se référant à un historique d’analyses répétées tous les trois ans pour juger de l’évolution des taux de phosphore et de potasse. « Si je constate une carence, mon but est de recréer l’équilibre. Dans les faits, je sème des variétés de plus en plus tardives. Elles donnent des plantes costaudes qui restituent beaucoup de potasse à la récolte. De plus l’engrais ternaire de printemps en fournit 50 unités. De ce côté, je suis assez tranquille. En phosphore, j’apporte tous les ans une dose d’entretien de 90 unités/ha sur toute la surface en maïs » précise le jeune agriculteur. Il définit la dose d’azote en se basant sur un rendement objectif déjà atteint par le passé. En quelques années, le potentiel génétique l’a incité à monter de 235 à 250 u/N/ha. Ce volume est fractionné en trois. 55 u/ha sont amenés fin mars par l’engrais ternaire. Le solde est réparti en deux parts égales fin mai et vers la mi-juin. Le premier est sous forme de granulés d’urée, le second sera, cette année, conditionné avec un retardateur de nitrification. Stéphane a testé cette possibilité en 2016. Il l’adopte en 2017 sans pouvoir chiffrer l’intérêt de la chose, la différence constatée se limitant surtout à une impression visuelle.

Deuxième poste des charges opérationnelles

En betteraves, Stéphane se contente de 50 u/ha de phosphore et de 207 u/ha de potasse. « Je me permets ces niveaux car j’estime que mes sols ne sont pas bloqués » dit-il. Il se montre très pointu sur l’azote. Il effectue une analyse de reliquat chaque année. Il prend l’échantillon en sélectionnant un endroit mêlant terre et cailloux. Il prélève en une dizaine d’endroits à deux horizons, à 30 cm et plus profond si le terrain s’y prête. Il fixe son objectif de l’année en se calant sur la moyenne des cinq dernières campagnes. En 2016, Stéphane a amené un total de 180 u/N/ha. Il a commencé par mettre son ternaire la troisième semaine de mars après un passage de vibroculteur et au plus proche de la date de semis. Il a complété cette dose initiale de 35 unités N/ha par deux apports égaux d’urée fin avril et à la mi-mai. En 2017, sa troisième formule contiendra également un retardateur de nitrification. « Même s’il y a un surcoût et si le résultat final ne montre pas d’écart avec l’urée classique, j’essaie de répondre au mieux aux besoins de la plante avec un maximum d’efficacité de l’engrais apporté. D’un autre côté, je me dis que c’est un plus pour l’environnement. Quand je discute avec des promeneurs, je constate qu’ils apprécient que les agriculteurs prennent des initiatives pour adopter des pratiques qui vont dans le bon sens ».

Stéphane commande individuellement et s’approvisionne toujours chez un même fournisseur. Il charge sa benne au dépôt et épand son chargement dans la foulée. Il a renouvelé son épandeur en 2013. Ce matériel porté qui projette les granulés à 24 m est équipé pour la coupure des tronçons. Stéphane l’a choisi pour éviter les surdosages par recouvrement. Le poste fumure constitue sa deuxième dépense en charges opérationnelles, après l’irrigation, mais avant les semences et les produits phytosanitaires. L’évolution de ce coût d’une année sur l’autre reflète surtout les variations du cours des engrais plus que des choix techniques. Le contexte de rentabilité actuel des productions végétales le pousse à travailler de manière à éviter tout gaspillage. S’il a diminué les doses de P et de K encore courantes sur maïs en 2000, il n’ira pas jusqu’à faire l’impasse sur sa fumure de fond. « Un de mes voisins l’a fait, apparemment sans conséquence sur le rendement. Mais je suis réticent à cette idée. En abuser, c’est, je pense, prendre un risque. S’il est un jour avéré, il faudrait énormément de temps pour recréer un équilibre ». À l’avenir, Stéphane estime que tôt ou tard il s’équipera d’un matériel capable de moduler les doses au sein d’une même parcelle en fonction d’une cartographie.

Magazine

La Saint-Vincent en famille

Vigne

Publié le 24/02/2017

Ce matin à Colmar, ils sont très exactement 158 à se retrouver. « Une bonne moyenne » selon les habitués. Il y a là les présidents de 78 des 95 syndicats viticoles ou leur représentant, accompagnés ou non d’un délégué, voire de plusieurs. Chacun est libre d’amener le nombre de collègues qu’il souhaite. Nous sommes le 31 janvier. La Saint-Vincent se fête le 22. Mais le saint patron des vignerons ferme volontiers les yeux sur ces petits arrangements avec le calendrier. Car pas question de bâcler ce rendez-vous annuel en famille, pour certains, la seule réunion professionnelle de l’année en dehors de l’assemblée générale. « Depuis le départ, ce sont des assises volontairement fermées. Aucun représentant de l’administration. Pas de journaliste. Cela se passe uniquement entre viticulteurs. Tout le monde peut parler en toute confiance » signale Jérôme Bauer qui préside ce jour-là sa quatrième Saint-Vincent en tant que président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA). La formule a son avantage. « C’est plus décontracté qu’une assemblée générale. La parole est libre. C’est l’endroit le plus approprié pour exprimer son point de vue » dit-il. La première Saint-Vincent alsacienne dirigée à l’époque par Raymond Baltenweck a eu lieu en 1995. Comme ses suivantes immédiates, elle se déroulait sur la journée. Mais la coupure du repas de midi rompait trop le fil des discussions. Dorénavant la Saint-Vincent se concentre sur une grosse matinée de travail.

Une Saint-Vincent commence à se préparer six, voire huit mois, avant sa tenue. Au fil du temps, on se note des problématiques évoquées au détour d’une conversation, dans une assemblée, ou alors « simplement des choses auxquelles on n’a pas pensé » ou « qui n’ont pas été approfondies ». « Nous traitons de tous les sujets d’actualité ou récurrents que les participants veulent aborder, qu’ils soient d’ordre technique, administratif, social ou autre. Pour les dirigeants de l’AVA, c’est un retour du terrain. Ces échanges constituent finalement un bon thermomètre quant à la manière dont une problématique est ressentie par la base » estime Jérôme Bauer. La journée est cependant toujours placée sous au moins un thème principal. En 2017, le projet de hiérarchisation constitue ce plat de résistance alimenté par le passage en décembre de la Commission nationale de l’Inao. Le simple visiteur n’en saura pas plus. « Les délégués reçoivent toute l’information à mettre en débat dans leur syndicat local dans les semaines suivantes. Le retour se fait à l’assemblée générale de l’AVA en mars » détaille Frédéric Bach, directeur de l’AVA. La Saint-Vincent serait-elle donc le parlement de l’association ? « Non, » répond Jérôme Bauer, « les séances d’un parlement sont publiques ! ».

Aborder les sujets sur lesquels il faut avancer

Démarrée à 8 h 40, l’édition 2017 de la Saint-Vincent s’achève à 13 h 14. De l’extérieur, on perçoit quelques applaudissements. L’assemblée se termine avec « un peu d’avance sur l’horaire prévu ». Le crémant rosé attend déjà au frais dans les flûtes. Un verre à la main, Jérôme Bauer décompresse. Il ne cache pas qu’il s’attendait à « davantage d’échanges », mais il est persuadé que « chacun a pu dire ce qu’il avait à dire ». Damien Schmitt, président du syndicat viticole de Châtenois, a insisté auprès de Marc Him, 24 ans, du domaine Gerber, pour qu’il assiste à sa première Saint-Vincent « parce qu’il faut bien commencer un jour ». Le jeune homme glisse. « Je manque de recul pour juger. Mais on saisit vite les terrains d’accord ou de désaccord entre les uns et les autres » analyse-t-il. Mathieu Hablitz, délégué ODG du syndicat de Niedermorschwihr, et Michel Hirsinger, président du syndicat d’Ingersheim, ont plus de bouteille. Le premier notamment calcule qu’il en est à sa onzième participation, le second à sa septième. Les deux se rejoignent pour plébisciter ce rendez-vous. « Nous abordons les sujets d’actualité sur lesquels il faut avancer. C’est de l’information qui est donnée aux dirigeants de syndicats. Elle tombe en début d’année, à un moment où nous avons le temps de participer et avant notre propre assemblée générale où nous en discutons avec nos membres. L’organisation actuelle où le repas ne coupe plus le fil des échanges est un plus car il est plus facile de rester concentré tout au long des débats ».

Comme toute fête de famille, la Saint-Vincent se prolonge à table. Ce n’est pas un de ces cocktails déjeunatoires qui ponctue habituellement une matinée où l’on a confronté ses points de vue, mais un repas, un vrai, avec des tables de dix, où les nappes blanches descendent jusqu’aux pieds et où les serviettes sont en tissu. La Saint-Vincent a un standing à respecter. Le menu concocté par un traiteur est alléchant : risotto de saint-jacques, mille-feuilles de bœuf et cocotte de légumes anciens, fondant au chocolat, aux poires, et aux épices. Les convives n’ont laissé à personne le soin de choisir les vins. Ils les ont amenés eux-mêmes. Il y a là six rieslings, six pinots noirs et trois gewurztraminers différents. Le personnel de service a pour consigne de les panacher pour que chaque table puisse accompagner chacun des trois plats avec deux vins différents de chaque cépage. Les participants n’ont guère perdu de temps à entrechoquer leurs verres de crémant. Ils se sont rapidement installés sur leur chaise. Les discussions vont déjà bon train. Il y a de fortes chances que les sujets de la matinée soient aussi au cœur des conversations de ce début d’après-midi.

Technique

Quelles futures parades aux maladies du bois ?

Vigne

Publié le 14/02/2017

Et si la solution aux maladies du bois venait de l’arsénite de soude ? Non pas de son utilisation au vignoble puisque le produit est interdit depuis 2001, mais de son mode d’action ? Les chercheurs cherchent à comprendre ce mécanisme afin de l’imiter. Mais d’abord, que sait-on de la stratégie des champignons qui colonisent le pied jusqu’à provoquer sa mort ? Tout part de l’inoculum présent en surface des rameaux et du courson. La pluie qui éclabousse la végétation favorise sa propagation. Il se concentre et infecte les ceps par les plaies de taille et en vert à partir de la floraison jusqu’à la véraison. « La répétition de ce cycle chaque année affaiblit progressivement les souches. L’agressivité de l’inoculum, sa quantité, les conditions climatiques jouent un rôle important dans l’expression des symptômes. Les paramètres qui entrent en jeu sont multiples et rendent le problème très complexe à traiter. L’arsénite de soude réduit l’inoculum, se diffuse dans l’amadou et les parties nécrosées du pied. L’enjeu est aujourd’hui d’identifier les pratiques culturales, les techniques de taille, bref tous les facteurs qui peuvent renforcer les défenses de la plante » résume Philippe Larignon de l’IFV Rhône Méditerranée.

Une enquête sur les pratiques qui ont cours dans les vignobles d’Europe montre que les viticulteurs préfèrent, dans l’ordre, arracher les pieds morts, recéper, broyer les bois ou les exporter pour limiter l’inoculum. La taille respectant les flux de sève, la protection des plaies au moyen d’une barrière physique sont assez répandues. Le surgreffage et le curetage restent anecdotiques. D’autres initiatives veulent endiguer le phénomène. Dans le Sancerre, la Sicavac attaque le problème sous l’angle du matériel végétal issu de la sélection massale. Ce service interprofessionnel de conseil a établi un strict cahier des charges, notamment l’élimination des bois du moindre cep douteux, pour maîtriser tout le cycle de production. Il attend la livraison des premiers greffés-soudés au printemps 2018. Les pépiniéristes ont testé la désinfection des plants et le traitement à l’eau chaude (TEC) pour produire des plants indemnes de champignons. Résultat : si le TEC est efficace sur le coup, la recontamination est rapide. « Réduire la différence de résistance aux maladies du bois au seul matériel végétal, qu’il soit ancien ou récent, est une énorme erreur de méthodologie » prévient Olivier Yobregat, de l’IFV Sud-Ouest.

Curetage physique, curetage chimique

L’IFV Alsace mène depuis 2015 dans la plaine de Colmar un essai de curetage sur une parcelle de riesling plantée en 1978 sur un porte-greffe 3309 C. Elle est enherbée un rang sur deux, avec un cavaillon travaillé depuis 1998. Elle n’a jamais été traitée à l’arsénite. La comparaison porte sur des souches avec symptômes qui ont été curetés en janvier 2015 et des souches avec symptômes qui ne l’ont pas été. En 2016, 8,9 % des pieds traités ont exprimé des symptômes contre 15,7 % aux témoins non curetés. Si la différence de poids de raisins à la récolte 2015 n’a pas été significative, il en est tout autrement en 2016. Les pieds sains curetés ont produit 3,46 kg de raisins contre 2,42 kg aux pieds malades curetés, 2,36 kg aux pieds sains non curetés et 1,51 kg aux pieds malades non curetés. Comptez également avec un temps de travail d’environ cinq minutes par pied cureté, soit une trentaine d’heures/ha.

À l’Université de Haute-Alsace, Christophe Bertsch et ses équipes envisagent une double piste : préventive et curative. Leur première idée a été de remplacer le tronc du cep dans lequel les champignons prospèrent, par un bois résistant emprunté à vitis sylvestris, autrement dit la vigne sauvage. « C’est une ressource génétique extraordinaire. Vitis sylvestris possède des molécules de défense très élaborées qui réagissent très vite à l’arrivée des pathogènes » signale Christophe Bertsch. En pratique, on aboutit à des pieds constitués de trois greffes (porte-greffe, vitis sylvestris et cépage). L’UHA a testé 180 génotypes et en a retenu trois dont un qui présente en plus la particularité d’être résistant à l’oïdium. Les premières greffes ont eu lieu et elles fonctionnent. La piste curative concerne les pieds en place. Il s’agit d’utiliser une perceuse à mèche creuse pour injecter des antifongiques qui constitueront dans le cep un cataplasme à diffusion très lente. Ce « curetage chimique respectueux de l’environnement » comme le définit Christophe Bertsch suppose comme préalable d’identifier les protéines sur lesquelles se fixe l’arsénite et de mettre au point des molécules programmées pour atteindre la même cible tout en se montrant moins toxiques.

Commerce

« Exporter est un métier »

Vigne

Publié le 14/02/2017

Il est 9 h 30 et la salle de réunion plénière du Civa est pleine. Aux places centrales, les représentants aux deux tiers féminins des trente-quatre maisons qui se sont inscrits à la journée (gratuite) « Exporter des vins d’Alsace, comment s’y prendre ? ». Sur les côtés sont installés les intervenants et partenaires (1), détenteurs des informations qui doivent servir à ouvrir les perspectives de ceux qui veulent vendre à l’étranger. Le menu est copieux. En hors-d’œuvre, Jean-Louis Vézien, directeur du Civa, rappelle que la disparition d’un consommateur régulier nécessite, pour maintenir le volume vendu, de recruter six occasionnels qui peuvent habiter hors de nos frontières. Le dessert, servi à de plus petits groupes l’après-midi, prévoit quatre ateliers dédiés à la réglementation, aux aides à l’export, à la prospection et à la sécurisation des ventes. Le plat de résistance occupe la matinée. Deux thèmes majeurs rythment cette assemblée plénière : le calcul du prix de revient d’une part, la nécessité de poser un diagnostic sur son entreprise et de définir une stratégie export d’autre part. Car « être tributaire du seul marché national, c’est risqué » et « exporter, c’est potentiellement accéder à une meilleure marge » signale Foulques Aulagnon, responsable export Europe au Civa. En 2015 par exemple, la valorisation s’est élevée à 5,06 €/l en France, mais elle a atteint 5,17 € au troisième trimestre 2016 en Allemagne et 5,62 € en Grande-Bretagne.

Alexandrine Martinat, conseillère en développement international à la CCI Alsace, calme son auditoire d’entrée de jeu. « Exporter, c’est un métier. Il n’y a pas de recette miracle ». La vérité est que les candidats ont du mal à prospecter, à relancer, à trouver de nouveaux acheteurs. Il ne suffit pas d’envoyer des courriels et s’imaginer qu’une réponse ne va pas tarder. Alors, comment faire ? « Y aller la fleur au fusil ne sert à rien. Exporter, c’est du temps, un investissement financier. Ce que vous vendez en France ne fonctionne pas forcément de la même manière à l’étranger, et avec le même prix. La première clé d’entrée est de dire ce qu’on est, avec son histoire, sa gamme, son positionnement. La deuxième est de définir sa ligne. C’est du bon sens. Écouter et déduire. C’est à chacun de se construire une stratégie à sa propre mesure en y associant tous les membres de la famille et de l’entreprise. Ne raisonnez pas en coûts, mais en termes d’investissement ! N’y allez pas tant que vous n’avez pas les reins solides tant sur le plan humain que financier. Sinon, cela déstabilise trop l’entreprise ! ».

Avoir une offre cohérente

L’erreur de maint opérateur est d’improviser. « Cela arrive souvent » relève Alexandrine Martinat. Le candidat à l’export oublie de se poser la question des coûts commerciaux, des frais de traduction, n’évalue pas correctement si sa gamme et son tarif sont adaptés au marché visé… Xavier Baril, du domaine Engel à Rorschwihr, en sait quelque chose. Il est le témoin de cette journée. Il est là pour « éviter aux primo exportateurs de faire les mêmes erreurs que [lui] ». Il raconte. « J’ai pris une claque à Londres en 2000. J’ai fait confiance à un partenaire qui devait ramener du monde. Je n’ai quasiment vu personne. La perte s’est chiffrée en milliers d’euros. Avant de se déplacer, il faut un planning de rendez-vous et une offre cohérente. À l’époque, j’avais bouteilles sans code-barres, ni capsules à vis. Dans un marché comme l’Angleterre, cela vous condamne. Depuis, j’ai répondu à mes manquements et j’ai gagné en lisibilité. Ma présentation et la qualité de mes vins sont homogènes. Il faut choisir une étiquette et s’y tenir sur la durée. Il faut être présent dans le temps afin de constituer un repère stable et fiable ».

Xavier Baril enchaîne sur un autre déboire. « J’avais calculé mon tarif pour le Québec avec une trop petite marge. Comme on n’augmente pas son tarif comme on veut une fois qu’on l’a annoncé, il a fallu ajuster les prix par étapes. Pendant sept ans, je n’ai rien gagné ! ». La conclusion coule de source. « Chaque marché a ses spécificités ». Dorénavant, Xavier prend donc son temps. « Je me fixe comme objectif de faire une prospection tous les deux ans parce que je n’arrive pas à faire plus vite. Je préfère plutôt lâcher un projet que de mal le faire ». Avec l’expérience, exporter lui paraît être une certaine école de vie car se lancer un tel défi - et le réussir - fait « prendre confiance en soi ». Alexandrine Martinat, elle, dédramatise : « ce n’est pas grave de ne pas y arriver aujourd’hui. Ce sera peut-être pour dans deux ans… »

Stratégie

« Attirer l’attention sur soi rassure la clientèle »

Vigne

Publié le 04/02/2017

Entre accepter un poste de chef de culture d’une maison réputée du vignoble alsacien et reprendre le domaine familial de 3,3 ha, il y a de quoi hésiter. C’est le choix cornélien qui se pose à Jean-Marc Simonis en 1993. Il préfère quitter son emploi et prendre la suite de Jean-Paul, son père, et de Joseph son grand-père. « Je m’occupais de la vinification depuis des années. Je ne me voyais laisser tomber. Tout était en place » explique-t-il. Ainsi ses prédécesseurs avaient-ils rivalisé d’ingéniosité pour loger tout ce dont une exploitation a besoin dans un espace restreint, à l’image d’un bac carrelé de 20 hl chargé de réceptionner les jus du pressoir avant débourbage et astucieusement placé sous l’escalier descendant à la cave ! En s’installant, la première priorité de Jean-Marc est de s’agrandir. Il a la chance de pouvoir rapidement acheter 70 ares. Il s’en contente pendant près de vingt ans. Il ne trouve qu’en 2013 un hectare supplémentaire à louer. Son parcellaire reste morcelé en vingt-cinq îlots distants au plus de cinq kilomètres.

Tout le matériel viticole de Jean-Marc, tracteur compris, tient dans un espace grand comme un garage pour voiture. S’il possède pulvérisateur, broyeur, gyrobroyeur, vibroculteur, rotavator, rogneuse, il se passe de palisseuse. À la taille, il ne laisse plus les ceps « propres » comme il pratiquait par le passé. Son objectif est d’éviter les grosses plaies et d’équilibrer les flux de sève pour limiter le remplacement de pieds dépéris comme les 450 qu’il a déjà repérés cet hiver. Jean-Marc gère l’enherbement en fonction de la vigueur de ses vignes : il le tolère tous les rangs ou un rang sur deux alterné tous les quatre à cinq ans. Il traite le cavaillon avec un herbicide sur une vingtaine de centimètres. Il réfléchit à s’en passer, mais « il me faudrait du matériel et plus de temps… ». Il utilise un systémique pour encadrer la fleur et traite en moyenne six fois par campagne, sept fois en 2016. Jean-Marc vise le rendement autorisé car « ma surface ne me permet pas de faire de trop petites récoltes ». Un tiers de la surface est récolté mécaniquement. Jean-Marc enzyme ses moûts et les débourbe entre vingt-quatre et quarante-huit heures. Il pratique le double débourbage sur muscat. Il accepte des jus autour de 80 NTU qu’il levure ou non, au cas par cas. L’élevage sur lies se poursuit généralement jusqu’à fin février.

Six salons en Belgique

Vissées bien en vue sur le montant du portail, des plaques de couleur signalent les citations régulières des vins du domaine au guide Hachette. « Ils sont typés. Leur qualité est homogène » juge Jean-Marc. Avec, par exemple, un riesling générique à moins de 5 g de sucre et un riesling Kaefferkopf à 7-8 g, il avoue « pouvoir jouer sur deux tableaux », mais sa ligne de conduite est de « travailler en sec », y compris son pinot gris car ce type de vin lui est « de plus en plus demandé ». Jean-Marc ne s’est lancé dans le crémant qu’en 2000 quand il a eu davantage de disponibilités en pinot blanc. Il loue un remueur le temps que les levures mortes se concentrent dans le col. « C’est une bonne solution car je ne produis que 3 000 bouteilles par an. Le reste du temps, ce matériel ne m’encombre pas » note Jean-Marc.

Du lundi au samedi, Corinne et Jean-Marc prennent toujours soin de laisser le portail de leur cour grand ouvert. « Nous signalons que nous adhérons à la charte « bienvenue chez le vigneron », nous affichons nos prix. Tout le monde sait à quoi s’attendre. Cela encourage à entrer » affirme le couple. La dégustation a toujours lieu entre les tonneaux de la cave où six tabourets accueillent les visiteurs. « Les gens aiment voir où est fait le vin » affirment Corinne et Jean-Marc. En dehors du pique-nique du vigneron avec, depuis 2016, une visite des vignes qui doit fidéliser les participants, le couple voit ses clients sur un salon en France et six en Belgique. Des manifestations d’une vingtaine d’exposants où, une fois logé chez l’habitant, les frais n’excèdent pas 300 à 350 €. « Un client qui organisait une foire m’a invité à mes débuts. Les autres rendez-vous se sont rajoutés. C’est à chaque fois entre 600 et 1 500 bouteilles de vendues sur deux à trois jours. Et il n’y a que 400 kilomètres à faire. Beaucoup de personnes que nous avons connues là-bas repassent maintenant ici » indique Jean-Marc. Depuis trois ans, le domaine met bien ces dates en vue sur son site internet. Il écoule aussi une petite part de sa production en restauration. « Mon muscat est sur la carte de l’Auberge de l’Ill » signale encore Jean-Marc pour qui le succès se niche souvent dans les détails. « De jouer franc jeu, d’être régulièrement cité, de garder une qualité de vins constante, fait que j’attire l’attention sur le domaine » dit-il. « Cela rassure notre clientèle ».

Magazine

Biodyvin cultive sa dynamique

Vigne

Publié le 27/01/2017

Échanger entre collègues. Il y a quelque trente ans, un tel souhait est à l’origine des contacts que nouent une dizaine de viticulteurs biodynamiques venant d’un peu tous les vignobles de France. « À l’époque, des domaines connus étaient arrivés à la biodynamie car augmenter les doses pour ne pas améliorer la situation ressemblait furieusement à une fuite en avant. Ils s’interrogeaient sur les limites atteintes par la viticulture conventionnelle, sur des thèmes techniques comme le tassement des sols, la perte de biodiversité, le contrôle des maladies. Peu de monde parlait de la biodynamie et ceux qui le faisaient passaient pour être un peu loufoques. Il n’y avait pas d’école où apprendre et appliquer les principes de la biodynamie. Il n’y en a d’ailleurs toujours pas ! » lance Olivier Humbrecht, du domaine Zind-Humbrecht à Turckheim, qui a eu ce parcours et qui a découvert la biodynamie au cours de deux jours de formation. Au milieu des années quatre-vingt-dix, le groupe se structure sous l’initiative de François Bouchet, viticulteur et promoteur de la biodynamie. Le Syndicat international des vignes en culture biodynamique (SIVCBD), plus connu sous sa marque Biodyvin, est né. Son premier président est Marc Kreydenweiss, d’Andlau. Il passe la main à Olivier Humbrecht en 2003.

Au départ, le syndicat augmente son nombre de membres par cooptation. Ce temps est révolu. Depuis 2002, la procédure a gagné en rigueur. « Il n’y a pas d’autre voie dans le monde actuel. Que l’on ait peu ou beaucoup d’antériorité, il faut prouver que l’on fait bien ce que l’on dit que l’on fait » insiste Olivier. Biodyvin exige sans surprise le respect de son cahier des charges. Il précise les produits interdits, tolérés et obligatoires (les préparats par exemple). Il est contrôlé par un audit annuel confié à Ecocert. En passant par le site ou en s’adressant à un membre du syndicat, tout candidat à l’adhésion doit se déclarer avant la fin février de chaque année afin qu’une sorte « d’état des lieux » soit dressé. Le domaine reçoit la visite d’un duo de membres du comité directeur de Biodyvin. Il présente le syndicat, discute avec le candidat de ses choix, l’encourage à dépasser ses (éventuelles) peurs et l’interroge sur ses motivations. « Si elles ne sont que commerciales, avec un respect a minima du cahier des charges, juste pour bénéficier d’un tampon, mieux vaut se serrer la main et en rester là. Il faut embrasser la philosophie anthroposophique, accorder de l’importance au respect de son environnement naturel et social, être curieux, vouloir se former, avoir l’objectif d’évoluer » signale Olivier.

Être cohérent à la vigne, en cave et dans la bouteille

Pour être admis au sein du syndicat, un domaine doit au minimum justifier de trois années de fonctionnement en bio (simple) et d’une première année de conversion à la biodynamie. Il doit présenter au moins trois cuvées, d’au moins trois ans d’âge à la dégustation qui clôt le processus conduisant à l’acceptation ou à l’ajournement d’une candidature. Ce rituel a généralement lieu à Paris, début juillet. « Nous sommes de huit à douze vignerons pour juger. C’est une dégustation un peu particulière. Nous ne nous prononçons pas sur les choix techniques qui ont été faits, mais nous évaluons s’il y a une cohérence entre les pratiques à la vigne et en cave et ce qu’il y a dans la bouteille. Nous cherchons des vins de haute qualité qui présentent une forte personnalité, qui restituent une forme d’énergie et les caractéristiques propres issues des éléments uniques qui composent chaque terroir. On fait de la bonne biodynamie quand on a un bon résultat dans la bouteille » indique Olivier. Tout nouvel adhérent assiste obligatoirement à une formation sur deux jours. « Une piqûre de rappel » commente Olivier.

Aujourd’hui comme hier, le besoin de confronter ses expériences culturales et œnologiques demeure la principale motivation des domaines qui veulent intégrer le syndicat. « Y accéder est une forme de reconnaissance personnelle » reconnaît Olivier. C’est aussi une manière « d’affirmer ce que l’on fait ». Les domaines le disent d’ailleurs au consommateur. La marque est déposée, États-Unis et Chine exceptés. En 2007, Biodyvin crée son logo. Le temps de la démarche d’adhésion, le délai avant de pouvoir se revendiquer du syndicat et de pouvoir communiquer, amène à ce qu’il ne puisse pas figurer sur l’étiquette avant cinq ans. « Une partie croissante de la clientèle y est de plus en plus sensible. Je l’appose également. Comme notre domaine est connu, cela amène de la crédibilité à l’ensemble des adhérents notamment ceux dont l’appellation a moins de notoriété » estime Olivier. Le syndicat montre cette bannière à Prowein et à la Semaine des primeurs à Bordeaux. Il organise deux dégustations par an, l’une à l’issue de son assemblée générale, l’autre à Paris début novembre. En 2016, soixante domaines y ont présenté leurs vins et 850 visiteurs professionnels s’y sont déplacés !

Technique

« Le bouchage alternatif facilite la vie »

Vigne

Publié le 17/01/2017

« Le bouchage est un thème qui revient souvent dans les discussions entre directions technique et commerciale de la cave. Mais depuis 2004, nous avons clairement privilégié le bouchon synthétique et la capsule à vis. Les solutions de bouchage alternatif nous facilitent la vie » reconnaît Michel Lihrmann, œnologue de la coopérative. Ce choix a été dicté par les problèmes réguliers de goût de bouchon. Ils concernaient la moitié des réclamations. Le synthétique s’est imposé facilement du fait de l’absence de bouteilles couleuses, oxydées ou au goût différent au sein d’un même lot. La cave achète deux types de synthétiques à un seul fournisseur (Nomacorc). Le Classic bouche les vins traditionnels à rotation rapide. Il est garanti trois ans. Le Classic green entièrement fabriqué à partir d’une base de canne à sucre lui succède en 2017 en maintenant la même promesse. Le Select 300 ou 500, un peu moins perméable à l’oxygène, donc plus étanche, ferme muscat, rosé et pinot noir afin d’en préserver la fraîcheur. « Nous l’avons constaté dans les essais que nous avons effectués durant deux ans. De plus, le tirage est effectué sous azote pour que l’apport en oxygène reste inférieur à 2 mg/l et pour que le taux de SO2 libre puisse être réduit d’au moins 5 mg/l » complète Michel Lihrmann.

La cave travaille avec une seule qualité de capsule munie d’un joint Saranex, achetée auprès de deux fournisseurs, l’un portugais, l’autre espagnol. Son étanchéité est identique à celles des obturateurs synthétiques. Capsule et bouteille sont inertés à la mise pour prévenir tout vieillissement accéléré. Ce type de bouchage est choisi pour les vins à rotation rapide destinés au marché de la restauration, à la Grande-Bretagne, aux Pays-Bas, à la Belgique, en Suisse… « Le potentiel de vieillissement est de cinq ans alors que l’objectif est qu’au bout de deux ans, le vin soit toujours frais sans avoir perdu ses qualités organoleptiques » explique Michel Lihrmann. La proportion de capsule pourrait encore s’accroître. « Le bouchon aurait du souci à se faire si le marché français acceptait la vis. Mais la grande distribution ne veut pas franchir le pas. Certaines enseignes refusent les solutions de bouchage alternatif car elles sont, selon elles, en décalage avec l’image que le consommateur se fait des vins, alors que ce dernier prend ce qu’il trouve » poursuit l’œnologue.

La qualité du bouchon liège proportionnelle au prix

Le liège naturel a cependant su se préserver une place. Pas sur les vins d’entrée de gamme. Car même si les bouchonniers proposent plusieurs qualités de produits, « cela ne passe pas économiquement ». À Turckheim, le liège bouche donc les seuls grands crus, lieux-dits, ou spécialités comme les vinifications en fût de chêne. « C’est un choix philosophique, le respect du lien au terroir. Mais rien ne dit que cela ne changera pas un jour. Car les goûts de bouchon même s’ils ont diminué en nombre, persistent » lance Michel Lihrmann. La cave travaille avec trois fournisseurs car la priorité reste de « répartir le risque ». L’équipe technique vérifie systématiquement les tests de TCA relargable, d’humidité et d’élasticité transmis par le fabricant. Elle sélectionne les lots sur leur qualité visuelle en prenant soin qu’il n’y ait pas d’exemplaires de forme ovale. Michel Lihrmann n’hésite pas à sortir son couteau pour couper en deux plusieurs bouchons de lots différents afin de contrôler l’homogénéité, la fermeté, les nervures du liège, l’importance des espaces vides. « La qualité est proportionnelle au prix. Plus il est élevé, meilleure est la qualité. Dans le liège, il n’y a pas de miracle » glisse-t-il en signalant que la cave dépense entre 145 et 260 € les 1 000 bouchons. La cave écarte la technologie du moulé dont la qualité de bouchage et de débouchage interroge. Elle n’utilise le bouchon colmaté qu’à la demande de l’un de ses clients.

La cave s’est donné un budget bouchage par type de vin. « On peut fermer une bouteille moyennant 1,5 ou 2,5 cents. Mais la garantie de tenue n’excède pas six mois. Il faut au moins dépenser 5 cents par col pour avoir quelque chose de sérieux » évalue Michel Lihrmann. Il envisage de rester sur les trois types de bouchage actuels, mais est attentif aux évolutions. Depuis le printemps 2016, la cave a mis en place des essais de bouchage alternatif au liège sur des lots de trente-six bouteilles de riesling et de pinot gris lieu-dit. Huit modalités sont testées dont une capsule à vis. Un liège reconstitué a déjà été éliminé. La possibilité d’adopter un bouchon issu de liège broyé, purifié et reconstitué avec des microsphères n’a pas été retenue dans l’immédiat. Pourquoi ? « Il revient plus cher sans améliorer la qualité du résultat obtenu avec le synthétique » juge Michel Lihrmann.

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