bovins lait

Alsace Lait - Lidl

Un partenariat et un engagement

Publié le 25/06/2022

Vendredi 17 juin, les huiles d’Alsace Lait et de Lidl se sont retrouvées à Hochfelden, à l’EARL des Cigognes - Winckel, pour concrétiser le lancement d’un partenariat entre le transformateur et le distributeur. Objet de ce partenariat : la distribution d’un lait mieux payé pour les producteurs dans les supermarchés Lidl du Grand Est.

Alors que la température extérieure n’en finit pas de monter, les vaches de Luc et Laura Winckel vaquent tranquillement à leurs occupations : certaines dégustent leur ration, d’autres vont à la traite dans le robot, il y a celles qui se promènent dans les allées, et celles qui préfèrent se prélasser dans leurs logettes. Mais toutes, sans exception, font le choix de rester dans le bâtiment plutôt que d’aller au pâturage, pourtant accessible. Bien conçue, l’étable est aérée, ombragée, et équipée d’un système de brumisation, alors que les 7,2 ha de terres labourables transformés en prairie pour bénéficier du label Lait de pâturage, sont en plein cagnard. Pas folles, les bêtes. Contrat tripartite L’arrivée d’une vingtaine de personnes ne semble pas les perturber plus que cela. Parmi elles figure Delphine Fournier, responsable commerciale pour Alsace Lait. Elle explique la nature du partenariat pour du lait « engagé » qui lie les parties prenantes. « Lidl est un client d’Alsace Lait depuis 30 ans. L’enseigne nous achète des produits Alsace Lait, et nous élaborons des produits vendus sous leur marque de distributeur », pose-t-elle. À ces deux relations de base s’en ajoute une nouvelle : Alsace Lait a élaboré une brique de lait UHT « engagé », sous la marque Alsace Lait, dans un packaging mis en oeuvre exclusivement pour Lidl, et qui sera commercialisé dans le cadre d’un accord de prix garanti à 425 €/1 000 l. Autre clause du contrat : une exclusivité d’un an avec Lidl pour ce produit. Ensuite, il pourra être décliné pour les autres enseignes de la grande distribution. En effet, Alsace Lait souhaite développer ces contrats tripartites entre producteurs, transformateurs et distributeurs qui permettent de mieux valoriser le lait. Le contrat concerne 500 000 litres de lait, soit pas grand-chose au regard des 150 Ml de lait collectés par Alsace Lait. Mais c’est un symbole, un signal, qui marque la volonté d’Alsace Lait de développer de tels partenariats pour mieux valoriser le lait de la coopérative, et de certains acteurs de la distribution de commercialiser des produits plus responsables. Les consommateurs, eux, ont la possibilité de choisir un lait collecté localement et qui aboutit à une meilleure paie du lait pour les producteurs. Le choix d’un lait local et équitable Michel Biero, patron de Lidl France, se balade avec sa bonne humeur dans les allées de l’étable. Il porte fièrement les couleurs de l’enseigne de distribution, et se présente comme « alsacien et fier de l’être » (il est né à Meistratzheim). Après avoir œuvré à la montée en gamme de l’enseigne, son cheval de bataille est la juste rémunération des producteurs. Une bataille engagée suite au saccage de magasins Lidl par des agriculteurs, en 2014. « J’en ai eu assez d’avoir à payer des réparations. Alors j’ai rencontré des éleveurs de porcs, j’ai travaillé avec eux, et nous avons mis en place des démarches tripartites », explique-t-il. Déjà, les 700 Ml de lait achetés par Lidl (tout confondu, lait brut mais aussi lait transformé) sont payés au minimum 400 €/1 000 l. « Je me bats pour qu’il n’y ait plus de lait vendu sous 70 cts/l », affirme celui qui a déjà fait en sorte que, dans les 1 600 magasins Lidl, les consommateurs aient la possibilité d’acheter du porc, du bœuf et du lait produits en France, et rémunérés de manière « équitable ». Ce créneau « responsable » représente « 20 à 25 % du business » sur ces segments de marché. « Personnellement, je pense qu’il faut agir pour sauver l’élevage, qui va mal. Lidl se porte bien, même si on paie du lait un peu plus cher. Et je n’ai plus de dégâts dans mes magasins », conclut-il.

Inauguration des unités de méthanisation de Gommersdorf et Traubach-le-Bas le 14 mars

« C’est un complément à nos activités, pas une concurrence »

Publié le 11/03/2022

Lundi, les unités de méthanisation Hopla Gaz et Métha Gaz de Gommersdorf et Traubach-le-Bas seront enfin inaugurées, quelques mois après leur mise en service. La concrétisation d’un projet porté par un collectif d’agriculteurs motivés. Vincent Dietemann en fait partie. Il retrace avec nous les grandes étapes de cette aventure commune, mais aussi les perspectives apportées par cette production de biogaz agricole pour leurs exploitations.

Vous organisez lundi des portes ouvertes du méthaniseur de Gommersdorf, en plus de l’inauguration officielle prévue de longue date, mais repoussée à cause de la crise sanitaire. Pour quelles raisons ? Vincent Dietemann : « La méthanisation pose toujours des problèmes dans certains secteurs du Haut-Rhin, notamment dans le monde agricole où des réticences subsistent toujours. On n’arrive pas à convaincre car il y a encore un gros déficit d’informations sur le sujet. En accueillant les élus, les agriculteurs et l’ensemble des personnes intéressées, on veut simplement montrer la réalité de ce qu’est réellement un méthaniseur agricole, son intérêt pour les éleveurs, mais aussi ce que cela implique concrètement en termes d’investissement et d’engagement de la part des uns et des autres. »   Pouvez-vous nous rappeler comment ces projets, « Hopla-Gaz » à Gommersdorf et « Métha-Gaz » à Traubach-le-Bas, ont vu le jour ? « Tout a démarré à l’hiver 2018. Nous étions plusieurs agriculteurs à réfléchir à la méthanisation depuis quelques années. Nous avons eu la chance de tomber sur le bureau d’études Opale, qui évaluait, à ce moment-là, la faisabilité d’une centrale de méthanisation dans le secteur. Quand ils sont venus me voir, je leur ai dit qu’on était prêt à s’engager mais qu’on n’arrivait pas à concrétiser le projet. La dynamique collective était là, mais il fallait la cadrer. »   Quelles étaient vos motivations initiales ? « L’idée était de valoriser nos effluents d’élevage qui posent de plus en plus problème vis-à-vis des riverains, et aussi de diminuer la facture de notre fertilisation, avec des engrais qui coûtent de plus en plus chers. »   Combien d’agriculteurs ont pris part au projet ? « Au départ, une vingtaine de fermes étaient intéressées. Au fil des discussions, certaines se sont retirées pour diverses raisons. Dans le collectif, tout ne se décide pas du jour au lendemain, il y a beaucoup de discussions, d’échanges. Et puis il faut savoir accepter les compromis, ne pas penser qu’à soi. Au final, quinze fermes se sont engagées : sept sur le site de Traubach-le-Bas et huit à Gommersdorf. »   Justement, comment faire pour qu’un tel collectif fonctionne et accepte d’œuvrer dans une direction commune ? « Nous avons créé une SAS et un GIE pour gérer ces deux sites. Nos fermes restent autonomes. Les revenus de chaque agriculteur sont proportionnels aux capitaux propres qu’il a investis au départ. Mais si la forme juridique est importante, le plus compliqué à gérer reste l’humain. C’est un peu comme une équipe de foot remplie de stars : si elles ne jouent pas ensemble, cela ne donne rien. Dans notre cas, c’est le bureau d’études qui a fait office d’entraîneur. Il a apporté un regard neutre sur le projet, permis aux uns et aux autres de s’exprimer. C’est là qu’on voit l’importance de se faire aider par des personnes extérieures quand on se lance dans un projet collectif d’ampleur comme celui-là. »     Comment se passe la gestion quotidienne de vos méthaniseurs ? « On a commencé par embaucher un salarié à temps plein, Arthur Szymkowiak, via notre GIE pour s’occuper des deux sites. Il est toujours en binôme avec un agriculteur qui intervient en cas de problème un peu compliqué. Nous avons établi un planning sur six semaines avec des rotations entre nous. Vu la nature du site, nous devons assurer une astreinte 24 h sur 24 et 7 jours sur 7. »   Vous évoquiez des réticences qui subsistent à l’encontre de la méthanisation, notamment dans le monde agricole. Qu’est-ce qui explique ce phénomène selon vous ? « La méthanisation conserve une image négative à cause de ceux qui la pratiquent de manière intensive, comme on peut le voir dans le nord de l’Allemagne. Là-bas, ce sont des investisseurs qui sont derrière les projets. Leur objectif est de faire le maximum de bénéfices. Certains arrêtent même l’élevage juste pour faire ça car cela devient plus rentable. Ces exemples sont souvent cités pour décrédibiliser la méthanisation. Or, ce qui est fait en France n’a absolument rien à voir. La réglementation n’est pas la même, la philosophie non plus. Ici, ce sont des collectifs d’agriculteurs qui se mettent ensemble pour valoriser leurs effluents d’élevage, ce ne sont pas des investisseurs en quête de matière première. C’est un complément à nos activités, pas une concurrence. »   Quel est le gain pour vos exploitations ? « Il est tout d’abord économique et agronomique. Avec ces méthaniseurs, on assure 80 % de nos besoins en engrais. Avec la méthanisation, nous obtenons un digestat qui est actif plus rapidement et plus facilement qu’un simple engrais de ferme. Cela nous permet ainsi d’alléger considérablement la facture d’engrais de synthèse que nous aurions mis à la place. La matière organique est toujours présente dans le digestat, mais sous une forme différente, plus noble. Cela nécessite un peu de technicité pour la valoriser au maximum, mais cela vaut vraiment le coup au final. Il y a ensuite un aspect environnemental qui est non négligeable. Le biogaz qu’on produit est plus vertueux que le gaz naturel classique. Dans notre cas, il sert à alimenter, entre autres, les bus de la ville de Mulhouse par l’intermédiaire d’Alsen Énergies, fournisseur local de gaz et d’électricité. Le gros avantage de ce partenariat est que cela nous permet d’avoir un prix d’achat garanti pendant quinze ans. »   Cela a également permis de rapprocher le monde rural et le monde citadin… « En effet. Aujourd’hui, tout le monde veut rouler plus vert. Le gaz est une bonne solution, mais il faut bien le produire quelque part. Alors, autant aller le chercher là où il y a la matière première. Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde. Les grands groupes cherchent plutôt à s’approcher au plus près des villes, et aller chercher la matière première plus loin. Ce n’est pas la vision du monde agricole. Nous voulons recréer du lien entre ville et campagne, pas noyer la campagne dans la ville. »     Pour en arriver là, il a également fallu convaincre les communes et leurs habitants du bien-fondé et des atouts de vos méthaniseurs. Vous n’avez pas rencontré d’oppositions ? « On a eu quelques retours négatifs, mais ce sont des communes ou des personnes qui ne nous ont jamais laissé la possibilité de venir les voir pour présenter le projet. Avec eux, la discussion est impossible. À part ces quelques réfractaires, nous avons pu rencontrer la plupart des communes du secteur. Pour cela, je tiens à remercier Denis Nass qui, en tant que maire de Gommersdorf et élu à la Chambre d’agriculture, a facilité les prises de contact et de rendez-vous. À chaque fois, nous avons pris le temps de répondre à toutes les questions qui nous étaient posées. On a fait preuve de beaucoup de pédagogie, on a rassuré les inquiétudes. Nous avons rencontré des opposants pendant ces réunions. Et finalement, une bonne partie d’entre eux a changé de position, voyant bien que nos méthaniseurs agricoles n’avaient rien à avoir avec des structures plus industrielles qu’on peut voir ici et là. C’est aussi pour cela que nous avons décidé de créer deux petites unités au lieu d’une seule plus grosse. Non seulement, cela permet de réduire les déplacements pour amener les effluents, mais cela favorise l’acceptabilité par le public. Après, il reste toujours des gens à convaincre de l’intérêt de telles structures, leur montrer que cela ne porte aucun préjudice à l’environnement. Au contraire, cela peut apporter un plus. »   Est-ce que ces méthaniseurs permettent d’assurer l’avenir de vos fermes ? « Je ne dirais pas ça comme ça. Je pense sincèrement que c’est dommage d’en arriver là pour sauver nos exploitations. Par contre, cela nous apporte une visibilité à moyen terme qui est rassurante. C’est un revenu complémentaire bienvenu, et aussi un argument supplémentaire pour donner envie à nos jeunes de se maintenir sur les fermes. »   Pensez-vous que le contexte géopolitique actuel, avec la hausse vertigineuse des cours du gaz, puisse jouer en faveur de centrales de méthanisation comme les vôtres, plus « vertes » et locales ? « De prime abord, on pourrait dire oui. Mais je préfère me méfier de la première approche. Il y a toujours un revers de la médaille. Certes, le prix du gaz importé va augmenter, mais les engrais aussi. Il faut tout prendre en compte dans le calcul. Après, c’est toujours un atout d’être moins dépendant de l’extérieur. Sauf que bien souvent, les gens veulent du local, mais pas produit à côté de chez eux. C’est un paradoxe, mais une réalité quand même. Il y a encore beaucoup de travail pour faire évoluer les mentalités. »     Pour finir, quels conseils donneriez-vous à des agriculteurs qui voudraient se lancer dans un projet de méthanisation collectif ? « Dès le début, il faut que chacun joue carte sur table. La communication est essentielle. Il faut aussi s’imprégner de son projet, y croire vraiment. Dans ce cas, on peut l’expliquer, on peut convaincre. Il y a un vrai potentiel de méthanisation à développer dans notre pays. C’est à nous agriculteurs de montrer qu’on sait faire, et surtout bien faire. »

Association des producteurs de lait des 8 cantons

A Güeter, c’est fini !

Publié le 09/02/2022

La commercialisation des yaourts de la marque A Güeter a pris fin le 31 décembre dernier. La crise sanitaire, les volumes, une baisse des ventes et une certaine incompréhension avec la laiterie Eurial sont les premières explications. Retour sur une aventure de quatre années avec le président de l’association des 8 cantons, Michel Rohrbach.

Nous sommes au soir du jeudi 20 janvier. Il est 21 h. Sur un réseau social, la nouvelle fait l’effet d’une bombe. Sur sa page, la marque A Güeter annonce, en quelques lignes un rien laconique, la fin de sa commercialisation et remercie ses partenaires. « C’est bien moi qui ai rédigé et publié ce post, explique le président de l’association des 8 cantons, Michel Rohrbach. Je voulais informer celles et ceux qui nous suivent. On va laisser digérer cette déception, avant pourquoi pas de repartir sur de nouveaux projets. La disparition de la marque ne change rien pour nous producteurs. Nous continuons de livrer notre lait à notre laiterie. » Déçu et visiblement un peu las de cette situation, il est néanmoins fier d’avoir été de cette belle aventure professionnelle et humaine. « Les premières ventes ont démarré en octobre 2017. Mais avant, il y a eu deux années de travail et de préparation. Ce concept était unique. Il tenait à des producteurs dynamiques qui ont su se mobiliser et s’organiser pour développer et promouvoir une marque qui leur appartenait, avec une laiterie derrière », ajoute Michel Rohrbach.     Cette marque de yaourts a été une belle source de diversification pour les professionnels. Elle répondait à une demande locale pour des produits locaux. Après un bon démarrage, les ventes ont poursuivi leur croissance. « En 2018 et en 2019, tout était à la hausse. De l’ordre de 30 % en plus chaque année. Au bout de deux ans et demi, nous sommes arrivés à vendre un million de pots par an. On était alors proche de notre objectif sur la quantité minimum de fabrication que nous pensions atteindre rapidement. On prenait des parts de marché. Nous avons élargi notre gamme avec six parfums. Nous avons été distribués dans 280 magasins de vente dans tout l’Est de la France avec cinq centrales d’achat. Nous avons également travaillé avec les producteurs lorrains. Tout comme nous, ils étaient une trentaine. Ce fonctionnement pertinent fonctionnait grâce à des hommes, à un directeur d’usine, à un travail d’équipe. C’était de l’humain. Des relations de confiance », insiste Michel Rohrbach. La marque était valorisée dans la division « marque de distribution » (MDD). Un service qui collabore précisément avec l’usine de la laiterie à Château-Salins en Moselle. Crise sanitaire Pour les producteurs, le projet avait du sens humainement et économiquement. « Les producteurs étaient également nombreux à participer à des animations dans les magasins. Cela a été notre grande réussite. Nous avons compris que pour attirer les consommateurs, il fallait aller vers eux, communiquer. C’est ce qui a fait notre différence. Ces animations ont permis de développer les ventes. Mais aussi de rémunérer les professionnels », affirme le président de l’association des 8 cantons. Les prix des yaourts ont été stables pendant deux années avant d’évoluer en fonction du prix du lait, mais aussi de la politique de chaque magasin. C’est la loi du marché, comme pour tout produit. Les premières difficultés sont arrivées avec la crise sanitaire en 2020. « Nous n’avions plus la possibilité de faire nos animations. Un gros problème sur ce petit marché où les gens pouvaient goûter nos produits de cette façon. Cela permettait de les fidéliser. Et surtout, ces animations nous mettaient en avant dans les magasins et dans les rayons », analyse Michel Rohrbach. Les conséquences ont été immédiates. Les ventes ont baissé. « Pendant le premier confinement notamment, les gens faisaient rapidement leurs courses et achetaient de façon plus « classique » des produits qu’ils connaissaient sans regarder les petites marques. C’était des achats de « sécurité » dans une période incertaine. Cela a été la grande différence avec nos collègues producteurs d’œufs », précise Michel Rohrbach. Une autre difficulté cette fois liée aux industriels. Pendant près de trois mois, ils ont réduit leur gamme sur tous les marchés. Il n’y avait par exemple plus de vanille et de chocolat. En 2020, les ventes de A Güeter se sont donc effondrées de 30 %. « Nous n’étions pas intéressants pour eux » En 2021, les choses s’arrangent un peu au niveau des ventes. Les producteurs reprennent tout juste leur marché de 2019. Sans pouvoir reprendre leurs animations dans les magasins. Mais une nouvelle problématique surgit. « Eurial nous a plus ou moins imposé un changement de division. Cela n’a pas été neutre. Du même coup, nous avons changé d’interlocuteurs. Eux, ils étaient basés à Paris. Pendant toute cette période, nous ne les avons jamais vus. Ils ne connaissaient pas le contexte de notre l’histoire de notre marque. En un an et quatre mois, j’ai à peine eu au téléphone une fois celle qui devait être notre interlocutrice. C’était le jour où, en quatre minutes, elle m’a expliqué que nous étions trop « petits ». Il fallait que l’on double nos ventes en six mois. Nous avons bien cherché à communiquer dans les journaux, les réseaux sociaux… Mais cela n’avait pas le même impact que dans les magasins », note Michel Rohrbach. En août 2021, une nouvelle réunion, ou plutôt une visioconférence de sept minutes, scelle définitivement l’avenir de la marque A Güeter. Les objectifs fixés n’ont pas été atteints. Il est décidé de la fin de cette collaboration et donc la fin de la marque pour le 31 décembre 2021. « On était pourtant encore proche des 50 000 pots vendus en décembre. Les six parfums étaient presque équilibrés dans les ventes. Mais pour eux, à Paris, nous étions une petite ligne, une petite marque, dans une grande structure, un grand groupe. Nous n’étions pas intéressants pour eux. J’ai aussi un peu le sentiment que notre concept unique dérangeait pas mal de monde », lance, amer, Michel Rohrbach. Il fait le constat que ce beau projet, d’abord pertinent et humainement valorisant, a été jeté sans ménagement. Jouer collectivement Une expérience qui montre que certains gros outils ne laissent aucune place au sentiment. « Je n’ai pas été surpris. Mais je suis évidemment déçu. Cela faisait six ans que nous travaillions tous ensemble. Il y a eu du plaisir et l’envie de changer une relation par rapport à notre laiterie. Nous nous sommes interrogés sur la suite. Mais face à de telles structures, que pouvons-nous faire ? Je veux retenir le positif. Nous nous sommes rassemblés autour de ce projet. 90 % des producteurs sont venus à nos assemblées générales. Nous avons tous compris qu’il fallait jouer collectivement et pas individuellement. Cela a marché », observe Michel Rohrbach. Depuis la fin de cette aventure, le lait des producteurs des 8 cantons continue d’aller à Château-Salins. « 20 millions de litres de lait qui sont liés par un contrat. Cette histoire ne change rien. A Güeter était un produit de diversification en parallèle de notre production de lait », réagit Michel Rohrbach.     Il se veut serein. L’association n’a pas « d’ardoise » à payer ou à rembourser. Mieux même, elle a redistribué aux producteurs le volume de livraison de l’année 2021. 3,34 € les 1 000 litres de lait en ristourne. Soit un total de 100 000 €. Une réactivité qui contraste avec un dernier constat. « Il y a la laiterie. Il y a les consommateurs. Mais il y a également les collectivités et autres structures publiques. Nous avons cherché à placer nos yaourts. Il fallait à chaque fois six mois pour avoir des réponses. Nous avons fait le constat qu’en France, le dessert n’est pas valorisé. Que les yaourts, c’est le bas de gamme des menus. Dans le même temps, nous entendons ces discours sur le fait qu’il faut développer les circuits courts », conclut Michel Rohrbach.

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