Cultures fourragères

Publié le 25/01/2019

Après une année particulièrement précoce pour le maïs ensilage, c’est l’heure du bilan, très variable selon les secteurs. Pour sécuriser le stock fourrager des éleveurs, la Chambre d'agriculture propose Ensil’expert, un diagnostic de la qualité du silo.

Le rendement en maïs ensilage est en baisse en 2018 par rapport à 2017. Après un début de cycle prometteur, la situation s’est dégradée à partir de la floraison, en raison de conditions météorologiques durablement chaudes et sèches. « Le nombre important de jours à plus de 32 °C, surtout fin juillet et début août, a donné le coup de grâce au maïs. La fin de cycle a été trop rapide, certaines plantes ont commencé à dessécher, ce qui a déclenché les premiers ensilages fin juillet, pour sauver des maïs parfois dépourvus d’épis », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Le plus gros des chantiers d’ensilage a été effectué du 10 au 25 août, les quelques orages estivaux expliquant les différences de matière sèche. Les maïs dérobés ont également été récoltés très tôt, début septembre. Dans les silos, on trouve donc des ensilages aux valeurs alimentaires très variables, selon qu’il y avait des épis ou pas, en fonction du degré de dessèchement du maïs… « Globalement, les maïs ont été hachés fin. C’est ce qu’il fallait faire face à du maïs sec. Du coup, l’ingestion est bonne, mais le tassement a été délicat, la densité est réduite et les fronts d’attaque avancent vite », décrit Laurent Fritzinger. Deux raisons de se réjouir tout de même : « Il y a eu peu de charbon commun. Or vu le stress que les maïs ont subi, il aurait pu y en avoir, comme en 2003. Cela montre le renouveau variétal. Et avec des maïs aussi secs, les silos ne sont pas souillés ! » Silos : évaluer la qualité de conservation L’augmentation des débits de chantier d’ensilage entraîne inévitablement des pertes de matière, mais elles sont difficiles à évaluer. C’est pourquoi la CAA propose Ensil’expert, un diagnostic de la qualité du silo, inclus dans l’offre de conseil des adhérents au Contrôle laitier ou au Contrôle de croissance. Les conseillers se sont équipés d’outils de mesure, ont élaboré un questionnaire et compilé des données qui leur permettent de fournir un compte rendu détaillé aux éleveurs. Grâce à un compactomètre, la force nécessaire à la pénétration dans le silo est mesurée en différents points du silo. La température est aussi relevée en différents points à 10 et 50 cm de profondeur. En outre, des mesures par caméra thermique permettent de mettre en évidence les zones d’échauffement. D’autres critères sont pris en compte, comme la matière sèche, la présence de moisissure, la taille des particules, l’aspect du front d’attaque, sa vitesse d’avancement… « L’objectif de ce service est de donner une vue d’ensemble du silo pour adapter les pratiques avec en ligne de mire une meilleure conservation du silo », indique Philippe Le Stanguennec. Le conseiller rappelle quelques règles de confection d’un silo. « Le tassement doit être suffisant, sinon la température en profondeur reste haute. Il faut donc prévoir 400 kg de poids de tracteur/tMS/heure minimum. Si ce seuil n’est pas atteint, il faut ralentir le débit de chantier ou prévoir davantage de tracteurs tasseurs. L’ensilage doit comporter un minimum de particules grossières, car l’excès de particules fines entraîne un risque d’acidose. Les grains doivent être suffisamment éclatés, sinon une part de l’amidon n’est pas valorisée. » Enfin, les pneus utilisés pour lester les bâches constituent une source de corps étrangers en puissance. Mieux vaut donc leur préférer une autre solution. Reste le problème de leur recyclage… 57 diagnostics Ensil’expert ont été effectués l’an dernier et 25 cette année. Les mesures révèlent une densité moyenne de 255 kg MS/m3 cette année, contre 268 kg MS/m3 l’an passé. L’étude de l’évolution des températures à 50 cm met en évidence que les températures extérieures élevées ont fait remonter la température dans la masse des maïs 2017, et que les silos ont mis assez longtemps à baisser en température. Autre observation : la présence de bâches sur les côtés limite le développement des moisissures, surtout sur les silos vieillissants. Aucune différence de température significative n’a pu être mise en évidence entre des silos de maïs shredlage et classique. Par contre, les tamisages confirment qu’il y a davantage de grosses particules en shredlage, mais aussi pas mal de particules fines. Maïs shredlage : adapter le rationnement Les premières données alsaciennes concernant cette nouvelle méthode d’ensilage ont pu être analysées par les conseillers de la CAA. En effet, 26 éleveurs au Contrôle laitier ont adopté cette technique en 2017, et autant en 2018, dont 23 sont les mêmes, ce qui suggère une certaine satisfaction des éleveurs ou du moins pas d’insatisfaction. « Les éleveurs qui ont opté pour le shredlage sont souvent installés dans des secteurs où le niveau de production est élevé à la base, avec des rations riches en maïs, pas mal de concentrés, et une traite robotisée », annonce Philippe Le Stanguennec. Les données révèlent une hausse de la production généralisée de 2017 à 2018, que ce soit en maïs shredlage ou non shredlage, ce qui s’explique par la bonne qualité des maïs 2017. Cela a permis aux éleveurs de réduire la quantité de concentrés de 10 % en moyenne, les éleveurs utilisant du maïs shredlage ayant « un peu plus de mal à utiliser moins de concentrés ». Certains utilisent effectivement moins de paille - c’est un des buts de la technique - mais pas tous. « En adaptant la ration - avec moins de paille, de bicarbonate - la technique du maïs shredlage doit permettre d’économiser 5 cts/vache/jour, mais si on ne modifie rien au rationnement, elle entraîne un surcoût estimé à 16 cts/vache/jour », note Philippe Le Stanguennec. Conclusion : il reste donc encore à certains éleveurs à procéder à des adaptations de leur rationnement pour valoriser la technique. Et surtout : « La qualité du maïs prime sur la technique d’ensilage ».

Publié le 25/01/2019

Après un été particulièrement aride, certaines prairies sont significativement dégradées. Il va falloir les soigner au printemps, voire ressemer les plus atteintes. Et pour sécuriser les stocks fourragers dans un contexte de changement climatique, d’autres stratégies peuvent être mises en place.

Après une année fourragère 2018 difficile, les stocks de fourrage des éleveurs sont au plus bas. Certains leviers peuvent être actionnés pour assurer la jointure, et pour la sécuriser dans un contexte d’aléas climatiques croissants. Les surfaces en herbe ont particulièrement souffert du manque d’eau et de la chaleur, impactant fortement les récoltes en 2018. Le premier levier consiste donc à adapter la fertilisation des prairies ainsi que les techniques de récolte pour optimiser la valorisation des prairies. Il s’agit de maximiser le rendement avant mi-juillet car, à partir de là, le risque de déficit hydrique s’accroît. Cela implique d’adapter la fertilisation azotée et de récolter l’herbe humide (ensilage, enrubannage) et pas en foin. « Car, pour sécher du foin, il faut des températures suffisamment élevées, ce qui par contre n’est pas toujours forcément le cas à cette période », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il rappelle les fondamentaux de la fertilisation azotée des prairies : 30 unités N/ha correspondent à 1 t/ha de gain de matière sèche. Et 30 m3 de lisier ont la même efficacité que 100 kg/ha d’ammonitrate. Le premier apport doit être effectué une fois que le seuil de 200 degrés jour à partir du 1er janvier est atteint. Et, comme le rendement est à chercher sur les premières coupes, un deuxième apport effectué après la première coupe sera valorisé lors de la coupe suivante. La forme d’azote apporté a peu d’importance, sauf en année froide où l’ammonitrate procure un meilleur rendement que l’urée, surtout pour la première coupe. « Pour les apports azotés en mai, l’urée convient très bien ». Au vu des cours actuels des engrais phosphatés, l’impasse peut être pratiquée sans risque si la prairie a été fertilisée régulièrement dans le passé, d’autant que le phosphore a peu d’effet sur le rendement en herbe, contrairement à la potasse, qui apporte un gain de rendement jusqu’à 120 unités K2O/ha, pas au-delà. « L’apport de potasse doit se faire en une fois avant la reprise de végétation, sans fractionnement », rappelle Laurent Fritzinger. Le soufre est un élément assez lessivable, qui intervient au niveau de la fixation de l’azote de l’air par les légumineuses. Même s’il est rare de constater des carences sur prairies, il peut être sécurisant d’effectuer un apport en cas de risque important : hiver très pluvieux, sol filtrant, printemps froid. Cet apport doit être effectué en même temps que l’apport d’azote car ensuite, comme la minéralisation du sol redémarre, l’apport ne se justifie plus. Les besoins des prairies peuvent aussi être couverts par l’apport d’effluents d’élevage : 30 t/ha de fumier ou 30 m3/ha de lisier couvrent largement les besoins. Enfin, pour affiner les besoins en fertilisation des prairies, la Chambre d'agriculture d’Alsace proposera des analyses d’herbe au printemps, annonce Laurent Fritzinger. Sursemis : un investissement pas toujours payant Après l’aridité estivale, la repousse des prairies les plus dégradées est incertaine : « Il risque d’y avoir plus de pissenlits et de chardons que de graminées », décrit Laurent Fritzinger. Une chose est sûre : ce sont les « bonnes » graminées qui ont pu disparaître en premier. Pour restaurer ces prairies, un sursemis peut-être envisagé. « Mais, prévient le conseiller agricole, la technique est aléatoire et exigeante. » Il s’agit en effet de semer de toutes petites graines, à faible vitesse de germination, dans un environnement déjà occupé par d’autres espèces. Un sacré défi donc ! Pour le relever, le choix de la période d’intervention est important. Trois options s’offrent aux agriculteurs : avant la reprise de végétation, après la première coupe ou à la fin de l’été. « Avant de procéder au sursemis, il faut agrandir les vides et dégager de la terre au moyen d’un passage de herse. Les espèces implantées doivent être agressives, comme les ray-grass ou le trèfle violet. Et l’environnement doit être le moins concurrentiel possible, donc bas. Pour favoriser le contact entre la terre et la graine, le sol doit être rappuyé. Et, afin de limiter la concurrence de la végétation en place, la fumure est déconseillée », décrit Laurent Fritzinger, qui reste très prudent lorsqu’il évoque cette technique : « On voit souvent des échecs alors que la technique requiert un investissement, notamment en semences, car la dose de semis est identique à un semis sur sol nu, soit 25 kg/ha minimum. » Son conseil : « Si on investit dans des semences, il faut mettre toutes les chances de son côté en utilisant du matériel adapté, c’est-à-dire un semoir à disques ». Au rayon des plans B Pour faire la jointure, il est aussi possible de modifier les pratiques pour récolter du fourrage tôt, en plus de l’herbe. Différentes options sont envisageables : les méteils, les ray-grass semés en Cipan, qui peuvent donner lieu à une, voire deux, coupes au printemps, l’ensilage de seigle semé en Cipan, l’ensilage de céréales qui avaient été prévues pour être moissonnées en grain, que ce soit du blé, de l’orge, du triticale… Après le printemps, tout n’est pas perdu pour produire du fourrage. Il reste l’option maïs, même si, semé après le 1er mai, son rendement est plus limité et qu’il faut adapter les variétés, notamment parce que la floraison risque de coïncider avec la sécheresse et les températures élevées. Il est encore temps d’implanter du ray-grass italien, qui peut être récolté huit semaines après le semis, avec les mêmes bémols que pour le maïs : « Pour pousser il lui faut de l’eau et une température inférieure à 25 °C ». L’implantation d’un méteil de printemps, à récolter en une seule coupe est aussi une option. Tout comme une culture de sorgho sucrier : « La date de semis idéale se situe autour de mi-mai, pour une récolte en octobre avec un rendement équivalent à celui du maïs, mais sans amidon, l’énergie se présentant sous une autre forme. » Enfin, les conseillers de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont une botte secrète à proposer aux éleveurs qui ont besoin de récolter du fourrage avant l’automne : du sorgho fourrager multicoupes, une plante herbacée, résistante au stress hydrique une fois qu’elle est bien implantée. Le semis s’effectue au semoir céréales, à une densité de 20 à 25 kg/ha, à 2 cm de profondeur, suivi d’un passage rouleau. Il est important de semer dans un sol suffisamment réchauffé (température du sol > 12 °C) pour garantir un démarrage rapide de la culture, et éviter un désherbage inutile. 60 jours après la levée, une première coupe peut être effectuée, avant l’épiaison, avec un rendement estimé de 4 à 6 tonnes de MS/ha et une valeur alimentaire de 0,8 UF. Après la première coupe le sorgho repousse et peut donner lieu à plusieurs coupes. Le sorgho fourrager multicoupes semble donc une espèce adaptée au changement climatique. À condition de prendre certaines précautions : « Lorsque le sorgho ne dépasse pas 40 à 60 cm de haut selon le type, il ne faut pas le donner en vert aux vaches, car il contient une toxine, l’acide cyanhydrique, qui disparaît ensuite à des stades plus avancés. Lors de la récolte, il ne faut pas couper trop court pour laisser passer de l’air sous les tiges, donc favoriser le ressuyage et la repousse. » Les sorghos de type Sudan sont à favoriser pour leur aptitude au fanage et la finesse de leurs tiges, ce qui permet de les enrubanner ou de les ensiler. Les bottes rondes d’enrubannage devront être stockées sur une face plane.

Publié le 07/06/2018

Dans cet épisode climatique orageux long et précoce, le Haut-Rhin a subi deux épisodes particulièrement violents avec de la grêle et des vents violents.

Entre Muntzenheim et Wickerschwihr Le 31 mai dans le secteur de Muntzenheim-Wickerschwihr. Les conséquences sont lourdes aux champs avec des cultures ravagées. Entre Altkirch et Burnhaupt le Bas Les fortes précipitations dans le secteur de Burnhaupt-Altkirch ont été particulièrement intenses avec jusqu’à 105 mm d’eau relevés à Gildwiller et 100 mm à Bretten tombés en 1 h 30. Les agriculteurs dans ce secteur ont des plans d’actions de prévention : remise en herbe de certaines parcelles cultivées, coordination entre agriculteurs pour des cultures d’hiver et de printemps en alternance, non-labour. Ces mesures ont très certainement permis d’éviter le pire mais au-delà de 40 mm les inondations et la boue sont inéluctables.  

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