Publié le 25/01/2017
Le sorgho est un fourrage aux propriétés intéressantes, qui peut par exemple accompagner avantageusement des fourrages riches en amidon. Mais sa culture comporte quelques difficultés, notamment de désherbage, ou encore de date de récolte.
Traditionnellement cultivé dans le Ried, parce qu’il se sème plus tard que le maïs, et qu’il est donc moins soumis aux risques d’inondations, le sorgho s’est développé en Alsace suite à l’installation de la chrysomèle des racines du maïs et l’obligation de rotation qui en a découlé. « La Chambre d'agriculture d’Alsace a commencé à mener des essais sur le sorgho en 2004, avec une difficulté principale : l’absence d’équation pour calculer la valeur énergétique de ce fourrage », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pas un, mais des sorghos Cinquième céréale la plus cultivée au monde, le sorgho est une plante très hétéroclite. On en distingue trois grandes familles : grain, fourrager et sucrier. Le sorgho grain présente un petit gabarit. Comme son nom l’indique il est généralement cultivé pour ses grains qui sont récoltés à la moissonneuse. « Il peut être ensilé mais il faut alors éclater ses grains pour en valoriser l’amidon », précise Laurent Fritzinger. Au sein de la famille des sorghos fourragers il faut distinguer les monocoupes des multicoupes. Les premiers ne se récoltent qu’une fois. Dans cette catégorie, le plus fréquent est le sorgho sucrier, qui présente une bonne aptitude à l’ensilage, mais dont la teneur en amidon est faible car il n’a quasiment pas de grains. Autre représentant de cette catégorie, le grand sorgho grain, plus riche en amidon. Les sorghos multicoupes ont la faculté de repousser, donc de procurer plusieurs coupes dans la même saison. Le sorgho le plus classique dans cette catégorie, le sudangrass, ressemble à une grande graminée, qui émet une panicule, mais qu’il faut récolter avant l’émission de l’épi car ensuite sa valeur alimentaire diminue. Ce sorgho affiche un démarrage rapide, qui permet de faire une première coupe au bout de huit semaines. Théoriquement les repousses de sorgho fourrager sont pâturables, « mais il y a un risque de paralysie respiratoire lié à la présence d’acide cyanhydrique si le sorgho est pâturé à un stade trop jeune ». Généralement les coupes sont donc ensilées, et l’acide cyanhydrique disparaît avec la conservation. Dans la famille des sorghos sucriers, il faut faire la distinction entre le type normal et les BMR, identifiables grâce à leur nervure centrale brune, qui sont à la fois plus faciles à ingérer et plus digestibles, et qui constituent donc une bonne source d’énergie avec peu d’amidon, mais qui sont aussi plus sensibles à la verse. Ils peuvent être mono ou multicoupes. Une culture de la patience Pour réussir un sorgho, il faut d’abord choisir les parcelles qui se prêtent le mieux à cette culture, c’est-à-dire celles dont les sols se réchauffent vite, qui ne sont pas trop sensibles à la battance, ni trop superficiels, ni trop envahis d’adventices. Les semis doivent être soignés, dans un sol suffisamment chaud, à 2-3 cm de profondeur, à une densité de 220 000 à 300 000 grains/ha, de préférence avec un semoir monograine. Il est en effet important d’obtenir une levée homogène, pour que les plantes atteignent le plus simultanément possible le stade trois feuilles avant lequel aucun désherbage chimique n’est possible au risque de détruire aussi les plantules de sorgho. La culture est peu gourmande en phosphore et en potasse. « Les sorghos monocoupes ne doivent pas recevoir trop d’azote pour éviter la verse. Pour les sorghos multicoupes, il est conseillé d’apporter 30 unités au semis et 30 unités après chaque coupe. » L’une des principales difficultés de la culture du sorgho, c’est le désherbage. Peu de matières actives sont homologuées pour cet usage : il n’y a que deux produits en prélevée. Ils permettent de limiter le développement des adventives au départ, « mais il faut souvent procéder à un rattrapage car leur spectre d’efficacité n’est pas complet ». Pour faciliter le contrôle des adventices, il est donc aussi conseillé de pratiquer un faux semis, et/ou de choisir un écartement entre les rangs compatible avec le binage. Une autre difficulté de la culture relève du timing : « Plus on attend pour atteindre le stade de récolte optimal, plus le risque de verse augmente. Il n’est donc pas toujours facile d’atteindre les 28 % de matière sèche recommandés. D’autant que, contrairement à l’aspect du grain pour le maïs fourrage, il n’y a pas de repère qui permette de détecter le stade optimal d’ensilage. » Lorsque ce stade est atteint, le maïs est déjà ensilé depuis un mois environ, ce qui signifie qu’il faut rouvrir le silo, le retasser, le refermer… Et, même si la teneur en matière sèche de 28 - 30 % est atteinte, il est conseillé d’avoir déjà quelque chose dans le silo, sous le sorgho, pour en absorber les jus riches en sucre afin de ne pas les perdre. En termes de productivité, on peut compter sur 4 à 6 tonnes de MS/ha de potentiel pour une première coupe de sorgho multicoupe. Un sorgho BMR pourra produire 12 t MS/ha. Les rendements des sorghos sucriers sont comparables à ceux des BMR en termes d’UF/ha car le fait qu’ils fassent moins d’UF est rattrapé par le fait qu’ils font plus de rendement.












