Cultures fourragères

Ensilage shredlage

Attentes et effets

Publié le 18/01/2018

Lors des réunions techniques consacrées aux fourrages, Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a présenté la technique d’ensilage shredlage : en quoi elle consiste, ce qui en est attendu, et les résultats des premiers essais menés sur cette évolution du traitement des fourrages par ensilage. Avant l’arrivée des suivantes sur le marché…

Avant d’entrer dans les subtilités de l’ensilage, Philippe Le Stanguennec en a rappelé les bases. Premier commandement : « Le maïs est récolté entre 32 et 35 % de matière sèche, car c’est à ce stade que se situe le meilleur compromis entre rendement, aptitude à la fermentation, digestibilité, et maturité de l’amidon ». Deuxième commandement : « Une coupe franche. Pour favoriser la rumination, le tassement du silo, et éviter les refus. » Troisième commandement : « Avoir des particules suffisamment longues pour favoriser la rumination, environ 15 %, mais aussi des particules plus fines, pour soutenir la digestibilité et le tassement ». Objectif : 8 à 10 mm à l’auge, ce qui suggère d’adapter la longueur de coupe à la récolte à toute une série de paramètres (humidité, technique de reprise, quantité de concentré dans la ration). Quatrième commandement : les grains de maïs doivent être éclatés, sinon ils ne sont pas digérés et représentent une perte d’UFL. Donc soit des céréales à ajouter, soit du lait perdu. Cinquième commandement : tasser énergiquement les silos pour en chasser rapidement et efficacement l’air, afin d’assurer une baisse du pH rapide et éviter les mauvaises fermentations. Sixième commandement : utiliser des bâches de qualité et les lester abondamment afin de préserver le milieu anaérobie, ce qui permet d’éviter échauffements et moisissures. Septième commandement : respecter un délai minimum de trois semaines de fermentation pour obtenir un fourrage stabilisé. Huitième commandement : ne pas perdre de vue que la fermentation continue passé ce délai, et que le grain devient plus digestible sous l’effet de la dégradation enzymatique de son enveloppe. Un fourrage tout en un La technique d’ensilage shredlage vient essentiellement modifier le troisième commandement. Son objectif ? Un fourrage unique qui associe énergie, fibre efficace et amidon, tout en maintenant les performances laitières et en préservant la santé des animaux. La technique pour y parvenir ? Obtenir des parties végétatives déchirées et des grains pulvérisés pour augmenter la surface d’attaque des micro-organismes dans le rumen et obtenir une digestibilité maximale. Et, comme les brins longs stimulent le rumen, la technique s’appuie aussi sur une coupe plus longue, pour faire ruminer les animaux. Ces fibres plus longues sont obtenues grâce à un nombre de couteaux réduits et un différentiel de rotation de 50 % entre les rouleaux d’alimentation, ainsi qu’un rainurage en spirale qui croise le rainurage transversal. Résultat : des fibres qui oscillent entre 21 et 26 mm de long (contre 10 à 18 mm en ensilage classique). Avec de telles longueurs de brin, la théorie de la technique shredlage veut qu’il n’y ait plus besoin de paille pour faire ruminer les animaux. Une théorie qu’un certain nombre d’instituts agricoles ont cherché à vérifier. Les premiers résultats, issus d’essais menés aux États-Unis et en Allemagne sont peu concordants, que ce soit sur le niveau d’ingestion, l’efficacité des rations et l’évolution des performances. La technique a été mise en œuvre en Alsace lors de la dernière campagne. Impossible de tirer des conclusions en matière de performances d’élevage. Mais les premiers utilisateurs confirment l’efficacité d’éclatement des grains, et l’absence de refus à l’auge, y compris pour les brins les plus longs. À compositions différentes, UF équivalentes Philippe Le Stanguennec a détaillé les résultats d’une étude allemande où l’effet de l’ensilage shredlage est comparé à celui d’un ensilage classique, avec ou sans paille, dans une ration proche de celles couramment pratiquées en Alsace. Premier constat, la part de particules supérieures à 19 mm augmente effectivement avec la technique shredlage. Assez logiquement, la densité au silo est plus faible, de l’ordre de 10 % de moins pour de l’ensilage shredlage comparé à de l’ensilage classique. Le suivi de l’évolution du silo révèle que le pH diminue un peu moins vite et un peu moins bas en ensilage shredlage. Néanmoins, l’objectif d’un pH de 4 est atteint dans les deux cas. L’étude de la composition des deux fourrages permet de mettre en évidence quelques différences. L’ensilage shredlage est moins riche en acide lactique, mais contient plus d’acide acétique et plus d’azote ammoniacal, « ce qui suggère un risque de perte de matière azotée plus élevé », commente Philippe Le Stanguennec. Après 90 jours de conservation, les pertes fermentaires apparaissent sensiblement plus élevées en ensilage shredlage qu’en ensilage classique. Néanmoins aucune différence statistiquement significative en termes d’UF n’est mise en évidence. Effet sur l’état corporel, mais peu sur le lait L’épreuve de la digestion révèle un peu plus de grains non digérés dans les bouses issues d’ensilage classique que d’ensilage shredlage, ce qui tend à démontrer la qualité de l’éclatement des grains avec cette technique. De toutes les modalités, c’est l’ensilage shredlage avec paille qui procure l’ingestion la plus élevée. Par contre, de par la longueur de coupe, la digestibilité des tiges et des feuilles de l’ensilage shredlage semble moins bonne. Le temps de rumination s’avère plus élevé pour l’ensilage shredlage que classique sans paille. L’évolution du pH du rumen est similaire dans toutes les modalités, sauf la modalité classique sans paille, où le pH fluctue davantage. Au niveau du lait, il y a peu d’effet sur la production et les taux. « Le lait produit avec de l’ensilage shredlage contient un peu moins d’urée, peut-être en lien avec la teneur élevée du fourrage en azote ammoniacal, et le risque de perte de matière azotée », note Philippe Le Stanguennec. Sur les vaches fraîchement vêlées, le bilan est assez positif, avec notamment un gras dorsal un peu plus épais avec de l’ensilage shredlage, ce qui traduit une moindre perte d’état corporel. Adapter la ration pour obtenir des bénéfices Un autre essai, mené par le Contrôle laitier d’Ille-et-Vilaine, suggère que la technique d’ensilage shredlage n’améliore pas la qualité du fourrage mais a un effet sur la digestion par les animaux, permettant effectivement de supprimer la paille des rations, avec des économies de temps de travail à la clé. « L’ensilage shredlage aurait donc surtout un intérêt dans les rations à dominante maïs. Et son intérêt économique n’est réel que si la ration est adaptée en conséquence », souligne Philippe Le Stanguennec, un exemple d’évolution de ration à l’appui, avec suppression de la paille, diminution de l’enrubannage de luzerne, augmentation de l’ensilage de maïs, augmentation de l’urée et suppression du bicarbonate. Une évolution qui doit permettre de gagner 5 cents/vache/jour, en tenant compte du coût plus élevé de l’ensilage shredlage, de l’ordre de 25 à 45 €/ha en plus.

Publié le 17/01/2018

Après une campagne de maïs ensilage qui a permis de remplir les silos d’un fourrage de qualité, il est temps de prévoir la prochaine campagne. La Chambre d'agriculture d’Alsace a récemment présenté les résultats de ses essais variétaux. Il ne reste « plus qu’à » choisir les heureuses élues !

La campagne de maïs ensilage 2017 a été globalement bonne, avec de bons rendements, tant au niveau de la partie végétative que des grains. « La fin de cycle a été assez rapide, entraînant parfois de la sénescence des plantes, et se traduisant par une période d’ensilage restreinte, dans de bonnes conditions », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). À l’ouverture des silos, les ensilages de maïs 2017 ont révélé de bonnes valeurs alimentaires, notamment de bonnes valeurs énergétiques (UF). Pour certaines variétés, les UF sont tirées par l’amidon. Il s’agit donc de les associer à de l’herbe pour éviter l’acidose. Pour d’autres variétés, les UF sont davantage le fruit de la partie végétative. Ces dernières peuvent alors passer en plat unique, ou être associées à des céréales. Une des caractéristiques de l’année a été l’infestation de certaines parcelles par du charbon commun, un phénomène qui apparaît fortement lié à la sensibilité variétale. Pas de corrélation gabarit-rendement La CAA a mis en place trois essais variétaux cette année, au nord, au sud et en Centre Alsace. L’essai de Bitschhoffen comprenait 27 variétés. Il a été semé le 11 avril et récolté le 1er septembre. Parmi les variétés demi-précoces (environ indices 280-330), justeen (grain type corné), LG 31.295 (grain type corné) et P9234 (variété dentée la plus tardive de ce groupe de précocité), sortent en tête en termes de rendement mesuré en tMS/ha. Par contre, justeen s’avère sensible au charbon sur tige. L’essai comprenait la variété san mario RH, qui sort dernière en rendement, mais qui a été sélectionnée pour sa richesse en huile, autre source d’énergie que l’amidon. Elle aurait donc pu s’avérer intéressante si ses épis n’avaient pas été envahis par du charbon. Les différentes mesures réalisées par les techniciens de la CAA mettent en évidence l’absence de corrélation significative entre le gabarit et le rendement. Ce n’est donc pas parce qu’un maïs est haut et beau qu’il va faire du tonnage de matière sèche. À l’inverse, un maïs visuellement un peu chétif peut surprendre… La valeur énergétique dans cette série de précocité est en moyenne de 0,93 UFL/kg MS. L’analyse des données révèle que certaines variétés ont des valeurs énergétiques proches, mais des teneurs en amidon variables. Ce qui prouve bien que l’amidon n’est pas la seule source d’énergie du maïs fourrage. En réalisant la synthèse des données collectées à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9234, une variété plutôt typée grain, sort en tête en termes de rendement, suivie par justeen, kilomeris, ES floreal, muesli CS, LG 31.295. Des variétés sensibles au charbon Parmi les variétés demi-tardives (environ indices 370-430), LG 30.444 sort première en matière de rendement en tMS/ha, talonnée par P9911 et DKC4621. ES jasmine et LBS 4414 affichent également de bons rendements. La valeur énergétique moyenne de cette série est de 0,95 UFL/kg MS. Et c’est LG 30.444 qui sort en tête en UFL/ha. Il y a eu peu de charbon sur épi dans cette série. Par contre, la variété RGT luxxida en a développé sur tiges. En réalisant la synthèse des données collectées pour cette série à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9911 s’avère très régulière et toujours au-dessus de la moyenne. Les variétés DKC4590, ES jasmine, LBS 4414 et LG 30.444 donnent également satisfaction. Le potentiel de rendement de RGT emerixx atteint difficilement celui de son prédécesseur futurixx. À noter que si DKC4590 affiche de bons rendements, elle ne figure pas parmi les variétés préconisées par la CAA pour le maïs ensilage. En effet, il s’agit d’une variété typée grain. « Elle peut dépanner, mais il ne faut pas en faire trop pour l’ensilage, car sa digestibilité est assez faible. » Enfin, parmi les variétés tardives, sur l’essai d’Uttenheim, P0725 arrive en tête. P9911 en est très proche avec un indice un peu plus précoce, ce qui lui confère un aspect plus sécurisant pour un rendement similaire. Vient ensuite LG 30.444. Dans cette série, la variété la plus touchée par le charbon est RGT ixabel, avec 60 % de tiges affectées, suivie par LG 30.681. Objectif lait, ou viande ! Pour construire le tableau final des variétés préconisées pour 2018, les conseillers de la CAA ont sélectionné les variétés sur leur rendement, mais aussi sur leur valeur alimentaire, leur stay green… « Votre objectif, c’est de produire du lait, ou de la viande. Or, par exemple, parmi les dentées, certaines variétés ont tendance à mobiliser les réserves de la tige en fin de cycle pour remplir les grains, ce qui n’est pas forcément bon pour l’ensilage », indique Laurent Fritzinger. Libre à chacun de panacher les variétés, ce qui peut permettre de cumuler leurs bénéfices et d’atténuer leurs points faibles, mais Laurent Fritzinger conseille vivement de rester dans les mêmes gammes de précocité, au risque de se trouver confronté à des différences de stade importantes à l’heure de la récolte. Par contre, le type de variété, dentée ou cornée, aurait peu d’incidence. En effet, la digestibilité de l’amidon des grains dentés et cornés est similaire au stade où l’ensilage de la plante entière doit être effectué, c’est-à-dire à 32-35 % de MS plante entière. C’est après que la digestibilité de l’amidon évolue différemment dans les deux types de grains mais cela ne joue plus puisque les maïs sont déjà ensilés à ces stades-là.

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Publié le 18/11/2017

Même s’ils pratiquaient déjà un élevage extensif, la conversion du Gaec de Rosen-Guth à l’agriculture biologique a bouleversé les assolements, l’alimentation et les pratiques d’élevage. Grâce à des portes intelligentes, ils arrivent à concilier robot de traite et pâturage des vaches, un élément fondamental en agriculture biologique.

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines. « Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. » La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier. Pas de traite, pas de pâture En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! » En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée. Du méteil pour l’autonomie fourragère La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance. Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. » Retrouvez aussi notre reportage vidéo :  

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