Cultures fourragères

Publié le 10/07/2017

Plus calme que la précédente d’un point de vue sanitaire, la campagne 2017 se caractérise par des conditions sèches qui, dans les secteurs qui ont été les moins arrosés et/ou non irrigués, deviennent préjudiciables aux rendements.

Les semis de maïs ont été effectués dans de bonnes conditions, le gel hivernal ayant permis d’obtenir de bons lits de semences. Les maïs ont levé rapidement et de manière homogène, puis ont bien poussé, à la faveur des températures élevées. Actuellement, ils atteignent le stade début floraison, avec une dizaine de jours d’avance. Globalement, les parcelles sont belles, mais les récentes précipitations n’ont pas suffi à recharger la réserve hydrique des sols dans de nombreux secteurs et, « le sec va bientôt se faire sentir », estime Pierre Geist, conseiller agricole à l’Adar du Kochersberg. Dans ce secteur, il y a eu 15 mm de pluie, puis 4-5 mm, « c'est peu par rapport aux besoins ». Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis-Institut du végétal, confirme : « Avec le manque de pluviométrie et les fortes chaleurs, on commence à voir des maïs qui enroulent leurs feuilles pour limiter l’évaporation. Mais cela ne veut pas forcément dire que la plante souffre. C’est le cas seulement si la réserve en eau s’épuise. » Pour éviter d’en arriver là, les irrigants ont commencé à enchaîner les tours d’eau très tôt, dès le stade 10 feuilles du maïs, soit vers le 4 juin, et sur les chapeaux de roue. « Il y a 15 jours, il y a eu des ETP très fortes, et certains ont eu du mal à suivre la cadence », rapporte Didier Lasserre. Après une semaine de répit, avec des ETP plus faibles, l’irrigation repartait de plus belle lundi 3 juillet, après un week-end de trop rares précipitations significatives, et en prévision d’une semaine sèche et chaude. D’autant que la période de sensibilité du maïs au stress hydrique - deux semaines avant la floraison et trois semaines après - est atteinte. L’état sanitaire de la culture est plutôt bon : « On observe des pucerons, mais aussi des auxiliaires, qui sont encore discrets mais qui vont proliférer », rapporte Pierre Geist, qui a détecté des pucerons sur plus de la moitié de 100 pieds inspectés. « Pour l’instant c’est sans incidence. Les pucerons sont gênants surtout à la floraison parce qu’ils peuvent gêner l’émission du pollen et donc entraîner des problèmes de fécondation. » Le piégeage de la chrysomèle va commencer ce lundi, et la pyrale pond depuis une dizaine de jours. Mais la campagne de prospection menée à l’automne dans le Kochersberg a révélé un faible niveau d’infestation, et il n’y a donc pas de raison d’assister à des attaques carabinées dans ce secteur, du moins dans ce secteur. En outre, si le temps chaud et sec persiste, les larves pourraient ne pas survivre. Des maïs en avance Si les conditions climatiques devaient se maintenir sur cette tendance chaude et déficitaire en pluviométrie, les chantiers d’ensilage pourraient être anticipés. C’est ce que prévoit en tout cas Arvalis-Institut du végétal, qui évoque la possibilité que les récoltes de maïs fourrage puissent avoir deux à trois semaines d’avance par rapport à la normale. Certes, à ce jour rien n’est joué. Cependant, « il faut anticiper pour assurer la récolte au bon stade, gage de qualité de l’ensilage. Des travaux récents ont montré que récolter tardivement pouvait permettre de gagner 0,5 à 1 t de matière sèche (MS) supplémentaire par hectare, mais que ce gain s’accompagnait d’une baisse de la valorisation de l’amidon dans le rumen et d’une baisse de la digestibilité des tiges et des feuilles. Au final, récolter tard ne remplit pas plus le tank à lait… Et c’est sans compter sur les risques de moins bonne conservation du fourrage liés au taux de MS élevé d’une récolte tardive. Il s’agit donc de cibler 32 % de MS à la récolte », rappelle une note de l’institut technique, qui conseille de faire une première estimation de la période optimale de récolte à partir de la date de floraison, qui correspond au stade où 50 % des plantes d’une parcelle portent des soies. « À partir de ce stade, il faut environ 600 à 640 degrés-jour pour atteindre le stade optimal de récolte plante entière, soit 45 à 60 jours selon les régions et le climat », explique Bertrand Carpentier, ingénieur maïs fourrage chez Arvalis-Institut du végétal, qui préconise aussi de prévoir un autre contrôle un mois après la floraison, afin d’observer le remplissage du grain et estimer l’avancement de la culture, pour préciser la date de récolte. Un constat que partage Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord : « Actuellement, la floraison démarre. Or les ensilages commencent en général deux mois après. Donc si les conditions se maintiennent, l’avance à la floraison devrait se répercuter sur les chantiers d’ensilage, voire se creuser si les températures deviennent caniculaires. » Côté potentiel, rien n’est joué : « Les peuplements sont bons, les gabarits aussi, sans être phénoménaux, car il y a eu de la lumière donc les entre-nœuds sont courts. Mais les maïs sont réguliers. Cependant, 60 % du tonnage est composé par l’épi. » Il ne faudrait donc pas qu’il fasse trop chaud autour de la floraison, afin de ne pas pénaliser la formation de l’épi, composante majeure du rendement. Blé : la chaleur précipite la moisson et pénalise le rendement Avant que le mercure ne s’emballe, les estimations de la Chambre d'agriculture d’Alsace aboutissaient à un début des moissons le 20 juillet. Mais la hausse des températures, avec plusieurs jours où le mercure a dépassé 30 °C, a précipité la maturation du blé. Si bien que, dans le secteur de Sélestat, des blés ont été moissonnés tout début juillet, voire fin juin. « Si les conditions le permettent, certains vont essayer de moissonner cette semaine », indiquait Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord, le 3 juillet. Ce que confirme Pierre Geist : « Si on a des températures élevées, les moissons vont débuter au courant de la semaine. » La théorie veut que ces températures élevées aient pénalisé le rendement, de l’ordre de 0,78 gramme de perte de poids de mille grains (PMG) par jour de température supérieure à 25 °C. « Théoriquement, on pourrait donc avoir perdu 10 g de PMG », avance Pierre Geist. En pratique, l’impact des températures élevées dépendra du type de sol - les blés implantés dans des sols légers ayant davantage souffert - du stade du blé, de la pluviométrie locale… « Le problème c’est qu’on est déjà un peu limite en termes d’épis, avec 500 à 600 épis par mètre carré, donc pour assurer le rendement il faut un PMG assez élevé ». Néanmoins, en début de semaine, l’aspect des grains n’était pas inquiétant : « Ils n’étaient pas fripés, mais encore bien humides », rapporte Pierre Geist. « Les premiers blés collectés, les plus précoces, auront peut-être échappé à l’impact des températures élevées, mais les plus tardifs vont en pâtir », pronostique quant à lui Didier Lasserre, qui mise sur une « petite collecte, pas catastrophique, mais plutôt dans une petite moyenne ». Une chose est sûre, cette année a été beaucoup plus calme d’un point de vue sanitaire. Et la qualité de la récolte 2017 ne pourra donc être que meilleure que celle de 2016. Et les premiers échos de collecte des orges sont plutôt bons, ce qui est d’habitude plutôt bon signe pour les blés. Mais Pierre Geist tempère l’adage : « Les orges avaient plus de chance d’être dans des potentiels élevés parce que l’épisode de chaleur n’a pas eu d’incidence sur leur PMG, elles n’ont souffert ni du sec ni d’aucune maladie. » Colza : peu de ravageurs Les colzas ont démarré leur cycle dans le sec : « Les conditions de semis étaient très sèches. Certains colzas n’ont même pas levé », rappelle Mickaël Haffner. Et d’autres ont été semés avec trois semaines de retard, mais ont bénéficié du retour des précipitations, ce qui leur a permis de lever directement, et de rattraper les premiers colzas semés. Hétérogènes à l’automne, suite à des pertes à la levée, les colzas ont aussi subi des pertes hivernales, liées au gel. Mais dès la reprise de la végétation au printemps, les pieds qui restaient, même chétifs, sont bien repartis, « si bien que le potentiel de rendement est dans la normale », indique Mickaël Haffner. Pierre Geist quant à lui décrit des colzas « assez petits, avec pas mal de siliques mais qui ne sont pas toutes remplies ». Comme les céréales, le colza a été épargné par les maladies et les ravageurs. La floraison a été très rapide, ce qui a laissé peu de latitude aux méligèthes pour causer des dégâts. Tout au plus un peu de pucerons à l’automne, du sclérotinia et quelques dégâts de charançons… Mais « il était possible de faire l’impasse sur un insecticide au printemps », rapporte Mickaël Haffner. Herbe : le déficit de pluviométrie entame le rendement La culture qui a le plus souffert des conditions anticycloniques, pour l’instant, c’est l’herbe. Laurent Fritzinger décrit : « Les rendements sont en baisse par rapport à la moyenne, surtout pour les foins, qui ont été récoltés pour la plupart il y a environ trois semaines, dans de très bonnes conditions. Mais les rendements s’annoncent en baisse de 20-25 voire 50 %. » En cause, le manque d’eau : « Il a fait sec pendant six semaines, de mi-mars à début mai. » Un manque d’eau qui a pénalisé la pousse de l’herbe, et aussi l’efficience des engrais azotés. Si bien que les rendements sont aussi en baisse dans les parcelles destinées à l’ensilage d’herbe, qui sont souvent davantage fertilisées : « Ceux qui ont pu faire une première coupe début mai n’ont pas eu de rendement faramineux. Puis il y a eu de l’eau, qui a permis parfois de belles repousses, mais pas partout », rapporte Laurent Fritzinger qui constate que « la différence entre les parcelles destinées à l’ensilage et celles destinées au foin, souvent des prairies permanentes moins fertilisées, s’est nettement exprimée cette année ». Un phénomène qui s’est accentué sur les versants de collines exposés au sec. Par contre, la qualité du fourrage est préservée. Quelles que soient les coupes, l’herbe a pu être récoltée aux bons stades, et dans de bonnes conditions, chaudes et ensoleillées. Les foins notamment, ont été faits avec trois à quatre semaines d’avance. Les tout premiers ont été rentrés fin mai. Comme il reste souvent du vieux foin peu ingérable de l’année dernière dans les granges, Laurent Fritzinger constate : « Pour faciliter l’ingestion de ce vieux foin, il est possible de le mélanger avec du bon foin jeune, voire de la paille, qui s’annonce de bonne qualité. C’est suffisant pour remplir la panse et ramener de la valeur alimentaire. » Avec le retour des précipitations fin juin - début juillet, les prairies reverdissent : « Mais, pour certaines, c’était l’extrême limite, elles ont souffert du manque d’eau. Et tous les secteurs n’ont pas eu la même quantité d’eau. 40 mm dans le pays de Hanau, contre 15 mm en Alsace du nord, ce n’est pas la même chose ! 15 mm, cela ne correspond qu’à 3-4 jours d’ETP à 30 °C. » Donc si les températures devaient repartir à la hausse, la pousse de l’herbe pourrait à nouveau être stoppée dans son élan. À mi-parcours de la campagne de récolte d’herbe, Laurent Fritzinger estime cependant qu’il est trop tôt pour dire s’il y aura des ruptures de stock fourrager.

Publié le 18/05/2017

Qu’elle soit dictée par la conjoncture ou par la volonté d’innover, la recherche d’autonomie protéique est une tentation qui resurgit régulièrement dans les élevages laitiers. Philippe Le Stanguennec fait le point sur les différentes stratégies possibles.

L’augmentation des prix des tourteaux de soja, la nécessité de donner un peu de mou à une trésorerie tendue sont quelques-unes des raisons invoquées par les éleveurs qui souhaitent aller vers des rations plus autonomes. Mais il y en a d’autres : la volonté d’innover, de diversifier les itinéraires agronomiques en implantant une interculture peuvent constituer une motivation tout aussi forte. Une chose est sûre : la recherche d’autonomie protéique offre une meilleure résistance à la conjoncture et rend moins dépendant des marchés. Reste à ne pas surestimer les économies induites par un tel choix, prévient Philippe Le Stanguennec, conseiller à Alsace Conseil Élevage. « Certains dispositifs incitent, par des aides, à l’implantation d’une interculture. On peut par exemple implanter des légumineuses comme de la luzerne. À l’enfouissement, la légumineuse apporte de l’azote pour la culture suivante et, avec ses racines pivotantes, elle a un effet sur la structure du sol », explique le conseiller. Valoriser les surfaces en herbe d’abord Dans une ration à base de maïs et de foin, telle qu’on en trouve dans les élevages de plaine, calculée pour une production de 30 kg de lait, l’incorporation 4 kg de MS de luzerne en remplacement d’une partie du maïs se chiffre par un coût de ration de 2,86 €/vache laitière. « C’est un tarif rendu silo, qui tient compte du coût d’implantation et des charges de mécanisation, précise le conseiller. Par rapport à une ration sans luzerne, on est au même coût. On gagne un peu plus si on a des surfaces en herbe, des prairies qu’on arrive à récolter au stade précoce, avec des valeurs alimentaires de l’ordre de 0,9 UFL-80 PDIE- 82 PDIN, qui sont de bonnes valeurs, sans être exceptionnelles » D’où ce premier conseil donné par le l'expert en élevage : « Avant de vouloir implanter de nouvelles cultures, il faut chercher à valoriser les surfaces en herbe existantes en les récoltant à un stade jeune. » En incorporant un quart d’herbe dans la ration en remplacement du maïs, on réduit effectivement le coût de la ration à 2,80 €/VL, ce qui n’est pas énorme, mais tout de même appréciable. Une autre stratégie consiste à implanter des prairies multi-espèces. Les éleveurs peuvent par exemple associer du dactyle avec de la luzerne ou du dactyle, de la fétuque et de la luzerne. Ils peuvent même y ajouter un peu de trèfle blanc. « Cela requiert de la technicité, admet Philippe Le Stanguennec. Le rendement est toujours lié au potentiel maïs de la parcelle. En général, on constate un différentiel de rendement de 20 à 25 % par rapport à un maïs. Donc il faut prévoir un peu plus de surfaces fourragères au détriment des cultures de vente. » Méteils d’été : leur laisser le temps de pousser La troisième stratégie consiste à implanter des cultures dérobées, en utilisant les « surfaces d’intérêt écologiques » (SIE) pour y implanter des mélanges riches en légumineuses. « Ce sont des surfaces intéressantes à valoriser pour gagner en autonomie protéique », confirme le technicien d’Alsace Conseil Élevage. Dans cette optique, les éleveurs peuvent semer un mélange de ray-grass italien et de trèfle ou implanter des méteils d’été ou d’automne. « Le méteil d’été s’implante après un orge, idéalement fin juin, et il est récolté après réimplantation d’une céréale à l’automne. » Philippe Le Stanguennec recommande de ne pas le semer après le 15 juillet pour lui laisser le temps de pousser. « Compte tenu du coût d’implantation, si c’est pour sortir 1 ou 2 t à l’hectare, ce n’est plus aussi intéressant que cela. » Quelques exemples de méteils d’été : un mélange de ray-grass italien et de trèfle d’Alexandrie, semé à raison de 21 kg/ha pour le premier et 9 kg/ha pour le second ; un mélange avoine classique-vesce (65 kg/ha - 15 kg/ha) ou avoine classique-vesce-pois. De la moutarde et des radis fourragers sont également envisageables. Du côté des méteils d’automne, les éleveurs ont la possibilité d’associer des céréales (blé, avoine, seigle, triticale) à des légumineuses ou à des protéagineux (pois, vesce, féverole). Ce type de méteil s’implante à l’automne et se conduit comme une interculture : on le récolte pour remettre un maïs derrière. « À l’origine, ces méteils sont faits pour faire du stock et être récoltés à un stade laiteux-pâteux. Si on veut de la valeur alimentaire, il faut récolter à un stade plus précoce, mais on n’aura pas le même rendement », précise Philippe Le Stanguennec. Si l’on vise l’autonomie protéique, il faut donc les récolter au stade début épiaison de la céréale. Un exemple de méteil fourrage d’automne : le mélange triticale-avoine-pois fourrager (75-75-25 kg/ha). Les méteils peuvent aussi être récoltés en grains, mais avec des rendements peu élevés qui ne « suffiront jamais à corriger une ration qui contient du maïs. » Au final, la recherche d’une meilleure autonomie protéique nécessite d’être attentif à plusieurs points : la technicité - « On n’implante pas une prairie temporaire comme un maïs », relève Philippe Le Stanguennec -, la main-d’œuvre - « Il faut récolter quatre fois au lieu d’une » - et le stade de récolte. Les prairies multiespèces, comme les méteils d’automne, doivent en effet être récoltées assez précocement si l’on veut engranger le maximum de protéines.

Publié le 03/02/2017

Avec un fourrage de qualité, récolté dans de bonnes conditions et correctement mis en silo, le recours à des conservateurs est superflu. Mais parfois, pour accélérer la fermentation, stabiliser la reprise du silo, ou préserver la richesse de certains fourrages, le recours à quelques artifices peut s’avérer bénéfique.

Ensiler les fourrages sert à allonger leur durée de conservation. L’opération consiste à les mettre en conditions humides et anaérobies afin d’obtenir, par fermentation lactique anaérobie, un produit acide, stabilisé, sain, et dont la valeur alimentaire est proche de celle du fourrage récolté en vert. « La qualité de l’ensilage dépend essentiellement de l’état des fourrages au départ et de la qualité de la mise en silo », indique Philippe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pour réaliser un bon ensilage d’herbe il faut donc privilégier de l’herbe jeune, riche en sucre, digestible, et qui se conservera mieux. « La période optimale de fauche se situe au stade début épiaison. C’est à ce moment qu’on enregistre un pic d’UF et de MAT à l’hectare. Ensuite ces valeurs plafonnent puis diminuent, il n’y a donc aucun intérêt à attendre », poursuit le conseiller. C’est pour profiter à chaque coupe de ces bonnes valeurs alimentaires qu’il est conseillé d’attendre environ six semaines entre elles. La durée de séchage du fourrage avant son ensilage dépend du type de flore, du pourcentage de feuilles, de la productivité et du type de prairie. « Pour limiter les pertes, il faut rechercher une teneur en matières sèches de 30 % pour les graminées, et de 35 à 40 % pour des légumineuses », résume Philippe Le Stanguennec. Favoriser l’anaérobie Le processus d’ensilage débute par une phase de respiration, durant laquelle les micro-organismes naturellement présents utilisent les glucides de la plante et l’oxygène présents dans le silo. Afin de préserver la valeur alimentaire du fourrage, cette phase doit être la plus courte possible. Il est donc important de favoriser l’anaérobie le plus rapidement possible. Car ce n’est qu’en absence d’oxygène que les bactéries lactiques prennent le dessus sur les autres (levures, bactéries acétiques conduisant à la perte de matière sèche et d’appétence) et produisent de l’acide lactique conduisant à une acidification rapide du milieu. Or il est important d’atteindre rapidement un pH de 4, car c’est là que le fourrage est stabilisé et que le métabolisme des bactéries indésirables est bloqué. Pour favoriser l’anaérobie, la technique consiste à bien tasser le silo pour évacuer l’air. Puis il convient d’assurer rapidement et durablement la meilleure étanchéité possible. Une fois le silo ouvert, le front d’attaque du silo doit progresser régulièrement, « d’environ 25 cm par jour en été et de 15 cm par jour en hiver ». Lorsque les conditions d’ensilage sont bonnes, la perte de matière sèche entre le produit vert et fermenté est de 12 à 14 %. « En diminuant la protéolyse, en inhibant l’activité anaérobie des bactéries indésirables, et en améliorant la stabilité des ensilages, les conservateurs permettent de préserver 4 à 5 % de matière sèche », déclare Philippe Le Stanguennec. Choix du conservateur : fonction du fourrage et de l’objectif visé Le type de conservateur à mettre en œuvre dépend du type de fourrage et de l’objectif visé. En effet, tous les fourrages n’ont pas la même prédisposition à l’ensilage. « Plus la teneur en sucres est importante et plus le pouvoir tampon* est faible, plus le pH va descendre rapidement et se stabiliser ensuite », résume Philippe Le Stanguennec. Il faut donc distinguer la luzerne, caractérisée par un fort pouvoir tampon qui rend sa conservation difficile, des ray-grass, plus faciles à conserver parce que riches en sucres et de faible pouvoir tampon. Face à des fourrages pauvres en sucres et riches en MAT, pour lesquels la diminution du pH peut s’avérer difficile à obtenir, il est possible d’apporter des conservateurs biologiques à base de bactéries homofermentaires (lactobacillus, pediococcus) qui vont à la fois diminuer le pH et limiter la fermentation butyrique. « Une solution qui convient aux fourrages ressuyés ou préfanés, et qui représente un coût de 20 à 40 €/ha. » Pour les coupes directement ensilées, une autre solution consiste à apporter de l’acide formique. Compter environ 45 €/ha. Si l’objectif poursuivi est la stabilité à la reprise du silo, il est possible d’utiliser un conservateur biologique sous forme d’inoculum de bactéries hétérofermentaires, qui vont produire de l’acide lactique mais moins que des bactéries homofermentaires, et des acides gras volatils, qui vont limiter les risques d’échauffement et de reprise de fermentation au front d’attaque. Autre solution, plutôt pour des fourrages riches en sucres et avec une teneur en matière sèche élevée : l’utilisation d’acide propionique. Cette solution peut aussi être envisagée en été, sur un front d’attaque qui n’avance pas assez vite, ou dans la mélangeuse, si le fourrage chauffe à l’auge. Sur du foin, l’utilisation de conservateurs est à réserver aux fourrages de haute qualité, type luzerne peu fanée pour préserver les feuilles, ou lorsque le séchage, donc la teneur en matière sèche, est insuffisant. Trois types de produits sont utilisables : l’acide propionique, des bactéries lactiques, et des extraits de fermentation de bactéries lactiques, avec un coût de 8 à 16 €/t fourrage. « Le plus difficile est d’estimer le rendement et la teneur en matière sèche puisque la quantité de conservateur à apporter doit être ajustée en fonction de la teneur en matière sèche. » « La priorité doit être donnée à la bonne gestion de la récolte et de la mise en silo. Car l’utilisation de conservateur n’est pas nécessaire dans de bonnes conditions. Mais en cas de défaut d’ensilage, ou si on se trouve face à des fourrages riches en valeur alimentaire dont on souhaite réduire les pertes, il peut s’avérer intéressant d’utiliser un conservateur, à condition que son coût ne soit pas supérieur au gain apporté par la réduction des pertes… », conclut Philippe Le Stanguennec.

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