Les professionnels ont rencontré l’administration
Insupportable sécheresse
Les professionnels ont rencontré l’administration
Publié le 19/08/2018
Les organismes professionnels ont invité les représentants de la direction départementale des territoires du Haut-Rhin à une visite de terrain vendredi 10 août. Sur les hauteurs de Fellering et à Wattwiller, ils ont pu constater les difficultés rencontrées par le monde agricole en raison de la sécheresse qui sévit depuis plusieurs semaines.
« La dernière « vraie » pluie, un orage, est tombée le soir de la finale de la coupe du monde de football. Depuis, quasiment plus rien. Nous avons eu 6 mm. Cela devient vraiment difficile ». Ce résumé est fait par Fernand Hoffner, agriculteur à Fellering. C’est cette situation qu’il décrit à ses homologues venus lui rendre visite. Il y a là Laurent Wendlinger et Yves Jauss pour la Chambre d'agriculture Alsace, Denis Nass, Michel Busch et Pascal Wittmann pour la FDSEA du Haut-Rhin, Philippe Stievenard et Philippe Schott pour la direction départementale des territoires du Haut-Rhin. Depuis plusieurs semaines, les agriculteurs et les responsables professionnels alertent l’État et son administration sur les difficultés rencontrées par les agriculteurs face à cet épisode climatique. L’éleveur possède des vaches allaitantes et un élevage de génisses qu’il insémine. Il achète des veaux pour les revendre ensuite. Sur les hauteurs de Fellering, il occupe 65 hectares de prés, 50 hectares sur les chaumes et 15 autres en fond de vallée. La première coupe de foin, au printemps, avait été intéressante. « Mais, depuis, il n’y a pas eu de deuxième coupe. Je suis déjà obligé de prendre des bottes de pailles et de foin dans le stock prévu pour cet hiver. Et la situation est la même pour tous les éleveurs du secteur. Certains sont même, déjà obligés, d’en acheter ailleurs. Et, les prix sont compliqués à appréhender. Tant pour les vaches que pour le foin et la paille. Ils n’étaient déjà pas terribles l’année passée », ajoute Fernand Hoffner. Certains éleveurs choisissent de se regrouper pour acheter de la paille dans la vallée. Mais là également ce n’est pas simple. De nombreux professionnels de la montagne sont en production bio. « Or, le but du bio est de ne pas faire beaucoup de kilomètres pour éviter, d’une part, le coût du transport et éviter de dépenser du carbone, et d’autre part, pour la qualité de la paille et du foin », précise Fernand Hoffner qui est en bio depuis 2001. Comme d’autres professionnels, il espérait l’arrivée de vraies pluies pour espérer pouvoir réaliser une seconde coupe au mois d’octobre. « Si ce n’est pas le cas, l’hiver va être très long », conclut l’éleveur qui propose à ses invités de monter sur les hauteurs pour voir de près ses prés. Pour les adeptes de marche ou les vacanciers de passage, le site est magnifique. « Avant, tout cela c’était de la forêt et des friches. En 1995, on a ouvert en laissant quelques arbres. Le lieu est agréable à travailler et à visiter. Mais, regardez cette herbe… », conclut, laconique, Fernand Hoffner. Il n’y a que très peu d’herbe et ce qu’il en reste est « jaunâtre » comme brûlé. Les vaches présentes broutent ce qu’il reste. Un spectacle désolant et impressionnant. La quatrième année consécutive Cette situation est loin d’être un cas isolé. Les représentants professionnels et de l’administration se dirigent ensuite vers Wattwiller et plus précisément vers l’élevage de la famille Pfauwadel. Ils sont accueillis par Denis Pfauwadel qui, depuis 25 ans, a développé son élevage (on y trouve notamment de superbes vaches de race Salers) et l’agriculture de proximité avec la gestion d’une ferme-auberge qui se trouve en face, sur les hauteurs. La ferme est dans une situation géographique particulière. Elle est située entre la montagne et la route nationale 83. Une situation qui explique, en partie, les difficultés depuis quatre ans. « Nous avons des terres pas très lourdes et peu d’eau car, précisément, nous avons les collines sous-vosgiennes et cette montagne devant nous qui arrêtent les pluies. Il y a donc ici un véritable problème d’eau qui entraîne également un déficit fourrager. Quand cela arrive une fois, ce n’est pas trop grave. Mais, là, c’est la quatrième année consécutive », constate Denis Pfauwadel. Pourtant, comme dans le cas précédent, la première coupe s’était relativement bien passée au printemps. Mais, ensuite, plus rien. « On a déchaumé. La moisson de blé a été réalisée très tôt. Mais, le reste, le foin, la paille, il n’y a pas grand-chose. Ce qui germe, grille. Il faut puiser dans les stocks pour alimenter les animaux ou alors acheter du fourrage. Et il coûte toujours plus cher. Quant aux parcelles de maïs, nous ne sommes pas ici sur de bonnes terres comme du côté de Schweighouse ou du Sundgau. Depuis trois ans, nous sommes contraints de broyer nos parcelles car elles ne sont pas récoltables », poursuit l’éleveur. Comme d’autres professionnels, il est en quête d’eau. S’il creuse des puits, il faut forer très en profondeur. S’il doit se déplacer jusqu’à des secteurs plus pertinents comme aux abords de la route nationale, il faut déplacer le matériel qui s’use plus rapidement. D’autant que sur de telles terres, les cailloux sont partout. « Nous sommes dans un secteur difficile, ça nous le savons. Mais, derrière, il y a tous ces problèmes politiques et administratifs qui s’ajoutent : les contraintes environnementales, l’utilisation de l’eau. Nous ne pouvons plus travailler dans de telles conditions. Il faut nous soutenir ou, en tout cas, faciliter notre travail au quotidien », conclut Denis Pfauwadel. Les représentants de l’administration prennent note de la situation et le débat se poursuit sur les mesures à prendre, les actions à mener. Depuis cette rencontre, des pluies sont tombées localement mais largement insuffisantes pour rétablir une situation compliquée.












