Élu président de la FDSEA du Haut-Rhin en remplacement de Denis Nass, tête de liste aux élections Chambre, Pascal Wittmann explique les raisons qui l’ont poussé à accepter cette responsabilité avec, en perspective, la volonté de construire un syndicat plus « transversal » avec les autres organismes, et plus « responsabilisant » avec ses adhérents.
Paysan du Haut-Rhin (PHR) : Vous êtes président de la FDSEA du Haut-Rhin depuis peu. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à présenter votre candidature à ce poste ?
Pascal Wittmann (PW) : « Il y a un an, avec Denis Nass, nous avons discuté de la suite de la FDSEA 68 s’il décidait de se porter candidat pour les élections Chambre. Une partie du conseil d’administration m’a demandé si je pouvais reprendre la présidence dans ce cas. J’ai beaucoup réfléchi car ce n’est pas une mince affaire. C’est le syndicat majoritaire, et il a besoin d’être bien représenté. Alors, j’en ai d’abord parlé à ma nièce, mon fils et mon épouse qui sont à mes côtés tous les jours dans l’entreprise familiale. Une telle responsabilité impose d’être souvent absent. Ils n’y ont vu aucun inconvénient. J’ai donc décidé de briguer la présidence. Ensuite, étant souvent allé en déplacement dans les pays de l’Est, je mesure pleinement ce qui se passe quand il n’y a personne pour défendre les agriculteurs. C’est un aspect qui m’a fortement motivé. Je suis convaincu qu’il nous faut un syndicat fort chez nous pour défendre les intérêts de nos paysans et proposer des solutions sur certains problèmes. »
PHR : Certaines personnes parlent de vous comme d’un président « transitoire ». Que leur répondez-vous ?
PW : « Lorsque j’ai été élu à l’unanimité par le conseil d’administration au mois de décembre, j’ai bien précisé que si je prenais la présidence du syndicat, ça serait tout d’abord pour finir le mandat de Denis Nass, et pour briguer ensuite un mandat de trois ans lors des élections en 2020. Je suis pour construire une FDSEA dans laquelle les agriculteurs de la base sont entendus et proactifs quant aux problèmes qu’ils rencontrent. C’est dans cet esprit que j’ai souhaité relancer certains cantons comme celui de la montagne. Les problèmes locaux ne pourront qu’être réglés par les gens du terrain, non par les voisins. »
PHR : Quels sont les dossiers « locaux » sur lesquels la FDSEA du Haut-Rhin souhaite ou compte agir dans le courant de l’année à venir ?
PW : « Il y a tout d’abord le dossier des Zones de non traitement, ou ZNT, sur lequel Denis Nass avait pris le leadership. Sous l’impulsion du syndicat, une cartographie précise des cours d’eau est en train d’être élaborée. Il y a encore certains fossés à répertorier afin que l’on sache où se trouvent les contraintes éventuelles pour nos activités. Il y a ensuite tout ce qui touche l’après Fessenheim. Un dossier dans lequel l’agriculture n’avait pas voix au chapitre au départ. Désormais, nous faisons partie intégrante des discussions et nous essayons de voir comment nos exploitants pourraient tirer profit de la fermeture de la centrale. Je pense notamment à des projets d’installations photovoltaïques, de méthaniseurs, mais aussi la création d’une filière de déshydratation de la luzerne. Sur ce point, nous allons mener une étude approfondie. Et nous négocions avec l’Agence de bassin afin qu’une personne qualifiée soit dédiée à ces dossiers. Il y a aussi la création du nouveau schéma départemental cynégétique. J’ai ainsi demandé aux différents cantons de faire un état des lieux des dégâts de gibiers. Il n’y a pas que les sangliers qui posent problème, mais aussi les populations de cerfs, daims ou chevreuils. C’est un gros problème pour notre métier. Ensuite, il y a aussi la question des aménagements routiers dans les communes qu’il va falloir aborder. On a l’impression qu’on ne prend pas en compte les besoins du monde agricole. Dans certains cas, on ne peut plus traverser les villages. Et si on veut quand même passer, cela pose des problèmes de sécurité. Du coup, nous avons l’intention de demander une rencontre avec les représentants du Département et l’association des maires pour en discuter et être associés en amont afin de trouver des solutions qui arrangent tout le monde. Enfin, il y a le dossier de la constructibilité des zones agricoles. Dans les PLU et PLUI actuellement en révision, on nous réserve des emplacements pour le développement de notre activité. Mais l’agriculture évolue vite, de nouveaux projets comme la méthanisation peuvent surgir. Et si l’espace restant n’est pas ouvert, cela peut devenir compliqué à mettre en œuvre. »
PHR : Et sur les dossiers plus « régionaux » ?
PW : « Il y a un dossier qui nous tient à cœur, c’est la directive Nitrates. Il faut qu’on aboutisse à un accord. Ensuite, il y a la Pac et les problèmes inhérents au second pilier. Nous sommes l’un des départements français où l’on nous incite à prendre des mesures agro environnementales et à se convertir au bio. Mais aujourd’hui, il est juste scandaleux que ceux qui ont accepté de jouer le jeu n’aient toujours pas touchés leurs aides. Les dossiers sont en instance de paiement depuis 2016, c’est inadmissible. Nous entendons bien rester mobilisés dans ce dossier afin que les choses bougent rapidement. »
PHR : Vous prenez la présidence de la FDSEA du Haut-Rhin dans un contexte social tendu et mouvementé par les actions des Gilets Jaunes et le Grand Débat national lancé par le Gouvernement. Votre syndicat, et le monde agricole de manière générale, souhaite-t-il s’inscrire dans ce débat pour se faire davantage entendre par les pouvoirs publics ?
PW : « Concernant le débat national, il est vrai qu’on a des sujets à mettre en avant. Un exemple très simple : quand il y a une construction, il faut régulièrement que l’agriculture compense en partie le foncier, de un à cinq. C’est inacceptable. Nous vivons de la terre, nous ne sommes pas des vaches à lait. Au sujet des Gilets Jaunes, je comprends que certains paysans, principalement des éleveurs qui travaillent sept jours sur sept sans en tirer un revenu décent, se seraient bien retrouvés dans ce mouvement. On peut comprendre les revendications qui l’ont lancé. Notre tort est peut-être de ne pas avoir réfléchi au début du mouvement. Mais après, c’est devenu n’importe quoi. On ne pouvait pas s’associer à quelque chose qui partait dans tous les sens, avec des revendications pêle-mêle. »
PHR : Pourtant, les défenseurs de ce mouvement considèrent que sans ces actions coups de poing, le Gouvernement n’aurait rien concédé…
PW : « C’est quelque chose qu’on entend, en effet. Mais à la FDSEA 68, nous considérons que les manifestations d’hier sont plus ou moins révolues. Cela ne veut pas dire qu’on ne fera plus d’actions coups de poing si cela s’avère nécessaire. Mais nous pensons en premier lieu qu’il faut mener une grande réflexion sur les nouveaux modes de manifestation. Il faut voir comment être efficace sur les réseaux sociaux, être capables de répondre de manière posée et pragmatique aux fausses nouvelles. Nous devons mieux communiquer avec tout le monde, faire de la pédagogie. »
PHR : « Tout le monde » ? C’est-à-dire ?
PW : « Il y a tout d’abord les associations de consommateurs à qui on doit expliquer ce qu’on fait, comment on le fait, et que tout ceci a un coût. Il faut leur expliquer que même si les OGM sont interdits en France, ils en mangent dans leurs assiettes à cause des produits importés qui en contiennent. Ensuite, je pense qu’il faut qu’on soit capable de travailler en symbiose avec les chasseurs pour régler ces problèmes liés au gibier. Bien sûr, il faut qu’on s’entende. Tout comme avec Alsace Nature que nous allons rencontrer pour discuter des points de convergence qu’on peut avoir comme la préservation du foncier agricole. Idem avec l’Opaba avec des discussions à mener autour de l’agriculture biologique. Et aussi pour faire comprendre qu’il y a de la place pour plusieurs sortes d’agriculture. Tout ce qu’on ne veut pas, c’est qu’on continue à fustiger un certain type d’agriculture. Après, s’il n’y a pas de point de convergence, on prend acte. Mais d’abord, il faut discuter. »
PHR : Des discussions sont-elles également possibles avec les autres syndicats agricoles ?
PW : « S’il y a un changement de discours de leur part nous concernant, je suis prêt à dialoguer. Par rapport à certaines problématiques, on peut peut-être trouver certains points de convergence. Après, on n’a pas la même vision de l’agriculture. C’est donc normal qu’il y ait plusieurs syndicats. Mais ce que je leur demande, c’est d’être présent pendant six ans. Nous, on est investi dans les différentes commissions. Eux, c’est un peu la politique de la chaise vide. Notre grande différence, c’est qu’on a un réseau territorial qui existe. »
PHR : Ceci nous amène aux élections à la Chambre d'agriculture qui se clôturent le 31 janvier. En tant que président du syndicat majoritaire, qu’en attendez-vous ? Et comment envisagez-vous le travail de la FDSEA 68 avec les futurs élus de la Chambre ?
PW : « Déjà, je veux réitérer mon appel : que les agriculteurs aillent voter. C’est indispensable. On ne représente peut-être plus qu’un très faible pourcentage de la population, mais nous réussissons tout de même à être encore entendus. Pourquoi ? Parce que les agriculteurs sont ceux qui sont le plus fortement syndiqués. Alors, si le taux d’abstention est fort, nous n’aurons plus la même légitimité auprès des pouvoirs publics. Notre force jusqu’à maintenant, cela a toujours été de bénéficier d’un taux de participation important.
Concernant nos rapports avec la Chambre d'agriculture, notre souhait, à Denis Nass et moi-même, c’est d’avoir un travail plus transversal entre nos structures. Bien sûr, c’est dans le cas où la liste commune FDSEA/JA/AVA remporte le collège numéro un. Je pense que le syndicat et la Chambre peuvent se retrouver sur plein de dossiers techniques. Nous avons face à nous des problématiques de plus en plus compliquées. Alors oui, la Chambre ne sera jamais la FDSEA et réciproquement. Mais je pense qu’il faut se partager les tâches quand cela est possible. C’est d’ailleurs la logique de la liste commune. Demain, le responsable emploi sera quelqu’un de l’Ava. Les viticulteurs ont en effet plus de saisonniers que les agriculteurs, et sont donc plus à même d’être des référents en matière d’emploi. »
PHR : Cette transversalité des rapports vous tient également à cœur pour le fonctionnement interne de la FDSEA du Haut-Rhin…
PW : « En effet. J’ai souhaité que les dossiers spécifiques soient sous la responsabilité d’un membre du conseil d’administration. Un référent qui fera office d’interlocuteur et de spécialiste au sein de la FDSEA du Haut-Rhin. Je pense qu’avec davantage de collégialité, les gens seront plus investis dans leur syndicat. Quand on a des responsabilités, on a envie de s’engager. C’est en tout cas ma conviction. Après, il est essentiel à mes yeux que les responsables syndicaux qui prennent sur leur temps pour s’occuper des dossiers reçoivent une indemnité équivalente à celle des élus Chambre. Jusqu’à maintenant, tout était bénévole. Bien sûr, cela demande un peu de moyens financiers. C’est pour cela que le soutien de la profession est indispensable. Avec nos actions, nous défendons les intérêts de l’ensemble du monde agricole. Ensemble, nous sommes toujours plus forts. »