Fruits et légumes

Syndicat des maraîchers de Colmar et environs

Pérenniser une activité de proximité et de qualité

Publié le 08/02/2019

Le syndicat des maraîchers de Colmar et environs a fait le point sur ses activités jeudi 31 janvier. Les professionnels s’inquiètent d’être de moins en moins nombreux et de subir une concurrence toujours plus sévère.

Cette concurrence vient de l’étranger et notamment des pays limitrophes, des nouvelles habitudes de consommation, et enfin de nouvelles modes de mise en marché comme les magasins de producteurs, les distributions de paniers ou les ventes en ligne. Il faut aujourd’hui s’adapter et innover pour pérenniser son entreprise. Le maraîchage colmarien n’échappe pas à ce monde en mouvement. « Nous, professionnels, sommes chaque année de moins en moins nombreux, malgré tous nos efforts. Dans ces conditions, l’activité d’un syndicat professionnel comme le nôtre est-elle vraiment encore obligatoire ? », s’interroge le président du syndicat des maraîchers de Colmar et environs, Serge Hanauer. L’année 2019 est en ce sens importante. Elle a débuté avec les élections des Chambres d’agriculture. L’occasion de rappeler que simplement voter permet également de trouver sa place dans le tissu économique local et national. « Ce véritable parlement agricole a vocation à mettre en œuvre toutes actions d’amélioration pour la performance économique, sociale et environnementale des exploitations et des filières agricoles de son territoire. La Chambre d'agriculture est le lien d’accompagnement des agriculteurs dans leurs différentes démarches », rappelle Serge Hanauer. Des produits de proximité Il est ensuite revenu sur l’année 2018. Une année compliquée du fait d’une météo capricieuse avec la tempête Elénaor, les orages de mai et de juin, puis la sécheresse de la seconde partie de l’année. « Les pluies importantes et les périodes de fortes chaleurs ont compliqué notre travail au quotidien. La richesse de notre nappe phréatique nous a permis d’irriguer correctement. Mais, il va falloir de la pluie ainsi que de la neige cet hiver pour rétablir le niveau. De leurs côtés, les prix de ventes ont été assez corrects sans fortes productions », observe Serge Hanauer. Il s’agace des prix des produits biologiques tels que les engrais, paillage pour les cultures de salades ou courgettes par exemple. « Mystérieusement, les produits classés en bio sont en vente à un prix avoisinant souvent le double de nos produits conventionnels. Pour autant, restons dans une démarche de production raisonnée et de qualité pour permettre à l’ensemble des consommateurs d’acheter des légumes de proximité et de qualité. Les produits phytosanitaires sont en augmentation. Mais, personne ne précise que ces chiffres sont impactés par la consommation de cuivre dans l’ensemble des productions biologiques et conventionnelles », regrette Serge Hanauer. Comme de nombreux professionnels, il s’inquiète de contraintes administratives et environnementales toujours plus importantes et contraignantes. Cela apporte des distorsions de concurrences avec les voisins européens. C’est le cas pour les prix agricoles, l’utilisation des produits phytosanitaires ou encore le coût de la main d’œuvre. Sans oublier la hausse du prix du pétrole. Le « bénéfice agricole » Le syndicat des maraîchers de Colmar et environs travaille en collaboration avec Planète Légumes où sont regroupés tous les techniciens et où sont représentées toutes les cultures. Ce travail en commun permet d’avancer et de se professionnaliser toujours davantage. C’est dans ce cadre que le secrétaire général du syndicat, Denis Hild, a rappelé l’avancée de quelques dossiers importants. Il a notamment évoqué le « bénéfice agricole » avec la mise en place d’un régime transitoire dans le cadre du passage du forfait agricole au régime micro-BA pour l’imposition des revenus de l’année 2016 et de l’année 2017. « Sont concernés par ce régime, l’exploitant agricole dont la moyenne des recettes pour l’ensemble des exploitations est de 82 800 € HT maximum sur trois ans. Ce seuil fait l’objet d’une revalorisation tous les trois ans au regard du barème de l’impôt sur le revenu. La prochaine revalorisation aura lieu en 2019. Pour l’imposition de l’année 2017, le bénéfice imposable est égal à la moyenne du bénéfice forfaitaire agricole de 2015, et des recettes hors taxes de 2016 et de 2017 diminuées d’un abattement de 87 % ». En fin de réunion, le député Eric Straumann, le maire de Colmar Gilbert Meyer et son adjoint et conseiller départemental Yves Hemedinger sont intervenus pour rappeler leur soutien, au quotidien, aux professionnels.

Publié le 11/01/2019

L’année 2018, ni franchement loupée, ni complètement réussie laisse à une majorité d’agriculteurs une impression d’avoir fait du sur place. Pluviométrie déficitaire, températures en hausse ont fortement joué sur les rendements sauf pour les maïs irrigués, les céréales à paille, les oléagineux, la pomme de terre, les fruits, le houblon, le tabac et surtout la vigne. Les producteurs de viande bovine et porcine continuent à réclamer des prix qui couvrent leurs charges, alors que les producteurs de lait doivent composer avec une récolte de fourrage fortement affectée par la sécheresse.

  Regard 2018    

Publié le 09/01/2019

Les producteurs de pommes de terre ont récemment participé à une réunion technique organisée par Planète Légumes, très dense en actualités techniques et réglementaires.

La campagne 2018 a été marquée par des coulées de boue localisées au printemps, des températures élevées et un déficit hydrique prononcé durant l’été, ayant entraîné la succession des tours d’eau à un rythme soutenu. Conséquences de ces conditions météorologiques : un risque mildiou limité, une réduction du calibre, davantage de maladies de présentation et une recrudescence des dégâts de taupins. Le rhizoctone était présent sur les tiges, entraînant des fissures et des pustules en cas de protection insuffisante. L’alternariose s’est déclarée assez tardivement, mi-juillet. Les pucerons n’ont pas été très problématiques en Alsace, contrairement aux doryphores, dont les auxiliaires ont pâti des conditions climatiques de l’hiver, ce qui a permis une émergence et un enchaînement des générations rapides. « Si le gel et l’humidité ne font pas leur effet cet hiver, il y aura une réserve à surveiller pour la prochaine campagne », prévient Denis Jung, conseiller à Planète Légumes. Mais le fait le plus marquant de la campagne a sans doute été la forte pression en taupins. « Les conditions chaudes et sèches ont sans doute poussé les larves à piquer les tubercules pour y trouver de l’eau », avance le conseiller. Au final, le rendement alsacien est en baisse de 20 %. Il l’est aussi dans le Grand Est et au niveau national. Malgré une hausse des surfaces, la production est donc en baisse. Ce qui a entraîné une augmentation des prix, les usines de transformation cherchant à sécuriser leur approvisionnement en matière première. La production de plants étant également en baisse, il faut s’attendre à un manque de plants pour la prochaine campagne et de plus petits calibres, prévient Denis Jung. Fertilisation et biostimulants Planète Légumes a réalisé un essai portant sur l’effet de l’apport de différentes formes d’engrais phospho-potassiques sur une parcelle menée en bio à Obernai. Cet essai n’a permis de mettre en évidence aucune différence de rendement significative en dehors des hors calibres ou déchets. Mais, note Denis Jung, l’objectif de ces engrais est surtout d’enrichir le sol. Donc, sachant que la pomme de terre est une culture exigeante en potasse, il ne faut pas négliger leurs arrière-effets. « Réaliser un apport foliaire ne présente d’intérêt que si le sol est sec, ce qui empêche la mobilisation de l’engrais. Il faut alors choisi un produit soluble, comme du nitrate de potasse, dont l’azote peut d’ailleurs s’avérer bénéfique en cas d’alternariose », complète le conseiller. Sur le marché des intrants, plusieurs nouveautés sont à signaler. Goactiv, un additif agronomique à base de filtrat d’algues, a obtenu une Autorisation de mise en marché (AMM). Il peut donc être ajouté à d’autres engrais et leur apporter un plus. Ce serait le cas de Tuber Max, un engrais contenant de la potasse, du phosphore et Goactiv, et qui aurait pour effet d’activer la tubérisation, la photosynthèse, donc d’augmenter le rendement, le calibre. Pulvérisée avant la tubérisation, Go Up, spécialité utilisable en bio et contenant des acides aminés, dont de la glycine, augmenterait le nombre et le calibre des tubercules. Denis Jung cite aussi les produits à base de nitrate de potassium qui, appliqués en phase de grossissement, permettraient d’augmenter le calibre, la résistance au choc, au stockage. Transformer est un additif du sol qui permettrait de mieux retenir et restituer l’eau aux cultures. À la clé, une meilleure résistance au stress hydrique donc plus de tubercules et de calibre. Enfin, Rhiz P Dual Tech est une spécialité à base de bactéries qui couvrent les tubercules et les protègent, améliorant leur résistance à la gale commune, au rhizoctone, et favorisant la croissance des racines, ce qui aurait un impact sur le nombre de tubercules. Désherbage Depuis plusieurs années, Planète Légumes mène des essais sur le mulching des parcelles de pommes de terre avec de la luzerne broyée. « Le mulch a été épandu le 22 mai, en plein ou uniquement entre les buttes », indique Denis Jung. Les diverses notations effectuées en cours de campagne mettent en évidence l’efficacité du mulch, qui agit par couverture du sol et épuisement des adventices. Par contre, pour être efficace, la technique requiert une couche de 15-20 cm de mulch au départ, ce qui correspond à la récolte de 3 ha de luzernière pour couvrir 1 ha de pommes de terre. Du côté des herbicides conventionnels, Denis Jung prévient d’une possible perte d’usage sur pomme de terre des produits à base de cléthodime (Centurion). «Il s’agit donc de les utiliser en priorité. » De même, l’herbicide Citation, à base de métribuzine est à utiliser avant 2020. Le Centium étant très volatil, des formes encapsulées, moins volatiles, ont été développées. Afin de limiter la dérive, la spécialité Défi doit désormais être appliquée avec des buses à injection, « avec un volume d’eau suffisant », préconise Denis Jung. Les spécialités à base de métribuzine sont soumises à des restrictions d’usage en fonction de la présence d’un point d’eau au voisinage de la parcelle, du type de sol, de la présence d’une pente… Et il s’avère parfois nécessaire de mettre en place des barrages entre les buttes afin de limiter l’érosion. À noter, une nouveauté, Tavas, à base de métribuzine et diflufenicanil, une matière active déjà homologuée sur céréales et désormais aussi sur pomme de terre. Maladies « Des variétés résistantes à l’alternariose, au mildiou vont être homologuées prochainement », annonce Denis Jung. En attendant, les producteurs peuvent ajouter quelques nouveautés au panel de solutions chimiques existantes. Plexus, à base de fluazinam et cymoxanil, est équivalente au Kunshi, en formulation liquide. Elle est homologuée à 0,6 l/ha et son effet étant curatif, elle doit être positionnée en phase de croissance active. Vendetta, à base de fluazinam et azoxystrobine, est efficace contre le mildiou et l’alternariose, mais il existe des souches de champignons résistantes à chacune de ces matières actives. La spécialité Sanblight, à base de mancozèbe, est formulée pour résister au lessivage. Produit translaminaire diffusant, Zorvec Enicade est également assez résistante au lessivage, ce qui devrait permettre un espacement plus large des interventions, moyennant un prix assez élevé, avec une efficacité jamais observée. Enfin, Vitelice est un engrais foliaire qui doit apporter un gain d’efficacité dans le cadre de la lutte contre les maladies cryptogamiques en agissant sur le métabolisme des défenses naturelles de la plante. À partir du 1er février 2019, l’usage du cuivre, seul fongicide autorisé sur pommes de terre en agriculture biologique est limité à 4 kg/ha/an sur 7 ans, « ce qui pourrait s’avérer pénalisant en cas de forte attaque et si beaucoup de cuivre a déjà été utilisé dans la rotation », analyse Denis Jung. Ravageurs Les dégâts de taupin constituent un problème grandissant du fait de l’émergence d’une souche vorace qui se reproduit rapidement. Les essais menés par Arvalis révèlent que les produits chimiques ont leurs limites : moins la pression du ravageur est intense, plus ils sont efficaces. La spécialité Mocap, toxique mais performante, est utilisable en dérogation depuis deux ans. Parmi les autres solutions, Denis Jung cite Naturalis, un produit à base de bactéries, peu efficace. Le Spinosad est en cours d’évaluation, mais « on sait déjà qu’il décroche en cas de forte attaque ». Biofence, à base de glucosinolates en pellets, est assez efficace mais requiert un dosage très élevé, ce qui engendre un coût important. Enfin, l’engrais organique Tapis vers, qui contient de la capsaicine et du glucosinolate, présente un effet répulsif, plus ou moins efficace en fonction de la pression. Pour la réduire, il est possible de mettre en place des pièges et de travailler la rotation : « Il faut éviter les précédents prairie, luzerne, privilégier les céréales, avec un travail du sol qui expose les œufs à l’air, choisir les variétés les moins appétentes et récolter le plus tôt possible », complète Denis Jung. Pour lutter contre les pucerons et les doryphores suite au retrait des néonicotinoïdes, la principale alternative demeure les pyréthrinoïdes, avec une efficacité limitée. En floraison, il reste la spécialité Coragen à 0,06 l avec une rémanence de 21-28 jours. « Et, pour une première application avant floraison, à part les pyréthrinoïdes sur très jeunes larves et faible infestation, il reste le Success 4 à 0,05 l, avec une rémanence de 8-10 jours, et les produits à base d’organophosphorés (Daskor 440) mais qui ont un impact sur les auxiliaires », indique Denis Jung. Pour lutter contre les pucerons, le Plenum va être interdit. Il reste donc le Teppeki en première intention. À noter la prochaine mise en service de l’application pour smartphone DiagPOt, un outil de diagnostic et d’information sur les bioagresseurs. Maladies de présentation La spécialité Sercadis, à base de fluxapyroxad, est un nouveau fongicide efficace contre le rhizoctone, la gale argentée et la dartrose. Elle affiche une bonne sélectivité et une bonne efficacité, variable cependant selon la souche, notamment pour la dartrose. Rhapsody est un produit de biocontrôle du rhizoctone brun à l’efficacité limitée. Prestop contient un champignon du sol, Gliocladium catenulatum, qui devrait permettre d’obtenir un contrôle partiel de Rhizoctonia solani et une diminution des symptômes de gale argentée. Défanage Suite à l’interdiction du Basta, bientôt suivie par celle du Réglone, il n’y aura quasiment plus de solution chimique pour effectuer le défanage des pommes de terre. Dès lors, le broyage à l’aide d’un broyeur spécifique s’impose, combiné ou non avec un traitement sur le rang en un passage à dose de 80 % de dessiccant, ou à pleine dose d’un dessiccant 2-3 jours après, la carfentrazone ayant un léger avantage par rapport au pyraflufen. « Ce changement de stratégie nécessite par ailleurs de revoir la fertilisation azotée et la gestion de la fin de cycle », note Denis Jung.

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