Association des producteurs de céréales et oléagineux
Entre agacements et espoirs
Association des producteurs de céréales et oléagineux
Publié le 21/12/2017
Entre les menaces de distorsions de concurrence venues de l’étranger, les problématiques d’accès à l’eau, et trésoreries toujours basses, les producteurs de céréales et oléagineux haut-rhinois n’ont pas connu une année 2017 des plus simples. Heureusement, des motifs des satisfactions et d’espoir restent présents.
Pour le président de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux (Apco), Thomas Obrecht, l’agriculture haut-rhinoise est aujourd’hui « à l’aube d’une nouvelle révolution ». Il va falloir lutter contre les ravageurs avec toujours moins de molécules, s’adapter à la Pac - ou pas -, et créer les systèmes de culture de demain. C’est l’ambition du projet Syppre mené par Arvalis Institut du Végétal (voir encadré). En attendant les résultats de cette démarche qui doit aboutir d'ici 2025, les céréaliers haut-rhinois doivent composer avec un contexte économique, environnemental et réglementaire qui ne leur facilite pas la donne au quotidien. Dans son rapport moral prononcé lors de la dernière assemblée générale de l’Apco, Thomas Obrecht ironise ainsi sur les « simplifications » qui mettent à mal la compétitivité de la ferme France. En premier lieu, les traités de libre-échange Ceta (avec le Canada) et Mercosur (avec les pays d’Amérique du Sud) qui font courir les agriculteurs du pays vers une « catastrophe », que ce soit d’un point de vue économique ou sanitaire. « Comment justifier l’importation de produits alimentaires traités avec 42 substances interdites chez nous ? D’un côté, on bride nos agriculteurs pour garder une image de la France façon carte postale, et de l’autre, on introduit discrètement des produits ne correspondant pas aux cahiers des charges européens. À croire que l’épisode du Fipronil n’a pas servi de leçon. En outre, les fermes de ces pays n’ont pas à subir un empilement de contraintes réglementaires comme nous en avons chez nous. C’est de la distorsion de concurrence. On ne joue pas dans la même cour », se désole Thomas Obrecht. L’accès à l’eau pour tous Pour conserver une filière céréalière performante dans le Haut-Rhin, Thomas Obrecht compte plus que la jamais sur le maïs (voir encadré), la seule culture « capable de tirer vers le haut les résultats des uns et des autres ». « C’est une plante merveilleuse qui, dans les plus brefs délais, devra être génétiquement capable de nous apporter une réponse quant à son potentiel de dessiccation. Cela devient certainement l’enjeu majeur de notre filière, et pour nous les paysans. Nous ne pourrons pas durablement, face aux pays de l’Est, face aux États-Unis, et autres pays d’Amérique Latine, souffrir d’un différentiel économique de plus de vingt euros à la tonne. Rappelez-vous 2016 et les décomptes finaux, regardez 2017 et l’impact du séchage, plus de quinze euros de différentiel pour certains exploitants », rappelle le président de l’Apco. Mais sans eau, point de salut pour les maïsiculteurs du département. Et ils sont encore nombreux à ne pas avoir accès à cette ressource si précieuse. « Nous devons apporter de l’eau là où c’est nécessaire. Pour y arriver, nous devons nous organiser collectivement pour rendre plus acceptables les coûts inhérents à l’irrigation. C’est à ce prix que notre agriculture pourra être plus performante Je tiens d’ailleurs à saluer l’engagement politique de la région Grand Est qui a débloqué des crédits pour développer l’irrigation là où le milieu l’exige. » Autre motif de satisfaction, la signature d’un arrêté ZNT (zone de non-traitement) le 8 septembre dans le département. « Grâce à un travail collaboratif avec la DDT et d’autres acteurs du territoire, nous avons su convaincre et faire reconnaître le travail engagé depuis deux ans. Ce qui prouve que notre réflexion va dans le bon sens. D’autant plus que de nombreux départements ont vu leur arrêté se faire attaquer par diverses associations environnementales. On peut donc féliciter ce travail mutualisé, et remercier l’ensemble des agriculteurs qui, par leurs analyses, ont permis de faire reconnaître le travail de la profession. » Le soja et le colza gardent la cote Si l’Apco compte beaucoup sur le maïs pour assurer le dynamisme des exploitations du département, elle peut aussi compter sur le colza et le soja, deux cultures qui réussissent à conserver une « certaine rentabilité » dans les assolements relève le représentant haut-rhinois au sein de la Fop (Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux), Benjamin Lammert. « Ce n’est pas un hasard étant donné qu’il y a eu une volonté de structuration de ces filières », explique-t-il. Ainsi, 80 % du colza produit en France sert à la conception de bio diesel écoulé sur le marché européen. « Il y a une directive européenne sur les énergies renouvelables qui oblige les pétroliers à incorporer un pourcentage de bio diesel local dans les carburants conventionnels, ce qui fait que le prix du colza se maintient à un niveau important. » Il y a néanmoins de gros enjeux à l’heure actuelle dans cette filière puisque des discussions sont en cours à Bruxelles pour baisser le taux d’incorporation de ces bio diesels. « On fait tout pour empêcher cela. Mais si cela devait arriver, cela voudrait dire plus de biodiesel en Europe d'ici 2030 et la fin de la culture de colza. » Autre nuage qui menace la filière de colza française et européenne, l’autorisation d’importation de biodiesel venu d’Argentine. « Cela représenterait l’équivalent de la production française. Si cela devait arriver, cela voudrait dire la mise en sommeil des usines françaises sur la moitié de l’année prochaine. » Concernant le soja, les cours mondiaux se maintiennent, la demande en tourteau de soja reste très forte, ce qui fait que les prix ont réussi à se maintenir. À ce titre, Benjamin Lammert rappelle l’existence d’autres débouchés pour la filière soja, en plus de la filière soja alsacienne qui est « intéressante » et « bien valorisée ». « Il ne faut pas s’interdire non plus de voir ce qui se fait dans les régions voisines, notamment à Chalons sur Saône où a été montée une usine pour produire du tourteau de soja non OGM. Le marché de l’alimentation animale non OGM est en train de se développer fortement. Et vu la demande qu’il y a, on n’est pas sûr de pouvoir répondre à la demande tourteau de soja non OGM d’origine française. » À noter également que la Fop travaille sur une charte « soja de France » qui doit permettre de tracer du producteur jusqu’au consommateur les sojas utilisés en alimentation humaine et animale. Ceci devrait être lancé à titre expérimental en 2018 et intensifié en 2019.












