Le préfet du Haut-Rhin découvre la filière maïsicole
Une « ligne rouge » à ne pas dépasser
Le préfet du Haut-Rhin découvre la filière maïsicole
Publié le 28/10/2016
Le nouveau préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a répondu mercredi à l’invitation des organisations professionnelles et syndicales à venir découvrir les réalités d’une filière maïsicole en pleine crise. La surenchère réglementaire franco-française a particulièrement été pointée du doigt.
Mercredi, le nouveau préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, a pris conscience de l’état d’esprit qui habite les céréaliers du département. Après la viticulture il y a quelques semaines, le représentant de l’État a répondu à l’invitation de la Chambre d'agriculture d’Alsace, de la FDSEA, des JA et de la CAC à venir découvrir les tenants et aboutissants de la filière maïsicole, l’autre pilier de l’agriculture dans le Haut-Rhin avec l’élevage et la vigne. Tout d’abord, lors d’une visite en plein champ à Rumersheim-le-Haut, puis au silo de la CAC à Ottmarsheim. À l’unanimité, les responsables professionnels et syndicaux ont rappelé l’importance de cette filière pour l’économie de toute l’Alsace. « Avec les emplois indirects, ce sont près de 15 000 emplois qui en dépendent », indique le président de la CAC, Thomas Thuet. Le gros souci, c’est que cette filière maïsicole si dynamique depuis plus de quarante ans se retrouve aujourd’hui face à des défis de plus en plus complexes. Cela fait maintenant trois ans que l’équilibre économique des exploitations est fragile. « Les cours mondiaux en berne ou le climat, on les accepte et on gère. Cela fait partie des aléas du métier. Par contre, nous ne tolérons plus ces surcharges administratives et nouvelles contraintes franco-françaises que l’on veut nous imposer », souligne le président de la FDSEA du Haut-Rhin, Denis Nass. En ligne de mire, la réglementation phytosanitaire qui continue de se durcir alors que la profession agricole estime déjà avoir fait de nombreux efforts et remises en question dans ce domaine. « On a toujours tout fait pour être compétitifs et s’adapter aux nouvelles normes. Dans le département, on a même été avant-gardistes sur plusieurs dossiers. Mais là, on veut nous imposer de nouvelles choses sans tenir compte de tout le travail accompli et de nos spécificités locales. Cette façon de faire, c’est du mépris. Et ça, nous ne le supportons plus. C’est une vraie crise morale que nous traversons », ajoute le président de la FDSEA du Haut-Rhin. Faire sauter les carcans « Il doit y avoir une même interprétation des textes de part et d’autre de la frontière », complète le président de la Chambre d'agriculture, Laurent Wendlinger. Sans cela, et sans une meilleure compréhension des réalités agricoles, c’est toute la filière maïsicole alsacienne qui pourrait s’écrouler craignent l’ensemble des responsables. Le cas échéant, cela créerait de nombreuses suppressions d’emplois tient à souligner le président du canton de la Harth de la FDSEA, Jean Goetz : « Il faut quand même savoir que derrière un agriculteur, c’est sept ou huit emplois. Il est donc urgent qu’on ait de la stabilité pour bâtir une vision pérenne de notre métier. En France, il y a le refus de voir les conditions nécessaires à la modernisation. Il est temps de trouver un compromis entre les attentes de la société et la réalité économique de nos exploitations. C’est un Plan Marshall de l’agriculture qu’il faut désormais. » Le terme est fort, mais reflète la détresse qui ronge de plus en plus les campagnes. Le président de l’Apco, Thomas Obrecht, évoque ainsi tous ces agriculteurs qui n’ont qu’une seule envie : celle de « jeter l’éponge ». « Les gens en ont marre d’être pris pour des truands. Résultat : le renouvellement des céréaliers ne se fait pas hauteur de nos espérances. Le modèle qui avait si bien fonctionné ces cinquante dernières années est aujourd’hui en sursis. On a l’impression d’être enchaînés par toutes ces réglementations », se désole-t-il. Pour le secrétaire général des JA 68, Pierre Meyer, tous ces textes et normes ne font que « noircir l’avenir » des jeunes agriculteurs désireux de s’engager sur le long terme. « Pourtant, on a des possibilités d’agir sur ces réglementations. Mais il faudrait pour cela qu’on arrête de se tirer une balle dans le pied au niveau français. » Des « carcans » qui entraînent la filière maïsicole dans une impasse économique complète Thomas Thuet. « Pourtant les agriculteurs sont optimistes par nature. Ils ont même la possibilité d’accéder à des solutions techniques et technologiques pour se développer. Encore faut-il leur en laisser les moyens », précise-t-il. Que ce soit par l’apport du numérique ou des biotechnologies, les céréaliers ont en effet plusieurs solutions à leur portée pour répondre aux nouveaux enjeux économiques et environnementaux. « Pour pouvoir en bénéficier sans être pointé du doigt, il faudrait commencer par arrêter de faire peur à nos concitoyens. Aujourd’hui, on traite nos cultures la nuit pour économiser les doses de produits phytos, et donc protéger l’environnement. Mais même là, on nous accuse de cacher quelque chose », tempête Denis Nass. Même au niveau des ministères, la défiance vis-à-vis du monde agricole est grande pour le secrétaire général de l’Apco, Jean-Marc Schwartz. « Les scientifiques ont beau prouver des vérités, plus personne ne les entend. Ce sont en revanche des dogmes de non-croissance qui prennent le dessus dans plusieurs ministères. Forcément, cela génère chez les agriculteurs un désamour réel pour toute forme d’activité étatique. » « Un bouleversement profond » Malgré ce pessimisme ambiant, Laurent Wendlinger ne veut pas que la profession baisse les bras. Il espère que les responsables de l’État dans le département continueront de répondre présents comme cela a été le cas jusqu’à maintenant. « Il y a un partenariat profession/administration qui fonctionne bien ici. Il faut que cela continue dans ce sens », appelle-t-il de ses vœux. Très attentif à tous les propos énoncés au cours de cette matinée, Laurent Touvet tient tout d’abord à mettre en avant la « capacité d’adaptation » des agriculteurs haut-rhinois face aux nombreux défis qu’ils ont eus à affronter. « Après, j’ai parfaitement conscience qu’il y a un gros travail d’explication à faire auprès de nos concitoyens. L’agriculture n’est pas l’ennemi de la protection de l’environnement, bien au contraire. » Il se montre en revanche plus inquiet sur la « crise morale » évoquée en préambule par Denis Nass. « Cette crise, on la retrouve dans d’autres professions. Dans notre pays très conservateur, on a du mal à réagir efficacement face à la mondialisation. Nous vivons un bouleversement profond. C’est une grande question à laquelle on doit s’atteler tous ensemble. » Concernant la lourdeur réglementaire, le préfet du Haut-Rhin estime qu’il y a un « équilibre à trouver » entre le consommateur qui recherche des normes de garantie et l’entrepreneur qui voudrait travailler plus librement. « Mais c’est clair que l’accumulation et le changement récurrent des normes font qu’on ne les supporte plus au bout d’un moment. Encore plus en Alsace où vous avez déjà œuvré considérablement pour faire évoluer vos pratiques. Des particularités que je ne manquerai pas de relayer en plus haut lieu, vous pouvez compter sur moi. »












