Grandes cultures

Publié le 24/12/2016

Catastrophiques en blé, médiocres en maïs, les rendements 2016 sont à l’aune des prix du marché. Dans ce marasme, le soja fait bonne figure. Ses rendements ont été moins impactés par les conditions météorologiques particulières de 2016 et son niveau de prix reste attrayant.

Comme le maïs, le soja a été semé plus tard qu’en année « normale » et accusait un décalage des stades de développement en début de cycle. Sous l’effet du printemps humide, le soja a poussé doucement. « Il a parfois eu du mal à détoxifier les résidus de produits phytosanitaires, ce qui a pu entraîner de la verse, des retards de croissance, du jaunissement, un affaiblissement du collet… », décrit Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. La nodulation a aussi été plus tardive, donc la fixation de l’azote atmosphérique aussi. Mais, en juin, la floraison s’est faite dans de bonnes conditions (en moyenne le 20 juin), donc le nombre de gousses était bon (environ 890 par mètre carré), ainsi que le nombre de grains par gousse. Et le retard au démarrage a été peu à peu rattrapé. Moins sensible au stress thermique que le maïs, le soja a ensuite bénéficié d’un bon remplissage. Le faible niveau des précipitations estivales a été un facteur limitant en fin de cycle, quoiqu’assez peu impactant en sol profond. « En situation irriguée le manque de précipitations a pu être limité par un à deux tours d’eau », précise Mickaël Haffner. En fin de campagne, le soja a desséché rapidement. Il a donc pu être récolté entre 11 et 16 % d’humidité. «Au final le rendement régional moyen se situe à 30 q/ha en situation non irriguée et à 40 q/ha en situation irriguée, pour un prix moyen qui se situe actuellement à environ 380 €/t.» Sans oublier les effets bénéfiques du soja sur le suivant, liés notamment à sa capacité à fixer l’azote atmosphérique. Soigner la récolte Comme en maïs, plusieurs stratégies de désherbage sont envisageables (figure 1) : prélevée (figure 2), pré- et post-levée (figure 3) ou tout en post-levée (figure 4). « Le désherbage mixte, qui combine les solutions chimiques et mécaniques, comme le binage, constitue une piste à travailler », note Mickaël Haffner. Côté bioagresseurs, le soja est pris pour cible par la vanesse de l’artichaut, la punaise verte, mais relativement peu en Alsace. La principale maladie fongique est causée par Rhizoctonia solani. Elle provoque des lésions brunes et rouges sur le collet, du jaunissement, des retards de croissance et une faible nodulation. « Ce champignon affectant aussi le maïs et la betterave, il est donc préconisé d’éviter ces précédents avant soja et de limiter le tassement et les structures compactées », indique Mickaël Haffner. Enfin, la récolte du soja peut s’avérer délicate, car les premières gousses sont situées à 8 cm du sol : « On peut perdre ou gagner 5 q, donc il est important de bien niveler le sol au semis, de bien régler la vitesse d’avancement et la hauteur de la barre de coupe, voire d’utiliser des barres de coupe flexibles. »

Publié le 22/12/2016

La semaine dernière, la Chambre d'agriculture d’Alsace a organisé une série de réunions pour bien préparer la prochaine campagne maïsicole et tirer les enseignements de la précédente, atypique par bien des aspects.

Trop d’eau, puis plus assez. Tel a été le retournement de situation auquel les agriculteurs ont été confrontés durant la campagne 2016. Une dualité qui s’est traduite par « des semis délicats dans des sols détrempés », rappelle Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. La fréquence des précipitations était telle que peu de fenêtres de semis se sont présentées. Il y en a eu trois principales, autour du 10 avril, fin avril, puis vers le 7 mai. Puis, en raison des conditions fraîches, les levées ont été lentes, « mais se sont tout de même avérées correctes ». Et l’humidité constante a tout de même eu un effet positif : la bonne efficacité des herbicides de prélevée. Mais, fin mai, d’intenses précipitations localisées ont entraîné des inondations, des coulées d’eau boueuse. Des épisodes de grêle sont également à déplorer. La présence prolongée d’eau stagnante a entraîné des phénomènes d’asphyxie racinaire, donc une croissance ralentie des plantes. Et il a été difficile de trouver des créneaux pour effectuer les désherbages de rattrapage. Un retard au départ rattrapé à la récolte L’été est arrivé. Et s’est avéré chaud et sec, à l’opposé du printemps. Résultat : « Des stress hydriques marqués, des remplissages en déficit ». Et le retard qu’accusaient les cultures au début de la campagne a fini par être rattrapé. L’automne, assez normal au regard des affres météorologiques précédentes, a permis une récolte dans de bonnes conditions, hormis un épisode de gel précoce le 12 octobre, dans le Sundgau, qui a stoppé net l’évolution du maïs. Cette année bipolaire se solde finalement par un rendement moyen de 100 q/ha, avec des extrêmes allant de 70 à 150 q/ha, et une bonne qualité sanitaire. Comparé aux années précédentes, le cycle du maïs a été plus tardif en 2016 : « Les semis ont été plus étalés et retardés. Un retard qui persiste à la levée, au stade 6-8 feuilles, puis commence à être rattrapé au mois d’août, jusqu’à ce que le manque d’eau précipite les récoltes », indique Mickaël Haffner. Les précipitations, facteur discriminant du rendement Ce bilan de campagne, que l’on peut dresser pour l’ensemble de la région sans trop se tromper, cache néanmoins des situations très disparates en fonction des secteurs et qui s’expliquent surtout par l’abondance des précipitations. En comparant le PMG de maïs cultivés sur trois sites d’essai, la Chambre d'agriculture d’Alsace a pu constater qu’entre Westhouse et Morsbronn-les-Bains le PMG chutait de 15 % et qu’entre Morsbronn-les-Bains et Stutzheim il chutait encore une fois de 10 %. « Pourtant, à Stutzheim, il y avait davantage de grains par mètre carré que dans les deux autres sites, mais comme il n’y a quasiment pas eu de précipitations en été, ces grains n’ont pas pu se remplir », explique Mickaël Haffner. Contrairement à Westhouse, où les grains, présents en quantité suffisante, se sont remplis à la faveur de quelques épisodes pluvieux au mois d’août. Résultat, les rendements pouvaient atteindre 145 q/ha. À Battenheim, lorsque l’irrigation a permis de gommer les effets du manque de précipitations, les rendements ont atteint 147 q/ha. Tandis que dans le secteur de Dannemarie, il y a d’abord eu une chute du nombre de grains par mètre carré, puis un épisode de gel qui est venu contrecarrer un PMG qui était correct. Au final, le rendement moyen sur ce secteur plafonne à 85 q/ha. Peu de ravageurs Côté ravageur, la campagne a été assez calme. En l’absence d’un hiver rude la nymphose des pyrales s’est faite assez tôt, et le pic de vol a eu lieu de début à mi-juillet. Peu de pontes et peu de dégâts ont été constatés. La progression de la chrysomèle des racines du maïs suit son cours : cette année plus de 4 000 individus ont été piégés dans le réseau de surveillance. La fusariose des épis est restée discrète, tant en termes de fréquence que d’intensité des symptômes. Par contre, des symptômes de fusariose des tiges ont localement pu être constatés. « Ils s’expliquent par une remobilisation des réserves de la plante vers le grain durant les coups de chaud et de sec au mois d’août », indique Mickaël Haffner.

Publié le 14/12/2016

Mamenés après une année 2016 catastrophique et une concurrence croissante venue de pays de l'est, les céréaliers haut-rhinois s'interrogent aujourd'hui sur les actions à mener pour faire perdurer leur filière.

Après une année 2016 très mauvaise à bien des égards (prix, rendements, qualité sanitaire), la céréaliculture haut-rhinoise s’interroge. Réunis le 12 décembre lors de l’assemblée générale de l’Association des producteurs de céréales et oléagineux, les responsables professionnels et syndicaux cherchent des raisons d’espérer malgré des résultats techniques et financiers « pas au rendez-vous ». Et si la météo des mois écoulés est perçue comme le « coup de grâce », la cause principale de la crise actuelle est bien ailleurs estime le président de l’Apco, Thomas Obrecht. En ligne de mire, les « réglementations successives » et le « désintérêt de l’État » à l’égard de l’agriculture. « Nous réalisons de sacrés grands écarts entre la commission européenne qui lorgne sur les aides distribuées en osant l’amalgame entre les productions, et notre gouvernement qui méprise l’agriculture traditionnelle pour glorifier un modèle sans en assurer les prix, ni les débouchés », se désole-t-il. Des atouts insuffisants Une pilule d’autant plus difficile à digérer pour les responsables professionnels que le Haut-Rhin - et globalement toute l’Alsace - dispose d’atouts indéniables pour la production de céréales : les infrastructures d’irrigation, la sécurisation des rendements qui représente une « formidable assurance » pour les exploitations, ou encore le réseau des silos de collecte et des silos portuaires. « Beaucoup de nos collègues français nous envient tout cela », tient à rappeler le président de l’Apco. Des qualités reconnues mais malheureusement insuffisantes pour sortir son épingle du jeu en 2016, que ce soit en maïs ou en blé. Dans le premier cas, ce sont les rendements qui n’ont pas répondu aux attentes. Seule satisfaction : une qualité sanitaire « correcte » sur l’ensemble de la collecte. Dans le second cas, c’est la qualité sanitaire qui est la plus problématique, devant la baisse des rendements ou les prix en berne. Les regards tournés vers l’est Une situation d'autant plus délicate que la concurrence venue des pays de l'est augmente, Ukraine, Russie et Kazahkstan en tête.  Des pays immenses comparés à la France avec un potentiel de production - et de surface - très important en fonction des secteurs. « En blé, on observe des rendements équivalents aux nôtres en Russie du sud. Il n’y a pas de contrainte de climat, l’intensification est maximale, et les objectifs commerciaux sont tournés vers l’export. En Ukraine, l’intensification est moindre. Par contre, c’est un gros exportateur pour l’alimentation animale », explique Franck Petit, ingénieur chez Syngenta. Sur ce point, les chiffres présentés lors de l’AG de l’Apco sont assez révélateurs. Alors que des droits de douane à l’importation de maïs subsistent en Europe (avec un seuil de déclenchement fixé à 152 euros/tonne), la Commission européenne a accordé successivement plus de dix millions de tonnes d’importations sans droits de douane au maïs ukrainien. « Même les Bretons en ont importé », s’insurge François Tischmacher, le représentant haut-rhinois à l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM). « Là-bas, les surfaces se développent, chez nous, elles se réduisent. Et ce n’est pas fini car, au nord, le permafrost fond tandis que le fret se développe un peu partout. De plus, on importe des produits qui n’ont pas les mêmes cahiers des charges qu’ici. Il est urgent que l’Europe mette des barrières en place, sinon on va se faire mal. » Vers une filière de « spécialistes » Si Franck Petit reconnaît ces motifs d’inquiétude, il pense néanmoins que la céréaliculture alsacienne conserve certains atouts pour rester présente sur les marchés. La production de semences de qualité en est un bon exemple. Comme le signale Didier Lasserre, ingénieur chez Arvalis Institut du Végétal, des agronomes français sont régulièrement envoyés dans ces pays pour faire la promotion des semences françaises et échanger sur les progrès génétiques en cours. « Et concrètement, si on ne le fait pas, d’autres le feront à notre place », indique-t-il. Des pratiques qui interpellent Thomas Obrecht. « A-t-on un rôle à jouer en devenant fournisseurs de semences ou de techniques ? Est-ce que c’est vers ce positionnement que doit tendre notre filière alsacienne ? » Pour le représentant de Syngenta, cela représente en effet une « belle ouverture ». « Ces pays ont beau avoir un gros potentiel de volume, nous conservons des années d’avance en termes de qualité et de technicité. Et oui, je pense que les semences permettraient de garder des marchés à haute valeur ajoutée. C’est une partie des solutions de demain. Et même si cela représente peut-être quelques contraintes supplémentaires, cela permettra de perdurer. Il faudra très certainement devenir des spécialistes », conclut Franck Petit.

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